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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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GIE Les Éleveurs de l’Est

Relocaliser la valorisation des drêches de brasserie

Élevage

Publié le 07/10/2019

Ils sont douze. Et ils ont décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’approvisionnement en drêches de brasserie. Tableaux à l’appui, Dominique Streicher, vice-président du GIE Les Éleveurs de l’Est et éleveur à Hilsenheim, expose la situation : « Il y a eu une augmentation progressive du prix des drêches de brasserie, avec une accélération ces trois dernières années, jusqu’à atteindre des niveaux qui compromettent la rentabilité économique du coproduit dans les rations. » Or, en Alsace, les surfaces agricoles sont rares, donc convoitées. Nourrir les animaux exclusivement à l’herbe, c’est compliqué. Les rations comprennent donc du maïs ensilage et des coproduits (lire en encadré), qui permettent d’obtenir une ration qui réponde aux objectifs de production des éleveurs, tout en préservant la santé des animaux.

Contrer l’exode de la ressource

Parmi les coproduits utilisés figurent les drêches de brasserie. Elles sont produites principalement par trois brasseries dans le Grand Est (Heineken, Kronenbourg et Champigneulles). Au fil du temps, leur prix de vente n’a fait qu’augmenter. « De 1990 à 2019, il est passé de 20 à 50 €/t », révèle Dominique Streicher. Surtout, sur les 200 000 tonnes produites en 1990, 160 000 t étaient écoulées localement, alors que sur les 165 000 t produites en 2019, seules 60 000 t restent dans la région. Pour l’éleveur, cet exode de la ressource est le fruit de la spéculation exercée par les intermédiaires. Avec pour effet collatéral de faire exploser le bilan carbone de la valorisation des drêches, puisqu’elles partent plus loin. « Jusqu’en Allemagne, voire aux Pays-Bas. » Tant et si bien que les volumes viennent parfois à manquer. « Et fermer le robinet, c’est aussi une manière de faire monter les prix », déplore Dominique Streicher. Du coup, les drêches échappent aux éleveurs locaux. Dommage, parce qu’elles sont dès lors remplacées par des tourteaux de soja ou de colza, souvent importés, parfois issus d’OGM. « Les drêches constituent d’ailleurs une alternative au soja OGM dans le cadre de la production de lait sans OGM », constate l’éleveur.

Court-circuiter les intermédiaires

C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer ce GIE. Son objectif : « Aller directement à la rencontre des brasseries, pour leur dire que nous sommes capables de leur acheter tant et tant de volume de drêches et de les diffuser en direct », présente Dominique Streicher. Pour ce faire le GIE a créé un site internet, où tous les éleveurs intéressés par l’opération sont invités à passer commande. Une réussite. Déjà 31 849 t de drêches ont été pré-réservées par 140 agriculteurs. « Mais plus on a de volume, plus on sera en capacité de négocier », souligne Dominique Streicher, qui invite donc les éleveurs à passer commande en masse. Principal argument : le prix. « Nous pensons pouvoir obtenir un prix de 38 à 42 €/t. Car les seules marges qui seront appliquées serviront à rétribuer le secrétariat et le transport, assurés par la société Pollen, ce qui devrait représenter 5 €/t. »

Mondial de labour 2020 en Russie

Deux laboureurs du Grand Est sélectionnés

Vie professionnelle

Publié le 06/10/2019

Deux ans après avoir remporté un titre de vice-champion du monde de labour, lors de la finale mondiale de 2018 en Allemagne, Thomas Debes va pouvoir retenter de décrocher le titre ultime. Mais cette fois, il devra aller jusqu’en Russie, soit quelque 5 000 km aller-retour.

Les sélections pour la finale mondiale de labour 2020 en Russie se sont disputées les 7 et 8 septembre. Six candidats se sont affrontés en planche et autant en plat. Deux candidats se sont qualifiés en plat pour la finale européenne. Et deux en planche pour la finale mondiale. Et il s’agit d’un beau doublé pour le Grand Est car outre l’Alsacien Thomas Debes, c’est l’Ardennais Thierry Bosserelle qui défendra les couleurs de la France lors de la finale mondiale de labour qui se déroulera les 7 et 8 août 2020 en Russie.

Thierry Bosserelle : 40 ans de labour

Maraîcher à Sedan, Thierry Bosserelle cultive 180 hectares de SAU en Gaec avec ses neveux, dont 45 ha de légumes et 15 ha de pomme de terre. À 58 ans, il affiche une belle quarantaine d’années de participation à des concours de labour. Pour sa première participation, il avait 16 ans. « Depuis, je ne me suis plus jamais arrêté », indique-t-il. Parmi ses plus beaux titres, citons celui de champion de France en 1993, puis de 3e au championnat de France en 1995. Par la suite, Thierry Bosserelle s’est concentré sur les sélections pour les finales mondiales. Par quatre fois, il a tracé ses sillons en terre étrangère : en Suisse, en Lituanie, en Slovénie et en Australie. Au début, il concourrait dans la catégorie à plat, mais, depuis trois mondiales de labour, il est passé dans la catégorie en planche. C’est en Slovénie, qu’il obtient son meilleur classement : 11e. À quelques mois de sa cinquième participation à une finale mondiale de labour, Thierry Bosserelle ne cache pas sa fierté d’être encore dans la course : « C’est une belle performance de figurer parmi les meilleurs depuis 40 ans. En fait il ne faut jamais s’arrêter dans cette discipline, sinon, c’est mort », analyse-t-il. Car, avec les années, l’expérience s’accumule. Et le carnet d’adresses aussi ! Thierry Bosserelle, qui est aussi responsable de la section fruits et légumes à la FRSEA du Grand Est, constate que ses contacts dans le monde du labour lui ont été utiles dans ses responsabilités syndicales. Et notamment avec les Alsaciens : « Le labour, c’est une longue histoire entre les Alsaciens et les Ardennais. On se tire la bourre de manière amicale depuis de longues années ! » Mais en Russie, avec Thomas Debes, l’aimable concurrence laissera place à la solidarité : « Il y aura de très bons concurrents du monde entier. Donc ce sera la France contre le reste du monde. On essaiera d’être meilleurs ensemble, sachant qu’il est un peu meilleur que moi », sourit Thierry Bosserelle.

Ce sera la quatrième participation à une finale mondiale de labour pour Thomas Debes. Bien sûr le candidat y va avec l’espoir de gagner, mais il sait aussi qu’il sera confronté à d’autres laboureurs de très bon niveau, et que la compétition sera rude. Aussi va-t-il commencer à s’entraîner au plus vite, car avec les transports, le temps sera compté ! Déjà, les deux candidats à un titre mondial ont prévu de mutualiser les moyens à déployer pour assurer le transport des hommes et des machines en terres russes.

Cuma de la Zorn

Un bâtiment en commun

Pratique

Publié le 03/10/2019

C’est un symbole fort. Les adhérents de la Cuma de la Zorn partagent du matériel agricole depuis 1997. Cet été, ils ont franchi une étape supplémentaire puisqu’ils partagent désormais aussi un toit. « Dans la Cuma, chaque matériel a un responsable, qui gère son planning d’utilisation, son stockage et son entretien. Avec le temps, nous avons étoffé notre parc matériel et les outils sont devenus de plus en plus grands. Résultat : il manquait d’espace de stockage chez tous les adhérents », rapporte Thierry Willem, président de la Cuma.

D’où l’idée, dans la philosophie de partage des Cuma, de construire un bâtiment en commun. « Après le matériel, nous avons mutualisé notre besoin d’espace de stockage sans que les adhérents aient à investir chacun de leur côté », constate Thierry Willem.

Deux bâtiments plutôt qu’un

Une fois le projet arrêté et validé par les membres de la Cuma, la première étape a consisté à trouver le terrain adéquat. Central par rapport aux adhérents, facile d’accès… Après pas mal d’investigations, la perle rare est dénichée à Littenheim, où un éleveur qui souhaite arrêter la production de lait vend son étable et le terrain de 1,30 hectare qui l’entoure. L’emplacement est idéal, le terrain plat, l’accès aux réseaux assuré… La Cuma achète le lot. Et, même si le bâtiment existant ne « nous intéressait pas au départ, nous avons décidé de le garder et de le valoriser. Et finalement, il s’est révélé un atout, puisque les réseaux étaient là, la réserve à incendie aussi… » Tout le matériel d’élevage a été dégagé, le sol a été remblayé… Au total : 800 m2 de stockage. Un espace est réservé aux petites machines, disposées de manière à pouvoir être attelées facilement.

 

 

À ce bâtiment rénové s’ajoutent 1 000 m2 de stockage procurés par un bâtiment neuf, conçu pour accueillir les outils de grand gabarit. Les travaux de terrassement ont débuté en novembre 2018, suivis par la pose des fondations, de la structure Waltefaugle… « Nous avons tout fait nous-mêmes. Et quand 10 bonshommes travaillent en même temps sur un chantier, à la fin de la journée on voit qu’il y a quelque chose qui s’est passé », sourit Thierry Willem. Une belle démonstration des vertus de la mutualisation de la main-d’œuvre !

L’investissement (200 000 € terrain et travaux) a été financé par un prêt contracté auprès du Crédit Agricole. Tous les membres contribuent à son remboursement ainsi qu’à la couverture des frais de fonctionnement, de l’ordre de 9 000 €/an, à hauteur de 700 €/an/adhérent en moyenne. Un montant qui comprend une part fixe et une part variable liée au chiffre d’affaires de chaque exploitation. Le bâtiment est opérationnel depuis le début de l’été. Et tous les adhérents en sont satisfaits : « Ça a permis de libérer de la place chez chacun. Et, mieux abrité, le matériel vieillit mieux », constate Nicolas Rusch, administrateur de la Cuma.

Une base pour aller plus loin

Enfin, ce bâtiment constitue une base sur laquelle la Cuma va pouvoir se reposer pour concrétiser ses futurs projets. Et il y en a ! Certains sont encore hypothétiques : une salle de réunion, un atelier, des locaux pour accueillir un salarié… D’autres sont entrés en phase d’amorçage : « Nous voulons créer un groupe tracteur », annonce Thierry Willem. Afin de réduire les investissements, de pouvoir accéder à des tracteurs de forte puissance à moindre coût et de pouvoir plus souvent laisser des tracteurs attelés aux outils. Mais pour que chaque adhérent puisse disposer d’un tracteur quand il en a besoin, il faut une sacrée organisation ! Aussi une phase de test est-elle en cours au sein de la Cuma : « Ceux qui participent au groupe louent leur tracteur à la Cuma, qui refacture à chaque membre l’utilisation qui en a été faite », décrit Thierry Willem.

Betteraves sucrières

Du mieux côté champs

Cultures

Publié le 30/09/2019

Par rapport à l’année dernière, les betteraviers étaient un peu plus détendus en cette traditionnelle réunion technique de septembre. Il faut dire que leur bête noire du moment, la cercosporiose, n’a pas goûté les températures caniculaires et le peu d’humidité de l’été. Résultat, le pathogène a été bien contenu « avec des traitements bien ciblés et efficaces grâce aux planteurs qui ont été réactifs et qui ont suivi les recommandations issues de l’outil de modélisation Cerc’OAD », précise le service communication de Cristal Union. Mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde. Aussi, les travaux menés pour protéger la betterave de ce ravageur se poursuivent-ils. Après un galop d’essai en 2018, 2019 a été l’année de déploiement de Cerc’OAD, l’outil d’aide à la décision développé par Cristal Union pour piloter la lutte contre la cercosporiose : 1 400 planteurs l’ont utilisé dans 2 900 communes sur 4 000 parcelles, à raison d’une information par jour.

Cerc’OAD se fonde sur les données météorologiques (température, humidité, etc.) pour définir un risque agronomique et déclencher des traitements lorsque le niveau de risque atteint un certain seuil. « L’algorithme du modèle traduit la climatologie en niveau de risque, qui va de 0 à 4 », détaille Hervé Moriat, technicien agronome de Cristal Union. Le risque de chaque jour est ensuite cumulé. Quand il dépasse un certain seuil, un traitement est déclenché. Et le processus recommence, jusqu’au traitement suivant. « Déterminer le seuil de traitement a nécessité huit ans de travail et l’acquisition de nombreuses références afin d’aboutir à un algorithme pertinent, qui traduit le climat en risque et établit des seuils de traitement différents selon les régions », poursuit Hervé Moriat. En 2019, Cerc’OAD a donné de bons résultats : « Le modèle a été pertinent, malgré la climatologie particulière », se félicite Hervé Moriat. Michel Butscha, adjoint au responsable betteravier de la sucrerie d’Erstein, complète : « Aujourd’hui cette plaine qui est saine est le résultat de l’expérience accumulée ces dernières années, de notre outil Cerc’OAD et des choix variétaux qui ont été faits par des planteurs impliqués et à l’écoute des conseils fournis ».

Utiliser moins de cuivre

En parallèle, le service betteravier de la sucrerie d’Erstein a poursuivi ses essais fongicides. Le cuivre est devenu un élément incontournable pour circonvenir la cercosporiose. Réputé lessivable, il fait cependant preuve d’une assez bonne persistance d’action. Il est néanmoins recommandé de le positionner à distance des précipitations et des passages d’eau. Plus facile à dire qu’à faire : le cadencement des traitements reste un exercice difficile. Et, bien qu’autorisé en agriculture biologique, le cuivre n’est pas un élément anodin : « Nous devons trouver des partenaires qui permettent d’en réduire la dose », explique Michel Butscha, avant de passer en revue les modalités qui ont été testées, que ce soit avec du bicarbonate de potassium, des nouveautés qui arrivent sur le marché… Il constate : « Pour l’instant, dès qu’on diminue la dose de cuivre, ça tient moins bien. Et il faut intervenir à temps, pour contenir la maladie au départ. » Des nouveautés se profilent sur le marché des produits phytosanitaires. Elles pourraient être source de progrès dans la lutte contre la cercosporiose. D’autant que côté génétique aussi il y a du progrès.

Tabac

Sarlat ferme, la filière s'organise

Cultures

Publié le 30/09/2019

« Difficile, voire déstabilisante pour les producteurs », c’est ainsi que Rémy Losser, président de la Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F), qualifie la fin de la campagne 2018-2019. En cause : une rémunération du tabac qui n’a « pas été à la hauteur des attentes, au vu des orientations qui avaient été prises ». Par « orientation », Rémy Losser fait référence au partenariat signé en juin 2018 entre France Tabac et une filiale allemande du groupe Alliance One, qui avait une usine de transformation du tabac à Karlsruhe.

Les termes du partenariat étaient les suivants, rappelle Rémy Losser : « La filiale allemande d’Alliance One transférait son volume de tabac à transformer à Sarlat, ce qui devait permettre de conforter le plan de charge de l’usine, et de lui redonner de la rentabilité, car elle devenait limite. Du coup, l’usine de Karlsruhe, elle aussi en perte de vitesse, a été fermée. En contrepartie, Alliance One, leader sur le marché du tabac à chicha, prenait en charge toute la commercialisation du tabac français, en lieu et place de France Tabac, qui se trouvait déchargé de ce volet ». En théorie, une aubaine pour tout le monde : après trois mois de discussions, le partenariat était entériné.

Sarlat, c'est fini

Sauf que les choses ne se sont pas déroulées tout à fait comme prévu : « En 2018-2019, le marché mondial du tabac s’est tendu très vite et à tous les niveaux », rapporte Rémy Losser. Une réaction à une prévision de la baisse des ventes de cigarettes revue à la hausse, couplée à une progression de la conquête de parts des marchés par les vapoteuses. Conséquence, les cigarettiers ont cherché par tous les moyens à diminuer leurs charges de production, notamment en revoyant leurs achats de tabac à la baisse, pour éviter d’accumuler des stocks. « Au Brésil, premier producteur de tabac, les cigarettiers préfèrent payer des indemnités aux planteurs pour qu’ils ne plantent pas, plutôt que d’avoir à acheter leur production. Aux États-Unis, les volumes contractualisés enregistrent une baisse de 50 %, entraînant des situations dramatiques pour certains producteurs de tabac », rapporte Rémy Losser.

Un revirement du marché soudain et brutal qui a déstabilisé tous les opérateurs du marché, notamment les transformateurs de tabac, comme Alliance One. « Bien qu’étant une niche et un segment sécurisé, le marché du tabac à chicha n’est pas hermétique. Et le déséquilibre entre l’offre et la demande a été tel que les prix du tabac se sont effondrés partout », indique Rémy Losser.

Pour les producteurs, cela s’est traduit par une baisse de leur rémunération par rapport à ce qui était prévu, de l’ordre de 10 % en moyenne. Et au mois d’avril 2019, les deux parties prenantes du partenariat ont décidé d’un commun accord de le rompre. « De fait, l’usine de Sarlat fermera ses portes en octobre prochain », regrette Rémy Losser.

Le plan d'écoulement 2019 bouclé sans difficulté

Conséquence directe de cette décision, il a fallu en urgence établir un plan d'écoulement pour la récolte 2019. En effet, souligne Rémy Losser, « les fondamentaux du marché ne sont pas remis en question par cet accident de parcours. Le marché du tabac à chicha reste en croissance, légère, mais en croissance. Et la qualité du tabac estampillé CT2F est reconnue par les opérateurs, ce qui constitue une force majeure. » La preuve : la coopérative n’a eu « aucun mal » à boucler son plan d’écoulement pour 2019. Il se distribue entre quatre opérateurs. Par ordre d’importance du volume absorbé : Alliance One (qui fait transformer le tabac en prestation de service en Croatie) ; CNT, un autre opérateur allemand qui a significativement augmenté son approvisionnement en tabac à chicha auprès de la CT2F ; Mella, un transformateur italien, qui s’approvisionne auprès des coopérateurs du Sud-Est de la France ; et German Tobaco, une entreprise de négoce de tabac allemande en plein développement.

« Nous sommes rassurés, et les producteurs doivent l’être aussi », insiste Rémy Losser. Car, au final, ces péripéties ont permis de booster la compétitivité des usines qui restent. Et « les niveaux de prix contractualisés avec les quatre opérateurs devraient permettre de retrouver un niveau de rémunération correct, au minimum équivalent à celui d’avant 2018 », assure Rémy Losser.

Une « révolution » nécessaire

Reste que l'« accident de parcours » de la filière en 2018 va inciter à revoir l’organisation globale de la filière tabac. « Une nécessité pour préparer l’avenir », estime Rémy Losser. Déjà, la fermeture de l’usine de Sarlat remet en cause l’existence de France Tabac, union de coopératives qui chapeautait la filière française, et qui n’avait de raison d’être que l’usine. « France Tabac va donc être dissoute. Et le rôle des coopératives va être renforcé », annonce Rémy Losser. « Nous allons vivre une révolution. Mais elle doit avoir lieu, pour donner un cadre et un schéma de production viables à la filière dans la perspective de ces évolutions », constate Rémy Losser.

Pommes d’Alsace

Mangez des pommes (Natti)

Cultures

Publié le 26/09/2019

C’est une sorte de speed dating qui se prépare entre la variété natti et sa cible, le consommateur alsacien. En effet, cette variété présente de nombreux atouts (lire en encadré), parmi lesquels un regroupement des calibres et de la maturité. « Natti sera mûre entre le 1er et le 5 octobre, avec un gros potentiel de récolte en première passe, puis entre le 10 et le 15 octobre », estime Rudy Hecky, arboriculteur à Steinseltz et président du Groupement d’intérêt économique (GIE) Pom’Est, qui a été créé pour gérer la plantation et la promotion de cette variété. Les 250 tonnes de pommes attendues cette année seront donc distribuées en plateaux ou barquettes de six fruits en GMS et en restauration hors domicile (RHD) via les grossistes habituels à partir du 22 octobre.

Un concours de la plus belle mise en avant en rayon sera organisé. Et, la semaine d’après, la gamme sera complétée par du jus de pomme natti, pressé par la société Sauter Pom’or. 15 000 bouteilles de jus, issu des écarts de tri, notamment d’un producteur victime d’un épisode de grêle. « Nous faisons un lancement un peu façon Beaujolais nouveau pour marquer le coup et avoir un maximum d’impact, parce que la saison ne va durer que quatre mois au maximum », indique Maurice Dubois, responsable commercial de la société Alsace Fruits, fondée par Rudy Hecky pour mettre en marché les fruits des producteurs qui ont peu à peu rejoint cette société.

 

 

Programme de plantation triennal

Les premières plantations de natti ont été effectuées il y a trois ans, il y en a encore eu l’année dernière, puis cette année. Avant une pause. Histoire d’évaluer comment natti est perçue par le marché visé. « Si les retours des consommateurs sont positifs, il y aura une prochaine vague de plantations », explique Rudy Hecky.

Retrouvez ce lancement en images :

 

Choucroute d’Alsace

Nouvelle et IGP : la campagne est lancée

Pratique

Publié le 20/09/2019

Elle est douce, fraîche, craquante et savoureuse : la choucroute nouvelle est arrivée ! Et, pour ne rien gâcher, elle est IGP. Le Saint Graal a été obtenu l’année dernière, le 3 juillet, après 20 ans de travail. Mais le timing avait été un peu juste pour effectuer un lancement de la campagne de la choucroute d’Alsace nouvelle IGP en bonne et due forme.

Un peu plus d’un an après, c’est chose faite. La campagne a été lancée lundi 16 septembre, dans le cadre de la foire européenne. Plus précisément au sein du Théâtre du goût, situé dans le Jardin des délices. Il fallait bien ça. Sébastien Muller, président de l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace, rappelle que le signe officiel de qualité reconnaît « la réputation d’un produit sur un territoire, avec un savoir-faire et des caractéristiques qui lui sont propres ». Pour la choucroute d’Alsace, il s’agit de sa blancheur, sa finesse, la longueur de ses fibres, son acidité… Mais aussi des ingrédients produits de manière raisonnée, une fermentation naturelle qui dure de deux semaines à cinq mois… Un an après l’obtention du label, 90 % des choucroutiers alsaciens se le sont approprié, sachant qu’ils sont onze en tout et qu’ils produisent 70 % de la choucroute française.

Douce choucroute

La choucroute nouvelle est la première à sortir des cuves de fermentation, où elle ne reste qu’environ deux semaines. En résulte une choucroute toute douce, particulièrement adaptée aux salades. Prochaines actualités pour le légume phare de la gastronomie alsacienne ? Une campagne d’affichage représentant de la choucroute au cœur d’un chou, accompagnée du slogan évocateur « 100 % terroir 100 % saveur ». Une représentation qui s’annonce affirmée au salon Folie’Flore, qui se tiendra du 3 au 13 octobre à Mulhouse. Puis, durant trois semaines cet hiver, l’opération Folle choucroute d’Alsace sera réitérée dans des restaurants alsaciens qui proposeront de nouvelles manières de décliner le légume. Une opération saluée par Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, pour qui il est « important de montrer autrement ce produit ».

Enfin, un club des ambassadeurs de la choucroute d’Alsace est en cours de création. Histoire de ne pas prêcher que des convaincus, mais aussi de porter la choucroute hors des frontières alsaciennes.

Élevage Wilt à Dachstein

Bienvenue aux Wilt happy days

Élevage

Publié le 16/09/2019

C’est un peu le black friday de la génétique bovine. Les 28 et 29 septembre, l’élevage Wilt organise une grande vente de bovins nés et élevés dans leur élevage. Pas moins de 50 animaux seront proposés à la vente, toutes catégories confondues, que ce soient des vaches de concours, des vaches en lactation, des vaches gestantes, fraîchement vêlées, pas mal de génisses gestantes ou encore quelques embryons.

L’élevage Wilt, réputé pour son travail de sélection génétique, organise régulièrement des ventes d’animaux. Mais cette année, pour la première fois, le format change : « Nous ne voulions plus faire de vente aux enchères, mais une vente à prix fixes. Parce que c’est plus convivial, et plus juste pour tout le monde, avec des prix plus raisonnables », explique Olivier Wilt. Lors de ce type de vente, le prix des différents animaux est fixé à l’avance par le vendeur. Il n’y a pas de négociation possible. Et c’est le premier acheteur qui manifeste son intérêt qui concrétise l’achat. « Les premiers arrivés seront les premiers servis », résume Olivier Wilt. L’ouverture de la vente est fixée à 10 h. Le quart d’heure agricole risque de ne pas avoir cours ce jour-là !

Des animaux pour tous les goûts

Qui dit prix raisonnables, ne dit pas génétique au rabais. C’est tout le concept qui change : « Quand on organisait des ventes aux enchères, on vendait aussi des animaux issus d’autres élevages. Pour nous cela représentait un énorme travail d’organisation pour vendre les animaux des autres », constate Olivier Wilt. Et parmi les animaux vendus, il n’y avait que des animaux au top de la génétique. La clientèle s’en ressentait : d’autres férus de génétique, venus parfois de loin, et capables de surenchérir pour obtenir la génétique désirée. Avec cette nouvelle formule, l’élevage Wilt souhaite renouer avec quelque chose de moins élitiste : « Il y aura une large gamme, pas uniquement le top de la génétique, avec des animaux à 1 400 € -1 500 €, tous issus de notre génétique. En sélectionnant les bêtes qui seront vendues, nous avons d’ailleurs veillé à ce que toutes les lignées soient représentées, afin de proposer une offre variée », précise Olivier Wilt.

Avec ce nouveau format, les Wilt espèrent attirer pas mal d’éleveurs du Nord-Est, pas forcément des sélectionneurs chevronnés, mais des éleveurs qui cherchent à améliorer leurs performances technico-économiques en perfectionnant la génétique de leur troupeau. Une belle occasion pour les éleveurs d’apporter un peu de sang neuf dans leur troupeau. Et pour l’élevage Wilt de faire un peu de place dans l’étable pour accueillir la poursuite du progrès génétique.

Foire européenne de Strasbourg. Inauguration de l’espace agricole

Des distances et des frontières

Vie professionnelle

Publié le 14/09/2019

C’est le dernier épisode du feuilleton sur les pesticides : le 4 septembre, le ministre de l'Agriculture a annoncé que des mesures de protection des riverains lors de la pulvérisation d’un produit phytosanitaire, notamment une distance minimale de non-traitement aux abords des habitations, entreraient en vigueur le 1er janvier 2020. Une consultation publique d’un projet de décret visant notamment à fixer cette distance a été lancée lundi 9 septembre sur les sites du ministère de l’Agriculture, le même jour que l’inauguration de l’espace agricole de la foire européenne de Strasbourg. Le sujet a donc été évoqué à plusieurs reprises par les intervenants. À ce stade, la distance minimale de non-traitement la plus couramment évoquée est de 5 mètres à proximité des habitations pour les cultures basses, et de 10 m pour les cultures hautes. Largement insuffisant pour certains. Déjà trop pour d’autres.

Ouvrir une consultation publique sur ce sujet clivant, c’est donc ouvrir une boîte de Pandore. C’est en tout cas ce qu’estime Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est, « tétanisée » par ce débat : « Soumettre ce sujet à une consultation citoyenne, c’est jeter l’agriculture en pâture à l’opinion publique. Parce qu’évidemment les consommateurs vont demander les plus grandes distances possible, pour se protéger, et c’est normal », souligne-t-elle. Sauf que, comme le constate le député Antoine Herth, le sujet est « déjà parti dans l’émotionnel ». Les experts en santé publique auront beau dire qu’une distance de 5 m est suffisante pour préserver la santé des riverains, ils ne seront plus entendus.

Pour sa part, il plaide pour que ce sujet n’engendre pas de nouvelles distorsions de concurrence au niveau européen. « En Allemagne, une distance de non-traitement existe, elle est de 2 m, et c’est gérable, mais au-delà c’est compliqué », estime-t-il. Car instaurer des distances de non-traitement trop importantes peut rendre considérablement plus complexe le travail des agriculteurs, surtout dans des secteurs où la pression urbaine est importante et le parcellaire morcelé, comme en Alsace. « L’arbitrage final devra permettre à tous les territoires de rester productifs, pour ne pas engendrer de zones de friches », insiste Antoine Herth, qui incite les agriculteurs à « mettre leur voix dans la balance » dans le cadre de la consultation publique. Ce qui gêne aussi le monde agricole dans le dossier, c’est que des Chartes riverains ont été instituées par la loi EGAlim. Leur objet est justement de co-construire une charte de bonnes pratiques entre les organisations agricoles et environnementales. Le projet de décret arrive donc comme un cheveu sur la soupe. Même si Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, a précisé que les territoires où une charte riverain a été signée avec les préfets avant la fin de l’année ne seront pas concernés par le futur décret. Dommage pour les autres car, estime Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, la concertation aurait été la meilleure solution : « Les agriculteurs sont prêts à trouver des accords avec les riverains. Mais s’ils font des efforts, ils doivent être accompagnés et compensés. »

Mieux vaut être seul que mal accompagné

Autres sujets brûlants le Ceta et le Mercosur. Deux accords de libre-échange qu’Antoine Herth se refuse absolument à mettre dans le même panier. « J’ai voté pour le Ceta car c’est un bon accord, qui donne des garanties en matière de protection du climat, des AOP… C’est un plus par rapport à un non-accord », justifie le député, qui rappelle qu’il y a des opportunités à saisir sur le marché international. Mais pas dans n’importe quelles conditions.

Ainsi, il juge tout autrement l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne : « Le Brésil n’est pas mûr pour conclure un accord équilibré et équitable, notamment parce que l’instabilité politique y est encore trop grande ». Mais, estime le député, l’export est, avec la restauration hors foyer, une des deux voies de valorisation de la production agricole française où existent encore des marges d’expansion.

Structurer les filières

En matière de consommation locale, l’Alsace a déjà fait beaucoup de chemin. L’un des emblèmes du travail accompli est la marque Savourez l’Alsace - Produit du Terroir, qui valorise des produits dont l’origine alsacienne est tracée du producteur au consommateur. « C’est un pari réussi. Mais il faut aller plus loin. Car entre les producteurs et les consommateurs, il y a tout un pan d’intermédiaires à structurer et à fédérer », estime Philippe Boehmler. Car c’est la condition sine qua non pour développer la part des produits locaux dans la restauration hors foyer, en plein développement. « C’est un enjeu que nous devons relever avec l’aide des collectivités et de l’État », confirme Jean-Michel Schaeffer, président d’Alsace Qualité. Et Pascale Gaillot ne dit pas autre chose : « Nous devons arriver à structurer les filières pour répondre aux marchés publics ».

Houblon

Bonne qualité, mais rendement en berne

Cultures

Publié le 13/09/2019

La campagne 2019 s’annonce moyenne par rapport aux cinq dernières années et en baisse par rapport à 2018. L’objectif de production national, à 900 tonnes, ne sera pas atteint cette année. On s’avoisine vers les 870 t en raison de la sécheresse qu’a connue la France cet été. Les conditions fraîches en fin de cycle jusqu’à la récolte devraient cependant permettre de diminuer légèrement l’impact des fortes chaleurs. La production française progresse en dehors des bassins historiques (Alsace et Nord), avec le développement du houblon hors de ces territoires, tiré par une demande pour des bières incorporant des houblons locaux. Avec des projets d’installation compris entre 0,5 et 8 ha, de nouveaux échafaudages houblonniers font leur apparition dans le paysage, signe du renouveau du houblon français. L’arrivée de nouveaux producteurs va permettre d’augmenter la production française, et de favoriser l’approvisionnement en houblon en circuits courts des brasseurs.

En Alsace plus spécifiquement, la campagne houblonnière a été assez difficile. Le printemps a été marqué par des températures fraîches et de fortes attaques de mildiou primaire. Les houblonnières ont ensuite souffert des effets conjugués de la canicule et de la sécheresse. Les premières variétés les plus précoces ont commencé à être récoltées le 28 août. Le strisselspalt, variété emblématique de la région, a commencé à être décroché des houblonnières à partir du 7 septembre. Et la récolte a ensuite pris son rythme de croisière. Difficile pour l’heure de dire ce que réserve le millésime 2019, tant en termes de quantité que de qualité. « Une chose est sûre, avance Bernadette Laugel, c’est que les résultats seront très différents d’un terroir à un autre. C’est souvent le cas en année climatique hors normes. Donc d’autant plus après deux années atypiques. »

Sécher à point nommé

La qualité du séchage constitue un point crucial de la récolte du houblon. La liane, qui peut atteindre 8 m de long, doit être préalablement coupée, puis les cônes sont séparés de la liane et des feuilles, et séchés avec précaution. Le séchage est un point critique, car il conditionne en partie la qualité aromatique du houblon. Il s’agit donc pour les producteurs de savoir trouver un juste équilibre afin d’optimiser le séchage tout en protégeant l’intégrité physique du cône afin de préserver la lupuline, qui confère arômes et amertume à la bière. Le taux d’humidité maximum du produit fini est défini par FranceAgriMer, opérateur de l’État qui certifie tous les lots qui seront commercialisés en France ou à l’étranger.

Une nouvelle architecture pour la filière

Les premières assises de la filière houblonnière se sont tenues le 22 et 23 août 2019 à Obernai. Un acte fondateur qui a été l’occasion de présenter la nouvelle architecture de la filière : « Le renouveau du houblon sur tout le territoire français impose une nouvelle organisation de la filière pour répondre à ses enjeux à l’horizon 2022 », précise Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblons de France (AGPH). L’Institut technique du Houblon voit le jour, une interprofession InterHoublon est créée, et la marque France Houblon est lancée. Cette dernière devient le nom de la filière française de houblon. Son objectif est de repositionner le houblon comme ingrédient central et singulier dans la fabrication de la bière, de développer sa notoriété sur le marché intérieur et de sensibiliser le consommateur aux enjeux de la filière.

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