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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Comptoir élevage

2019, l’année du cochon

Élevage

Publié le 11/12/2019

Le marché du porc est cyclique, c’est bien connu. Actuellement, il est au sommet de la vague. Essentiellement pour des raisons conjoncturelles que Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a détaillé lors de cette soirée. Petits rappels au préalable : « La viande de porc est une matière première indexée, qui parcourt le monde, et dont les prix tiennent compte du marché mondial ». À noter aussi : « Le poisson est la première source de protéine consommée dans le monde, devant la viande. Celle de porc a été longtemps la plus consommée au monde, mais elle a été dépassée par la volaille, pour des raisons éthiques, religieuses et économiques », poursuit Pascal Le Duot. La viande de porc est produite à 60 % et consommée à 70 % en Asie. La Chine, par exemple, est un gros pays producteur, mais pas assez pour être autosuffisante. Elle est donc importatrice de viande de porc, contrairement aux USA et à l’UE, qui sont exportateurs. Globalement, la production mondiale de viande de porc augmente de 1 % par an. Dans le détail, elle stagne en Europe, alors qu’aux États-Unis, par exemple, elle augmente significativement (+ 6 %).

En 2018, le marché du porc a été fortement impacté par deux facteurs : la guerre économique que se livrent la Chine et les États-Unis et par la propagation de la Peste porcine africaine (PPA). Conséquence de la guerre économique, les États-Unis ont réduit leurs exportations vers la Chine, mais aussi le Mexique et le Canada. « Grosso modo, les Américains consomment ce qu’ils produisent, donc le prix du porc américain s’effondre, passant derrière le prix européen. » Sur l’échiquier mondial, Pascal Le Duot souligne aussi la montée en puissance de la Russie, qui a largement subventionné son élevage porcin, jusqu’à devenir exportatrice en 2019. « La Russie va devenir un opérateur majeur sur le marché du porc. » Autre pays qui bouge : l’Espagne. La patrie du pata negra a investi dans des structures d’abattage. Elle devrait devenir le premier pays abatteur en Europe, détrônant l’Allemagne. L’Espagne est aussi le premier fournisseur de viande de porc de la France, où la production stagne et où les importations de produits transformés augmentent, traduisant une perte de la valeur ajoutée au passage.

La PPA se propage par la viande contaminée

« Au niveau mondial, le principal vecteur de propagation de la PPA s’avère être le commerce de viande contaminée », indique Pascal Le Duot. En Europe, elle progresse sur un front venant de l’Est, essentiellement via la faune sauvage porteuse du virus et parce que, dans certains pays de l’Est, les règles de biosécurité sont sommaires, si ce n’est inexistantes. « Depuis le 14 août il n’y a pas eu de nouveau cas de sanglier mort de la PPA dans la zone de surveillance en Belgique, ce qui est plutôt positif », note Pascal Le Duot. Par contre, un sanglier mort de la PPA a été trouvé en Pologne, à 80 km de l’Allemagne. Or, si l’Allemagne devait être contaminée, c’est quelque 1 Mt de viande de porc qui se retrouveraient sur le marché européen, puisque cette viande ne pourra plus être exportée vers les pays tiers. Pour Pascal Le Duot, une chose est sûre, la gestion de l’épidémie passera par « des mesures sanitaires adaptées ». En attendant, la raréfaction de la ressource tire les cours mondiaux de la viande de porc vers le haut. « Et, heureusement, l’effet PPA l’emporte sur l’effet Trump, commente Pascal Le Duot. Actuellement, en Chine, le cochon coûte 550 €, un prix qui tire le prix mondial, et le prix perçu par les éleveurs européens suit. »

Pour conclure, l’expert a tenté de donner quelques perspectives d’avenir aux éleveurs. Premier élément, plutôt favorable : « On ne peut pas avoir des pays qui ont trop de porc et de d’autres qui n’en ont pas. Le commerce se fera de toute manière, malgré la PPA ». Et puis cette crise, qui tire les cours vers le haut, va durer. Car « il n’y a pas de vaccin à moyen terme ». En outre, la baisse de la production allemande laisse une place à prendre. Et la mise en route d’un nouvel abattoir espagnol, capable de traiter 34 000 porcs par jour, va créer de la demande. « Ce qui est bon pour le porc espagnol mais aussi français. » Un autre élément va jouer, mais difficile de savoir dans quel sens : l’impact des États généraux de l’alimentation et de l’évolution des attentes sociétales en matière de pratiques d’élevage. D’autres facteurs risquent d’être plus défavorables au marché du porc : la baisse de la consommation mondiale, la guerre économique entre les USA et la Chine, le poids de la distribution et de la transformation en Europe et l’évolution de la PPA. Reste à savoir quels sont les facteurs qui pèseront le plus lourd sur l’évolution des cours.

 

 

Comptoir agricole

Une formation au semis de précision

Technique

Publié le 06/12/2019

Le semis, c’est la genèse d’une culture. De sa réussite dépend en grande partie le bon développement des plantes par la suite, leur capacité à exprimer au maximum leur potentiel de rendement. Or de nombreux facteurs limitants, souvent invisibles, dégradent la qualité des semis. Les nouvelles technologies permettent désormais de les mettre en évidence. C’est le cheval de bataille de l’entreprise Precision Planting, qui a développé et développe encore tout un arsenal de capteurs dont il est possible d’équiper n’importe quel semoir. Objectif de ces capteurs : « Visualiser les performances du semis et piloter les paramètres qui ont un impact sur la programmation », indique Benoît Blateyron, responsable de l’Europe de l’Ouest pour Precision Planting.

Pour illustrer l'importance de la qualité du semis, Benoît Blateyron avait ramené des maquettes de plants de maïs en 3D, avec des plants semés à diverses profondeurs, à divers écartements, et qui permettent de visualiser les conséquences de ces facteurs sur le développement du système racinaire, végétatif et reproducteur. Il illustre : « Deux pieds issus d’un doublon n’égaleront jamais un pied issu d’une graine simple en termes de nombre de grains, qui baisse en moyenne de 30 % en cas de doublon. » Ces maquettes lui permettent aussi d’insister sur l’importance d’arriver à une profondeur de semis régulière pour éviter les décalages de stade : « En fonction de la profondeur de semis, le mésocotyle mettra plus ou moins de temps à émerger. Et l’énergie dépensée pour faire émerger la plantule ne va pas au développement du système racinaire, ce qui se traduit par un retard de stade ».

La juste profondeur

L’intérêt des capteurs Precision Planting était démontré grâce à la décortication d’un élément semeur et sa reproduction à plus grande échelle. Devant un disque semeur mal réglé, qui entraîne à la fois un double et un manque, Benoît Blateyron constate : « Dans ce cas, la population est bonne, puisque le double compense le manque, mais pas le placement. Et ça, les terminaux de pilotage classique ne le montrent pas, contrairement au nôtre ». Precision Planting équipe aussi les semoirs de capteurs d’effort, qui permettent de mesurer le pourcentage de temps où l’élément semeur a exercé la pression au sol voulue, des accéléromètres, qui mesurent la stabilité des éléments car « si elle varie trop, la profondeur de semis aussi ». Un autre capteur, baptisé Smart Firmer, permet de déterminer si les conditions de semis sont réunies. Il s’agit d’une languette de rappui équipée d’un spectromètre intégré, capable de mesurer en temps réel la température et l’humidité qui règnent dans le sillon. « Ce sont les deux facteurs qui influencent le plus la levée, rappelle Benoît Blateyron. Pour germer, une graine de maïs doit pouvoir absorber 30 % de son poids en eau, et se situer à 10-12 °C. Le fait de connaître ces deux paramètres permet donc aussi de déterminer si la profondeur de semis est adaptée aux conditions de semis, où s’il vaut mieux aller chercher un peu d’humidité plus en profondeur, ou de chaleur plus en surface », décrit Benoît Blateyron. Dans un premier temps, le suivi des indications fournies par ces capteurs permet donc de visualiser si les paramètres de semis sont bien réglés.

Synchroniser les levées

L’étape suivante consiste à contrôler la qualité du semis, grâce aux remontées des capteurs. C’est déjà le cas avec le système Delta Force, qui permet d’ajuster automatiquement la pression exercée sur le sol, selon la pression enregistrée par le capteur. Precision Planting propose aussi de remplacer la distribution existante par une version moins sensible au calibre des graines. « Comme elle est à entraînement électrique, elle est adaptée à la coupure de rang automatique, donc à la modulation du semis », précise Benoît Blateyron. Autre exemple de modulation automatique déjà proposée : celle du débit rang par rang de l’apport en engrais phosphaté liquide, injecté dans le sillon pour être directement assimilable. Le système Furrow Force, quant à lui, permet d’obtenir une fermeture du sillon homogène puisque la force de rappui est adaptée en fonction de la mesure de la résistance au sol. Enfin, Precision Planting teste actuellement une innovation, baptisée Smart Depth. Il s’agit cette fois d’adapter la profondeur de semis, dans une plage définie, par exemple entre 4 et 6 cm de profondeur, en fonction de l’humidité mesurée en direct dans le sol. Objectif : « Synchroniser les levées, par exemple entre des veines d’alluvions et d’argiles », illustre Benoît Blateyron, qui annonce une mise sur le marché potentielle de l’outil pour le printemps 2021.

FDSEA. Canton de Haguenau

Immersion agricole pour le nouveau sous-préfet

Vie professionnelle

Publié le 29/11/2019

Première étape de ce périple agricole : Bietlenheim. Au Gaec Gangloff, une exploitation de polyculture élevage représentative de l’agriculture cantonale. Le maire, Patrick Kieffer, entre dans le vif du sujet en soulignant que la commune ne compte plus que quatre agriculteurs. Et que le Gaec Gangloff figure parmi les deux seules exploitations à encore vendre du lait en direct dans la communauté de communes.

Après avoir décrit l’historique et brossé le portrait de l’exploitation familiale, Mickael Gangloff expose les dernières évolutions de l’activité. En 2014, les agriculteurs ont créé une Entreprise de travaux agricoles (ETA). Et, en 2015, grâce à des échanges de parcelles entre collègues, ils ont investi dans une rampe d’irrigation, qui permet de sécuriser le rendement, donc le revenu, sur 70 ha, dont une partie en prestation de service pour ceux qui ont participé aux échanges de parcelles sans qui ce projet n’aurait pas pu être mené à bien. « Nous irriguons aussi 30 ha avec des enrouleurs alimentés par prélèvement d’eau dans la Zorn. Mais sur un secteur en pente, limono-sableux, donc soumis au risque de battance et d’érosion, il était préférable d’irriguer avec une rampe. Et nous avons effectué un forage vers la nappe afin de sécuriser l’accès à l’eau », décrit le jeune agriculteur. Des investissements qui leur ont permis de diversifier leur assolement - ce qui constitue aussi une forme d’assurance revenu - avec du maïs semences, de la betterave sucrière, du soja.

Diversifier pour solidifier

L’évolution du Gaec Gangloff est symptomatique des défis qu’a à relever l’agriculture alsacienne. Ses principaux atouts au regard des attentes sociétales actuelles - être familiale et diversifiée - entraîne en effet des freins, comme un parcellaire morcelé. Le projet d’irrigation a donc permis à la fois de lever le frein du parcellaire, tout en allant plus loin dans la diversification. Irriguer, créer une ETA, diversifier les cultures démontrent aussi le besoin qu’ont les agriculteurs de sécuriser leur revenu dans des contextes économiques, climatiques et sociétaux brûlants.

La densité de population dans le canton est si élevée que Marc Moser, membre du bureau de la FDSEA, n’hésite pas à le qualifier de « périurbain ». Il regrette : « Les relations sont de plus en plus compliquées entre les riverains et les agriculteurs ». Principaux sujets de crispation : le recours aux produits phytosanitaires, et les « nuisances ». Pourtant, « des efforts sont faits », souligne-t-il, citant en exemple les périmètres de captage, où les prairies ont en partie remplacé les grandes cultures, et où les agriculteurs sont soumis à des restrictions d’épandage qui posent parfois problème. Au sous-préfet qui suggère la méthanisation comme solution, les agriculteurs rétorquent qu’il y a déjà pas mal d’unités en fonctionnement et de projets en cours. Et que ce n’est pas une solution miracle : cela représente des investissements, du trafic, une tension sur les gisements de ressource méthanisable…

Le sous-préfet s’est montré optimiste. À la surprise générale, il estime les agriculteurs ont gagné la bataille de la communication : « On ne parle plus de pollueurs-payeurs, ni d’assistés ». Et que, derrière la frange de la population qui s’adonne à l’agribashing parce que les agriculteurs sont des boucs émissaires bien pratiques, il ne faut pas oublier la majorité silencieuse, qui n’a pas oublié « qu’il y a deux siècles il y avait encore des disettes ». Et qui est consciente que, « si l’espérance de vie a tant augmenté, c’est en partie grâce aux progrès dans le domaine de la médecine, mais aussi grâce à l’amélioration de la qualité de notre alimentation ».

 

 

Un modèle menacé

Heureux de se l’entendre dire, les agriculteurs en ont profité pour faire passer un message important. Pour faire vivre leurs petites structures familiales, ils n’ont de cesse d’aller chercher de la valeur ajoutée. Jean Marc Pfrimmer, président du canton de Haguenau illustre : « Il n’y a pas un village sans une ferme qui fasse de la vente directe ». Aussi ne comprennent-ils pas que les frontières soient ouvertes à des denrées produites avec des normes et des charges d’exploitation différentes, qui jettent le flou dans l’esprit du consommateur, et brisent les efforts engagés pour rester compétitifs.

Également président de la Safer Grand Est, Marc Moser assiste à l’érosion du nombre d’exploitations agricoles, liée en grande partie à des départs à la retraite sans reprise. Il est plus pessimiste que le sous-préfet. Car il estime que, si rien n’est fait, cet effritement risque de s’accélérer, jusqu’à atteindre « une situation explosive par rapport aux enjeux alimentaires ». Mickael Gangloff, qui prévoit de ne plus investir dans la production de lait, au regard du prix payé, de l’instabilité des marchés et du coût de la main-d’œuvre, enfonce le clou : « Un élevage laitier qui s’arrête, ça ne se remonte pas ».

Valorisation agricole des produits résiduaires organiques

Une solution vertueuse à préserver

Technique

Publié le 26/11/2019

« Un thème peu attractif, mais essentiel au cycle de l’eau. » C’est ainsi que Denis Hommel, président du SDEA, a introduit le colloque sur la valorisation agricole des boues. Car ce recyclage, effectué en partenariat étroit avec le monde agricole, participe à la préservation de la qualité de la ressource en eau. En effet, dans le Bas-Rhin, le taux de recyclage des eaux usées est proche de 100 %. Et les installations de traitement sont de plus en plus performantes. Elles rejettent donc d’un côté de l’eau nettoyée, apte à être rejetée dans le milieu naturel, et un sous-produit, les boues d’épuration. L’objectif de leur épandage en milieu agricole est de « faire de ce déchet une ressource, dans une logique d’économie circulaire, via un recyclage local affichant un bilan économique et environnemental positif », poursuit Denis Hommel.

L’épandage agricole des boues existe depuis presque aussi longtemps que les stations d’épuration. Mais leur multiplication a conduit à encadrer cette pratique : « En 1998, la réglementation a notamment défini les boues comme des déchets », pose Céline Veit, responsable de la mission déchets et matière organique à la Chambre d’agriculture Alsace. Ce qui implique que leur devenir relève de la responsabilité de leur producteur, en l’occurrence le SDEA. La réglementation stipule aussi que leur épandage n’est autorisé que si l’intérêt agronomique et l’innocuité pour les sols et les cultures sont démontrés. Le principal intérêt agronomique des boues d’épuration réside dans leur valeur fertilisante, notamment en azote et en phosphore. Cela permet aux agriculteurs qui en épandent de réduire les doses d’engrais de synthèse, voire de s’en passer. En outre, certaines boues sont chaulées avant d’être épandues, ce qui permet d’effectuer un chaulage d’entretien des terres acides. « Enfin, lorsque les boues sont compostées avant d’être épandues, elles représentent une source de matière organique stable, qui améliore la structure des sols, leur capacité de rétention en eau des sols », décrit Céline Veit.

 

 

Une pratique encadrée

Bonnes pour le sol, les boues d’épuration le sont donc effectivement, a priori. Mais tous les sols ne sont pas égaux face aux boues. Aussi « l’intérêt agronomique pour le milieu récepteur est-il caractérisé via des études de sol réalisées initialement par des pédologues de bureaux d’études et, depuis 10 ans, par le SDEA », indique Thierry Willmann, responsable technique de la valorisation des boues au SDEA. Ces études permettent de vérifier l’aptitude des sols à valoriser les éléments fertilisants, à déterminer s’il y a lieu d’adapter la période, le mode ou encore la dose d’épandage, notamment afin d’éviter le lessivage… « Nous avons référencé 800 types de sol, avec des capacités de valorisation spécifiques », souligne Thierry Willmann.

Sur la base de ces analyses de sol, des périmètres d’épandage sont établis. Et les boues sont épandues sur les parcelles des exploitants qui les acceptent par des Entreprises de travaux agricoles (ETA), validées par les agriculteurs. L’effet des épandages à répétition de boues d’épuration est étudié grâce à un suivi analytique : « Avant tout premier épandage sur une exploitation, une parcelle de référence est désignée pour y effectuer des mesures portant tant sur les éléments minéraux que d’autres substances, comme les Éléments traces métallique (ETM). Et, au bout d’un certain nombre d’épandages, des analyses de contrôle sont effectuées, afin de mettre en évidence d’éventuelles variations de paramètres, comme la hausse de la teneur en matière organique, et de vérifier qu’il n’y a pas d’accumulation d’éléments indésirables », décrit Thierry Willmann. Des analyses de reliquats azotés sont également effectuées en sortie hiver, pour adapter la stratégie de fumure.

Réduire les distances parcourues

Les boues d’épuration sont issues du traitement d’eaux qui ont été rejetées dans le réseau après avoir été utilisées pour tirer la chasse d’eau, faire le ménage, la vaisselle, avec des produits dont l’innocuité laisse parfois à désirer. Pour vérifier leur innocuité et les caractériser au regard de leur teneur en éléments fertilisants, en ETM, en composés traces organiques… les boues sont donc analysées avant d’être épandues. « En 2018, 700 analyses ont été effectuées, avec un taux de conformité de 100 % », se félicite Thierry Willmann, qui note : « le meilleur moyen d’obtenir des boues conformes, c’est de maîtriser les rejets dans le réseau. » C’est pourquoi des agents du SDEA contrôlent les rejets des industriels, des artisans, et œuvrent à l’amélioration de leur impact sur le réseau d’assainissement.

Le SDEA a aussi pour mission d’assurer la traçabilité des pratiques d’épandages. Les nouvelles technologies sont mises à contribution : géolocalisation du parcellaire épandu, transmissions des informations en direct aux chauffeurs des ETA grâce à une application dédiée. Objectif 2020 : « Faire le lien avec les données des agriculteurs, notamment vers Mes P@rcelles », annonce Thierry Willmann. Le SDEA cherche à améliorer les pratiques d’épandage, et à les adapter aux évolutions des pratiques culturales. Exemples : l’utilisation d’automoteurs équipés de pneumatiques basse pression pour limiter le tassement des sols, l’enfouissement des boues liquides pour limiter la volatilisation de l’azote et les nuisances olfactives. Et, afin de répondre aux exigences du contexte agricole local et réglementaire, le SDEA adapte ses équipements. « Nous avons augmenté notre capacité de stockage afin de diminuer le nombre d’épandages, nous nous sommes équipés en séchage solaire afin de réduire le volume de boues et de les stabiliser, certaines stations d’épuration sont équipées d’unité de co-compostage de déchets verts et de boues d’épuration, d’autres d’unité de méthanisation… » À l’horizon 2030, le défi que se fixe le SDEA est de parvenir à réduire la distance parcourue par les boues pour les traiter : « Certaines parcourent plus de 200 km entre leur lieu de production, de traitement et d’épandage, ce qui n’est pas satisfaisant. Notre objectif est d’atteindre un seuil de 50 km maximum autour du lieu de production », informe Thierry Willmann. Ce qui passera par la construction d’unités de traitement mutualisées.

 

 

Point de campagne

La pluie tant attendue pénalise les chantiers

Cultures

Publié le 20/11/2019

La récolte des maïs touche à sa fin. Enfin. Les silos se referment sur une année agronomiquement compliquée. Christian Lux, responsable du service Agronomie et Environnement au Comptoir agricole, rembobine le film : « Un mois d’avril frais, entraînant un décalage des dates de semis, des mois de mai et de juin relativement frais aussi, provoquant un retard végétatif. Un décalage de la floraison d’une bonne vingtaine de jours. » Durant l’été, les maïs sont confrontés à deux épisodes caniculaires. Le premier se traduit par une évapotranspiration massive, qui vide les réserves en eau du sol. En l’absence de précipitation pour les renflouer, le second épisode caniculaire est fatal. La conséquence la plus directe, c’est une fécondation altérée, se traduisant par des pieds portant des « épis lacuneux, c’est-à-dire avec peu de grains, mais un gros PMG, à la dessiccation lente », décrit Christian Lux.

En outre, stressés, les maïs ont totalement fermé leurs spathes, ce qui n’est pas non plus propice à une dessiccation optimale. Enfin, les maïs se sont physiologiquement bloqués, « ils ont moins été réceptifs aux unités de chaleur et ont eu du mal à finir leur cycle. Ils étaient encore très humides fin septembre », rapporte Christian Lux. Les premiers maïs dentés à avoir été récoltés affichaient une humidité de 33 à 36 %, alors qu’elle devrait être de 27-28 %. Les chantiers de récolte ont donc été remis à plus tard. « Ça a été une grosse déception. Nous nous attendions à être confrontés à des humidités élevées, mais pas autant. » Les déconvenues s’enchaînent : le mois d’octobre a été très humide, ce qui n’a pas été propice au séchage naturel des maïs. Résultat, fin octobre, il restait encore beaucoup de maïs à rentrer, quels que soient les secteurs non irrigués. La situation décrite précédemment ne concerne en effet que les maïs non irrigués. Ceux qui l’ont été ont pour la plupart effectué des cycles normaux, avec une maturité normale, certes à grand renfort de tours d’eau. Au final, les maïs ont été rentrés avec des humidités significativement supérieures à la normale, à l’opposé de l’année 2018. Au niveau des rendements c’est « le grand écart, décrit Christian Lux. En fonction des dates de semis, des variétés, du type de sol, on va du simple au triple ». L’organisme stockeur avait établi un prévisionnel de rendement à 95 q/ha pour le Bas-Rhin. « Ce sera peut-être un peu mieux, mais la barre des 100 q/ha ne sera pas atteinte », présage Christian Lux.

 

 

Des semis de blé compliqués

Les conditions humides automnales ont aussi compliqué les semis de blé. Dans un certain nombre de situations où elle avait été remisée, « il a fallu ressortir la charrue », rapporte Christian Lux. En effet, les techniques culturales sans labour utilisent principalement des outils à disques, qui requièrent un sol ressuyé pour pouvoir être utilisés, au risque d’être confronté à des bourrages et à des enterrages détériorés. Or avec des précipitations fréquentes et un manque d’ensoleillement, les sols ne ressuient quasiment pas. Par contre, s’ils sont très humides en surface, dans les 20 premiers centimètres, ils sont plus secs en profondeur. Le labour permet donc de remonter de la terre sèche en surface, et de travailler les sols.

Pour Christophe Diss, président de Base Alsace, le recours au labour n'est pourtant pas forcément la bonne solution. Il explique : « C’est toujours mieux de semer dans de bonnes conditions. Cette année ce n’était pas le cas. Car même si on a un profil qui permet de drainer les excès d’eau, il y a toujours des remontées capillaires. Et si on exerce une pression sur les premiers centimètres, que ce soit un pneumatique, un disque, une dent, on va lisser le sol et créer un milieu d'anaérobiose peu favorable à la plantule mais favorable aux parasites et aux maladies, et qui sont aussi des autoroutes à limaces. » Pour lui, lorsque les conditions de semis ne sont pas réunies, il n’y a pas 36 solutions : « Il faut ou laisser tomber et partir sur une culture de printemps. Ou attendre que les précipitations se calment et les premières gelées pour effectuer une reprise de surface et planter une fourragère comme un triticale. Ou semer à la volée une céréale type épeautre avant le broyage des pailles de maïs, avec la difficulté d’avoir des pailles de maïs collées au sol, et une interrogation sur la capacité de résistance au gel de ces semences déposées sur la terre. » Quant au labour, il soutient : « Il ne faut pas vouloir forcer. Certes, on réussit à semer, mais c’est compliqué aussi, ça patine, et toute l’énergie mécanique dépensée en surface se traduit par une déstructuration du profil en profondeur. Et la portance des sols au printemps risque d’en pâtir. »

Colza : parés pour l’hiver

La levée des colzas, alors que les conditions étaient encore sèches, a été source de quelques angoisses. Mais les précipitations de septembre ont permis aux colzas de lever vers le 15-20 septembre. « C’est la qualité de la préparation du sol qui fait la différence, constate Christian Lux. Avec un sol bien rappuyé, le contact terre-graine est amélioré, et les remontées capillaires sont bien valorisées. » Après la levée, le temps a été relativement doux, ce qui a permis aux colzas de bien se développer, et d’atteindre le stade optimal pour l’entrée dans l’hiver. Côté ravageur, l’Alsace a connu quelques attaques de petite altise mais, contrairement à la Lorraine ou à la Bourgogne, peu d’attaques de grosse altise. Généralement pas de quoi justifier des interventions.

Betteraves : reprise des arrachages

Les arrachages de betteraves sucrières ont été perturbés par les pluies du mois d’octobre : « Le stock était tout juste suffisant pour alimenter l’usine », rapporte Laurent Rudloff, responsable du service betteravier à la sucrerie d’Erstein. Les conditions se sont améliorées début novembre, permettant une reprise des arrachages « sauf dans le secteur de Mulhouse, où les précipitations ont été particulièrement abondantes et où les arrachages affichent du retard ». Autre conséquence des précipitations : une baisse de la richesse, par effet de dilution. Enfin, les précipitations ont été trop tardives pour que la betterave en bénéficie vraiment. Et le manque d’ensoleillement pénalise la croissance automnale, qui reste faible.

 

Techniques culturales sans labour

Freiner l’érosion, préserver la marge

Cultures

Publié le 07/11/2019

Dans une région marquée par les coulées d’eau boueuse, reflet d’une érosion latente des sols, la Chambre d'agriculture d’Alsace encourage le recours aux techniques culturales simplifiées, autrement dit au non-labour. « On n’utilise plus la charrue », résume Olivier Rapp, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre en matière de travail du sol. Du plus profond au plus superficiel, Olivier Rapp cite le décompactage, le déchaumage profond ou pseudo-labour, le déchaumage superficiel, le strip-till, jusqu’au semis direct où, à part les éléments du semoir, il n’y a plus du tout de travail du sol. Pour lutter contre les coulées d’eau boueuse, « l’essentiel, c’est qu’il y ait des résidus en surface au printemps une fois que les maïs sont semés, car ils agissent comme des freins hydrauliques ».

Gagner en stabilité

En Alsace, les coulées d’eau boueuse trouvent leur origine dans la part importante de cultures de printemps dans les assolements et dans la nature limoneuse de certains sols qui, lorsqu’ils sont travaillés finement, ont tendance à former une croûte de battance qui empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. Résultat : l’eau ruisselle sur le sol, emportant de la terre fertile avec elle. À plus ou moins long terme, cela se traduit par une baisse des rendements. Pour lutter contre ce phénomène, plusieurs mesures peuvent être envisagées, comme la mise en place d’assolements concertés, de bandes enherbées, de fascines, de bassins de rétention.

Mais, parce qu’elle est préventive et qu’elle agit sur la source du phénomène, la pratique du non-labour est particulièrement efficace. Plusieurs essais menés dans la région ont démontré cette efficacité : « La part de pluie ruissellée est très corrélée à la couverture du sol par les résidus. Le non-labour entraîne donc toujours une réduction du ruissellement, parfois de 100 % quand le printemps n’est pas trop pluvieux. En outre la pratique du non-labour retarde l’apparition du ruissellement par rapport au labour. Du coup les résidus de produits phytosanitaires ont aussi davantage le temps de se dégrader », rapporte Paul Van Dijk, conseiller agricole à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est.

L’analyse de la formation du ruissellement révèle que ce sont les traces de roue et les lignes de semis, alimentées par les interrangs, qui génèrent le ruissellement. Ce qui suggère que, même dans les parcelles en non-labour, il y a des motifs à risque. Et ce sont bien les résidus de culture laissés en surface qui réduisent le risque érosif, en créant de la rugosité hydraulique qui freine le ruissellement. Mais pas seulement : « Les résidus sont aussi favorables aux vers de terre qui s’en alimentent et créent de la macroporosité verticale, importante pour l’infiltration de l'eau. » En outre, en non-labour, la matière organique est moins diluée, sa teneur augmente donc progressivement dans les horizons superficiels, ce qui améliore la stabilité des agrégats, qui se désagrègent moins rapidement. Les croûtes de battance apparaissent moins vite, ce qui maintient l’infiltrabilité. Paul Van Dijk résume : « Le labour crée une porosité mécanique importante et rapide, mais instable dans le temps. Alors que le non-labour conduit à une porosité plus stable ».

Pas de dégradation de la marge

Si les avantages agronomiques du non-labour sont assez évidents, le principal frein au développement de ces pratiques est économique. Car le changement de pratique s’accompagne de difficultés techniques pouvant entraîner des pertes de rendement. Mais elles sont généralement transitoires et accidentelles. L’analyse des résultats des trois essais de longue durée menés en Alsace révèle en effet qu’« en moyenne, les rendements en labour et en non-labour sont équivalents, du coup la marge est préservée », rapporte Olivier Rapp. En utilisant le barème d’entraide, il a calculé les charges de mécanisation de deux itinéraires techniques type. Les résultats sont plutôt en faveur du non-labour. Certes le changement de pratiques implique aussi souvent d’investir dans du matériel adapté. Mais les économies réalisées permettent de rentabiliser rapidement ces investissements.

L’analyse de résultats d’enquêtes réalisées en 2010 auprès de quatre exploitations pratiquant les techniques culturales sans labour sur toute leur SAU révèle « une consommation de carburant variable, mais toujours réduite, par rapport aux fermes de référence, surtout en semis direct ». Pour Olivier Rapp, la conversion aux techniques culturales sans labour ne se traduit donc pas par une dégradation de la marge. Par contre, une coulée de boue a un coût, puisqu’elle fait perdre des éléments nutritifs. Aussi encourage-t-il les agriculteurs à faire leurs propres calculs, avec les données de leur exploitation, et à mutualiser le matériel pour réduire les investissements.

Eurométropole de Strasbourg

L’agroécologie pour le climat

Cultures

Publié le 31/10/2019

« L’agriculture n’est pas un problème mais une solution », plante Catherine Trautmann, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la mise en œuvre du Plan Climat. « À condition qu’elle renouvelle ses techniques, tout en répondant à des enjeux économiques brûlants pour les agriculteurs », complète-t-elle. Des propos qui ont de quoi mettre du baume au cœur de la profession. Tout comme la méthode de travail adoptée par la Ville. À savoir : la concertation. « Avant de finaliser le Plan Climat, il faut laisser un temps au dialogue. C’est ce que nous avons fait ce matin, entre élus et agents de l’Eurométropole, de la Chambre d'agriculture, de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique (Opaba), et avec des agriculteurs. » Au moins leur avis est pris en compte, sur un sujet qui « concerne tout le monde mais auquel nous sommes les premiers confrontés », souligne Laurent Fischer, élu à la Chambre d'agriculture d’Alsace et agriculteur à Lingolsheim. « Nous ne pouvons que souscrire à la volonté de ne pas imposer, mais de travailler ensemble pour que les actions engagées portent leurs fruits à long terme », souligne-t-il.

Dans un territoire composé à 30 % de terres agricoles, 30 % de forêt et 30 % de surface urbanisée, densément peuplé, rien que la préservation des terres agricoles constitue une préoccupation pour les agriculteurs. Après des années de gabegie, la tendance s’inverse, constate avec satisfaction Laurent Fischer : « La dernière version du PLUI a préservé des terres agricoles vouées à l’artificialisation. Et la reconversion des friches industrielles laissées par la raffinerie de Reichstett doit servir d’exemple. »

Assurer une couverture végétale des sols permanente

Pour que ses 850 hectares de terres agricoles contribuent à atténuer les effets du changement climatique, la Ville a choisi de miser sur l’agroécologie. Jérémy Dittner, administrateur de Bio en Grand Est, et producteur biologique dans le sud de l’Alsace, approuve ce choix. Mais prévient : « Attention ça peut chambouler. Il faut changer de paradigme. Cela va nécessiter des ruptures, donc le soutien des pouvoirs publics. » Pour justifier son choix d’encourager cette forme d’agriculture plutôt qu’une autre, la Ville a invité Alain Canet, cofondateur de l’association Arbre & Paysage 32, il y a 30 ans et, plus récemment, du mouvement Pour une agriculture du vivant, ainsi que Konrad Schreiber, chef de projet à l’Institut de l’agriculture durable (IAD) à en présenter le principe. Alain Canet résume : « Il s’agit d’assurer une couverture végétale des sols permanente, ce qui passe par deux leviers : les couverts végétaux et l’agroforesterie ». (Lire ci-dessous).

Si les pionniers de l’agroécologie sont convaincus par ce modèle, « il s’agit d’aborder une deuxième phase, qui consiste à faire adhérer un maximum d’agriculteurs aux pratiques agroécologiques », constate Rémy Michael, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Or, ce n’est pas facile. Pourquoi ? Pour Alain Canet c’est parce que la feuille de route n’est pas correctement écrite par les différents acteurs, que ce soient les Chambres d’agriculture, les Agences de l’eau, les services de l’État… « Or il faut un discours commun pour encourager un passage à l’acte qui n’est pas simple. Pour ma part, je suggère aux agriculteurs de tester des pratiques innovantes sur de petites surfaces, car c’est ainsi qu’on démine les idées reçues. Et parce qu’on prend plus de risques à ne rien faire qu’à ne rien essayer de faire ». Konrad Schreiber souligne quant à lui : « Les choix alimentaires des consommateurs sont stratégiques. Il faut donc donner de la visibilité à ces techniques » Pour expliquer la frilosité de certains de ses confrères Pierre Ehrhardt mentionne le poids du regard des autres : « Pour certains, c’est un frein terrible ». Laurent Fischer ajoute : « Modifier ses pratiques représente une prise de risque qui fait peur. Surtout quand on a un certain âge, qu’on manque de visibilité pour l’avenir ».

Sécuriser et informer

Sécuriser les néoagroécologistes apparaît donc comme un préalable indispensable au développement de l’agroécologie. Plusieurs pistes ont été évoquées : inclure des mesures en faveur de l’agroforesterie et de la couverture des sols, comme une prime au stockage de carbone, dans la Politique agricole commune ; imaginer un système d’aide à l’investissement ; ne pas imposer les changements de pratique mais convaincre les agriculteurs et leur laisser la main pour les mettre en œuvre…

Informer les consommateurs s’avère également crucial : « L’agriculture souffre d’une incompréhension générale. Elle est absente des programmes politiques. C’est pourquoi certains consommateurs prônent une agriculture de décroissance. Mais ce n’est pas une solution, il faut changer les mentalités », constate Konrad Schreiber. « Pour que ces évolutions soient comprises, elles doivent être expliquées et justifiées auprès des citoyens », analyse Claudine Lecocq, directrice de projets à l’Eurométropole de Strasbourg.

En fin de réunion, des pistes d’actions concrètes ont été proposées, comme la création d’un label qui permettrait d’identifier les produits obtenus par des méthodes culturales agroécologiques, et d’inciter les consommateurs à les privilégier dans leurs actes d’achat. Cela suggère d’être en mesure de proposer de tels produits. Aussi, la Ville mandate-t-elle la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Opaba pour accompagner les projets de conversion. Enfin, un groupe d’agriculteurs volontaires pourrait être créé afin d’agréger les bonnes pratiques au sein de l’Eurométropole. Conclusion générale de Catherine Trautmann : « L’agriculture constitue un levier majeur de la lutte contre le changement climatique. Elle ne peut donc pas représenter un chapitre minime de notre Plan Climat ».

Betteraves sucrières

Démarrage de campagne serein

Cultures

Publié le 16/10/2019

La campagne d’arrachage des betteraves sucrières a débuté le 25 septembre en plaine d’Alsace. Les premiers tubercules ont été réceptionnés lundi 30 septembre à l’usine d’Erstein, qui a commencé à fonctionner dès le lendemain, mardi 1er octobre. Quinze jours plus tard, 10 % des betteraves ont déjà été transformées et 16 % ont été arrachées. Le différentiel représentant les betteraves stockées en bout de parcelle. Des chiffres qualifiés de « normaux » par Laurent Rudloff, responsable du service betteravier, et Stéphane Clément, responsable du site d’Erstein de Cristal Union.

Avec 6 000 hectares de betteraves cultivés par 533 producteurs, la production prévisionnelle est estimée à 550 000 tonnes, soit un rendement prévisionnel de 93 t/ha de betteraves à 16 °S de richesse saccharine, en hausse de 10 % par rapport à l’année dernière. Pour les 50 000 t déjà rentrées, le rendement moyen est de 84 t/ha de betteraves à 16 °S. « C’est un bon rendement de démarrage, puisqu’il atteint le niveau final de l’année dernière, et qu’il ne fera qu’augmenter avec la campagne d’arrachage », commente Gérard Lorber, président de la section d’Erstein. Comme toujours, ce rendement moyen masque des disparités. « Dans les secteurs touchés par la sécheresse, les rendements sont affectés et tournent autour de 75 t/ha de betteraves à 16 °S, alors que dans les meilleures terres et les secteurs irrigués, ils avoisinent à ce jour les 110 t/ha de betteraves à 16 °S », indique Laurent Rudloff.

18 °S de richesse moyenne

Le retour des précipitations a mis les chantiers d’arrachage à l’arrêt. Un mal pour un bien. « Les betteraves qui restent en terre continuent de pousser et de faire du sucre. Et une fois que le sol est réhumecté, l’arrachage est facilité », constate Laurent Rudloff. Les premières betteraves livrées affichaient une richesse moyenne de 18 °S. Un indice « bon pour l’Alsace », commente Laurent Rudloff, au regard de son climat et de la nécessité d’y cultiver des variétés tolérantes aux maladies, intrinsèquement moins riches en sucre. Gérard Lorber confirme : « Certains bassins de production atteignent des richesses plus élevées, mais ils font moins de volume. Or ce qui compte, c’est le sucre par hectare. » Et le responsable du site de production, Stéphane Clément, d’ajouter : « Avoir des betteraves très riches permet de réduire les coûts de transport. Mais plus les betteraves sont riches, plus il devient coûteux d’en extraire tout le sucre. » Mieux vaut donc être riche, mais pas trop. La tare déchet s’élève pour l’instant à 8 %, en lien avec les précipitations de début de campagne. Un chiffre qui devrait baisser dans les prochains jours, suite au retour de conditions d’arrachage plus clémentes, mais qui va continuer à fluctuer au gré des averses.

Du côté des cours, « le marché européen connaît une embellie », indique Gérard Lorber. Le prix de la tonne de sucre blanc était de 315 € en 2018. Il a progressé de 30 % depuis. La raison ? Suite aux aléas climatiques, il y a moins de sucre sur le marché européen. Les cours mondiaux, eux, sont encore à la traîne, mais « on peut sentir les prémices d’un déficit sucrier pour l’an prochain », présage Gérard Lorber, optimiste. « Les cours ne peuvent que remonter, analyse-t-il. Ils sont descendus tellement bas que tous les opérateurs ont souffert, la production a diminué, donc le contrecoup va arriver. » Conclusion du représentant des planteurs alsaciens : « Il faut produire de la betterave en 2020 ! »

Agroforesterie

À l’ombre des arbres

Cultures

Publié le 15/10/2019

Planter des arbres dans une parcelle agricole. Une idée plutôt farfelue pour un grand nombre d’agriculteurs. Mais demandez à Roland Wendling quelle mouche l’a piqué en 2012, lorsqu’il a planté une centaine d’arbres sur une parcelle de 1 ha, et il vous déroulera une liste d’arguments longue comme le bras. « Les arbres purifient l’air et l’eau. Ils stockent le carbone en profondeur, contrairement aux prairies qui, quand elles sont labourées, libèrent le carbone qu’elles avaient stocké. Ils puisent des éléments minéraux en profondeur, qui retombent à la surface du sol lorsque les arbres perdent leurs feuilles. Certains arbres, qui font partie de la famille des légumineuses, comme l’acacia, sont en outre capables de fixer l’azote atmosphérique. En puisant l’eau souterraine, ils créent un microclimat frais et humide à leur abord. Donc ils peuvent limiter le phénomène d’échaudage. Ils freinent l’érosion et les coulées de boue. Ils procurent de l’ombrage aux animaux. Ils boostent la biodiversité. Ils démultiplient la productivité d’une parcelle. Ils peuvent être mellifères ou source de fourrage, comme le mûrier… »

 

 

L’argument qui pèse le plus en faveur de l’agroforesterie pour Roland Wendling, c’est le bilan carbone. « Si un tiers de la SAU française était conduit en agroforesterie, cela suffirait à compenser les émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité agricole. Pour 100 hectares en agroforesterie, il faut planter quelque 3 000 arbres, ce qui immobilise 4 ha », avance-t-il. Pas grand-chose donc. Mais, malgré tous ces atouts, Roland Wendling est assez pessimiste quant à l’avenir de l’agroforesterie si elle n’est pas soutenue par une prime à l’arbre ou à la quantité de carbone absorbé. Pourquoi ? « Il n’y a rien à vendre », sourit-il.

C’est vrai qu’une fois les arbres achetés et plantés, il n’y a plus grand-chose à faire. Dans sa configuration, Roland Wendling estime la charge de travail à deux jours par an pour tailler les arbres et broyer les branches en bois raméal fragmenté. Plus deux tours d’irrigation cet été.

Des techniques à inventer

Mais le paysan est formel : « Pour que l’agroforesterie prenne de l’ampleur, elle doit être encouragée ». Surtout parce que la plupart des agriculteurs considèrent les arbres des champs comme « des obstacles », constate-t-il. Ils craignent que les arbres entrent en concurrence avec la culture. À juste titre. Mais Roland Wendling relativise ce risque : « Les premières années, la concurrence est de toute manière faible. Ensuite, le feuillage des arbres n’est réellement développé qu’en avril. » Et tout dépend des situations. « Ici, je suis confronté à un manque d’eau évident », reconnaît Roland Wendling. Mais certaines situations se prêtent mieux à l’agroforesterie, dont les techniques restent à affiner. Notamment la densité d’arbres à l’hectare, leur écartement… »

Pour sa part, Roland Wendling a planté 100 arbres par hectare. Soit le double de la densité préconisée actuellement, qui est de 50 arbres par hectare. Mais il ne cache pas que, dans sa situation, les arbres sont destinés à devenir la culture principale. « Mes fils pratiquent l’apiculture, d’où le choix d’essences d’arbres mellifères. » Si la densité devait diminuer de moitié, l’écartement entre les arbres serait plus important, ce qui d’un côté faciliterait la mécanisation des interventions culturales. Mais, de l’autre, la qualité de répartition des feuilles d’arbres s’en trouverait dégradée… De nouvelles techniques restent à inventer. Par exemple, comment valoriser l’espace entre les arbres sur la rangée ? Roland Wendling imagine volontiers une haie, qui permettrait de gainer les arbres d’avenir.

Privilégier la propriété au fermage

Des inconvénients à l’agroforesterie ? Il faut être altruiste : la récolte du bois d’œuvre planté par Roland Wendling est estimée à l’horizon 2070. En outre, les parcelles agroforestières peuvent être sources de difficultés lors des remembrements, et inversement, surtout lorsqu’ils n’ont pas lieu. Enfin, mieux vaut privilégier les parcelles en propriété à celles en fermage pour y planter des arbres. À moins de prendre en compte les particularités liées à ces parcelles dans les baux ruraux.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Un budget menacé

Vie professionnelle

Publié le 10/10/2019

Le Projet de loi de finances (PLF) 2020 prévoit une diminution de plus de 15 % de la Taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB). Le montant récolté par cet impôt au niveau national passerait de 292 M€ à 247 M€. Pour la Chambre d'agriculture d’Alsace, cela représente une baisse de budget de plus d'un million d'euros. Et la diminution fiscale sera insignifiante pour les agriculteurs. 30 à 40 € en moyenne par exploitation en Alsace. En outre cette diminution n’aura aucun impact sur le budget de l’État puisqu’il s’agit d’une taxe affectée en totalité au financement du fonctionnement des Chambres d’agriculture. D’où l’incompréhension des responsables professionnels agricoles face à cette mesure. D’autant qu’en 2015 déjà, la TATFNB avait subi une baisse de 2 % (160 000 € pour l’Alsace) concomitante avec un prélèvement sur fond de roulement de 1,5 M€ pour la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les mesures nécessaires au maintien de l’équilibre budgétaire avaient été prises.

Mais cette fois la pilule serait autrement plus difficile à avaler. D’autant qu’elle entraîne le risque d’un développement agricole à deux vitesses. Car avec un budget réduit, les services proposés par la Chambre d'agriculture aux paysans ne peuvent que s’amoindrir ou se renchérir. Dès lors, la transition vers l’agriculture écologique, voulue par la société, ne sera réservée qu’aux agriculteurs qui ont les moyens de se payer un accompagnement. Laissant les autres sur le bord du chemin. L'incohérence vire à la contradiction quand on met en perspective les lois Pacte et Essoc qui demandent aux Chambres d’agriculture de renforcer l'accompagnement des professionnel, et le PLF qui prévoit d’en grever le budget.

40 % de TATFNB en moins pour la Chambre d'agriculture d’Alsace

Mais ce n’est pas tout ! Actuellement, les Chambres départementales ont obligation de reverser un minimum de 10 % de TATFNB à la Chambre régionale, en l’occurrence la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage). Le PLF prévoit une affectation de la TATFNB à l’échelon régional, en plafonnant à 70 % les reversements aux Chambres départementales d’agriculture, et en renvoyant à un décret futur les clés de répartition de la distribution. Or, le taux de TATFNB prélevé à l’intérieur d’une même région varie fortement selon les départements. Ainsi, rapportés à l’hectare de SAU, les montants prélevés (hors forêt) varient de 4,9 €/ha à 18 €/ha. En Alsace l’imposition foncière est historiquement élevée et les effectifs de la Chambre d'agriculture sont plus importants que dans les autres départements du Grand Est. Le risque est donc important de voir les moyens prélevés en Alsace être alloués ailleurs.

Au-delà d’une question financière, il s’agit d’une remise en cause du fonctionnement des Chambres d’agriculture, fondé sur la proximité avec le terrain, afin de prendre en compte les spécificités des territoires. Soit, pour l’Alsace, la diversité des productions agricoles et viticoles, l’importance des circuits courts, des exploitations de petite taille, et les enjeux liés à la densité de population.

Deux amendements ont été déposés par l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture afin de supprimer ces mesures. Les élus présents à cette réunion ont exprimé leur soutien aux responsables professionnels agricoles. Il leur a été conseillé de proposer des amendements de repli. Selon le député Antoine Herth (LR), une marche arrière est envisageable sur la diminution de la TATFNB de 15 %. Baisse qui pourrait passer à 10 voire 5 % selon les débats. Une information que confirme le député Vincent Thiébaut (LRM). Reste le sujet de la régionalisation de l’affectation de la TATFNB. D’après lui, « la réforme de la fiscalité locale en cours pourrait impacter la taxe foncière ». De quoi réjouir Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, qui défend une révision globale de la TFNB, « sur tout le reste des parts, pour arriver à une équité de la taxe partout en France ». Sourires des députés et sénateurs : la taxe foncière repose certes sur « des bases obsolètes », mais s’attaquer à sa réforme revient à « balancer une bombe à neutrons ». Du coup, c’est « imaginable pour un second mandat, pas pour un premier ».

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