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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Changement climatique et ressource en eau

Sous le feu, l’eau

Vie professionnelle

Publié le 04/07/2019

Mardi 25 juin, à 9 h, la canicule liquéfie déjà les rues de Strasbourg. C’est l’heure à laquelle les participants au colloque du Sage Ill-nappe-Rhin intitulé « Eau et changement climatique » rejoignent l’amphithéâtre de la Région Grand Est, où la clim est poussée à fond. Faut-il en rire ou en pleurer, alors que Grégory Fifre, de Météo France, déroule des graphiques et des chiffres implacables ? Le changement climatique anthropique, dû à la concentration de Gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, est une réalité démontrée.

Le top 10 des années les plus chaudes est une accumulation de dates récentes. Le nombre de jours de gel diminue en quantité et en intensité, le nombre de jours de forte chaleur augmente, les canicules sont plus fréquentes… Côté précipitations, la tendance est moins nette, mais leur régime semble affecté, avec une hausse des précipitations hivernales, suivie d’une baisse en été. Avec des averses plus violentes, donc plus agressives pour les sols. Les épisodes de sécheresse devraient augmenter en fréquence, en durée et toucher de plus vastes secteurs géographiques. Conséquence : l’indice d’humidité des sols risque de considérablement s’abaisser. Des évolutions que l’on peut déjà constater.

La question est donc de savoir comment la situation va évoluer. La réponse est à la fois claire et sibylline : tout dépendra de la quantité de GES que l’humanité continuera à émettre, donc essentiellement des décisions économiques et géopolitiques qui seront prises, ou pas. Quoi qu’il en soit, il faut s’attendre à une hausse du mercure : « Dans les 30 prochaines années, même si on arrête d’émettre des GES, on assistera à une augmentation des températures, liée à ce qui a déjà été émis dans l’atmosphère. Le sort en est jeté. La question est donc comment les rejets vont évoluer… »

Niveau de la nappe : ok

Quels seront les impacts de ces évolutions sur la ressource en eau en Alsace ? De nombreux acteurs se penchent sur la question. À l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona), on est plutôt rassurant sur le niveau de la nappe phréatique d’Alsace : « On ne constate pas de tendance à la baisse », rapporte Fabien Toulet. Ce serait même plutôt une tendance à la hausse qui ressort des suivis. Sans doute parce que les précipitations, qui rechargent directement ou indirectement la nappe, ne baissent pas. Une tendance qui devrait se confirmer à l’avenir, sauf pour le scénario climatique le plus pessimiste.

Débit des cours d’eau : à surveiller

Pour ce qui est des cours d’eau, la situation est différente, et assez incertaine, selon les études. Retenons que la tendance est à des débits en baisse durant l’été hydrologique, mais en hausse durant l’hiver hydrologique. Et qu’il est important de mettre en place un monitoring des débits des cours d’eau pour se faire une idée plus précise de l’évolution de la situation. Le site de la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) va ainsi publier un suivi des étiages dès cet été, « sachant que la navigation est gênée bien avant que les classes d’étiage les plus intenses soient atteintes », précise Anne Toussirot, de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal).

Interactions nappe - cours d’eau : à approfondir

L’étude Ges’eau’R porte également sur la gestion quantitative des eaux souterraines, plus spécifiquement du Grand Ried. « L’objectif est d’affiner les connaissances des relations qui lient nappe et cours d’eau, notamment de préciser l’impact des prélèvements en eaux souterraines sur les cours d’eau », indique Élodie Giuglaris, hydrogéologue au BRGM. Après avoir défini des unités de gestion, des essais de pompage vont servir de démonstrateur.

La mise en place d’un réseau de suivi devra ensuite aboutir à une cartographie de la sensibilité aux prélèvements en eaux souterraines. À noter que, pour approfondir les connaissances sur les débits des cours d’eau en interaction avec la nappe dans un contexte d’étiage, une thèse portant sur la résilience de la nappe phréatique alsacienne, c’est-à-dire sa capacité à récupérer un fonctionnement moyen après une crue ou une sécheresse, a été entreprise par Agnès Labarchède à l’Université de Strasbourg.

Un projet de territoires pour la gestion de l’eau

Le gouvernement s’est saisi de la question de l’impact du changement climatique sur la ressource en eau en généralisant les Projets de territoires pour la gestion de l’eau (PTGE), qui doivent aboutir à une démarche concertée localement avec les usagers de l’eau. Xavier Marly, de la Dreal, et Max Louette, de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), ont présenté sa déclinaison en Grand Est, qui passe par l’identification des bassins en tension quantitative potentielle et le développement d’usages plus sobres et économes de l’eau. Face au risque de voir les prélèvements pour l’irrigation augmenter avec l’ETP (évapotranspiration potentielle), les services de l’État ont commencé à travailler sur le volet agricole du PTGE, en étudiant la possibilité d’aller vers des modèles agricoles moins dépendants de la ressource en eau, en trouvant des solutions pour optimiser les ouvrages actuels, en étudiant la pertinence d’en créer de nouveaux. Le même travail sera effectué sur les volets navigation, loisirs…

Un Plan d’adaptation et d’atténuation au changement climatique

La liste des acteurs ne serait pas complète sans l’Agence de l’eau Rhin Meuse qui a, quant à elle, adopté en février 2018 un Plan d’adaptation et d’atténuation au changement climatique. Marina Pitrel en explique la teneur : « Les solutions proposées doivent avoir un pied dans l’atténuation des émissions de GES et l’autre dans l’adaptation à ce climat qui évolue ». Autrement dit : plus question de lancer un projet sans se poser la question de son adaptation au climat de demain. Marina Pitrel évoque quelques-unes des actions proposées au sein des huit axes que comprend ce plan : « Les villes minérales ne sont adaptées ni aux précipitations intenses ni aux épisodes de fortes chaleurs, il s’agit donc de réintroduire des espaces végétalisés. Les pratiques agricoles intensives augmentant les risques, il faut adapter les systèmes pour aller vers une agriculture plus résiliente… » Des mesures de bon sens qui ont été adoptées en traquant la « mal-adaptation », comme la climatisation qui contribue au réchauffement climatique, en privilégiant les actions « sans regret », comme l’isolation avec des matériaux biosourcés, économes en ressources (eau, sol), multifonctionnelles. Mais qui, Marina Pitrel en convient, constituent « un casse-tête politique ».

Les échanges, qui ont suivi ces présentations, ont mis en lumière un autre écueil : l’eau ne connaît pas de frontières. Ainsi, la production d’hydroélectricité en Suisse a des impacts sur le débit du Rhin. Tout comme l’état des glaciers. Or le changement climatique favorise le phénomène de sublimation sans passer par la fusion. Le phénomène de basses eaux du Rhin semble s’amplifier, pénalisant la navigabilité du fleuve. Ce mode de transport peu coûteux en énergie est inévitablement reporté. Et sans doute plus sur route que sur rail, entraînant des émissions de GES supplémentaires. Pour les atténuer durablement et efficacement, il apparaît donc indispensable de fixer les bonnes priorités.

Coulées d’eau boueuse

L’Eurométropole met en place des actions préventives

Pratique

Publié le 01/07/2019

Quand il pleut beaucoup, une partie de l'eau ruisselle. C’est inévitable. Par contre, il est possible d’atténuer l’intensité du ruissellement, et d’éviter qu’il ne se charge en particules de terre. C’est l’objectif des mesures proposées par le BRGM à l’issue de l’étude qui a été menée en 2018 dans 14 communes impactées par les coulées de boue.

Une conjonction de facteurs

L’origine du phénomène de couées d'eau boueuse est à la fois météorologique et anthropique. L’élément déclencheur est toujours un orage. D’autant que les orages estivaux se sont déplacés plus tôt dans la saison, vers le mois de mai, période à laquelle les sols sont fraîchement travaillés, moins couverts, donc plus sensibles à l’érosion. En outre, ces précipitations sont de plus en plus puissantes, entraînant une hauteur d’eau importante sur un temps réduit, difficile à infiltrer. L’ampleur du phénomène de ruissellement est amplifiée par l’artificialisation des terres, ce qui empêche l’eau de s’infiltrer. La suppression des vergers, qui cconstituaient un frein aux écoulements, au profit de lotissements imperméables en est une illustration. Ces nouvelles habitations, qui se trouvent directement en bordure de champs, sont en outre particulièrement exposées au phénomène. Les zones artisanales et industrielles, construites sur des terres autrefois agricoles, avec des ouvrages de gestion des eaux pluviales pas toujours adaptés, en sont une autre. Enfin, si c’est de la boue qui coule et pas de l’eau, c’est parce que les pratiques agricoles ont évolué. La surface en herbe a diminué au profit des terres labourées. Les cultures d’été ont pris le pas sur les cultures d’hiver, comme les céréales à paille, qui couvrent mieux le sol au printemps. Les agriculteurs s’orientent davantage vers le lisier plutôt que le fumier, ils utilisent des machines plus lourdes, qui peuvent tasser les sols. Enfin, les remembrements ont permis d’augmenter la taille des parcelles. Donc d’utiliser du matériel plus performant. Mais cela s’est accompagné de la suppression d’éléments paysagers, tels que fossés, haies, bosquets…, propres à freiner les écoulements et à favoriser la rétention d'eau par les terres agricoles. Tous ces éléments conjugués font que le phénomène a pris de l’ampleur, et est amené à se répéter dans un contexte de changement climatique. Retrouvez notre reportagé vidéo, réalisé en mai 2016 : 

En juin 2016, face à l'ampleur des événements la profession agricole organisait une conférence de presse : 

Protéger à bon escient

C’est dans ce contexte que le BRGM a mené une étude sur le territoire de l’Eurométropole afin de mieux comprendre d’où provient la boue, par où elle passe, et où elle arrive. Un préalable indispensable à l’identification, au dimensionnement et au positionnement des ouvrages destinés à atténuer l’impact de ces événements. L’étude a débuté par une phase d’acquisition de données sur le terrain : géologie, topographie, culture en place… Les bassins-versants ayant déjà connu des épisodes de coulée d’eau boueuse ont été priorisés. Et les secteurs à protéger en priorité y ont été identifiés afin d’installer les ouvrages là où ils seront le plus efficaces. Il s’agit des moyens de gestion de crise (casernes de pompiers...), mais aussi les écoles, crèches, maisons de retraite… Puis, des ouvrages de protection ont été identifiés. Leurs effets ont été modélisés avec différents scénarios, et leur coût estimé. L’étude a permis d’identifier les chemins préférentiels de l’eau, et où elle se charge en sédiments. Ainsi, plus on s’approche des talwegs, plus elle est chargée.

Privilégier les méthodes douces

Les actions proposées sont de différentes natures. Celles reposant sur de l’hydraulique douce ont été privilégiées. Il s’agit de l’implantation de prairies, bandes enherbées, fascines, haies, ou bandes de miscanthus sur les chemins préférentiels de l’eau pour la freiner et/ou retenir les sédiments. D’autres mesures, moins ponctuelles, sont proposées, comme les assolements concertés, les techniques culturales sans labour… À noter que si ces techniques peuvent permettre de ralentir le ruissellement et de retenir la boue, elles ne retiennent pas l’eau. Ainsi, si ces ouvrages ne suffisent pas, ils seront complétés par des bassins de rétention, ce qui fera l’objet d’une étude complémentaire. Tout comme l’impact du Contournement ouest de Strasbourg (Cos), dont l’impact sur les chemins préférentiels de l’eau n’a pas été pris en compte puisque l’ouvrage définitif n’existe pas encore. Mais, à terme, les modifications paysagères et des chemins d’eau seront prises en considération. « Nous serons très attentifs à cela », assure Vincent Debes, qui rappelle qu’Arcos est soumis à des obligations en matière de gestion de l’eau, et qu’une étude hydrologique a été menée dans le cadre de la réalisation de cet ouvrage.

En attendant, les mesures de prévention proposées par le BRGM sont censées être efficaces. À Eckwersheim, par exemple, si toutes les mesures identifiées sont mises en œuvre (3,5 km de bandes enherbées, une dizaine de fascines sur 700 m en tout) il est possible de réduire de 90 % les volumes de boue, estime le BRGM. Idem à Lampertheim avec 4,5 km de bandes enherbées et une dizaine de fascines.

Pour mettre en œuvre ces aménagements d’hydraulique douce, l’Eurométropole dispose d’un budget de 480 000 € TTC sur 5 ans pour les 14 communes, comprenant l’entretien de ces ouvrages. Les agriculteurs étant particulièrement sollicités, ils seront indemnisés dans le cadre de conventions signées entre la profession agricole et l’Eurométropole.

Céréales anciennes et bios

La valorisation s’organise en Grand Est

Cultures

Publié le 01/07/2019

Sur leur ferme de 54 ha, Lili et Christophe Moyses produisent des céréales anciennes, adaptées à leurs conditions de production et à la fabrication de pains qu’ils vendent en direct. Christophe Moyses gère aussi un conservatoire de céréales anciennes. À la base du travail de sélection et de multiplication nécessaire à l’utilisation et à la valorisation de ces variétés. La première étape du projet consiste à suivre deux conservatoires de céréales anciennes, l’un situé à Feldkirch (conservatoire d’hiver), l’autre à Duppigheim (conservatoire de printemps). Soit 125 variétés issues du monde entier. La deuxième étape sera d’étudier la faisabilité d’une filière dédiée aux produits élaborés avec des céréales anciennes.

Un état des lieux sera dressé en allant à la rencontre des partenaires de terrain, avant d’étudier les perspectives de développement. « La troisième étape consistera à transférer les connaissances sur les semences anciennes en organisant des journées techniques, en produisant des fiches techniques… », décrit Julie Gall, chargée de développement à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba).

Obtenir des populations adaptées

Les raisons de s’intéresser aux variétés anciennes sont multiples. Avec le changement climatique, les plantes cultivées vont être confrontées à davantage de stress. Plus grande pression des ravageurs, des e périodes de stress hydriques et/ou de fortes chaleurs plus longues. Cultiver des céréales anciennes adaptées au contexte pédoclimatique local peut permettre d’atténuer l’effet de ces stress. En effet, en effectuant des croisements entre variétés anciennes, voire modernes, on obtient des variétés-populations qui présentent une certaine hétérogénéité génétique. Cela permet de lever différents boucliers en cas de stress. Au prix d’un travail de longue haleine, certes : « Il faut compter de 5 à 7 ans pour devenir autonome en semences produites à la ferme », prévient Julie Gall. Mais, en cultivant ces variétés-populations dans un contexte pédoclimatique donné, on obtient une population dynamique, capable d’évoluer au fil du temps pour s’adapter au contexte local. Autres avantages des variétés anciennes : elles sont peu gourmandes en intrants (lire en encadré), et leurs qualités organoleptiques peuvent être remarquables.

Créer une « culture » du pain à base de céréales anciennes

Au terme du projet, en 2020, l’objectif est d’avoir créé une structure collaborative regroupant l’ensemble des acteurs de cette filière. Peut-être sous la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui regrouperait des agriculteurs chargés d’effectuer une sélection de variétés anciennes, et de meuniers à même de valoriser ces variétés en élaborant des produits spécifiques. Les magasins seront bien entendu intégrés au programme. « Le projet vise aussi à développer une « culture » du pain à base de céréales anciennes », indique Julie Gall. Un peu comme il en existe une pour les deux autres volets du triptyque national pain-vin-fromage, « avec des équivalents d’œnologues qui feraient des évaluations gustatives du pain ». Car c’est en traitant le produit à sa juste valeur qu’une meilleure valorisation économique de ces blés sera atteinte.

Finale mondiale de labour

Bertrand Rott dans les starting-blocks

Vie professionnelle

Publié le 26/06/2019

Traverser l’Atlantique avec un tracteur et une charrue, ça ne s’improvise pas. En plus d’être laboureur, Bertrand Rott doit s’inventer logisticien. Avec son coéquipier, Mathieu Cormorèche, de l’Ain, qui concourt dans la catégorie à plat, ils ont trouvé un transporteur pour leur matériel. Jeudi, Bertrand Rott a quitté l’Alsace avec un camion prêté par l’entreprise Waltz, conduit par ses soins, avec à l’intérieur son tracteur et sa charrue. Direction Lyon, où il transfère son matériel dans un conteneur. Une opération qui va nécessiter d’enlever les pneus arrière du tracteur, pour le laisser sur jante. Une condition sine qua non pour que l’engin rentre dans le conteneur, avec les pneus, la charrue et les outils. Le conteneur rejoindra ensuite le port de Fos-sur-Mer, où il embarquera le 3 juillet, pour arriver à New York le 26 juillet. Une fois la douane passée, le conteneur sera embarqué sur un train, qui le conduira jusqu’à Minneapolis. Il ne restera plus alors qu’une dizaine d’heures de camion pour rejoindre Baudette, à 500 mètres de la frontière canadienne, où se disputeront les épreuves du championnat mondial de labour.

Verdict le 31 août

De son côté, Bertrand Rott s’envolera le 18 août avec sa compagne et son ami Olivier, qui l’a incité à tenter encore une fois sa chance, pour arriver le même jour, décalage horaire oblige, sur les terres du concours. « J’ai réservé du terrain pour m’entraîner sur place, en plus de l’entraînement officiel », précise-t-il. Le programme officiel débute le 25 août, par les enregistrements, pour se poursuivre du 26 au 29 août par quatre jours d’entraînement officiel, ponctués par des visites, des rappels réglementaires, un culte des laboureurs, la présentation de la prochaine finale mondiale qui aura lieu en Russie. La compétition en elle-même aura lieu le 30 août, avec l’épreuve sur chaume, et le 31 août avec l’épreuve sur prairie. Et la proclamation des résultats dans la foulée. Bertrand Rott restera jusqu’au 3 septembre. Histoire de renvoyer son matériel en France le 2 septembre et de visiter un peu les environs en compagnie de la dizaine de supporters qui vont traverser l’Atlantique pour encourager leur champion.

Prébilan de campagne

Jusqu’ici tout va bien

Cultures

Publié le 21/06/2019

Tout a commencé par un hiver et un automne particulièrement secs. « En octobre, il n’a plu que 10 mm, contre 50 en moyenne », illustre Claire Buy, conseillère agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. Conséquences : les nappes n’ont pas été rechargées. Et les agriculteurs ont eu du mal à positionner les semis de blé. « La tendance générale a été de semer un peu plus tard que d’habitude », rapporte Claire Buy. Et aussi assez dense, dans l’expectative de levées difficiles en raison du manque de précipitations. Une précaution qui pourrait s’avérer pénalisante lors du remplissage des grains…

En effet, les mois de mars et d’avril ont été assez arrosés. Et de manière régulière. Ce qui a permis de recharger les sols et de procurer de très bonnes conditions de levée. Du coup, quasiment toutes les graines qui avaient été semées ont levé. Aboutissant à une densité de pieds élevée. La méiose a eu lieu autour du 15 mai, dans de très bonnes conditions. C’est une étape fatidique dans l’élaboration du potentiel de rendement puisqu’elle détermine le nombre de grains potentiels. En outre, entre la méiose et l’épiaison, une période également fondamentale, la température et le niveau de précipitations ont été optimaux. Au final : « Un nombre de grains potentiels énorme, avec à la fois beaucoup d’épis, et beaucoup de grains par épis », indique Claire Buy.

Reste à remplir ces grains… Et c’est là que le bât blesse. Jusqu’au jeudi 20 juin, il n’y avait eu que cinq jours de conditions échaudantes (lorsque la température maximale dépasse 28 °C) depuis l’épiaison. C’est déjà bien. Car c’est l’échaudage en début de remplissage qui est le plus pénalisant, puisque c’est à ce moment que se détermine la taille du grain. Reste que les conditions chaudes de ces prochains jours vont sans doute pénaliser le remplissage des grains, donc le PMG.  Toujours le 20 juin, Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, estimait : « On peut perdre 1 q/jour, soit une dizaine de quintaux en tout. »

Des reliquats azotés élevés

La rareté des précipitations hivernales a eu un autre effet, celui de limiter le lessivage d’azote, donc de laisser des reliquats azotés après hiver dans le sol relativement élevés, et bien répartis dans les différents horizons du sol. « Sur 70 mesures, nous avons obtenu un reliquat moyen de 80 unités, allant de 100 unités dans les parcelles recevant des déjections animales, à 60 unités dans les parcelles n’en recevant pas, contre 40 unités en général dans ces situations », rapporte Claire Buy. Un autre phénomène peut être avancé pour expliquer ce phénomène : les rendements qui n’ont pas été à la hauteur des apports effectués l’an passé, ce qui a pu laisser une part d’azote dans le sol.

Quoi qu’il en soit, les doses d’azote à apporter prescrites grâce à la méthode du bilan ont été relativement faibles. Le premier et le deuxième apport d’azote ont été bien valorisés. Quant au troisième, les mesures effectuées au N-tester ont conduit à réaliser une impasse dans la moitié des cas, et à effectuer un dernier apport dans l’autre, parfois davantage que préconisé par la méthode du bilan. Peut-être parce qu’étant donné les bonnes conditions ces blés n’ont pas eu à faire de racines très profondes donc n’ont pas complètement exploré les horizons inférieurs. Ou bien parce que, comme la montaison a été longue, l’azote a mis du temps à être utilisé et une partie a pu être réorganisée dans le sol avant d’être utilisée. « Le moteur de la valorisation de l’azote, c’est la croissance du blé, rappelle Jean-Louis Galais. Si l’azote n’est pas absorbé par le blé, il part dans le sol. » Et son coefficient d’absorption s’en trouve dégradé.

Des maladies discrètes

Au vu des précipitations régulières, la pression cryptogamique aurait pu être plus élevée qu’elle ne l’a été. « La septoriose est apparue plus tard que ce à quoi on s’attendait, début mai », rapporte Claire Buy. Pour se développer, l’agent de la septoriose requiert une température minimale de 12 °C. Or, lors des premières précipitations du mois d’avril, cette température seuil n’était pas atteinte, donc ces pluies n’ont pas été contaminantes. Conséquence : les traitements ont pu être décalés assez tard dans la saison. Et ceux qui ont été effectués prématurément ont parfois dû être rattrapés par un second passage. « Mais il n’est pas rare qu’un traitement autour de la mi-mai ait suffi à protéger le blé », constate Claire Buy. En effet, en plus d’une septoriose tardive et discrète, le temps sec autour de la floraison a limité le risque de contamination par la fusariose. Un traitement qui a donc pu être économisé dans pas mal de situations.

Assemblée générale

Alsace Qualité change de tête

Vie professionnelle

Publié le 18/06/2019

Ce n’est plus un vent de renouveau. C’est un ouragan de changements qui a été acté au cours de l’assemblée générale d’Alsace Qualité, vendredi 14 juin. À la présidence d’abord. Jean-François Vierling, qui a assuré cette mission pendant 18 ans, a été remplacé par Jean-Michel Schaeffer. À la direction, ensuite. Après le départ de l’ancienne directrice, Bénédicte Dubois, il a été décidé de mettre à disposition un salarié de la Chambre d'agriculture pour assurer cette fonction. Une manière de conforter le lien déjà très étroit qui uni les deux structures. Et c’est à Régis Huss que cette mission a été confiée. Toujours dans les ressources humaines, Marie Denizot a été embauchée en tant que chargée de mission dédiée à la marque Savourez l’Alsace - Produit du terroir.

Côté résultats, Alsace Qualité n’a pas à rougir. 2018 a été marquée par l’obtention de l’IGP choucroute Alsace. Un dossier de longue haleine, qui a occupé les équipes d’Alsace Qualité durant deux décennies. Deux nouveaux cahiers des charges label rouge ont été homologués. Un pour le poulet jaune fermier élevé en plein air et l’autre pour le poulet noir fermier élevé en plein air. Enfin, Alsace Qualité a accompagné 17 viticulteurs de l’association Terra Vitis Alsace dans leur dossier de certification collective HVE de niveau 3. Il s’agit d’une des premières certifications collectives, qui plus est avec un niveau d’exigence très élevé. Un motif de grande fierté pour les salariés d’Alsace Qualité.

Année record pour les formations

Autre source de satisfaction, le nombre d’adhérents à Alsace Qualité s’est stabilisé. À 164 entreprises. Mais surtout, Elles adhèrent plus aux services proposés par l’association. Illustration : le taux de participation aux journées de formations a bondi de 135 % ! Une « preuve de la confiance que les entreprises membres accordent à Alsace Qualité », se félicite Jean-Michel Schaeffer. Et qui « reflète la qualité du service proposé », appui Régis Huss.

Par ailleurs, de vastes chantiers se profilent. « Nous allons devoir accompagner les entreprises dans la mise en œuvre des dispositifs issus de la loi Egalim », indique Jean-Michel Schaeffer. En effet, au 1er janvier 2022, les repas servis en restauration collective dans les établissements chargés d’une mission de service public devront compter 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques. Il va donc falloir travailler l’achat des produits sous signes de qualité en restauration collective. Un sujet complexe puisque ces marchés sont aussi soumis au droit de la concurrence européen.

Ademe Grand Est

Moins de métha, plus de chaleur fatale

Pratique

Publié le 04/06/2019

L’Ademe participe, en tant qu’opérateur de l’État, à la mise en œuvre des politiques publiques dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et du développement durable. En 2018, l’Ademe Grand Est a engagé plus de 300 contrats pour un montant de 54 millions d’euros (M€) d’aides à la réalisation de projets de transition énergétique. Soit 10 % du budget national d’intervention de l’Ademe.

Pour 2019, l’Ademe Grand Est a décidé d’accompagner les acteurs locaux dans une transformation de leurs activités afin de répondre aux enjeux de la transition écologique et énergétique. Elle oriente ainsi ses subventions vers des investissements vertueux, grâce aux différents fonds d’intervention qui lui sont confiés par l’État (fonds chaleur, fonds déchets, fonds air mobilité et fonds pour les projets investissement d’avenir).

Porter la transition écologique

Dans le cadre du contrat d’objectif 2016-2019 fixé avec l’État, l’Ademe renforce son action en faveur de la transition écologique. Cela se traduit notamment par l’augmentation du fonds chaleur de 215 M€ à 307 M€, et le déploiement du label Cit’ergie, une labellisation européenne qui récompense les villes pour leurs politiques climat-air-énergie ambitieuse. À ce jour, 30 collectivités de la région Grand Est sont engagées dans la démarche. Et l’Ademe continue d’initier des partenariats. Après l’accord signé avec la CCI Grand Est en 2018, un autre devrait être signé en 2019 avec la chambre régionale de métiers.

 

 

Pour atteindre les objectifs nationaux, la direction régionale Grand Est de l’Ademe a défini quatre axes prioritaires pour 2019.  Territoires durables (mobilité, qualité de l’air, reconversion des friches industrielles) ; transition énergétique (développement des énergies renouvelables, création des réseaux de chaleur, production d’hydrogène renouvelable) ; économie circulaire (éco-conception, économie de la fonctionnalité/coopération, écologie industrielle) ; bâtiment (rénovation énergétique et développement du réseau conseil énergie partagé). Pas de trace de la méthanisation.

La méthanisation vole de ses propres ailes

L’Ademe soutient le développement de la méthanisation depuis 2004. Avec des aides financières à la réalisation des projets. Soutien qui, pour l’ensemble du Grand Est, a concerné 219 réalisations ou projets en cours pour un montant de subventions cumulé de 77 M€ et 218 emplois créés. Désormais, la filière arrive à maturité. Les projets « standards » trouvent leur rentabilité avec les mécanismes d’obligation d’achat de l’énergie. « Avec le prix de rachat du gaz, on atteint un équilibre économique », précise Jérôme Betton, directeur régional de l’Ademe Grand Est.

Le développement de projets nouveaux est essentiellement soumis à un besoin d’apport financier, notamment en fonds propres dans la phase de démarrage. « Cela ne relève plus de la responsabilité de l’Ademe », constate Jérôme Betton. La filière est structurée, les bureaux d’études et les fournisseurs de matériels se sont professionnalisés et organisés… Dès lors l'agence étudie les modalités pour faire évoluer progressivement les soutiens financiers vers l’accompagnement de l’innovation et le soutien aux projets plus risqués.

« L’Ademe privilégie le soutien aux projets où il existe un risque »

« Il s’agit d’équilibrer les subventions allouées aux différentes formes d’énergie renouvelables. Certains projets sont plus risqués que d’autres, comme la récupération de la chaleur fatale produite par une usine pour chauffer une collectivité. Or l’Ademe privilégie le soutien aux projets où il existe un risque technique susceptible de compromettre sa durabilité », explique encore Jérôme Betton. En matière de récupération de chaleur fatale, le Grand Est a un gros potentiel. « Ces projets sont risqués, mais ils ont du sens », appuie Jérôme Betton. Il s’agit de valoriser une chaleur qui serait perdue sinon. Tout en soutenant l’activité économique locale. Pour autant le sujet de la méthanisation n’est pas définitivement clos pour l’Ademe : « Il s’agit notamment de déterminer jusqu’où on peut aller en préservant l’alimentation humaine et animale ».

Cristal Union

Le monde magique n’existe pas

Vie professionnelle

Publié le 29/05/2019

Âcre. C’est la saveur qui s’est dégagée de cette assemblée générale. En avril, le groupe Cristal Union annonçait la possible fermeture des sucreries de Bourdon, dans le Puy-de-Dôme, et de Toury, dans l’Eure-et-Loir, ainsi que la réduction de l’activité de conditionnement d’Erstein, laissant des salariés et des planteurs sur le carreau. Un coup dur pour les betteraviers. Ceux des deux usines concernées par des projets de fermeture bien sûr, mais aussi pour ceux d’Erstein. Car Bourdon, Toury et Erstein sont les trois plus petites unités du groupe. Les planteurs d’Erstein ont des raisons légitimes d’avoir froid dans le dos. « La confiance s’est perdue. Le doute s’est installé. C’est un coup qui reste en travers de la gorge », témoigne l’un d’eux.

Produire pour saturer les outils industriels

Les dirigeants de Cristal Union, l’ont donc affirmé en long, en large et en travers : il n’est pas question de fermer Erstein. À condition que les producteurs continuent de produire des betteraves pour que l’usine tourne à plein régime. Alain Commissaire, directeur général, n’est pas là pour raconter des histoires : « Nous n’avons pas envie de fermer le site d’Erstein. Mais nous ne pouvons pas non plus admettre qu’un site perde systématiquement de l’argent. Le monde a changé, la compétition a changé. Il faut s’y adapter. Et vite. Le projet d’Erstein était basé sur une surface de 8 000 ha, je le rappelle, or cette année la surface a baissé de 15 %… Il n’y a pas de monde magique, il y a des chiffres et des objectifs. Et la solidarité ne fonctionne que si elle est jouée par tout le monde. Nous, nous avons besoin de betteraves. » Ça, c’est dit.

Bruno Labilloy, directeur agricole, abonde : « Il est important de saturer les outils industriels, donc de maintenir les surfaces ». Et Gérard Lorber insiste : « L’objectif est de produire un maximum de betteraves pour faire tourner l’usine. » Il sait que c’est compliqué, avec la cercosporiose, mais il est « confiant dans le progrès génétique ». Il sait aussi que 22 €/t de betterave ne constitue pas une rémunération suffisante. Mais il rappelle : « Ce n’est pas figé dans le marbre. » Les producteurs en ont conscience. Mais ça n’enlève pas grand-chose à leurs inquiétudes : « La délocalisation n’est-elle pas une erreur stratégique alors qu’il y a des marchés de niche à satisfaire ? », s’interroge Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs. Un autre enchaîne : « On ne peut plus continuer à produire à ces tarifs. Cela fait trois ans que je prends le bouillon. Mais je continue à faire l’effort de produire de la betterave, car je sais que si l’usine devait fermer, elle ne reviendra plus. Je joue le jeu de la solidarité. Mais j’espère qu’il y aura un retour. »

Des décisions douloureuses dans l’intérêt général

Olivier de Bohan, président du groupe, prend plus de pincettes que son directeur général. « J’ai la conviction que nous allons y arriver. Mais nous n’y arriverons pas seul. Les deux camps doivent être rassurés. La coopérative est le prolongement de l’exploitation. » Tous dans la même galère, en somme. Il affirme aussi : « Ce n’est pas parce que nous sommes une coopérative que nous ne devons pas prendre de décisions. Nous avons été capables d’en prendre. Elles sont douloureuses pour tout le monde. Mais elles relèvent de l’intérêt général. Car si nous ne nous mettons pas en ordre de marche nous nous affaiblissons collectivement. ». Il rappelle : « Tous les groupes sucriers sont dans le rouge. Il s’agit de prendre les décisions qui nous permettront de rebondir lorsque la situation s’améliorera. » À ceux qui verraient derrière ces restructurations le reflet de l’âpreté au gain des industriels, il rétorque qu’elles sont « les conséquences de politiques nuisibles à l’agriculture » et qu’il s’agit dès lors de se demander « quelles sont les décisions qui ont été prises qui ont conduit à ça. Et lesquelles prendre pour que ça ne se reproduise plus ».
Avec les fermetures annoncées de Bourdon et Toury, Erstein devient la plus petite unité de production de sucre de France, mais « elle est et restera la plus grande alsacienne », conclut Gérard Lorber.

Niess Agriculture

Portes ouvertes sur l’élevage du futur

Élevage

Publié le 28/05/2019

Situé à Hoffe, le troupeau du Gaec du Seltzbach, dirigé par Didier Braun, est constitué de 110 vaches laitières.

Une taille critique pour une salle de deux rangées de six postes. C’est ce qui a décidé les éleveurs à investir dans un nouveau système de traite : « Nous avons hésité entre une nouvelle salle de traite, ou des robots », rapporte Didier Braun. Finalement, ils optent pour la deuxième option, surtout parce que « la configuration du bâtiment, et le système de circulation des animaux s’y prêtaient mieux, pour un investissement identique », indique Didier Braun. Il a choisi le nouveau robot de traite DairyRobot R9500 de GEA : « Je l’ai trouvé bien pensé, avec derrière l’assurance d’un grand groupe ainsi que la réactivité et la compétence d’un concessionnaire local ». Le robot fonctionne depuis janvier dernier. Sans qu’aucun pépin majeur ne soit à déplorer. En outre, les éleveurs en ont profité pour réaménager le bâtiment. Les vaches n’ont accès à l’aire d’attente au robot que si elles ont besoin d’être traites. Après la traite, elles sont redirigées soit vers le troupeau soit vers un box de séparation. Les éleveurs ont donc gagné du temps : « Nous ne sommes plus obligés d’aller les chercher dans le troupeau ». Enfin, les travaux ont permis d’aménager une aire paillée réservée aux vaches fraîchement vêlées.

Qualité de lait sécurisée

Principale nouveauté de ce nouveau modèle de robot mis sur le marché en 2017 : toutes les étapes de la traite s’enchaînent dans le même manchon, de la traite proprement dite au lavage et au trempage, sans jamais débrancher le manchon. Le risque de contaminations croisées entre les quartiers est donc considérablement réduit. Le branchement des manchons s’effectue rapidement depuis un bras mobile électrique grâce à un système de caméra 3D. Comme il n’y a qu’un branchement par vache et que le bras est libre et suit les mouvements de l’animal, la consommation d’électricité est réduite. La structure du robot a été repensée pour gagner en compacité et en sécurité. « L’ensemble des interventions peuvent se faire depuis l’arrière pour éviter les coups de pattes », décrit Florent Hérion, de la société GEA. Avec 110 vaches les deux robots sont à 70 % de leur capacité, ce qui permet de préserver le confort de travail de l’éleveur. Florent Hérion préconise de ne pas dépasser 70 à 75 vaches par stalle. Chaque robot est équipé d’un écran tactile donnant en temps réel une foule d’informations : nom et numéro de la vache, quantité de lait attendu, pourcentage de réalisation, durée de la traite, quantité d’aliment à laquelle elle a droit, mesures de conductivité, de température, de colorimétrie, quartier par quartier, ce qui permet de n’écarter que le lait issu de quartiers présentant un défaut. À noter que le robot DairyRobot R9500 peut être équipé du compteur cellulaire Dairy Milk M6850, capable de compter les cellules quartier par quartier, sans consommables. Retrouvez notre reportage vidéo sur ce robot de traite :

De la vache au cloud

Le robot de traite GEA s’accompagne d’un système de détection de chaleur, fonctionnant grâce au même collier. Pour gérer tout ça, les éleveurs sont équipés d’un portail internet dédié à la gestion du robot, Farmview, et d’un autre, CowScout, pour la gestion des chaleurs. Il est aussi possible de télécharger des applications. Pour faciliter la vie des éleveurs, GEA a aussi développé un logiciel de Herd Management, qui compile les données issues des colliers et du robot, dont la quantité de concentré ingérée par vache. « C’est un logiciel pertinent, mais qui gagnerait à être modernisé, pour être plus visuel », constate Paul Revet, de GEA.

C’est en ce sens que GEA a intégré le projet 365FarmNet, un logiciel agricole qui permet de gérer toute l’exploitation depuis une seule interface. Initié en 2013, le projet se déploie depuis deux ans en France, où un millier d’agriculteurs ont créé un compte. Il s’agit d’un outil full web, fonctionnant par modules : gestion du troupeau, du parcellaire… Une fois son compte créé, l’agriculteur doit paramétrer son exploitation, éventuellement en récupérant les données de Télépac. Il a alors accès gratuitement à un système d’enregistrement des pratiques. À cela s’ajoutent des modules payants, qui recouvrent une multitude d’outils d’aide à la décision, développés par les 35 partenaires du projet (constructeurs, semenciers…). Ces modules payants peuvent n’être activés et facturés que pour quelques mois. Inutile de payer une application de pilotage de la fertilisation azotée toute l’année, alors qu’elle ne sert que quelques mois. Au fil du temps, le logiciel 365FarmNet s’enrichit de nouveaux partenaires, avec pour objectifs de faciliter les échanges de données, tout en les sécurisant, et d’éviter des saisies multiples. Retouvez plus d'informations sur la chaîne YouTube de 365FarmNet :

 

Lycée agricole d’Obernai

La cinquantaine épanouie

Vie professionnelle

Publié le 23/05/2019

En 1968, on érigeait à la fois des barricades et des écoles. Le lycée agricole d’Obernai est en effet issu des lois Pisani de 1960-1962, qui visaient à retrouver l’auto suffisance alimentaire en France. Il ouvre ses portes le 30 septembre 1968, avec 108 élèves. Dont deux filles. « Les autres sont scolarisées à l’École d’enseignement ménager agricole du Bas-Rhin, à Erstein, où elles apprennent à devenir de bonnes ménagères », indique Thierry Girodot, directeur de l’établissement d’Obernai, citant des archives.

Depuis, les temps ont bien changé. Les filles ne sont plus cantonnées aux casseroles. Les enseignements prodigués ont considérablement évolué. Pour s’en persuader, il suffit d’assister au spectacle donné par des élèves de seconde sur le thème de l’évolution de l’agriculture française depuis 50 ans. Ils ont largement abordé la question de pesticides qui empoisonnent la planète et les gens. Il y a 50 ans, c’est très certainement l’exact inverse qui était enseigné dans les murs de ce même lycée agricole…

Microbrasserie et agroforesterie

Une visite guidée a permis aux invités de prendre la mesure de l’évolution de l’offre de formation. Pour instruire de futurs professionnels, le lycée se doit en effet de coller à l’air du temps. C’est ainsi que le CFPPA a mis sur pied une formation en microbrasserie, dont les premiers brassins ont été proposés à la dégustation. Avec une belle découverte, la nouvelle variété de houblon commercialisée par le Comptoir agricole, Élixir, qui développe des arômes de melon et le litchi.

Sur le site de l’exploitation agricole, Guillaume Bapst, professeur d’agronomie, a présenté un des projets du lycée agricole. Il s’agit de réintroduire des arbres dans les parcelles agricoles. Des haies entre les parcelles, composées d’essences nobles, à forte valeur ajoutée. Elles seront valorisées en bois d’œuvre. Mais aussi des haies intraparcellaires. Composée d’essences à port plus buissonnant (aubépine, sureau…) elles seront broyées tous les 6-7 ans. Le broyat sera mélangé avec du fumier et composté pour fournir un amendement organique.

 

 

Un lycée dans le vent

Le lycée agricole surfe également sur la vague des énergies renouvelables. Il a installé des panneaux photovoltaïques et une unité de méthanisation qui valorise des coproduits issus du territoire. Produire du biogaz, ça dégage aussi des gaz à effet de serre : à production d’énergie équivalente, 100 fois moins qu’une centrale électrique thermique, mais deux fois plus qu’une centrale nucléaire, qui produit aussi les déchets ultimes qu’on connaît. Un bilan carbone de l’exploitation a permis de conclure qu’elle piège 420 000 teq CO2. Essentiellement grâce à l’atelier végétal. Depuis septembre, un essai a commencé sur 5 ha. Objectif : comparer les effets du digestat, de l’engrais minéral et du fumier sur la composition du sol et des eaux de drainage.

Situé en Alsace, le lycée ne pouvait que faire preuve d’une certaine ouverture à l’international. L’apprentissage transfrontalier est encouragé au CFA. Les BTS Gemeau participent chaque année à un voyage humanitaire. L’association « À l’eau Gemeau solidarité » a même été créée à cette fin. Et une section Europe a pour objectif d’améliorer l’employabilité des jeunes à l’international grâce à des échanges avec des lycées partenaires.

Enfin, le lycée agricole fait évoluer ses pratiques pédagogiques. C’est ainsi que le Centre pour apprendre autrement (C2A) a vu le jour. Accolé au CDI, il a pour vocation de proposer des solutions aux jeunes qui rencontrent des difficultés d’apprentissage. Concrètement un adulte - animateur, enseignant - aidera les étudiants, notamment sur la méthodologie.

L’offre de formation dispensée par l’EPL est large : les diplômes préparés vont du CAP à la licence professionnelle. Et les enjeux pour l’avenir sont nombreux. Thierry Girodot liste : participer à la transition vers l’agroécologie, intégrer les outils numériques, accompagner les élèves vers l’enseignement supérieur, développer la coopération internationale. Bon vent !

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