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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Assemblée générale de la FDSEA. Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA

« Dénoncer les mensonges »

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

Le rôle d’un syndicat, rappelle Jérôme Volle, c’est « d’accompagner les agriculteurs quand ils vivent des aléas climatiques, de prix, d’accès au foncier… ». C’est indispensable, mais pas suffisant : « Maintenir des outils de transformation et de distribution est nécessaire pour aller chercher la valeur ajoutée ».

Première bataille remportée par le syndicalisme agricole : le dispositif de remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur le gazole non routier a été maintenu. En matière de fiscalité agricole, le dispositif de DPA, peu utilisée, a été remplacé par les DPI : « Nous avons travaillé à faire évoluer l’épargne de précaution pour la rendre plus intéressante ».

Cette année, rapporte Franck Sander, les employeurs de main-d’œuvre agricole ont eu du mal à combler leur besoin de saisonniers. Preuve que le dossier de l’emploi en agriculture devient prégnant. « La FNSEA s’est battue pour le maintien de l’exonération de la taxe d’apprentissage, tout en bénéficiant de la politique d’apprentissage », rappelle Jérôme Volle. Il estime aussi qu'« on ne peut pas parler d’Europe sans parler d’Europe sociale. Il est important d’avoir un système de sécurité sociale renforcé en France, mais cela a un coût, qui nous met en distorsion de concurrence avec les autres pays européens. Nous ne voulons pas baisser les droits des salariés mais que les charges sociales soient exonérées dans le milieu agricole. Ces exonérations sont justifiées car le coût de la main-d’œuvre est moindre à l’étranger. Il s’agit donc d’un combat syndical juste. » Il estime en outre que l’emploi de main-d’œuvre étrangère — une pratique encadrée — ne doit pas être banni. Par contre, « le travail détaché entraîne des distorsions de concurrence et doit être réglementé au niveau européen ».

Après la sécheresse, la FNSEA a rencontré le ministère de l’Agriculture : « Nous avons fait valoir que si le montant estimé des pertes, évalué à 700 M€, dépassait ce que le Fonds national de garantie des calamités agricoles est en capacité d’accompagner, ce fond avait aussi été bénéficiaire certaines années. Nous avons aussi travaillé avec le ministère pour faire reconnaître que l’hivernage a commencé en juillet dans certaines exploitations », détaille Jérôme Volle.

Christiane Lambert a été auditionnée par le gouvernement lors de la crise des gilets jaunes : « Elle a rappelé que le montant moyen des retraites agricoles est de quelque 900 €/mois et que la profession est donc en droit de revendiquer une réévaluation de ce montant ! »

Premier combat : le prix

Mais, rappelle Jérôme Volle, le premier combat de la FNSEA reste le prix. Aussi, quand le gouvernement a lancé les États généraux de l’alimentation (EGAlim), « avons-nous dit banco, car notre métier a un prix ». Les EGAlim comprenaient aussi un volet environnemental et sociétal : « Nous avons dit banco aussi, car si on n’engage pas la réflexion sur ces deux sujets-là, ce ne seront demain que des contraintes ». Le premier élément défendu était la construction du prix en marche en avant car, dans un certain nombre de filières ça se passe à l’envers, et c’est « inadmissible ». « Nous nous sommes donc battus pour que les coûts de production soient intégrés dans le dispositif de construction des prix, mais pas que lui ! Dans la composition d’un prix, il y a aussi l’image, le savoir-faire, le territoire, le marché… ». Si les EGAlim ont permis de passer un cap sur ce dossier, « nous avons encore beaucoup de travail » pour que ces dispositions soient mises en œuvre dans toutes les filières, tempère Jérôme Volle.

Autre sujet évoqué dans le cadre des EGAlim, la revente à perte est « inadmissible » : « 70 % des produits issus de la filière porcine sont vendus en promotion, cela ne donne pas de valeur ajoutée au travail des producteurs. C’est pourquoi il faut encadrer les promotions et construire des caisses de solidarité. »

Le vote pour l’augmentation de la redevance pollution diffuse (RPD), a été pris « en pleine figure » par la profession agricole, car il s’agit encore d’une charge supplémentaire. La FNSEA veut donc faire en sorte que les 250 M€ dégagés retournent à l’agriculture, « notamment via les fermes Dephy et les Agences de l’eau ». Et, si Jérôme Volle soutient qu’il faut continuer à investir dans la recherche et le développement, il estime aussi que « la première innovation est celle que les agriculteurs font dans leur ferme. Soyons en capacité d’agglomérer ces recherches locales. »

Pour une Pac commune

La politique agricole commune (Pac) est à un virage : « La Pac doit être commune, il faut un cœur, un corps et des outils qui soient communs ». S’il plaide pour des politiques d’investissements ciblées en fonction des spécificités régionales, il estime qu’il ne faudrait pas arriver à des politiques agricoles spécifiques à chaque région, car cela créerait des oppositions entre agriculteurs.

Jérôme Volle ne pouvait pas éluder l’agribashing. Car « si bon nombre de messages véhiculés à l’encontre des agriculteurs sont faux, ils nous impactent moralement. » Ce phénomène « doit nous inciter à retravailler nos moyens de communication ». Aussi Jérôme Volle annonce-t-il : « Quand les agriculteurs seront attaqués, la FNSEA et les JA contre-attaqueront pour dénoncer les mensonges. Nous nous porterons partie civile pour rétablir la vérité s’il le faut. Et nous irons défendre le monde agricole dans toutes les émissions de télévision. »

Il ne pouvait pas non plus conclure son discours sans appeler les agriculteurs à voter pour élire leurs représentants aux Chambres d’agriculture : « Il y a un enjeu de représentativité. Il faut améliorer le taux de participation pour montrer que le monde agricole est encore bien présent. »

Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs

« Redonner un cap »

Pratique

Publié le 24/01/2019

« Le renouvellement des générations, l’installation, la transmission des exploitations, sont les fers de lance des Jeunes Agriculteurs, et un enjeu prioritaire », introduit Jérémy Decerle. Pour relever ce défi, le syndicat a cherché à améliorer l’accompagnement des porteurs de projets : « La Dotation jeunes agriculteurs (DJA) a été renforcée, ce qui permet à chaque jeune de consolider le financement de son projet, alors que le coût de reprise des exploitations a fortement augmenté. Et nous avons aussi effectué un travail sur l’accompagnement humain des porteurs de projet. » Préparer à la transmission les nombreux agriculteurs qui vont partir à la retraire est une lourde responsabilité : « Chaque agriculteur qui arrive à la retraite doit bénéficier d’un accompagnement digne de ce nom, nous devons dorloter nos anciens ! »

La Pac a besoin d’un sillon

Mais les Jeunes Agriculteurs vivent aussi au présent. Et, alors que l’équilibre économique de leur affaire est encore fragile, ils sont particulièrement concernés par les évolutions de la Politique agricole commune (Pac) : « Avant de se battre sur les montants et les modalités d’attribution des aides, il faudrait redonner un cap, des objectifs clairs à cette politique. Être plus libéral, on a vu ce que ça a donné. Il faut avant tout définir ce qu’est un agriculteur, pour mieux répartir les aides entre ceux qui sont formés et qui respectent les règles, et les autres. Il faudra des outils de gestion des risques. Et mieux intégrer la société à la Pac, donc y mettre un caractère alimentaire. Il faudra aussi être à la fois plus malin et plus humain dans les négociations commerciales. » Autrement dit : « Arrêter d’échanger des avions de chasse contre des kilos de viande pendant que d’autres meurent de faim ailleurs dans le monde. »

En France, rappelle Jérémy Decerle, les syndicats agricoles ont été très occupés par les États généraux de l’alimentation : « Nous avons participé à un nombre incalculable de réunions pour défendre les intérêts de la profession. Et nous irons jusqu’au bout, nous irons chercher les acteurs des filières qui ne respectent pas les règles pour que les paysans de ce pays soient respectés. »

Enfin, il dénonce les méthodes « irresponsables » de certaines associations : « Il faut cogner fort, avec les méthodes juridiques en vigueur, pour mettre ceux qui nous nuisent plus bas que terre. » Voilà qui est dit !

Fertilisation et désherbage du maïs

Quoi de neuf pour 2019 ?

Cultures

Publié le 14/01/2019

La campagne 2018 signe l’arrêt de production pour l’Adengo, remplacé par l’Adengo Xtra, plus concentré. L’obligation de présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) à proximité des points d’eau passe de 20 à 5 m. La restriction d’usage consistant à ne pouvoir l’utiliser qu’un an sur deux persiste.

La Chambre d'agriculture a étudié diverses solutions alternatives au S-métolachlore dans le cadre de la gestion des graminées. Premier constat : « Une base racinaire reste nécessaire, à base d’Isard, Adengo, Atic aqua, Dakota P… » Parmi les différents programmes testés en pré-levée, ceux donnant les meilleurs résultats sont les combinaisons Atic aqua avec Adengo, ou Isard avec Adengo. En stratégie de pré-levée réduite puis de post-levée, il est possible d’appliquer du Dakota, puis d’effectuer un rattrapage adapté à la flore ou d’utiliser une combinaison d’Isard et d’Elumis, ou Callisto, ou Mondine. « En post-levée, la combinaison Elumis avec Isard fonctionne bien », poursuit Pierre Geist.

La spécialité Calaris combine les matières actives terbuthylazine et mésotrion. Elle est homologuée à la dose de 1 l/ha, sous réserve de respecter un DVP à proximité des points d’eau de 5 m, et de ne pas dépasser une application tous les deux ans. « Son efficacité est limite sur sétaires, digitaires et panic, il convient donc de la mélanger à une autre spécialité », prévient Pierre Geist. La spécialité Capreno contient de la tembotrione et du thiencarbazone. L’obligation de respecter un DVP à proximité des points d’eau est de 20 m. Le point faible du Capreno : les véroniques et les mercuriales. Il convient donc également de le mélanger avec une autre spécialité au spectre d’action complémentaire. « Ce produit étant peu rémanent, il peut y avoir des relevées », prévient Pierre Geist.

Les adjuvants sont des substances souvent déjà intégrées dans les formulations des spécialités phytosanitaires, dans l’objectif principal de renforcer l’action de (s) la matière (s) active (s), de différentes manières. « Par exemple, les huiles, qui accélèrent sa pénétration dans la feuille, sont préconisées avec les désherbants anti-graminées », illustre Pierre Geist. Les mouillants, qui ont pour effet d’étaler le produit, peuvent s’avérer utiles dans la gestion des graminées et/ou en traitement bas volume. Les sels corrigent les eaux dures et évitent une évaporation trop rapide du produit. Ils sont donc préconisés pour les applications en conditions séchantes, avec le glyphosate ou encore les sulfonylurées. Conclusion de Pierre Geist : « Les adjuvants peuvent être utiles en désherbage, mais s’avérer dangereux avec les anti-dicotylédones car ils peuvent engendrer un risque de phytotoxicité. Par contre, ils sont inutiles avec les fongicides. »

Fertilisation azotée : des spécialités qui n’amènent pas toujours de gain d’efficacité

Pour être valorisable par les cultures, l’azote contenu dans l’urée doit dans un premier temps subir une hydrolyse qui le transforme en ion ammonium, puis une nitrification qui le transforme en nitrate. Un processus qui peut se traduire par des pertes d’azote à différents niveaux, principalement la volatilisation de l’ammonium et la lixiviation des nitrates. « La volatilisation est favorisée par un pH basique et l’absence de couverts. La lixiviation a surtout lieu au printemps, elle est dépendante du type de sol », précise Claire Buy. Pour limiter ces pertes d’azote, les industriels ont mis au point certaines spécialités. C’est le cas de l’Alzon, qui doit freiner le processus de nitrification, donc étaler la production de nitrate. Il est alors conseillé d’apporter la dose totale au premier apport et de l’enfouir. L’Utec, une autre spécialité, agit en freinant l’hydrolyse ce qui doit avoir pour effet de réduire les pertes par volatilisation. Enfin, la spécialité Apex retarde toute la chaîne de réaction grâce à sa formulation.

Les performances induites par ces spécialités ont été comparées à celles obtenues grâce à l’urée ou à l’ammonitrate seul (e) s, sans mettre en évidence de différence significative, « sachant que l’utilisation de ces spécialités entraîne un surcoût », note Claire Buy. Un autre essai mené sur l’effet du fractionnement de la fertilisation azotée a mis en évidence que le fait que l’urée soit apportée en deux fois ou tout au semis, n’entraîne pas de différence de rendement significative. « Par contre, il y a plus d’azote absorbé par la culture lorsque l’apport est fractionné, sans que cela se répercute sur le rendement. Il s’agit donc d’une consommation de luxe en conditions non limitantes », rapporte Claire Buy. Au final, la meilleure absorption de l’azote est obtenue en apportant la dose totale à 6-7 feuilles, ce qui représente toutefois un risque de brûlure, et requiert un enfouissement par binage s’il n’y a pas de précipitation annoncée dans les jours qui suivent, au risque de voir l’azote se volatiliser.

Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace Moselle

Eau et agriculture sont indissociables

Pratique

Publié le 08/01/2019

Animée par Denis Riedinger, vice-président du Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA), cette table ronde réunissait Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est, et Marc Moser, président du Comptoir agricole. Celui-ci rappelle que l’agriculture a contribué à l’évolution du niveau de vie, si bien que la part du budget alloué à l’alimentation par les ménages est passée de 30 à 12 %, et que les agriculteurs vivent mal la stigmatisation de leurs moyens de production, qui ont évolué à cette fin.

Il convient : « Les aspects environnementaux ont été trop longtemps négligés, comme pour les autres activités économiques. Le monde agricole a entamé sa mutation, mais elle a un coût qu’il faut pouvoir supporter. » Pascale Gaillot rejoint cette analyse : « Les considérations environnementales sont posées sur la table en couperet, avec des temps de réaction qui ne sont pas agronomiques. Cela engendre un questionnement sur la capacité à préserver le potentiel de production d’un territoire tout en protégeant les ressources naturelles. »

Réduire les pollutions de l’eau d’origine agricole

Pour réduire les pollutions de l’eau d’origine agricole à la source, Eau de Paris encourage les changements de pratique, notamment la conversion à l’agriculture biologique. La structure a également acquis 575 hectares de terres agricoles pour y mettre en place des baux environnementaux, aide à la mobilisation des MAE, à la structuration des filières, par exemple en soutenant la création de légumerie afin de faciliter la commercialisation de la production maraîchère à l’échelle locale, détaille Célia Blauel. Fière d’annoncer que 7 tonnes de lentilles produites sur les aires de captage ont été consommées dans les cantines locales grâce à la structuration des agriculteurs en coopérative.

Pour Marc Moser, l’agriculture biologique est une solution, mais pas miracle : « En bio on a autant besoin de protéger les cultures qu’en conventionnel ». Simplement, on n’utilise pas les mêmes produits. Pour lui, l’opprobre qui est jeté sur les produits phytosanitaires conventionnels est d’ailleurs disproportionné : « Les produits phytosanitaires sont testés avant d’être mis sur le marché, leur utilisation est encadrée par une réglementation stricte et les agriculteurs font preuve d’expertise pour en utiliser le moins possible ».

De son côté, la Région Grand Est a lancé un Appel à manifestation d’intérêt sur la structuration des filières à bas intrants. « Nous avons voulu encourager des projets qui émergent des territoires car, pour que ces filières soient durables, les cultures bas intrants doivent trouver leur marché », explique Pascale Gaillot. 67 dossiers ont été déposés, 42 projets ont été retenus pour un budget de 4,2 millions d’euros. Marc Moser confirme : « On peut produire beaucoup de choses, encore faut-il pouvoir les valoriser et les vendre ». C’est ainsi qu’un partenariat avec les pâtes Heimburger a permis de commencer à cultiver du blé dur en Alsace et qu’une convention avec Bretzel Burgard pour la production de mauricettes bios devrait contribuer à l’essor du blé bio en Alsace. Le Comptoir agricole travaille au montage d’une filière de soja non OGM pour fournir de l’aliment local non OGM aux éleveurs. Il en profite pour expliquer : « Il n’est pas normal que le « lait non OGM » soit payé aux éleveurs le même prix que le « lait OGM », alors qu’acheter de l’aliment non OGM représente une charge supplémentaire pour les éleveurs ». Pour lui, il s’agit d’un cas d’école qui illustre les difficultés du monde agricole. Prêt à répondre aux attentes sociétales, il ne peut le faire qu’en étant rémunéré équitablement.

Eau, agriculture et changement climatique

À Denis Riedinger, qui s’interroge sur la prise en compte du changement climatique dans la gestion de la ressource en eau, Pascal Gaillot détaille quelques enseignements de l’étude Climagri, menée conjointement par la Région Grand Est et l’Ademe en 2017-2018 pour mieux cerner les liens entre agriculture et changement climatique. Car l’agriculture en est tout à la fois victime et, selon les orientations qu’on lui donne, contributrice ou atténuatrice. Pour que ce soit ce dernier effet qui prédomine, l’étude préconise davantage d’agriculture biologique, une adaptation des systèmes d’élevage vers plus d’autonomie fourragère… « À nous d’accompagner ces mutations, qui sont contraignantes pour les agriculteurs », constate Pascale Gaillot. C’est pourquoi le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) de la Région Grand Est comprend l’objectif de diviser par deux la consommation de foncier à l’horizon 2050.

Marc Moser rappelle que les agriculteurs sont en premières lignes du changement climatique : « Il y a dix ans, il était impensable de cultiver du blé dur ou du soja en Alsace. Aujourd’hui, c’est possible. » Autre effet palpable : l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des orages printaniers accentue le phénomène de coulées d’eau boueuse. « Nous sommes convaincus de notre part de responsabilité, mais elle est partagée », indique Marc Moser. Ce phénomène entraînant la disparition des meilleures terres agricoles, l’agriculture a « fortement intérêt » à s’en préoccuper. « Le Comptoir agricole accompagne ses 6 000 adhérents pour diversifier les productions et adapter les pratiques agricoles, mais il faut encore avancer sur ce sujet », constate Marc Moser.

Mieux gérer les volumes

Le changement climatique risque aussi de se traduire par une augmentation des épisodes de sécheresse estivale. Pour Marc Moser, l’enjeu dépasse alors le secteur agricole car il s’agit de continuer à pouvoir nourrir la population avec une production régulière et de qualité, mais aussi de préserver les flux des cours d’eau, car des étiages trop importants pénalisent la biodiversité. Pour lui, il faut donc encourager l’irrigation et le stockage d’eau.

Conclusion des débats par Célia Blauel : « Il faut sortir des caricatures faciles. Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs, et les urbains ne sont pas des zozos. Personne n’a la science infuse, mais il faut arrêter de considérer la protection de l’environnement comme une contrainte : on n’a pas le choix, il faut changer de braquet. Et pour cela, il faut plus de prix et moins de subventions. Je n’ai jamais compris pourquoi ceux qui nous nourrissent sont aussi parfois ceux qui ont du mal à se nourrir à la fin du mois. »

Maïs

Une bonne année malgré les conditions climatiques extrêmes

Cultures

Publié le 08/01/2019

Le début de la campagne 2018 laissait préfigurer de sa fin : « Les semis ont été effectués à des dates classiques et de manière très groupée, du 10 au 20 avril, dans de bonnes conditions », rappelle Pierre Geist, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Ils ont été suivis par des levées homogènes. Les désherbages ont été plus ou moins efficaces en fonction de l’occurrence de précipitations. La floraison a été précoce et les maïs ont localement souffert du manque d’eau. Les chantiers d’ensilage ont débuté mi-août, suite à une dessiccation rapide et précoce. De même, la récolte du maïs grain a été très précoce et effectuée dans des conditions optimales. La campagne se solde par un rendement bas-rhinois de 98 q/ha, en baisse de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Il a été de 117 q/ha dans le Haut-Rhin, ce qui conduit à un rendement alsacien moyen de 113 q/ha : « 2018 reste donc une bonne année avec des disparités », commente Pierre Geist. Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, complète : « 2018 a été l’année des extrêmes, avec du 0 q/ha comme du 180 q/ha. Le maïs est une plante tropicale qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau. Ce qui a été le cas en situation irriguée. »

Autre particularité de l’année, les maïs ont été rentrés particulièrement secs, d’où une baisse des frais de séchage. Or, « à 15 à 20 €/t, le séchage représente le poste de charges le plus important de la production de maïs, indique Didier Lasserre. Il y a donc intérêt à faire du maïs le plus sec possible, ce qui va à l’encontre de la tardification des variétés. Par contre, il existe du maïs dry, qui affiche un rendement moindre, mais qui nécessite moins de séchage. » En lien avec la dessiccation rapide des grains, un certain nombre d’agriculteurs ont pu constater un égrainage important lors de la récolte. Mais pour les conseillers agricoles, ce phénomène est à relativiser : « Mieux vaut peut-être perdre de 1 à 3 q/ha que de récolter humide et avoir des frais de séchage conséquents », estime Pierre Geist. Et Claire Buy, conseillère agricole à la CAA, note : « De l’égrainage il y en a toujours, mais cette année il s’est vu car les conditions ont permis aux graines de germer. »

Pyrale : pression en hausse

« La pression en pyrales augmente depuis ces trois dernières années, constate Pierre Geist, qui rappelle que le seuil de traitement est fixé à 0,3 - 0,4 larve par pied. » La campagne écoulée a été marquée par la précocité du vol des pyrales. Les agriculteurs ont parfois dû faire des impasses sur le traitement lorsque les maïs étaient trop hauts pour intervenir, d’où des pontes et des dégâts. Pierre Geist préconise donc de prévoir une protection dans les parcelles à risque par des trichogrammes ou des produits chimiques lors de la prochaine campagne.

Chrysomèle : elle est partout

L’insecte ravageur est désormais présent partout, « pas forcément beaucoup, mais partout », précise Didier Lasserre. En 2018, la population a encore progressé de manière généralisée sur le territoire, même si la plupart des captures se font le long du Rhin. Arvalis-Institut du végétal a élaboré une grille de décision, qui se fonde sur la densité de population du ravageur et l’intensité du stress hydrique car, si les conditions sont sèches, le maïs est davantage exposé au risque de stress hydrique si son système racinaire a été affaibli par le ravageur.

« La chrysomèle ne sera plus éradiquée du territoire, note Didier Lasserre, par contre il est possible de freiner sa progression. Et le moyen de lutte le plus efficace reste la rotation, qui revient à couper les vivres du ravageur. » Pour la prochaine campagne, les agriculteurs volontaires vont être équipés de pièges afin de mieux appréhender la dissémination de l’insecte sur le territoire.

Autant de soja que de betterave

Comme pour le maïs, le rendement en soja a été intimement lié à l’irrigation ou à son absence : de 15 à 30 q/ha en moyenne en situation non irriguée, il passe à 35 à 45 q/ha en moyenne en situation irriguée. Les surfaces continuent de progresser : le soja couvre désormais 6 000 ha en Alsace, soit autant que la betterave. « Cette année le soja a permis de dégager une marge brute de 730 €/ha pour un rendement de 30 q/ha », indique Pierre Geist.

Pommes de terre

Valse entre interdictions et alternatives

Cultures

Publié le 01/01/2019

La campagne 2018 a été marquée par des coulées de boue localisées au printemps, des températures élevées et un déficit hydrique prononcé durant l’été, ayant entraîné la succession des tours d’eau à un rythme soutenu. Conséquences de ces conditions météorologiques : un risque mildiou limité, une réduction du calibre, davantage de maladies de présentation et une recrudescence des dégâts de taupins.

Le rhizoctone était présent sur les tiges, entraînant des fissures et des pustules en cas de protection insuffisante. L’alternariose s’est déclarée assez tardivement, mi-juillet. Les pucerons n’ont pas été très problématiques en Alsace, contrairement aux doryphores, dont les auxiliaires ont pâti des conditions climatiques de l’hiver, ce qui a permis une émergence et un enchaînement des générations rapides. « Si le gel et l’humidité ne font pas leur effet cet hiver, il y aura une réserve à surveiller pour la prochaine campagne », prévient Denis Jung, conseiller à Planète Légumes.

Mais le fait le plus marquant de la campagne a sans doute été la forte pression en taupins. « Les conditions chaudes et sèches ont sans doute poussé les larves à piquer les tubercules pour y trouver de l’eau », avance le conseiller. Au final, le rendement alsacien est en baisse de 20 %. Il l’est aussi dans le Grand Est et au niveau national. Malgré une hausse des surfaces, la production est donc en baisse. Ce qui a entraîné une augmentation des prix, les usines de transformation cherchant à sécuriser leur approvisionnement en matière première. La production de plants étant également en baisse, il faut s’attendre à un manque de plants pour la prochaine campagne et de plus petits calibres, prévient Denis Jung.

Fertilisation et biostimulants

Planète Légumes a réalisé un essai portant sur l’effet de l’apport de différentes formes d’engrais phospho-potassiques sur une parcelle menée en bio à Obernai. Cet essai n’a permis de mettre en évidence aucune différence de rendement significative en dehors des hors calibres ou déchets. Mais, note Denis Jung, l’objectif de ces engrais est surtout d’enrichir le sol. Donc, sachant que la pomme de terre est une culture exigeante en potasse, il ne faut pas négliger leurs arrière-effets. « Réaliser un apport foliaire ne présente d’intérêt que si le sol est sec, ce qui empêche la mobilisation de l’engrais. Il faut alors choisi un produit soluble, comme du nitrate de potasse, dont l’azote peut d’ailleurs s’avérer bénéfique en cas d’alternariose », complète le conseiller.

Sur le marché des intrants, plusieurs nouveautés sont à signaler. Goactiv, un additif agronomique à base de filtrat d’algues, a obtenu une Autorisation de mise en marché (AMM). Il peut donc être ajouté à d’autres engrais et leur apporter un plus. Ce serait le cas de Tuber Max, un engrais contenant de la potasse, du phosphore et Goactiv, et qui aurait pour effet d’activer la tubérisation, la photosynthèse, donc d’augmenter le rendement, le calibre. Pulvérisée avant la tubérisation, Go Up, spécialité utilisable en bio et contenant des acides aminés, dont de la glycine, augmenterait le nombre et le calibre des tubercules. Denis Jung cite aussi les produits à base de nitrate de potassium qui, appliqués en phase de grossissement, permettraient d’augmenter le calibre, la résistance au choc, au stockage. Transformer est un additif du sol qui permettrait de mieux retenir et restituer l’eau aux cultures. À la clé, une meilleure résistance au stress hydrique donc plus de tubercules et de calibre. Enfin, Rhiz P Dual Tech est une spécialité à base de bactéries qui couvrent les tubercules et les protègent, améliorant leur résistance à la gale commune, au rhizoctone, et favorisant la croissance des racines, ce qui aurait un impact sur le nombre de tubercules.

Désherbage

Depuis plusieurs années, Planète Légumes mène des essais sur le mulching des parcelles de pommes de terre avec de la luzerne broyée. « Le mulch a été épandu le 22 mai, en plein ou uniquement entre les buttes », indique Denis Jung. Les diverses notations effectuées en cours de campagne mettent en évidence l’efficacité du mulch, qui agit par couverture du sol et épuisement des adventices. Par contre, pour être efficace, la technique requiert une couche de 15-20 cm de mulch au départ, ce qui correspond à la récolte de 3 ha de luzernière pour couvrir 1 ha de pommes de terre.

Du côté des herbicides conventionnels, Denis Jung prévient d’une possible perte d’usage sur pomme de terre des produits à base de cléthodime (Centurion). «Il s’agit donc de les utiliser en priorité. » De même, l’herbicide Citation, à base de métribuzine est à utiliser avant 2020. Le Centium étant très volatil, des formes encapsulées, moins volatiles, ont été développées. Afin de limiter la dérive, la spécialité Défi doit désormais être appliquée avec des buses à injection, « avec un volume d’eau suffisant », préconise Denis Jung. Les spécialités à base de métribuzine sont soumises à des restrictions d’usage en fonction de la présence d’un point d’eau au voisinage de la parcelle, du type de sol, de la présence d’une pente… Et il s’avère parfois nécessaire de mettre en place des barrages entre les buttes afin de limiter l’érosion. À noter, une nouveauté, Tavas, à base de métribuzine et diflufenicanil, une matière active déjà homologuée sur céréales et désormais aussi sur pomme de terre.

Maladies

« Des variétés résistantes à l’alternariose, au mildiou vont être homologuées prochainement », annonce Denis Jung. En attendant, les producteurs peuvent ajouter quelques nouveautés au panel de solutions chimiques existantes. Plexus, à base de fluazinam et cymoxanil, est équivalente au Kunshi, en formulation liquide. Elle est homologuée à 0,6 l/ha et son effet étant curatif, elle doit être positionnée en phase de croissance active. Vendetta, à base de fluazinam et azoxystrobine, est efficace contre le mildiou et l’alternariose, mais il existe des souches de champignons résistantes à chacune de ces matières actives. La spécialité Sanblight, à base de mancozèbe, est formulée pour résister au lessivage. Produit translaminaire diffusant, Zorvec Enicade est également assez résistante au lessivage, ce qui devrait permettre un espacement plus large des interventions, moyennant un prix assez élevé, avec une efficacité jamais observée. Enfin, Vitelice est un engrais foliaire qui doit apporter un gain d’efficacité dans le cadre de la lutte contre les maladies cryptogamiques en agissant sur le métabolisme des défenses naturelles de la plante.

À partir du 1er février 2019, l’usage du cuivre, seul fongicide autorisé sur pommes de terre en agriculture biologique est limité à 4 kg/ha/an sur 7 ans, « ce qui pourrait s’avérer pénalisant en cas de forte attaque et si beaucoup de cuivre a déjà été utilisé dans la rotation », analyse Denis Jung.

Ravageurs

Les dégâts de taupin constituent un problème grandissant du fait de l’émergence d’une souche vorace qui se reproduit rapidement. Les essais menés par Arvalis révèlent que les produits chimiques ont leurs limites : moins la pression du ravageur est intense, plus ils sont efficaces. La spécialité Mocap, toxique mais performante, est utilisable en dérogation depuis deux ans. Parmi les autres solutions, Denis Jung cite Naturalis, un produit à base de bactéries, peu efficace. Le Spinosad est en cours d’évaluation, mais « on sait déjà qu’il décroche en cas de forte attaque ». Biofence, à base de glucosinolates en pellets, est assez efficace mais requiert un dosage très élevé, ce qui engendre un coût important. Enfin, l’engrais organique Tapis vers, qui contient de la capsaicine et du glucosinolate, présente un effet répulsif, plus ou moins efficace en fonction de la pression. Pour la réduire, il est possible de mettre en place des pièges et de travailler la rotation : « Il faut éviter les précédents prairie, luzerne, privilégier les céréales, avec un travail du sol qui expose les œufs à l’air, choisir les variétés les moins appétentes et récolter le plus tôt possible », complète Denis Jung.

Pour lutter contre les pucerons et les doryphores suite au retrait des néonicotinoïdes, la principale alternative demeure les pyréthrinoïdes, avec une efficacité limitée. En floraison, il reste la spécialité Coragen à 0,06 l avec une rémanence de 21-28 jours. « Et, pour une première application avant floraison, à part les pyréthrinoïdes sur très jeunes larves et faible infestation, il reste le Success 4 à 0,05 l, avec une rémanence de 8-10 jours, et les produits à base d’organophosphorés (Daskor 440) mais qui ont un impact sur les auxiliaires », indique Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons, le Plenum va être interdit. Il reste donc le Teppeki en première intention. À noter la prochaine mise en service de l’application pour smartphone DiagPOt, un outil de diagnostic et d’information sur les bioagresseurs.

Maladies de présentation

La spécialité Sercadis, à base de fluxapyroxad, est un nouveau fongicide efficace contre le rhizoctone, la gale argentée et la dartrose. Elle affiche une bonne sélectivité et une bonne efficacité, variable cependant selon la souche, notamment pour la dartrose. Rhapsody est un produit de biocontrôle du rhizoctone brun à l’efficacité limitée. Prestop contient un champignon du sol, Gliocladium catenulatum, qui devrait permettre d’obtenir un contrôle partiel de Rhizoctonia solani et une diminution des symptômes de gale argentée.

Défanage

Suite à l’interdiction du Basta, bientôt suivie par celle du Réglone, il n’y aura quasiment plus de solution chimique pour effectuer le défanage des pommes de terre. Dès lors, le broyage à l’aide d’un broyeur spécifique s’impose, combiné ou non avec un traitement sur le rang en un passage à dose de 80 % de dessiccant, ou à pleine dose d’un dessiccant 2-3 jours après, la carfentrazone ayant un léger avantage par rapport au pyraflufen. « Ce changement de stratégie nécessite par ailleurs de revoir la fertilisation azotée et la gestion de la fin de cycle », note Denis Jung.

Vient de paraître

« Le dernier de sa terre »

Pratique

Publié le 28/12/2018

« C’est le plus abouti de mes romans », constate Gabriel Flecher, une main posée sur la couverture de son dernier ouvrage, « Le dernier de sa terre ». Le titre est évocateur, la couverture l’est encore davantage. Trois photographies en noir et blanc s’y superposent. En haut, un paysan guidant une charrue tirée par des chevaux. Au milieu un homme au volant d’un tracteur ancien. En bas, un agriculteur, assis sur une moissonneuse-batteuse, assiste au décollage d’un concorde. Cette couverture résume l’intention de Gabriel Flecher : retracer l’évolution de l’agriculture en Alsace de 1870 à nos jours, au travers de la description de la vie de trois générations d’agriculteurs d’une même famille. « Au départ, je voulais faire une saga, avec un volume par génération », raconte Gabriel Flecher. Mais des soucis de santé l’obligent à revoir ses ambitions à la baisse. Résultat, un livre de quelque 180 pages, découpé en trois grands chapitres, un par génération.

L’histoire débute avec celle de Cyrille, un paysan aisé, maire de sa commune. « J’y décris le travail d’autrefois, les labours sous la pluie, le froid, les rhumatismes, l’insécurité alimentaire lorsque les récoltes étaient insuffisantes, mais aussi l’amour de la terre, et le poids de la morale et de la religion, qui écrasaient le peuple », décrit Gabriel Flecher. C’est d’ailleurs l’une des particularités de cet ouvrage qui, au gré des pages, mêle roman et réflexions personnelles.

La deuxième partie décrit la destinée de Xavier, le fils de Cyrille, qui reprend la ferme familiale. C’est l’ère de la révolution agricole et des trente glorieuses. Les chevaux sont abandonnés au profit des tracteurs. Xavier se spécialise dans la production de céréales. Également maire de sa commune et syndicaliste, il met en œuvre remembrements et directives européennes. « Ce deuxième chapitre est dur pour les agriculteurs, car il décrit aussi certains excès », concède Gabriel Flecher, qui constate : « À l’époque, les agriculteurs ne se sont pas rendu compte de ce qu’on sait maintenant. Par exemple de la concurrence qu’exercent d’autres pays, régis par d’autres réglementations, qui empêchent les agriculteurs français de faire le poids. Automatiquement, les agriculteurs qui ont joué le jeu de la production après guerre, et qui ont contribué à l’essor de la France, ont commencé à en souffrir. D’autant que les trente glorieuses ont aussi vu l’essor des grandes surfaces et des industries agroalimentaires et phytopharmaceutiques. Les agriculteurs sont dépendants de tout ça. Et, pour joindre les deux bouts, continuent à investir pour produire plus », décrit Gabriel Flecher. Effectivement, ce deuxième chapitre, même s’il se veut objectif sur les tenants et les aboutissants de la révolution agricole, est dur pour les agriculteurs. La description de la mort de Xavier, attribuée à l’utilisation d’un produit phytosanitaire en particulier, pourrait donner envie au lecteur averti et concerné de refermer l’ouvrage à ce stade. Ce serait dommage.

Des champs à la forêt

Car la troisième partie du roman laisse place à Emmanuel. Le fils de Xavier préfère les arbres aux champs. Il devient donc ingénieur forestier. Et effectue son service militaire en tant que coopérant en Afrique. Il y rencontre Alexandre, un jeune géologue avec lequel il se lie d’une amitié indéfectible. Il entre en contact avec une tribu primitive, dont il retient de précieux enseignements. De retour en France, Emmanuel délègue la gestion de l’exploitation familiale à des salariés, et se tourne vers la production et le négoce de bois. Gabriel Flecher en profite, comme il l’a fait plus haut pour l’agriculture, pour se livrer à sa propre analyse des forces et faiblesses de la filière bois dans un contexte d’échanges mondialisés.

La fin de cette dernière partie évoque aussi la quatrième génération, celle d’Aimée, la fille d’Emmanuel. Celle-ci lui annonce qu’elle ne reprendra pas l’affaire familiale. Ces dernières pages sont, pour Gabriel Flecher, l’occasion de livrer ses réflexions sur l’inévitable transformation des liens qui unissent les parents à leurs enfants, pour que ces derniers puissent vivre leur vie. Sur la fin de vie, dans une société où les anciens finissent leurs jours en EHPAD. Sur l’amour, qui peut prendre tant de formes qui ne sauraient être comparées. On est d’accord avec l’auteur ou on ne l’est pas. Ou on l’est parfois mais pas toujours. En tout cas Gabriel Flecher a le courage d’aborder des sujets essentiels, et de partager ses intimes réflexions. Qui ne peuvent que nourrir celles de son lecteur.

Gaec du Langfeld à Sarrewerden

Bio en trois semaines

Élevage

Publié le 25/12/2018

Le Gaec du Langfeld, ce sont des hommes - Henri Willem et son neveu Sylvain Weber - et pas mal d’animaux : 60 vaches laitières et à peu près autant de vaches allaitantes. Pour ne citer que les bovins. Ces derniers sont très largement nourris à l’herbe puisque la SAU compte 180 hectares de prairies, moitié naturelles moitié permanentes, 10 ha de vergers de pommiers, 30 ha de céréales à paille, 10 ha de maïs. La conversion à l’agriculture biologique a été déclenchée par leur laiterie, Unicoolait, qui cherchait de nouveaux producteurs.

« D’abord, on a dit non. On n’était pas intensif, mais la conversion nécessitait de retourner des prairies et nous pensions que nous n’avions pas le droit. » En fait, si ! Et c’est ce qu’ils ont fait. Car les autres critères étaient réunis : un bâtiment suffisamment vaste, des prix rémunérateurs… « Comme nous étions déjà en système extensif, nous n’avons rien changé à notre manière de faire. Sauf que nous n’achetons plus d’engrais minéraux ni de produits phytosanitaires. Et que nous vendons du blé bio pour acheter des correcteurs bios », indique Henri Willem. Le reste des productions végétales est autoconsommé. D’ailleurs, ce qui dicte les décisions des deux associés, c’est « de nourrir tout le monde ». Pour ce faire, partant du principe que « celui qui réussit c’est celui qui sait s’adapter », ils n’hésitent pas à tester régulièrement de nouvelles techniques, quitte à essuyer des déboires : « C’est comme ça marche. Si ça ne donne rien, on fauche ».

Autre ligne de conduite : valoriser au maximum le pâturage, car « c’est la ration la moins chère ». Priorité aux vaches laitières, qui ne restent pas plus de trois jours sur le même paddock, puis place aux allaitantes, qui « fauchent » le refus. Normal : les laitières procurent plus de revenus que les allaitantes. Leur ration est donc plus soignée que celle des allaitantes de manière générale. C’est aussi parce que les problèmes engendrés par les bactéries butyriques impactent davantage les performances des laitières que celles des allaitantes. Aussi, en plus du pâturage, ces dernières sont-elles nourries quasi exclusivement au foin et à la paille. Sauf pour l’engraissement, effectué avec de l’ensilage. « Enfin ça, c’est la théorie, sourit Sylvain Weber, un brin désabusé. Parfois il faut improviser. » Une chose est sûre, cette année, ils ne devraient pas avoir trop de mal à remplir l’un de leurs objectifs techniques : ne plus avoir de fourrage dans les silos au printemps pour optimiser le pâturage et conditionner tranquillement le fourrage pour l’hiver suivant. Chez eux, les animaux sortent tant que les sols portent. C’est aussi une question d’économie de paille.

Comptoir agricole

Une ancre dans la tempête

Vie professionnelle

Publié le 21/12/2018

Réunis en assemblée générale statutaire le matin du jeudi 20 décembre, les administrateurs du Comptoir agricole ont mis en conformité les statuts de la coopérative, réélu les administrateurs sortantd à l’unanimité et renouvelé leur confiance en Marc Moser pour un nouveau mandat d’un an à la présidence du Comptoir agricole. Ce dernier a présidé l’assemblée générale de la coopérative, ouverte à l’ensemble des adhérents dans l’après-midi. « Ce qui a marqué ces 18 derniers mois, c’est la catastrophe de Silorins, qui a eu des conséquences impressionnantes et surtout un bilan humain important. Les blessés sont désormais en voie de stabilisation et de rétablissement », a indiqué Marc Moser. Malgré cette épreuve douloureuse pour les équipes, les performances du groupe restent bonnes : « Durant l’exercice 2017-2018, nous avons collecté près de 1 Mt de céréales, ce qui nous situe pleinement dans nos objectifs », illustre Marc Moser. Les filières houblon, élevage et vigne, à travers la création de la structure VitiVina, ont bien progressé. « C’est la première fois que nous pouvons présenter le bilan de douze mois d’activité pour les filières vigne et élevage », note Marc Moser. La filière semences a enregistré une baisse de surface, mais « les compétences agronomiques des producteurs s’améliorent, tout comme le process industriel de l’usine », souligne le président. Et les dirigeants de la coopérative ont « bon espoir » de retrouver les surfaces de production antérieures. Pour l’activité pomme de terre, c’est plus compliqué. Marc Moser explique : « Depuis quatre ans, nous peinons à atteindre la taille critique ». En cause : un manque de volume, l’hétérogénéité des sols alsaciens qui entraîne des soucis de qualité sur une part du volume de production, et le manque de surface irrigable. La coopérative a donc pris la décision de mettre un terme à cette filière. « Les producteurs qui veulent poursuivre cette activité seront dirigés vers d’autres opérateurs pour commercialiser leur production. Et la collecte de la dernière campagne sera soldée », assure le président du Comptoir agricole.

Cette décision n’a pas été prise de gaieté de cœur, mais elle devrait permettre au Groupe de porter ses efforts sur d’autres dossiers, comme la collecte de produits issus de l’agriculture biologique. En réponse à une demande sociétale forte pour ce type de produits, la collecte de denrées bios a significativement progressé. « Au final, l’exercice 2017-2018 se solde par un résultat de 1,70 M€», annonce Marc Moser. « Depuis 110 ans, nous sommes une coopérative responsable dont l’objectif est de servir ses adhérents et de défendre leur revenu, rappelle-t-il. C’est pourquoi des compléments de prix ont été versés le plus rapidement possible aux adhérents. »

Basses eaux du Rhin : un phénomène inquiétant

Pour décrire les conditions de la commercialisation de la récolte 2017, Antoine Wuchner, responsable d’Eurépi, est revenu sur la récolte 2016, marquée par la piètre qualité des blés. « Les blés n’ont pas pu être commercialisés vers les marchés nord communautaires et les cours sont restés faibles. » La récolte 2017 a été du même acabit : « La récolte russe de blé a été importante, ce qui a empêché la hausse du cours du blé, et donc du maïs. » Quant à la récolte 2018, elle est marquée par la sécheresse estivale, une collecte ukrainienne qui explose les records, et des cours qui tombent à la cave suite à l’ampleur du phénomène de basses eaux du Rhin. À l’avenir, l’évolution des marchés mondiaux va dépendre de nombreux facteurs : la production de la Russie et ses capacités exportatrices de blé, le poids de l’Ukraine, le climat dans l’hémisphère Nord, celui de l’hémisphère Sud et la baisse des stocks mondiaux de maïs. En outre, les décisions politiques vont influencer les parités monétaires, en particulier la guerre commerciale entre les USA et la Chine, les relations entre l’Ukraine et la Russie, décrit Antoine Wuchner. Il détaille : « Parmi ces facteurs, certains sont conjoncturels, ils sont liés aux circonstances de l’année. D’autres sont structurels, liés à la structure du marché. Le marché du Rhin a toujours été sous l’influence de facteurs conjoncturels, qui peuvent être bénéfiques, mais qui ont le plus souvent un impact négatif sur les prix de marché. Le dernier en date est la navigabilité du Rhin. Il n’est pas rare d’avoir des épisodes de basses eaux, mais celui de 2018 restera dans les mémoires des organismes stockeurs et des transformateurs. » En outre, Antoine Wuchner constate une hausse des facteurs structurels qui impactent le marché rhénan et qui pourraient mettre en péril les débouchés et affecter les prix de marché. Il y a tout d’abord la perte de débouchés locaux, le rôle de plus en plus important de l’Ukraine et de l’Amérique du Sud, et enfin le développement du blé en Russie. Antoine Wuchner souhaite donc que la conjoncture des basses eaux sur le Rhin reste conjoncturelle, mais il appréhende qu’elle ne devienne structurelle dans la stratégie d’achat des clients du Comptoir agricole. « Il va donc nous falloir enrichir et élargir notre réflexion stratégique pour valoriser au mieux nos productions, afin de ramener durablement du revenu dans les exploitations agricoles alsaciennes. »

Retrouvez les interview de Denis Fend sur les conséquences du phénomène de basses eaux du Rhin et de Marc Moser sur l'arrêt de la filière pomme de terre au Comptoir agricole :

 

Céréaliers - éleveurs ovins

Main dans la main

Technique

Publié le 14/12/2018

Les agriculteurs sont solidaires. Avec la sécheresse, ils ont l’occasion de le prouver. Il y a eu l’opération récolte de pailles de maïs à destination des éleveurs. Et, de manière plus anecdotique, quelques céréaliers ont noué des partenariats avec des éleveurs ovins pour faire pâturer des couverts d’interculture. L’idée n’est pas nouvelle. Hervé Wendling, président du syndicat ovin du Bas-Rhin, la porte depuis plusieurs années. Mais la sécheresse qui a sévi cet été a révélé la fragilité de l’autonomie fourragère des troupes ovines alsaciennes, assez intensives au regard de la surface disponible : « Nous enregistrons 30 à 40 % de déficit fourrager cette année. Certains éleveurs ont dû rentrer des brebis dès mi-juillet », illustre Hervé Wendling. À côté de cela, des parcelles céréalières qui, en hiver, sont au repos.

Entre les deux, « il y a moyen de s’entraider », estime Hervé Wendling, qui a noué un tel partenariat avec son voisin, Marc Moser, pour accroître sa ressource fourragère. Un exemple que le syndicat ovin et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) aimeraient voir essaimer. Christian Schott, président de l’Adar de l’Alsace du Nord, déclare : « Nous voulons mettre en place de nouvelles synergies en recréant un lien plus fort entre productions animales et végétales, car il y a plus à y gagner qu’en travaillant chacun de son côté, tout en faisant de l’agronomie. »

« Un mouton, c’est une barre de coupe à l’avant et un épandeur à l’arrière »

En effet, implanter une Culture intermédiaire piège à nitrates (Cipan) apporte de nombreux bénéfices, que liste David Kraemer, conseiller agricole à la CAA : apport d’azote pour la culture qui suit, production de fourrage, lutte contre l’érosion, stockage du carbone, protection de la faune… Sans oublier que, d’un point de vue réglementaire, les Cipan entrent dans le calcul des SIE. Mais, pour qu’une Cipan ait réellement un effet positif sur la culture suivante, il faut la considérer comme une culture à part entière, en investissant dans des semences d’espèces adaptées, en soignant le semis, la destruction et l’incorporation.

Justement, le pâturage d’une Cipan par les ovins règle la question de la destruction. « Un mouton, c’est une barre de coupe à l’avant et un épandeur à l’arrière », formule Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la CAA. Dans le cadre du réseau d’élevage du Grand Est, une étude a révélé que la récolte des Cipan en fourrage ne constitue pas une solution très cohérente : « La récolte coûte cher et la valeur alimentaire n’est pas top, limite à risques », résume le technicien. Le pâturage de la Cipan s’avère une solution plus économique, même si elle représente tout de même une certaine charge de travail : pose des filets… Un des autres avantages de cette pratique est qu’elle permet de couper le cycle parasitaire en sortant les moutons sur des parcelles céréalières saines.

Un partenariat gagnant-gagnant

Alors, le partenariat céréalier-éleveurs ovins, une panacée ? Pas totalement, Jean-Pierre Saulet-Moes prévient : « Il faut être conscient que ça ne fonctionne pas toujours, car la réussite de l’opération est tributaire du climat. Mais, en semant tôt la Cipan, on optimise les chances de réussite. » Les différentes parties prenantes ont imaginé une manière de construire un partenariat gagnant-gagnant : « Si l’éleveur prend en charge le coût de la semence, et que le céréalier économise les frais de broyage grâce au pâturage, on arrive à un équilibre », indique Jean-Pierre Saulet-Moes, qui précise que ces estimations ne prennent pas en compte les aménités agronomiques en matière de fumure organique, de désherbage mandibulaire…

Dans le cas du partenariat entre Hervé Wendling et Marc Moser, le céréalier a passé le déchaumeur et l’éleveur a pris en charge le coût de la semence qu’il a implantée au combiné rotoherse-semoir. Les brebis ont jusqu’à début mars pour ingurgiter toute cette biomasse. Car après il faudra préparer la parcelle pour la culture qui suit. Si elles n’y parviennent pas, Hervé Wendling s’est engagé à effectuer le broyage.

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