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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Jeunes Agriculteurs. Canton d’Alsace bossue

Opération communication

Vie professionnelle

Publié le 08/08/2019

C’est dans une salle de traite rutilante que Pascal et Cathy Roth nous accueillent après la traite matinale. Le sol carrelé brille, il y a même un bouquet de fleurs, synthétiques, qui égaie la pièce. Cathy, salariée de l’exploitation, constate : « On a passé la semaine dernière à semer les temporaires. Et maintenant on a plus qu’une semaine pour tout ranger ». « Et après on risque de ne plus rien retrouver », sourit Pascal Roth, son époux. Il s’est installé sur la ferme familiale située à la lisière du bourg d’Adamswiller en 1986, « sur 13 ha, avec deux vaches laitières et cinq génisses », se remémore-t-il. 30 ans plus tard, en 2015, il a 18 vaches laitières et 90 vaches allaitantes. En 2016, il construit le bâtiment actuel, à l’extérieur du village, en six mois. Et il entame la conversion à l’agriculture biologique, effective depuis 2018.

 

 

Entre-temps, exit les vaches allaitantes. Le troupeau est désormais exclusivement laitier, avec 120 prim'holstein et simmental. Elles produisent 600 000 l de lait, livré à Unicoolait. Dans ce nouveau bâtiment, les éleveurs ont investi pour le confort des bêtes et le leur. Les logettes en bac plastique avec matelas et paille défibrée préservent les vaches des escarres. Le racleur est automatique, mais Cathy Roth le déclenche manuellement lorsque la place est libre. C’est-à-dire lorsque les locataires des lieux sont à la traite ou à la pâture. La salle de traite en 2*12 en swing-over leur permet de traire 96 vaches par heure à deux. Le robot de traite n’a pas su séduire les éleveurs. « Trop cher », estime Pascal Roth. Et inadapté à leurs pratiques. Avec 60 ha de pâture qui entourent le bâtiment, en été, les bêtes sont dehors la plupart du temps. Mais il y a des chemins à traverser. Impossible donc de les laisser divaguer à leur guise et d’aller au robot quand ça leur chante. Il faut les ramener à l’étable deux fois par jour. « Ça nous permet aussi de voir chaque bête. Parfois on soigne les bobos directement sur le quai », rapporte Cathy Roth.

Agriculteurs expérimentateurs

Les éleveurs poursuivent l’objectif d’être autonomes en fourrage. Sur leurs 150 ha de SAU, ils cultivent 65 ha d’un mélange trèfle et luzerne, 10 ha de triticale et 20 ha de maïs ensilage qui sont précédés d’un méteil ensilé (triticale, pois, vesce). Semé en octobre, le méteil est récolté en mai, juste avant le maïs. « Le méteil pompe moins d’eau qu’une prairie. C’est donc un bon précédent pour le maïs, d’autant que les racines de surface laissent un bon lit de semence », constate Pascal Roth. Le reste est en prairies naturelles, pâturées ou fanées. Théoriquement, le mélange de trèfle et luzerne devrait donner trois coupes d’ensilage. Mais depuis deux ans, il n’y a plus que deux coupes qui sont ensilées, la troisième est enrubannée, pâturée, ou amenée à l’auge.

Pour faire face à ces nouvelles contraintes climatiques, les éleveurs testent un mélange de trèfle violet et de sainfoin sur 3 ha. « Le sainfoin est une espèce adaptée aux sols pauvres et séchants, qui résiste bien aux températures élevées. Si l’essai est concluant, on en mettra aussi dans les prairies temporaires, car c’est une espèce mellifère et qui favorise la digestion des ruminants. » Les éleveurs ont aussi testé le semis direct, notamment de luzerne dans le méteil. Des expérimentations qui ne sont pas sans leur donner quelques sueurs froides. Alors, Cathy Roth aimerait bien que les agriculteurs soient davantage respectés. « Notre mission consiste à nourrir la société. Mais ça n’est pas assez reconnu. Et cela engendre une réelle souffrance chez les agriculteurs. Il serait temps de s’en préoccuper, comme on se soucie du bien-être animal. » Et si possible avant que la question ne se pose plus. En trente ans de carrière, le couple a vu disparaître 14 des 16 fermes d'Adamswiller.

Semis direct

Un défilé de semoirs

Technique

Publié le 02/08/2019

Jeudi 26 juillet, le deuxième épisode caniculaire de l’été atteint son paroxysme. Pas de quoi décourager les agriculteurs intéressés par les nouvelles techniques culturales prônées par les mouvances agroécologiques et d’agriculture de conservation : ils étaient quasiment une centaine à braver les envolées du mercure.

 

 

Réduire l’érosion et l’impact du changement climatique

Un des atouts de ces techniques : un travail du sol plus parcimonieux, voire inexistant. Un sol peu travaillé est un sol qui s’érode moins. Donc moins sujet aux coulées d’eau boueuse. Pour Rémy Michael, responsable de ce dossier à la Chambre d'agriculture d’Alsace, la démocratisation de ces techniques constitue un réel enjeu. « L’agriculture de conservation repose sur trois piliers - le non-travail du sol, leur couverture permanente et la diversification des cultures - qui permettent de réduire l’érosion et d’améliorer le fonctionnement des sols », introduit-il. Cette journée de démonstration constituait d’ailleurs les prémices d’un essai portant sur la couverture du sol (lire en encadré). « Couvrir le sol permet de diminuer sa température en cas de fortes chaleurs, de favoriser la vie microbienne, de fournir de l’azote, du fourrage, de retenir les particules de terre et d’augmenter la teneur en matière organique », liste Rémy Michael. Bref, que des atouts.

Mais cela requiert d’acquérir certaines techniques. « Ça ne s’invente pas, il y a des règles à respecter », constate Rémy Mickaël. Il faut donc se former et parfois prendre le risque de commettre des erreurs. Mais il le faut. Non seulement parce que la société pousse à faire évoluer les pratiques agricoles. Mais aussi parce que le changement climatique l’impose. En effet, l’exacerbation des aléas climatiques va inévitablement impacter la rentabilité des exploitations. Pour pérenniser les structures, il va donc falloir « faire évoluer les pratiques, voire les cultures et les filières », estime Matthieu Goehry, président de la fédération régionale des Cuma du Grand Est.

Des Cuma pour du bon matos

Arrivé à un certain point de la révision des pratiques, s’équiper avec du matériel adapté devient indispensable. Mais on ne change pas de semoir comme on change de binette. Les semoirs de semis direct sont des concentrés de technologie. Et ils ont un coût. D’où l’implication des Cuma dans cette journée de démonstration. « Les petites structures alsaciennes sont rarement à même d’investir seules dans de tels outils », constate Matthieu Goehry. Leur déploiement sur le terrain passera donc soit par des Entreprises de travaux agricoles (ETA), soit par les Cuma. Sans dénigrer le rôle des premières, Matthieu Goehry prêche pour sa chapelle : « Acheter du matériel en Cuma permet de diluer les charges de mécanisation qui constituent le poste de charges le plus important dans nos exploitations. En outre, chacun peut faire des expériences et en faire profiter les autres, ce qui fait progresser tout le groupe. » Pour sa part, Mathieu Goehry ne possède plus aucun matériel en propre, et ses charges de mécanisation s’élèvent à 400 €/ha. Qui dit mieux ?

Canton de Haguenau

Une journée lactée

Vie professionnelle

Publié le 31/07/2019

Quel est le point commun entre Xavier Kandel, président des Jeunes Agriculteurs du canton de Haguenau, Mathias Lamote, leur trésorier, et la famille Wendling, qui gère l’EARL de la Colline ? Ils sont tous producteurs de lait. La famille Wendling en produit 650 000 litres par an, grâce à un troupeau de vaches de race prim’holstein, qui s’est progressivement agrandi depuis l’installation de Daniel Wendling sur la ferme familiale en 1999. En 2002, il réalise une sortie d’exploitation et construit une nouvelle étable sur les hauteurs de Dauendorf. Les vaches y sont installées sur des logettes paillées, les génisses en pente paillée, lorsqu’elles ne sont pas en train de pâturer. La nature ayant horreur du vide, l’effectif du troupeau continue d’augmenter. Le temps passé à la traite s’allonge. En 2017, ils passent à une salle de traite simple équipement, avec 14 postes de traite de chaque côté.

 

 

Les éleveurs ont aussi progressivement investi dans du matériel propre à améliorer le bien-être de leur troupeau : des tapis, des genouillères, des ventilateurs, des brosses. « Et un racleur, pour le bien-être de l’éleveur », sourit Daniel Wendling. Un prix illustre leurs efforts : en 2015, leur vache Tatie a été primée pour avoir produit 100 000 l de lait en une carrière. « C’est rare, seules une dizaine de vaches atteignent chaque année ce niveau de production dans le Bas-Rhin », précise Mathias Lamote. Le lait produit, garanti sans OGM, est livré à la coopérative Alsace Lait.

Du tabac à la Cuma

Les 64 hectares de SAU se répartissent entre du maïs, du blé, de la betterave, de l’orge, des asperges - vendues en direct -, et 29 ha de prairies. « À un moment donné on faisait du tabac, on avait même développé sa production, mais finalement on a arrêté en 2011 », précise Daniel Wendling. Un choix légitimé par une récolte ravagée par la grêle en 2010. Même si l’assurance récolte a joué, cultiver pour ne rien récolter n’est pas du goût de Daniel Wendling. Et aussi pour une question de main-d’œuvre : « L'effectif du troupeau augmentait. Si on voulait continuer à bien faire les choses, il fallait faire un choix. Nous avons fait celui de nous consacrer au troupeau », indique son épouse, Agnès.

Daniel Wendling fait partie des membres fondateurs de la Cuma de l’Horizon, créée en 2012. Elle regroupe sept exploitations, dont six laitières, situées dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. Elle permet à ses adhérents de bénéficier d’outils d’épandage et de travail du sol performants à moindre coût. Daniel Wendling tient d’ailleurs à remercier ses collègues membres de la Cuma pour « la bonne entente et le professionnalisme » qui y règne.

Portes ouvertes JA - Canton d’Hochfelden

Des bovins à tous les étages

Vie professionnelle

Publié le 25/07/2019

Autrefois Gaec des Lilas, la ferme de Daniel Staath est devenue EARL au mois de janvier. Il en est l’unique associé exploitant. Mais il emploie deux salariés. Noémie s’occupe des soins aux bêtes et de la traite. Julien prend en charge l’affouragement et les travaux des champs... Ces deux salariés n’ont pas de lien de parenté avec le patron. « Ils sont d’abord venus en stage, au cours de leurs études agricoles. Et puis ils ont été embauchés », raconte Daniel. Par contre, la main-d’œuvre familiale participe tous les jours aux travaux de la ferme : les parents de Daniel et son ancien associé, tous retraités. Il y a aussi Olivier, l’apprenti, qui effectue son CAP en alternance, et la « main-d’œuvre occasionnelle, mes amis, mes enfants… », sourit le gérant de la ferme.

 

 

Bovins lait et viande

C’est qu’il y en a du travail à l’EARL des Lilas. Le troupeau laitier est composé de 125 vaches prim’holstein produisant 1,2 Ml de lait. L’étable actuelle a été construite en 1998, suite à l’installation de Daniel Staath l’année précédente. Située à l’extérieur du village, elle a progressivement été modernisée au cours des 20 années qui ont suivi, avec l’installation de racleurs, d’un système de ventilation, de logettes creuses paillées plus confortables… La salle de traite en 2*6 a été agrandie pour passer à une 2*8 postes. Il en a été de même pour les équipements : fumière, silos de stockages… À l’atelier laitier s’ajoute un élevage de 40 vaches allaitantes de race charolaise. « Nous gardons tous les mâles qui naissent sur l’exploitation, prim’holstein comme charolais, et nous achetons aussi quelques lots de broutards, pour arriver à 130 taurillons à l’engraissement », décrit l’éleveur. Pour nourrir tout ce beau monde, la SAU se répartit entre une centaine d’hectares d’herbe, en partie pâturée par les vaches allaitantes, et 100 ha de grandes cultures : maïs, blé, colza et betterave sucrière depuis 2011.

Assurer la relève

En 2002, l’agriculteur s’associe avec un confrère, Jean-Claude Teutsch, aujourd’hui retraité. Puis, en 2008, il crée une société laitière avec l’EARL Kauffmann. « Cela nous a permis d’optimiser notre outil de travail et à eux de ne pas avoir à investir dans un nouveau bâtiment », explique Daniel Staath. Depuis 3 ans, la société laitière est révolue. Tous ses membres ont pris leur retraite, à part Daniel Staath. « À ce moment, le défi a été de continuer à faire face à la charge de travail. C’est pour cela que je me suis entouré de salariés. Cela permet d’organiser le travail. Cet été par exemple, mes deux salariés vont chacun pouvoir prendre trois semaines de vacances. Bon, moi un peu moins, mais c’est normal », sourit Daniel Staath. Père de trois enfants, un garçon et deux filles, Daniel Staath a désormais pour principal objectif de préparer le terrain pour réussir la transmission de la ferme.

Filière volaille

Pour contrer le Mercosur, manger local

Vie professionnelle

Publié le 23/07/2019

« Si c’est pour ouvrir les portes à de la viande de bêtes nourries aux farines animales et gavés d’antibiotiques interdits en Europe, on peut tout de suite arrêter nos efforts pour améliorer le bien-être animal dans nos élevages », s’agace Jean-Michel Schaeffer, président d’Alsace Volaille. Si encore les producteurs de volaille pouvaient profiter d’une contrepartie. Mais non. Rien, ou pas grand-chose : la protection de quelques indications géographiques. La contrepartie aux exportations agricoles en provenance des pays du Mercosur (bœuf et sucre notamment, en plus de la volaille) est ailleurs : l’accord devrait surtout permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures et pièces détachées, machines, produits chimiques et pharmaceutiques vers ces pays.

Souveraineté alimentaire bafouée

Jean-Michel Schaeffer, également président de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), détaille l’ampleur des conséquences de l’accord pour cette production : « L’Europe importe déjà un million de tonnes (Mt) de viande de volaille. La moitié vient du Brésil. Le reste de Thaïlande et d’Ukraïne. Avec l’accord, le volume de viande importée par l’Union européenne va passer à 1,2 Mt. C’est ce que produit la France. Et encore, la France produit des ailes, des cuisses, du filet… L’accord du Mercosur ne concerne que du filet. Un tiers des volumes de filets consommés en Europe sera alors importé. »

Pour lui, non seulement l’Europe lâche sa souveraineté alimentaire, mais elle permet même aux pays du Mercosur de construire le prix du marché. Car cette viande, produite avec des normes bien moins drastiques que celles qui sont imposées aux producteurs européens, sera aussi moins chère. Le fait qu’elle doive être congelée pour traverser l’océan en containers frigorifiques ne dégrade que son bilan carbone, pas sa compétitivité. En matière de sécurité sanitaire, Jean-Michel Schaeffer est inquiet. « L’Europe assure qu’il y aura des contrôles pour vérifier la qualité de la viande. Mais ils seront confiés aux États membres ». Or, pour lui, « c’est à celui qui impose l’accord de contrôler ». Il craint aussi que les contrôles soient rendus inefficaces par des pratiques comme la falsification de documents… La confiance règne.

Rendre obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande

La traçabilité est un autre sujet de préoccupation. Rien que dans l’UE, elle est défaillante. « De la viande peut arriver en France estampillée Pays-Bas alors qu’elle a été produite en Ukraine », illustre Jean-Michel Schaeffer. Il suffit qu’elle ait été déconditionnée ou transformée quelque part pour qu’elle change de drapeau. C’est d’autant plus préoccupant que le seul secteur où la consommation de viande de volaille augmente, c’est la restauration hors domicile (collective et en cafés, hôtels, restaurants), qui représente 40 % du volume de viande de volaille consommé en France, et où l’étiquetage de l’origine de la viande est totalement inexistant. « Contrairement à la grande distribution, qui joue le jeu, en restauration hors foyer c’est un no man’s land en matière de viande de volaille », regrette Jean-Michel Schaeffer. Concrètement : c’est dans les nuggets des cantines que passera la viande importée des pays du Mercosur. Jean-Michel Schaeffer estime donc que les échanges avec ces pays doivent s’accompagner de l’instauration d’un étiquetage généralisé, précis et obligatoire de l’origine de la viande de volaille. C’est en cours : « Nous avons demandé à l’État d’éditer un décret afin de rendre l’étiquetage de la viande de volaille obligatoire en restauration hors foyer », indique Jean-Michel Schaeffer.

La grande distribution joue le jeu du local

À contre-courant de ces accords qui vont dans le sens de la mondialisation de l’alimentation, des initiatives fleurissent pour la relocaliser. Y compris en grande distribution. C’est le cas de l’hypermarché Leclerc de Geispolsheim, qui met en avant la gamme de volailles produites localement par Alsace Volaille. Deux linéaires y sont consacrés. Et tous les produits de la gamme y sont parfaitement bien rangés par catégorie (poulet du Grand Est, poulet fermier d’Alsace Label Rouge, Bruno Siebert, bio…). Alain Noé, responsable du rayon boucherie, estime que les origines locales (Alsace et Grand Est) représentent 60 à 70 % du rayon de la volaille crue, hors snacking. Une tendance qui ne fait qu’augmenter depuis trois ans : les volumes ont été multipliés par trois pour la volaille d’Alsace label rouge, par deux pour le poulet du Grand Est.

Si ça marche, c’est que ça répond à une demande du consommateur. Pour le plus grand plaisir d’Alain Noé, qui apprécie de pouvoir faire tourner l’économie locale en s’approvisionnant auprès des entreprises Volailles Rhin, Feyel, Doriath, et Siebert. D’ailleurs, en se penchant sur les étiquettes des produits issus de l’abattoir Siebert, on s’aperçoit que la traçabilité est totale puisqu’apparaissent le nom de l’éleveur et sa localisation. Opérationnel sur la gamme Grand Est et label rouge, cet étiquetage de précision va être étendu à la gamme bio. Autre initiative de l’abattoir : « Nous organisons des animations dans les magasins. Ce sont les éleveurs qui vont à la rencontre des consommateurs, et nous les rémunérons pour cela », précise Bruno Siebert. Et lorsqu’un éleveur de Geispolsheim vient faire une animation dans son rayon, alors Alain Noé sort le grand jeu : agrandissement du rayonnage, offres promotionnelles, stickers « Élevé à Geispo »…

Agriculture biologique et biodiversité

Les deux font la paire

Vie professionnelle

Publié le 22/07/2019

Agriculture biologique et biodiversité. « Deux sujets forts », constate Julien Scharsch, président de Bio en Grand Est (ex-Opaba). « L’agriculture biologique doit encore se développer, tant quantitativement que qualitativement. Et la biodiversité doit être préservée, tant qu’il est encore temps d’agir. » Or, toute activité humaine vient perturber la biodiversité. Y compris l’agriculture. Fut-elle biologique. L’Agence française pour la biodiversité a donc confié une mission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) : identifier et déployer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité.

Or la plupart de ces pratiques ont un coût, direct ou indirect. Elles questionnent les priorités des agriculteurs, « qui ont besoin d’être accompagnés par les associations, les collectivités… », note Julien Scharsch. Et puis vouloir restaurer la biodiversité uniquement en milieu agricole, sans notion de continuité écologique, c’est mettre des coups d’épée dans l’eau. Car il y aura toujours plus de biodiversité dans un milieu naturel ou agricole que sous un parking.

C’est justement pour restaurer et entretenir ces continuités qu’un dispositif Trame verte et bleue a été instauré en Grand Est. Dans ce cadre, Bio en Grand Est a monté un réseau de fermes pilotes (le réseau de fermes Bio-Diversité regroupe 12 fermes en Alsace et 8 en Champagne Ardennes) où sont menées des actions d’amélioration de la biodiversité, afin d’évaluer leur efficacité. De son côté, rappelle Pascale Gayot, vice-présidente de la Région Grand Est, la collectivité s’est engagée dans la lutte contre l’artificialisation du foncier. Objectif : « réduire de moitié la consommation foncière d'ici 2030 ». En outre, la Région soutien d’autres chantiers en faveur de la biodiversité : le plan biodiversité, les MAE, le contrat de filière apiculture, le contrat de filière arboriculture et trufficulture, le contrat de filière forêt-bois…

 

 

- 38 % d’oiseaux en milieu agricole

L’érosion de la biodiversité semble donc être dans le collimateur des pouvoirs publics. C’est heureux. Car l’état des lieux dressé par Alexandre Goncalves, chargé de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Grand Est, n’est guère réjouissant. Le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), daté du mois de mai 2019, qui estime qu’un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction. Par définition, le rayon de la LPO, ce sont les oiseaux. « Comme il s’agit d’une famille présente tout au long de la chaîne alimentaire, sur tout le territoire, et qu’ils sont très sensibles aux variations de leur milieu naturel, ils constituent un bon indicateur de l’évolution de la biodiversité », affirme Alexandre Goncalves.

Les conclusion des études de la LPO ? Depuis 1989, les populations d'oiseaux généralistes, capables de s’adapter aux changements de milieu ont tendance à augmenter. Les populations d’espèces forestières sont stables. Celles des milieux agricoles sont en régression de - 38 %. Au niveau régional la régression est moins marquée (-12 %). Mais Alexandre Goncalves douche la lueur d’espoir de l’assemblée. « C’est dû au fait que les mesures n’ont démarré qu’en 2003, alors que l’érosion devait déjà être bien entamée. » Il enfonce le clou avec quelques exemples précis : - 25 % d’alouette des champs en 15 ans, - 46 % de bruant jaune en 15 ans, le courlis cendré au bord de l’extinction.

Les causes de cette érosion sont multiples. En vrac : monoculture, disparition des haies, vergers, mares, étalement urbain, fauches précoces des prairies, utilisation de produits phytosanitaires, pollution chimique, lumineuse, sonore, changement climatique. Les solutions sont tout aussi variées. Certaines semblent utopiques, du moins à court terme : stopper l’étalement urbain, diminuer la taille des parcelles, supprimer les produits phytosanitaires. D’autres sont plus envisageables : mieux prendre en compte la biodiversité dans les politiques agricoles, diversifier les cultures, planter et entretenir des haies et des bosquets, gérer de manière plus extensive les vergers, les zones enherbées de manière générale, semer des bandes fleuries d’espèces autochtones, préserver les milieux naturels, qui constituent des zones refuges…

L’agriculture à la croisée des chemins

Ce constat ne doit pas faire perdre de vue que l’agriculture n’est pas que néfaste à la biodiversité. Les liens qui unissent agriculture et biodiversité sont bien plus complexes. L’agriculture rend des services écosystémiques et elle a des impacts directs ou indirects sur les facteurs d’érosion de la biodiversité. En outre, elle est elle-même touchée par cette érosion, puisqu’il s’agit de sa matière première. Christian Bockstaller, ingénieur de recherche à l’Inra, rappelle : « En milieu agricole, on peut distinguer la biodiversité planifiée, maîtrisée par l’agriculteur, la biodiversité associée, qui est subie, que ce soit de manière bénéfique, neutre ou nuisible, et la biodiversité extra-agricole, qui n’a pas d’impact direct sur la production, mais qui est là. » Partageant le constat de l’érosion de la diversité en milieu agricole dressé par Alexandre Goncalves, Christian Bockstaller cite aussi les mêmes grands facteurs d’érosion, auxquels il rajoute la prolifération d’espèces envahissantes.

Le chercheur cite plusieurs études menées afin d’ausculter les moyens de remédier à l’appauvrissement de la biodiversité. La complexification du paysage permet d’atténuer l’effet de l’intensification des pratiques agricoles pour les espèces mobiles. C’est moins évident pour les espèces peu mobiles. Une étude européenne montre que les éléments boisés sont favorables aux auxiliaires, et les éléments fleuris aux pollinisateurs. En viticulture, la nature de l’enherbement de l’interrang est importante, tant par le nombre que la nature des espèces. Conclusion de Christian Bockstaller : « Il n’y a pas de relation simple entre une technique et un effet. »

Trois techniques peuvent être mises en œuvre de manière non exclusive. Tout d’abord améliorer l’efficience des intrants, pour en utiliser moins. Ensuite substituer les plus préjudiciables, sachant que cela s’accompagne d’effets collatéraux puisque les bios pesticides ne sont pas inoffensifs pour la biodiversité, tout comme les outils mécaniques qui, en plus, émettent des gaz à effet de serre. Enfin, repenser les rotations et les itinéraires techniques en termes de dates et de densités de semis, de couverture du sol… Le top pour la biodiversité ? C’est la combinaison de l’agriculture de précision, de conservation et biologique, voire de l’agroforesterie, estime Christian Bockstaller, qui met en garde contre les étiquettes. « Il y a des leviers à actionner par tous : enrichissement des paysages, couverture du sol, semis direct, alternatives aux produits phytosanitaires… »

Bien-être animal

Connaissances et pratiques progressent

Technique

Publié le 20/07/2019

Le bien-être animal repose sur cinq libertés : absence de faim, de soif, de malnutrition ; absence de peur et de détresse ; absence de stress physique ou thermique ; absence de douleur, de lésions et de maladies, possibilité pour l’animal d’exprimer les comportements normaux de son espèce.

Détecter précocement les maladies grâce à la technologie

C’est un fait : les éleveurs n’ont pas le temps d’observer le comportement de leurs animaux. Dommage, car cela leur fournirait de précieux renseignements sur le bien-être de leur troupeau. C’est là que les nouvelles technologies interviennent. Plusieurs solutions de suivi du comportement des animaux existent ou sont en cours de développement. Parmi celles existantes, citons le Vel'phone ou le Heat'live de la société Medria.

 

 

L’entreprise développe désormais un nouvel outil. Les vaches sont équipées de colliers munis d’accéléromètres qui permettent de détecter l’ensemble des activités (debout, couché, ingestion, rumination, inactivité, suractivité). Objectif : anticiper la détection des troubles de santé. Thomas Aubry, de Medria, est déjà en mesure de livrer quelques recommandations. « L’abreuvement est à monitorer davantage, tout comme la facilité d’accès des vaches à leur aire de repos. Car le temps de repos manqué c’est du temps d’ingestion perdu, donc une perte de productivité. Il faut aussi limiter les temps d’attente debout, car cela entraîne des boiteries… » Pour l’instant, l’outil ne permet pas encore de détecter précocement les maladies, mais de pointer des animaux qui nécessitent une attention particulière.

Des vaches sous l’œil des caméras

L’entreprise Rhône Conseil Élevage mise quant à elle sur des caméras Time Laps pour scruter à la loupe le comportement des bovins. Alexandre Batia, technicien, a commenté quelques images issues de cette démarche d’analyse baptisée pAnser vaches. Les caméras filment l'étable 24h/24. En accéléré, on voit l’éleveur affourager les animaux, ces derniers se diriger vers les auges ou les abreuvoirs après la traite. Ces images permettent de détecter des éléments qui pourraient être améliorés pour optimiser le cycle de vie des animaux. Par exemple, si ça bouchonne à l’abreuvoir, il gagnerait à être agrandi. Si les animaux mettent du temps à se coucher, c’est que l’ergonomie des logettes est à revoir. « 60 % de vaches couchées une heure après la distribution de la ration, c’est l’objectif à atteindre, explique Alexandre Batia. Et cela s’obtient avec des logettes bien adaptées. »

Des ovins équipés de traceurs

Les comportements des ovins aussi sont scrutés à travers le prisme des nouvelles technologies. Dans le cadre du projet CLOChèTE, ils sont équipés d’accéléromètre et de GPS émettant une alerte en cas de dépassement de zone de pâturage, indique Anne Aupiais, éthologiste à l’Institut de l’élevage. Problème de ces milieux : il n’y a pas toujours de réseau. Une faille que les chercheurs tentent de combler en mixant les réseaux LoRa et GPRS.

En effet, le réseau LoRa convient pour transmettre une faible quantité de données à bas coût énergétique. Alors que le réseau GPRS permet d’accumuler les données avant de les envoyer lorsque le capteur se situe dans une zone de couverture. « Nous travaillons à cumuler les deux solutions, en utilisant des capteurs LoRa qui peuvent basculer sur le réseau GPRS en cas d’alerte », indique Théo Kriszt, de Montpellier SupAgro.

Portes ouvertes JA : Canton de Saverne

Maraîchage et moutons

Vie professionnelle

Publié le 19/07/2019

À la lisière de Printzheim, deux fermes se font face : l’EARL Carbiener et la ferme Meyer. À la tête de cette dernière Pierrot Meyer, un autodidacte du mouton qui a créé de toutes pièces son élevage. Après avoir loué un autre bâtiment ailleurs, il s’est installé en 2015 dans celui qui accueillera les visiteurs dimanche. Il y élève 130 brebis de race texel et rouge de l’Ouest croisées.

 

 

Au pâturage tant que c’est possible, les brebis regagnent leur bergerie l’hiver et pour les agnelages. Elles sont alors nourries de foin, d’ensilage d’herbe et d’orge issus des 32 hectares de SAU de l’exploitation. Double actif, Pierrot Meyer commercialise ses agneaux auprès de marchands de bestiaux ou directement à l’abattoir de Sarrebourg. Sa petite exploitation a de l’avenir : « Mon fils, Cédric, envisage de s’installer et de poursuivre l’activité », indique Pierrot Meyer, pas peu fier.

Légumes de l’air - légumes de la terre

L’EARL Carbiener associe Anita et Daniel Carbiener à leur fils, Anthony. Leur spécialité : le maraîchage. Sur les 90 ha de SAU totale, 24 ha sont consacrés à la production de légumes de plein champ, le reste est consacré au maïs et au blé. Parmi les légumes produits, Anthony Carbiener détaille : « 12,5 ha de courges, 3,5 ha de courgettes, 5,5 ha de choux, 1 ha d’asperges et des salades, choux chinois… » Pour écouler cette production, les agriculteurs utilisent différents canaux. Le frère d’Anita, Antoine Ohlmann est également producteur de légumes à Ohlungen. Il cultive notamment des pommes de terre, des carottes, du céleri… De quoi compléter la gamme des légumes produits par les Carbiener : « Nous, on cultive ce qui pousse au-dessus du sol, eux, ils s’occupent de ce qui pousse dans le sol », sourit Daniel Carbiener.

Et le tout est vendu au Petit marché à la ferme, situé dans un ancien corps de ferme de la rue principale d’Ohlungen. Les autres canaux de distribution sont les coopératives de Hœrdt et de Sélestat, le groupe Sapam et les centrales d’achats des enseignes Lidl, Leclerc et Auchan pour le Grand Est.

Sécuriser la production

Le maraîchage est une activité gourmande en main-d’œuvre. La récolte, par exemple, est entièrement manuelle. Il faut remplir des caisses, les ramener jusqu’au bâtiment de stockage, conditionner les légumes. Pour venir à bout de cette importante charge de travail, les trois associés ont embauché un salarié à temps complet et emploient six à sept saisonniers six mois par an.

Anthony s’est installé en 2017. Avec pour projet d’installation l’investissement dans un bâtiment de stockage de 1 500 m2 au sol équipé d’une chambre chaude pour le stockage des courges (1 700 m3) et d’une chambre froide pour le stockage des choux (1 700 m3), qui sont écoulés progressivement durant l’hiver : « On essaie quand même de les vendre au plus vite pour ne pas consommer trop d’énergie et pour ne pas que la qualité se dégrade », indique Daniel Carbiener.

Les perspectives d’avenir de la ferme tiennent en deux mots : sécuriser la production. Cela passe notamment par l’irrigation. Pour stocker l’eau qui tombe en hiver et pouvoir l’utiliser en été, un bassin de rétention de 10 000 m3 est en train d’être construit. Et les infrastructures d’irrigation devraient être enterrées d’ici la saison prochaine, pour gagner en confort de travail.

À Geispolsheim

Trop chou ces fleurs !

Cultures

Publié le 13/07/2019

Sarrasin, bleuet, coquelicot, et vesce. C’est la composition du mélange fleuri que Laurent Heitz a semé à Geispolsheim. Une combinaison qui ne doit rien au hasard. « Ce sont des espèces identifiées pour leur capacité à attirer les auxiliaires des ravageurs propres au chou », explique Laurent Heitz, membre du réseau de fermes Dephy depuis deux ans, dans le groupe des producteurs de légumes. C’est d’ailleurs le réseau qui lui a fourni gratuitement les semences. Pour les implanter, il s’est arrangé avec son voisin, Christian Heitz, qui exploite une luzernière à côté. Car, économiquement, mieux valait empiéter sur 3 m de foin de luzerne que sur 3 m de choux à choucroute bio.

Le marché conclu, Laurent Heitz, aussi président de l'association des producteurs de choux à choucroute, a passé un coup de herse rotative et a semé le mélange avec un semoir à manivelle. Début juillet, la floraison est à son comble. Ça vrombit sec dans la bande fleurie. Comme prévu, elle attire des coccinelles, des syrphes, des chrysopes, qui se régalent des pucerons, cochenilles et autres ravageurs du chou à choucroute. Sans oublier des abeilles, qui trouvent là de quoi se nourrir. « Pour le moment, les résultats sont excellents. Les auxiliaires font leur boulot. Je n’observe aucun puceron et beaucoup de coccinelles », constate Laurent Heitz. Il n’a procédé qu’à un seul traitement, biologique, contre l’altise, avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, « du placebo plus qu’autre chose », sourit-il. À part ça, la parcelle d’un hectare a été fertilisée avec de la fiente de volaille et du fumier de bovin. Le désherbage est plus compliqué. « J’ai procédé à cinq binages, contre deux en conventionnel, et je suis aussi passé manuellement. Si l’essai est concluant, et que j’augmente la surface en bio, j’investirai dans du matériel de désherbage spécifique ».

Une expérience à reproduire à plus grande échelle

En effet, dans deux ans, quasiment la moitié des 28 ha de choux que cultive Laurent Heitz devrait être convertie à l’agriculture biologique. « Je dispose de 13 ha enclavés dans la forêt ». Idéal pour préserver les choux bios des contaminations par d’éventuels traitements phytosanitaires voisins. Comme il est interdit de cultiver la même production en bio et en conventionnel sur la même exploitation agricole, Laurent Heitz va créer une deuxième société. La solution n’est pas idéale, car cela engendre du travail supplémentaire, comme une deuxième comptabilité à tenir. Mais le producteur ne voulait pas convertir toute sa surface d’un coup. Par contre, il ne se l’interdit pas à plus long terme. « Si la choucroute bio se vend bien, je convertirai sans doute toute la surface », annonce-t-il, plutôt confiant. « La demande est là. Quand on a dit à nos clients qu’on allait faire de la choucroute bio, ils en ont tout de suite demandé des tonnes ! » Sur ces 13 ha, Laurent Heitz remettra des bandes fleuries, mais pas en bordure cette fois. « Pour plus d’efficacité, mieux vaut intercaler des bandes régulièrement au sein de la parcelle car les auxiliaires ont une mobilité limitée ».

À noter que si Laurent Heitz a choisi d’implanter sa bande fleurie le long de sa parcelle en bio pour d’évidentes raisons de lutte biologique contre les ravageurs, cette pratique est tout à fait reproductible en agriculture conventionnelle, où elle peut permettre d’économiser quelques traitements, et de diversifier le bol alimentaire des insectes pollinisateurs. Ce qui ne gâche rien.

 

 

Arboriculture

Une année à pucerons et à tavelure

Cultures

Publié le 08/07/2019

La campagne 2019 a démarré sous de mauvais auspices liés aux conditions sèches de l’automne 2018. « Il a très peu plu après les récoltes, en octobre et novembre », rembobine Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d'agriculture Alsace. À priori pas de quoi recharger la réserve hydrique des sols après l’été 2018 chaud et sec. Finalement, ces faibles précipitations automnales n’ont pas eu tant de conséquences que ça. « La coulure a été limitée, même si les conditions météorologiques lors de la floraison n’ont pas été optimales », rapporte Philippe Jacques. Après la floraison abondante de 2018, celle de 2019 était de toute manière attendue en baisse. Le potentiel floral était effectivement en régression, particulièrement en poire. Une espèce qui a en outre développé pas mal de russeting, soit un aspect brûlé imputable à une faible température et une forte humidité à la nouaison. À noter que la coulure a été très hétérogène sur les quetschiers : certains arbres sont encore bien chargés, mais d’autres ne donneront rien. Alors que la récolte des cerises s’achève, Philippe Jacques tire un bilan positif pour cette première production de la campagne fruitière : « Ça a été une belle campagne, surtout grâce à une floraison longue, avec des conditions humides et douces. »

Trop de pucerons, pas assez de solutions

La campagne a été marquée par de fortes attaques de pucerons, que les arboriculteurs ont eu du mal à maîtriser. Surtout depuis qu’ils n'ont plus le droit d’utiliser des néonicotinoïdes. « Cette mesure nous coûte cher », regrette Philippe Jacques. Techniquement parce qu’il s’agit de trouver des parades. Financièrement parce que ces parades augmentent le coût des stratégies de protection phytosanitaires. Et environnementalement parce qu’une des parades a consisté à se tourner vers des pyrèthres en post-floraison, avec des impacts non négligeables sur la faune auxiliaire. Conséquence : « Il faut s’attendre à des attaques d’acarien par la suite », prédit Philippe Jacques. Justement parce que la faune auxiliaire, affectée par les pyrèthres, risque d’avoir du mal à contenir leur développement. La mouche de la cerise a quant à elle été très bien maîtrisée dans les vergers professionnels, contrairement aux vergers amateurs. Enfin, alors que la pression en Drosophila suzukii est très forte dans le reste de la France, elle reste modérée en Alsace : « Si nous restons à l’écart du marasme, c’est sans doute parce que nous n’avons pas de verger de cerisiers irrigués », avance Philippe Jacques.

Pas assez de cuivre face à la tavelure

Enfin, la campagne se caractérise par une pression en tavelure du pommier élevée, en bio comme en conventionnel. « C’est la pire année depuis 2016 », n’hésite pas à affirmer Philippe Jacques. En cause : une météo qui a permis des durées d’humectation favorables au développement de l’agent pathogène. « Suite au week-end de Pâques, qui a été très chaud, nous avons eu à faire face à un épisode très difficile. Le développement végétatif était exponentiel, et il y a sans doute eu un déficit de couverture des traitements », rapporte Philippe Jacques. Un phénomène amplifié par de possibles erreurs stratégiques : « Certains producteurs n’ont pas appliqué suffisamment de cuivre, par crainte de l’effet rugogène* des stratégies à base de cuivre. »

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