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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Inauguration officielle du stand Grand Est

L’agriculture change de poids et de mesure

Vie professionnelle

Publié le 27/02/2020

« Les agriculteurs vivent une révolution. » C’est en ces termes que Maximin Charpentier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, expose ce que d’autres décrivent comme une transition agroécologique. En effet, l’agriculture ne doit pas seulement relever le défi d’être plus vertueuse, elle doit en outre se mettre en phase avec le défi énergétique, dont les règles sont d’ores et déjà en partie fixées par le pacte vert européen, ou Green deal, qui acte la neutralité climatique du continent en 2050. Un objectif qui ne sera pas atteint si l’agriculture ne se met pas en ordre de marche pour développer la production d’énergie, de biomatériaux, capter encore plus de carbone dans le sol pour compenser les émissions de gaz à effets de serre (GES)… Car seule l’agriculture est capable de faire tout cela à la fois : « L’agriculture est une solution plus qu’un problème », affirme Maximin Charpentier.

En effet, alors que « la protection de l’environnement mobilise de plus en plus les citoyens, et notamment les plus jeunes », constate Jean Rottner, président de la Région Grand Est, il rappelle que « les agriculteurs sont les plus grands avocats et de formidables porte-parole de cette cause, puisque leur matière première et leur outil de travail, c’est la biodiversité ». Et donc aussi que le changement climatique est un sujet de préoccupation majeur pour cette profession, victime au premier lieu des inondations, grêles et autres sécheresses. Dans une région où l’agriculture dégage huit milliards d’euros de chiffre d’affaires (soit 15 % du chiffre d’affaires agricole national), cette fragilité face aux aléas climatiques n’est pas anodine : « L’agriculture constitue un des socles des excédents commerciaux dégagés en Grand Est, et un élément fondamental du dynamisme économique régional », souligne Jean Rottner.

Intensifier la production végétale pour atteindre la neutralité carbone

Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, est convaincue du rôle majeur que l’agriculture a à jouer pour relever le défi de la transition écologique. Mais elle rappelle aussi que ce défi concerne tous les secteurs économiques, qui doivent tous contribuer à imaginer des moyens de se nourrir, se déplacer « tout en respectant les limites de la planète, ce qui n’est pas le cas actuellement ». Et que donc le futur modèle de développement de l’humanité est à « construire ensemble », au moyen de partenariats entre les différents échelons des collectivités, les agriculteurs, les entreprises…

Affirmer que l’agriculture est une solution c’est bien, le chiffrer, c’est mieux. La Chambre d'agriculture s’attelle donc à la création d’indicateurs, notamment via quatre Partenariats européens d’innovation (PEI) sur des sujets « très stratégiques », note Maximin Charpentier. L’un, baptisé ARPEEGE, porte sur l’autonomie en ressources protéiques et énergétiques des élevages du Grand Est. Un autre, baptisé Harmony, vise à améliorer les échanges de données issues des élevages entre différents acteurs. Tandis que le projet Partage vise à boucler le cycle de l’azote en Région Grand Est. Maximin Charpentier cite aussi le programme Air climat sol énergie (Acse), dont une deuxième mouture vient d’être signée. Avec pour objectif d’identifier les moyens d'« intensifier la production végétale afin d’atteindre la neutralité carbone », par exemple en identifiant les rotations les plus carbonivores.

Un accompagnement nécessaire

Conséquence de cette révolution, qui implique de repenser profondément les modèles de production, le besoin d’adaptation des agriculteurs est « monstrueux », pose Maximin Charpentier. La région agit « au mieux » pour permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail, tout en adaptant leurs pratiques, affirme Jean Rottner. Tout en constatant que les régions ne participent pas aux négociations des règles d’application de la future Pac mais à sa mise en œuvre, Jean Rottner souligne : « La Pac, ce n’est pas l’alpha et l’oméga du soutien à l’agriculture mais un cadre, un outil. » Emmanuelle Wargon souligne aussi les sources de revenus complémentaires que cette transition peut générer, avec la vente d’énergie verte, le paiement des services rendus par les agriculteurs, par exemple lorsqu’ils mettent en œuvre des mesures de protection de la ressource en eau dans les zones de captage…

Pour la secrétaire d’État, il est désormais urgent que les ambitions affichées s’incarnent davantage en actes, pour montrer que la transformation « est possible », et même, qu’elle a commencé. Une bonne manière de renouer le dialogue entre les Français et leur agriculture. Car, estime Emmanuelle Wargon, derrière l’agribashing, « il y a beaucoup de peurs, de fausses représentations ». La réponse est donc dans « le dialogue », afin de rétablir une juste représentation de l’agriculture actuelle, qui a « effectivement amorcé sa transition, et qu’il s’agit d’accompagner ».

 

 

Lire aussi : « L’Alsace brille porte de Versailles », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Espace Grand Est

Choucroute, bretzel et pain d’épices : trois p’tits nouveaux Alsaciens

Vie professionnelle

Publié le 26/02/2020

Entre le stand institutionnel alsacien, TerrAlsace, situé dans le hall 4, et l’espace Grand Est, situé dans le hall 3, il n’y a que quelques mètres à parcourir. Mais ces mètres-là sont parsemés d’autant d’embûches qu’il y a de fleurons de la gastronomie française. La délégation alsacienne avait beau être emmenée par le coloré et dynamique groupe folklorique Gap Berstett, il y a eu quelques pertes d’effectifs entre l’inauguration officielle et la traditionnelle visite des stands. D’autant qu’une visite ministérielle impromptue est venue rajouter du trouble au désordre. Au final, Brigitte Klinkert, Frédéric Bierry, Denis Ramspacher et le reste de la délégation officielle ont pu s’entretenir avec les exposants alsaciens. Parmi eux, les indéboulonnables anciens, ceux qui commencent à faire partie des murs, et aussi quelques nouveaux.

Pain d’épices : 60 % de miel

Derrière l’Authentique pain d’épices alsacien, il y a Thierry Fohrer. L’homme baigne dans le milieu de la pâtisserie depuis ses 14 ans. À son compte depuis 20 ans, il s’est spécialisé dans la confection de pain d’épices bio en 2015. Pourquoi ? « Parce que j’aime ce produit », lance l’artisan pâtissier. Et s’il l’aime, c’est surtout pour sa composition : 60 % de miel, farine de seigle, farine de blé, et un mélange d’épices (cannelle, gingembre, anis, girofle, cardamome), propre à la maison. Et c’est tout. Avec autant de miel, donc autant de sucre, inutile d’ajouter des conservateurs ou autres améliorants. Même un mois après sa fabrication, le produit garde son fondant. Une qualité préservée aussi grâce au moule en peuplier réutilisable dans lequel cuit chaque pain d’épices. Dans son magasin, situé au cœur d’Eguisheim, Thierry Fohrer élabore une dizaine de sortes de pains d’épices sous les yeux et les narines des clients. Il vend aussi une partie de sa production sur les marchés - notamment de Noël. C’est ce qui explique sa venue au Salon international de l’agriculture : « Le salon prend le relais des marchés de Noël. Il y avait de la place dans le pain d’épices. Et puis j’aime bien l’ambiance, représenter l’Alsace… » D’autant que Thierry Fohrer ne fait pas que mélanger et conditionner des ingrédients en Alsace : « J’essaye de m’approvisionner exclusivement en Alsace, mais, avec un cahier des charges bio, ça n’est pas toujours facile », constate-t-il.

Moderniser la choucroute

Les effluves qui s’échappent du stand dédié à Le Pic - Maison alsacienne de gastronomie, ne laissent aucun doute sur la région représentée ici : vous êtes bien en Alsace ! Cette entreprise familiale alsacienne est tenue depuis cinq générations par la famille Muller, représentée au Salon par Sébastien Muller, qui avance trois bonnes raisons de tenir un stand pour la première fois cette année : « La choucroute d’Alsace a obtenu une IGP, il faut en parler. De notre côté, nous avons ouvert la Maison de la choucroute sur notre site de production, à Meistratzheim, afin de faire découvrir le processus de fabrication de cette spécialité. C’est une fierté que nous souhaitons faire connaître. En outre, la présence de l’Alsace est cette année renforcée, avec deux stands. » Trois bonnes raisons de venir mettre en avant la choucroute en Alsace donc, que ce soit sous les formes les plus traditionnelles, mais aussi les plus originales, comme des spaetzle ou des sandwichs à la choucroute. Car moderniser l’image de la choucroute est l’un des chevaux de bataille de Sébastien Muller. Pour lui, le Salon de l’agriculture, c’est aussi l’occasion de mener une enquête de satisfaction géante auprès des consommateurs. Et, enfin, de présenter l’entreprise, qui cultive encore du chou à choucroute, dans une rotation incluant maïs et blé sur 60 ha, qui transforme près de 5 000 t de choux par an, et qui emploie une quinzaine de salariés.

Audace

Point d’effluves qui s’échappent du stand Boehli mais de belles couleurs dorées, qui attirent l’œil. L’entreprise a été créée en 1935 par Marcel Boehli. Elle est spécialisée dans la fabrication de ces biscuits apéritifs depuis toujours. Actuellement, la PME, située à Gundershoffen, emploie 75 salariés. En 2019, elle a dégagé un chiffre d’affaires de 14 millions d’euros, grâce à la production de 23 tonnes de bretzels par jour. Des biscuits apéritifs particulièrement sains, puisqu’ils ne contiennent que de la farine de blé, de l’huile de tournesol, du sel, de la levure et de l’eau. Un peu tristounet ? Que nenni ! Car la maison Boehli s’évertue à décliner le bretzel sous toutes ses formes, ce qui en change le goût, et avec toutes sortes de combinaisons. Exemple : un nouveau mélangé apéritif est distribué en grandes surfaces depuis début janvier, avec des bretzels, des cacahuètes, des petits salés… La maison Boehli a même eu l’audace de tremper ses bretzels dans un nappage au chocolat. Une spécialité exclusivement distribuée à la Fabrique à bretzels. Un lieu unique dédié aux bretzels : histoire, production, dégustation et vente. Pour Boehli, venir au Salon de l’agriculture c’est une double bonne opération : « Faire parler de l’Alsace. Et faire découvrir la diversité de nos produits, dont les ventes se développent de plus en plus hors d’Alsace, une tendance que nous souhaitons appuyer. »

 

 

A lire aussi : « L’Alsace brille porte de Versailles », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Après un méteil

Pourquoi pas un sorgho ?

Élevage

Publié le 05/02/2020

Un des avantages de récolter les méteils au stade ensilage est de libérer suffisamment tôt les parcelles pour implanter une culture suivante, qui profitera d’un sol structuré, avec peu d’adventices et riche d’un reliquat azoté. La solution la plus « basique » est d’implanter un maïs précoce. Mais d’autres possibilités existent. Notamment les sorghos, plantes qui présentent l’avantage, à ce stade de l’année, de bien supporter la chaleur.

Il existe plusieurs types de sorghos. Les sorghos monocoupes ne se sèment pas avant le 15 mai. Le sol doit en effet afficher une température de 12 °C, sinon les adventices risquent de pousser plus vite que le sorgho, avec des difficultés de désherbage à la clé. Ce type de sorgho se récolte plus tard qu’un maïs ensilage, vers la mi-octobre, mais peut rester en place jusqu’aux premières gelées sans subir de perte de rendement. « Au contraire, indique Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace, plus le sorgho mûrit plus le rendement augmente. Et comme leur valeur alimentaire découle essentiellement de leur digestibilité et de leur teneur en sucre, il ne faut pas les récolter trop tôt. » La principale difficulté est de déterminer quand le sorgho est mûr.

Les sorghos multicoupes s’apparentent davantage à une graminée, et se gèrent donc « comme de l’herbe ». La première coupe doit donc être positionnée avant l’épiaison. Puis, selon la chaleur, deux à trois coupes permettent de valoriser les repousses, qui sont assez rapides : « Il faut prévoir une coupe toutes les six semaines », prévient Laurent Fritzinger. Cependant, la valeur alimentaire de ce fourrage est moyenne, comparable à celle d’« un bon foin ».

Pour ces deux types de sorghos, il existe des variétés BMR, moins riches en lignine, ce qui améliore leur digestibilité, donc permet de gagner en UFL. Mais, forcément, ces sorghos sont plus sensibles à la verse. Il s’agit donc de « bien gérer la densité de semis et la fertilisation azotée ».

Itinéraire technique

Les sorghos se sèment au semoir monograine afin de garantir une levée homogène. En effet, il n’y a pas de produit de désherbage homologué à moins du stade trois feuilles du sorgho, qui prend un certain temps à être atteint, d’où l’intérêt d’une levée homogène. Le besoin en azote est limité, de 50 à 80 unités, soit moins qu’un maïs. Laurent Fritzinger déroule les atouts des sorghos par rapport au maïs : « Ils sont moins gourmands en intrants, les semences sont moins chères, ils résistent bien à la chaleur et à la sécheresse grâce à un système racinaire plus profond. Ils attirent moins les sangliers. Riches en sucres, ils s’ensilent bien. Dans les rations, ils ramènent de l’énergie mais sans amidon, ce qui limite le risque d’acidose. »

Quelques inconvénients tout de même : « Ils démarrent lentement, sont sujets à la verse, mûrissent lentement et doivent être ensilés après le maïs. » La comparaison des coûts de revient entre un maïs et un sorgho donne l’avantage au second. « Sachant qu’avec un sorgho BMR, on apporte quasiment autant d’UF qu’avec un maïs. » Citant une étude réalisée par Arvalis - Institut du végétal, Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, précise : « Même si on fait 2 tMS/ha de moins avec un sorgho qu’avec un maïs on est encore bon en termes de coûts alimentaires. Et, à rendement égal, on obtient un gain de 5 €/1 000 l de lait avec le sorgho. »

 

Lire aussi : « Des pistes pour reconstituer les stocks », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Méteils

Des vertus de la mixité

Élevage

Publié le 04/02/2020

Les méteils, mélanges de céréales et de légumineuses, présentent de nombreux avantages, exposés par Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace : « Ils constituent une couverture hivernale des sols, qu’ils explorent efficacement, grâce à des systèmes racinaires différents. Ils contribuent au maintien de la structure des sols. Selon les espèces utilisées, les méteils permettent aussi de limiter les opérations de désherbage en concurrençant les adventices. La présence de légumineuses implique des restitutions d’azote sur la culture suivante. En outre, les méteils sont généralement peu sensibles aux maladies et moins exigeants en eau que d’autres solutions, comme les intercultures de ray-grass. Enfin, ils ne requièrent aucun matériel spécifique, puisqu’un semoir à céréales et une faucheuse suffisent. »

La principale charge des méteils est constituée par les semences : « Compter 150 à 200 €/ha, sachant que le prix augmente avec la proportion de protéagineux. Et qu’il est possible de faire son propre mélange, avec des semences de ferme pour les céréales, et de n’acheter que les protéagineux. » Il s’agit aussi d’être attentif à la composition du mélange, pour en maximiser les bénéfices. Laurent Fritziner conseille : « La proportion de chaque espèce dans le mélange dépend de ce qu’on veut en faire. Il est important d’utiliser des espèces qui affichent des précocités comparables et d’incorporer au moins une espèce tuteur. » Parmi les céréales envisageables, l’orge a peu d’intérêt, justement parce qu’elle ne constitue pas un bon tuteur. Le triticale est plus adapté, si on choisit des variétés résistantes à la verse. L’avoine peut être utilisée, à condition de choisir une variété résistante au gel. Tout comme le seigle fourrager, sachant que sa valeur alimentaire est médiocre, qu’il est très compétitif envers les protéagineux, mais qu’il est précoce. La tardiveté de l’épeautre peut nécessiter de retarder l’implantation de la culture suivante. Bref, la céréale parfaite n’existe pas ! Idem en ce qui concerne les protéagineux : le pois fourrager risque de faire verser le méteil s’il est semé trop dense, les vesces sont riches en protéines mais sont tardives et peuvent aussi faire verser les céréales, les trèfles survivent difficilement à la compétition inhérente au mélange, par contre la féverole est plus adaptée : « Elle résiste au gel, est très riche en protéines et constitue un tuteur en elle-même. »

Des essais sur les méteils menés par la Chambre d'agriculture Alsace depuis plusieurs années, il ressort que les fertiliser ou pas ne change pas grand-chose, tant en termes de rendement que de valeur alimentaire. Ce n’est pas interdit « pour aider la céréale », mais si le mélange est riche en protéagineux, la fertilisation risque d’être contre-productive. Ces essais révèlent aussi que les méteils présentent des UFL compris entre 0,74 et 0,9. Les plus faibles valeurs énergétiques sont obtenues avec les mélanges à base de seigle ; les plus élevées avec des mélanges riches en pois ou en vesce. Quant à la teneur en protéines, elle va de 15,7 à 21 % de MAT (Matière azotée totale) avec de la féverole. Donc mieux qu’un maïs. Ces essais comprennent également une analyse économique, qui permet de démontrer l’intérêt de ces mélanges. Notamment parce que « leur coût de production, évalué à 55-80 €/tMS, est inférieur à celui de l’ensilage d’herbe, essentiellement grâce au faible niveau d’intrants », précise Laurent Fritzinger.

Du champ à l’auge

Outre ces avantages agronomiques et économiques, les méteils présentent aussi des intérêts alimentaires, puisqu’ils s’intègrent bien dans les rations à base de maïs ou d’herbe où ils apportent fibres et protéines. À condition de réussir la récolte ! Une étape pas toujours évidente : « Les méteils se caractérisent par leur faible teneur en matière sèche (MS) sur pied, la présence d’espèces à grosses tiges, difficiles à sécher au champ, leur tendance à former un couvert dense, qui maintient un microclimat humide et peu aéré au niveau du sol », décrit Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. L’objectif est donc d’atteindre un méteil à 30 % de MS au champ, seuil qui permet de préserver les teneurs en sucres et en protéines en ensilage. Pour atteindre ce stade, « deux jours de séchage, c’est incompressible », constate Philippe Le Stanguennec. Il rappelle les facteurs qui conditionnent l’aptitude à l’ensilage d’un fourrage : « Plus la teneur en sucre est élevée, meilleure est la conservation. Et plus la teneur en éléments minéraux est élevée, plus le pouvoir tampon est fort, donc plus la baisse de pH est difficile. Enfin, plus le fourrage est humide, plus les protéines sont dégradées. » D’où l’intérêt du préfanage qui, en en accélérant la baisse du pH, réduit la protéolyse.

Selon la météo, il n’est pas toujours évident d’obtenir un fourrage réunissant ces qualités. Dès lors, la pertinence du recours à un conservateur peut se poser. Ces conservateurs sont généralement composés de bactéries, qui transforment les sucres simples en acides, qui diminuent le pH. Ils contiennent éventuellement aussi des enzymes, qui ont pour objectif d’attaquer la cellulose et de transformer les sucres complexes en sucres simples. Ils peuvent aussi être plus simplement composés d’acides. Pour Philippe Le Stanguennec, ces conservateurs ont un intérêt si la teneur en MS du méteil est insuffisante, s’il est riche en légumineuse, si l’acidification risque d’être lente entraînant une dégradation des protéines, ou encore si de la terre a été incorporée à la récolte, engendrant un risque de multiplication de spores butyriques. Pour garantir leur efficacité, il convient de « les répartir de manière homogène dans le silo, en respectant la dose préconisée par le fabricant ».

Maintien des performances techniques, amélioration des performances économiques

Il ne reste plus ensuite qu’à valoriser les méteils dans les rations. Ils peuvent par exemple remplacer une partie de l’herbe. Leur teneur en azote plus élevée permet d’économiser du correcteur. Ils peuvent aussi remplacer une partie du maïs, avec également des économies de correcteur à la clé. « Mais, comme on perd en UF, il faut apporter des céréales », tempère Philippe Le Stanguennec. Le conseiller cite une étude menée par l’Idele et qui démontre qu’en intégrant 30 % de méteil dans une ration, les résultats sont équivalents à la ration de référence, que ce soit en termes d’ingestion, de production de lait ou de taux, avec cependant la perte d’un point de matière grasse. Ce qui se répercute sur la paie de lait. Mais « comme le coût de la ration est un peu inférieur, la marge est supérieure avec la ration comprenant 30 % de méteil », rapporte Philippe Le Stanguennec. Qui précise que l’étude se fonde sur un rendement en méteil de 6,5 tMS/ha. « Si le rendement baisse, le coût à la tonne augmente. Mais le méteil reste performant jusqu’à 4,5 tMS/ha. »

Pour conclure, les techniciens rappellent qu’afin d’obtenir la valeur énergétique la plus élevée possible, les méteils gagnent à être récoltés jeunes, donc généralement en mai. Ce qui suggère de bien choisir la culture suivante.

 

Lire aussi : « Une association gagnante », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« Des pistes pour reconstituer les stocks », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

 

Betteraves sucrières

Côté technique : des itinéraires plus verts

Cultures

Publié le 28/01/2020

Les techniciens de la filière travaillent donc ardemment à « verdir » les itinéraires techniques, par différents moyens, que ce soit en promouvant le désherbage mécanique, en améliorant les programmes de désherbage, ainsi que les méthodes d’application des produits ; par exemple, en faisant du traitement dirigé sur le rang grâce au guidage GPS… Des évolutions qui ne vont pas sans quelques nécessaires adaptations, pas toujours très cohérentes avec les objectifs de départ. Exemple : pour rationaliser le désherbage mécanique, il faudrait augmenter la taille des parcelles, et limiter les bordures.

Le catalogue de variétés évolue

Pour lutter avec moins de produits de synthèse contre les maladies cryptogamiques, le premier levier est génétique. C’est pourquoi la sucrerie mène chaque année des essais variétaux, afin d’identifier les variétés les plus adaptées au secteur. Pour lutter contre la cercosporiose, Michel Butscha, technicien à la sucrerie, recommande, en janvier 2020, les variétés chelem, auckland, ellea, rumba, mais aussi BTS2045, raison, castor, chamois, aviron... Il conclut : « Le catalogue des variétés a bien évolué. » Et invite les agriculteurs qui pratiquent des rotations comprenant du chou et/ou du colza à privilégier des variétés tolérantes aux nématodes, qui peuvent pénaliser le rendement.

En matière de lutte contre les ravageurs souterrains, Michel Butscha préconise l’emploi de semences traitées au Force à 8 g par unité de 100 000 grains. « Attention aux semis trop profonds, favorables aux dégâts de scutigerelles, qui rongent les racines donc pénalisent le développement des betteraves », complète-t-il.

Enfin, pour la première campagne sans néonicotinoïdes, les producteurs ont été gratifiés d’une pression en pucerons élevée. Leur arrivée, fin avril, a, en général, été rapidement suivie par celle des coccinelles mais des traitements ont tout de même été effectués.

 

Lire aussi : « Les ravageurs passés au crible », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Betteraves sucrières

Ne pas quitter le navire

Cultures

Publié le 27/01/2020

« Pour garder l’usine, nous devons augmenter les surfaces », expose Georges Burger, président de la section du Kochersberg, qui introduisait la réunion du 7 janvier à Dossenheim. « Alors, augmentez le prix ! », rétorque un producteur dans la salle. « Ça, le prix, ce n’est pas nous », lâche Georges Burger. En trois phrases, le ton est donné. Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), prend alors la parole pour donner des arguments afin de sortir de ce qui semble être une impasse : « Dans le Kochersberg, le moral est moins bon qu’ailleurs, parce que vous avez particulièrement souffert de la sécheresse. Comme les coûts de production augmentent, la marge baisse. Donc cette année, c’est vrai, les planteurs ne gagnent pas d’argent. Mais ce n’est surtout pas cette année qu’il faut lever le pied. » Il développe son raisonnement : « Moi je pense qu’il faut semer, chacun un peu plus. Non seulement parce que cela permettra de tenir l’usine. Mais s'il devait y avoir des indemnités, elles seront basées sur les références suface. » Au-delà de ces considérations, Franck Sander expose : « Est-ce que cela vaut le coup de fermer une usine qui emploie 150 personnes, pour 500 ou 1 000 ha qui manquent ? Moi, je pense que non. Il faut donc semer pour que ça n’arrive pas, et pour préserver une culture qui permet de diversifier les rotations, qui génère des emplois, ainsi qu'un aliment pour le bétail de qualité. »

Autre argument avancé par Franck Sander : le plan filière, initié pour contrer la vague de fermetures d’usines en redonnant de la compétitivité à la filière, que ce soit en amont ou en aval. Sur l’axe 1, qui concerne plus particulièrement les producteurs puisqu’il est consacré à la culture de la betterave, le plan prévoit notamment de valoriser les services environnementaux, d’accroître la résilience des exploitations, d’encourager les meilleures pratiques environnementales, donc aussi « de soutenir ces investissements que les agriculteurs ne devraient pas être les seuls à devoir supporter, puisqu’ils relèvent de l’intérêt général », note Franck Sander. Autre point que les responsables professionnels surveillent avec attention : le taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants. « Il s’agit d’un élément stratégique car c’est un facteur de progrès important, puisqu’il est gage de flexibilité entre la production de sucre et d’éthanol ».

Le creux de la vague est passé

Pour Franck Sander, il s’agit aussi de ne pas se décourager alors que le creux de la vague est passé : « Le prix du sucre augmente, donc la conjoncture sera encore compliquée en 2020, mais devrait s’améliorer en 2021 ». Sans oublier que la consommation d’éthanol progresse, « que les taux d’incorporation sont plutôt en hausse et que les prix se tiennent ».

Dernier argument avancé par le président de la CGB : l’intérêt de la betterave dans le cadre des quotas carbone, qui pourraient à l’avenir constituer une source de diversification de revenu pour les agriculteurs : « La betterave aurait beaucoup d’intérêt car toute la plante est valorisée. »

Des discussions qui ont suivi ce plaidoyer, retenons que la priorité est à une augmentation collective des surfaces. Mais que les responsables professionnels n’entendent pas laisser la sucrerie être fermée sans avoir engagé une série d’actions : « Tout est envisageable », affirme Franck Sander.

10 % de betterave en plus pour tout le monde

Gérard Lorber est ensuite intervenu en sa qualité de président de la section d’Erstein de Cristal Union, afin de présenter la stratégie du groupe pour sortir de la crise. Stratégie qui repose sur deux piliers : réduire la dépendance au marché mondial et développer la production d’éthanol pour gagner en flexibilité. En ce qui concerne Erstein plus précisément, l'objectif est encore de « pérenniser l’outil ». Sa capacité de production a été « dégoulottée », ce qui a permis cette année de franchir le cap des 1 000 tonnes de sucre produites par jour. Avec pour conséquence des économies d’énergie car il n’y avait pas de stock de jus en fin de campagne, donc pas de mini-campagne. L’objectif pour Cristal Union est désormais de revenir à 7 500 ha. Un objectif « ambitieux », mais pas inatteignable, puisqu’il a déjà été atteint, en 2017. « En 2019, nous étions à 6 000 ha, donc si on ne fait rien, on sera en dessous des objectifs », prévient Gérard Lorber, qui déroule lui aussi une liste d’arguments pro betteraves : « Nous nous situons dans le top des rendements du groupe, c’est un atout. En outre, Cristal Union s’est engagé pour une base de rémunération à 23 €/ 1 000 t de betteraves BCR contractées en 2020, plus une prime de compétitivité. » Et puis les éleveurs qui veulent des pulpes n’ont plus d’autre choix : « Nous avons pris la décision de ne plus livrer que ceux qui se sont engagés à faire de la betterave en 2020 ». S’il « entend bien » que la rémunération des betteraves n’est pas à la hauteur des attentes des producteurs, Gérard Lorber se veut réaliste : « Si Sud Zucker ferme des usines en France et pas en Allemagne, ce n’est pas par hasard, cela signifie que la production de sucre va perdurer en Europe, mais pas forcément partout. »

À Dominique Daul, producteur de betterave à Pfettisheim, qui demande un plan de marche plus précis pour relancer la production, Franck Sander répond : « 10 % de betterave en plus pour tout le monde, et jouer sur la solidarité, en partageant davantage les travaux. »

 

Lire aussi : « « À nous de savoir ce que nous voulons ! » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

« On sera beaux, on sera des héros, mais on sera morts »

Vie professionnelle

Publié le 20/01/2020

« Une ferme alsacienne moyenne fait moins de 100 ha, possède 80 vaches et livre souvent à un outil coopératif », décrit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Il s’agit donc d’un modèle vertueux, qui s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire. Pourtant, ce sont ces petites structures qui souffrent actuellement, car elles sont soumises aux mêmes cours mondiaux que les plus grosses. Pour Franck Sander, il y a donc « une stratégie à rebâtir ». Et vite, confirme Christiane Lambert : « Pendant que la France imagine une agriculture de village, nos voisins s’organisent et ne nous attendront pas. À force de vouloir être précurseur et avoir raison toute seule, la France va laisser mourir ses agriculteurs », lance la présidente de la FNSEA, applaudie par la salle.

Egalim : « il faut tenir »

Premier levier : le prix. Et la valorisation de l’origine France. Les Egalim ont donné beaucoup d’espoirs aux agriculteurs en ce sens. Aujourd’hui, ils sont déçus, même si des signatures d’accords sont en cours dans le domaine laitier. « Après 40 ans de politiques publiques en faveur de prix bas, on ne peut pas tout renverser en un an ou deux », estime la présidente de la FNSEA. La loi issue des états généraux sur l’alimentation a apporté quelques résultats mais le compte n’y est pas, reconnaît-elle. Pourtant, « il faut tenir. Si nous ne tenons pas sur cette loi, jamais nous n’y reviendrons ». C’est parce qu’elles sont confrontées à une évolution sans précédent des modes de consommation que les GMS sont vent debout contre les principales dispositions d’Egalim, soutient Christiane Lambert. « Nous avons affaire à des mastodontes, très ingénieux en matière juridique, notamment pour contourner l’encadrement des promotions », poursuit-elle. Pour vérifier que les dispositions des Egalim sont bien appliquées sur le terrain, Sylvain Wasermann, député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale, propose d’expérimenter l’« évaluation au dernier kilomètre ». Un dispositif prévu dans le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Quant à Christiane Lambert, elle martèle une formule qui lui est chère : « Plus vert, c’est plus cher. » Car le pire serait d’assister à une montée en gamme des produits, avec des charges supplémentaires, sans revalorisation des prix de vente. Reste que la loi Egalim ne profite pas à toutes les filières. Celle de la viande souffre de son  « profond dysfonctionnement », estime Franck Sander. Et la filière céréalière reste « totalement dépendante des cours mondiaux ». Et souffre aussi.

Plus et mieux d’Europe

Il faut donc actionner d’autres leviers, comme la Pac. « En moyenne, en sept ans, chaque agriculteur de cette salle a perdu de 15 000 à 25 000 € de prime Pac », pose Franck Sander, qui plaide donc pour le maintien d’un premier pilier fort et l’ouverture du second à d'autres problématiques que l’environnement. S’il ne se fait guère d’illusions - « Le green deal va obliger à verdir la Pac » - il estime que « les soutiens doivent être à la hauteur des exigences ». Une position que soutient également Christiane Lambert : « Nous portons la transition, nous sommes en droit d’être exigeants sur les rythmes. » Au-delà, Christiane Lambert rappelle à quel point les tensions politiques sont fortes, avec une montée des nationalismes qui expose l’Europe à un risque de déconstruction. « Or nous avons besoin de l’Europe pour peser dans les négociations. C’est la raison pour laquelle la FNSEA veut plus et mieux d’Europe. » Pour Christiane Lambert il faut donc certes un budget, mais aussi préserver le « C de commune », notamment en harmonisant les conditions environnementales d’attribution des aides.

Puisque la protection de l’environnement est devenue si prégnante, pourquoi ne pas s’en servir comme d’une nouvelle corde à l’arc des agriculteurs ? Même si Franck Sander se considère avant tout comme un producteur de denrées alimentaires, il estime que « si le marché le plus porteur est de produire de l’environnement, il faut se saisir des opportunités ». Qui ne vont pas tarder : « De grandes masses financières vont aller vers la compensation des émissions de carbone ». Or les agriculteurs sont à la fois « cause, victime et solution » du changement climatique, souligne Christiane Lambert. Par contre, ils sont « presque les seuls » à pouvoir capter du carbone en cultivant des plantes. « Nous ne devons pas galvauder cette richesse et rester maîtres de la situation, ne pas laisser d’autres opérateurs s’emparer d’un business qui nous revient », plaide Franck Sander.

 

 

 

ZNT : pour un débat « posé »

« Avec les ZNT, ce seront 300 ha de vigne qu’on ne pourra plus traiter. L’application réglementaire est en route et nous n’avons pas de solution. C’est une problématique très lourde pour l’agriculture française », a regretté Jérôme Bauer, président de l’Ava. Dans ce dossier, Christiane Lambert déplore que la décision ait été prise sous la pression. Il faudrait « un débat posé et pas un débat polémique » instrumentalisé par ceux qu’elle qualifie de « vendeurs de peur ». « Nous avons frôlé la catastrophe, souffle Franck Sander. Avec une ZNT de 100 m, c’était la mort de l’agriculture ». L’heure est désormais à l’élaboration d’une charte pour ramener à 3 m la distance des ZNT. Sachant que « si les conclusions de l’Anses amènent à dire qu’il n’y a pas de dérive, il faudra le courage de revenir à une ZNT de 0, et qu’en cas de nouvelle construction la ZNT soit intégrée au terrain à bâtir », prévient Franck Sander. Qu’adviendra-t-il de ces 3 m ? Pour Franck Sander, plutôt que de les laisser en friche, il s’agira d’en faire des atouts, par exemple en y adossant des contrats mellifères.

Concilier agriculture et environnement, c’est aussi la position que défend Christiane Lambert : « La biodiversité, il y a ceux qui en parlent, et ceux qui la font. Nous l’avons fait trop longtemps sans le dire ». Reste que la question de l’utilisation des produits phytosanitaires est devenue extrêmement compliquée. L’augmentation de la vente de produits phytosanitaires en 2018 résulte, selon Christiane Lambert, d’une anticipation des agriculteurs qui ont fait des stocks de produits face à la hausse prévue de la taxe sur les pollutions diffuses. Elle fait état au contraire d’une baisse de l’utilisation des produits classés CMR1 et CMR2 et d’un développement des conversions en agriculture biologique et des fermes certifiées Haute valeur environnementale (HVE). En réponse aux « caricatures » ciblant l’agriculture, aux stigmatisations et au « climat délétère » entourant le débat sur les phytosanitaires, elle en appelle aux parlementaires : « Vous êtes des relais. Je veux que vous puissiez apaiser le débat. Sinon, nous allons vers une escalade insupportable ». Et à l'engagement des agriculteurs, qu'elle a incités à se présenter sur les listes des élections municipales, afin de peser face à « des néoruraux qui méconnaissent l’agriculture » et à tenir tête « aux ONG qui savent tout sur tout ». Christiane Lambert a d'ailleurs dénoncé les agissements de certaines associations, et s’est félicitée de l’interdiction - pour celles qui ont été condamnées pour des actes de violence - de ne plus bénéficier du statut d’association d’intérêt général : « Quand on voit que des associations comme les Restos du cœur peinent à collecter des fonds, alors que d'autres brassent des millions, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre pays », regrette Christiane Lambert.

« Nos aînés ont porté une révolution silencieuse. Aujourd’hui, elle est turbulente, l’agriculture bouge. À nous, agriculteurs, d’être les ambassadeurs de cette mutation », a-t-elle conclu.

Agriculture biologique

La conversion d’un atelier grandes cultures passée au crible

Cultures

Publié le 13/01/2020

En 2017, 4,3 % de la SAU du Grand Est était conduite en bio. Une moyenne qui cache des différences : c’est 7 % du vignoble, 8 % des surfaces fourragères, mais seulement 2 % des surfaces céréalières. Comme par ailleurs les grandes cultures occupent plus de la moitié de la SAU alsacienne, la conversion de ces ateliers à l’agriculture biologique (AB) constitue un enjeu de taille. En particulier dans les secteurs concernés par des problématiques de pollution des eaux souterraines.

Pour encourager les agriculteurs à franchir le pas, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Bio en Grand Est ont mené une étude en se fondant sur un cas concret, celui du domaine Francis Beck et fils, situé à Epfig. Julien Beck, installé en 2005, décrit une exploitation de 32 ha, dont 10 ha vigne, et le reste en grandes cultures et en herbe avec une MAE sur les prairies temporaires courant jusqu’en juin 2021. Le domaine emploie 3,5 UTH plus de la main-d’œuvre familiale et saisonnière. Depuis août 2019, la partie viticole est convertie à l’agriculture biologique. Le domaine envisage aussi de convertir la partie agricole à l’AB dans un souci de cohérence. Mais s’interroge sur la rentabilité ainsi que sur l’impact en matière de main-d’œuvre de la conversion à l’AB. D’où l’utilité de cette étude.

Quatre hypothèses

Pour l’instant, le blé et le maïs sont cultivés de manière « classique et économe », et la récolte est confiée à une entreprise. Pour l’avenir, quatre hypothèses ont été formulées :

  1. Maintien en conventionnel et arrêt des prairies en 2021 à la fin de la MAE
  2. Conversion à l’AB avec le moins de main-d’œuvre possible (cultures d’hiver, prairies temporaires et luzerne)
  3. Conversion à l’AB de manière plus intensive, avec du soja à la place des prairies, et en externalisant certains travaux, comme le semis du soja, le battage et le désherbage mécanique
  4. Conversion à l’AB telle qu’en hypothèse 3, mais avec l’externalisation de tous les travaux

Dans l’hypothèse 2, la rotation envisagée est une succession de deux années de luzerne, suivie par un blé, un triticale, une orge ou de l’épeautre, puis un pois d’hiver et à nouveau un blé. « La luzerne apporte de l’azote, ce qui permet d’en faire l’économie sur le blé qui suit, et même sur la céréale secondaire, qui va valoriser l’arrière-effet de la luzerne. Vient ensuite une légumineuse, par exemple un pois d’hiver, qui apporte à nouveau de l’azote pour le blé qui suit, avant le retour avec de la luzerne, ou une céréale secondaire », détaille Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Même si elle est conçue pour les limiter, cette hypothèse nécessite toutefois un certain nombre d’interventions : destruction de la luzerne, déchaumages pour limiter la prolifération des adventices, apports de compost et/ou de déchets verts tous les trois ans pour couvrir les exportations. En outre, cette hypothèse requiert d’investir dans une herse étrille.

L’hypothèse 3 repose sur une rotation pois d’hiver, blé, triticale (ou autre seconde paille), puis deux années de soja avant un blé. Elle est donc davantage équilibrée entre cultures de printemps et d’hiver. L’introduction de cultures de printemps augmentant le risque de salissement, cette hypothèse inclut pas mal d’interventions mécaniques : labours, faux-semis, déchaumages, mais aussi l’implantation d’un engrais vert après le triticale et l’apport de fumier avant les blés, tous les trois ans.

Plus de travail en été

L’impact sur le temps de travail de ces quatre hypothèses a été évalué en recensant toutes les interventions et en y appliquant des temps de travail grâce au barème d’entraide, en concertation avec la famille Beck. « Nous avons démontré qu’il est possible de faire baisser la charge de travail, notamment en choisissant des cultures peu exigeantes en main-d’œuvre, comme la luzerne, les céréales d’hiver », avance Benoît Gassmann. Dans l’hypothèse 1, la charge de travail est assez répartie sur l’année. Dans les hypothèses de conversion à l’AB, elle est davantage concentrée sur la fin d’été, avec les déchaumages, et le début de l’hiver.

Une marge améliorée après la conversion

Le diagnostic économique repose sur la comparaison des marges entre la situation actuelle et celles obtenues sous les diverses hypothèses. « La marge, c’est la différence entre les produits, soit le fruit de la vente des productions et les primes Pac couplées, moins les charges opérationnelles, qui rassemblent taxes, assurances, prestation de service, semences, engrais… », rappelle Pascale Knepfler, du service économie de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Sur la base de rendements moyens, les produits de la vente utilisés sont les suivants : blé meunier 1 400 €/ha, soja pour l’alimentation animale : 1 200 €/ha, triticale 1 000 €/ha, épeautre 1 000 €/ha, pois 500 €/ha. « À noter que ce n’est qu’à partir de 2023, après la période de conversion, que ce qui a été semé pourra être vendu au tarif du bio », précise Pascale Knepfler. À noter aussi que, dans les calculs présentés, les primes à la conversion n’ont pas été prises en compte. Après trois années de conversion délicates, l’hypothèse 2 permet de faire passer la marge à 15 000 €, contre 11 000 € si la surface dédiée aux grandes cultures était restée dédiée pour un tiers au blé et pour deux tiers au maïs conduits de manière conventionnelle. Dans cette hypothèse, les prairies sont valorisées par la vente d’herbe sur pied, à raison de 250 €/ha. L’hypothèse 3 conduit à une marge de 17 000 € après la période de conversion. Enfin, dans l’hypothèse 4, le fait de confier l’ensemble des opérations culturales à des prestataires dégrade la marge et conduit à une année très difficile durant la période de conversion mais ensuite les résultats restent « corrects ».

Les conclusions de cette étude sont donc encourageantes : « Une conversion de l’atelier grandes cultures à l’AB est envisageable dans tous les cas, à condition de gérer la technique, et de contractualiser avec les organismes stockeurs », indique Benoît Gassmann.

Gérard Lorber, président de la section d’Erstein

« À nous de savoir ce que nous voulons ! »

Vie professionnelle

Publié le 18/12/2019

Pour Gérard Lorber, président de la section d’Erstein, les racines de la baisse d’intérêt des planteurs pour la betterave sont à chercher dans deux années sanitairement compliquées, et un contexte économique difficile. Il évoque le plan de restructuration mené par Cristal Union l’année dernière qui a « jeté une onde négative » dans l’esprit des planteurs. Ainsi que le résultat négatif du groupe, qui a pu engendrer des craintes quant à la solidité de son capital. Lui se veut confiant en l’avenir. « Les crises commencent et s’arrêtent. La cercosporiose est déjà mieux maîtrisée, le point bas de la crise du marché du sucre est passé… »

Pour lui, cette désaffection n’a pas lieu d’être. « La filière betteravière existe et elle est structurée. Tout est maîtrisé, du semis à l’usine grâce notamment à des entrepreneurs de travaux agricoles équipés pour le bâchage, la récolte, et à des techniciens qualifiés, qui ont une réelle expertise, doublée d’une grande réactivité. » Autres atouts des planteurs alsaciens : leur niveau de technicité élevé, des terres propices, l’accès à l’irrigation… Autant d’éléments qui font de l’Alsace un bassin betteravier propice à l’obtention de rendements stables malgré les variations climatiques de plus en plus importantes. Enfin, Gérard Lorber met aussi en avant le bassin de consommation important que représente l’Alsace. Avec des industries alimentaires qui utilisent du sucre liquide, une exclusivité d’Erstein, et des particuliers attachés à la marque.

Cristal Union s’engage sur des prix compris entre 23 et 25 €/t

Si l’Alsace est propice à la betterave, la culture le lui rend bien. Tout simplement parce qu’elle permet de construire des assolements diversifiés, encouragés à la fois par la réglementation et l’agronomie. Rappelons que la lutte contre l’extension de la chrysomèle des racines du maïs passe par l’instauration de mesures rotationnelles pour priver l’insecte de sa ressource trophique favorite : les racines de maïs. Le maintien de la structure est également important pour l’élevage, puisque les pulpes de betterave participent à la sécurisation de la ressource fourragère du cheptel alsacien. Rappelons aussi que, si la fin des quotas s’est traduite par une baisse des cours du sucre et donc de la betterave, Cristal Union s’est engagé à payer les betteraves 23 €/t pour 75 % des betteraves et 25 €/t pour 25 % des betteraves pour les agriculteurs qui ont contractualisé un tonnage et une surface en 2020.

Si les surfaces alsaciennes devaient ne pas suffire, Cristal Union n’hésitera pas à aller frapper à la porte des agriculteurs allemands, rappelle Gérard Lorber. « La sucrerie a été construite alors que l’Alsace était allemande. Alors qu’il était impossible de travailler avec les agriculteurs allemands durant la période des quotas, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est une piste que nous creusons pour solidifier l’outil afin de garantir de meilleures retombées économiques aux producteurs. »

Enfin, il évoque l’actualité. Le « green deal » européen vient d’être présenté. Son objectif final ? Atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Ses moyens : 25 % du budget de l’Union européenne (UE) devra, à terme, être consacré à la transition écologique. Une orientation de la politique européenne qui peut constituer « une nouvelle opportunité pour l’éthanol et donc pour la betterave », estime Gérard Lorber. Certes, on ne transformera pas Erstein en usine de production d’éthanol. Mais si les autres unités font plus d’éthanol, elles feront moins de sucre. Et cette production pourrait être reportée à Erstein. Il avance un dernier argument : « L’histoire sucrière ne s’arrêtera pas, ni dans le monde, ni en Europe, ni en France. Mais si on ne fait pas attention, elle pourrait s’arrêter en Alsace. Donc à nous de savoir ce que nous voulons ! » Il ne s’agit donc pas de compter uniquement sur des surfaces allemandes pour sauver la sucrerie. Pour Gérard Lorber, il est important que la solution vienne d’Alsace : « Chaque planteur devra faire un effort et augmenter ses surfaces. Il en va de l’avenir de la filière. Une filière qui a surmonté d’autres crises, et qui est toujours vaillante grâce à l’engagement des planteurs. »

Bovins

Cloé avance ses pions

Élevage

Publié le 16/12/2019

Le marché de la viande bovine se caractérise par une décapitalisation du troupeau. Tant en laitier qu’en allaitant. Autre aspect important : la baisse de la consommation de viande bovine. Les indicateurs ne sont donc pas au beau fixe…Mais du côté de Comptoir élevage, la collecte d’animaux de boucherie augmente de 6 %. Dans le détail, la collecte des Jeunes bovins (JB) mâles régresse de 4 %, alors que la collecte de génisses augmente fortement (+ 43 %). Celle des vaches progresse de 4 %. La collecte de broutards progresse également, et elle reste stable en veaux. Soit un volume d’activité total en progression de 2,7 %. Le marché des veaux de huit jours est le plus compliqué : « Ils ne sont quasiment plus valorisés », constate Romain Gerussi. Le taux de pénétration de Comptoir élevage dans le Bas-Rhin approche 25 % pour les femelles, et 50 % pour les JB. Les animaux collectés sont vendus à différents abattoirs. Ceux issus de l’Organisation de producteurs Comptoir élevage vont à plus de 50 % vers le groupe Bigard Charal Socopa (BCS).

Les démarches contractualisées en hausse

Actuellement, Cloé (l’union de commercialisation des activités élevage de Lorca, la Cal, la Cac et le Comptoir agricole, qui représente 20 % de l’activité de Cloé) est en train d’élaborer des contrats avec différents abatteurs : « Il y a une prise de conscience des abattoirs de la nécessité d’accompagner leurs fournisseurs à long terme », rapporte Aurélie Aubry, directrice de Cloé.

Le groupe Elivia a été l’un des premiers à développer ce type de démarche. « Suite à la sécheresse, ils ont lancé un JB charolais de printemps, une initiative à saluer car il y avait beaucoup de broutards sur le marché et cela a permis de favoriser les remises en place. Elivia nous a aussi accompagnés sur le placement de salers, avec un engagement jusque 2021. Et le 7 novembre nous avons signé un contrat avec Carrefour pour achalander 70 % du rayon traditionnel avec des produits sous label de qualité », énumère Aurélie Aubry. « Actuellement, un quart des animaux issus de Comptoir élevage entrent dans des démarches de filières contractualisées. C’est plus que la moyenne de Cloé, et ça va continuer à augmenter », promet Aurélie Aubry.

Dominique Daul, responsable de la section bovine de Comptoir élevage, se veut également positif. « Cette tendance ne se ressent pas encore forcément dans les élevages mais les choses évoluent très vite. Pour cela, il faut continuer à travailler pour mettre en place les bons animaux au bon moment ». Cloé y travaille. « Nous sommes en train de faire comprendre aux abattoirs que nous ne pourrons pas servir tout le monde en produits sous cahier des charges. Nous allons devoir faire des choix stratégiques, et ils doivent se positionner ». Voilà pour la stratégie. Dans la pratique, l’union fait la chasse aux charges. « Nous cherchons à optimiser les coûts de transport grâce à la géolocalisation, à la formation des chauffeurs, aux économies de gasoil… »

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