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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Opérations Fermes ouvertes et Made in viande

« La vache meule »

Élevage

Publié le 22/05/2019

Depuis sa création en 1990, l’opération Fermes ouvertes, pilotée par la FNSEA, a permis d’accueillir plus d’un million d’enfants dans les exploitations du pays. La 29e édition a été lancée par Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, le 20 mai dans les Vosges. Dès le lendemain une classe de CM2 de l’école de Steinbourg et six élèves de maternelle débarquent chez Daniel Vix, agriculteur à Wolschheim. L’éleveur aborde l’exercice de manière plutôt décontractée, les mains dans les poches de sa combinaison de travail. Il présente l’exploitation. Deux ateliers, un élevage de veaux sous la mère et un autre de veaux de lait. Et pose d’emblée les règles du jeu. Dans le premier bâtiment, on pourra discuter devant les animaux. Mais dans le deuxième, il faudra faire silence, car il y a là 400 veaux, qui risquent de prendre peur et de s’emballer.

 

 

La visite commence. Daniel Vix explique comment les animaux sont répartis dans les box. « Les veaux restent au pré avec leur mère jusqu’à l’âge de 8 ou 9 mois. Puis on les sépare de leur mère et on isole les mâles des femelles. » Attiré par le spectacle, un jeune taureau se dresse sur ses pattes avant. « Il est énoooooorme », s’effarent les enfants. Daniel Vix est moins impressionné : « Il faisait 70 kg à la naissance, c’est normal qu’il soit grand maintenant ». Il enchaîne : « Les taureaux sortent avant 24 mois ». Sortir… mais pour aller où ? « Ils partent à l’abattoir. » Ah. La nouvelle fait frémir les rangs. Mais Daniel Vix ne se démonte pas. « Vous connaissez le Leclerc de Marmoutier ? Eh bien, nous vendons la viande là-bas. » On reste encore un peu devant le taureau qui continue de nous fixer, et les commentaires défilent : « Moi, j’ai déjà vu une langue de bœuf ». « T’as vu, il lèche ses crottes de nez ! » « Moi, je ne mange plus de viande. Et en plus j’adore les coquelicots ». Sic.

Questions fondamentales

Daniel Vix guide la troupe vers le box à veaux, attenant au parc des vaches fraîchement vêlées. Le spectacle des mères qui câlinent leur petit ravi le public. Daniel Vix fait venir deux petits veaux. « Ils ont 4 semaines et pesaient 50 à 60 kg à la naissance. Dans un mois ils iront à la prairie avec leur mère. » L’amorce est lancée, les questions fusent. « Combien de temps ça vit une vache ? » « Ici, elles font environ 10 veaux, donc on les garde 13 ans. » Les mères appellent leur petit en meuglant de l’autre côté de la barrière. « Elles reconnaissent leur petit à l’odeur », indique l'éleveur.

Les notions de gestation et de vêlage taraudent les enfants. Il faut faire revenir un veau pour montrer son cordon ombilical et son appareil génital car même la question « C’est quoi la différence entre les garçons et les filles ? » a été posée. L’éleveur développe la question des vêlages. Il commence par expliquer qu’ils sont groupés, c’est-à-dire qu’ils s’étalent de novembre à janvier. C’est plus facile à gérer. Les vaches sont mises en présence du taureau ou inséminées à partir de février. La gestation est vérifiée au moyen d’une échographie. Daniel Vix possède un système de détection des vêlages, un SmartVel : « La queue des vaches est équipée d’un détecteur qui enregistre ses mouvements. Lorsque le travail commence, la queue de la vache se soulève et le détecteur m’envoie un SMS. » L’éleveur peut donc intervenir en cas de problème, ou laisser faire la nature quand tout se passe bien.

L’instinct plus fort que le genre

Un petit garçon, visiblement marqué par l’image du taureau, y revient : « Ça pèse combien un taureau au maximum ? » Daniel Vix répond en donnant l’exemple de leur ancien taureau reproducteur, qui pesait 1 400 kg. L’information enclenche des rouages et bientôt une nouvelle question : « Tu t’es déjà fait attaquer par un taureau ? » L’angoisse a fait sauter le vouvoiement. Mais c’est une bonne question, car si Daniel Vix a déjà été attaqué, ce n’est pas par un taureau. Mais par une vache. « Certaines sont très maternelles, et celle-là n’a pas supporté que je la sépare de son veau. » L’accident a marqué l’éleveur. « Elle m’a plaqué contre le mur, j’étais tout bleu. Et, si elle avait eu des cornes, je pense que je serai mort. » Un récit qui lui permet de rebondir sur la balance bénéfice-risque de l’écornage.

Quelques mètres plus loin, ambiance feutrée dans le bâtiment qui abrite les veaux de lait. Quasiment entièrement autoconstruit par la famille Vix, il est isolé et ventilé. 400 veaux sont élevés sur la paille. Ils arrivent de Besançon et repartiront quand ils auront atteint le poids voulu. Ils sont nourris quasiment exclusivement au lait, reconstitué par des robots avec du lait en poudre. Dans un premier temps, les enfants respectent les consignes à la lettre, on entendrait presque les mouches voler… Mais l’enthousiasme reprend assez vite le dessus. Et on évacue le bâtiment avant que ça ne dégénère. Direction la grange, pour un goûter débriefing et un quiz : « Quel est le cri de la vache ? » « Elle meule ». Raté.

Emballage des produits - Uvasoft

Des étiquettes sans prise de tête

Pratique

Publié le 17/05/2019

Le flacon ne fait pas le produit. Mais contribue tout de même significativement à l’acte d’achat. Les viticulteurs, qui rivalisent d’originalité pour élaborer des étiquettes qui vont taper dans l’œil du consommateur le savent bien. Et les agriculteurs qui se lancent dans la commercialisation en circuits courts le constatent aussi. Avec une problématique particulière : en agriculture, on fabrique des produits périssables, dont les recettes et la composition évoluent, pas des vis ou des boulons. Or, imprimer des étiquettes pour de petites séries de produits, ça coûte cher. Heureusement il y a une solution : le repiquage. L’idée est simple : il suffit d’acheter des étiquettes sobres, en grosse quantité donc pas cher, et de les imprimer ensuite à façon, avec les mentions souhaitées, grâce à une imprimante d’étiquettes. C’est une des prestations que propose Bertrand Guiot, gérant de la société Uvasoft, fraîchement installée dans de nouveaux locaux à Saint-Pierre. Il vend l’imprimante à transfert thermique, qui fonctionne avec un rouleau d’encre solide, chauffée par la tête d’impression avant d’être déposée sur le papier - ou le plastique - où elle cristallise aussitôt. Mais aussi les consommables, la formation pour la prise en main, et le service après-vente, avec un accompagnement poussé des clients : « Nous voulons être des partenaires plus que des fournisseurs. » Il illustre : « J’ai un client qui m’a appelé pour créer une étiquette de vin intégrant le logo d’un club de rugby. Je l’ai aidé à fabriquer le prototype d’étiquette. Ça lui a permis de vendre 300 bouteilles de vin ». Une proximité qui compte, pour Bertrand Guiot, qui considère : « Nos clients sont notre meilleure pub ». Du coup, pas besoin de contrat de maintenance : « On intervient quoi qu’il en soit, d’autant qu’il est parfois possible de le faire à distance ». En effet, le client conçoit ses propres étiquettes avec un logiciel idoine, depuis son propre ordinateur, qu’il suffit de connecter à l’imprimante. Et le tour est joué.

Méteils

L’union fait la force

Cultures

Publié le 14/05/2019

Une année avec une aussi piètre récolte fourragère que l’année dernière, ça passe. Deux, ça casse. C’est pourquoi les éleveurs sont en quête de nouvelles ressources fourragères : « On ne peut plus tout miser sur l’herbe », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). D’où un regain d’intérêt pour les méteils, ces mélanges de céréales et de protéagineux, cultivés en interculture longue, par exemple entre deux maïs.

Il s’agit donc de semer des mélanges de céréales et de protéagineux. Bien. Mais quelles espèces ? Et en quelles proportions ? Le champ des possibles est vaste et dépend tout à la fois du contexte pédoclimatique, des objectifs poursuivis par l’éleveur, du suivant, du précédent… Pour aider les éleveurs à y voir plus clair, la CAA élabore depuis deux ans une plateforme où différents méteils sont testés. S’y côtoient des mélanges élaborés par des industries semencières, et des mélanges maisons, confectionnés avec des semences certifiées ou fermières. Les tableaux ci-contre récapitulent les principales caractéristiques des espèces entrant dans la composition des mélanges testés. L’orge n’y figure pas : « Il est trop précoce pour l’Alsace, et on a du mal à trouver un protéagineux qui a une précocité équivalente. En plus, la céréale est censée servir de tuteur aux protéagineux, or l’orge est sensible à la verse », justifie Laurent Fritzinger. Sans compter qu’il est assez sensible aux maladies cryptogamiques.

Quoi semer, quand récolter ?

Parmi les critères de choix des espèces figure la nature du suivant. Par exemple, l’épeautre, assez tardif, est à éviter avant un maïs, mais convient avant un sorgho. Certains agriculteurs craignent que le méteil impacte le potentiel de rendement du suivant en entamant la réserve hydrique du sol. C’est vrai, mais moins qu’une interculture de ray-grass italien (RGI). Pour limiter le risque, une stratégie consiste à implanter les intercultures de RGI sur les terres présentant la meilleure réserve utile, et de réserver les méteils aux moins bonnes terres.

Une fois les méteils implantés, il faut déterminer quand les récolter. Et ce n’est pas très facile lorsqu’il y a plusieurs espèces à des stades de maturité différents. Si le méteil est destiné à l’alimentation des laitières, il faudra privilégier une récolte précoce, au stade début épiaison, pour profiter de la meilleure valeur alimentaire du fourrage. En effet, « la MAT diminue avec le temps », rappelle Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la CAA. C’est de manière générale la céréale qu’il s’agit de considérer pour déterminer la date de récolte du méteil, car c’est elle qui constitue la plus grande part du rendement final. Si le méteil est destiné aux génisses ou à des vaches allaitantes, il est possible d’attendre le stade grain laiteux pâteux pour gagner en volume. Il y a tout de même une exception à signaler : si l’objectif recherché est l’autonomie protéique, et que le mélange a été constitué à cette fin, avec une proportion de protéagineux élevée, il est possible de déterminer la date de récolte en se fixant sur le stade des protéagineux. Avec pour idéal le stade floraison.

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Race jersiaise

Elle a tout d’une grande

Élevage

Publié le 10/05/2019

Guillaume et Jérémy Guth, deux frères associés au sein du Gaec de Rosen-Guth, situé à Rosenwiller-Dettwiller, ne tarissent pas d’éloges sur la race jersiaise. « C’est une race adaptée au pâturage, qui valorise bien les fourrages grossiers », annonce l’un. « Gourmande, elle va volontiers au robot de traite », renchérit l’autre. C’est aussi une race rustique. « Elles ont des sabots noirs, ce qui est réputé pour être le signe d’une corne dure. Et effectivement, elles ont peu de problèmes de pieds. » La jersiaise se caractérise encore par sa longévité et son petit gabarit. « C’est aussi une vache légère, dynamique, qui se déplace volontiers. » Enfin, c’est une race « très docile ». Bref, « l’essayer c’est l’adopter », conclut Guillaume Guth.

 

 

Objectif taux

Si la jersiaise a pris ses quartiers dans cette exploitation, ce n’est par hasard. En 2009, avec l’installation de Guillaume, l’exploitation passe en bio, ce qui induit le développement de la surface en herbe et du pâturage. Dans la foulée, il investit dans un robot de traite. Avec l’arrivée de son frère sur la ferme, le troupeau prend de l’ampleur, et un second robot s’ajoute au premier.

Pour améliorer la paie de lait, Guillaume Guth creuse la piste de l’amélioration des taux. C’est ainsi qu’il découvre la jersiaise, « la race la plus performante en matière de taux », affirme l’éleveur. Il profite d’un déplacement au Sommet de l’élevage, à Cournon pour rencontrer des éleveurs de jersiaises. Ils le convainquent. L'Alsacien achète une vingtaine de génisses de 6 à 8 mois dans les Ardennes. Nous sommes en octobre 2014. En 2015, elles sont inséminées. Rapidement, il importe du Danemark 30 génisses supplémentaires. Tout ce petit monde a vêlé en 2016.

Travailler la génétique

Avec succès : « Les vêlages sont faciles, il n’y a rien d’autre à faire qu’à regarder. En prim’holstein, on tire très peu de veaux, mais avec la jersiaise on n’en a tiré aucun », rapporte Jérémy Guth. Côté production, les deux frères avouent une « petite déception », avec 3 000 à 4 000 litres de lait. Chiffre qu’ils tempèrent aussitôt : « Ce sont des premières lactations, qui font suite à des vêlages précoces, de 19 à 26 mois, donc les vaches continuent leur croissance, ce qui consomme de l’énergie qui ne va pas à la production de lait. » Côté taux, par contre, la jersiaise tient ses promesses. « La moyenne du troupeau français est de 55-38, nous sommes à 54-36,5 », annonce Jérémy Guth.

Un léger retrait qu’ils expliquent par leur ration, avec beaucoup d’herbe, et une génétique qui doit encore être travaillée. Les deux éleveurs ont d’ailleurs pris le taureau par les cornes : « Nous utilisons de plus en plus le génotypage pour aller plus vite dans la sélection ». Une fois le profil génétique de la femelle connu, il reste à choisir le bon inséminateur pour à la fois « augmenter les taux » et « ne pas perdre en qualité de mamelle, qui est un de nos points forts ». En outre, les éleveurs utilisent aussi de plus en plus de la semence sexée pour avoir des veaux femelles. Car « il n’y a pas de débouché en viande pour les mâles ». Actuellement, le troupeau se compose de 78 jersiaises en lactation, 56 prim’holstein et 20 croisées. Mais l’objectif est clairement annoncé : passer à 100 % de jersiaises.

Une race qui permet des vêlages précoces en bio

L’an dernier, Guillaume et Jérémy Guth avaient déjà ramené une jersiaise au festival de l’élevage de Brumath. « Pour faire connaître la race. » Idem à la foire européenne de Strasbourg. Alors, lorsque les organisateurs les ont contactés pour réitérer l’expérience sous forme de concours, ils ont accepté. D’autant qu’ils ont déjà participé à quelques concours interrégionaux (lire en encadré). Ils viendront donc accompagnés de deux vaches, Naïve et Marilou. Et deux génisses, Obligée et Olala. Des bêtes qu’ils ont sélectionnées d’abord pour la qualité de leur mamelle.

Et aussi pour montrer qu’il est possible de faire du vêlage précoce en bio avec cette race, contrairement à d’autres. L’une des vaches a en effet vêlé à 27 mois, l’autre à 20 mois, ce qui est « impossible en bio avec une prim’holstein par exemple », souligne Guillaume Guth. Avec peu d’autres concurrentes annoncées, le concours risque de manquer de suspens, mais les éleveurs relativisent. « C’est une occasion de faire connaître la race, de convaincre d’autres éleveurs de l’essayer. » Et pourquoi pas de l’adopter à leur tour.

Machinisme

L’après glyphosate se construit

Vigne

Publié le 09/05/2019

À 15 h, dans le vignoble, une sirène retentit. C’est le signal de départ de la première démonstration. Avec 11 concessionnaires venus chacun avec plusieurs outils, et une grosse centaine de viticulteurs en provenance de toute l’Alsace, il fallait une organisation tirée au cordeau. La vingtaine d’outil présentée constitue une alternative au glyphosate. « On sait que la fin de ce produit est proche. Nous voulons montrer les outils avec lesquels on va travailler demain. Afin que chaque viticulteur puisse se positionner en fonction de ses idées, de ses objectifs, de la configuration de ses vignes », explique Nicolas Pernet Clog, membre du syndicat viticole de Dambach-la-Ville et cheville ouvrière de la manifestation.

S’adapter sans se ruiner

En viticulture, le glyphosate est surtout utilisé pour maîtriser l’enherbement du cavaillon. Car s’il est trop important, «la flore risque d’entrer en compétition avec la vigne, donc de réduire sa vigueur, ce qui peut entraîner des problèmes qualitatifs sur le vin », décrit Frédéric Schwaerzler, conseiller viticole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. L’objectif pour les viticulteurs est donc de trouver des outils capables de travailler le rang, en esquivant les pieds de vigne pour ne pas les blesser. Les machines doivent aussi être polyvalentes. « Car si on répète sans cesse le même geste, on va sélectionner une flore qui va s’adapter au contexte. » Conclusion, il faut jongler, s’adapter, sans se ruiner. Les constructeurs rivalisent donc d’inventivité pour mettre sur le marché des outils polyvalents.

C’est le cas de la marque Braun, représentée par Léon Durrmann, concessionnaire agricole à Andlau. Son principal atout : un châssis modulaire, capable de recevoir une large gamme d’outils en fonction du travail à effectuer. En outre, les outils peuvent être montés en frontal, entre les essieux ou à l’arrière du tracteur, ce qui permet aussi de démultiplier les combinaisons. Pour le travail du cavaillon, Braun propose notamment un disque émotteur, qui en fonction de la manière dont il est réglé va effectuer un binage plus ou moins important, voire un buttage. Autres possibilités : des socs avec des palpeurs, une lame plate avec un cure cep, pour nettoyer le cep au plus près…

Du sur-mesure

Du côté de Siegwald, fabricant de matériel viticole situé à Logelbach-Wintzenheim, la quête de polyvalence est la même. Mais les moyens déployés pour l’atteindre sont différents. « Nous fabriquons un porte-outils sur mesure, en fonction des besoins de chaque client, ce qui permet de proposer des modèles adaptés aux différents types de vignes. Nous l’équipons de rollhacke pour travailler l’inter-rang, de bineuses à doigts pour travailler le rang et d’un rouleau qui assure la stabilité de l’ensemble et la hauteur de travail. » De nombreux points de réglage permettent de modifier la largeur et la profondeur de travail. Les dents sont équipées de doigts en caoutchouc qui nettoient les ceps sans les blesser, et de doigts en métal qui s’enfoncent superficiellement dans le sol pour arracher les racines de l'enherbement. « La profondeur de travail de l’étoile est réglable afin de ne pas casser les différences de niveau dans les terrasses », précise Nicolas Stepan, technico-commercial chez Siegwald.

Économies de produits phytosanitaires

Une autre alternative au glyphosate consiste à utiliser d’autres matières actives. Reste à savoir pendant combien de temps ce sera possible. Et à quelles conditions. Une chose est sûre : il faudra en utiliser moins et mieux. Du coup, plusieurs constructeurs ont imaginé des pulvérisateurs confinés, c’est-à-dire qu’ils sont équipés de panneaux récupérateurs, qui permettent de rattraper les gouttelettes de bouillies qui auraient été perdues par dérive sinon. C’est le cas du pulvérisateur de marque Lipco, présenté par la société Niess. Un modèle qui permet d’économiser « jusqu’à 30 % de produits phytosanitaires », avance Loïc Beyer, technico-commercial chez Niess. Il est proposé en version portée ou traînée, avec différents types d’essieu. « Comme il n’y a pas de turbine, la puissance de traction est divisée par deux, de l’ordre de 70 à 75 ch. L’écartement et le dévers sont réglables hydrauliquement. Compter 40 000 € environ pour ce modèle, dont deux exemplaires tournent déjà dans le vignoble alsacien.

La société Pulvérisation S21, fabriquant de pulvérisateurs situé à Marmande, présente un autre modèle, capable de récupérer « de 20 à 80 % de produits phytosanitaires en fonction du stade végétatif et du palissage de la vigne », avance Franck Rochard, technico-commercial de la société. Pour que le système fonctionne correctement, il est nécessaire d’équiper le pulvérisateur de buses anti-dérive homologuées ZNT. Là aussi la puissance de traction est réduite, de 50 à 60 ch, et les réglages se font hydrauliquement.

De nombreux autres matériels étaient présentés. Trop pour en faire une présentation exhaustive. Mais ça tombe bien, Nicolas Pernet Clog annonce que la démonstration a vocation à être reproduite ailleurs !

 

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Consommation

Quand mon verre est vide, je le consigne

Vie professionnelle

Publié le 07/05/2019

Ce sont des chiffres qui donnent le tournis. Mais dans le bon sens cette fois : 25 millions de bouteilles consignées circulent chaque année en Alsace, soit autant de déchet en moins. Une bouteille consignée est en moyenne réutilisée 20 fois. Certaines bouteilles consignées atteignent l’âge de 30 ans. En outre, si le rayon de distribution est raisonnable (300 km), la pratique de la consigne permet d’économiser des Gaz à effet de serre (GES) : jusqu’à 80 % de moins qu’une bouteille à usage unique sur l’ensemble de son cycle de vie. En effet, fabriquer du verre, même recyclé, consomme plus d’énergie que de laver une bouteille.

Alors que de plus en plus de consommateurs mènent un combat acharné contre les emballages inutiles, pourquoi la consigne n’est-elle pas plus répandue ? La pratique a presque disparu en France. Seule l’Alsace résiste. Mais il y a quelques décennies, tout le monde pratiquait la consigne. « Jusque dans les années 1960, chaque embouteilleur avait son propre réseau de consigne », rappelle Simon Baumert, de l’association Zéro Déchet Strasbourg. Le processus de fabrication de verre « neuf » revenait beaucoup plus cher que le transport et le retraitement des bouteilles.

C’est l’invention du recyclage qui a entraîné l’essor de bouteilles en verre perdu, au détriment du verre consigné. Actuellement, une centaine de points de vente sont encore équipés de machines de consigne en Alsace. Et il existe tout un réseau de consigne dans l’hôtellerie-restauration. En outre, 90 % des consommateurs alsaciens sont favorables à la pratique. Ils sont aussi attachés aux marques régionales qui la portent, comme Meteor, Carola et Lisbeth, les trois fabricants fondateurs du réseau Alsace consigne, coordonné par l’association Zéro Déchet Strasbourg.

Dépoussiérer la consigne

Ce réseau a été créé pour soutenir la pratique de la consigne. Si elle peine à se généraliser, c’est surtout parce qu’elle manque de visibilité. L’objectif premier est donc de remédier à ce « déficit de visibilité criant », décrit Simon Baumert. Exemples : Pour des raisons logistiques, les machines à consigne sont souvent reléguées au fin fond du rayon liquide. Le consommateur non averti ne sait pas quels contenants sont consignés ou non. « Nous allons mettre en place des magasins pilotes pour tester les pratiques qui doivent permettre de développer la consigne », décrit Simon Baumert. Une autre piste consiste à élargir la gamme des références consignées. Une fois validées, ces bonnes pratiques doivent essaimer.

Le deuxième objectif du réseau, c’est de valoriser la consigne, « d’inciter les acteurs à mettre en lumière leurs pratiques ». En effet, les industriels sont étrangement discrets en matière de consigne. Pourtant c’est écolo. Donc tendance. Alors le réseau va élaborer des outils de communication. « Pourquoi pas, par exemple, identifier les produits consignés sur les cartes des restaurants par un logo », illustre Simon Baumert. Enfin, la consigne représente une contrainte logistique pour les consommateurs. Ils doivent stocker et trimballer des caisses de bouteilles. Autant leur faciliter la vie. Le réseau a donc prévu d’élaborer une carte en ligne pour recenser les points de vente pratiquant la consigne. Un plan interactif pour « toucher un public jeune, ceux qui ont oublié la consigne », souligne Édouard Haag, directeur général et commercial de Meteor. Bref, afin de véhiculer l’image d’une consigne « moderne et rénovée », conclut Simon Baumert.

Balades Élevages et Paysages

Éleveurs et bâtisseurs

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2019

Les éleveurs sont des bâtisseurs de paysage. Même s’ils n’en ont pas toujours conscience, puisque ces prairies sont leur lieu de travail. C’est ce que les participants aux balades commentées par Arnaud Hachon, conférencier-paysagiste, ont pu découvrir, dimanche 28 avril. Paysagiste de profession, il est aussi formateur à l’École d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes, dans les Vosges. La balade, qui fait un arc de cercle autour de la ferme du Jodie, dure une heure pour à peine un kilomètre. C'est que de nombreuses pauses sont prévues sur le parcours.

 

 

Première étape, sous un ciel légèrement menaçant. « C’est quoi, pour vous, un paysage ? », interroge Arnaud Hachon. Quelques timides réponses de la part de l'auditoire. Le guide affine : un paysage est constitué d’éléments concrets, physiques, comme le relief, mais aussi d’éléments qui le sont moins : les odeurs, les bruits… Une moto pétarade dans la vallée. Le groupe s’esclaffe. Arnaud décrit le panorama qui s’étale sous les yeux des promeneurs : « Il s’agit d’un paysage vallonné, agroforestier. Partout où la mécanisation est possible il y a des cultures, sinon des boisements. »

Ouverture des paysages

Un paysage, c’est aussi le reflet d’une époque. En 1886, le ban de Steige comprenait 200 ha de forêt, contre 800 ha actuellement. Une tendance qui reflète l’exode rural d’après-guerre. « Il fallait reconstruire le pays, les hommes ont préféré planter des arbres sur ces terres difficiles à cultiver, pour aller travailler en ville. Les vallées se sont enrésinées, sont devenues plus sombres, plus humides, moins attractives. » Actuellement la tendance s’inverse, sous l’effet d’une volonté politique de réouverture des paysages. Une mue paysagère qui s’opère grâce au bétail, qui entretient les nouvelles pâtures.

Puis, le conférencier invite à observer la végétation environnante. Il désigne une espèce d’orchidée sauvage, dont le biotope est intimement lié à l’élevage. Il fait observer un alignement de ces orchidées sous une clôture. « Elles fonctionnent comme des couloirs écologiques », souligne-t-il. Et ce n’est pas tout. Pour abreuver leurs animaux, les éleveurs disposent des points d’eau dans les pâtures, qui sont autant de niches écologiques. Tout comme les bouses, « qui nourrissent des insectes ».

Deuxième étape, un peu plus haut, et sous un léger crachin, Arnaud Hachon donne l’étymologie de Steige : « C’est un nom qui vient de l’Allemand, qui veut dire sentier étroit et escarpé. ». Le nom correspond bien à la commune. Ses maisons s’étirent le long de la route qui relie l’Alsace et la Lorraine. Une particularité qui se retrouve dans l’habitat, mêlant des éléments architecturaux typiquement alsaciens et lorrains. Sous une pluie devenue battante, il informe : « A Steige, il y a beaucoup d’eau, on compte pas moins de 11 fontaines. »

Des paysages façonnés par l’histoire

Avant d’aller se mettre à l’abri - relatif - des frondaisons forestières, petite halte devant une haie, « c’est une clôture naturelle, avec du sureau, du noisetier, des ronces, qui fournissent de quoi nourrir oiseaux et rongeur, et qui fonctionne comme un corridor pour leur permettre de se déplacer à l’abri des prédateurs ». Juste en face affleure la roche-mère, du schiste, une roche métamorphique. Ici elle donne naissance à une formation très particulière : « les schistes de Steige ».

Puis le groupe débouche sur une clairière. Heureusement l’averse est terminée. Autrefois un hagis, la plaine a été déboisée. « Avec le changement climatique, l’épicéa est de moins en moins adapté au contexte local. On voit plein de sujets qui souffrent de la sécheresse, qui sont attaqués par les scolytes… » Devant une pousse d’Alchémille commune, Arnaud Hachon évoque la « mémoire du sol », qui n’est autre que son stock semencier. Lorsqu’une parcelle d’épicéas est déboisée, le sol est remué et les graines qui étaient en dormance germent, et la végétation reprend ses droits.

Il ne reste plus qu’à dévaler la pente qui débouche derrière l’étable de la ferme du Jodie, à suivre les effluves du stand de grillades, et à se revigorer au contact de quelques timides rayons de soleil.

Unicoolait

Segmenter mais pas brader

Vie professionnelle

Publié le 27/04/2019

Après des années noires, la conjoncture laitière « se redresse progressivement, à la faveur d’un tassement des livraisons laitières un peu partout dans le monde », constate Jean-Luc Jacobi, président d’Unicoolait. Encore faut-il que cette remontée des cours se répercute sur la paie de lait des producteurs. C’était l’un des objets de la loi Egalim, qui prévoit l’intégration des coûts de production dans les critères de détermination du prix du lait. « L’approche du coût de production réalisé en France arrive à 396 €/ 1 000 litres », rappelle Gilles Becker, vice-président. Si la loi « ne règle pas tout », estime Jean-Luc Jacobi, elle a au moins permis de « sensibiliser la grande distribution et les industriels à la nécessité de partager plus équitablement la valeur ajoutée ».

 

Ce qui a contribué à « améliorer les échanges lors des dernières négociations commerciales ». Celles concernant les marques nationales, qui représentent 50 % des ventes, sont désormais terminées, celles concernant les marques de distributeur et les produits d’attaque, sont en cours. Et sont « âpres », qualifie Serge Moly, directeur des achats lait du groupe Lactalis. Il décrit des « marges laminées par des années de guerres des prix entre les distributeurs ». La bataille n’est donc pas gagnée : « Lactalis a revendiqué des hausses tarifaires, en rapport avec un indicateur de prix à la production. Elles ont été introduites dans les conditions générales de vente, mais sont encore en cours de négociation ».

Fabien Di Filippo, député de la 4e circonscription de la Moselle (LR), est quant à lui carrément sceptique sur l’efficacité de cette loi. Il faut dire qu’avant d’embrasser une carrière politique, il a été cadre au sein du groupe Auchan. Il connaît donc très bien les rouages de la grande distribution : « Les indices de prix se raisonnent au niveau du supermarché dans sa globalité, pas produit par produit, car il y a des rayons qui rapportent beaucoup, et d’autres qui sont déficitaires », décrit-il. Donc, « faire que les prix augmentent dépend du bon vouloir de chacun. Fallait-il une loi pour cela, je ne pense pas. Encadrer les négociations commerciales, oui. Mais la loi Egalim aura sans doute des effets contre-productifs », estime-t-il.

Valoriser les atouts de la filière laitière française

En matière alimentaire, les attentes sociétales sont nombreuses et, pour capter davantage de valeur ajoutée, les transformateurs se sont lancés dans une course à la segmentation du marché : lait sans OGM, de pâturage, équitable, bio… Une stratégie qui laisse les producteurs sceptiques : « Où s’arrêtera le niveau des exigences pour commercialiser notre lait demain ? Faudra-t-il faire pâturer les vaches 366 jours par an ? », lance Jean-Luc Jacobi. Les producteurs dont les territoires et systèmes d’exploitation ne se prêtent pas au pâturage sont-ils condamnés ? Les efforts consentis seront-ils équitablement récompensés ?

La réponse de Serge Moly est catégorique : « Il faut renouveler l’offre de produits. On ne peut pas occulter l’évolution des modes de consommation, tirée par des clients de plus en plus attentifs aux modes de production, au respect du bien-être animal, de la protection de l’environnement… » Lactalis a donc créé de nouvelles filières de qualité, comme « L’Appel des Prés », avec une charte comprenant différents critères en matière de bien-être animal, de respect de l’environnement… « L’objectif est de rassurer le consommateur pour relancer les ventes de lait de consommation », poursuit-il. Et ça marche : ces produits sont « plébiscités par les clients ».

Dès lors, Lactalis envisage d’étendre ces critères de production, via un « toilettage » de la charte de production. « Nous y travaillons avec des producteurs pilotes », annonce Serge Moly. N’y a-t-il pas là un risque de perdre tout l’intérêt de la segmentation, et donc de ne pas arriver à répercuter le surcoût que représentent ces critères de production sur les prix de vente ? Serge Moly se veut rassurant : « On ne va pas forcément imposer de nouvelles contraintes. L’objectif est de mieux faire connaître des efforts qui ont déjà été réalisés, et qui ont abouti à des pratiques qui sont déjà à l’état de fait dans la majorité des exploitations. » De mieux mettre en avant les atouts de la filière laitière française en somme.

Sarrebourg et le reste du monde

La stratégie semble cohérente. Sauf que la France est entourée d’autres pays, qui produisent et achètent du lait. Et que les relations entre ces pays ne sont pas au beau fixe. « Un Brexit dur laisse planer une incertitude sur nos exportations de produits laitiers sur le Royaume-Uni », illustre Jean-Luc Jacobi. Fabien Di Filippo, lui, évoque l’évolution démographique, et avec elle le déplacement des pôles de croissance et des richesses de l’occident vers l’Asie. Sans oublier les « tendances impérialistes » et les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis… Rassurez-vous, au Pays de Sarrebourg, l’optimisme règne : forte du constat de « l’empreinte mesurée de l’homme sur son territoire », décrit Camille Zieger, premier adjoint au maire de Sarrebourg, la collectivité a déposé sa candidature pour devenir une réserve de la biosphère reconnue par l’Unesco. Et obtenir un label, vecteur d’une image positive.

Médecines vétérinaires alternatives

Encourager et encadrer

Élevage

Publié le 13/04/2019

Homéopathie, acupuncture, ostéopathie, aromathérapie, phytothérapie… La liste des médecines non conventionnelles (aussi appelées médecines alternatives, naturelles, douces…) est longue. Et elles ne sont pas réservées aux humains. Les animaux aussi ont droit à des pratiques thérapeutiques non conventionnelles. Et les éleveurs y ont même de plus en plus recours. Effet de mode ? Pas vraiment. « Il y a des effets », affirme Catherine Lutz, vétérinaire qui met parfois en œuvre des traitements alternatifs, notamment à base de plantes. Après tout, c’est ce que les éleveurs utilisaient avant l’essor des médicaments de synthèse, dont certaines matières actives copient ou s’inspirent d’ailleurs largement de molécules naturelles.

Contrer l’antibiorésistance

Si la vétérinaire met en place ces traitements alternatifs, c’est qu’il y a « une demande des éleveurs », constate-t-elle. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette tendance. La première, c’est la volonté d’économiser des frais vétérinaires. Et c’est une bonne raison, estime Catherine Lutz, bien placée pour savoir que les vétérinaires ruraux se font rares, et qu’il est dès lors profitable aux éleveurs de pouvoir soigner les petits bobos eux-mêmes. En outre, les « médicaments alternatifs » sont en général moins chers et utilisés à faibles doses.
 
La deuxième raison : agir en préventif et « c’est très bien, estime Catherine Lutz, c’est même l’objectif de ces techniques ». Prendre le mal à la racine, avant qu’il ne s’installe. La troisième, c’est que les antibiotiques ne sont plus aussi efficaces qu’il y a quelques années. Les éleveurs et les vétérinaires le constatent : il y a des cas de résistance. Pourquoi ? « Les antibiotiques ont été mal utilisés, en systématique, en préventif, avec des posologies inadaptées… Or sous-doser un antibiotique, c’est un peu comme vacciner la bactérie contre la substance active. Il est aussi important de bien respecter la durée des traitements, pour bien éradiquer les bactéries pathogènes », détaille Catherine Lutz. Car l’usage inapproprié des antibiotiques favorise le phénomène d’antibiorésistance, un phénomène naturel par lequel des bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques par des phénomènes de mutation, d’acquisition de gènes de résistance… « C’est une préoccupation majeure en termes de santé publique », informe Catherine Lutz.

Naturel mais pas inoffensif

Pour contrer ce phénomène, l’État a mis en place un plan Écoantibio. Il a d'abord abouti à la réduction de la consommation d’antibiotiques. Désormais le plan est entré dans une deuxième phase. Elle consiste entre autres à développer les mesures de prévention des maladies infectieuses et faciliter le recours aux traitements alternatifs. Il y a encore du pain sur la planche. À commencer par la formation des vétérinaires : « Les médecines alternatives ne sont pas enseignées dans le cursus de formation », indique Catherine Lutz. Conséquence : les professionnels manquent de références, de méthodologie. Pourtant, il en faut. Car qui dit « naturel » ne dit pas « inoffensif ». Les huiles essentielles, en particulier, contiennent des molécules aux effets puissants, potentiellement toxiques. Il faut donc savoir les utiliser.

Des freins

Mais les choses bougent. Il existe des protocoles de traitements validés par des vétérinaires et « un groupe de travail a été créé pour harmoniser les pratiques », informe Catherine Lutz. Cependant des freins subsistent. L’État, qui d’un côté incite à « faciliter le recours aux traitements alternatifs », veut aussi protéger les citoyens du charlatanisme qui n’est jamais bien loin. La réglementation est donc stricte et les praticiens marchent sur des œufs.
 
En outre les « médicaments alternatifs » sont aussi moins standardisés. Les produits à base de plantes n’ont pas strictement la même composition en fonction du millésime, du lieu de production… Théoriquement, il faudrait donc analyser ces produits pour vérifier leur composition. Car, si elle est défaillante, l’efficacité du traitement peut être altérée. Il s’agit aussi de reconnaître les limites de ces médecines et des compétences des vétérinaires et des éleveurs. « Les vétérinaires ne peuvent pas maîtriser toutes ces médecines, observe Catherine Lutz. Et il faut savoir distinguer ce qui marche vraiment de ce qui relève du charlatanisme. »

Houblon

Irriguer pour sécuriser

Technique

Publié le 12/04/2019

À l’EARL Pfister, l’irrigation n’est pas une nouveauté : maïs et luzerne sont arrosés depuis plusieurs années par aspersion. Avec des enrouleurs ou de la couverture intégrale. Mais la crise houblonnière a rebattu les cartes chez les frères Pfister de Wingersheim. La variété strisselspalt - sensible au stress hydrique - a dû être implantée sur 9 ha de sols sableux, « des parcelles qui posaient déjà des problèmes de rendement par le passé, avec des petits cônes et des bas de lianes dégarnis », note Yves Pfister. La décision d’irriguer est donc prise. Mais il a d’abord fallu investir dans un groupe d’irrigation. 5 000 € environ. Ce qui a repoussé la mise en service d’un an. La première année d’irrigation, 2017, a été très sèche, ce qui a confirmé la pertinence du projet. « Nous avons gagné 5 q/ha par rapport à ce qu’on obtenait habituellement, rapporte l'agriculteur. Ça représente un gain de 1 500€/ ha pour un houblon à 300 €/q. » Cerise sur le gateau, la teneur en acide alpha était aussi meilleure.

Ces 9 ha se répartissent entre deux parcelles de 4,5 ha chacune. L’une est équipée d’un hydrant à proximité, ce qui permet d’accéder à l’eau du réseau. Pour l’autre, les agriculteurs ont une autorisation de prélever jusque 6 m3 d’eau par heure dans un fossé. Une solution qui présente deux inconvénients : « Il a fallu investir dans un filtre à sable, et il peut y avoir un arrêté préfectoral d’interdiction de prélèvement. » Ça n’est encore jamais arrivé, mais Yves Pfister voit les années sèches s’enchaîner avec une pointe d’inquiétude. Le reste du système d’irrigation est similaire dans les deux parcelles : une veine principale amène l’eau de la pompe aux gaines de goutte-à-goutte jetables posées sur chaque rangée de houblon. Pour la parcelle de 4,5 ha équipée d’un filtre à sable, Yves Pfister estime l’investissement de 3 000 à 4 000 €/ha, dont 100 à 110 €/ha de gaines jetables, à renouveler chaque année.

Un pilotage empirique, mais pragmatique

Bien que les Pfister ne soient pas des néoirrigants, ils ont tout à découvrir en matière d’irrigation du houblon. « C’est très difficile de savoir quand commencer à irriguer, car il n’y a pas d’outil fiable à disposition. Il faudrait équiper les parcelles de tensiomètres, mais lesquels ? » Le houblon a en effet un système racinaire bien plus développé que la plupart des cultures annuelles, ce qui lui permet d’accéder à une ressource en eau plus importante. Du coup, Yves Pfister a mis au point son propre critère de décision, empirique certes, mais qui a le mérite d’être pragmatique. « Quand le maïs commence à faire le poireau, j’attends encore quatre à cinq jours et, s’il ne pleut pas durant ce laps de temps, je commence à irriguer le houblon. » À raison d’un passage de 20 mm, tous les 8 à 10 jours sans pluie.

Avec le système actuel de goutte-à-goutte, Yves Pfister arrive à irriguer 1 ha en 24 h. Et il ne compte pas en changer. Car comme il y a moins d’évaporation qu’avec l’aspersion, la consommation d’eau est modérée. En outre, le feuillage n’est pas mouillé, donc le risque cryptogamique n’est pas exacerbé. Et comme les gaines sont positionnées sur la butte, elles ne gênent pas les interventions. « Enfin, comme je suis limité à 6 m3/h de prélèvement, ça restreint les choix », constate-t-il. C’est aussi cette restriction qui l’oblige à irriguer de jour comme de nuit, pour tenir la cadence, mais « comme la houblonnière crée de l’ombre, ça modère l’évaporation », estime-t-il. Même la manutention liée au système goutte-à-goutte ne lui semble pas si chronophage. « Il faut compter 1 à 2 h/ha pour la pose et le raccordement, et autant pour enlever le tout. Après, il y a de la surveillance au quotidien : je passe tous les matins dans les parcelles pour vérifier qu’il n’y a pas eu de fuite, d’acte de vandalisme… »

Confortés dans le bien-fondé de l’irrigation, les houblonniers vont passer en 2019 de 9 à 15 ha de houblon irrigués, surtout des variétés tardives (strisselspalt, aramis, mistral, barbe rouge…), qui valorisent le mieux l’irrigation. Même si, constate Yves Pfister, « quelle que soit la variété, l’irrigation représente une sécurité, car cela permet de sauver une récolte, donc de couvrir les charges ».

 

 

 

 

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