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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Finale mondiale de labour

Bertrand Rott qualifié pour la prochaine

Technique

Publié le 14/09/2018

Le week-end dernier se sont déroulées les sélections françaises pour la prochaine finale mondiale de labour à Javené, en Ille-et-Vilaine, près de Fougères, sur le même site que la finale nationale de labour. Deux Alsaciens, Philippe Grathwohl et Bertrand Rott, y participaient. Ils avaient même fait camion commun pour réduire les frais d’expédition et de rapatriement de leur matériel. Vendredi 7 septembre, Bertrand Rott a remporté la finale de labour en planche sur chaume avec 209,5 points, soit 30 points de plus que le second, qui n’était autre que Philippe Grathwohl (176 points). Et samedi 8 septembre, il a également gagné la finale sur prairie avec 218 points, soit avec 30 points d’avance sur le suivant. Au final, Bertrand Rott se hisse à la première place de la catégorie labour en planche avec 427,5 points, suivi par Thierry Bosserelle, des Ardennes, avec 348 points, et Philippe Grathwohl, avec 323,5 points.

« Je suis très content de ma performance », commente Bertrand Rott. Avec cette victoire, il s’est qualifié pour les prochains championnats du monde qui auront lieu au États-Unis, dans le Minnesota, le 30 août et le 1er septembre 2019. Bertrand Rott tient à remercier sa compagne, Agnès, pour son soutien, ses parents, ses amis qui se sont occupés de la ferme en son absence, ainsi que son fan-club, qui l’a rejoint en avion vendredi matin pour passer avec lui le week-end en terres bretonnes.

La prochaine finale mondiale sera sa cinquième tentative pour décrocher une place sur l’une des marches du podium mondial (lire en encadré). Et peut-être sa dernière. Car le labour de compétition est un sport  exigeant en entraînement et dispendieux. Cette fois encore il va lui falloir traverser un océan, donc trouver des sponsors : « C’est de plus en plus difficile, même si jusqu’à présent j’ai toujours été très bien suivi et que je n’ai pas eu beaucoup à avancer de ma poche », constate le laboureur.

« Je vais tout faire pour décrocher une médaille »

L’an passé, c’était son compatriote Thomas Debes qui avait remporté la sélection française et qui a donc - brillamment - défendu les couleurs de la France puisqu’il a été sacré vice-champion du monde de labour le 2 septembre à Stuttgart (lire en page 3 de notre édition du 7 septembre 2018). Depuis, Bertrand Rott n’a pas chômé et a assidûment entretenu sa technique de labour à coups d’entraînements réguliers tout au long de l’année, dès que les conditions le permettaient. Et il va continuer de plus belle : « Je vais essayer de me faire prêter un tracteur d’occasion, pour pouvoir laisser ma charrue de compétition attelée au même tracteur, car si les entraînements mobilisent un tracteur qui doit travailler sur la ferme, c’est plus compliqué. »

Bertrand Rott ne perd pas espoir : « Techniquement, je me classe au même niveau que Thomas Debes, donc je peux obtenir un classement similaire. Tout dépend du niveau des concurrents envoyés par les autres pays ! Jusqu’à présent, j’ai toujours été confronté à de très bons concurrents, c’est pourquoi j’oscille entre la 13e et la 7e place », analyse Bertrand Rott, qui assure : « Je vais tout faire pour décrocher une médaille ». À peine revenu en Alsace, il commence déjà à préparer cette prochaine échéance : ressortir le dossier de subvention, réserver les billets d’avion en avance, préparer le transfert du matériel par container… À vue de nez, il mise sur six semaines de voyage pour son matériel, qu’il devra donc expédier fin juin. « Je ne vais peut-être plus pouvoir m’entraîner sur chaume. Ça dépendra de la moisson des orges. Je vais donc mettre en place un couvert pour pouvoir m’entraîner cet hiver. »

Témoignage de Michel Schaub à Breuschwickersheim

Maïs : des situations très hétérogènes

Cultures

Publié le 14/09/2018

Michel Schaub cultive une cinquantaine d’hectares de SAU, dont 10 ha de blé, 9 ha de betteraves sucrières, 27 ha de maïs et 4 ha de prairies et autres SIE, notamment des bandes enherbées, mises en place sur les chemins préférentiels de l’eau depuis que les coulées d’eau boueuse sont devenues un phénomène récurrent. « Avec d’autres agriculteurs de Breuschwickersheim et des villages alentour, nous pratiquons aussi des assolements concertés. Tout le monde est gagnant car cela permet de limiter le phénomène », précise-t-il. Jusqu’en 2006, Michel Schaub était également éleveur. Mais pour poursuivre cette activité « il aurait fallu investir, ou m’associer ». Il a préféré arrêter. Pour compenser l’absence de déjections animales, il pratique des échanges paille/fumier. Mais, au bout de 12 ans à ce régime, il constate tout de même que ces sols sont « moins aérés, moins riches ».

Michel Schaub ne sème jamais ses maïs avant le 7-8 avril, afin de ne pas exposer les semis au risque de gel. Cette année, il a semé ses maïs du 14 au 19 avril, soit dans une fenêtre de tir assez serrée, pour profiter de bonnes conditions. Sa politique en matière de choix variétal consiste à panacher des variétés cornées - « leur potentiel de rendement est moins bon que celui de variétés plus tardives, mais il est compensé par des primes » - et des variétés tardives, plus intéressantes en termes de rendement : « Je vais jusqu’à des indices de 360 voire 400 exceptionnellement, mais pas au-delà car je poursuis aussi l’objectif de pouvoir moissonner dans de bonnes conditions. »

Le début de la campagne était prometteur : les levées se sont bien passées et « les maïs étaient jolis au départ. » Mais la hausse du mercure les a fait monter très vite, avec des insertions d’épis hautes, ce qui a eu tendance à les fragiliser, « en plus d’une pression pyrale importante ». Pour lui, le point crucial de la campagne a été les précipitations à la floraison. En ce qui le concerne, la plupart de ses parcelles ont eu assez d’eau pour que la fécondation se fasse, mais pas assez pour qu’elle soit optimale : « Les épis sont assez grands, mais ils ne sont pas remplis jusqu’au bout. » Et le manque d’eau risque aussi d’avoir affecté le Poids de mille grains (PMG). Ce qui caractérise le plus cette campagne, c’est l’hétérogénéité des situations : « Avec les pluies d’orage, avec la même variété et des densités de semis identiques on constate des différences visuelles de maturité et de potentiel de rendement en fonction des secteurs. » En effet, les précipitations ont été extrêmement localisées : « On a eu un épisode avec 40 mm à Entzheim, 15 mm à Breuschwickersheim et 0 à Hurtigheim. Ici, on a eu sporadiquement 10 à 25 mm, mais avec nos sols, cela a suffi à sécuriser le rendement ».

Du 140-150 q/ha comme du 70-80 q/ha

En effet, l’hétérogénéité des situations s’explique à la fois par les quantités d’eau reçues, mais aussi par les types de sol : « En sol profond, une précipitation est mieux restituée qu’en sol superficiel. » Ces différentiels s’observent parfois au sein d’une même parcelle, « par exemple entre des maïs situés en haut et en bas de pente nous avons pu constater jusqu’à six points d’humidité d’écart », rapporte Michel Schaub. Ce qui lui fait dire que les rendements seront extrêmement hétérogènes : « Certains récolteront peut-être des parcelles à 140-150 q/ha, mais il y en aura aussi à 70-80 q/ha. »

Pour sa part, Michel Schaub a déclenché l’opération moisson exceptionnellement tôt : le 22-23 août, par une parcelle de maïs denté, à 30 % d’humidité, mais qui avait versé. Puis il a continué avec les variétés cornées, à des taux d’humidité compris entre 24 et 27 %. « J’aurais pu attendre encore un peu, mais je ne voulais pas risquer l’égrainage », indique-t-il. Sur la parcelle versée, il a obtenu un rendement de 72 q/ha, et ne pense pas dépasser un rendement moyen de 110 q/ha : « Je reste sceptique. Ça a l’air pas trop mal, mais ça dépend des secteurs, et puis il y a aussi eu quelques dégâts de sangliers. »

Pour faire face aux périodes de sécheresse prolongée Michel Schaub va en priorité revoir ses critères de choix variétal, pour des variétés plus rustiques. Et puis il y a l’irrigation : « On en parle de plus en plus. Ça s’est déjà fait dans le secteur, en puisant dans de petits cours d’eau. Mais pour moi ce n’est pas une bonne solution. Si on investit pour s’équiper en matériel d’irrigation, il faut que ça fonctionne. Or, en puisant dans les cours d’eau on s’expose au risque de restriction d’irrigation. L’autre solution serait d’investir en commun dans des puits d’irrigation car il y a des sources, mais y accéder représente un coût. » De tels investissements ne figurent pas dans les intentions à court terme de Michel Schaub, qui envisage plutôt de travailler sur des techniques culturales, comme la couverture des sols : « J’essaye déjà de laisser mes Cipan en place le plus longtemps possible. » Mais il se dit freiné par la perspective de devoir investir dans du matériel : « J’ai un tracteur de 1964 qui roule encore. Mais si j’investis, ce sera dans le sens de nouvelles techniques culturales. » Quant à modifier son assolement, Michel Schaub est sceptique : « Avec la chrysomèle, j’avais fait plus de blé et moins de maïs. Mais le maïs reste une culture qui donne de bons résultats car elle est bien adaptée à la région. »

Championnat du monde de labour

Thomas Debes vice-champion mondial en planche

Technique

Publié le 07/09/2018

Mardi matin à Jetterswiller, Thomas Debes avait retrouvé sa cote, ses bottes et ses vaches. Mais sur la table de sa salle à manger trône sa récolte du week-end : trois médailles, une coupe et sa caisse de transport en bois, toutes deux patinées par le temps. Il raconte : « Cette coupe passe de laboureur en laboureur depuis 65 ans. » Tous ceux qui l’ont remportée doivent faire graver leur nom sur le socle qui compte désormais trois étages, et se débrouiller pour qu’elle arrive à bon port pour la finale de labour suivante, afin d’être remise au prochain champion. »

Un sol difficile

« C’était une finale très bien organisée, dans une grande ferme isolée, sans doute un vestige d’une ferme royale, avec 300 ha d’un seul tenant », raconte Thomas Debes. Après s’être entraîné en Alsace dans le sec, il a traversé le Rhin le 20 août pour aller user ses socs dans le sol du secteur de la compétition, toujours dans le sec. « Il s’agissait d’une terre qui n’avait pas été labourée depuis dix ans et qui se caractérisait par un sol dur sous une surface très meuble. » S’agissant d’une grosse ferme avec une surface importante, les engins utilisés sont à l’avenant, et ils ont laissé des zones de tassement qui pouvaient faire sauter la charrue de plusieurs centimètres. « Les bons réglages étaient donc très difficiles à trouver, notamment pour procéder aux dérayures. Nous avons d’abord dû chercher des solutions, ne serait-ce que pour que la charrue reste droite. »

Une météo pas plus clémente

Le lundi suivant, Thomas Debes a tiré au sort ses parcelles d’essais, situées sur le site de la compétition. Des parcelles de 25 m de large sur 50 m de long. « À ce stade, ce n’est plus de la répétition, c’est du fignolage. C’est pour ça que c’est important de pouvoir s’entraîner avant, pour régler le plus gros des problèmes », décrit Thomas Debes. Sauf que cette année, la météo a joué avec les nerfs des laboureurs : « Deux jours avant la première épreuve sur chaume, il a plu 25 litres, et cette eau est descendue assez profondément dans le sol. » Autant dire que les concurrents ne pouvaient plus se fonder sur les réglages préalablement établis ! « Ça a été de l’improvisation. Et là, l’expérience joue beaucoup. J’ai effectué un mélange entre des réglages de conditions sèches et humides pour ne pas trop me tromper », raconte-t-il en ouvrant une pochette renfermant cinq années de notes collectées au fil de ses entraînements. « Le soir même de l’épreuve sur chaume, nous sommes allés voir l’état du sol sur prairie. L’eau était moins descendue, sur les 10-12 premiers centimètres, mais ça n’a pas été plus facile pour autant. C’est pour ça qu’il y a de tels écarts de notes entre les concurrents. »

Laboureur et solidaire

Participer à une finale mondiale de labour représente un budget. Le principal poste de dépenses correspondant généralement au transport du matériel. Aussi Thomas Debes a-t-il monté un dossier de demande de subventions dès le mois de février. Le concours ayant lieu en Allemagne, « il y a à la fois plus de retombées pour les sponsors, et moins de frais pour moi ». Aussi Thomas Debes a-t-il décidé de reverser les fonds qu’il n’aura pas utilisés à l’association Les Enfants de Marthe.

Retour sur cette aventure en images :

 

 

Réfection des chemins agricoles et forestiers

De nouvelles solutions émergent

Technique

Publié le 05/09/2018

Ces outils étaient récemment en démonstration dans le secteur de La Petite Pierre, à Erckartswiller, sur une piste forestière. Une démonstration organisée conjointement par l’entrepreneur Pascal Helmlinger, la Chambre d'agriculture et la société Hantsch. Agriculteur, Pascal Helmlinger gère également une entreprise de débardage, une activité qui requiert d’investir dans des équipements spécifiques. Pour l’instant, la réfection de chemins ne fait pas partie de son champ d’action, mais il s’agit d’une opportunité de développement qu’il envisage : « Je pourrais travailler sous contrat avec certains clients. Et c’est du matériel qui peut aussi être utilisé pour créer des plateformes, préparer l’intérieur de futurs bâtiments… C’est donc potentiellement un bon moyen d’élargir mon activité et d’amortir mon parc matériel », constate Pascal Helmlinger. Mais avant d’investir, il va laisser passer l’hiver sur le chemin rénové lors de cette démonstration, et observer son évolution dans le temps.

Pour la Chambre d'agriculture, l’entretien des chemins forestiers constitue un enjeu important puisqu’il s’agit d’assurer l’accès au massif. Pour sortir du bois, certes, mais pas seulement. Il convient aussi de pouvoir observer l’évolution de la forêt, notamment la dynamique des maladies et ravageurs, ou encore de faciliter l’accès des secours. « Depuis 2008, 132 km de routes forestières ont été rénovés, ce qui représente l’accès à 2 800 ha et concerne 1 826 propriétaires forestiers », illustre Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Ces travaux ont en général été effectués via des Associations syndicales autorisées (ASA). Ces dernières années la fédération d’associations forestières et syndicales Forestiers d’Alsace et le Centre national de la propriété forestière (CNPF) ont encouragé la construction d’un réseau de déserte forestière. Mais, estime Claude Hoh, une soixantaine de kilomètres affichent entre 20 et 30 ans et devront être rénovés dans les prochaines années. D’où l’intérêt des forestiers pour le développement d’outils de réfection des chemins agricoles et forestiers économiques et innovants.

« L’ennemi numéro 1 des chemins, c’est l’eau »

La gamme d’outils conçus par la société Hen Technologie était présentée par Gautier Petitjean, responsable forestier nord pour la société Hantsch : « Nous proposons des outils réalisant la réfection de chemins sans apport de matière, contrairement aux engins de travaux publics classiques, ce qui permet de gagner en compétitivité ». Trois outils étaient présentés. Comme son nom le suggère, le combiné malaxeur dameuse WPF 200 mélange la matière et la tasse en une seule opération. « Les éléments sont piochés et, par force centrifuge, les plus gros se retrouvent sous les plus fins. Deux plaques vibrantes viennent compacter le tout. » Résultat, en un passage, le chemin est rectifié : les trous sont bouchés, et il est possible de créer une pente favorisant le bon écoulement de l’eau.

« L’ennemi numéro 1 des chemins, c’est l’eau », constate Gautier Petitjean. Or lorsque les accotements des chemins sont trop hauts, l’eau s’écoule mal, stagne sur le chemin, ce qui contribue à la formation de nids-de-poule, donc à accélérer leur dégradation. L’araseuse d’accotement SP61 permet d’enlever la terre sur 5 à 15 cm, avec un angle qui assure une légère pente favorisant l’écoulement de l’eau. La terre est ensuite projetée sur le terrain adjacent. « C’est une solution rapide et économique par rapport au procédé traditionnel qui consiste à faire intervenir une pelleteuse et des remorques… », souligne Gautier Petitjean.

Le broyeur de pierres RBM travaille sur 2 m de large et jusque 30 cm de profondeur. « Il est capable de broyer pierres et cailloux plus ou moins finement selon les réglages qui sont appliqués au rotor - qui tourne à 340 tours par minute, et qui est équipé de 160 pointes - et au contre-peigne. » Ce broyeur de pierre est un bon préalable à l’action du combiné malaxeur dameuse lorsque la granulométrie des éléments est trop importante.

Retrouvez cette démonstration en vidéo :

 

Base Alsace

Un creuset d’innovations

Cultures

Publié le 19/08/2018

Le programme de la journée pouvait sembler un peu décousu, de prime abord, mais Christophe Diss, président de Base Alsace, en a dégagé le fil conducteur. L’amorce, c’est le retrait annoncé du glyphosate. Et la nécessité de trouver des alternatives crédibles. « Dans quelles directions chercher ? Il n’y aura pas de solution unique. Mais il semble qu’il faille se projeter vers des économies d’intrants de manière générale. Donc l’idée de fond consiste à capitaliser sur les effets bénéfiques de l’agriculture de conservation, tout en recourant moins à la chimie. Cela requiert de travailler les convergences entre agriculture de conservation et agriculture biologique ».

Deux approches peuvent être envisagées. La méthode « surprise », qui consiste à surprendre les adventices, en allongeant les rotations, en occupant le terrain, c’est-à-dire en l’enherbant pour désherber moins ou mieux. Que ce soit d’ailleurs en interculture pour occuper le terrain, ou en culture, avec des plantes de service qui accompagnent la culture de rente. C’est le cas du colza associé, une technique désormais vulgarisée. Et qui donne lieu à toutes sortes de déclinaisons. L’autre approche consiste à substituer la chimie, par le recours à des Préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP), à des robots désherbage, ou encore à l’électrodésherbage (lire nos précédentes éditions).

Sortir de toute chapelle idéologique

En Suisse, l’agriculture biologique de conservation (ABC) progresse et est techniquement décrite. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, résume : « Il s’agit de sortir de toute chapelle idéologique ». Le travail du sol c’est donc : du semis direct quand c’est possible, du travail réduit le plus souvent possible, mais aussi du labour ou du travail profond quand c’est nécessaire. Le processus de transition vers l’ABC s’accompagne de mesures telles que l’introduction de prairies temporaires, l’élaboration de rotations diversifiées, le choix des variétés, des dates de semis, le recours au compostage, aux couverts… Une belle théorie, mise à mal en pratique par un certain nombre de contradictions avec la politique agricole, la libéralisation des marchés, le potentiel du site de production… Ou encore des questions de société : quelle taille d’exploitations, quel type d’agriculture veut-on encourager : les agrimanager, les néopaysans, les deux ?

Travail du sol : au cas par cas

En matière de travail du sol, Maurice Clerc est partisan d’une certaine ouverture d’esprit : « Il ne faut pas forcément se fixer de limites ». Le principal objectif, c’est une teneur en humus correcte. Il précise : « Nous nous sommes intéressés à la destruction des prairies temporaires par du travail du sol superficiel ou un labour peu profond, à 10 cm. Il y a peu de différence. Il faut donc choisir la méthode en fonction de la météo, de l’état du sol… » Idem pour le semis direct. S’il est encouragé quand c’est possible, il est déconseillé dans certaines situations, « par exemple s’il y a beaucoup de vulpins ». Il évoque des essais de semis direct de maïs dans des engrais verts implantés en octobre et roulés au rolofaca. « La vigueur du maïs dépend des couverts végétaux. C’est un sujet à travailler. » Idem pour le semis direct du soja, où des pertes de rendement plus ou moins importantes sont enregistrées, en lien avec des problèmes de ravageurs (limaces, corneilles…) ou de difficulté à semer le soja à travers l’engrais vert. Reste que, même s’il peut s’accompagner d’une perte de rendement, le semis direct a un intérêt, surtout dans les fermes avec de grandes surfaces, car « il simplifie le travail et limite l’érosion », note Maurice Clerc.

Prairies, composts et cætera

La principale clé de la réussite de l’ABC, c’est d’avoir une rotation très diversifiée, comprenant des prairies temporaires. « Elles sont exigées par Bio Suisse sur au moins 20 % de la terre assolée », indique Maurice Clerc. Une exigence bien acceptée par les agriculteurs car les prairies temporaires permettent de réguler efficacement la flore adventice. Autres facteurs de réussite : des dates de semis et de récolte en adéquation avec les conditions pédoclimatiques, c’est-à-dire qui permettent notamment de ne pas récolter trop tard pour ne pas matraquer les sols. Ce qui suppose aussi un choix de variétés adaptées.

Pour savoir si le risque de tassement est élevé ou pas, Maurice Clerc mentionne l’existence de l’outil en ligne www.terranimo.ch, qui permet d’évaluer le risque de tassement en renseignant quelques critères. Enfin, Maurice Clerc évoque les effets positifs induits par l’apport de composts : « Ils apportent des bactéries qui ont un effet dépressif sur les maladies telluriques », explique-t-il en citant un essai qui a mis en évidence une réduction des longueurs des lésions sur les tiges du pois avec l’apport de compost. Un effet amplifié lorsque le pois est associé à du triticale. Et encore plus dans le cas du pois associé au triticale avec apport de compost.

Blé

Le rendement impacté par un cumul d’éléments défavorables

Cultures

Publié le 05/08/2018

« Bien mais pas top ». Voilà qui pourrait résumer la moisson de blé 2018. Par rapport à l’année dernière, le rendement est en baisse, « de 8 à 10 % », estime Christian Lux, responsable du service agronomie au Comptoir agricole. Une baisse imputable à un cumul de facteurs défavorables. Il y a d’abord eu un mois de janvier très humide. « Les excès d’eau ayant entraîné un phénomène d’asphyxie racinaire, et un mauvais développement des racines ». Puis un coup de gel fin avril, qui est intervenu après une période relativement douce, donc sur des blés qui amorçaient leur sortie d’hiver. Le mois d’avril a été relativement sec. Or les systèmes racinaires étant peu développés, les blés ont souffert du manque d’eau, et il y a eu des pertes de talles. En outre, le manque d’eau a pénalisé la valorisation des apports d’azote. Enfin, la fusariose s’est installée en fin de cycle, provoquant l’échaudage de groupe d’épillets. C’est ce cumul de petits accrocs qui a entraîné une perte de rendement d’au moins 5 %. Un constat valable un peu partout en Alsace, « Il n’y a pas de secteur épargné », rapporte Christian Lux. Mais la perte de rendement est plus ou moins importante en fonction des caractéristiques de chaque parcelle. Les sols limoneux, par exemple, sont un peu plus décevants, « mais ce ne sont de toute manière pas les plus adaptés au blé ».

La fusariose : une menace sérieuse

Cette déception quantitative est heureusement compensée par la bonne qualité des blés. Les PS sont bons, « en moyenne 78 », précise Christian Lux, les temps de Hagberg aussi, la teneur en protéine aussi, avec une moyenne supérieure à 12,5 %, conséquence d’une concentration des protéines liée à la baisse du rendement. Mais en ce qui concerne la teneur en mycotoxines, « on a eu chaud », prévient Christian Lux. Certes les teneurs sont en dessous des seuils réglementaires, mais il aurait pu en être autrement. « Les précipitations fin mai autour de la floraison ont entraîné des contaminations par la fusariose. Heureusement qu’il a fait sec de fin juin jusqu’à la moisson car cela a permis de limiter l’expression des mycotoxines. S’il avait plu davantage la qualité sanitaire aurait sans doute été dégradée », estime Christian Lux, qui incite donc les agriculteurs alsaciens à choisir des variétés tolérantes à la fusariose, même si ce critère n’est pas la priorité des sélectionneurs.

Fermes ouvertes dans le Kochersberg

Un beau jardin à découvrir

Pratique

Publié le 31/07/2018

« L’activité agricole est encore très intense dans le Kochersberg, et revêt un intérêt touristique, si tant est que des opportunités sont créées », indique Marie-Hélène Mattern, directrice de l’office de tourisme. C’est tout l’objet de ces visites de ferme. « Nous avons identifié des agriculteurs ressources, qui sont familiers de l’accueil de public, et qui sont les moteurs de ces animations », poursuit-elle. Ensuite, c’est tout simple : les agriculteurs proposent des dates, l’office de tourisme organise le calendrier, les visiteurs sont invités à s’inscrire auprès de l’office de tourisme, qui fait le relais auprès des agriculteurs. Résultat, jeudi 19 juillet, c’était Julien Messer, de la ferme Saint-Ulrich à Durningen, qui accueillait la vingtaine d’inscrits. Parmi eux, pas de touristes, mais des locaux, surtout des grands-parents, ou des mères de famille, avec des enfants. Mais Marie-Hélène Mattern ne désespère pas d’attirer les touristes : « Le territoire compte 500 lits touristiques. Des hébergements qui sont surtout choisis pour la proximité de Strasbourg, de Colmar, de l’Allemagne… Mais nous avons la volonté de retenir les touristes sur notre territoire, afin de capter une part des retombées économiques, en étoffant l’offre de sentiers, musées, visites guidées… Et si ces visites permettent en même temps de valoriser nos agriculteurs, leur travail, et de sensibiliser le public à leurs contraintes, c’est une bonne chose. » Car le Kochersberg se caractérise par une population néorurale croissante, qui peut avoir de l’agriculture une image de carte postale.

Des agriculteurs rusés

Expliquer ses pratiques à ses concitoyens, c’est ce que s’est employé à faire Julien Messer deux heures durant. Les enfants étaient souvent trop occupés - à nourrir les génisses, caresser les vaches, câliner les veaux, poursuivre le chat, jeter le bâton au chien, brosser l’âne, jeter des cailloux dans les bouses… - pour écouter ses explications, mais les adultes en ont eu pour leur 4 €. La visite démarre par des considérations météorologiques : depuis plusieurs jours, il fait chaud : « Les vaches boivent plus, mangent moins, et ont tendance à maigrir. Il faut les inciter à venir manger et à se faire traire ». Les agriculteurs rusent : « Nous leur donnons moins à manger le matin, et plus le soir. Un système de brumisation installé au-dessus de l’aire d’alimentation incite les vaches à venir chercher la fraîcheur… et à manger ! »

Faciliter les vêlages

Il explique ensuite les choix, contraintes et opportunités qui ont dicté l’évolution de la ferme. Transformer le lait en yaourts, par exemple, découle d’un accès au foncier restreint en raison de son coût élevé. Cette stratégie permet de faire vivre deux familles sur la ferme. Le choix de la race, la prim’holstein, répond à la nécessité de produire suffisamment de lait sur une surface limitée. Mais tout n’est pas figé. La brune des Alpes, dont le lait se caractérise par une meilleure fromageabilité, est en cours d’introduction dans le troupeau. En effet, les agriculteurs envisagent de produire du fromage car cela permet de stocker du lait.

Très vite, les visiteurs posent les questions qui les taraudent : « Pourquoi les vaches ne pâturent pas ? » Encore une fois il s’agit surtout d’une question du coût du terrain, qu’il faut rentabiliser. Mais aussi de temps de travail. Et de régularité gustative de la production. « Que deviennent les veaux mâles ? » Ils sont gardés jusqu'à l'âge de 6 mois pour produire des veaux de lait. « Est-ce que vous utilisez des taureaux ? » Oui et non, explique Julien Messer qui donne des détails sur l’insémination artificielle, et enchaîne sur la gestation et la préparation du vêlage. Les vaches laitières sont logées en logettes, mais les vaches taries, gestantes, sont sur aire paillée : « Elles se couchent différemment, car elles sont gênées par le veau, qui prend de la place. Et elles ont besoin d’être tranquilles, pour se reposer avant le vêlage. C’est important car cela contribue au fait que le veau soit bien positionné, et que le vêlage se passe bien. »

Du préventif plutôt que du curatif

Julien Messer détaille ensuite comment sont nourris les animaux, et comment la ration est adaptée en fonction des besoins spécifiques à chaque stade de la vie de l’animal. Les visiteurs apprennent ainsi avec surprise qu’une vache sous-alimentée fera un veau plus gros, car il a plus de la place pour grandir. « Le vêlage risque d’être compliqué, d’où l’intérêt de donner des fourrages encombrants aux vaches en gestation. » Le robot de traite est un passage apprécié. Julien Messer vante ses avantages : la « totale liberté » des vaches, l’enregistrement des données, qui permet d’anticiper des problèmes sanitaires, donc d’agir de manière préventive plutôt que curative…

À l’heure du goûter arrive la question fatidique : « Est-ce que vous utilisez des produits phytosanitaires ? Pourquoi ? » Oui, Julien Messer en utilise, surtout pour venir à bout de certaines adventices, comme le liseron. Mais le moins possible, « car cela a un coût ». Pour en utiliser moins, il fractionne les apports, applique les produits dans de bonnes conditions, traite en dirigé, couvre le sol avec des intercultures… C’est aussi pour utiliser moins d’engrais qu’il pilote ses apports au plus juste grâce à des images satellitaires et, qu’avec des collègues, il est en train de tester des symbioses d’espèces : du maïs avec du pois par exemple… « Eh ben, c’est un métier », glisse un homme à son épouse sur le chemin du retour. CQFD.

Colza

Floraison express, rendement en baisse

Cultures

Publié le 31/07/2018

« Après une année record, on revient à un niveau standard, voire moyen moins », résume Christian Lux, responsable du service agronomie au Comptoir agricole. En fonction des types de sol et de leur hydromorphie, les excès d’eau du mois de janvier ont plus moins pénalisé la formation du pivot. Le coup de gel de la fin du mois d’avril a eu pour effet de limiter la ramification du colza, ce qui, avec un système racinaire plus faible, explique la diminution du nombre de siliques. ce que le cola a pu en partie compenser par un remplissage qui s’est effectué dans de bonnes conditions. Mais la principale caractéristique de la campagne a été une floraison extrêmement rapide puisqu’elle n’a duré que deux semaines et demie contre trois voire quatre semaines en temps normal. Du « jamais vu » pour Christian Lux, qui invoque un temps sec, une belle luminosité… Au final, les rendements au colza sont assez irréguliers, en lien avec les caractéristiques propres à chaque parcelle, aux itinéraires techniques pratiqués : « On enregistre des rendements à 45 q/ha, mais aussi beaucoup moins », rapporte Christian Lux.

Soja

Il faut de l’eau

Cultures

Publié le 30/07/2018

Actuellement, les sojas ont bonne mine. Le mois de mai leur a été favorable. Avec de bonnes levées et de bonnes efficacités des traitements herbicides. « Globalement, les parcelles sont propres et les sojas sont bien développés, avec un peu d’avance », décrit Christian Lux. Mais - car il y a un « mais » - il faudrait de l’eau ! Certes il y en a eu le week-end dernier, mais avec les températures des jours suivants en ont bien vite effacé les bénéfices. Or, rappelle Christian Lux, le soja est une plante à la floraison indéterminée. C’est-à-dire que s’il continue à faire chaud et sec, la floraison va s’arrêter, ce qui va limiter le nombre de gousses. « Si c’est possible, il faut donc irriguer ! »

AGC-Centre de Fiscalité et de Gestion (CFG) du Bas-Rhin

Une nouvelle organisation pour davantage de services

Vie professionnelle

Publié le 28/07/2018

Le CFG est à un tournant de son histoire : « Les défis à relever pour la profession comptable sont immenses », indique Franck Sander, son président. Pour les relever, un coup d’accélérateur a été donné à la réforme de l’organisation du CFG que Jean-Paul Bastian, son ancien président, avait amorcée. « Il s’agit de bâtir un projet stratégique pour préparer l’avenir, améliorer et développer nos services, et faire face à la révolution technologique », poursuit Franck Sander. Baptisé « Ambition 2020 », ce projet repose sur les conclusions d’un audit qui a été mené sur le fonctionnement de la structure et qui a jeté les bases du travail à mener par le conseil d’administration, ainsi que les orientations stratégiques pour les années à venir. « Nous allons nous baser sur cet audit pour corriger nos faiblesses, consolider nos forces, prendre le virage du numérique, et mieux répondre aux attentes des agriculteurs qui évoluent, en leur proposant les services dont ils ont besoin, en leur faisant gagner du temps. Le CFG doit être un facilitateur des projets portés par ses adhérents », détaille Franck Sander.

Les conclusions de cet audit ont été présentées au personnel, qui les a validées à une très large majorité. Ces conclusions sous-tendent une évolution des différents métiers à l’œuvre au sein du CFG. Dès lors, un nouveau bureau a été élu, et chacun de ses membres a été désigné responsable d’un pôle (lire en encadré). Le fonctionnement de l’équipe dirigeante a également été révisé, avec la mise en place d’un comité directeur. « Cette instance se réunira tous les lundis matin, annonce Franck Sander. Ce sera l’occasion d’échanger les informations, de régler les problèmes, d’affiner la stratégie d’action. L’objectif, c’est aussi d’avoir de la fluidité entre les différents services, qui emploient 90 personnes. » La réorganisation a été poussée jusqu’au sein même des différents pôles. Par exemple : « Parmi les comptables, des chefs d’équipe ont été désignés. Il y a désormais six chefs d’équipe. L’objectif est d’instaurer une hiérarchie, avec des référents, et différents niveaux de responsabilité », illustre Rémy Uffler, directeur du CFG depuis le mois de juin.

Un vaste plan de formation interne

Cette réorganisation va s’accompagner d’une professionnalisation et d’une spécialisation accrues des salariés du CFG. « Des collaborateurs qui faisaient de la comptabilité et des fiches de paie devront se spécialiser afin de gagner en compétence et en efficacité », indique Rémy Uffler. Une volonté qui va d’ailleurs se matérialiser concrètement par une réorganisation des bureaux. Et qui a conduit à plusieurs embauches, notamment une responsable des ressources humaines, Syliane Dennu, et un responsable du pôle juridique qui est annoncé pour mi-septembre. S’ensuivra un « plan de formation plus ambitieux, pour monter en compétences », avance Rémy Uffler. « Nous allons commencer par valoriser les compétences en interne, car il y en a, mais nous ne nous interdisons pas d’aller les chercher chez des spécialistes externes si certaines nous font défaut », complète Franck Sander. Déjà, le CFG a fait appel à Joseph Zorgniotti, ancien président du conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, en tant que consultant externe pour accompagner le conseil d’administration dans la mise en œuvre de ce projet.

« Être en capacité d’apporter une réponse adaptée à tous nos adhérents »

Cette montée en compétences concernera tous les services. Mais tout particulièrement le service informatique. « Nous sommes l’un des derniers centres de fiscalité de France à fonctionner avec notre propre informatique », constate Rémy Uffler. Et celle-ci est confrontée à la vitesse d’évolution des outils numériques. « Nous devons pouvoir nous appuyer sur un outil qui réponde aux nouvelles exigences en matière de dématérialisation, d’automatisation des écritures comptables, d’amélioration des processus de révision », note Rémy Uffler. « L’enjeu, finalement, c’est d’être en capacité d’apporter une réponse adaptée à tous nos adhérents », conclut Franck Sander. C’est-à-dire aussi bien à ceux qui se contentent d’un service de base qu’à ceux qui ont besoin de monter en gamme, « que ce soit pour réaliser des montages plus sophistiqués, suivre l’évolution de la fiscalité agricole ou l’optimiser encore davantage », complète Rémy Uffler.

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