Assemblée générale de la FDSEA. Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA
« Dénoncer les mensonges »
Assemblée générale de la FDSEA. Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA
Vie professionnelle
Publié le 24/01/2019
Le rôle d’un syndicat, rappelle Jérôme Volle, c’est « d’accompagner les agriculteurs quand ils vivent des aléas climatiques, de prix, d’accès au foncier… ». C’est indispensable, mais pas suffisant : « Maintenir des outils de transformation et de distribution est nécessaire pour aller chercher la valeur ajoutée ».
Première bataille remportée par le syndicalisme agricole : le dispositif de remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur le gazole non routier a été maintenu. En matière de fiscalité agricole, le dispositif de DPA, peu utilisée, a été remplacé par les DPI : « Nous avons travaillé à faire évoluer l’épargne de précaution pour la rendre plus intéressante ».
Cette année, rapporte Franck Sander, les employeurs de main-d’œuvre agricole ont eu du mal à combler leur besoin de saisonniers. Preuve que le dossier de l’emploi en agriculture devient prégnant. « La FNSEA s’est battue pour le maintien de l’exonération de la taxe d’apprentissage, tout en bénéficiant de la politique d’apprentissage », rappelle Jérôme Volle. Il estime aussi qu'« on ne peut pas parler d’Europe sans parler d’Europe sociale. Il est important d’avoir un système de sécurité sociale renforcé en France, mais cela a un coût, qui nous met en distorsion de concurrence avec les autres pays européens. Nous ne voulons pas baisser les droits des salariés mais que les charges sociales soient exonérées dans le milieu agricole. Ces exonérations sont justifiées car le coût de la main-d’œuvre est moindre à l’étranger. Il s’agit donc d’un combat syndical juste. » Il estime en outre que l’emploi de main-d’œuvre étrangère — une pratique encadrée — ne doit pas être banni. Par contre, « le travail détaché entraîne des distorsions de concurrence et doit être réglementé au niveau européen ».
Après la sécheresse, la FNSEA a rencontré le ministère de l’Agriculture : « Nous avons fait valoir que si le montant estimé des pertes, évalué à 700 M€, dépassait ce que le Fonds national de garantie des calamités agricoles est en capacité d’accompagner, ce fond avait aussi été bénéficiaire certaines années. Nous avons aussi travaillé avec le ministère pour faire reconnaître que l’hivernage a commencé en juillet dans certaines exploitations », détaille Jérôme Volle.
Christiane Lambert a été auditionnée par le gouvernement lors de la crise des gilets jaunes : « Elle a rappelé que le montant moyen des retraites agricoles est de quelque 900 €/mois et que la profession est donc en droit de revendiquer une réévaluation de ce montant ! »
Premier combat : le prix
Mais, rappelle Jérôme Volle, le premier combat de la FNSEA reste le prix. Aussi, quand le gouvernement a lancé les États généraux de l’alimentation (EGAlim), « avons-nous dit banco, car notre métier a un prix ». Les EGAlim comprenaient aussi un volet environnemental et sociétal : « Nous avons dit banco aussi, car si on n’engage pas la réflexion sur ces deux sujets-là, ce ne seront demain que des contraintes ». Le premier élément défendu était la construction du prix en marche en avant car, dans un certain nombre de filières ça se passe à l’envers, et c’est « inadmissible ». « Nous nous sommes donc battus pour que les coûts de production soient intégrés dans le dispositif de construction des prix, mais pas que lui ! Dans la composition d’un prix, il y a aussi l’image, le savoir-faire, le territoire, le marché… ». Si les EGAlim ont permis de passer un cap sur ce dossier, « nous avons encore beaucoup de travail » pour que ces dispositions soient mises en œuvre dans toutes les filières, tempère Jérôme Volle.
Autre sujet évoqué dans le cadre des EGAlim, la revente à perte est « inadmissible » : « 70 % des produits issus de la filière porcine sont vendus en promotion, cela ne donne pas de valeur ajoutée au travail des producteurs. C’est pourquoi il faut encadrer les promotions et construire des caisses de solidarité. »
Le vote pour l’augmentation de la redevance pollution diffuse (RPD), a été pris « en pleine figure » par la profession agricole, car il s’agit encore d’une charge supplémentaire. La FNSEA veut donc faire en sorte que les 250 M€ dégagés retournent à l’agriculture, « notamment via les fermes Dephy et les Agences de l’eau ». Et, si Jérôme Volle soutient qu’il faut continuer à investir dans la recherche et le développement, il estime aussi que « la première innovation est celle que les agriculteurs font dans leur ferme. Soyons en capacité d’agglomérer ces recherches locales. »
Pour une Pac commune
La politique agricole commune (Pac) est à un virage : « La Pac doit être commune, il faut un cœur, un corps et des outils qui soient communs ». S’il plaide pour des politiques d’investissements ciblées en fonction des spécificités régionales, il estime qu’il ne faudrait pas arriver à des politiques agricoles spécifiques à chaque région, car cela créerait des oppositions entre agriculteurs.
Jérôme Volle ne pouvait pas éluder l’agribashing. Car « si bon nombre de messages véhiculés à l’encontre des agriculteurs sont faux, ils nous impactent moralement. » Ce phénomène « doit nous inciter à retravailler nos moyens de communication ». Aussi Jérôme Volle annonce-t-il : « Quand les agriculteurs seront attaqués, la FNSEA et les JA contre-attaqueront pour dénoncer les mensonges. Nous nous porterons partie civile pour rétablir la vérité s’il le faut. Et nous irons défendre le monde agricole dans toutes les émissions de télévision. »
Il ne pouvait pas non plus conclure son discours sans appeler les agriculteurs à voter pour élire leurs représentants aux Chambres d’agriculture : « Il y a un enjeu de représentativité. Il faut améliorer le taux de participation pour montrer que le monde agricole est encore bien présent. »












