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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Banque Populaire. Trophées de la dynamique agricole et viticole

L’Îlot de la Meinau récompensé

Cultures

Publié le 04/04/2019

L’Îlot de la Meinau porte bien son nom. Il s’agit d’un îlot de verdure dans la ville : 11 hectares dédiés à la culture de légumes, dont un peu plus de 6 000 m2 sous abri, situés dans la ceinture verte qui encercle la ville de Strasbourg. Cette ceinture correspond aux anciennes lignes de fortifications de la ville. Elle est protégée par plusieurs lois. Les constructions y sont réglementées. Une particularité qui a permis de préserver les 11 ha de surfaces agricoles sur lesquels s’appuie l’Îlot de la Meinau pour produire des légumes qui alimentent les Strasbourgeois.

Cet îlot est géré par Geoffrey Andna et son épouse, Claire. Pour nos lecteurs, Geoffrey Andna est loin d’être un inconnu, puisqu’avant de se lancer dans cette aventure, il a été conseiller agricole au sein de Planète Légumes : « J’étais un peu un agriculteur refoulé », a-t-il confié lors de la cérémonie de remise des prix. Désormais, il est un agriculteur pleinement assumé.

Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg, rappelle que le projet de ferme urbaine est né d’une volonté de la collectivité de mieux valoriser ses terres agricoles et de développer les circuits courts : « Nous avons publié un appel d’offres pour convertir des terres de la maïsiculture au maraîchage ». Et Geoffrey Andna y a répondu. C’était en 2014. Cinq ans après, Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, a le plaisir de pouvoir mettre en avant un jeune qui a achevé son parcours à l’installation avec succès, « malgré les aléas météorologiques et humains ». Un succès que Julien Koegler attribue au côté « novateur » du projet, mais aussi à la détermination de Geoffrey Andna, qui a su « trouver les bons filons » pour valoriser sa production.

 

Découvrez en vidéo pourquoi Geoffrey et Claire ANDNA ont reçu le prix spécial du jury lors des #PNDA2019 pic.twitter.com/gCHwhidnyX

— Banque Populaire (@BanquePopulaire) 27 mars 2019

 

Produire et vendre

En effet, produire des légumes pour la vente directe représente plus d’un challenge. Il faut produire une large gamme de produits, afin d'avoir une offre diversifiée en toute saison. Et il faut valoriser un maximum de volume. La vente directe au magasin ne suffit pas. Il y a aussi un drive, une libre cueillette, la possibilité de commander des paniers - avec une formule spéciale pour la population étudiante, nombreuse mais souvent fauchée. Une partie de la production est vendue aux restaurateurs strasbourgeois. Enfin, les légumes un peu moins frais se retrouvent à nouveau sur les étals du magasin, transformés par un traiteur voisin en quiches, soupes… Largement de quoi occuper 12 ETP (équivalent temps plein).

L'activité a entraîné des investissements massifs (serres, matériels de culture notamment), et en exige déjà d’autres. L’Îlot de la Meinau a pour projet d’augmenter sa surface sous abris, de réorganiser le point de vente et d’élaborer des jus de légumes.

Geoffrey Andna a conclu cette cérémonie en remerciant ses clients, ses partenaires et ses salariés. Le cocktail qui a suivi était arrosé des vins issus du domaine Allimant-Laugner, situé à Orschwiller. Il a remporté le trophée de la dynamique agricole et viticole de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne dans la catégorie viticulture.

Portes ouvertes chez Alsaterr

Technique, bonnes affaires et convivialité

Vie professionnelle

Publié le 30/03/2019

Le concessionnaire Alsaterr, spécialisé dans le commerce de matériels agricoles et forestiers, organise chaque année un week-end portes ouvertes, en alternance sur son site de Dannemarie et d’Ittenheim. Cette année, c’était le tour d’Ittenheim. Au programme, de la convivialité, avec une tombola, une buvette et des tartes flambées fabriquées par les Jeunes Agriculteurs du canton, ainsi qu’un parcours en quad. De bonnes affaires aussi, avec des promotions, conditions spéciales et prêts à taux 0 % sur les tracteurs.

Et plein de belles machines à découvrir, comme le matériel viticole de la marque Rinieri, la nouvelle scie circulaire semi-automatique Sciomat, de marque AMR, une scie semi-professionnelle au tarif très attractif de 3 950 € HT. Une présentation de la gamme complète des équipements Kubota : tracteurs, fenaison, presse, pulvérisation, travail du sol. Mais aussi Maschio Gaspardo, CAT, Yamaha, Suy, Quivogne…

Une benne robuste et étanche

Depuis peu, Alsaterr commercialise la marque de remorques Chevance. Ce jour-là, une benne de modèle 1530 (pour 15 tonnes de capacité et 30 m3 de volume) était présentée par Zakaria Elfane, inspecteur commercial. Il décrit une benne fabriquée en acier suédois, avec un seul panneau par côté pour réduire les soudures, un châssis en profilé pour plus d’élasticité sur route, des montants qui assurent résistance, solidité et compacité. Le vérin est positionné sur l’essieu arrière pour assurer la stabilité lors du bennage. La porte, également monobloc, est équipée d’un joint qui en fait tout le tour afin d’assurer une étanchéité optimale, pour ne pas perdre de grains, y compris les plus petits comme le colza. La flèche avant, le porte-verin, le pare-chocs et les bras de porte sont en acier domex extra HLE. Les verins de porte à double clapets pilotés sont toujours protégés par les bras de porte. Selon les modèles, cette benne accepte de 11 à 24 t de charge utile.

Épandeur Sniper : l’épandage en plein dans le mille

Autre outil présenté, l’épandeur Sniper, « qui fonctionne comme un épandeur d’engrais », annonce Zakaria Elfane. Il est équipé d’une centrale hydraulique, d’un système de pesée, du débit proportionnel à l’avancement (DPA), d’un tablier accompagnateur, de volets de bordure. Entièrement fabriqué en Domex, il pèse 6 t à vide. « Il suffit de renseigner la quantité d’effluent à épandre par hectare et la largeur d’épandage dans le boîtier, et les réglages se font automatiquement pour respecter les consignes », explique Zakaria Elfane.

Grâce à plusieurs caractéristiques, le Sniper est un épandeur très polyvalent capable de distribuer aussi bien de la fiente que du fumier sans modification. Il y a d’abord le tablier accompagnateur, qui permet d’alimenter les hérissons avec une grande régularité. Puis les hérissons eux-mêmes, qui sont à la fois larges (1 020 mm de diamètre), équipés de 56 couteaux et 24 marteaux libres qui éclatent la matière et permettent de la projeter plus loin.

Asperges d’Alsace

Une précocité exceptionnelle

Cultures

Publié le 28/03/2019

Depuis une dizaine de jours, les premières asperges d’Alsace pointent le bout de leur nez dans le secteur de Hœrdt, qui bénéficie de terres sableuses, aérées et se réchauffant vite. Par rapport aux années précédentes, les asperges sont donc en avance. De presque dix jours. Une précocité qui s’explique par la météo, avec un hiver peu pluvieux, voire ensoleillé en févier, qui a permis aux producteurs de préparer la saison (buttage, paillage) dans des conditions de travail optimales. « Les buttages ont été effectués tôt et les paillages sont en place depuis un mois », rapporte Emmanuel Dollinger, producteur à Hœrdt. Les paillages que les agriculteurs utilisent pour booster la pousse des asperges ne fonctionnent vraiment bien que quand il fait beau et chaud. « Et ce sont justement les conditions dont on bénéficie actuellement », se félicite Emmanuel Dollinger.

Actuellement, les buttes d’asperges de Thierry Riedinger, producteur à Hœrdt, sont recouvertes d’un paillage thermique de 25 µm, lui-même recouvert d’une deuxième couche de bâche, qui réchauffe la terre entre les buttes, afin de gagner encore quelques degrés. Objectif : « Emmagasiner de la chaleur dans le sol en journée. Et l’y garder la nuit », décrit-il. Car pour que les asperges émergent, le sol doit atteindre une température de 11 à 13 °C à 40 cm de profondeur. Le forçage consiste à accélérer l’augmentation de température dans le sol, pour hâter l’émergence des turions. Pourquoi ne pas attendre que les asperges arrivent à leur rythme : « Nous devons répondre à la demande du consommateur, qui veut manger des asperges de plus en plus tôt, et étaler la campagne de production, pour valoriser au mieux la production », argumente Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace (APAA).

Faire durer le plaisir

Cette phase de forçage ne concerne que les variétés précoces. Pour les autres, demi-tardives et tardives, les objectifs sont différents, donc la conduite aussi. Cette fois, il s’agit de réguler leur croissance, voire de la retarder pour faire durer la saison des asperges. Les variétés demi-tardives sont couvertes de plastiques noirs qui attirent la chaleur, mais moins que le paillage thermique. Ils sont imperméables aux rayonnements lumineux, ce qui, en bloquant la photosynthèse des turions garantit la blancheur des asperges, chère au consommateur. Les variétés tardives sont au contraire couvertes de bâches blanches, qui rejettent la chaleur, pour retarder leur pousse.

Mais les nuits sont fraîches et les asperges poussent encore au ralenti. Actuellement, au prix d’une marche de 5 km dans les aspergeraies, il est possible de récolter quelque 30 kg d’asperge par hectare en une journée. Un chiffre qui sera multiplié par cinq dans quelques jours, lorsque les aspergeraies seront entrées en pleine production. Et qui explique aussi le tarif de ces toutes premières asperges : quelque 14 €/kg. Pour récolter un hectare et conditionner sa production, il faut compter une personne et demie. La production d’asperges est donc gourmande en main-d’œuvre et, d’année en année, les producteurs peinent à recruter. Plusieurs raisons à cela. Il s’agit de travaux physiques et de plein air, notamment la récolte. Les conditions de vie et de salaire dans les pays de l’Est se sont significativement améliorées, et il devient donc de plus en plus difficile d’attirer cette main-d’œuvre en Alsace. Pour trouver des salariés, les producteurs doivent donc les payer plus cher - « Ils gagnent plus que le Smic », précise Emmanuel Dollinger - et le répercuter sur le tarif des asperges.

De terre à table

Les premières asperges récoltées laissent augurer d’une bonne qualité. Pour ce qui est du rendement, il est encore trop tôt pour se prononcer. Une chose est sûre, les producteurs vont bénéficier d’un calendrier favorable, avec des fêtes de Pâques tardives, en concordance avec la période de production, tout comme plusieurs jours fériés en semaine. Par contre, la précocité alsacienne se vérifie aussi pour les autres bassins de production (Landes, Pays de Loire) et toutes ces asperges risquent d’entrer en concurrence sur les marchés de la distribution et de la restauration, ce qui se traduira inéluctablement par une baisse des prix. Aussi est-il important de rappeler qu’en choisissant des asperges estampillées « L’asperge d’Alsace », le consommateur achète un produit dont les règles de production sont soumises à un cahier des charges et régulièrement contrôlées par un organisme indépendant. « L’asperge est une culture qui ne reçoit aucun traitement avant récolte. Nous effectuons régulièrement des analyses de résidus de pesticides, et nous n’en avons jamais détecté », rapporte Philippe Sigrist.

Retrouvez la récolte et le conditionnement des asperges en images :

 

Cave de Cleebourg

Clero, une nouvelle cuvée saisonnière

Vigne

Publié le 24/03/2019

Vous ne le saviez peut-être pas, mais les Cleebourgeois sont des sangliers. Un sobriquet qu’ils doivent au fait qu’autrefois ils allaient à l’église en sabot. Un symbole qui leur est resté. Et que la cave de Cleebourg a décidé d’utiliser pour illustrer sa nouvelle gamme. Et tant qu’à faire honneur au village dont est issu leur vin, elle a décidé de baptiser cette nouvelle cuvée Clero, du surnom du village.

Frédéric Orth, directeur de la cave, raconte la genèse de Clero : « Nous étions en train de renouveler toute notre gamme d’étiquettes, mais nous n’étions pas emballés par ce que nous proposait l’agence de communication, alors nous nous sommes mis autour de la table en interne, et nous en avons discuté. » C’est ainsi qu’est née la gamme Clero : les pieds ancrés dans son terroir. Il est vrai qu’une agence de communication parisienne n’avait peut-être pas toutes les références nécessaires. Quoi qu’il en soit, ce renouvellement du packaging de la cave a été saisi comme une occasion de présenter de nouveaux produits.

Quatre vins pour quatre saisons

Avant Clero, la cave de Cleebourg proposait deux produits saisonniers : la cuvée Fleur de printemps, pour ouvrir le millésime. Et L’Aurore, un rosé pour l’été. À ces deux produits s’ajoute donc la cuvée Clero, ou plutôt les cuvées Clero, puisqu’après la version Randonneur - « un auxerrois mis en bouteille précocement, qui présente un côté floral, printanier », décrit Olivier Kreutzberger, le maître de chai -, il y aura Clero Baigneur, un frais rosé d’été qui sera lancé début mai, puis Clero Chasseur, un pinot gris à même d’accompagner les gibiers, et enfin Clero Skieur. « A priori, ce sera un assemblage, idéal pour accompagner les fêtes, les soirées aux sports d’hiver en famille ou entre amis », précise Olivier Kreutzberger, même s’il ne sait pas encore de quoi sera fait cet assemblage.

Désacraliser le vin

Le premier né de la gamme, le Randonneur donc, a clairement été motivé par le boom des marches gourmandes. « C’est un vin parfaitement adapté pour y prendre part », estime Frédéric Orth. Mais, avec Clero, la cave de Cleebourg s’adresse aussi clairement aux jeunes consommateurs. « Ils parlent comme ça, avec des diminutifs. Nous avons voulu faire une gamme de vins faciles à boire, simples et gourmands à la fois, avec pour objectif de désacraliser le vin. » C’est sûr qu’une étiquette avec un sanglier équipé de chaussures de marche, d’une chemise à fleurs et d’un rouk-sac, ça fait bien moins guindé qu’un château.

Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval)

Un exercice record

Vie professionnelle

Publié le 21/03/2019

Durant l’exercice 2017-2018, 83 000 m3 de bois ont été mobilisés par la coopérative Cosylval, soit une hausse de près de 4 %, conduisant à un résultat de 40 000 €. Une bonne performance liée à « un marché du bois favorable, surtout pour les résineux », indique Frédéric Böhm, directeur de Cosylval. Mais pas que : le chêne et le frêne ont également bénéficié de ce marché porteur. « Nous avons réalisé des ventes par appel d’offres avec des résultats intéressants en termes de valorisation pour les propriétaires », poursuit le directeur.

Depuis, le contexte de commercialisation s’est détérioré. Le coupable : une épidémie de scolytes qui s’attaquent notamment aux épicéas. Latent depuis quelques années, le phénomène était contenu par des conditions climatiques qui limitaient les vols de l’insecte. Mais l’hiver dernier, des tempêtes ont mis à terre de nombreux chablis. Et la sécheresse estivale a affaibli les arbres, ce qui a accéléré la multiplication de l’insecte. « Quatre générations se sont enchaînées en un an au lieu de deux ou trois en année normale », rapporte Frédéric Böhm.

Le pic de l’épidémie n’est probablement pas encore atteint. La vente du bois s’annonce compliquée pour les deux à trois années à venir, car le phénomène se traduit par un engorgement du marché du bois. Une saturation d’autant plus importante que l’épidémie concerne toute l’Europe. « Il va falloir récolter ces bois de moindre qualité et les valoriser, donc trouver des débouchés. Puis reconstituer ces boisements, alors même que les revenus des propriétaires seront en berne », anticipe Frédéric Böhm. Il a donc profité de l’assemblée générale de la coopérative pour demander aux pouvoirs publics des aides. Afin de financer le stockage temporaire et le transport de ces gros volumes de bois. « Il y a de la demande pour ce type de bois dans le sud de la France. Mais encore faut-il pouvoir l’acheminer jusque-là », constate Frédéric Böhm. « De toute manière, s’il ne part pas dans le Sud, il ira en Chine. » Plus loin, mais sans soutien à la valorisation locale des bois, ça coûte moins cher.

Entretenir et régénérer la forêt : un enjeu primordial

Avant de vendre du bois, la coopérative s’attelle à faciliter l’exploitation des boisements de ses coopérateurs. Cela passe par des dessertes forestières, des plateformes de stockage… Des infrastructures aujourd’hui insuffisantes. Mais les développer n’est pas une mince affaire. Frédéric Böhm illustre : « Avec l’Asa du Sprickelsberg, nous portons le projet de création de 11 km de pistes et chemins forestiers. Malgré la réalisation d’une étude d’impact ayant débouché sur des avis favorables, le projet mobilise des opposants ». Il stagne dans les méandres des recours judiciaires. « Quatre ans de travail et toujours pas un mètre de piste, regrette le directeur. C’est dommage parce que ça nous freine alors qu’entretenir et régénérer la forêt est un enjeu primordial. »

Investir dans la sylviculture

La coopérative a d’ailleurs comme principale ambition d’investir dans la sylviculture. Surtout après l’épidémie de scolytes qui sévit. En effet, les reboisements devront être effectués à bon escient. Ils doivent être adaptés à l’évolution du climat. Les coopérateurs doivent donc être accompagnés dans le choix des essences, dans la manière de gérer ces boisements… « Un technicien va être embauché à cette fin », informe Frédéric Böhm. Il aura aussi pour rôle d’aider les coopérateurs à mobiliser les différents dispositifs d’aides. Dispositifs qui ne sont pas tous adaptés à la forêt alsacienne, très morcelée, regrette le directeur. Sur la gestion du scolyte notamment, Cosylval attend des pouvoirs publics l’élaboration de dispositifs adaptés aux petites propriétés forestières. En outre, les reboisements doivent correspondre aux besoins. Or, de nouvelles installations de déroulage de peuplier s’étant installées dans le Grand Est, Cosylval mise sur cette essence. « Nous allons redynamiser cette filière en nous engageant prochainement dans la charte « Merci le peuplier ». Une charte qui permet de cofinancer les replantations après récolte via une convention tripartite. Un financement que la région Grand Est s’est même engagé à doubler », se félicite Frédéric Böhm. Voilà une bonne nouvelle.

Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)

En phase de redéploiement

Cultures

Publié le 18/03/2019

« La phase de reconstruction est révolue, celle du redéploiement est engagée », affirme Marc Moser, président du Comptoir agricole. Pour y parvenir, il reste plusieurs défis à relever. Jean-Paul Ulrich, président de l’Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA) liste : l’accès à la main-d’œuvre, des moyens de protection efficaces et compétitifs, et une vision économique à moyen et long terme.

Main-d’œuvre : un manque à résoudre

« Le coût généré par l’emploi de saisonniers a mobilisé la FDSEA qui a contacté les parlementaires à plusieurs reprises », rappelle Joseph Behr, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. Le TODE est supprimé et remplacé par un dispositif de baisse de charges qui permettra de maintenir le coût de la main-d’œuvre à son niveau antérieur en 2019 et 2020. « Après, prévient Joseph Behr, il faudra rebatailler. » Et, au-delà du problème financier, il y a un réel manque de disponibilité de saisonniers en Alsace, alors même que les productions spéciales qui constituent le socle d’une agriculture familiale et diversifiée en dépendent. « Nous sommes en train de travailler le sujet », assure Joseph Behr.

Le syndicat va notamment rencontrer la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) pour étudier la possibilité d’établir une procédure d’introduction de main-d’œuvre non européenne. Autre piste étudiée, la création d’une plateforme emploi. Le concept : un groupement d’employeurs à l’échelle départementale, qui emploierait les salariés sur plusieurs fermes en fonction des besoins, ce qui permettrait de les fidéliser et de les former. « Nous travaillons avec un cabinet d’étude sur la forme que pourrait prendre cette plateforme », précise Joseph Behr.

Protection sanitaire : « On frôle des catastrophes »

« Le houblon représente trop peu pour intéresser les firmes phytosanitaires. Or il y a tellement peu de molécules autorisées sur houblon qu’on en arrive à frôler des catastrophes, notamment en Allemagne, où le climat et la concentration des houblonnières sont favorables à l’expression des maladies. Nous avons alerté les responsables français et européens sur la question. Et nous allons continuer à le faire », décrit Bernard Ingwiller.

Autre levier à actionner : « L’interdiction d’importer des produits qui ne respectent pas les mêmes conditions de production qu’en France est désormais inscrite dans la loi. Maintenant il faut s’appuyer sur ce texte de loi, pour empêcher l’importation de houblon traité avec des molécules interdites en France », encourage Joseph Behr.

Jongler entre export et valorisation locale

Pour garantir un prix rémunérateur aux producteurs, différentes pistes doivent être travaillées. Il y a d’abord la Pac. Depuis la dernière réforme Pac, le houblon s’inscrit dans le cadre des cultures découplées, donnant droit à une aide spécifique, rappelle Marc Moser. « Elle doit être maintenue et si possible abondée au titre du statut de culture spéciale. » Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, confirme : « Le couplage a permis de maintenir une filière en crise. Désormais le houblon n’est plus en crise, mais la filière reste fragile, donc le couplage doit être maintenu. »

Mais cela ne suffira pas : « Le houblon alsacien est commercialisé à 60 à 70 % à l’export, sur le marché mondial, il doit donc être compétitif », rappelle Marc Moser. Le service commercial du Comptoir agricole s’attache à développer un tissu d’acheteurs qui protège et donne des garanties de stabilité aux producteurs. « Mais il faut contractualiser davantage », estime Marc Moser. De son côté Franck Sander, se dit confiant : « Les bières spéciales, qui ont le vent en poupe, sont souvent très houblonnées, les grandes brasseries commencent à jouer le jeu de l’approvisionnement local. À nous de communiquer, de nous démarquer, quitte à investir davantage. » Franck Sander évoque même une piste bien précise : proposer un pack complet pour élaborer de la bière locale, avec de l’orge et du houblon produits en Alsace.

L’interprofession bientôt officialisée

C’est de ce besoin de travailler main dans la main avec les industries de transformation qu’est née l’idée d’une interprofession regroupant les producteurs, les négociants et les brasseurs. « Brasseurs de France y est favorable, nous le sommes aussi. Il reste à donner un sens à l’interprofession », indique Bernard Ingwiller. Cette interprofession sera l’opportunité de mieux connaître les besoins des brasseurs, de mieux y adapter le plan de recherche variétal, d’élaborer un mode de contractualisation satisfaisant pour toutes les parties, de communiquer ensemble sur le houblon de France… Le projet d’interprofession a été présenté au président de la République au Salon international de l’agriculture. Il devrait être officialisé fin mars, avec la signature d’une intention, en présence d’Emmanuel Macron ?

Houblon

Un voyage pour optimiser la qualité

Cultures

Publié le 18/03/2019

L’Hallertau, en Bavière, est la plus grande région productrice de houblon d’Europe. Avec ses quelque 500 hectares de houblon, l’Alsace fait figure de Lilliputienne face à ces voisins. Mais de Lilliputienne tenace. Après avoir traversé une grave crise, les producteurs ont peu investi. Mais ils sont désormais prêts à moderniser leurs installations. Alors autant le faire à bon escient. C’était tout l’objet de ce voyage d’étude : « Aller voir ce que font les leaders sur le marché pour transposer leurs techniques en Alsace afin d’améliorer la qualité de nos houblons et de rester compétitifs sur le marché », résume Christian Lux, responsable du service développement au Comptoir agricole.

Le premier jour a été consacré à la visite de l’usine de pelletisation de houblon Hopfenveredlung de St Johann, où est transformée une partie du houblon alsacien. Les responsables de l’usine ont expliqué qu’ils exigent du houblon à 11 % d’humidité pour éviter les problèmes d’échauffement. Les houblons trop humides sont stockés ailleurs, pour éviter tout risque d’incendie, ce qui entraîne un surcoût. En outre, avant la pelletisation, les houblons sont reséchés, donc un houblon qui arrive avec trop d’eau doit être séché davantage par rapport à un houblon livré à la bonne humidité. En clair : les transformateurs ne sont pas d’accord pour acheter de l’eau. Des exigences qui ont conduit le Comptoir agricole à mettre en place une réfaction au-delà de 12 % d’humidité. Les producteurs sont en demande d’outils leur permettant de mieux contrôler l’humidité des houblons à la sortie des séchoirs et de mieux maîtriser leur réhumidification. Les houblonniers alsaciens sont intéressés par des outils couramment utilisés en Allemagne, comme Climabox, un capteur qui mélange de l’air extérieur, issu du local et chargé en humidité pour atteindre l’humidité voulue en fonction du taux de séchage du houblon en sortie de séchoir. Ou encore Delmorst, un moyen de mesurer l’humidité au sein des séchoirs. Ainsi que des systèmes de remplissage automatique des séchoirs, qui améliorent la régularité du séchage.

Certification Iso 9001 : un avantage plus qu’une contrainte

La deuxième journée a conduit les producteurs à Wolnzach, sur l’exploitation houblonnière de Rudolf Pfab, une exploitation volontairement certifiée Iso 9001. « Pour Rudolf Pfab ce n’est pas une contrainte, mais un avantage car la méthode de traçabilité lui permet d’avoir une bonne organisation des divers documents de l’exploitation, d’être plus précis dans ses enregistrements, et aussi de pouvoir participer à des formations spécifiques organisées par le Hopfenring », rapporte Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole. Pour Rudolf Pfab, la certification Iso 9001 constitue aussi un moyen de se démarquer.

Les producteurs alsaciens ont ensuite rejoint « das Haus des Hopfens », où ils ont rencontré deux spécialistes de la Landesanstalt für Landwirtschaft (LFL). Au menu des discussions : irrigation et fertigation. En matière d’irrigation, des réflexions sont en cours en Alsace, mais les producteurs la maîtrisent encore mal. Les spécialistes allemands ont présenté des résultats intéressants en termes de stabilisation du rendement et des teneurs en acides alpha, notamment sur sols sableux. Des résultats qui demandent à être confirmés dans le contexte alsacien. « La fertigation pourrait être intéressante, car elle permettrait d’étaler la fertilisation azotée avec de petites doses diffusées au cours du cycle de la plante », poursuit Christian Lux. À condition que cela ne fragilise pas les plantes d’un point de vue sanitaire…

En Allemagne, la qualité paie

Enfin, le directeur du Hopfenring, Lukas Raith, a présenté cette association dont l’objet est l’amélioration de la qualité du houblon grâce à l’accompagnement de ses 1 511 membres. « L’association gère différents dossiers, comme la certification des houblons, l’accompagnement, les analyses de sols, l’analyse de la qualité des houblons… », décrit Michèle Dauger. C’est par exemple le Hopfenring qui a élaboré un abaque permettant de fixer le prix payé au producteur en fonction de la qualité du houblon. Abaque qui prend en compte de nombreux critères : humidité, effeuillement, propreté, maladie… Cette grille est utilisée par la plupart des acheteurs de houblon en Allemagne et entraîne des variations importantes de prix, à la hausse comme à la baisse, en fonction de la qualité du houblon. En tout cas, bien plus qu’avec la méthode utilisée en Alsace.

À l’issue de ce voyage, Christian Lux constate : « Nous sommes en décalage par rapport à l’Allemagne, mais en bonne voie de progrès ». En effet, des houblonniers investissent d’ores et déjà dans du matériel plus performant. En outre, la sélection variétale se poursuit. La Région, l’Europe (Feader) et le Comptoir agricole se mobilisent pour accompagner les producteurs dans la modernisation des houblonnières, des outils de transformation. Mais l’enjeu est aussi de convaincre de nouveaux planteurs de rejoindre les rangs de la filière. Et c’est là que le bât blesse : malgré l’accompagnement promis par la coopérative, les candidats ne se bousculent pas au portillon.

Sima 2019

Business et convivialité

Technique

Publié le 13/03/2019

Le fabricant indien de pneus BKT est un des principaux sponsors du Salon international du machinisme agricole (Sima) depuis plusieurs éditions. Les visuels publicitaires de la marque émaillent les entrées des différents halls. Et la marque dispose d’un stand aux dimensions confortables, très prisé pour ses démonstrations de virtuosité footballistique. Car en plus d’être le sponsor du Sima, BKT est le sponsor de la Coupe de la Ligue, qui est carrément devenue la Coupe de la Ligue BKT.

Mardi 26 février, Alison Bertieux et Mickaël Chatelain, de la société Agriest, importateur officiel pour le marché français des pneus BKT, avaient rendez-vous avec un de leur client alsacien, la société Alsagri d’Hilsenheim, sur le stand BKT. L’occasion d’échanger quelques mots avec Arvind Poddar, président de BKT. Il souligne l’importance, pour eux, de ce « show » auquel ils participent depuis les années 1980, avec un stand toujours plus important. Car le marché européen, et en particulier français, est important pour BKT et fabricant indien souhaite le développer. Cette année, pas de nouveauté à présenter pour BKT. Mais la tendance à l’augmentation de la taille des outils ne s’inversant pas, l’importance de la qualité des pneumatiques persiste. Et BKT propose plusieurs technologies pour préserver les sols agricoles. La technologie IF (Important Flexion), qui assure une réduction de 25 % de la pression exercée sur le sol à charge utile équivalente. Et la technologie VF qui permet d’atteindre une réduction de 40 % de la pression exercée sur le sol à charge utile équivalente. « Augmenter la productivité agricole est une bonne chose, mais il faut le faire durablement », conclut Arvind Poddar, avant de poser pour la photo et d’enchaîner avec son rendez-vous suivant.

Cette année, le constructeur allemand Amazone a été récompensé d’une médaille de bronze aux Sima Innovation Awards pour la technologie WindControl, un système de mesure et de compensation des effets du vent sur la répartition de l’engrais par les épandeurs ZA-TS. « Il s’agit d’une espèce d’anémomètre électronique qui mesure la force et la direction du vent afin d’ajuster la nappe d’épandage en temps réel pour maintenir sa régularité », décrit Cédric Meintzer. En outre, la technologie WindControl peut venir en appui d’une autre innovation, l’Argus Twin, constitué de sept capteurs par disque d’épandage, qui mesurent la nappe d’épandage afin de corriger le point de dépose pour rester dans l’optimum en cas de défaut. Ces épandeurs d’engrais sont pilotables à partir du nouveau boîtier Isobus électronique, entièrement développé par Amazone, avec des touches et un écran tactile de grande taille, décrit Cédric Meintzer.

Des outils connectés chez Beiser

Beiser avait également glané une médaille de bronze aux Sima Innovation Awards cette année avec Fourrage Lib, un râtelier mobile connecté permettant de suivre l’évolution du stock de fourrage. Une innovation présentée sur un stand amputé de 300 m2 par rapport à l’édition précédente, mais optimisé. « Le marché est difficile, justifie Bernard Cogniel, de nombreux exposants ont réduit la taille de leur stand. » Pour expliquer la tendance atone du marché, il avance les difficultés de trésorerie des agriculteurs, « dont les productions ne sont pas payées à leur juste valeur ». Dans ce contexte, les facilités de paiement proposées par l’entreprise alsacienne - jusqu’à 11 échéances à taux zéro - lui permettent de tirer son épingle du jeu : « Ça s’apparente à une avance de trésorerie », compare Bernard Cogniel. L’ancien dirigeant, qui a confié les rênes de l’entreprise à sa fille Nathalie mais qui y garde un pied, décrit : « Nous sommes actuellement en pleine réflexion pour proposer des produits connectés et rester parmi les moins chers sur le marché, tout en continuant à proposer des facilités de livraison et de paiement. » Et ça commence à fonctionner, puisqu’en plus du râtelier connecté, Beiser présentait aussi une citerne connectée. Prochaine innovation, Beiser travaille actuellement à l’élaboration d’un système de pesée connectée… À suivre.

La société MRA, située à Hatten, est importatrice exclusive en Alsace des marques Poluzzi (chenilles), Krampe (bennes) et Geringhoff. Le fabricant de matériel de récolte présentait une coupe à tapis équipée d’une soufflerie d’air baptisée IAS pour Integrated System. La soufflerie, placée devant la coupe, permet de rattraper des grains, notamment les petites graines, comme celles de colza. Et donc de réduire les pertes de grains devant la coupe. En outre, comme elle est associée à une coupe à tapis qui alimente régulièrement la machine, le rendement est amélioré. Pas de grande nouveauté du côté de chez Krampe, mais la qualité reste au rendez-vous malgré tout : « Ce sont des bennes haut de gamme, elles sont moins tirantes, grâce à leur conception compacte, donc la consommation de gasoil est réduite », décrit Daniel Humbert. À noter que MRA a conclu un partenariat avec SoucyTrack, un constructeur canadien de chenilles en caoutchouc pour lequel MRA devient le distributeur exclusif en France.

Moisson de médailles pour Claas

Bonne moisson pour Claas lors des Sima Innovation 2019, avec une médaille d’or pour l’ensileuse Jaguar 960 Terra Trac à chenilles suspendues, et une médaille de bronze pour la coupe à tapis flexible Convio Flex. La Jaguar 960 Terra Trac est « la première ensileuse équipée d’usine de chenilles », souligne Guillaume Feys, chef de produits récolte chez Claas. Le terme Terra Trac désigne d’ailleurs les chenilles, qui peuvent équiper les moissonneuses Claas depuis 20 ans afin de limiter le tassement du sol infligé par des machines de plus en plus lourdes. Autre avantage de cette ensileuse, son gabarit routier qui permet de se déplacer facilement et de la charger sur un camion. « Notre chenille Terra Trac avait déjà été médaillée », précise Guillaume Feys.

Cette fois, l’innovation primée, c’est le système de relevage avant des chenilles en bout de parcelle pour éviter l’arrachement de matières dans les demi-tours. La limitation de l’agressivité des chenilles sur la couche végétale rend cette ensileuse particulièrement adaptée aux chantiers d’ensilage d’herbe. Concrètement, la partie avant des chenilles se soulève automatiquement dès que le chauffeur relève le pick-up. Pour pouvoir intégrer ce système, le châssis a dû être rallongé, ce qui présente l’avantage de faciliter la maintenance de l’ensileuse. Autre particularité : elle est équipée d’un système de télégonflage des pneus arrière, qui permet de passer rapidement d’une pression définie pour rouler au champ à une pression arrêtée pour rouler sur route, et inversement. Le premier exemplaire de l’ensileuse Jaguar 960 Terra Trac a été vendu en Bretagne.

Grâce à son tapis, qui peut passer du mode rigide au mode flexible, la coupe Convio Flex est particulièrement polyvalente puisqu’elle peut récolter aussi bien du maïs que du soja : « Le mode rigide, avec un grand tapis plat, est adapté à la récolte des céréales. Le mode flexible est adapté à des cultures comme le soja, puisqu’il permet d’épouser les irrégularités du terrain », précise Guillaume Feys.

Kuhn

La technologie gagne toute la gamme

Technique

Publié le 13/03/2019

À partir de l’automne 2019, la nouvelle gamme de charrues Vari-Master L sera commercialisée, équipée du dispositif Smart Ploughing, qui offre la possibilité de relever chaque corps individuellement. La géolocalisation de la charrue permet d’automatiser les entrées et les sorties de raies afin d’obtenir un travail homogène et répétable quelles que soient les conditions de travail et la forme de la parcelle.

Jean-Marc Debien, responsable marketing chez Kuhn, liste les bénéfices de cette innovation : « 100 % des résidus et des adventices sont enfouis sur l’intégralité de la parcelle, les fourrières sont rectilignes, ce qui permet d’effectuer une reprise de fourrière sans faire relever d’adventice et sans perdre de vitesse dans une zone qui est moins chaotique qu’avec une charrue classique. C’est aussi une source de gain de temps et de confort de travail pour le chauffeur. »

Semez à la mode de chez vous

Côté semoirs, le Maxima 3 est un outil électrique polyvalent grâce à de nouveaux châssis télescopiques indexables qui permettent d’aller de 37,5 à 75 cm d’écartement. L’entrecroisement de cinq poutres assure robustesse et rigidité. L’interchangeabilité des écartements s’effectue en quelques minutes grâce à un système de goupilles. Une génératrice et quatre batteries rendent l’outil indépendant du tracteur. Compatible Isobus, le semoir est réglable depuis un terminal en cabine. Et, pour plus de réactivité, les informations sont diffusées rang par rang grâce à un moteur et un calculateur par élément. Autre semoir polyvalent, l’Aurock a été développé pour répondre aux exigences liées aux semis simplifiés, voire directs. La barre de semis aux réglages simplifiés et la tête de répartition équipée du système de clapets Vistaflow permettent de faire des semis un rang sur deux, de mélanger de l’engrais à la semence au niveau du soc…

En matière de fertilisation, Kuhn a lancé l’EMC (Electronic Massflow Control), qui permet de réguler le débit à gauche et à droite sur chaque disque, chaque seconde de manière entièrement indépendante, il y a 20 ans. Depuis, de nombreuses évolutions ont été apportées pour adapter l’EMC à toute la gamme de distributeurs d’engrais, notamment des machines avec entraînement par prise de force. « Le remplacement de vérins électriques par des moteurs SpeedServo, totalement intégrés et étanches, à raison de quatre moteurs par disque assure une variation de dose instantanée », note Vincent Gérard, responsable produit fertilisation et électronique. Pratique pour le pilotage des dosages à partir d’une carte de modulation,

Pulvérisation en dentelle

Le pulvérisateur Kuhn Metris 2 a été élu machine de l’année au Sima 2019. Une distinction que l’engin doit notamment au système Autospray, développé pour maintenir la qualité d’application tout au long du traitement, notamment la taille des gouttelettes, que l’agriculteur aura renseignée en même temps que les consignes de dosage au préalable (lire aussi en page 27 de notre n° 7 du 15 février 2019). « En fonction de la nature du traitement, couverture, systémique, on choisit des tailles de gouttes plus ou moins fines. Et s’il y a un risque de dérive, il s’agit d’en augmenter la taille », précise Luc Monville, responsable produit pulvérisateurs portés. Le système Autospray repose sur la technologie Pulse width modulation (PWM), qui permet de dissocier la pression de pulvérisation du débit de la buse. Pour cela, le flux de pulvérisation est fractionné en 20 micropulsations par seconde (20 Hertz), et le système pilote le temps d’ouverture des micropulsations. « Cela permet de maintenir la qualité de pulvérisation, y compris en cas de modulation de dose, tronçon par tronçon, voire buse par buse », poursuit Luc Monville. Le système sera disponible sur les pulvérisateurs haut de gamme en priorité, puis sur l’ensemble de la gamme à partir de 2020.

Avec I-Spray, Kuhn va encore plus loin dans la précision de la pulvérisation puisque cette technologie, développée en partenariat avec Carbon Bee, vise à n’activer les buses qu’en présence d’adventices, ce qui requiert d’élaborer un système de reconnaissance d’adventices dans les cultures, et même de distinguer les différentes familles d’adventices puisque l’objectif recherché est à la fois de réduire la consommation de produits phytosanitaires de 50 à 80 % et de mieux cibler les familles d’adventices afin de diminuer le risque d’apparition de résistance. Si les premiers résultats sont prometteurs, Luc Monville précise qu’il s’agit d’un axe de recherche et n’avance pas encore de date de commercialisation.

Enfin, côté récolte du fourrage, Valentin Ribes, spécialiste des presses, présente la presse haute densité LSB1290ID, pour Intelligent Density, équipée d’un double piston TwinPack, qui démultiplie la force de pressage donc assure un pressage de qualité à un coût limité : « Avec cette presse, il n’y a pas besoin d’un tracteur très puissant ni d’une consommation de carburant élevée pour obtenir une bonne qualité de pressage », décrit-il. Autres atouts de cette presse : sa simplicité d’entretien, grâce à une lubrification automatique en continu, ses nombreux équipements visant à améliorer la sécurité d’utilisation, son pilotage 100 % Isobus et son débit d’alimentation élevé.

Des applis pour piloter les outils

Toutes ces innovations ne seraient rien sans la technologie qui permet de les piloter, et notamment un terminal performant. C’est à cette fin que Kuhn propose le terminal Isobus CCI 1200, qui permet de visualiser toutes les informations en un seul coup d’œil, de gérer jusqu’à quatre cartes de modulation… Et la technologie c’est bien, mais à force d’en mettre à toutes sauces, les agriculteurs risquent d’y perdre leur latin. Kuhn en est conscient et développe en parallèle des outils destinés à faciliter la prise en main et la gestion quotidienne de tout cet attirail.

Il y a par exemple MyKuhn, un espace client avec une partie support, disponible sur internet en attendant l’application et qui, entre autres fonctionnalités, permet de commander facilement des pièces de rechange. Il y a aussi EasyTransfer, un outil pour transférer facilement des données, comme des cartes de modulation, vers le terminal CCI. Et il y a aussi Stafit, un système de localisation et de suivi des déplacements des machines, capable de faire la différence entre les déplacements sur route et au champ, de cumuler les heures de travail. Ou encore Instacker, qui cumule les heures de travail de la machine et envoie des notifications à l’agriculteur lorsqu’arrive le moment de réaliser une opération d’entretien. Enfin, last but not least, Redvista, une application smartphone utilisant la technologie de la réalité augmentée pour aider les utilisateurs à effectuer l’entretien des outils. Il lui suffit de scanner le QRcode apposé sur la machine, et l’application l’identifie, et fait apparaître une image où les différents points de réglages et d’entretien sont localisés et détaillés. Voilà de quoi piloter les outils Kuhn.

Mais si chaque constructeur développe ses propres outils. L’agriculteur en bout de chaîne risque de se perdre dans un dédale d’applications, plateformes et autres espaces privés. L’idéal, pour l’utilisateur, serait de regrouper toutes ces applications en une. Ou du moins en quelques-unes. C’est dans cet objectif que Kuhn a intégré NextFraming, un consortium qui regroupe des fabricants de machines agricoles et des fabricants de logiciels agricoles et qui travaille à l’élaboration d’un logiciel de gestion des données des machines indépendant du fabricant.

Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN)

L’économie au service de la forêt

Cultures

Publié le 19/02/2019

« Passer par l’économie pour évoluer vers une forêt plus naturelle ». Tel est le sous-titre de la charte forestière de territoire (CFT) des Vosges du Nord. C’est l’expression d’une volonté que le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN) porte depuis plusieurs années, et qui était déjà inscrite dans une précédente charte. Avec un territoire boisé à 65 %, un tissu d’industries de transformation du bois employant 1 000 emplois, le PNRVN a acquis une certaine expertise en matière de forêt et de bois : « Pour avoir une forêt mieux gérée, il faut mieux la valoriser », affirme Michaël Weber, président du PNRVN.

Développer une économie du bois en circuit court et de proximité

C’est tout l’objet de la charte, élaborée en trois temps. « Nous avons d’abord réalisé un diagnostic de territoire en nous entretenant avec les acteurs de la filière. Puis, il y a eu une phase de concertation, avec des ateliers qui ont permis à ces acteurs de se rencontrer, d’échanger, ce qui a permis d’identifier les difficultés de la filière par un prisme économique. Puis nous avons défini une stratégie avec des enjeux à relever, et des objectifs à atteindre », décrit Caroline Salomon, chargée de mission au PNRVN et cheville ouvrière de cette charte. Plusieurs enjeux ont été identifiés, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. Il s’agit, par exemple, de renforcer la compétitivité des entreprises locales de récolte et de transformation. La valorisation des principales essences locales que sont le hêtre et le pin sylvestre doit être renforcée. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité, afin de consommer localement du bois local, permettrait de capter la valeur ajoutée sur le territoire. « Cela passe par exemple par l’incitation des collectivités à la réalisation de constructions en bois local », illustre Caroline Salomon. Mais, pour mieux valoriser le bois local, il s’agit d’abord de pouvoir l’identifier. Or, « la traçabilité du bois est difficile à assurer », constate la chargée de mission. Il existe une multitude de labels et de marques. Trop peut-être. Le Sycoparc étant co-animateur de la marque Terre de Hêtre depuis 2017, c’est sur cette dernière que les différents partenaires s’appuieront pour promouvoir le hêtre local. Pour que la filière soit en capacité de maintenir le tissu économique, voire de le développer en attirant de nouvelles entreprises de transformation du bois, il est aussi important de développer de nouveaux débouchés. Cela passe par de l’innovation, de nouvelles prescriptions…

28 actions, six actions phare

Pour répondre à ces enjeux, un plan d’action a été établi. Il consiste en 28 actions décrites dans la charte, dont six actions phare. Caroline Salomon en détaille quelques-unes : « Nous allons provoquer des rencontres entre les forestiers et les scieurs, pour avoir un regard croisé sur la qualité du bois. Les entreprises de transformation vont être auditées pour optimiser leur fonctionnement actuel et être accompagnées dans leurs innovations. Nous allons développer une offre de produits en bois local, et la rendre plus visible aux yeux des prescripteurs et du grand public. » Des actions ambitieuses que les signataires de la charte ont 5 ans pour mettre en œuvre. Pour 2019, Caroline Salomon liste quelques actions déjà enclenchées : des échanges entre professionnels, la création d’une malle pédagogique, un partenariat avec l’université Paris Diderot pour la réalisation d’une étude portant sur l’attachement de la population à la forêt, l’impulsion d’un concours portant sur la conception d’une gamme d’habitations légère de loisirs (HLL) en bois local, l’accompagnement de la Communauté de communes Sauer-Pechelbronn pour l’édition d’un document sur la construction en bois local, suite à la construction d’un bâtiment pilote… Bref, il y a du bois sur la planche.

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