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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Apiculture

Le jour et la nuit

Élevage

Publié le 18/05/2020

Les abeilles n’ont pas été confinées, elles. Elles ont pu voler de leurs propres ailes et pleinement profiter de l’aubaine offerte par les facéties climatiques : un printemps estival, cette fois. Par rapport à l’an dernier, c’est « l’exact inverse », décrit Alexis Ballis, conseiller apicole à l’Association de développement de l’apiculture (Ada) en Grand Est. En 2019, les abeilles sont sorties de l’hiver sous la pluie, le vent et le froid. Des conditions peu propices à leur alimentation dans leur environnement, qui ont perduré pendant tout le printemps. En 2020, c’est l’exact inverse : « Ce printemps, c’est l’été », s’exclame Alexis Ballis. Tout fleurit en même temps. Et les abeilles en profitent pleinement. « Peut-être un peu plus en plaine qu’en montagne, où la végétation s’est réveillée un peu plus tard, mais le différentiel reste le même », précise le conseiller apicole.

Autre facteur qui joue en faveur des abeilles : la douceur hivernale. « Nous nous attendions à de fortes pertes hivernales car de nombreuses colonies avaient fini la saison précédente moribondes, après un printemps pluvieux et un été trop sec. » Finalement, comme l’hiver n’a pas été trop rude, les pertes de ruche s’élèvent à 9 % dans le Grand Est, ce qui est un peu plus élevé que l’an passé, mais qui reste « normal ».

La combinaison de ces deux facteurs conduit à des premières miellées très abondantes. « Les apiculteurs récoltent deux fois plus de miel que d’habitude », se réjouit Alexis Ballis, qui pointe une conséquence un peu moins réjouissante de cette orgie de pollen et de nectar : « Le calendrier des floraisons est très resserré, la miellée de fleurs s’enchaîne avec celle d’acacia, et la pureté des crus est donc plus délicate à obtenir. »

Un effet largement climatique

Pour Alexis Ballis, cette hausse de la production de miel n’a rien à voir ni avec le confinement, ni avec l’activité agricole, qui est restée normale malgré l’épidémie de Covid-19. Certes, il y a eu une réduction du trafic routier, donc des émissions de particules fines. Mais, en l’absence de preuves qui viennent l’étayer, « nous réfutons l’hypothèse que le confinement puisse avoir un effet sur l’activité des abeilles. Pour nous, la hausse de la production de miel est essentiellement liée au climat, à cette douceur estivale qui a duré plus d’un mois » et qui s’est achevée fin avril par un rafraîchissement des températures et des précipitations bienvenues, y compris pour les abeilles. Ces dernières tirent en effet une part non négligeable de leur bol alimentaire des forêts. Or ces dernières ont souffert de la sécheresse l’an passé, ce qui a eu pour conséquence d’amoindrir la ressource alimentaire des abeilles l’été dernier. « Or, non seulement les arbres (érables, saules, sapins) sont essentiels aux abeilles, mais elles se nourrissent aussi de nombreuses autres plantes forestières, comme les framboisiers, les aubépines… », précise Alexis Ballis. L’état « dramatique » des forêts pourrait donc venir gâcher le festin si un nouvel été sec et chaud devait se profiler.

Le conseiller apicole souligne aussi que le constat actuel ne concerne que les premières miellées des mois d’avril et de mai. Le bilan de la saison apicole est loin d’être joué, il sera dressé fin août, et dépendra des conditions météorologiques estivales. En attendant, le confinement des consommateurs s’accompagne d’une hausse de la consommation de miel, bienvenue pour absorber l’augmentation de la production. Et, avec une AOP miel de sapin des Vosges et une IGP miel d’Alsace, la Région Grand Est ne manque pas de ressources en matière de délices miellés.

Forêt

L’épidémie silencieuse

Cultures

Publié le 13/05/2020

Certains arbres n’ont pas survécu au manque d’eau et aux périodes caniculaires des étés 2018 et 2019. C’est particulièrement vrai dans le Grand Est, une région où la forêt est majoritairement composée d’essences qui figurent parmi les plus touchées : l’épicéa, le hêtre, le sapin… En tout, ce sont 218 305 ha qui ont été touchés par des dépérissements en forêt publique, ce qui représente 2,14 millions de mètres cubes (Mm3) de bois qui viennent s’ajouter aux 15 Mm3 récoltés habituellement, estime l’ONF. Des dégâts assez généralisés, mais aussi plus ou moins marqués selon les secteurs, en fonction des caractéristiques de sols, des microclimats…

 

 

Épicéa : la double peine

Si l’épicéa est l’essence la plus impactée par le dépérissement c’est que ce résineux est très exigeant en eau, et que les réserves du sol étaient sérieusement entamées par plusieurs années déficitaires en précipitations. Mais c’est aussi que l’épicéa est la cible privilégiée des scolytes, des coléoptères qui pondent leurs œufs sous l’écorce des arbres affaiblis. Les larves s’y développent en creusant des galeries, jusqu’à atteindre le stade adulte et à prendre leur envol pour aller infester d’autres arbres. Or l’état actuel de la forêt est particulièrement propice au ravageur : « Les arbres affaiblis émettent des signaux chimiques qui attirent les insectes », indique Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture Alsace. Et des arbres affaiblis, ce n’est pas ce qui manque actuellement, entre ceux impactés par la sécheresse et ceux qui ont été mis à terre par les coups de vent des mois de février et mars… « Nous sommes face à un saupoudrage de chablis », décrit Claude Hoh. Soit autant de clusters potentiels du ravageur. À cela s’ajoutent des conditions météorologiques elles aussi favorables à l’insecte : l’hiver a été doux, le printemps aussi, les sommes de températures se sont donc rapidement accumulées, si bien que les premiers vols de scolytes ont été détectés début avril.

En pleine phase épidémique de scolytes

« Des études scientifiques menées sur le long terme ont permis de mettre en évidence que les scolytes ont une dynamique de population cyclique sur plusieurs années, avec des phases basses, où la population est jugulée à la fois par des prédateurs et des conditions météorologiques non propices. Et des phases hautes, qualifiées d’épidémiques », pose le conseiller forestier. Les attaques de scolytes sont entrées en phase épidémique sur quasiment toutes les pessières de la moitié nord de la France en 2018. Et l’année 2019 s’est terminée sur une population très importante de scolytes. En Grand Est et en Bourgogne - Franche-Comté, les professionnels évaluent le volume d’épicéas scolytés à 7 Mm3, soit trois fois plus que l’an dernier, sachant qu’1 m3 d’épicéa scolyté engendre 30 000 scolytes typographes. Et que, sur ces 7 Mm3, 3 Mm3 sont encore sur pied en forêt. « Une épidémie met en général trois ans à se calmer », indique Claude Hoh. Mais la quantité de réservoirs et le temps chaud, et sec, de ce début de printemps laissent penser que la décrue n’est pas encore pour 2020. Au contraire, les forestiers s’attendent à une année 2020 dévastatrice.

 

 

Les pertes financières s’envolent

Avec des premiers vols début avril, l’envol de la nouvelle génération, qui a lieu quatre à six semaines après les pontes, n’est plus qu’une question de jours. Or la principale mesure à mettre en œuvre pour limiter l’épidémie, c’est de sortir de la forêt les bois contaminés, pour limiter la charge en insectes. Instaurer une forme de distanciation sociale entre bois malade et bois sain, en quelque sorte. Mais cela suggère des bûcherons qui travaillent, des scieries qui tournent… Et, avec l’épidémie de Covid-19, l’économie tourne au ralenti : « Les bûcherons privés travaillent, ceux de l’ONF aussi, même si ce n’est pas à plein régime. Mais si on ne peut pas sortir le bois infecté des forêts ça ne sert pas à grand chose », constate Claude Hoh.

 

 

Les traitements chimiques contre les scolytes existent mais ils sont si coûteux et préjudiciables pour l’environnement qu’ils ne sont plus mis en œuvre : « Ça ne sert à rien de dépenser autant d’argent pour sauver du bois qui ne va pas se vendre. » En effet, dévastatrice pour les forêts, les épidémies le sont aussi pour l’économie de la filière : le volume de bois mis sur le marché augmente de manière significative. Et il s’agit de bois difficile à valoriser : « Si on le valorise rapidement, les dégâts sont limités. Mais, avec le temps, l’écorce va tomber, le bois va se dessécher, et sa qualité va se déprécier », rapporte Claude Hoh. Pour freiner l’épidémie, il aurait donc fallu commencer à sortir les bois malades de la forêt mi-mars. Comme ça n’a pas été fait, ou très peu, en tout cas pas suffisamment, l’épidémie risque de repartir de plus belle. Or, si les scolytes s’en prennent en première intention aux sujets malades, ils peuvent aussi, s’ils sont nombreux, venir à bout d’épicéas sains. Résultat : les estimations des pertes financières liées à cette épidémie s’envolent, de 80 à… 460 millions d’euros (M€).

Marché saturé et économie à l’arrêt

Face au dépérissement des forêts de l’est de la France, des mesures avaient été prises, quoique tardivement, par les autorités publiques. Le ministère de l’Agriculture a débloqué une enveloppe de 16 M€ pour aider à l’exploitation et à la commercialisation des bois scolytés. Ainsi, il existe une aide au transport de bois pour l’acheminer par voie ferroviaire vers l’ouest de la France, afin de lui trouver un usage plus valorisant que celui de bois énergie. L’exportation de ces bois peut aussi faire l’objet de subventions, sachant que le phénomène ne touche pas que la France : « Toute l’Europe est concernée, et particulièrement la Tchéquie, dont la forêt est essentiellement constituée d’épicéas », précise Claude Hoh. Conclusion : il y a déjà, et il va y avoir encore plus, de bois scolyté sur le marché. Et ce n’est pas une économie à l’arrêt qui va permettre de l’absorber.

Reboisement : des îlots test

Se pose aussi la question de la reconstitution des peuplements touchés. Notamment des espèces à privilégier dans un contexte de changement climatique. Dans le Grand Est, différents acteurs de la filière sont en train de constituer un réseau d’îlots d’avenir, des parcelles de 2 ha où sont testées de nouvelles essences. Le projet prévoit la réalisation de 25 îlots en forêt domaniale, 25 en forêt communale et 25 en forêt privée, soit 75 sur l’ensemble du Grand Est, pour un total de 300 000 arbres plantés d'ici 2022. Une opération qui exige des moyens financiers importants - près de 2,10 M€ - apportés par la Région Grand Est à travers le Programme européen pour l’innovation.

D’ores et déjà, dix essences ont été sélectionnées sur la base des connaissances issues de projets de recherche antérieurs, peut-on lire sur le site internet de l’ONF. Il s’agit essentiellement d’essences méditerranéennes, comme le sapin de Cilicie ou le chêne Zéen. Des essences identifiées pour leur capacité à s’adapter au climat actuel et au climat futur, à produire du bois d’œuvre, et suffisamment de graines pour se reproduire. Des actions sont donc engagées pour panser les plaies de la forêt mais le chemin jusqu’à la guérison s’annonce long, à l’aune du pas de temps qui y règne.

 

Regardez à nouveau :

 

 

Lire aussi : La forêt en urgence sanitaire, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

 

Syndicat des éleveurs de race prim’holstein

Une race toujours plus performante

Élevage

Publié le 23/03/2020

Mais où s’arrêtera la prim’holstein ? Race laitière par excellence, ses performances en matière de productivité ne cessent de s’améliorer. Alors que c’était un record exceptionnel il y a encore quelques années, désormais 75 éleveurs dépassent la barre des 10 000 l de lait produit par vache en moyenne. Une « belle performance », saluée par Jean-François Dintinger, président du syndicat des éleveurs de race prim’holstein.

Les résultats de Prim'Holstein France pour le Bas-Rhin, présentés par Perrine Ludwig, vont dans le même sens. 20 402 vaches sont inscrites au contrôle laitier, avec une productivité moyenne de 9 282 litres de lait par vache, ce qui est supérieur à la moyenne française, tout comme le taux protéique, alors que le taux butyreux est inférieur à la moyenne française. Perrine Ludwig a dressé le palmarès des élevages les plus performants. La meilleure note globale est obtenue par l’EARL Wollenburger (qui est aussi 13e au niveau national). En ISU, l’élevage le plus performant est l’EARL Fischer. En lait brut, il s’agit de l’EARL Fischer Yannick à Gottesheim. En TP, le Gaec des Cigognes et la SCEA Knab sont ex aequo. En TB, les meilleures performances sont obtenues par la ferme Wilt. L’EARL Tiergarten de Bouxwiller se distingue par ses bonnes performances en mamelles et en index reproduction : première au rang départemental, elle se classe aussi respectivement 45e et 6e au niveau national. Enfin, la première place en matière de production de lait par jour de vie est occupée par le Gaec Pfennig à Obermodern Zutzendorf.

Perrine Ludwig a ensuite présenté des outils développés par Prim'Holstein France afin de faciliter le travail des éleveurs. Le logiciel éCow permet de classer les vaches en fonction de leurs performances économiques sur la base des données de pointage, du contrôle laitier, de la plus à la moins rentable, avec le détail de chaque lactation. Une application gratuite pour les adhérents compile 4 000 taureaux, avec une fiche pour chacun, la possibilité de les filtrer… Enfin, Illicow est un logiciel qui permet de tester des accouplements entre une femelle et un taureau. Ou encore de tester la consanguinité d’un taureau sur le troupeau entier.

Aller vers davantage de variabilité génétique

L’entreprise de sélection Élitest accompagne également les éleveurs dans leur quête de performance, en faisant du génotypage, des accouplements dirigés, de la pose d’embryons… Pour mener ce travail à bien, Élitest travaille avec 120 éleveurs partenaires. Un effectif que Denis Benilde, technicien création génétique à Élitest aimerait voir grossir : « La génétique doit rester dans la main des éleveurs. Car cela permet de travailler sur des critères d’intérêt. » Il a donc rappelé qu’être éleveur partenaire induit des avantages : « Nous demandons aux éleveurs de s’engager sur trois ans, pour gommer le hasard, et parce qu’il faut compter quatre à cinq embryons posés par an pour obtenir au moins un animal génétiquement supérieur à la clé. La pose des embryons est gratuite pour tous les embryons achetés à la coopérative et tous les veaux sont génotypés gratuitement. Les meilleures femelles sont mises en station puis revendues gestantes aux partenaires après quatre sessions de collectes d’embryon. ». Seules contraintes : « Adhérer au GDS pour le sanitaire et au contrôle laitier afin de collecter les données qui permettent d’indexer les taureaux. » Denis Benilde qualifie le schéma de sélection d’Elitest de « jeune mais performant ». Plus de dix taureaux sont déjà diffusés et huit sont en attente. Avec une ligne de conduite : « On assiste à la fin d’un star-system, pour aller vers davantage de variabilité génétique. »

Du côté des organismes stockeurs

Ne pas céder à la panique

Pratique

Publié le 18/03/2020

Lundi 16 mars, les magasins de vente aux particuliers du Comptoir agricole sont restés portes closes, pour une durée encore indéterminée. Pour le reste des activités, pas de grand changement ce même jour (des nouvelles mesures pour lutter contre l’épidémie devaient être annoncées par le président de la République le soir même) : « 90 % des approvisionnements sont dans les entrepôts », assure Denis Fend, directeur du groupe Comptoir agricole. Contrairement aux consommateurs lambda, il n’y a pas de ruée sur les engrais et autres 18-46 à constater dans les dépôts. Certes, le retour de quelques rayons de soleil a incité un certain nombre d’agriculteurs à venir faire quelques emplettes, parce que la pluie continuelle des dernières semaines a retardé pas mal d’interventions, mais pas de vent de panique à l’horizon. « Par contre, on limite au maximum les contacts entre les vendeurs et les acheteurs », souligne Denis Fend. Les sacs d’engrais sont déposés directement dans le tracteur, façon pack d’eau dans le coffre au drive. Même son de cloche chez Armbruster : « Les agriculteurs ont passé des commandes, ils seront livrés d’ici la période des semis, d’ici 3 à 4 semaines. Et il y en aura pour tout le monde. Il ne faut pas céder à la panique », exhorte Étienne Armbruster, dirigeant de la société Armbruster.

Dans les différentes structures, des mesures d’hygiène ont été mises en place : « Il a été demandé aux technico-commerciaux de privilégier les contacts téléphoniques aux contacts physiques. » « Le télétravail est privilégié quand c’est possible, afin de limiter les contacts entre salariés », poursuit Denis Fend.

« L’agriculture d’aujourd’hui, c’est la nourriture de demain »

Face au caractère exceptionnel de la situation, le groupe Comptoir agricole a listé ses priorités. La première : « Assurer l’alimentation et l’enlèvement des animaux, coûte que coûte, parce qu’il y a un flux à assurer », souligne Denis Fend. Ce qui suggère, bien sûr, que les abattoirs continuent eux aussi à fonctionner. La deuxième consiste à garantir l’approvisionnement des agriculteurs en matières premières. Et la dernière à maintenir le chargement et les livraisons de céréales aux clients. De ce côté-là, certaines filières agroalimentaires sont dans l’inquiétude, si les transports de marchandises devaient être limités. Une inquiétude que ne partage pas vraiment Denis Fend : « L’agriculture d’aujourd’hui, c’est la nourriture de demain, les législateurs devront le comprendre. On ne peut pas ne pas fournir les agriculteurs, ce serait louper le coche de toute mise en place de cultures ». Une position partagée par Étienne Armbruster, qui compte sur le fait que le Gouvernement « laisse les agriculteurs travailler aujourd’hui pour nous nourrir demain ». Sa principale inquiétude concerne l’évolution des cours des céréales, qui ont déjà pas mal baissé depuis le début de l’épidémie, « de 10 - 12 €/tonne, ce qui est déjà beaucoup, par manque d’acheteurs et de vendeurs », et qui pourraient dévisser en fonction des mesures qui sont prises pour enrayer l’épidémie. « Les agriculteurs n’ont vraiment pas besoin de ça maintenant », constate Étienne Armbruster, qui arrive tout de même à trouver un point positif à cette épidémie : « Nos concitoyens en reviennent à des valeurs essentielles, dont l’accès à une nourriture normale en quantité suffisante. Cela permet de rappeler le rôle nourricier de l’agriculture. »

 

 

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Comptoir Élevage

À veau bien élevé, animal plus performant

Élevage

Publié le 18/03/2020

Être expulsé de son jacuzzi chauffé avec alimentation en continu pour atterrir sur le plancher des vaches n’est sans doute pas une partie de plaisir pour les petits mammifères. Rien de telle qu’une bonne prise de colostrum pour se réchauffer, booster son système immunitaire, rapidement mis à rude épreuve, et constituer sa flore intestinale avec les bons microbes de sa génitrice. Pour un petit veau des temps modernes, Bruno Martin, technicien bovin viande chez Lallemand Animal Nutrition, préconise une dose a priori gargantuesque pour un si petit animal : 4 l de colostrum. Il s’explique : « les vaches laitières actuelles ont été sélectionnées pour faire beaucoup de lait tout de suite, donc les anticorps contenus dans le colostrum sont dilués ».

Les veaux doivent ensuite recevoir une alimentation lactée. « Il faut éviter le lait présentant des résidus d’antibiotiques, car l’antibiorésistance est une réalité », souligne le technicien de Lallemand. Le lait entier produit par les vaches laitières n’est plus forcément adapté aux besoins des jeunes veaux car la sélection génétique a modifié les taux protéiques et butyreux, pour produire du lait gras où les minéraux sont dilués. Aussi Bruno Martin préconise le recours aux aliments d’allaitement, « plus adaptés », mais aussi plus chers.

Chez les ruminants, il est primordial de stimuler le développement des papilles du rumen, ce qui passe par l’introduction de concentrés lors du sevrage, qui s’accompagne d’un changement de flore important. Bruno Martin incite donc à ménager les veaux en ne leur imposant pas un changement d’ambiance simultané. Le spécialiste préconise d’être « intensif et libéral » sur la consommation de concentré par les jeunes animaux : « C’est là qu’on fait la marge par rapport à un animal âgé. Parce que c’est la fermentation du concentré qui fait le rumen, et parce que 60 % de ce qui est ingéré passe au niveau des papilles ». Mais attention, un veau ne rumine pas encore beaucoup, il existe un donc un risque de subacidose. Pour s’en prémunir, l’animal doit aussi avoir accès très facilement à des fibres. « La menue paille est très efficace pour stimuler la digestion », note-t-il.

« La flore intestinale met trois semaines à s’adapter à une nouvelle ration »

Autre ingrédient qui doit être hyperaccessible : l’eau, en plus du lait, car cela a un effet sur la digestibilité de la ration, et améliore nettement les GMQ. En outre, les veaux ont besoin de sel. À noter que la mise à disposition d’argile alimentaire permet de mieux passer les phases délicates, comme le sevrage, en agissant comme du Smecta, pour un coût modéré.

Plusieurs méthodes de sevrage sont envisageables. Bruno Martin cite celle du « step down », qui consiste à donner beaucoup de lait au départ puis à diviser la dose par deux à 45 jours pour inciter les veaux à consommer du concentré. De manière générale, les essais tendent à montrer que plus les veaux consomment de lait plus longtemps, meilleur est leur GMQ.

Pour ce qui concerne la transition des veaux sevrés montbéliards, Bruno Martin observe que « la flore intestinale met au moins trois semaines à s’adapter à une nouvelle ration ». Pour faciliter l’adaptation à la ration d’engraissement, il préconise donc d’y incorporer un peu de maïs grain entier, car c’est un aliment auquel les veaux sont habitués chez les naisseurs. Ensuite, « les besoins ne sont pas les mêmes en fonction de l’évolution du poids vif. En outre, les animaux font d’abord du muscle et ensuite du gras, donc leurs besoins alimentaires évoluent ». Deux solutions s’offrent alors aux éleveurs : « Ou préparer deux remorques mélangeuses, une pour les plus jeunes et une autre pour les plus âgés. Ou préparer une ration unique et la compléter avec un complément azoté pour les plus jeunes ».

 

A lire aussi : « Aux petits soins avec les bovins »

Comptoir Élevage

Aux petits soins avec les bovins

Élevage

Publié le 17/03/2020

Depuis 2015, les animaux sont reconnus comme des êtres sensibles par le Code civil. Ces dernières années, la cause animale est devenue prégnante dans la société et les associations de défense des animaux prolifèrent. Mais certaines, sous couvert de vouloir défendre les animaux, semblent plutôt vouloir en finir avec l’élevage. Marc Peterschmitt, vétérinaire à Comptoir Élevage, appelle donc les éleveurs à « être vigilants ». Non seulement en respectant scrupuleusement la réglementation en vigueur, bien sûr, mais aussi en protégeant les élevages des intrusions malveillantes.

La transportabilité, une notion subjective

En matière de réglementation à respecter, la loi dit, par exemple, qu’il est interdit de transporter des animaux vivants inaptes au transport, comme des animaux malades, blessés ou présentant des faiblesses physiologiques. Par dérogation, des animaux légèrement blessés et transportables peuvent être acheminés vers l’abattoir s’ils sont accompagnés d’un certificat vétérinaire d’information (CVI) « animal vivant » établi par un vétérinaire sur le lieu de départ. L’arrêté du 5 juin 2018 portant sur la transportabilité des animaux pose aussi la coresponsabilité de l’éleveur, du transporteur et du vétérinaire sur la notion de transportabilité de l’animal. C’est néanmoins au vétérinaire qu’il revient de se prononcer sur l’aptitude au transport de l’animal lors de l’établissement du CVI. Or certains cas sont sujets à interprétation, et les avis des vétérinaires et des abattoirs peuvent diverger. En tout état de cause, transporter jusqu’à l’abattoir un animal inapte au transport expose à l’établissement d’un procès-verbal. Il est donc primordial de faire appel au vétérinaire pour établir un CVI, estime Marc Peterschmitt.

La notion de transportabilité ne concerne pas que les animaux accidentés : Marc Peterschmitt prend l’exemple de la teigne ou de la gale. Des affections de la peau qui ne gênent pas le transport de l’animal, n’affectent pas la qualité de la viande, mais des animaux que les bouviers à l’abattoir doivent manipuler avec précaution pour ne pas attraper de champignons. Certains abattoirs refusent de prendre en charge ces animaux, d’autres pas. Marc Peterschmitt dénonce une certaine difficulté à trancher : « Les vétérinaires devraient intervenir dès qu’un animal pète de travers avec un document d’information. Les vétérinaires peuvent le faire, ce sont des actes rémunérés. Mais les éleveurs devraient aussi avoir leur mot à dire ». Car après tout, quand un animal n’est pas transportable, c’est à l’éleveur de se dépêtrer.

Reste le cas des animaux accidentés non transportables : théoriquement, ces animaux peuvent être abattus à la ferme, mais à des conditions si restrictives qu’en pratique c’est quasiment impossible : « Cela revient à se refiler la patate chaude », regrette Marc Peterschmitt, qui précise que l’arrêté du 5 juin 2018 remet au goût du jour un CVI « carcasse » pour le transport d’une carcasse d’un animal abattu sur son lieu de détention à destination d’un abattoir.

Refroidir les élevages pour le bien-être…

L’une des cinq libertés fondamentales qui sous-tendent la notion de bien-être animal consiste à ne pas laisser les animaux « souffrir de contrainte physique grâce à un environnement approprié ». Dans un contexte de changement climatique, caractérisé par des épisodes de fortes chaleurs estivales, les équipes de Comptoir Élevage ont mené une campagne de mesures d’humidité et de température dans les étables de 25 éleveurs. Résultat : « Il fait parfois plus chaud dans les bâtiments qu’à l’extérieur, parfois même la nuit ». Des températures records de 70 °C ont été enregistrées sous des toitures en fibrociment, sachant qu’un bovin entre en stress thermique dès 24 °C. Dès lors, comment aménager les bâtiments pour limiter le stress thermique des animaux, néfaste tant à leur bien-être qu’aux performances économiques de l’élevage ? L’étude a montré que les ventilateurs permettent de réduire la température dans l’étable au-dessous d’un certain seuil, mais qu’en phase de canicule, ils deviennent inefficaces, et ne font plus que brasser l’air chaud. Dommage, car c’est là qu’ils seraient les plus utiles. Certains éleveurs arrosent le toit des étables. L’étude révèle que cette pratique permet surtout d’abaisser la température du toit, mais moins celle du bâtiment, et que pour être réellement efficace il faudrait commencer à arroser le toit avant même qu’il n’atteigne une certaine température. Autres éléments de réponse de l’étude : les qualités isolantes du bois sont confirmées, mais dans le mauvais sens, puisque ce matériau retient la chaleur, aussi bien en hiver qu’en été. À l’inverse, les bâtiments couverts de panneaux photovoltaïques, parce qu’ils sont généralement bien isolés et ventilés pour optimiser le fonctionnement des panneaux, sont aussi des bâtiments où le mercure monte moins haut.

… et les performances économiques

Les équipes de Comptoir Élevage se sont en outre livrées à une analyse statistique en croisant les GMQ et les périodes d’entrée et de sortie des animaux. Résultat : « Entre les animaux qui connaissent une période estivale sur la période d’engraissement et ceux qui n’en connaissent pas, il y a une différence significative de 123 g/j de GMQ », rapporte Marc Peterschmitt. Qui souligne un biais possible : « Les animaux introduits en automne sont généralement de meilleure qualité bouchère que ceux introduits en hiver. Ces chiffres ne reflètent donc pas que l’impact de la chaleur sur la vitesse d’engraissement. » À noter aussi que les chiffres tendent à mettre en évidence un impact différent du stress thermique selon la phase d’engraissement. Il serait moins important durant les phases précoces que sur le milieu d’engraissement et la finition. Un constat en adéquation avec la physiologie : « Plus un animal est lourd et gras, plus il a de difficulté à évacuer la chaleur », rappelle Marc Peterschmitt.

Face à ce constat, quelles solutions ? Les premières mesures à mettre en œuvre consistent à ouvrir les bâtiments dès que la température avoisine 20 °C, et à assurer l’accès à l’abreuvement. Mme Kiefer, éleveuse à Oermingen, au sein du Gaec Kiefer, a tenu à partager son expérience en matière de tubes de ventilation puisqu’elle en est pleinement satisfaite. Dans le bâtiment dédié aux veaux, les éleveurs ont investi dans des tubes en textile perforés dans lesquels un ventilateur propulse de l’air frais venant de l’extérieur. Cela engendre une surpression qui pousse l’air avarié jusqu’à l’autre bout du bâtiment. Le bâtiment des laitières a été équipé d’une gaine munie de buses orientables au-dessus de l’auge et des logettes. Une solution efficace pour améliorer le bien-être des bovins, mais qui a un coût, constate l’éleveuse. Laurent Boime, éleveur à Pfettisheim, confirme l’intérêt des systèmes de ventilation dynamique par surpression, inspirés de ceux qui équipent les élevages porcins : « Il y a 4 ans, nous avons investi avec la société Orela dans un système qui fonctionne avec un tube en PVC perforé », précise-t-il.

 

 

L’aromathérapie à l’étude

Lorsque la ferme du lycée agricole d’Obernai a commencé à fournir l’enseigne Leclerc en viande bovine, cela s’est traduit par une modification de la conduite d’élevage. En effet, afin de pouvoir sortir régulièrement des animaux finis, il faut aussi en introduire régulièrement. Une évolution qui a été l’occasion de tester de nouvelles pratiques d’introduction et de préparation sanitaire des broutards, notamment avec l’aromathérapie, en complément de la vaccination et vermifugation. « Le cadre réglementaire de mise en œuvre de l’aromathérapie est très strict, rappelle Marc Peterschmitt. Seules 21 huiles essentielles sont autorisées en élevage ». Au lycée agricole d’Obernai, les animaux ont été traités avec un mélange de cinq huiles essentielles appliqué à leur introduction sur la ligne du dos depuis septembre 2019. Leurs croissances, morbidité, mortalité sont suivies et vont continuer de l’être. Un essai contemporain comparatif n’était pas possible : en effet, étant donné la volatilité des huiles essentielles, pas sûr que les résultats obtenus pour ceux traités soient statistiquement différents de ceux de leurs congénères traités classiquement, par vaccination et vermifugation.

Antibiotiques : pas automatiques, mais bien pratiques

Autre étude en cours : le suivi de la température des animaux introduits au moyen d’une mesure rectale quotidienne. Première conclusion : la fièvre est presque plutôt une règle qu’une exception : « Il y en a sur 100 % des lots dès le premier jour, surtout sur les animaux les plus jeunes, à plus de 40 °C, et souvent persistante », rapporte Marc Peterschmitt. La cause de ces syndromes fébriles n’est pas établie, mais Marc Peterschmitt croit davantage à une origine infectieuse qu’au stress lié au transport et à la mise en lots. Une chose est sûre : la fièvre fait baisser le GMQ. Néanmoins, il a été décidé de ne pas traiter tous les animaux fébriles, « car si on n’avait pas pris leur température on n’aurait rien vu », mais seulement ceux qui toussent. Conclusion de Marc Peterschmitt : « Les antibiotiques, ce n’est certes pas automatique, mais sur un syndrome fébrile et pulmonaire à l’introduction, ça sert bien quand même ».

 

 

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Groupement de défense sanitaire (GDS) des animaux d’Alsace

BVD : de l’éradication à la surveillance, un processus qui questionne

Élevage

Publié le 09/03/2020

La Diarrhée virale bovine (ou BVD pour Bovine viral diarrhea) fait partie des maladies à fort impact économique. « Il est estimé entre 46 et 83 € par bovin et par an », pointe Céline Zuber, directrice du GDS d’Alsace. Aussi, au courant de l’hiver 2015, tous les GDS du Grand Est se sont engagés dans un plan d’éradication de la maladie. Une décision qui faisait suite à l’engagement de la Suisse, de l’Allemagne et de la Belgique dans de telles démarches. Or les virus ne s’arrêtant pas aux frontières, il était logique que la région Grand Est, transfrontalière de ces pays, emboîte le pas. Le programme d’éradication doit se dérouler en plusieurs phases. La première phase consiste à assainir un maximum de cheptels en mettant en œuvre des mesures prophylactiques obligatoires dans les élevages. Pour résumer, cela passe par le dépistage des veaux à la naissance, au moyen de la pose d’une boucle permettant le prélèvement de cartilage auriculaire sur lequel est pratiquée une analyse virologique. C’est donc bien la présence du virus qui est détectée par ce procédé. Les animaux diagnostiqués Infectés permanents immunotolérants (IPI) doivent être éliminés rapidement (lire en encadré). À cela s’ajoute la vaccination des animaux reproducteurs selon le statut de l’élevage, et le contrôle du statut des bovins introduits. Lors de l’élaboration du plan, la phase de bouclage était prévue pour une durée de quatre ans. À ce stade, le statut de quasiment tous les bovins devait être connu. Et cette première phase, si elle est efficace en termes d’assainissement des élevages, est coûteuse en analyses. Il était alors prévu de passer à une surveillance sérologique des troupeaux. Cette fois-ci, ce n’est plus le virus qui est recherché mais ses anticorps spécifiques, soit par des analyses de tank de lait en élevage laitier, soit par des analyses de sang sur des animaux sentinelles en élevage allaitant.

Entre-temps, en 2019, un arrêté ministériel a rendu la lutte contre la BVD obligatoire dans tous les cheptels de France. L’arrêté précisait des mesures à mettre en œuvre dans les cheptels infectés : obligation d’éliminer les individus IPI sous quinze jours, restriction des mouvements d’animaux en cas d’IPI, vaccination des animaux reproducteurs… Un arrêté qui donnait satisfaction aux GDS du Grand Est, précurseurs en matière de plan d’éradication de la maladie. Sauf qu’un nouvel arrêté a été publié, six mois plus tard, supprimant les restrictions de mouvement des animaux. Une décision incompréhensible puisqu’incompatible avec la maîtrise de la maladie. Patrick Bastian, président du GDS, commente : « En Alsace, nous continuerons à appliquer le 1er arrêté. Sinon, l’argent injecté jusqu’ici dans la lutte contre la BVD est perdu. »

Des analyses coûteuses

Reste qu’après quatre années de mise en œuvre de la première phase du plan d’éradication en Alsace, Patrick Bastian analyse : « Nous avons pris de l’avance sur la maladie mais la méthode par analyse virologique sur cartilage auriculaire représente un coût qu’il faut pouvoir supporter ». Céline Zuber, directrice du GDS, confirme : « Les analyses constituent notre poste de dépense le plus important. » L’exercice 2019 du GDS d’Alsace est marqué par le plan d’éradication de la BVD : il se clôt sur un déficit de 73 000 €. Et Patrick Bastian et Céline Zuber annoncent d’ores et déjà des résultats déficitaires pour les prochains exercices, car il y aura, au moins pendant un certain temps, cumul du bouclage pour analyse virologique et surveillance sérologique des troupeaux. « Il faut trouver des solutions moins onéreuses sans pour autant laisser la maladie regagner du terrain », estime Patrick Bastian. Car la BVD n’est pas la seule maladie infectieuse que le GDS a à gérer : en plus des maladies endémiques du territoire, il y en a de nouvelles qui apparaissent, comme la besnoitiose, qui a été détectée pour la première fois en Alsace cette année.

Vers un dépistage plus « light »

Depuis le lancement du plan d’éradication, « le nombre de veaux IPI a effectivement baissé dans le Grand Est mais il reste des positifs. Et le nombre de cheptels infectés ne baisse plus sur la dernière année. Ce qui révèle qu’il y a des points que nous ne maîtrisons pas, comme les pâtures, les introductions d’animaux », décrit Céline Zuber. Cependant, il est désormais envisageable d’aller vers un dépistage plus « light », avec un statut de cheptel au lieu d’un statut pour chaque individu. Pour tester la faisabilité de cette transition, le GDS Alsace a identifié des zones géographiques exemptes de circulation de BVD depuis deux ans. Des sérologies sur le lait y sont effectuées. En l’absence de contamination détectée, les analyses se poursuivent sur le lait. En cas de résultat positif à la BVD sur le lait, les jeunes animaux sont dépistés par des analyses sanguines. Un protocole certes plus « light » et moins coûteux, mais non sans limites. Il est peu adapté aux petits troupeaux car il est difficile d’y identifier des animaux sentinelles qui soient statistiquement représentatifs. Il manque souvent de matériel de contention adapté aux jeunes animaux dans les élevages. Enfin, il peut y avoir des interférences, avec de possibles résultats positifs liés à vaccination.

En matière de circulation des animaux, les GDS proposent aussi quelques évolutions à l’introduction des animaux : « Ne plus contrôler le statut des bovins de moins de trois mois introduits par prise de sang, puisqu’ils sont déjà garantis non IPI. Et, entre deux éleveurs du Grand Est qualifiés IBR (pour rhinotrachéite infectieuse bovine, ndlr) et non suspects en termes de BVD, on peut aussi se passer de la prise de sang à l’introduction », décrit Céline Zuber.

L’exemple belge

Jean-Yves Houtain, directeur du département encadrement sanitaire à l’Agence régionale de santé et d’identification animales (Arsia) en Belgique, était invité à décrire le programme d’éradication de la BVD en Belgique, qui atteint un peu avant le Grand Est la phase délicate d’allégement du dépistage avec maintien de l’efficacité du dispositif : « Après cinq années de lutte, il nous reste du chemin à parcourir avant de crier victoire », pose d’emblée Jean-Yves Houtain. Il rappelle que la base légale du programme d’éradication est l’arrêté Royal, qui date de 2014. Le plan est entré en vigueur en 2015, avec, un peu comme en Grand Est, un dépistage obligatoire des veaux à la naissance, des restrictions de déplacement… À partir de 2019, il a été décidé d’alléger le dépistage à la naissance, et de passer en dépistage sérologique.

Dans cette phase d’allégement actuelle, un troupeau peut être qualifié indemne de BVD sous certaines conditions (que des animaux non IPI…), ce qui lui permet de déroger au dépistage systématique, « sauf pour les femelles achetées pleines, dont le veau doit être testé en sérologie ». Si les conditions ne sont pas remplies, la qualification se poursuit grâce à des bovins sentinelles, qui ne sont pas vaccinés et nés dans le troupeau, sur lesquels sont réalisées des analyses sérologiques annuelles par prise de sang. Selon les résultats des analyses, la qualification est prolongée, suspendue (avec un monitoring sérologique sur une cohorte de veaux), ou bien, lorsque deux à quatre animaux sont positifs, se met en place une procédure de confirmation, avec un test Elisa plus spécifique. Et s’il y a un résultat positif à ce test, un nouvel échantillonnage sur les positifs est réalisé. Si tous les résultats sont négatifs sur ce nouvel échantillonnage, le doute est levé, sinon un double test Elisa est réalisé.

Lorsqu’un élevage perd sa qualification d’indemne parce qu’un individu IPI y est détecté, une enquête épidémiologique est réalisée. Parmi les causes avérées de recontamination, Jean-Yves Houtain cite l’achat d’une femelle gestante porteuse d’un fœtus IPI, un contact indirect d’un individu sain avec un individu IPI d’un autre élevage par le biais d’un visiteur. Pour le déterminer, les enquêteurs ont fait séquencer l’ADN des souches de virus issus de deux cheptels qui partagent des mêmes intervenants (marchand, vétérinaire…). Résultat : les souches sont analogues à 100 % entre les deux cheptels. Autres sources potentielles d’IPI cités par Jean-Yves Houtain : le partage de prairie, les achats issus de cheptels ayant récemment été en contact avec un IPI. Sans oublier des suspicions d’erreurs de qualification liées à des faux négatifs.

Les remontées du terrain, suite à la mise en place du processus d’allégement, montrent que les éleveurs et les vétérinaires préfèrent le monitoring virologique : « Certes, il est plus coûteux que le monitoring sérologique, mais il est plus rassurant, car il permet de lever rapidement les craintes de réinfection. Et puis, comme pour l’instant il est soutenu financièrement et que le processus de certification est automatisé grâce à la centralisation des résultats d’analyses dans une base de données nationale, c’est confortable ». Le monitoring sérologique reste peu utilisé, surtout à cause de difficultés de mise en œuvre liées à la contention et aux pratiques de vaccination. « Il apparaît plus complexe, ce qui entraîne appréhension et réticence », indique Jean-Yves Houtain. Pour l’instant, le choix du monitoring est laissé au détenteur. « Mais il y a d’autres programmes à financer, donc les financements vont se réduire, ce qui va peut être inciter à aller vers la sérologie ».

Les données disponibles ont aussi permis de modéliser l’évolution du nombre d’IPI, afin d’estimer à quel moment ils auront été éradiqués. « Les résultats sont peu rassurants, confie Jean-Yves Houtain. Surtout parce qu’il y a encore des cheptels où naissent des IPI alors qu’ils sont qualifiés indemnes ». Il nuance : « L’assainissement du cheptel a été moins rapide que prévu, mais la progression va dans le bon sens ».

Le monitoring aura toujours un coût

« Chez nous, c’est compliqué, mais ailleurs ce n’est pas facile non plus », constate Patrick Bastian, à l’issue de cette intervention. Il reconnaît que le système de prélèvement auriculaire constitue une garantie, et assure : « On ne forcera pas les éleveurs à arrêter du jour au lendemain. Mais pour le GDS, gérer les deux systèmes au choix de chacun va être un enfer ».

Vétérinaire à Sarre-Union et éleveur, Jean-Philippe Weinstein donne son avis sur la question : « Lorsqu’on compare le coût du dépistage par virologie à la naissance et de la protection de la mère par vaccination, soit une quinzaine d’euros, au coût alimentaire quotidien, d’environ 2 €/j, et quand on connaît les conséquences financières de la maladie, on ne se pose pas de question très longtemps. » Un autre intervenant rappelle que, quel que soit le type de monitoring, il aura toujours un coût, mais qui reste inférieur au coût de la maladie. Enfin, des éleveurs s’inquiètent de voir les règles de dépistage s’assouplir. Pour eux, il n’aura alors « servi à rien d’injecter autant d’argent dans un plan d’éradication pendant quatre ans ».

Ultime question de Philippe Caussanel, responsable du service Élevage à la Chambre d’agriculture d’Alsace : « Ne pourrait-on pas profiter du prélèvement auriculaire pour réaliser d’autres analyses ? » Histoire de rentabiliser le prélèvement ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas en Belgique. Mais cela pourrait constituer une alternative aux deux procédés actuellement dans la balance.

 

 

A lire ausi : « « Le sanitaire doit être prioritaire » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

 

Bioéconomie

Faire du Grand Est un leader européen

Pratique

Publié le 08/03/2020

Cette charte s’inscrit dans le cadre plus large d’un des axes de travail stratégique de la Région Grand Est : le développement de la bioéconomie. Avec ses 3 Mha de surface agricole et ses 2 Mha de forêt, la région est naturellement assez gâtée pour devenir un leader en la matière au niveau européen. Déjà, rappelle son président Jean Rottner, la Région est celle qui produit le plus de biocarburants à partir de ressources locales. Elle est aussi la région qui compte le plus de méthaniseurs sur son territoire, souligne Philippe Mangin, vice-président de la Région. L’objet de la charte, qui comprend 23 actions, est donc de soutenir cette dynamique, en « favorisant toutes les synergies possibles, en rassemblant des acteurs pour les faire travailler de manière transversale », décrit Jean Rottner. En collaboration avec la Région Hauts-de-France, un comité a été mis en place. Une initiative qui sort donc, en plus, des sentiers classiques de l’État, souligne encore Jean Rottner.

Rouler plus vert pour 1 €

Concrètement, la Région Grand Est va injecter 0,50 Md€ sur cinq ans pour soutenir le développement de la bioéconomie sur son territoire, afin de créer un « effet de levier ». En outre, la Région va montrer l’exemple, puisque sa flotte automobile sera équipée pour rouler au biocarburant. La collectivité participera également à la création d’outils techniques et financiers à même de favoriser l’émergence de nouveaux projets de production de biocarburants, à la structuration de la filière et à l’accompagnement de son développement, en veillant à exploiter au mieux la complémentarité de l’ensemble des biocarburants dans le mix énergétique. Enfin, pour inciter les particuliers à investir dans des véhicules roulant au biocarburant, la région assure la gratuité de la carte grise, et subventionne le kit d’adaptation des véhicules essence au bioéthanol, qui ne coûte désormais plus que 1 €.

Cas concrets

La signature de cette charte a été l’occasion de mettre en lumière plusieurs initiatives qui illustrent l’utilisation des biocarburants dans le Grand Est. Ainsi Tereos a mis au point avec le constructeur de poids lourds Scania un camion qui roule au bioéthanol de betterave (ED95), et qui est utilisé pour transporter les betteraves jusqu’à leur usine de transformation. Le groupe Avril a développé Oleo100, une huile de colza qui alimente sa flotte de camions. Ce carburant de type B100 remplace le gasoil sur les véhicules diesel existant sans ou avec très peu de modifications du moteur, tout en permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 60 %. Pascale Gaillot, présidente du Conseil d’administration de la régie des transports des Ardennes a présenté un projet d’investissements pour 20 cars scolaires roulant au gaz naturel véhicule (GNV) d'ici 2021.

 

SIA 2020 : Concours de jugement d’animaux par les jeunes (CJAJ)

Les Alsaciennes ont l’œil, et le bon

Vie professionnelle

Publié le 07/03/2020

L’objectif de ce concours est d’évaluer les aptitudes des jeunes professionnels de 15 à 25 ans à pointer des animaux, c’est-à-dire à évaluer leur qualité morphologique, d’après des grilles de critères bien précis. Pour y participer, il faut avoir été présélectionné au niveau départemental. Du fait de la mobilité estudiantine, pas moins de quatre Alsaciennes participaient à ce concours : Marie Goos avait fini première du concours de pointage organisé dans le cadre du festival de l’élevage de Brumath, elle représentait donc le Bas-Rhin, pour le pointage en prim’holstein, idem pour Lou Rohmer, pour le pointage en race charolaise. Mais il y avait aussi, Claire Cousandier, originaire de Roeschwoog, qui s’est qualifiée en se classant première du concours de pointage de l’Oise, où se situe l’école d’ingénieurs agricoles UniLaSalle de Beauvais, où elle poursuit sa scolarité. Et Julie Wendling, originaire de Lupstein, qui s’est qualifiée de la même manière en participant au concours départemental de Meurthe-et-Moselle avec le lycée agricole de Pixérecourt, situé à Malzéville, où elle suit sa scolarité. Au final, les Alsaciennes ont obtenu de très bons résultats, puisque Claire Cousandier et Marie Goos se classent respectivement 2e et 3e en pointage, en prim’holstein, suivies par Julie Wendling, qui décroche la 37e position. Lou Rohmer, quant à elle, termine 34e sur les 50 candidats que comptait le concours de pointage en race charolaise.

 

 

 

Claire Cousandier, dont les parents gèrent le Gaec Cousandier à Roeschwoog, fait du pointage depuis qu’elle est petite. Elle raconte son expérience : « Le matin, les 95 participants ont pointé les quatre mêmes vaches sur tous les postes : mamelles, membres, corps… » Les candidats devaient attribuer une note globale par animal, et une note par poste. Peu avant midi, le jury a désigné les six meilleurs candidats, c’est-à-dire ceux dont la notation se rapproche le plus de la leur. Ces six candidats sont retournés sur le ring, pour pointer une section de red’holstein. « Nous avons dû les classer de 1 à 7, et justifier nos choix au micro, comme un juge », rapporte Claire Cousandier. Enfin, les résultats définitifs ont été annoncés en plein milieu du concours de la race prim’holstein. Une belle surprise pour Claire Cousandier, dont les parents élèvent des simmentals, et qui était présente pour la première fois au salon de l’agriculture en tant que participante et non comme simple visiteuse.

Une expérience enrichissante

Marie Goos, a commencé le pointage il y a un peu plus de trois ans : « Un technicien est passé pour pointer des animaux sur la ferme, et il a pris le temps de m’expliquer », raconte la jeune fille, dont les parents élèvent 45 vaches laitières à Blaesheim, au sein de la SCL Goos. Séduite, elle s’est présentée au concours de Brumath, et a remporté la première place. Et ainsi trois fois de suite. C’était donc sa troisième participation au Concours de jugement d’animaux par les jeunes. Entre-temps, le technicien est revenu l’entraîner, et elle s’est perfectionnée. En montant sur le podium lors de cette édition, elle a atteint son objectif : « Je n’ai pas envie de faire moins bien la prochaine fois, donc je laisse la place aux autres », indique Marie Goos, qui est actuellement étudiante en apprentissage en licence professionnelle Conseil élevage, avec des cours théoriques dans le Doubs, et leur mise en pratique à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Originaire de Colmar, Lou Rohmer habite désormais Strasbourg et étudie au lycée agricole d’Obernai. Et c’est dans ce cadre que la jeune fille, qui n’est pas originaire du milieu agricole, a appris à pointer : « L’année dernière, en première, on pouvait faire une journée de formation au pointage, et s’inscrire au concours de Brumath », raconte-t-elle. C’est ce qu’elle a fait, et bien lui en a pris puisqu’elle a fini première dans la catégorie des vaches allaitantes : un ticket pour Paris, et une expérience enrichissante en matière de races allaitantes, pour Lou Rohmer qui, à la base, s’intéresse plutôt à la filière laitière. « Du coup je m’intéresse aux deux, et je pense que je vais continuer à faire du pointage, parce que j’aime bien ça », confie la jeune fille, actuellement en terminale STAV à Obernai.

Fédération régionale (FR) des Cuma du Grand Est

Dina-miques !

Vie professionnelle

Publié le 02/03/2020

Pour leur assemblée générale, les Cumistes du Grand Est se sont retrouvés chez Kuhn, à Monswiller. L’état des finances de la structure est rapidement évacué. Les cotisations payées par les 100 000 adhérents au prorata de leur chiffre d’affaires contribuent à hauteur de 57 % aux produits. Leur montant n’a pas évolué depuis 2017, et n’augmentera pas non plus en 2020. Le budget prévisionnel reflète la montée en puissance de la FR Cuma : le chiffre d’affaires progresse de 100 000 €, en lien notamment avec le développement des GIEE à partir des Cuma, ce qui engendre aussi une hausse des frais de personnel.

C’est d’ailleurs sur les ressources humaines qu’embraye le rapport d’activité. Après deux embauches en 2019, portant le nombre de salariés à huit, trois nouvelles embauches sont prévues en 2020. Les animateurs de Cuma devraient bénéficier de la mise en place d’une classe de formation avec L’Institut polytechnique UniLaSalle et, les responsables de Cuma et les salariés d’une plateforme d’e-learning.

Les salariés de FRCuma ont poursuivi leur mission d’accompagnement des Cuma (lire en encadré). L’un des enjeux majeurs des Cuma pour les années à venir, c’est la gestion des données, qui constituent un précieux gisement d’informations. Des travaux sont donc en cours pour améliorer la qualité des données, notamment leur saisie, grâce à l’harmonisation des pratiques d’enregistrement, gage d’une bonne analyse, donc d’une bonne valorisation des données. La commission Data Compta se fixe comme objectif d’arriver à fournir des comptabilités justes, claires et dans les temps d’ici février 2021. Le logiciel MyCuma Compta a été développé à cette fin. Thierry Magisson, chargé de mission numérique : « Disposer de données de qualité est essentiel, il faut les qualifier le plus finement possible. Car c’est ce qui permettra d’établir une cohésion entre animateurs de Cuma et comptables, donc d’améliorer le conseil ».

« Une Cuma sans projet, c’est comme un bateau sans boussole »

Comme le monde agricole dans sa globalité, les Cuma vont aussi devoir rapidement s’adapter, à la fois aux évolutions du climat, et à celles des attentes sociétales. C’est pourquoi, les Cuma doivent évoluer vers la mutualisation des assolements, des achats d’intrants, du stockage… « La fédération sera en ordre de marche pour accompagner ces mutations, en tissant des partenariats, en militant pour faciliter l’accès aux subventions », assure Sébastien Francart, secrétaire général de la FRCuma. Autre enjeu majeur pour le monde agricole : l’accès à la main-d’œuvre. L’emploi partagé en Cuma est une solution portée par la FRCuma. Et puis il y a bien sûr la future Pac : « La fédération nationale (FN) Cuma a formulé des propositions pour une meilleure reconnaissance des collectifs agricoles dans la nouvelle mouture », indique Sébastien Francart. Des revendications qui ont été entendues et inscrites dans le Programme stratégique national (PSN) Grand Est qui, avec les autres PSN émanent des régions, servira à écrire le PSN Pac national au niveau du ministère de l’Agriculture.

Pour clore cette assemblée générale, Matthieu Goehry, président de la FRCuma du Grand Est, a tenu un discours à contre-courant sur l’agribashing : « Ce serait avancer avec des œillères que de ne pas voir que la société évolue ». Il constate que, comme d’autres professions, notamment les enseignants, ou le corps médical, les agriculteurs sont soumis à un étrange phénomène : « Tout le monde sait mieux que le principal intéressé quelle est sa mission et comment il doit la mener à bien ! Mais cette attitude ne date pas d’hier. L’essentiel est donc ailleurs », balaie le président. Face à un prix du matériel agricole qui a plus que doublé en dix ans, être en Cuma, c’est bien, mais « ça ne suffit plus » : il faut avoir un projet. Car « une Cuma sans projet, c’est comme un bateau sans boussole en pleine mer », compare le président. En résumé, Matthieu Goehry, invite à devenir « Cuma addict ». Parce que « quand les voisins deviennent des partenaires et non des proies », c’est un autre état d’esprit qui s’installe : « Ce n’est pas par hasard si la population agricole diminue plus vite que le nombre d’adhérent en Cuma », lâche-t-il.

Faire fructifier le modèle

Luc Vermeulen, président de la FNCuma, a salué « l’énergie » de la FRCuma Grand Est : « Ça nous booste, au niveau national, de voir que sur le terrain les choses bougent malgré les incertitudes, le manque de visibilité, d’ambition agricole d’un gouvernement qui ne nous aide pas dans nos missions. » Mais trêves de récriminations : « La force qui nous anime, c’est celle de travailler avec des hommes qui vont de l’avant, qui ne se lamentent pas sur leur sort », constate Luc Vermeulen, qui incite à « activer encore plus le levier du collectif ». Une volonté qui passe par la formation des élus des salariés car « la complexité exige des compétences pointues ». Enfin, il pointe un certain manque de communication sur la réussite du modèle des Cuma : « Nous voulons davantage faire connaître ce modèle de l’agriculture de groupe, donner envie de s’y engager pour le faire fructifier ».

Après une journée studieuse, les Cumiste ont partagé un cocktail, un spectacle, et un dîner. Le lendemain, ils ont visité le Parlement européen, où ils ont rencontré la députée européenne Anne Sander et pu assister à une partie des débats, avant de repartager un repas et de rentrer chacun dans son département.

 

 

Plus d'informations : www.grand-est.cuma.fr/content/federation-des-cuma-grand-est

 

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