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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Des brebis contre des produits

Technique

Publié le 14/12/2018

Patrick Kormann fait partie du réseau de fermes Dephy et pratique l’agriculture de conservation. Il essaie donc tout à la fois d’utiliser moins de produits phytosanitaires, et de moins travailler le sol. Depuis plusieurs années, il sème son colza en association avec de la féverole, ce qui lui permet d’appliquer moins d’herbicide, et de détourner les insectes ravageurs. Il utilise aussi une variété de colza très précoce, ES alicia, qu’il sème tôt, début août, afin que le colza soit suffisamment développé lors des attaques de méligèthes pour y résister seul, ce qui lui permet d’économiser un traitement insecticide. Une technique qui présente cependant un risque : l’élongation du colza à l’automne, qui l’expose au risque de gel en cas de froid brutal. Une solution consiste à appliquer un régulateur de croissance. Mais, pour Patrick Kormann, remplacer une intervention chimique par une autre, « ce n’est pas le but ».

Toujours à la recherche de nouvelles idées, il découvre la possibilité de faire pâturer le colza par des moutons. Ce qui revient à freiner leur élongation. Aussi, quand Grégory Lemercier, animateur du réseau Dephy dans le Bas-Rhin, lui propose de tester cette technique, saute-t-il sur l’occasion. C’est ainsi que, par l’intermédiaire de Grégory Lemercier, il rencontre Hervé Wendling. Ils se lancent dans l’aventure. « Après un faux-semis et un passage de strip-tiller avec du Super 45 et de la féverole - qui n’a pas levé - j’ai semé une parcelle de 18 hectares de colza au semoir monograine réglé à 75 cm d’écartement. » Pour remédier à la sécheresse et favoriser la levée du colza, il effectue deux passages d’irrigation. Comme les féveroles n’ont pas levé, il est obligé de faire un désherbage chimique des repousses de blé qui ont levé avec l’irrigation.

Le 29 septembre, une soixantaine de brebis se déploient sur la parcelle. Et font le job : « Elles ont d’abord consommé les chénopodes », se félicite Patrick Kormann. Au départ, il avait quelques craintes : « Avant le passage des brebis le colza avait déjà bien poussé, il fermait le rang. Après leur passage, certains plants étaient broutés à ras. » Mais depuis les colzas ont repris du poil de la bête. Grégory Lemercier a effectué des pesées. Verdict : le 19 octobre il y avait 740 g/m2 de biomasse et le 28 novembre 820 g/m2, contre 1,4 kg/m2 en moyenne pour des colzas non pâturés. Au vu de ces données, et « comme le pivot est préservé, le colza va donc sans doute refermer le rang assez vite », estime Patrick Kormann. Pour l’instant, l’expérience est donc conforme à ses attentes. Et lui a même donné des idées en matière de désherbage - « Après le pâturage par les brebis, il serait possible d’effectuer un passage de bineuse pour nettoyer l’interrang » - et de gestion des repousses - « Les faire pâturer pourrait permettre de remplacer le glyphosate pour nettoyer les parcelles ». Reste à valider - ou pas - cette hypothèse sur le terrain. Et à ne pas perdre de vue que ces pratiques nécessitent une importante concertation et coordination entre les deux partenaires. Pour l’éleveur, notamment, il faut pouvoir anticiper le pâturage suffisamment en amont, car cela a un impact sur les agnelages, et sur l’effectif de la troupe, qui peut être augmenté en cas de ressource fourragère supplémentaire.

Thomas Debes, vice-champion du monde de labour 2018

Honneur au laboureur

Technique

Publié le 12/12/2018

Un vice-champion du monde, ça se fête ! Thomas Debes a organisé une réception pour savourer sa victoire avec ses proches et ses partenaires, qu’il a chaleureusement remerciés. Kuhn d’abord, avec qui il collabore depuis 15 ans, et sans qui il ne « serait pas là aujourd’hui ». L’entreprise Diss, ensuite, qui l’a aidé à modifier sa charrue. Et Baehrel Agri, qui lui a prêté un tracteur, ainsi que Freddy Bohr et Éric Burger qui l’ont coaché. Sans oublier Francis Meyer, qui l’a secondé dans le réglage de la charrue. France Labour, pour la sélection des candidats, Samuel Capelle, son coéquipier, les Jeunes Agriculteurs (JA) du canton de Marmoutier, pour l’organisation des concours cantonaux de labour, et plus spécifiquement ce jour-là, pour leur participation en cuisine au côté de La Ferme de Louise, à la confection des tartes flambées. Thomas Debes a également remercié son épouse, Élodie, son fils, Louis, sa famille et sa belle-famille ainsi que ses autres partenaires : Alsace Lait, Groupama, le Crédit Agricole, L’Est Agricole et Viticole, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Adam Robert, son pédicure bovin. « Cette coupe, ce n’est pas la mienne, mais celle des vice-champions du monde de labour. Elle symbolise la reconnaissance d’un savoir-faire, sa transmission, et la paix entre les peuples », a-t-il déclaré.

Labourer pour semer

Pour participer à cet événement, Thomas Debes a bénéficié de soutiens financiers qu’il n’a pas intégralement consommés, étant donné la proximité du concours, qui se déroulait cette année à Stuttgart. Il a donc fait don du surplus, 4 000 €, à l’association Les Enfants de Marthe. « J’espère que le labour de ce petit bout de terrain permettra de semer des étoiles dans les yeux de tes enfants », a-t-il déclaré à Marthe Kehren, président de l’association, qui l’a remercié pour son geste : « Les paysans savent ce que veut dire semer pour récolter. »

Muriel Ann, responsable de secteur Molsheim, Obernai Barr et Schirmeck à Groupama, a indiqué que sponsoriser Thomas Debes correspondait parfaitement aux fondamentaux de l’entreprise, « proximité et solidarité ». Quant à Sonia Richert, présidente de la Caisse locale du Crédit Agricole, elle a déclaré : « Thomas a du talent, et nous prouve qu’on peut faire quelque chose quand on en a envie. Je lui souhaite de réaliser son vœu de devenir champion du monde, pour qu’il ait encore plus d’étoiles dans les yeux. » Christian Fischer, directeur commercial de Kuhn, a salué la « force de persuasion, le caractère bien trempé » du lauréat, en faisant un digne successeur de Freddy Bohr. L’entreprise Kuhn a accompagné Thomas Debes au fil des étapes qui l’ont conduit sur le podium mondial : « Nous avons pu constater qu’il porte en lui les valeurs du monde agricole. » Une délégation de l’entreprise est même allée le soutenir à Stuttgart, où il a fait preuve de « sa persévérance, sa concentration… Nous sommes très fiers que Thomas Debes porte les couleurs de notre entreprise », a-t-il conclu.

Labour, labeur, travail

Michel Debes était invité à s’exprimer à double titre : il est le président d’Alsace Lait, sponsor de Thomas Debes, et son père : « Le labour et le semis sont les deux grands gestes du monde agricole ». Labour, labeur, travail… Des valeurs que Michel Debes et son épouse se sont attaché à transmettre à leurs enfants. « Mais ce n’est pas moi qui lui ai appris à labourer », s’amuse Michel Debes, qui rappelle que la laiterie sponsorise fidèlement tous les candidats alsaciens producteurs de lait. Denis Ramspacher a félicité Thomas Debes pour son geste envers l’association Les Enfants de Marthe. Il souligne l’esprit d’équipe qui a sous-tendu cette aventure. Et remercie les Jeunes Agriculteurs, pour l’organisation des concours de labour, « dont nous avons tant besoin pour soigner l’image de l’agriculture, car ils permettent de montrer son évolution, ses innovations ». Il conclut, espiègle : « La prochaine fois, tu enlèveras le « vice », on n’en a pas besoin ! » Paul Guyonneau, président de France Labour, a parcouru 800 km pour assister à cette cérémonie. Il a félicité Thomas Debes pour sa performance : « La deuxième place, c’est très bien, l’Irlandais n’était pas facile à battre ! » Il l’a également remercié pour sa « transparence » dans la gestion des subventions, pour son comportement vis-à-vis de son coéquipier Samuel Capelle. Et a rappelé que, lors du prochain concours mondial de labour, la France sera encore une fois représentée par un Alsacien : Bertrand Rott.

Patrick Bastian, président de la commission agriculture de la Région Grand Est, a félicité Thomas Debes pour sa réussite et pour l’exemple qu’il donne aux jeunes. Le député Patrick Hetzel a salué sa performance, « fuit d’un dur labeur » qui fait « la fierté d’un territoire ». Car, estime-t-il, ce qui est aussi en jeu, c’est « la valorisation du monde agricole et de la ruralité, pour rappeler au reste de la société, que sans agriculteurs, on ne mange pas ». Il conclut : « Vous avez le souci quotidien de la terre, ce qui fait de vous les plus grands protecteurs de l’environnement ».

Retrouvez notre précédent article réalisé suite à la victoire de Thomas Debes.

 

À Herrlisheim-près-Colmar

Paysan en chantant

Pratique

Publié le 11/12/2018

Gabriel Willem est musicien - maraîcher. Né d’une mère prof de français et d’un père prof de philo, rien ne le prédestinait à travailler la terre. Il avoue même volontiers : « Petit, je n’aimais pas jardiner, je préférais aller au Mc Do ». La fibre artistique, par contre, l’habite depuis sa plus tendre enfance. Il pratique d’abord la musique. Puis après avoir usé ses jeans sur les bancs d’Herrlisheim-près-Colmar, dont il est originaire, il « monte à Paris ». Il veut être comédien. Il suit le Cours Simon. Et perce. Il obtient des rôles sur les planches, derrière les caméras… Et vit de son art. Lors d’une résidence de création internationale au Burkina Faso, « je prends une grosse claque : je chichitais sur mon costume alors qu’un comédien africain montait sur scène en pleine crise de paludisme. Je me suis rendu compte que je faisais du théâtre le pour quitter, mais que je ne savais pas ce que j’allais trouver. Je me suis donc fait la promesse intérieure de ne pas remonter sur scène tant que je n’avais pas trouvé le feu intérieur dont j’avais besoin ». S’ensuit un retour aux sources : l’Alsace, et la musique. Il a 28 ans, une fille, et un duo, Audriel.

C’est sa fille qui impulse sa réflexion sur la nourriture. Il profite de son retour en Alsace pour se mettre au jardinage. S’intéresse à la permaculture, à l’agroécologie, se documente. Il lit notamment Jean-Martin Fortier, « la star des néopaysans », dont l’ouvrage best-seller, « Le jardinier-maraîcher », l’inspire fortement. Mais il précise : « Je n’ai fonctionné qu’à l’instinct, je n’avais pas de business plan. » Il passe une annonce pour trouver un terrain. Une agricultrice de Logelheim lui répond et lui propose à la location les 10 ares de l’ancien jardin familial. C’est là que Gabriel Willem met vraiment la main à la terre. Plus tard, c’est lui qui voit une annonce dans le bulletin municipal, pour une location de terres communales. Pour obtenir le terrain, il se bat, mais la fleur au fusil : « Je n’ai pas fait d’étude d’agriculture, je n’ai pas suivi le parcours à l’installation, je ne suis pas entré dans ce cadre-là. » Et une chose est sûre : il veut rester musicien. C’est ce qu’il plaide devant le conseil municipal : sa volonté de créer un lieu d’échange, de spectacle vivant, mêlant culture et agriculture. Il convainc. Et emporte la parcelle.

« Humilité et ambition »

Le credo de Gabriel, c’est « humilité et ambition » : « Je porte un message d’ouverture, pas d’opposition, mais aussi une envie de construction, de changement. » Mais avant de changer quoi que ce soit, « j’ai d’abord dû apprendre à bien faire pousser des légumes », sourit-il. Il commence plutôt bien : par une analyse de terre. Qui révèle une faible teneur en matière organique. « J’ai donc semé un engrais vert. J’avais envie de mettre un peu de tout alors j’ai mis un peu de tout. J’ai invité des gens à un chantier participatif de semis à la volée, avec des chevaux. Mais le couvert n’a pas levé, parce qu’il n’a pas plu derrière », rigole Gabriel Willem. C’était il y a cinq ans. Gabriel Willem en est désormais à sa troisième année de production maraîchère, labellisée bio depuis un an. Il a essuyé quelques plâtres, et gagné en assurance. « Au début, j’ai copié collé le modèle des planches de Jean-Michel Fortin. Parce qu’il est assez facile d’accès, et que sa vision économique de valorisation du travail me plaisait. À l’époque où je débutais, j’ai rencontré pas mal de gens qui font ce métier. J’ai été frappé de constater que de nombreux maraîchers sont cassés, usés, et ont tendance à brader leur travail. J’estime nécessaire d’être rémunéré à la hauteur du travail qui a été fourni. C’est pourquoi mes légumes sont souvent plus chers que les autres. Ça a demandé un gros travail de pédagogie : faire goûter, faire visiter… » Lors de ces visites, il explique pourquoi il n’utilise que des variétés non hybrides, souvent anciennes : « Dans la nature rien n’est droit, rien ne se ressemble, pourquoi faudrait-il que les légumes soient calibrés ? » Pourquoi il ne travaille que très peu le sol. Pourquoi il n’utilise quasiment que du compost… Et tout ce que cela implique en termes de charge de travail.

Avec sa compagne, Léa Pallagès, costumière de spectacle, ils se sont peu à peu spécialisés dans des produits originaux, comme des salades fleuries : du mesclun avec des fleurs de coriandre, de cressonnette… Une idée qui a germé pour valoriser de la cressonnette montée à graine. Et une expérience qui illustre bien les passerelles qui existent entre culture et agriculture : « Quand j’improvise en tant que pianiste, je dois réagir face à une situation qui n’était pas voulue. En maraîchage ça arrive souvent aussi. » Et puis travailler la terre lui a permis de « gagner en structure de main ».

Découvrez le premier clip de Gabriel Willem :

 

À Haguenau

« Pour nous, il n’y a pas de présomption d’innocence, mais de culpabilité »

Vie professionnelle

Publié le 05/12/2018

Les agriculteurs avaient annoncé leur venue dans les formes à la sous-préfecture de Haguenau. Ils ont donc très mal vécu d’être accueillis par un important dispositif de sécurité. Comme s’ils étaient des casseurs, des vandales… Interpellée sur ce traitement, Chantal Ambroise, sous-préfète de Haguenau-Wissembourg, rappelle que la sous-préfecture de Haguenau a été prise pour cible par des gilets jaunes quelques jours auparavant. De là à mettre agriculteurs et gilets jaunes dans le même panier, il y a un pas que Franck Sander, président de la FDSEA, ne franchit pas. Quoique. Il trouve tout de même une similitude à ces deux mouvements de contestation : la défense d’un revenu. « C’est ce que le président de la République nous avait promis, rappelle-t-il. Mais est-ce que vous avez enregistré une hausse du revenu sur vos exploitations ? » « Non ! », répondent en chœur les agriculteurs. « On nous demande plus de qualité, moins de produits phytosanitaires, plus d’environnement… Mais on ne peut pas nous en demander toujours plus, sans nous soutenir », poursuit Franck Sander. Et quand il parle soutien, il ne parle pas subventions, mais prix juste et baisse des charges.

Avec pas moins de 250 tracteurs réunis pour l’arrondissement de Haguenau-Wissembourg, Franck Sander constate : « L’ampleur de la mobilisation traduit le désarroi des agriculteurs ». Les sources de ce désarroi ont été listées par une délégation d’agriculteurs à la sous-préfète de Haguenau-Wissembourg ainsi qu’aux députés Frédéric Reiss et Vincent Thiébaut et à Anne Gautier, cheffe du service agriculture à la Direction départementale des territoires du Bas-Rhin. Les agriculteurs veulent travailler sur un pied d’égalité avec leurs voisins. Ils ne supportent plus d’avoir plus de contraintes à respecter que leurs voisins, tandis que les frontières restent grandes ouvertes à des produits qui feraient bondir les écologistes les plus modérés.

Être plus pragmatique vis-à-vis des réalités agronomiques

Des règles il en faut. Mais les agriculteurs travaillent avec le vivant. Qui, par définition, est mouvant. Dans ces conditions, être obligé de semer des Cipan dans des terres brûlées par la sécheresse, c’est « de l’argent foutu par les fenêtres », s’agace Franck Sander. Certes une dérogation à l’obligation d’implanter des Cipan en zone vulnérable a été obtenue, mais… le 15 octobre : « C’est d’une lenteur inimaginable ! La messe était dite depuis longtemps ! » De plus, constate Jean-Marc Pfrimmer, de Weitbruch, « un sol sec ne minéralise plus. Il faudrait être plus pragmatique vis-à-vis des réalités agronomiques. » Franck Sander détaille les conséquences de cette sécheresse : les rendements des cultures non irriguées impactées, l’achat de fourrage généralisé, la décapitalisation du cheptel qui fait chuter le cours de la viande… Bref, le revenu des agriculteurs est durablement impacté. Et les agriculteurs se sentent lâchés par l’administration.

Jean-Marc Pfrimmer évoque le cas d’agriculteurs qui, dans le cadre de MAE, se sont engagés à réduire la fumure de leur prairie, à retarder les dates de fauche… et qui ne verront jamais la couleur des compensations auxquelles ils avaient droit pour 2016 et 2017, car elles n’ont toujours pas été payées et qu’entre-temps le programme a pris fin. Les agriculteurs dénoncent aussi qu’en cas de contrôle Pac, les subventions soient gelées : « C’est comme si on partait du principe qu’on a triché. Pour nous, il n’y a pas de présomption d’innocence, mais de culpabilité », décrit Christian Schott, agriculteur à Schirrhein.

Chantal Ambroise rappelle les mesures prises par l’État pour soutenir l’agriculture, comme le dégrèvement de 40 % de la taxe foncière sur les prairies. Un dispositif que les agriculteurs aimeraient voir étendu à l’ensemble des cultures. Anne Gautier évoque quant à elle l’état d’avancement des dossiers de demande de classement en calamité agricole. Un comité national doit se réunir en janvier et déboucher sur la publication d’un arrêté. Elle évoque 4 à 5 millions d’euros (M€) d’enveloppe d’indemnisation potentielle pour le fourrage. Sur le versement des aides, notamment bio, Chantal Ambroise reconnaît une « situation délicate » et « entend » la requête des agriculteurs pour plus de réactivité et moins de procédures… À suivre ! En attendant : « Que veut l’État ? s’interroge un agriculteur. Si c’est une vaste prairie, sans agriculteurs, avec une alimentation importée, qu’on nous le dise ! »

À Brumath

« On n’est pas des pestiférés ! »

Vie professionnelle

Publié le 04/12/2018

Les agriculteurs du secteur de Brumath en ont gros sur la patate. Il y a quelques années, ils étaient prélevés de près de 200 hectares de terres agricoles, destinées à aménager la plateforme départementale d’activités de la région de Brumath, un projet censé réduire la consommation de foncier par ailleurs, en évitant de créer de multiples zones d’activités. Plusieurs dizaines de lotissements plus tard, on ne peut que constater que l’artificialisation de ce secteur est tout sauf freinée. Mais ce qui cristallise la colère des agriculteurs, ce sont les difficultés qu’ils rencontrent pour se déplacer.

Jean Strohl, agriculteur à Brumath, explique : « L’offre scolaire a été étoffée dans la commune, ce qui est normal, mais cela s’est accompagné d’un aménagement routier qui nous pénalise. L’avenue de l’Europe, que nous empruntions pour traverser Brumath sans passer par le centre-ville, a été mise en sens unique, et la bande de roulement réduite à 3,5 m. » Or, pour que les engins agricoles puissent circuler en sécurité, il faudrait une bande de roulement d’au moins 4 m. Car, à 3,5 m, « il suffit qu’une voiture soit un peu mal garée pour qu’on ne passe plus ». Un itinéraire bis a certes été proposé aux agriculteurs. Mais il passe par le lotissement. Et, oh surprise, « des riverains se sont plaints du trafic engendré », rapporte Jean Strohl. Résultat : les agriculteurs errent dans le secteur, à la recherche de passages adaptés : « Je me suis promené une demi-heure dans les champs avec mon arracheuse à betteraves », rapporte l’un d’eux.

Chicanes, dos-d’âne… le super slalom des agriculteurs

Les agriculteurs ont donc le sentiment d’être devenus persona non grata dans leur propre commune : « On a l’impression que la municipalité ne veut plus voir d’agriculteurs dans Brumath », regrette Jean Strohl. Face au maire Étienne Wolf, Joseph Schneider, agriculteur à Bilwisheim, lance : « On n’est pas des pestiférés ! On a l’impression que vous nous mettez dans un coin. » L’édile lui oppose la sécurité des piétons, qu’il se doit d’assurer, et qui a justifié certains aménagements pour faire ralentir les voitures. Mais Joseph Schneider rétorque : « Nous aussi nous engageons notre responsabilité vis-à-vis de ceux qui viennent en face. Et nous en sommes arrivés à devoir slalomer entre les voitures. Vous trouvez ça normal ? ! » Les agriculteurs évoquent aussi les chicanes, les dos-d’âne surdimensionnés qui leur massacrent les vertèbres : « Nous aussi nous avons droit au respect de nos conditions de travail ! » Fabien Metz, président FDSEA du canton de Brumath, calme les esprits : « Nous comprenons que vous avez des demandes de citoyens à satisfaire, mais il faut aussi pouvoir cohabiter avec le monde agricole. Et cela passe par davantage de concertation en amont. »

 

 

 

Ce que les agriculteurs revendiquent, c’est un chemin agricole, suffisamment rectiligne pour ne pas avoir à effectuer 36 manœuvres avec des remorques, et qui ne devienne pas un contournement de Brumath emprunté par toute la population. Une délégation d’agriculteurs a été reçue par le maire et le président de l’association foncière. Une solution doit pouvoir être trouvée moyennant quelques échanges de parcelles. Reste à savoir comment financer ce chemin. Fabien Metz suggère de mutualiser des moyens à différentes échelles puisque ce chemin ne sera pas utilisé que par des agriculteurs de Brumath. Les deux parties se sont quittées après avoir fixé une date pour une visite de terrain devant permettre d’affiner les contours du projet. Qui pourrait aboutir ce printemps.

Puis, les tracteurs se sont élancés vers Eckwersheim, où un autre projet d’aménagement gênerait les agriculteurs dans l’exercice de leur activité : un pont qui enjambe le canal doit être refait, et pourrait devenir interdit aux engins de plus de 3,5 tonnes, soit à un certain nombre de convois agricoles. Le pont en question a donc été bloqué par les tracteurs, tandis qu’une délégation rencontrait le maire d’Eckwersheim.

Assemblée générale de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM)

Redorer le blason du maïs

Vie professionnelle

Publié le 27/11/2018

Le maïs est une culture durable. Tel a été le fil conducteur de l’assemblée générale de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Pourquoi ne le serait-elle pas ? Ou moins que d’autres cultures ? Qu’est ce qui pousse ses producteurs à vouloir ainsi se justifier ? Le fait est que le maïs n’a pas bonne presse. Parce qu’il est parfois cultivé en monoculture ? La vigne aussi. Mais la vigne produit du vin. Parce qu’il est haut ? Le chanvre ou le miscanthus aussi. Parce qu’il est gourmand en eau ? C’est faux. Le maïs est au contraire une des plantes qui valorise très bien l’irrigation. Parce qu’il est gourmand en intrant ? C’est encore faux. Le maïs requiert bien moins de produits phytosanitaires que d’autres cultures. Alors ? La réponse est sans doute ailleurs.

Et si le maïs était tout simplement victime de son succès ? Culture rentable, relativement peu exigeante, bénéficiant de débouchés multiples, elle a vu sa sole augmenter. Et le maïs est devenu le symbole de l’agriculture post-révolution agricole. C’est aussi la culture qui a le plus souvent été citée dans le débat ô combien crispant à propos des OGM.

Une céréale vitale

Aux producteurs de maïs de rétablir quelques vérités donc. La première, revient à Sylvie Brunel, géographe, qui rappelle que le maïs est une céréale vitale pour le monde. Symbole de richesse, elle figure sur la monnaie de plusieurs pays. Elle est cultivée à peu près partout. Et reste un aliment bouclier anti-famine dans les pays les plus pauvres. « Le maïs est devenu la céréale la plus cultivée en Afrique », rapporte la géographe. Malheureusement, dans les pays du Sud, la moitié des récoltes péniblement obtenues par manque de semences tolérantes à la sécheresse, de matériel, ne résiste pas au manque de moyens logistiques et de stockage. « En Afrique, les mycotoxines tuent. » Et pas que le bétail. Les hommes, aussi. À l’avenir, croissance démographique et changement climatique vont provoquer une hausse des importations en maïs des pays en voie de développement. Un « triplement », avance Sylvie Brunel, qui n’hésite donc pas à qualifier les maïsiculteurs de « sauveurs de l’humanité ».

L’Alsace, terre propice au maïs

Plus localement, et moins emphatiquement, Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, rappelle : « L’Alsace est une terre propice au maïs, de par son climat, son terroir et sa ressource en eau importante ». Le développement de cette culture - 60 000 hectares actuellement - a amélioré le revenu des agriculteurs, et a donc contribué au maintien d’une agriculture familiale. Denis Nass n’hésite pas à mettre en avant les qualités paysagères - indirectes - du maïs : « Suite à la sécheresse de cet été, le maïs a permis de sauver des élevages, donc de maintenir les surfaces herbagères. Je n’imagine pas l’état des finances des éleveurs sans le maïs. » Aussi Denis Nass est-il « fâché par le maïs bashing incessant ». D’autant que, rappelle-t-il, la filière génère des emplois qu’il s’agit de préserver en maintenant la surface maïsicole. Pour ce faire, il propose d’éviter la surenchère réglementaire, de mieux exploiter le savoir-faire des agriculteurs, et de sécuriser le transport fluvial, notamment sur le Rhin. Mais quelle place occupe exactement le maïs dans le paysage agricole alsacien ? Découvrez-la dans notre vidéo :

Sans maïs, pas d’aliment et pas d’élevage

Toujours dans le local mais plus dans le bétail, Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture, souligne la diversité de productions qui découlent du maïs. Dont celle qui le mobilise : « La volaille, c’est du maïs sur patte », n’hésite-t-il pas à illustrer. Sans maïs pas d’aliment et pas d’élevage, et pas non plus de transition vers des modèles et des pratiques d’élevage plus vertueux. Car pour s’en sortir économiquement, les éleveurs ont besoin de pouvoir répercuter la fluctuation des cours des matières premières sur l’aval de la filière. C’est tout l’objet de la construction d’indicateurs de coûts de production.

Jean-Michel Schaeffer profite de son intervention pour dénoncer « le scandale », que constituent certains accords de libre-échange dont les failles juridiques permettent à des volailles élevées dans des pays tiers avec des conditions de production au rabais d’être estampillées « origine UE » en passant la frontière : « Il n’est pas normal d’importer des produits d’élevage qui ne respectent pas les mêmes normes de production que nous. Nous allons continuer à interpeller les pouvoirs publics à ce sujet. » D’autant que ce que Jean-Michel Schaeffer décrit pour l’élevage est aussi une réalité pour les productions végétales, sachant que, dans les pays tiers, cultiver des OGM n’est pas interdit…

Création de valeur

L’alimentation des vaches laitières, c’est « 40 % d’ensilage de maïs », rappelle Thierry Roquefeuille, président de la Fédération nationale des producteurs de lait. Si cet aliment est plébiscité par les éleveurs laitiers, c’est principalement pour deux raisons : « Il permet de produire beaucoup d’UF/ha et fournit un fourrage stable. » Autre débouché : le maïs doux, une production qui, en France, se concentre dans le Sud-Ouest. Grâce au climat favorable à cette culture, il est possible d’étaler les semis et la récolte du maïs doux sur 90 jours, ce qui permet d’amortir les outils industriels. Et de créer de la valeur : 1 500 emplois directs, autant d’indirects. 80 % du maïs doux produit en France est exporté, ce qui pèse donc positivement dans la balance commerciale nationale.

Le maïs constitue aussi une matière première indispensable pour les fabricants d’aliments pour animaux, rappelle François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia). Il cite l’exemple de la filière des volailles de Bresse, nourries avec un aliment élaboré avec du maïs local, cultivé dans le Jura, l’Ain, la Saône et Loire : « Au-delà de 35 jours, 40 % de la ration totale correspond à du maïs, car les volailles valorisent très bien l’énergie disponible qu’il leur apporte. » En 2014, des acteurs des filières d’élevage se sont fédérés au sein de l’association Duralim, dont émanent une charte et une plateforme collaborative pour l’alimentation durable des animaux d’élevage. Objectif : une alimentation durable des animaux d’élevage, qui réponde aux attentes sociétales et aux exigences du marché.

Une importante source d’énergie

L’énergie contenue dans le maïs peut aussi être valorisée en énergies durables, comme du bioéthanol, du biogaz. C’est ce que rappelle Franck Laborde, secrétaire général de l’AGPM. Il cite l’usine Abengoa de Lacq qui, depuis 2007, produit du bioéthanol exclusivement à base de maïs, soit 13 % du maïs produit dans la région, « et qui a fait les preuves de sa rentabilité ». Il évoque aussi la filière biogaz, dont les perspectives de développement sont « énormes ». L’AGPM a « bon espoir » de développer ce débouché car « le maïs est une plante qui a un fort pouvoir méthanogène, six à sept fois plus important que le lisier, et il existe des variétés de maïs sélectionnées pour ce débouché qui ont un pouvoir méthanogène encore plus important ». En outre, la culture du maïs s’accorde bien avec celle d’une Culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive). Le maïs est donc une culture très polyvalente. Découvrez les débouchés du maïs en images :

Une culture d’avenir

Et demain, la culture du maïs sera-t-elle encore durable ? François Laborde, chercheur au sein du laboratoire d’écophysiologie des plantes sous stress environnementaux de l’Inra, a montré que le changement climatique ne devrait pas pénaliser le rendement du maïs. « Il devrait rester stable, voire augmenter », précise-t-il. Pour arriver à cette conclusion, il a pris en compte la variabilité génétique et des techniques culturales : « Il ne faut pas transposer les techniques d’aujourd’hui au climat de 2050. Car les agriculteurs vont modifier leurs pratiques. » Et la sélection va progresser. Il y aura peut-être même des variétés dont on pourra déclencher la floraison : « Ce n’est pas pour tout de suite. Mais c’est possible. » Franck Laborde, renchérit, rappelant que le maïs est une plante en C4, ce qui lui confère un avantage compétitif lorsqu’elle est soumise à la sécheresse, à la chaleur. En outre, le maïs produit beaucoup de biomasse. « Or plus une plante produit de biomasse, plus elle capte de CO2, donc, avance Franck Laborde, le maïs peut contribuer à la transition écologique ».

Une culture sécurisante

Le maïs est donc une culture durable. Même en monoculture ? Certains producteurs le pensent, comme ce maïsiculteur viticulteur des Landes, qui explique qu’il est doublement monoculteur - de maïs et de vigne - et que sans la monoculture de maïs, il n’aurait pas obtenu la certification Haute valeur environnementale de niveau 3. Ou encore Arnaud Tachon, producteur dans les Landes, qui souligne que la monoculture s’impose pour respecter les critères d’isolement, imposés par la production de semences, et que la production de maïs soutien d’autres filières, comme la production de foie gras… Anne-Claire Via, présidente d’Arvalis - Institut du végétal, estime quant à elle que la monoculture de maïs n’est pas incompatible avec la diversité des modèles et que la recherche progresse sur la question.

Seul Patrick Bastian, président de la commission agriculture à la Région Grand Est, jette un pavé dans la mare : « La monoculture de maïs n’est pas une solution durable face à la propagation de la chrysomèle du maïs. » C’est pourquoi il plaide pour que des moyens soient injectés dans la recherche de solutions durables de lutte contre les ravageurs. Il estime par ailleurs nécessaire de mieux définir ce qu’est une monoculture, car le terme recouvre des pratiques variées : « Si entre deux maïs l’agriculteur implante une culture intermédiaire, ce n’est plus vraiment de la monoculture. Il faut pouvoir l’expliquer à la société. » Et de conclure : « Le maïs a permis de sécuriser le revenu des agriculteurs alsaciens. On le voit encore cette année : sans maïs, l’année aurait été catastrophique pour les productions animales. »

Congrès AGPM. Les discours

« Va-t-on tondre publiquement les agriculteurs qui utilisent du glyphosate ? »

Vie professionnelle

Publié le 27/11/2018

Le ministre de l'Agriculture n’a pas fait le déplacement à Mulhouse pour assister au congrès de l’AGPM. Il avait cependant une excuse valable à avancer, puisqu’au même moment, il défendait le budget du ministère de l’Agriculture. Il s’est tout de même adressé aux congressistes via une vidéo, portant un « message de soutien ». Le ministre s’y dit « confiant dans l’avenir de l’agriculture française », déterminé à lutter contre l’agribashing et « la stigmatisation des agriculteurs, engagés dans une démarche de progrès ».

Christiane Lambert pourrait applaudir des deux mains, si le sujet n’était pas si grave. Elle préfère dénoncer : « Le sujet des produits phytosanitaires est très complexe. Et trop polémique. C’est un véritable tsunami dans la société et sur les réseaux sociaux qui s’enflamment tous les jours, alors que le sujet est pris à bras-le-corps par les agriculteurs. Aujourd’hui, cela tourne à l’acharnement. » Elle évoque la publication de « Glyph’Awards » : « Va-t-on tondre publiquement les agriculteurs qui utilisent du glyphosate ? Ce procédé de délation est scandaleux ! »

L’agriculture française dans une souricière

Didier Guillaume se dit attaché à défendre « la performance économique des agriculteurs, cruciale dans un contexte mondial ». Un objectif que partage largement la FNSEA : « La défense des moyens de production se situe au cœur des combats que mène la FNSEA », rappelle Christiane Lambert, qui cite deux enjeux majeurs : conserver un niveau de compétitivité élevé pour continuer à peser à l’export, et entendre les signaux de la société et des marchés. Le premier passe notamment par la lutte contre les distorsions de concurrence : « À marché unique, règles uniques », plaide Christiane Lambert, qui dénonce : « Les interdictions pleuvent en France. Mais les frontières restent ouvertes. C’est-à-dire que les vannes sont ouvertes à l’importation de denrées qui ne présentent pas les mêmes garanties que celles produites en France. L’agriculture française est prise dans une souricière. » Elle en appelle aux consommateurs : « Si les Français sont exigeants, alors ils doivent être partenaires de leurs agriculteurs ».

Européen convaincu, le ministre de l'Agriculture, va défendre un budget de la prochaine Pac au moins égal au précédent et un socle commun d’exigences sociales. Sur ce point aussi, Christiane Lambert rejoint le ministre, en plaidant pour une Pac « réellement commune, avec un budget à la hauteur ». Le ministre va s’attacher à poursuivre la réforme de la fiscalité agricole, encourageant notamment l’épargne de précaution, et prend un « engagement fort sur l’emploi », en promettant des « allégements de charges » Des mesures visant à « inciter les agriculteurs à aller plus loin dans la transition écologique, qui sera irréversible, malgré les difficultés techniques. » Sur le fond, Christiane Lambert ne polémique pas. Par contre, elle dénonce la forme : « La transition oui, mais avec un calendrier et des moyens. Non à l’écologie punitive ! » Elle illustre : « La fin des voitures thermiques est fixée à 2040. Celle des produits phytosanitaires à 2020. Pourquoi ? Nous aussi, nous voulons du temps. Et pas d’interdiction sans solution. Des pistes ont été formalisées dans le cadre du contrat de solutions. D’autres vont sortir. Mais nous ne voulons pas avancer sous le coup de la menace. » Et elle estime qu’en matière de fiscalité et de charges de main-d’œuvre il reste « beaucoup de travail ».

« Le stockage de l’eau ne doit pas être tabou »

Après une année qui « illustre dramatiquement le changement climatique », Didier Guillaume évoque ce que sera sa politique en matière de gestion de l’eau : « Sobriété des usages, innovations, mise en œuvre de solutions adaptées aux contextes locaux et garantissant l’intégrité des milieux ». Il précise également : « Le stockage ne doit pas être tabou. » Ce qui fait dire à Christiane Lambert que, sur cet aspect, « les planètes sont un peu plus alignées qu’elles ont pu l’être par le passé ». L’irrigation n’est plus autant décriée. Mais « encore faut-il avoir de l’eau », note Christiane Lambert. C’est pourquoi la FNSEA va porter plusieurs projets de stockage d’eau.

Peu convaincu par les propos de son ministre, Daniel Peyraube a projeté les questions qui lui avaient été envoyées. Et constate : « Il ne répond pas aux questions que nous lui avions posées. Nous allons donc demander à être reçus au ministère. » Mais avant cela, il lui revenait de clôturer cette assemblée générale. Ce qu’il a fait en citant les défis à relever - « nombreux certes, mais accessibles » - certaines avancées obtenues, notamment en matière assurantielle. D’autres qu’il s’agit encore de porter, comme la Dotation pour aléas (DPA), la prochaine Pac, « avec des mécanismes de gestion des risques plus performants ». Et, surtout, du revenu. « Car sans lui, il est difficile de convaincre les agriculteurs d’investir, de se lancer dans de nouveaux défis qui permettent de répondre aux enjeux sociétaux. » Il cite un sondage révélant l’appétence des Français pour les produits locaux : « Banco ! Mais nous avons besoin de l’accompagnement de la puissance publique. Et chacun de nous doit être militant. »

Congrès AGPM. Rapport d’activité

Ferrailler pour défendre le maïs

Vie professionnelle

Publié le 27/11/2018

« Pour le nouveau gouvernement, la ligne directrice en matière d’agriculture, c’est abandon des phyto et défense d’une agriculture destinée aux citadins », déplore Daniel Peyraube, président de l’AGPM. Hasard conjoncturel ou réelle conséquence de l’évolution des politiques agricoles, « l’Union européenne est devenue le premier importateur mondial de maïs ». Pour les producteurs, il y a là de quoi tirer la sonnette d’alarme, et se battre pour défendre des outils leur permettant de redresser la barre. Pour Daniel Peyraube, il s’agit notamment de « rendre le système maïsicole compatible avec la rotation des cultures » et du « volet assurantiel, c’est pourquoi nous allons être proactifs sur la future Dotation pour aléas (DPA) ». Pour étayer ces revendications, l’AGPM travaille sur des fermes types où sont passés au crible les charges de mécanisation, le coût des intrants, les frais de séchage.

Durant l’exercice écoulé, la commission production de l’AGPM a été très occupée par les impasses techniques provoquées par les interdictions ou restrictions d’usage de produits phytosanitaire. Un travail de sensibilisation a été mené. Et, concernant les néonicotinoïdes, l’AGPM a porté une demande de dérogation. La commission a aussi travaillé à la mise en œuvre, à la diffusion et à l’évolution du schéma de certification maïs, qui permet aux exploitations agricoles spécialisées dans la production de maïs, de remplacer le critère de diversité des assolements - qui contribue à la dégradation de la sole maïsicole - par la couverture hivernale des sols. L’augmentation du nombre d’exploitations souscrivant à ce dispositif montre qu’il correspond à une demande.

Dans le cadre des États généraux de l’alimentation (EGAlim), l’AGPM a apporté sa pierre au contrat de solutions proposé par la FNSEA. Parmi les solutions identifiées pour réduire le recours aux produits phytosanitaires, l’amélioration variétale. Mais, pour aller plus loin et plus vite, l’AGPM estime que les sélectionneurs doivent avoir accès aux nouvelles technologies comme les New Breeding Techniques (NBT) ou nouvelles techniques de sélection végétale. Un sujet qui inquiète l’AGPM car la Cour de justice de l’Union européenne assimile las variétés obtenues par NBT à des OGM, même s’il n’y a pas eu insertion d’ADN exogène dans leur génome.

Les agriculteurs : de nouveaux émirs ?

L’AGPM défend la multiplicité des usages du maïs, et notamment sa transformation en bioéthanol qui, sans être la solution unique, pourrait contribuer à réduire la dépendance aux énergies fossiles et à atténuer le changement climatique. Aussi, l’AGPM dénonce-t-elle la position du gouvernement, qu’elle accuse de régulièrement casser la dynamique de la filière. « Va-t-on devenir les nouveaux émirs ? », s’interroge un agriculteur dans la salle. Peut-être pas, mais malgré les nombreux rebondissements, l’AGPM et l’AGPB n’ont jamais lâché le morceau. La SP95 E10 représente 44 % des essences consommées en France, soit la plus consommée, alors que la filière partait de rien. La consommation de superéthanol reste faible, mais enregistre une dynamique très importante. L’AGPM travaille au développement de la méthanisation céréalière, de débouchés à l’export avec France Export Céréale et de la culture de maïs bio… L’alimentation animale constitue le principal débouché du maïs français. L’AGPM travaille donc en partenariat avec Duralim pour valoriser les efforts des producteurs français et empêcher que des contraintes supplémentaires, qui ne seraient pas appliquées aux maïs d’importation, viennent grever la compétitivité du maïs français.

La sole de maïs semences est en hausse après trois ans de baisse. Et la France reste leader de la production de semences de maïs européenne. Mais les conditions climatiques extrêmes ont entraîné une irrigation soutenue qui impacte le résultat de la filière. La rémunération des producteurs, leur sécurité, la maîtrise des charges sont les chevaux de bataille de la section AGPM Maïs semences. Cette dernière a obtenu l’assurance à la variété et mène une réflexion pour construire une assurance indicielle.

Stockage de l’eau : « Il faut passer à la phase opérationnelle »

La section AGPM Irrigants de France a été confrontée à un déficit de pluviométrie marqué, ayant entraîné un manque d’eau dans plusieurs régions. « Pourtant ce déficit a été précédé de crues importantes, souligne Éric Fretillère, président des Irrigants de France. Il s’agit d’une ressource que l’agriculture aurait pu capter, en réduisant l’impact des inondations. » Il note une « prise de conscience politique de la nécessité de créer du stockage ». Mais regrette que « rien de concret » ne soit encore mis en place : « Il faut passer à la phase opérationnelle ».

Solidarités

Vie professionnelle

Publié le 26/11/2018

Dans le Doubs comme partout en France, la météo de la dernière campagne a été catastrophique. Mais dans ce secteur très herbagé, les conséquences ont été dramatiques pour les éleveurs, qui ont dû fortement entamer leur stock de fourrage et sortir de la trésorerie pour acheter du fourrage au prix fort pour pouvoir continuer à nourrir leurs animaux, rapporte Éric Bonnefoy, administrateur à l’AGPM. Au moins cette crise a-t-elle révélé la force de la solidarité paysanne, puisque les céréaliers alsaciens ont récolté 1 000 tonnes de paille de maïs qui a été expédiée dans le Doubs pour servir de litière aux animaux : « Nous avons profité du sang syndical des Alsaciens », remercie Éric Bonnefoy.

« Soyons fiers d’être agriculteurs et céréaliers », a lancé Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB). Les deux associations sœurs défendent un certain nombre de dossiers en commun. Principalement : un premier pilier fort et l’abolition des distorsions de concurrence. Et fustigent de concert les vents contraires, par exemple certaines dispositions prises suite aux États généraux de l’alimentation : « Je les ai d’abord considérés comme un Grenelle bis, mais en fait c’est pire. On nous impose tout un tas de nouvelles charges, de nouvelles contraintes, comme la séparation du conseil et de la vente de produits phytosanitaires… Si encore nous assistions à une amélioration de notre revenu pour compenser ces nouvelles charges, ça passerait, mais ce n’est pas le cas. » Même solidarité face au dossier des néonicotinoïdes, dont Philippe Pinta juge le traitement « inacceptable », et, surtout, contre-productif : « Les achats d’insecticide ont augmenté de 200 % cet automne. Est-ce que c’est vraiment mieux pour l’environnement ? » Et en matière d’irrigation : « L’Espagne capte 20 % de l’eau de pluie qui tombe sur son territoire, la France 10 fois moins. On est dans la doctrine, pas dans l’économie, alors que l’irrigation est un facteur de qualité. »

AGC - Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin

L’ambition de mieux servir

Vie professionnelle

Publié le 23/11/2018

Le projet Ambition 2020 fait suite à un audit provoqué par des problématiques internes et des remontées du terrain. « Le centre doit aborder un virage. Et le faire sereinement », indique Franck Sander, président de l’AGC-CFG 67. Parmi les aspects qui doivent évoluer, il cite la gestion des ressources humaines avec davantage de souplesse, de valorisation des compétences internes… En effet, un des leitmotivs de l’audit était le suivant : les collaborateurs du CFG, trop chargés de dossier, n’ont pas assez de temps à consacrer à leur adhérents. Autre chantier majeur : l’informatique, étant donné la vitesse à laquelle évoluent les outils. « Au CFG d’anticiper ces évolutions pour être prêt à aborder l’avenir sans être dépassé », constate Franck Sander.

La première mesure prise a été l’instauration d’un comité directeur, qui se réunit tous les lundis matins, avec des représentants de chaque service. Un rendez-vous hebdomadaire qui a vocation à fluidifier les échanges. Chaque service est en outre placé sous la responsabilité d’un membre du conseil d’administration, qui le représente à ce comité directeur, avec un responsable d’équipe.

Pôle comptable et fiscal

« Proposer un meilleur service aux adhérents, c’est un challenge qui me tient à cœur », indique Christophe Lutz, élu responsable du pôle comptable et fiscal. Pas de révolution en vue, mais une réorganisation de ce pôle, qui est le plus important de l’AGC-CFG 67. Les méthodes de travail vont par exemple être uniformisées entre les différents comptables, pour une meilleure lisibilité et un meilleur suivi.

Denis Fritsch, responsable de l’équipe comptable, explique que le travail d’enregistrement des écritures comptables en vue de la réalisation d’un bilan va être de plus en plus automatisé. Par contre, les comptables endossent aussi la mission d’expliquer ce bilan, et de détecter les besoins, les forces et les faiblesses des adhérents. Une mission de conseil que les comptables et les experts-comptables souhaitent développer, en collaboration avec le pôle Conseil, comme l’a indiqué Amélie Gérardot, responsable de l’équipe des experts-comptables.

Pôle social

« 1 290 employeurs agricoles font confiance à l’AGC-CFG 67 pour établir les fiches de paie de leurs employés », informe Dominique Lux, élu et responsable du pôle social. Un travail qui était auparavant effectué aussi par les comptables. « Nous avons décidé de spécialiser 12 gestionnaires de paies, qui bientôt ne font plus que ça, et qui seront regroupés dans de nouveaux locaux en 2018 », poursuit-il. Pascale Remen, responsable du pôle, précise : « L’activité d’établissement de fiches de paie a progressé de 6 % par rapport à l’année passée ». Le pôle social effectue aussi la Déclaration sociale nominative (DSN) des salariés à la Mutualité sociale agricole (MSA). Une mission « chronophage car mensuelle », mais importante pour l’AGC-CFG 67 : « Près de la moitié des DSN déposées à la MSA-Alsace le sont par le centre ».

Assistance en cas de litige, rédaction de contrat, aide à l’embauche, mise en place de plans d’épargne entreprise (PEE), de plans d’épargne retraite collectif (Perco), audit  retraite et prévoyance, émission d’une lettre d’information sur les nouveautés en matière sociale sont autant de missions assurées par le pôle social. Sans oublier qu'« il nous tient à cœur d’analyser  les nouveautés sociales et de les interpréter par rapport aux réalités du monde agricole ». Et les idées en ce sens ne manquent pas », poursuit Pascale Remen. De six personnes, l’effectif de ce pôle est passé à 12 et devrait à terme atteindre 15 personnes.

Pôle conseil

Le pôle conseil est représenté au niveau du conseil d’administration par Julien Koegler. L’offre de conseil va évoluer pour proposer différents niveaux de service, du « pack conseil », correspondant à du conseil de gestion classique, au « pack full service », correspondant à un audit plus complet incluant la construction d’une stratégie d’amélioration des résultats de l’entreprise. Là aussi, cette montée en gamme du service va se traduire par l’embauche d’un nouveau conseiller, portant l’effectif à huit personnes. En outre, des prestations spécifiques vont être élaborées pour les Cuma, les coopératives…

Pôle informatique

Service transversal, le pôle informatique est placé sous la responsabilité de David Striff. « Notre objectif est de répondre aux demandes internes et externes en maintenant l’existant et développant de nouvelles fonctionnalités », décrit-il. Pas moins de trois millions de fichiers sont hébergés par le parc informatique de l’AGC-CFG 67, soit une masse de données à traiter et sécuriser colossale. Matthieu Haag, élu responsable de ce pôle, décrit un système informatique « performant et sûr », mais qui, avec l’évolution de la réglementation et la transition numérique, requerrait « une reprogrammation qui dépasse nos capacités actuelles ». D’importants chantiers sont donc à mener. « Mais, prévient Matthieu Haag, nous n’allons pas réinventer l’eau chaude. Nous allons regarder ce qui se fait ailleurs tout en veillant à conserver notre indépendance. »

Pôle juridique

« Nous poursuivons l’objectif de clarifier notre offre et de réduire la sous-traitance », indique Matthieu Haag, élu, également responsable du pôle juridique. C’est en ce sens que Michel Christmann a été recruté pour endosser la responsabilité du pôle juridique. Il envisage notamment de proposer « de nouvelles prestations en lien avec le droit des affaires ». Les demandes émanant des adhérents sont traitées en « étroite collaboration avec le pôle conseil, centralisées et réparties entre les juristes en fonction de leurs compétences ».

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