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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Entrepreneurs des territoires d’Alsace

Ne pas pénaliser les agriculteurs qui font appel à des prestataires

Vie professionnelle

Publié le 18/02/2019

« La sécheresse pèse lourd sur les revenus », constate Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin. Sur les revenus des agriculteurs, mais aussi des entrepreneurs. Il illustre : « Les prairies ont grillé sous de fortes chaleurs et, sans précipitations, les récoltes des deuxième et troisième coupes n’ont pas pu être réalisées ». Ce qui représente un manque à gagner pour les entrepreneurs. À cela s’ajoutent d’autres contraintes, comme l’augmentation du GNR, qui « plombe nos trésoreries ». Logiquement, cette hausse de charges devrait se répercuter sur les tarifs appliqués aux prestations réalisées par les entrepreneurs. Mais les devis ayant été établis en début d’année, si les entrepreneurs ne respectent pas le prix annoncé, ils risquent de perdre des clients. Ce qui fait dire à Claude Gretter : « Il faudra peut-être revoir notre méthode de facturation, avec un prix pour la prestation et un prix variable pour le carburant ». Comme les agriculteurs, les entrepreneurs bénéficient du remboursement de la TIC, ce qui permet d’alléger cette charge, même s’il faut « être patient » pour obtenir ce remboursement.

Sur la réforme de la Pac, Claude Gretter signale : « Une disposition devrait permettre de relever le plafond des aides en ajoutant les coûts de main-d’œuvre, mais la sous-traitance de travaux agricoles n’est pour l’instant pas prise en compte. Or faire appel à des prestataires ne doit pas pénaliser les agriculteurs. » Éric Brodhag renchérit : « Cette disposition traduit la volonté de rémunérer les agriculteurs qui ont des salariés. Or, les Entreprises de travaux agricoles (ETA) font économiser des salariés aux agriculteurs. Ce dossier a donc été pris en main par le Syndicat européen des entrepreneurs des territoires, afin que la prestation de service effectuée par une ETA soit considérée comme un apport ponctuel de salariés. »

Vers une convention collective nationale

La Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT) poursuit sa mission d’accompagnement des entrepreneurs. Elle travaille notamment sur le coût de la main-d’œuvre et les difficultés de recrutement : « Les besoins en main-d’œuvre des entreprises du territoire sont importants. Dans certaines régions, il y a une pénurie de conducteurs d’engins », rapporte Éric Brodhag, secrétaire général. Les entrepreneurs sont donc attentifs aux évolutions annoncées en matière d’apprentissage et de formation. Depuis le 1er janvier 2019, une agence unique, France Compétence, est en charge de la répartition des fonds de la formation professionnelle et de l’alternance : « Il faut veiller à ce que les cotisations reviennent aux salariés », note Éric Brodhag. Il prévient : « Le Fafsea pourrait fusionner avec Opcalim, l’Organisme paritaire collecteur agréé des salariés des industries agroalimentaires ». 

Enfin, le nombre de conventions collectives devrait progressivement passer de 600 à 200 en France, une réforme que la FNEDT prépare en mettant en place une convention collective propre aux entrepreneurs du territoire au niveau national : « Elle doit encore être négociée avec les syndicats. » Avec « 80 000 salariés employés en France », la représentativité de la FNEDT est réelle, selon Éric Brodhag. Mais il va falloir le prouver, c’est pourquoi chaque entreprise affiliée à la FNEDT va recevoir une fiche à renseigner.

Basses eaux du Rhin

L’assurance comme élément de solution

Pratique

Publié le 15/02/2019

Le Rhin a retrouvé un niveau acceptable. Mais pour combien de temps ? Ce retour à la normale ne doit pas faire oublier l’intensité du phénomène de basses eaux qui a plombé la rentabilité des nombreuses transactions commerciales utilisant le fleuve comme vecteur de marchandises. « Le phénomène des basses eaux du Rhin représente un gouffre financier contre lequel il n’y a pas de solution unique, mais plusieurs, dont les assurances », indique Jean-Laurent Herrmann, président de la Bourse de commerce de Strasbourg.

Pour présenter ce pan de solution, la Bourse de commerce de Strasbourg avait invité Charles Maury, courtier d’assurance, gérant de Climate Insurance. Son Job ? « Concevoir des produits d’assurance avec les clients, qui répondent à leurs problématiques particulières. » Bref, élaborer pour les clients des solutions d’assurance sur mesure, plutôt que de souscrire à des produits d’assurance touts faits. Une fois le produit d’assurance ad hoc finalisé, Climate Insurance se charge de trouver un assureur sur le marché assurantiel : « Il s’agit d’assureurs de premier plan, à la solidité financière élevée », assure Charles Maury.

Un risque qui coûte cher

Le risque de basses eaux est devenu un risque élevé, qui coûte cher : « Aucun acteur ne souhaite le prendre à sa charge. Une des solutions est donc de l’assurer. Car cela permet de fluidifier les rapports entre les vendeurs et les acheteurs », présente Charles Maury. Concrètement, il n’y a pas d’expertise de sinistre, mais une formule mathématique, qui intègre un certain nombre de paramètres, et qui permet de déclencher l’assurance lorsque le niveau de risque critique, préalablement déterminé par l’assuré et son courtier, est atteint. Parmi ces paramètres, il y a les volumes de marchandises qui transitent par un certain point à assurer, le niveau d’eau considéré comme critique, le nombre de jours de basses eaux que le client supporte, et le nombre de jours de basses eaux - pas forcément continus - qu’il souhaite assurer, la période sur laquelle court l’assurance… Pour résumer, l’indemnisation est fixée sur le nombre de jours de basses eaux que le client a au préalable décidé d’assurer. Il s’agit donc d’être raisonnable : « Si on demande à être assuré sur un nombre de jours de basses eaux trop élevés, les assureurs ne vont pas suivre », conseille Charles Maury.

Le courtier d’assurance l’avoue sans embarras, assurer le risque de basses eaux est une nouveauté. Mais la méthodologie est similaire à celle employée pour assurer d’autres risques, notamment dans le milieu agricole : « Il est possible d’assurer des baisses de rendements sur la base de données issues de stations météorologiques, d’images satellites, ou encore d’assurer les marges des coopératives, d’inclure une garantie de rendement dans la fixation du prix de vente de produits phytosanitaires, de semences… » Par analogie, Charles Maury argumente : « Pouvoir garantir au client une indemnisation du risque de basses eaux incluse dans le prix de vente constitue aussi un moyen de se différencier en proposant une sorte de prestation de service garantissant un coût du fret constant, qu’il y ait basses eaux ou pas. »

Un marché déjà fragilisé

Quoi qu’il en soit, « acheteurs, vendeurs et affréteurs devraient intervenir », estime Jean-Laurent Herrmann, qui prévient : « Le risque de basses eaux ne va pas tarder à faire réfléchir les acheteurs de céréales », qui pourraient se détourner de l’origine Alsace et se tourner vers d’autres fournisseurs. D’après un participant, c’est même déjà le cas de certains clients hollandais qui se sont déjà détournés vers l’Ukraine.

Restaurer les glaciers « dont la fonte a une importance notable dans le soutien des apports d’eau au cours des phases d’étiages extrêmes survenant vers la fin de l’été sur le Rhin moyen et le Rhin inférieur (Stahl et al., 2016) » aurait été un bon travail pour Hercule. Mais dans la pratique, c’est illusoire. Il s’agit donc de mettre en œuvre tout un panel de solutions. Lors de cette réunion ont été cités : la création d’infrastructures de stockage d’eau, le réaménagement du Rhin, la fédération des utilisateurs du Rhin pour faire avancer politiquement la problématique dans les différents pays concernés… La révision de la taille des bateaux, surdimensionnés pour charger des volumes importants de marchandises, et de leurs hélices, surdimensionnées pour gagner en puissance, a également été évoquée. Car ces ouvrages ne peuvent naviguer sur le Rhin que quand le niveau d’eau est suffisant. Revenir à des embarcations de tailles plus raisonnables permettrait de transporter certes moins de marchandises d’un coup, mais sur une période plus longue. D’autres matériaux que le métal pourraient être envisagés pour la construction des navires… Autant de solutions qui vont être approfondies dans le cadre d’une étude menée par la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR). De quoi rassurer un peu les usagers du Rhin, qui sont néanmoins bien conscients que la plupart de ces solutions ne porteront leurs fruits que dans plusieurs décennies. Et qu’il s’agit donc de les impulser rapidement.

Réunion maïs Arvalis

L’irrigation a fait la différence

Cultures

Publié le 14/02/2019

Résultat des courses : France, 93 q/ha ; Alsace, 113 q/ha ; Bas-Rhin, 98 q/ha ; Haut-Rhin, 117 q/ha. Commentaire de Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal : « Pas mal vu la sécheresse ! ». Il impute le différentiel de rendement entre les deux départements alsaciens à l’irrigation, davantage installée dans le paysage haut-rhinois. Ce sont des estimations, mais les rendements seraient en moyenne de 135 q/ha en situation irriguée, 105 q/ha en situation non irriguée sans stress hydrique et 80 q/ha en situation non irriguée avec stress hydrique. Les écarts de rendement sont donc très importants : ils vont de 0 q/ha, lorsqu’aucun épi n’a pu se former, à 160 q/ha lorsque les besoins en eau ont été couverts par l’irrigation. Or, avec une différence entre les précipitations et l’ETP de 350 mm, « nous avons atteint des niveaux d’irrigation jamais vus », rapporte Didier Lasserre. La faute au manque d’eau, certes, mais aussi aux températures élevées : « Nous avons enregistré 300 à 350 degrés jours de plus par rapport à la médiane des 20 dernières années, et 33 jours avec des températures maximales supérieures à 30 °C. » Non sans conséquences sur l’évolution des stades.

Si les semis ont été un peu plus tardifs que les années précédentes, la levée a été plus rapide et les stades se sont ensuite enchaînés jusqu’à une récolte effectuée avec 20 jours d’avance. Entre-temps, la floraison a été précoce - fin juin, début juillet - et très regroupée, y compris entre les variétés précoces et tardives. Le remplissage des grains a été difficile. L’irrigation a en général été arrêtée assez tôt, autour du 10-15 août, car le desséchement était accéléré. Didier Lasserre en profite pour battre en brèche l’idée qu’un dernier tour d’irrigation, en apportant du stay-green, favoriserait la dessiccation du grain : « Ça peut éventuellement contribuer au rendement, mais pas à la dessiccation ». La fin de cycle a été favorable, se traduisant par une bonne qualité sanitaire. La récolte de maïs très secs a entraîné de l’égrenage, qui représenterait une perte de 1 à 2 q/ha, et des repousses de maïs parfois assez spectaculaires.

Fourrage : valeur alimentaire dégradée

Autres caractéristiques de la campagne : des maïs au gabarit généralement important, du fait d’une croissance rapide en début de cycle, peu d’attaques de corbeaux, mais des ravageurs attirés dans les parcelles irriguées durant la sécheresse. Les attaques de pyrale ont été précoces et importantes. La chrysomèle poursuit son expansion. Les conditions ont été peu propices à l’expression de la fusariose et de l’helminthosporiose, mais quelques dégâts de taupins ont été observés. En maïs fourrage, le rendement moyen est estimé à 11 tonnes MS/ha dans le Grand Est. La récolte a également été précoce, avec des maïs secs, ce qui se traduit au silo par des ensilages riches en fibres et assez pauvres en amidon. Leur valeur alimentaire est relativement faible, ce qui va se traduire par une hausse des besoins en complémentation.

Relay-cropping

Un tétris cultural

Cultures

Publié le 14/02/2019

On sème A. On sème B dans A. On récolte A. On récolte B. Autrement dit, on insère la culture B dans la culture A. Par exemple du soja dans de l’orge. Présenté comme ça, le relay-cropping semble assez simple à mettre en œuvre. Mais en fait, il y a tout un tas de paramètres à prendre en compte. Déjà, il faut pouvoir semer B dans A. C’est-à-dire, par exemple, penser à la rémanence des produits phytosanitaires utilisés sur A qui pourraient empêcher B de lever. Et aussi adapter le semoir, pour ne pas rouler sur A. Il ne faut pas que A empêche B de se développer. Il faut donc éviter que A verse sur B, donc adapter la densité de semis, la fertilisation azotée… Il faut aussi pouvoir récolter A sans détruire B. Pour ce faire, la moissonneuse peut-être équipée d’espèces de lattes qui couchent B pour pouvoir couper A assez bas afin que B puisse ensuite bénéficier de suffisamment de lumière… « Les essais mettent en évidence une perte de rendement modérée, imputable à la moindre occupation de l’espace par les cultures, la compensation par un tallage plus important n’étant pas suffisante », rapporte Damien Brun. À cela s’ajoutent des soucis de stress hydrique, de ravageurs, d’adventices. Bref, « il y a encore des choses à travailler ! »

Du maïs en relay-cropping ?

D’autant qu’en Alsace, domaine où le maïs est roi, il serait intéressant de remplacer le soja semé dans la graminée par du maïs. Premier problème : « Les données bibliographiques sont rares », constate Damien Brun. Mais il semble évident que les écueils rencontrés avec le soja vont se retrouver avec le maïs, avec en plus une forte sensibilité du maïs à la concurrence de la graminée, la nécessité de décaler la date de semis du maïs vers un semis plus tardif, et de lui apporter de l’azote avant la récolte de la céréale, sans abîmer cette dernière. Mais, qui ne tente rien n’a rien. C’est pourquoi Arvalis met en place un essai à Grussenheim, avec une variété de blé précoce, filon. Subsistent encore pas mal d’interrogations sur la suite des opérations : « Nous cherchons une variété de maïs très précoce », indique Didier Lasserre. Reste aussi encore à déterminer quand la semer dans le blé…

Marchés et compétitivité du maïs

Un revenu 2018 en hausse

Cultures

Publié le 14/02/2019

La production et la consommation mondiales de maïs sont en hausse en 2018, la production restant inférieure à la consommation. « Le bilan mondial est déficitaire depuis deux ans. Il y a donc une consommation du stock mondial qui devrait diminuer », indique Nathalie Bigonneau, d’Arvalis-Institut du végétal. Or, ce n’est pas le cas. En cause, un artefact résultant de la résurgence d’un stock chinois de 150 Mt de maïs qui avaient été « oublié ». La réapparition de ce stock influence assez peu les marchés mondiaux : « Les stocks qui pèsent sur les marchés sont ceux des principaux exportateurs. Or, les stocks de ces derniers sont en légère baisse. Au final, les cours du maïs ont donc augmenté avant de se retasser. »

La production mondiale de maïs 2018 a été bonne, même très bonne aux États-Unis, ce qui pèse sur les marchés puisqu’il s’agit du premier exportateur mondial. Elle a été dans la moyenne en Europe, et bonne en Ukraine, « un pays qui pèse de plus en plus sur le marché de proximité des maïs alsaciens », note Nathalie Bigonneau. Les échanges mondiaux sont en hausse, s’approchant du niveau record de 2017. « L’Union européenne est importatrice nette, donc pèse peu sur ces échanges, alors que l’Ukraine assied d’année en année sa position d’exportateur. »

Après avoir été supérieurs durant l’été à ceux des années passées, les prix sont actuellement à la baisse, mais « restent supérieurs à ceux des années passées ». Conséquence : le revenu des céréaliers est moins fortement négatif. « Une exploitation sur deux qui affiche tout de même encore un résultat négatif avant impôt », tempère Nathalie Bigonneau. Le revenu des céréaliers s’avère très fluctuant en fonction des années, ce qui souligne la nécessité de pouvoir piloter les exploitations de manière pluriannuelle, grâce notamment à de l’épargne de précaution.

Vers une hausse du prix des engrais et des produits phytosanitaires

Les charges, évaluées sur la base de l’indice Ipampa (Indice des prix d’achat des moyens de production agricole), font apparaître une légère baisse depuis quatre ans du prix des semences, par ailleurs peu volatil. Le prix de l’énergie l’est beaucoup plus. « Le poste carburant est en hausse, comme celui de l’électricité, qui intervient aussi dans les frais d’irrigation et de séchage. Il peut donc s’avérer intéressant de miser sur des variétés résistantes au stress hydrique, qui ont des besoins en irrigation modérés et à la dessiccation rapide. » Le prix des engrais suit la tendance du carburant en décalé d’un an. « Il faut donc s’attendre à une hausse du prix des engrais azoté pour la prochaine campagne », annonce Nathalie Bigonneau. Pour l’instant, le prix des produits phytosanitaires est stable. Mais les réformes, telles que l’interdiction des remises, rabais et ristournes ou encore la hausse de la Redevance pour pollution diffuse (RPD), pourraient entraîner leur renchérissement.

L’étude des résultats de deux fermes types alsaciennes en 2018, l’une avec du maïs irrigué et l’autre avec du maïs non irrigué (dit pluvial), révèle une tendance à une meilleure maîtrise des charges dans les deux cas. Dans le détail, Nathalie Bigonneau décrit un poste de séchage bas, des charges d’irrigation en hausse, qui expliquent que « par rapport à 2017 les charges augmentent en maïs irrigué et baissent en maïs pluvial ». Lorsque les charges sont divisées par le rendement en maïs des fermes types pour obtenir le coût de production, en prenant des rendements corrects (14 t/ha pour le maïs irrigué et 10 t/ha pour le maïs pluvial), on constate que le coût de production augmente pour le maïs pluvial et reste stable pour le maïs irrigué. En outre, le prix de vente (135 €/t) est supérieur au prix d’intérêt ce qui signifie que l’exploitant est en mesure de se rémunérer, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. Cependant, si les rendements sont diminués de 10 %, le coût de production augmente, et le prix de vente atteint le prix d’intérêt, ce qui signifie que les charges de trésorerie sont couvertes, mais que l’agriculteur ne se rémunère pas.

La campagne 2018 s’achève donc sur une bonne nouvelle, celle du revenu qui augmente grâce à une amélioration du prix de vente ; et une moins bonne : « La campagne de commercialisation s’annonce compliquée, car l’Europe pèse peu sur les marchés et subit la concurrence des pays de la mer Noire ». Sans oublier le phénomène des basses eaux du Rhin, qui renchérit les frais de transport.

Élevage porcin

La reproduction, clé de voûte de la production

Élevage

Publié le 06/02/2019

« En moyenne, les élevages porcins atteignent 85 % de fécondité », indique Michel Launay, responsable technique chez Choice Genetics. Ce qui signifie que certains élevages font mieux, d’autres moins bien. La principale difficulté, selon Michel Launay, est de savoir bien repérer les chaleurs, la durée de l’œstrus, qui est très variable et le bon moment pour pratiquer les inséminations, c’est-à-dire durant la phase d’ovulation, qui n’est pas toujours facile à déterminer : « Il est important de bien cibler le début de cette phase, en mettant les truies en présence du verrat. » Il s’agit aussi de tenir compte de certaines observations empiriques : « On sait, par exemple, que si une truie revient rapidement en chaleur après le sevrage des porcelets, sa période de chaleur sera plus longue. L’insémination doit donc être positionnée en connaissance de cause. »

Le moment et la qualité de l’insémination sont les principaux paramètres à maîtriser pour améliorer la prolificité de l’élevage. Car c’est ce qui va déterminer le nombre d’ovules fécondés. Mais il y a toujours des pertes au cours de la gestation. « Actuellement, pour en moyenne 15 œufs fécondés, on a 12,3 porcelets sevrés. » Il y a donc d’autres paramètres qui interviennent, comme la qualité de l’alimentation des truies, ou les aspects sanitaires, car certaines maladies altèrent la prolificité, comme la parvovirose, le circovirus porcin de type 2, la leptospirose. Des maladies qui se gèrent essentiellement de manière préventive, par la vaccination des animaux. « Nous allons d’ailleurs bientôt mettre sur le marché un nouveau vaccin contre la leptospirose », indique Michel Launay.

Naïma 2.0 devient CG36

Le service de Recherche & Développement de Choice Genetics travaille avec des élevages dédiés à la sélection, où des croisements orientés sont réalisés afin d’améliorer les performances des porcs sur certains critères, comme la prolificité, la rusticité, les qualités maternelles. Ces élevages sont équipés de distributeurs d’aliment concentré, qui permettent de mesurer la consommation d’aliment par animal et de la mettre en regard de ses performances. « Nous utilisons aussi la génomique pour accélérer la sélection sur les lignées femelles. »

Les représentants de Choice Genetics ont d’ailleurs profité de cette réunion pour présenter les dernières évolutions de leur gamme de produits. En lignée femelle, le produit phare de Choice Genetics est Naïma 2.0, un croisement entre Galia et Redone, deux lignées maternelles pures sélectionnées depuis 15 ans. Or Naïma 2.0 a été testée aux États-Unis et adoptée. Ce qui conduit Choice Genetics à changer la nomenclature de ces produits : « Galia devient M3 type Large White, Redone devient M6 type Landrace, et Naïma 2.0 devient CG36 », indique Arnaud Guérin, directeur commercial. Les qualités de Naïma 2.0 ou CG36, elles, ne changent pas : « Ce sont des mères avec des tétines nombreuses et fonctionnelles, une production laitière de qualité et en quantité, qui lui permet de sevrer un maximum de porcelets de qualité, gage de performance des porcs charcutiers ». Autres atouts de Naïma 2.0, mise en avant par Emmanuel Stein, commercial de Choice Genetics : sa rusticité et son faible taux de renouvellement.

Des verrats pour chaque type de débouché

Quelques nouveautés sont aussi à signaler du côté des lignées mâles puisque des verrats ont été importés des États-Unis par Choice Genetics et Yxia. Emmanuel Stein précise : « Ce ne sont pas de nouveaux verrats. Ils sont utilisés depuis un certain temps aux États-Unis, donc on a du recul sur leurs performances, mais ils n’avaient pas encore été diffusés sur le marché français. » Ces deux verrats, P50 et P26, sont tous les deux issus de la race Duroc. P50 a été sélectionné pour la qualité de sa viande. Tandis que P26 constitue un compromis entre la qualité de viande et des critères de production, comme des porcelets vigoureux, un bon GMQ, une bonne efficience alimentaire. « Notre objectif est de proposer des verrats qui permettent aux éleveurs de répondre à tous types de demande en fonction des débouchés », indique Emmanuel Stein. P76, réputé pour sa vitesse de croissance, change aussi de nom et devient P90. Enfin Excelium et P88 restent à la gamme. Le premier produit des « porcelets vigoureux, affiche un excellent indice de consommation, et un très bon pourcentage de maigre ». Le second, un piétrain américain, est « très poussant ».

Maïs fourrage

La qualité du maïs et du silo l’emporte sur le reste

Cultures

Publié le 04/02/2019

Le rendement en maïs ensilage est en baisse en 2018 par rapport à 2017. Après un début de cycle prometteur, la situation s’est dégradée à partir de la floraison, en raison de conditions météorologiques durablement chaudes et sèches. « Le nombre important de jours à plus de 32 °C, surtout fin juillet et début août, a donné le coup de grâce au maïs. La fin de cycle a été trop rapide, certaines plantes ont commencé à dessécher, ce qui a déclenché les premiers ensilages fin juillet, pour sauver des maïs parfois dépourvus d’épis », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Le plus gros des chantiers d’ensilage a été effectué du 10 au 25 août, les quelques orages estivaux expliquant les différences de matière sèche. Les maïs dérobés ont également été récoltés très tôt, début septembre.

Dans les silos, on trouve donc des ensilages aux valeurs alimentaires très variables, selon qu’il y avait des épis ou pas, en fonction du degré de dessèchement du maïs… « Globalement, les maïs ont été hachés fin. C’est ce qu’il fallait faire face à du maïs sec. Du coup, l’ingestion est bonne, mais le tassement a été délicat, la densité est réduite et les fronts d’attaque avancent vite », décrit Laurent Fritzinger. Deux raisons de se réjouir tout de même : « Il y a eu peu de charbon commun. Or vu le stress que les maïs ont subi, il aurait pu y en avoir, comme en 2003. Cela montre le renouveau variétal. Et avec des maïs aussi secs, les silos ne sont pas souillés ! »

Silos : évaluer la qualité de conservation

L’augmentation des débits de chantier d’ensilage entraîne inévitablement des pertes de matière, mais elles sont difficiles à évaluer. C’est pourquoi la CAA propose Ensil’expert, un diagnostic de la qualité du silo, inclus dans l’offre de conseil des adhérents au Contrôle laitier ou au Contrôle de croissance. Les conseillers se sont équipés d’outils de mesure, ont élaboré un questionnaire et compilé des données qui leur permettent de fournir un compte rendu détaillé aux éleveurs. Grâce à un compactomètre, la force nécessaire à la pénétration dans le silo est mesurée en différents points du silo. La température est aussi relevée en différents points à 10 et 50 cm de profondeur. En outre, des mesures par caméra thermique permettent de mettre en évidence les zones d’échauffement. D’autres critères sont pris en compte, comme la matière sèche, la présence de moisissure, la taille des particules, l’aspect du front d’attaque, sa vitesse d’avancement… « L’objectif de ce service est de donner une vue d’ensemble du silo pour adapter les pratiques avec en ligne de mire une meilleure conservation du silo », indique Philippe Le Stanguennec.

Le conseiller rappelle quelques règles de confection d’un silo. « Le tassement doit être suffisant, sinon la température en profondeur reste haute. Il faut donc prévoir 400 kg de poids de tracteur/tMS/heure minimum. Si ce seuil n’est pas atteint, il faut ralentir le débit de chantier ou prévoir davantage de tracteurs tasseurs. L’ensilage doit comporter un minimum de particules grossières, car l’excès de particules fines entraîne un risque d’acidose. Les grains doivent être suffisamment éclatés, sinon une part de l’amidon n’est pas valorisée. » Enfin, les pneus utilisés pour lester les bâches constituent une source de corps étrangers en puissance. Mieux vaut donc leur préférer une autre solution. Reste le problème de leur recyclage…

57 diagnostics Ensil’expert ont été effectués l’an dernier et 25 cette année. Les mesures révèlent une densité moyenne de 255 kg MS/m3 cette année, contre 268 kg MS/m3 l’an passé. L’étude de l’évolution des températures à 50 cm met en évidence que les températures extérieures élevées ont fait remonter la température dans la masse des maïs 2017, et que les silos ont mis assez longtemps à baisser en température. Autre observation : la présence de bâches sur les côtés limite le développement des moisissures, surtout sur les silos vieillissants. Aucune différence de température significative n’a pu être mise en évidence entre des silos de maïs shredlage et classique. Par contre, les tamisages confirment qu’il y a davantage de grosses particules en shredlage, mais aussi pas mal de particules fines.

Maïs shredlage : adapter le rationnement

Les premières données alsaciennes concernant cette nouvelle méthode d’ensilage ont pu être analysées par les conseillers de la CAA. En effet, 26 éleveurs au Contrôle laitier ont adopté cette technique en 2017, et autant en 2018, dont 23 sont les mêmes, ce qui suggère une certaine satisfaction des éleveurs ou du moins pas d’insatisfaction. « Les éleveurs qui ont opté pour le shredlage sont souvent installés dans des secteurs où le niveau de production est élevé à la base, avec des rations riches en maïs, pas mal de concentrés, et une traite robotisée », annonce Philippe Le Stanguennec.

Les données révèlent une hausse de la production généralisée de 2017 à 2018, que ce soit en maïs shredlage ou non shredlage, ce qui s’explique par la bonne qualité des maïs 2017. Cela a permis aux éleveurs de réduire la quantité de concentrés de 10 % en moyenne, les éleveurs utilisant du maïs shredlage ayant « un peu plus de mal à utiliser moins de concentrés ». Certains utilisent effectivement moins de paille - c’est un des buts de la technique - mais pas tous. « En adaptant la ration - avec moins de paille, de bicarbonate - la technique du maïs shredlage doit permettre d’économiser 5 cts/vache/jour, mais si on ne modifie rien au rationnement, elle entraîne un surcoût estimé à 16 cts/vache/jour », note Philippe Le Stanguennec. Conclusion : il reste donc encore à certains éleveurs à procéder à des adaptations de leur rationnement pour valoriser la technique. Et surtout : « La qualité du maïs prime sur la technique d’ensilage ».

Méteils

Une association gagnante

Cultures

Publié le 04/02/2019

Les méteils, mélanges de céréales et de légumineuses, sont une solution pour sécuriser un stock fourrager un peu fragile. À condition de savoir choisir les bonnes espèces et d’optimiser sa production. Chaque espèce de céréale présente des avantages et des inconvénients : « L’avoine a un fort pouvoir couvrant. Le seigle fourrager se caractérise par un cycle très court, qui lui permet de libérer le sol rapidement, et un système racinaire performant, qui lui confère une bonne résistance au stress hydrique. Dans l’optique d’optimiser la productivité du méteil, les espèces à privilégier sont le triticale, l’avoine, le seigle, et l’épeautre », détaille Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Du côté des légumineuses, « le pois fourrager présente une bonne vigueur en début de cycle. Il est capable de résister au gel tant qu’il n’est pas trop développé. Il gagne à être associé à une espèce qui lui sert de tuteur, comme le triticale. La vesce est un peu moins vigoureuse et productive, par contre elle améliore la valeur azotée du mélange. La féverole a un effet tuteur intéressant, elle est adaptée aux mélanges à dominante protéagineuse. Sa racine pivot a un effet structurant. Par contre, elle est plus sensible au gel que le pois ou la vesce », poursuit le conseiller. Une fois ces caractéristiques posées, quelques règles de bases doivent être respectées : mélanger au moins une céréale et une légumineuse ayant des fonctions complémentaires et des précocités comparables. Philippe Le Stanguennec préconise aussi de choisir des variétés tolérantes aux maladies, au froid et de limiter les céréales barbues.

Fertilisation azotée : au cas par cas

Une fois les candidates choisies, il s’agit d’élaborer un mélange équilibré : « La dose de semences de chaque espèce doit être adaptée en fonction de la taille des graines, de la nature et du nombre d’espèces composant le mélange ». Et de conduire le méteil afin d’optimiser son potentiel de rendement. Il est par exemple possible de procéder à une fertilisation, d’au maximum 50 unités N/ha au stade épi 1 cm de la céréale. Mais la fertilisation n’est pas forcément opportune, car elle risque de favoriser la céréale au détriment de la légumineuse. « Il faut l’envisager si le reliquat azoté est inférieur à 50 uN/ha, et s’il n’y a pas d’apport de déjection animale », indique Philippe Le Stanguennec. Des essais menés sur différents mélanges et avec différentes doses d’azote ont mis en évidence une bonne réponse à l’azote des mélanges, notamment en fauche précoce. « En fauche tardive, le rendement augmente aussi avec la fertilisation azotée, sauf pour un mélange hyperprotéiné », nuance Philippe Le Stanguennec.

Le stade de récolte du méteil dépend des priorités de l’éleveur. Si c’est la valeur alimentaire du méteil, il devra le récolter au stade début épiaison de la céréale. S’il privilégie la quantité de biomasse et de fibre produites, il devra attendre le stade laiteux-pateux de la céréale. Dans le premier cas, Philippe Le Stanguennec préconise de répartir le méteil en larges andains et de les laisser préfaner au minimum deux jours avant l’ensilage. Pour le second, l’ensilage peut être effectué directement après la coupe. Les deux méthodes ne procurent pas un fourrage identique. La principale évolution est une perte de MAT entre l’ensilage précoce et tardif. « Un mélange hyperprotéiné ensilé précocement atteint une MAT de 22, soit plus qu’une luzerne, ce qui est intéressant pour améliorer l’autonomie protéique du troupeau », souligne le conseiller agricole. Si le méteil est ensilé à 35 % de matière sèche et que le tassement a été correctement effectué, l’utilisation d’un conservateur n’est pas forcément nécessaire.

Le coût de production d’un méteil dépend de son rendement, du coût de la semence, du niveau de fertilisation azotée. En ensilage précoce il est estimé par la Chambre d'agriculture d’Alsace à 50 à 100 €/t MS, contre 30 à 50 €/tMS en ensilage tardif. La comparaison du coût de deux rations de même densité devant permettre d’atteindre les mêmes objectifs de production, l’une à base de maïs, l’autre comprenant 30 % de méteil et de l’orge, permet de valider l’intérêt économique d’un méteil.

Pour en savoir plus, consultez le guide technique des mélanges fourragers à base de céréales à paille et de légumineuses rédigé par l’Association française pour la production fourragère (AFPF).

Fourrages

Des pistes pour reconstituer les stocks

Cultures

Publié le 04/02/2019

Après une année fourragère 2018 difficile, les stocks de fourrage des éleveurs sont au plus bas. Certains leviers peuvent être actionnés pour assurer la jointure, et pour la sécuriser dans un contexte d’aléas climatiques croissants.

Les surfaces en herbe ont particulièrement souffert du manque d’eau et de la chaleur, impactant fortement les récoltes en 2018. Le premier levier consiste donc à adapter la fertilisation des prairies ainsi que les techniques de récolte pour optimiser la valorisation des prairies. Il s’agit de maximiser le rendement avant mi-juillet car, à partir de là, le risque de déficit hydrique s’accroît. Cela implique d’adapter la fertilisation azotée et de récolter l’herbe humide (ensilage, enrubannage) et pas en foin. « Car, pour sécher du foin, il faut des températures suffisamment élevées, ce qui par contre n’est pas toujours forcément le cas à cette période », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il rappelle les fondamentaux de la fertilisation azotée des prairies : 30 unités N/ha correspondent à 1 t/ha de gain de matière sèche. Et 30 m3 de lisier ont la même efficacité que 100 kg/ha d’ammonitrate. Le premier apport doit être effectué une fois que le seuil de 200 degrés jour à partir du 1er janvier est atteint. Et, comme le rendement est à chercher sur les premières coupes, un deuxième apport effectué après la première coupe sera valorisé lors de la coupe suivante. La forme d’azote apporté a peu d’importance, sauf en année froide où l’ammonitrate procure un meilleur rendement que l’urée, surtout pour la première coupe. « Pour les apports azotés en mai, l’urée convient très bien ».

Au vu des cours actuels des engrais phosphatés, l’impasse peut être pratiquée sans risque si la prairie a été fertilisée régulièrement dans le passé, d’autant que le phosphore a peu d’effet sur le rendement en herbe, contrairement à la potasse, qui apporte un gain de rendement jusqu’à 120 unités K2O/ha, pas au-delà. « L’apport de potasse doit se faire en une fois avant la reprise de végétation, sans fractionnement », rappelle Laurent Fritzinger. Le soufre est un élément assez lessivable, qui intervient au niveau de la fixation de l’azote de l’air par les légumineuses. Même s’il est rare de constater des carences sur prairies, il peut être sécurisant d’effectuer un apport en cas de risque important : hiver très pluvieux, sol filtrant, printemps froid. Cet apport doit être effectué en même temps que l’apport d’azote car ensuite, comme la minéralisation du sol redémarre, l’apport ne se justifie plus. Les besoins des prairies peuvent aussi être couverts par l’apport d’effluents d’élevage : 30 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier couvrent largement les besoins. Enfin, pour affiner les besoins en fertilisation des prairies, la Chambre d'agriculture d’Alsace proposera des analyses d’herbe au printemps, annonce Laurent Fritzinger.

Sursemis : un investissement pas toujours payant

Après l’aridité estivale, la repousse des prairies les plus dégradées est incertaine : « Il risque d’y avoir plus de pissenlits et de chardons que de graminées », décrit Laurent Fritzinger. Une chose est sûre : ce sont les « bonnes » graminées qui ont pu disparaître en premier. Pour restaurer ces prairies, un sursemis peut-être envisagé. « Mais, prévient le conseiller agricole, la technique est aléatoire et exigeante. » Il s’agit en effet de semer de toutes petites graines, à faible vitesse de germination, dans un environnement déjà occupé par d’autres espèces. Un sacré défi donc ! Pour le relever, le choix de la période d’intervention est important. Trois options s’offrent aux agriculteurs : avant la reprise de végétation, après la première coupe ou à la fin de l’été.

« Avant de procéder au sursemis, il faut agrandir les vides et dégager de la terre au moyen d’un passage de herse. Les espèces implantées doivent être agressives, comme les ray-grass ou le trèfle violet. Et l’environnement doit être le moins concurrentiel possible, donc bas. Pour favoriser le contact entre la terre et la graine, le sol doit être rappuyé. Et, afin de limiter la concurrence de la végétation en place, la fumure est déconseillée », décrit Laurent Fritzinger, qui reste très prudent lorsqu’il évoque cette technique : « On voit souvent des échecs alors que la technique requiert un investissement, notamment en semences, car la dose de semis est identique à un semis sur sol nu, soit 25 kg/ha minimum. » Son conseil : « Si on investit dans des semences, il faut mettre toutes les chances de son côté en utilisant du matériel adapté, c’est-à-dire un semoir à disques ».

Au rayon des plans B

Pour faire la jointure, il est aussi possible de modifier les pratiques pour récolter du fourrage tôt, en plus de l’herbe. Différentes options sont envisageables : les méteils, les ray-grass semés en Cipan, qui peuvent donner lieu à une, voire deux, coupes au printemps, l’ensilage de seigle semé en Cipan, l’ensilage de céréales qui avaient été prévues pour être moissonnées en grain, que ce soit du blé, de l’orge, du triticale… Après le printemps, tout n’est pas perdu pour produire du fourrage. Il reste l’option maïs, même si, semé après le 1er mai, son rendement est plus limité et qu’il faut adapter les variétés, notamment parce que la floraison risque de coïncider avec la sécheresse et les températures élevées. Il est encore temps d’implanter du ray-grass italien, qui peut être récolté huit semaines après le semis, avec les mêmes bémols que pour le maïs : « Pour pousser il lui faut de l’eau et une température inférieure à 25 °C ». L’implantation d’un méteil de printemps, à récolter en une seule coupe est aussi une option. Tout comme une culture de sorgho sucrier : « La date de semis idéale se situe autour de mi-mai, pour une récolte en octobre avec un rendement équivalent à celui du maïs, mais sans amidon, l’énergie se présentant sous une autre forme. »

Enfin, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont une botte secrète à proposer aux éleveurs qui ont besoin de récolter du fourrage avant l’automne : du sorgho fourrager multicoupes, une plante herbacée, résistante au stress hydrique une fois qu’elle est bien implantée. Le semis s’effectue au semoir céréales, à une densité de 20 à 25 kg/ha, à 2 cm de profondeur, suivi d’un passage rouleau. Il est important de semer dans un sol suffisamment réchauffé (température du sol > 12 °C) pour garantir un démarrage rapide de la culture, et éviter un désherbage inutile. 60 jours après la levée, une première coupe peut être effectuée, avant l’épiaison, avec un rendement estimé de 4 à 6 tonnes de MS/ha et une valeur alimentaire de 0,8 UF. Après la première coupe le sorgho repousse et peut donner lieu à plusieurs coupes. Le sorgho fourrager multicoupes semble donc une espèce adaptée au changement climatique. À condition de prendre certaines précautions : « Lorsque le sorgho ne dépasse pas 40 à 60 cm de haut selon le type, il ne faut pas le donner en vert aux vaches, car il contient une toxine, l’acide cyanhydrique, qui disparaît ensuite à des stades plus avancés. Lors de la récolte, il ne faut pas couper trop court pour laisser passer de l’air sous les tiges, donc favoriser le ressuyage et la repousse. » Les sorghos de type Sudan sont à favoriser pour leur aptitude au fanage et la finesse de leurs tiges, ce qui permet de les enrubanner ou de les ensiler. Les bottes rondes d’enrubannage devront être stockées sur une face plane.

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin.

Que de défis à relever !

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

Le premier défi, c’est d’être agriculteur. C’est-à-dire à la fois un technicien, un administratif, un commercial, un chef d’entreprise, parfois un employeur… Bref, le fameux mouton à cinq pattes que cherchent les chasseurs de têtes. Tout en sachant qu’il n’existe pas : « Les agriculteurs ne peuvent pas tout faire, constate Franck Sander. Ils doivent donc être entourés de techniciens compétents, dont le recrutement doit émaner des compétences nécessaires aux agriculteurs. Et ces techniciens doivent être proches du terrain, d’où l’intérêt de maintenir les Adar. »

Le deuxième défi, c’est de rester agriculteur, ce qui passe par la préservation de l’outil de travail des agriculteurs. Or dans une région densément peuplée comme l’Alsace, il est menacé de toutes parts. C’est pourquoi il est crucial de défendre les intérêts agricoles dans la construction des PLUI. « La Chambre d'agriculture est en capacité de donner son avis, de demander une étude d’impact, un diagnostic agricole afin que les PLUI permettent le développement des exploitations. Il s’agit aussi de trouver des solutions pour concilier agriculture et environnement dans le cadre des compensations des infrastructures », décrit Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Pour que les agriculteurs le restent, ils doivent aussi vivre de leur travail. « Dégager de la valeur ajoutée, c’est indispensable, pose Joseph Behr, directeur de la FDSEA, mais comment fait-on ? » Élément de réponse avec Didier Pettermann, président du Civa, qui décrit : « Le vignoble alsacien est bio à 20 %, nous sommes leader européen en matière de vins biodynamiques. Nous produisons des vins qui sont complémentaires sur différents types de marché, ce qui nous permet d’être présents aussi bien en GMS que sur les tables étoilées. Pour réussir cette stratégie, il faut connaître à la fois les entreprises et les marchés, c’est pourquoi le service économie de la Chambre d'agriculture est un outil important. »

Renouveler les générations

Et pour qu’il y ait encore des agriculteurs pour les siècles à venir, il faut que de jeunes agriculteurs remplacent ceux qui partent à la retraite. Or actuellement, la balance est dangereusement déficitaire. Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, donne des chiffres : « Pour 200 départs à la retraite, on recense 40 installations aidées et 30 non aidées. » Les Jeunes Agriculteurs ont mené un travail de revalorisation de la DJA en Grand Est, afin de rendre le parcours à l’installation plus attractif. Le défi du renouvellement des générations est aussi humain : « Nous aidons les futurs installés dans le parcours administratif, et nous les accompagnons vers la formation continue », poursuit Julien Koegler.

Le métier d’agriculteur aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier. Et de nombreuses évolutions s’annoncent. Le climat change. Les agriculteurs sont aux premières lignes des accidents climatiques qui se succèdent. Ils s’organisent pour améliorer la résilience de leurs systèmes de production. « Face aux excès d’eau, nous élaborons avec la Chambre d'agriculture des assolements concertés afin de limiter l’ampleur des coulées d’eau boueuse », illustre Denis Ramspacher. Il faudrait encore pouvoir mieux stocker l’eau lorsqu’elle tombe en excès. Et, lorsqu’elle vient à manquer, la réponse sera d’abord agronomique, « avec de nouvelles variétés, des techniques d’irrigation innovantes, un aménagement foncier adapté, une meilleure autonomie fourragère… », détaille Denis Ramspacher.

Face au changement climatique, l’agriculture a d’ailleurs des solutions à faire valoir. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture s’est emparée des dpssiers énergétiques. « Cela a permis un fort développement des installations photovoltaïques », souligne Franck Sander. Il en va de même pour la méthanisation : « Les agriculteurs doivent garder le pouvoir sur l’approvisionnement des outils et la valorisation des digestats car cela constitue une source de diversification des revenus », indique Franck Sander. Les agriculteurs ont aussi des solutions à mettre en avant pour capter du carbone : « Il existe un marché du carbone et si le monde agricole peut accéder à ce marché, il saura le faire. »

Soutenir plutôt qu’interdire

L’agriculture est donc une solution au principal défi que l’humanité aura à relever à moyen terme ! Ce n’est pas l’impression que donnent les contraintes qui sont imposées aux agriculteurs, toujours plus nombreuses. Donc, plutôt que d’interdire, la FNSEA prône le « contrat de solutions » pour aller vers moins de produits phytosanitaires. Franck Sander décrit : « Il s’agit d’une charte qui a été signée par 40 acteurs pour mettre en avant les solutions alternatives aux produits phytosanitaires. Car il en existe déjà, mais elles ne sont pas assez mises en avant. Ce contrat dit que s’il y a des solutions il faut les appliquer, mais que s’il n’y en a pas, il faut se laisser le temps d’en trouver, et injecter davantage de moyens. »

Le dernier défi à relever évoqué au cours de cette table ronde, et non des moindres, est celui de l’agribashing, qui plombe le moral des agriculteurs : « Il faut prendre ce défi à bras-le-corps, en valorisant ce que nous faisons, en prenant en main les outils de communication. Mais nous devons rester mesurés. Il s’agit d’apporter des réponses chiffrées et scientifiques. Et de le faire collectivement. Nous allons donc créer un réseau d’agriculteurs qui fera de la veille sur les réseaux sociaux. Et c’est la Chambre d'agriculture qui coordonnera la communication. »

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