Auteur

Anny Haeffelé

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Tabaculture

Les semis ont froid aux oreilles

Cultures

Publié le 05/05/2016

Julien Paulus s'est installé le 1er janvier 2016 sur l'exploitation familiale. Lui et son père, Bruno, bien connu dans la profession puisqu'il préside la Caisse d'assurance des planteurs de tabac, sont les deux associés du Gaec du Galgenberg à Hochfelden. Une exploitation spécialisée dans le tabac : sur les 70 hectares de surface agricole utile, 16 à 17 ha, selon le parcellaire, sont consacrés à la culture du virginie, le reste étant emblavé en maïs, en blé et en betteraves à sucre.

Bien qu'il ait toujours rêvé d'exercer le métier d'agriculteur, Julien Paulus, aujourd'hui âgé de 31 ans, n'a pas intégré l'EARL du Galgenberg immédiatement après ses études. Titulaire d'un Master de gestion juridique et financière, il a eu une première expérience professionnelle comme contrôleur de gestion. Par la suite, il a complété son cursus par un BTS Agronomie et Productions végétales à distance tout en étant salarié de l'exploitation familiale.

Le chantier de récolte se fait à trois exploitations

Un grand pas a été franchi en 2011, lorsque la famille Paulus a décidé de mécaniser la récolte du tabac et de réaliser une sortie d'exploitation. Le nouveau bâtiment abrite l'ensemble de l'atelier tabac : quai de chargement, chaîne de triage, séchoirs, cueilleuses, écimeuse. L'investissement tabacole a été réalisé en commun avec deux tabaculteurs de Mommenheim, l'EARL Freund et l'EARL Scherer, l'objectif étant d'optimiser l'utilisation du matériel qui récolte une cinquantaine d'hectares.

Semis, plantation, protection phytosanitaire, chaque producteur prend en charge les différentes étapes de la culture du tabac, jusqu'au moment de la récolte où toutes les tâches sont réalisées en commun. « Mais les lots de tabac de chaque exploitation sont clairement identifiés. » C'est la sixième campagne tabacole qui démarre. « Au départ, nous avions quelques soucis de maîtrise des fours de séchage. Mais tout a bien fonctionné en 2014. Malheureusement, l'an dernier, nous avons été fortement pénalisés par la sécheresse car nous sommes situés dans un secteur où l'irrigation n'est pas possible. »

Des perspectives encourageantes

« Personnellement, je n'ai jamais douté de l'avenir de la culture du tabac, même si nous avons traversé une période d'incertitude, souligne Bruno Paulus. C'est pourquoi nous avons choisi d'investir dans la mécanisation de la récolte. C'était ça ou arrêter la culture. Certains se lancent tout seuls, mais c'est difficile de tout faire en même temps : récolter, remplir les conteneurs, trier, sans parler de l'étêtage et de l'ébourgeonnage. Nous avons préféré nous associer à deux autres exploitations, ce qui nous permet d'être à six personnes avisées et de superviser l'ensemble des ateliers. » Il fallait monter un atelier qui tienne la route pour projeter une installation, explique Julien Paulus. « Le fait de nous lancer à plusieurs nous a permis d'acheter du matériel performant, matériel qui ne serait pas justifié sur une surface moindre. »

Actuellement, les perspectives de la filière tabacole sont plutôt bonnes, souligne Bruno Paulus. « C'est encourageant ! Mais il faudrait que la météo soit plus clémente, cette année ! » Pour l'instant, les semis ont un peu de retard, dans le secteur de Hochfelden, car les levées ont été ralenties par les températures plutôt fraîches. « Nous ne pourrons pas planter avant la mi-mai », indiquent Julien et Bruno Paulus.

Copvial SA en redressement judiciaire

Continuer à livrer l'abattoir pour construire un nouvel avenir

Élevage

Publié le 03/05/2016

Devant une salle bondée, Jean-Louis Siegrist, président de Copvial, déclare : « La situation est grave, car notre filiale Copvial SA a déposé le bilan le 25 avril ». La procédure de redressement judiciaire est assez inédite dans le monde agricole, précise Jean-Paul Bastian. Mais ce n'est pas la fin : elle doit permettre à l'entreprise en difficulté de trouver les moyens de rebondir. « Dans cette situation transitoire, il est important de faire toute la lumière et d'évoquer les pistes pour l'avenir de la filière élevage, les éleveurs, les salariés et tous ceux qui gravitent autour de cette filière. » Ce qui est particulier, dans ce dossier, c'est qu'on parle aussi des créanciers, pas seulement des salariés, poursuit l'administrateur judiciaire, Claude Maxime Weil. « Si on ne trouve pas de solution avec les créanciers, on n'en trouvera pas avec les salariés. »

Huit jours plus tard, où en est-on ? Le redressement judiciaire a un effet mécanique, explique l'administrateur judiciaire : toutes les dettes sont gelées. « Toutes les prestations, livraisons et autres facturations faites jusqu'au 25 avril à 0 h sont gelées et font l'objet d'une déclaration de créances chez le mandataire, Me Fabienne Jenner, qui a la charge de les vérifier. De ce fait, Copvial SA n'a plus de dettes mais bénéficie des actifs, des créances à récupérer, donc d'un peu de trésorerie. Sans quoi, on n'irait pas loin. »

Pour Claude Maxime Weil, il est important de poursuivre l'activité de Copvial SA. Le tribunal a autorisé une exploitation de six mois, mais une audience intermédiaire aura lieu le 20 juin pour décider des solutions à adopter. « Si on lui propose un plan correct, il le retiendra. »

Lorsqu'une société est en redressement judiciaire, il y a deux possibilités, explique-t-il. La première consiste à restructurer l'entreprise et à présenter un plan de redressement par voie d'apurement du passif, les dettes étant alors étalées sur plusieurs années. « Cette solution n'a pas été retenue. Il est impossible de demander à l'unique actionnaire, la coopérative Copvial, d'assurer le fonds de roulement, les investissements nécessaires et le remboursement du passif. »

Dès lors, la solution envisagée est un plan de redressement par voie de cession. « L'avantage, pour le repreneur, c'est qu'il ne reprend pas le passif et qu'il peut acquérir les actifs à bas prix. » Copvial SA n'a pas d'actifs importants, les murs de l'abattoir étant la propriété du Crédit Agricole Alsace Vosges, de Groupama Grand Est et du Comptoir agricole. « La totalité des fonds qu'apportera le repreneur servira donc aux investissements futurs et aux besoins en fonds de roulement. »

Comment poursuivre l'exploitation jusqu'au 20 juin ? Si les dettes antérieures sont gelées, les dettes nouvelles bénéficient d'un privilège et d'une garantie, selon le code de commerce. Avec une nuance de taille : les salaires ont un superprivilège qui prime celui des créanciers. L'administrateur judiciaire désigné par le tribunal se doit de garantir la possibilité de payer les nouveaux créanciers, indique Claude Maxime Weil. « J'ai donné un feu rouge au paiement des créances à la coopérative, car je dois être en mesure de garantir le paiement de vos nouvelles créances. » Il a donc instauré un "circuit court" : « À partir de lundi, vous libellerez vos factures à Copvial SA qui vous les réglera directement et qui indemnisera la coopérative pour ses prestations. »

Toutes les livraisons postérieures au 25 avril au matin seront payées au plus tard à J + 10. Exemple : « La livraison du 25 avril sera payée le 4 mai. Celle du 26 avril sera payée le 6 mai, etc. Le risque pour les éleveurs de continuer à livrer est nul, dans la mesure où nous avons un tableau de trésorerie extrêmement clair. Le grand avantage étant que nos clients finaux, la grande distribution, sont des gens solvables. »

Pas d'a priori vis-à-vis d'un éventuel repreneur 

Maxime Claude Weil a insisté sur un point crucial : pour éveiller l'intérêt d'un éventuel repreneur, il faut qu'il y ait encore un fonds de commerce. « Vous êtes directement impliqués : vous devez continuer à travailler avec l'abattoir Copvial, sinon il n'y aura plus de chiffre d'affaires. Il faut que vous preniez l'engagement de continuer à approvisionner l'abattoir. »

Le timing, malheureusement, n'est pas favorable : « Nous ne pouvons pas rentabiliser l'abattoir, encore moins l'usine de Reichstett, et nous continuons à faire des pertes. Or la loi ne permet pas de poursuivre une activité déficitaire. On ne pourra donc pas vous promettre de vous payer très longtemps. Pour le 20 juin, il faut absolument une solution. » Cette solution, prévient Maxime Claude Weil, ne viendra ni de l'ancienne direction, ni de l'ancien conseil d'administration : il faudra l'intervention d'un tiers. « Nous n'avons pas le temps de nous montrer difficiles. Toute solution est meilleure qu'une liquidation sèche. Il faut donner la possibilité à tout repreneur potentiel de présenter son offre de reprise. C'est le tribunal qui va l'accepter ou non, sachant que le repreneur voudra obtenir l'adhésion des éleveurs. »

Le plus urgent est de construire une solution crédible sur le plan économique, financier, et accessoirement commercial, poursuit Me Weil. « Ensuite, tous les autres acteurs vont vous aider. Je vous demande très clairement de maintenir le flux d'activité avec Copvial pendant le mois de mai pour démontrer aux repreneurs votre volonté de poursuivre l'activité et leur donner envie de nous racheter. » Ce n'est pas le moment de quitter le navire, renchérit Jean-Paul Bastian.

La profession agricole tout entière se préoccupe de ce dossier depuis longtemps, déclarent tour à tour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, et Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace. « Nous avons un rôle politique à jouer, celui de faire en sorte que cela se passe le mieux possible sur vos exploitations », ajoute Franck Sander. Quant à Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, il se dit préoccupé de l'avenir des jeunes éleveurs qui viennent de s'installer.

Quelle est l'origine de cette crise ?

Les questions fusent dans la salle, sur l'analyse des difficultés de Copvial SA. Elles proviennent, explique le mandataire judiciaire, de l'insuffisance de chiffre d'affaires qui ne lui permet plus de couvrir ses frais fixes. « Il aurait fallu licencier ou investir, mais la société n'avait pas les moyens financiers de le faire », indique l'administrateur judiciaire. L'audit réalisé il y a quelques mois montre que le problème date de 2015, précise Jean-Paul Bastian. « En 2014, les comptes étaient tout juste équilibrés. » La conjoncture, l'effritement du chiffre d'affaires et la reprise de l'usine de Reichstett - qui a engendré à elle seule la moitié des pertes - sont à l'origine de cette crise, explique-t-il.

Que se passera-t-il pour les créances antérieures au 25 avril ? « Je ne peux pas vous proposer de solution pour l'instant, affirme Claude Maxime Weil. On ne peut pas conditionner la poursuite d'activité au règlement de la dette antérieure. L'urgence est de trouver un repreneur. On étudiera ce deuxième point dans six semaines. »

La priorité agricole de la région

S'il y a un plan de reprise, cela permettra de résoudre plus facilement les autres problèmes, insiste Jean-Paul Bastian. « Nous devons nous mobiliser sur ce point. Nous avons rendez-vous mercredi avec les trois principales banques et la BPI pour mettre en place des financements à court terme, sans intérêts, pour faire face aux créances impayées. Il faudra ensuite trouver des solutions avec les différents partenaires pour que ce ne soit pas une perte définitive pour les éleveurs. » La Région et d'autres partenaires suivent de près ce dossier, annonce le vice-président de la Chambre d'agriculture.

Beaucoup de questions ont été posées sur la gouvernance du groupe. Ce à quoi Claude Maxime Weil a répondu : « Le président de SAS Copvial reste Jean-Claude Helfer, parce qu'il n'y a pas d'autre candidat. Mais il ne sera pas à l'origine du projet de reprise. Ceux qui veulent du changement en auront. Michel Maire et M. Villier sont désormais aux commandes de l'entreprise, ils veillent à ce que les budgets soient établis de façon simple et claire, pour que je puisse m'engager sur les problématiques de trésorerie. »

Les éleveurs livrant des animaux vivants à un autre éleveur de la Copvial seront-ils payés ? Normalement, ces transactions passent par la coopérative, pas par Copvial SA, explique Jean-Paul Bastian. « Il faut trouver une solution à ce problème durant cette période intermédiaire, afin qu'il ne vienne pas envenimer le débat. Si le 1er juin nous avons des pistes sérieuses pour un projet d'avenir, tous les autres problèmes trouveront une solution. »

Coopérative des fruits et légumes d'Alsace à Hœrdt

« Nous cherchons de nouveaux producteurs pour élargir la gamme »

Cultures

Publié le 30/04/2016

La coopérative des fruits et légumes d'Alsace exploite deux sites, explique Véronique Steinmetz, la directrice de la coopérative des fruits et légumes d'Alsace. À Hœrdt, où se trouve le siège social de l'entreprise et où sont conditionnés les légumes, et à Westhoffen, spécialisé dans les fruits de bouche.

109 producteurs actifs adhèrent à la coopérative, « un nombre moins important que par le passé car les producteurs ont tendance à se spécialiser dans les productions maraîchères. Et pour nous, il est plus facile de travailler avec des gros faiseurs. » La coopérative détient 100 % du capital de la structure commerciale de la coopérative, les Jardins du Ried. Elle a mis en marché 3 900 tonnes de produits l'an dernier. Outre les asperges, la gamme est très large : poireaux, oignons, carottes, céleri, choux, courges, mais aussi rhubarbe, cerises, myrtilles, mirabelles, quetsches, etc. « Nous conditionnons également des sachets de pot-au-feu et de ratatouille, durant la saison. » Les Jardins du Ried ne commercialisent pratiquement pas de pommes de terre, de salades ou de tomates, productions qui sont gérées par d'autres coopératives.

Une palette de produits plus diversifiée

« Nous sommes occupés tout au long de l'année. En collaboration avec nos producteurs, nous avons établi un planning de plantation qui nous permet de prolonger la saison le plus tard possible, grâce aux terres sableuses notamment. En 2015, nous avons bien travaillé tout au long de l'année. » Les asperges marquent traditionnellement le démarrage de la saison, avec la rhubarbe et les radis. « Il y a quelques années, cette production représentait une partie très importante de notre activité, et c'était un peu difficile. Mais comme nous avons diversifié notre palette de produits, nous nous en sortons mieux. Nous cherchons d'ailleurs de nouveaux producteurs pour augmenter la production et élargir la gamme. Nous avons des demandes, mais nous ne sommes pas en mesure de les satisfaire. »

La coopérative de Hoerdt privilégie la qualité. « Nous avons trois chambres froides et toute la préparation des commandes se fait dans une zone à 5 °C. Les livraisons se font en camions réfrigérés pour respecter la chaîne du froid. » Les Jardins du Ried dispose aussi de chambres froides spécifiques avec une pulvérisation d'eau très froide pour préserver la qualité de l'asperge. « Lorsque la production est très abondante, c'est un peu compliqué, mais comme les producteurs sont eux-mêmes équipés de chambres froides, ils stockent les asperges pour nous pendant une journée. »

L'entreprise a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 4,5 millions d'euros. « Nous employons 15 à 16 personnes sur le site de Hœrdt et 2 personnes sur celui de Westhoffen, et nous faisons très souvent appel à des salariés en CDD. C'est ce qui fait la force des petites structures comme la nôtre, nous sommes capables de nous adapter facilement », indique Véronique Steinmetz.

Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin

Ne jamais relâcher les efforts de prévention

Vie professionnelle

Publié le 30/04/2016

« La mission première de notre Caisse est d'indemniser les accidents du travail et les maladies professionnelles, tant des salariés que des non-salariés du régime agricole », a déclaré le président, Jean-Marie Sander, en ouvrant l'assemblée générale de la Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin, lundi 25 avril. Après une baisse quasi historique en 2013, la Caisse enregistre, pour la deuxième année consécutive, une augmentation des déclarations d'accidents : elles s'élèvent à 1 333, contre 1 312 en 2014, soit une hausse de 1,6 %. C'est chez les salariés qu'il faut rechercher l'origine de cette augmentation : il y a eu 15 dossiers supplémentaires, essentiellement liés aux accidents de trajet. Chez les non-salariés, la tendance est à la stabilité. 

Quatre accidents mortels sont à déplorer, trois non-salariés et un salarié, une hausse que le président a qualifiée de préoccupante. Autre motif de préoccupation, la gravité des accidents depuis le début de l'année : « Nous avons enregistré six accidents ayant entraîné l'amputation d'un membre ou d'un doigt, tous liés à la manipulation d'un appareil en marche. » Le comité directeur a chargé la commission de sécurité de mener une action de sensibilisation à ces risques.

Une bonne maîtrise des charges

La Caisse voit ses charges d'exploitation baisser de plus de 5 %. Quant aux cotisations, elles sont en croissance de 8 % malgré la baisse du taux de cotisation sur le foncier de 4 %, décidée l'an dernier. Cette progression est due aux cotisations sur salaires, le salariat agricole étant en forte augmentation. « Seule ombre au tableau, mais elle est de taille, une refonte du mode de calcul de la compensation de l'État ampute les recettes 2015 de notre Caisse de 900 000 €. » Malgré cette mauvaise nouvelle, le comité directeur a décidé une nouvelle baisse des cotisations foncières, limitée cependant à 2 %. « Les cotisations foncières de notre Caisse ont baissé ces dix dernières années de 12,5 % en euros constants, démontrant une saine gestion. Peu de régimes sociaux peuvent afficher des baisses répétées. »

Jean-Marie Sander a évoqué la dématérialisation des flux via la carte Sesam Vitale : « Un tiers de nos dépenses en nature est liquidé via cet outil en 2015. Nous aimerions que l'utilisation de la carte Vitale se développe pour les accidents de travail. »

« La plupart des clignotants sont au vert »

Les 1 333 déclarations d'accidents du travail et de maladies professionnelles enregistrées l'an dernier se répartissent comme suit : 1 018 pour les salariés, 278 pour les non-salariés et 37 pour les élèves des lycées agricoles. « Même si ce chiffre traduit une augmentation de 1,6 %, nous sommes sur une tendance baissière, car il y a quelques années nous étions plutôt autour de 1 400 dossiers. Cela signifie que l'effort de prévention ne doit jamais être relâché », a indiqué le directeur, Pascal Jan. Les quatre cas ayant entraîné le décès des victimes concernent trois non-salariés et un salarié. « Cela continue à être un véritable point noir. »

Chez les non-salariés, les secteurs les plus accidentogènes sont l'agriculture et l'élevage avec 158 cas, et la viticulture avec 52 cas. Parmi les causes d'accidents, les accidents de plain-pied arrivent largement en tête, avec près d'un tiers des déclarations, suivis des accidents liés aux animaux, un risque en hausse de 27 % en 2015, et des accidents de tracteurs et de machines. La taille des machines et l'automatisation constituent des facteurs d'aggravation des risques.

Chez les salariés, c'est le secteur des coopératives qui paie le plus lourd tribut avec 221 cas, soit un dossier sur cinq. Le secteur du débardage paysagisme dépasse celui de la forêt avec 203 cas contre 173. Les accidents de plain-pied sont à l'origine de 363 dossiers, contre 120 pour les objets en mouvement accidentel, 105 pour les maladies professionnelles et 70 pour les accidents de trajet. « Les maladies professionnelles sont en augmentation année après année, les affections périarticulaires arrivant largement en tête. »

En 2015, 213 accidents du travail et maladies professionnelles ont donné lieu à l'attribution d'une rente, un chiffre en augmentation de 12,7 %. Le bénéficiaire le plus âgé d'une rente est une femme de près de 100 ans. La rente la plus ancienne est servie depuis 1934, soit 81 ans, à un assuré né en 1919. « Les rentes n'ont pas été revalorisées en 2015, mais une revalorisation sera appliquée au 1er avril 2016 », a indiqué Pascal Jan.

12,13 M€ de prestations ont été versées en 2015, en diminution de 2,4 %. Chez les non-salariés, 5,70 M€ ont été versés, essentiellement sous forme de rentes, pour 5 M€, les prestations en nature représentant 410 000 € et les indemnités journalières 300 000 €. Chez les salariés aussi, la part prépondérante incombe aux rentes, avec près de 4 M€. Les indemnités journalières s'élèvent à 1,87 M€, les prestations en nature à 565 492 €.

La Caisse a disposé de 14,62 M€ de ressource en 2015, contre 15,42 M€ en 2014. Le financement professionnel se taille la part du lion, avec 12 M€. Les cotisations foncières constituent la moitié de ce financement, avec 5,90 M€ prélevés sur la base de 358 000 ha, les cotisations sur salaires l'autre moitié. La compensation de l'État représente 1,20 M€. « Cette compensation, qui a pour but de remédier au déséquilibre démographique entre le régime général et le régime agricole, a significativement baissé en 2015 suite à un nouveau mode de calcul qui est voué à être pérenne. Notre Caisse devra donc apprendre à fonctionner avec une compensation amputée de 900 000 €. » Les recours contre tiers ont rapporté 453 000 €. Les produits financiers ont subi une nette érosion, du fait des taux bas. Malgré tout, le résultat comptable est positif, à 380 000 €.

En attendant l'embellie…

Au nom des organisations professionnelles, Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, a souligné la rigueur de gestion, l'efficacité et la proximité du terrain de la Caisse d'assurance-accidents agricole et la réactivité de l'ensemble du personnel.

« Nous sommes dans un système particulièrement mouvant. Nous n'avons jamais connu de telles perturbations, et ce à tous les niveaux : regroupement des cantons et des régions, évolution des missions de la Chambre d'agriculture, des compétences des collectivités territoriales, dans un contexte difficile de réduction des moyens. » Un exemple parmi d'autres : la réforme du Conseil départemental a un impact majeur sur l'agriculture, car les compétences économiques lui sont retirées au profit de la Région.

Il faut surveiller de près ce qui se passe au niveau du droit local. Car la tutelle peut imposer son point de vue, comme le prouve le regroupement des Safer au sein de la grande région. Le droit de préemption dépendant de l'État, ce dernier est en mesure d'imposer cette réforme. « Le pire, ce n'est pas que l'État réduise ses moyens financiers, mais qu'il se mêle de notre fonctionnement. »

L'agriculture traverse une période difficile, dans un contexte mondial d'excédents de produits agricoles. Un climat favorable a entraîné des récoltes records de céréales, tandis que la consommation mondiale a tendance à stagner, voire à régresser dans certains pays, la baisse du prix du pétrole ayant entraîné un recul du pouvoir d'achat dans les pays pétroliers. « L'embellie des prix agricoles viendra lorsque les marchés mondiaux retourneront à l'équilibre. »

Sur le plan européen, on constate enfin une prise de conscience de l'ampleur de la crise de l'élevage, particulièrement dans le secteur du lait, et de la nécessité de réinventer des outils de gestion des crises. Même les professionnels allemands, pourtant très libéraux, sont en train de changer leur façon de penser. « En France, nous devons travailler sur tout ce qui plombe la compétitivité. Au-delà des prix, les mauvais rendements que nous avons connus ces dernières années plombent les revenus des exploitations agricoles et viticoles. Et comme aucune embellie n'est annoncée, il faut actionner tous les leviers pour passer au mieux cette crise. » Objectif : passer le cap pour être en position de force quand l'embellie viendra.

Conseil d’administration du réseau RI2 en Sarre

Dynamiser les échanges 

Vie professionnelle

Publié le 28/04/2016

Le conseil d’administration du Réseau interrégional et international (RI2) a eu lieu mi-avril à Sarrwellingen dans la Sarre (Allemagne). Toutes les régions membres (Rhénanie-Palatinat, Sarre, Bade-Wurtemberg et Alsace) étaient représentées. Le président de RI2, Paul Schiellein, a salué plus particulièrement le président de la Chambre d’agriculture de la Sarre, Richard Schreiner, la vice-présidente de la Chambre d’agriculture Alsace, Danielle Bras, le président de la division agricole du Regiungspräsidium Freiburg, Dieter Blaeβ, les directeurs des Chambres d’agriculture de la Sarre et de la Rhénanie Palatinat, Robert Zimmer et Alfons Schnabel, ainsi que les autres membres représentant les organisations professionnelles agricoles.

En début de séance, le président de la Chambre d’agriculture de la Sarre a présenté la situation actuelle de l’agriculture de sa région, et notamment les difficultés du secteur laitier, ainsi que les problèmes actuels de la PAC : le verdissement, le paiement des aides et les contrôles. Pour l’Alsace, c’est Marthe Jacky de la Chambre d’agriculture Alsace qui a présenté les nouvelles fonctionnalités de Télépac 2016, par rapport à la mise en place de nouvelles couches d’informations liées aux SNA et aux ZDH. Elle a également évoqué les investissements demandés aux élevages pour répondre aux normes de stockage des effluents. Danielle Bras a présenté la nouvelle organisation de la Chambre d’agriculture de la région Grand Est.

Le bilan des actions transfrontalières de l’année 2015 a été passé en revue : onze activités ont bénéficié d’une participation financière pour l’organisation de rencontres transfrontalières entre agriculteurs, conseillers agricoles ou responsables agricoles émanant des régions membres. Pour l’année en cours plusieurs projets ont déjà été déposés et validés par le Conseil après discussion. Deux thèmes phares sont à noter. Ainsi, une rencontre et des échanges entre les journaux agricoles spécialisés des quatre régions, ainsi que de la Suisse et de la Lorraine : création d’une bourse aux articles alimentée tous les débuts de mois, où chaque région pourra puiser et publier après traduction en s’inspirant des textes innovants pour faire profiter les partenaires des expériences et événements des autres. Cette thématique se fera sous la responsabilité de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin.
Il a aussi été décidé de redynamiser les échanges entre établissements scolaires agricoles pour les enseignants, les élèves et les apprentis, concernant les thèmes agronomiques, la recherche, la pédagogie, les expérimentations et les stages. Pour réaliser ce projet, un groupe de réflexion a été créé sous la responsabilité de Danièle Utard de la Draaf Grand Est qui fera des propositions pour le prochain conseil.

La séance s’est terminée par une présentation de Synhortus, groupement européen d’intérêt économique, et par une visite de l’entreprise Saargärtner, une coopérative horticole de production, mais aussi d’importation de plantes, de fleurs et d’aromates au service du marché horticole de toute l’Allemagne. En fin de journée, le président Paul Schiellein a remercié tous les participants à cette journée instructive et surtout la Chambre d’agriculture de la Sarre pour l’organisation et le choix des thèmes abordés. Il a également informé les membres qu’au prochain conseil du réseau, le 10 novembre en Alsace, il ne présentera plus sa candidature pour la présidence. Il souhaite, après plus de vingt ans de présence, se retirer et laisser sa place à une personne plus jeune, plus engagée pour donner une dimension nouvelle aux collaborations transfrontalières.

Concentration de femmes de vin à Colmar

Toujours aussi divines !

Vigne

Publié le 25/04/2016

Après une présentation prestigieuse dans le cadre enchanteur des Folies Bergère, l'an dernier à Paris, les Femmes de vin ont choisi de se retrouver en Alsace, à la veille de leur assemblée générale, pour faire goûter leurs produits à un public de connaisseurs. 139 échantillons étaient offerts à la dégustation dans les salons du grand hôtel Bristol de Colmar. « La grande nouveauté, cette année, c'est que les Ligériennes nous ont rejointes », annonce Valérie Rousselle, la pétulante présidente de Femmes de vin. Après les Fa'Bulleuses de Champagne l'an dernier, les Dames du cœur de Loire viennent en effet de se constituer en association.

« À Colmar, nous sommes donc dix régions à tenir salon, poursuit Valérie Rousselle. Un salon extrêmement bien organisé par les Divines d'Alsace qui ont eu la bonne idée de conjuguer cet événement commercial avec notre assemblée générale. C'est une idée que nous allons garder pour les années futures. Nous avons de beaux projets, en particulier à l'export. Pour la première fois, les Femmes de vin ont tenu un stand au salon Prowein, début mars en Allemagne, et on nous propose d'aller en Chine. Prowein était une première expérience, nous devons partir sur des projets différents, mais maîtrisables. » D'ores et déjà, le cercle envisage d'organiser une nouvelle édition des Folies vigneronnes, au printemps prochain à Paris, annonce Valérie Rousselle. Tout cela dans une très bonne ambiance : « Au fil des événements, une vraie solidarité se tisse entre les femmes, on se connaît de mieux en mieux, on se rend des services. »

Proximité oblige, les Divines d'Alsace étaient venues en force (photo 1). À tel point qu'elles ont dû se répartir sur deux stands, ouvrant et concluant cette dégustation. Une dégustation agrémentée par les spécialités de la fromagerie Saint-Nicolas.

Les côtes de Provence rosés (photo 2) étaient à l'honneur chez les Éléonores de Provence, même si un blanc (Château Carpe Diem) s'était glissé dans le lot… Au côté de Valérie Rousselle, du Château Roubine, Françoise Rigord, présidente de l'Ordre des dames du vin et de la table, une association créée en 1982 qui regroupe des vigneronnes, des sommelières, des écrivains, des journalistes, pour défendre les accords mets-vins dans la plus pure tradition française.

Hélène Beaugrand, Sophie Milesi et Claire Brun, trois ambassadrices de charme pour les Fa'Bulleuses de Champagne (photo 3). Cette association, ont-elles indiqué, se compose de sept vigneronnes de différents secteurs, de la montagne de Reims à la côte des Blancs, du val de Montgueux à la vallée de l'Ardre, en passant par la vallée de la Marne. « Nous produisons toutes les cuvées, 100 % chardonnay, 100 % meunier, 100 % pinot, mais aussi des assemblages, des millésimes, des rosés. » Ensemble, elles ont créé un coffret où chacune a placé une bouteille représentative de son domaine.

Les Dames de cœur de Loire font la paire

C'est une belle paire de Dames de cœur de Loire (photo 4) qui ont fait le déplacement à Colmar, Catherine Corbeau-Mellot et Sophie Guyollot, respectivement présidente et vice-présidente de la toute jeune association. Celle-ci regroupe une trentaine de femmes des sept vignobles de la région (Sancerre, Pouilly-Fumé, Menetou-Salon, Quincy, Reuilly, Coteaux du Giennois et Châteaumeillant) qui exercent différents métiers dans la filière : vigneronnes, essentiellement, mais aussi œnologues, enseignantes, techniciennes de laboratoire, assistantes commerciales… « Notre objectif premier est de faire connaître les métiers de la filière vin pour susciter des vocations, car il n'est pas facile de trouver du personnel, notamment des tractoristes. Face à cette pénurie de main-d’œuvre récurrente, il faut se bouger. Ce sont des métiers peu valorisés, mais très variés et non délocalisables. Nous intervenons dans les collèges et les lycées, lors de forums, pour encourager les jeunes à s'orienter vers ces filières. C'est fédérateur, cette envie de transmettre ! »

À la table des Femmes et vins de Bourgogne, quatre viticultrices étaient présentes. Parmi elles, Anne Parent, ancienne présidente de Femmes de vin (photo 5). À ses côtés, Clotilde Davenne, Anne-Sophie Debavelaere et Françoise de Lostende. « Nous sommes quatre viticultrices, mais nous représentons neuf domaines. » L'association bourguignonne, précise-t-elle, compte 38 adhérentes issues des cinq sous-régions : Chablis, Côte de Beaune, Côtes de Nuits, Côte Chalonnaise et Mâcon. Étaient également présentes les Étoiles en Beaujolais, Femmes Vignes Rhône, So Femmes & Vin Sud-Ouest, les Alienor du vin de Bordeaux et Vinifilles Languedoc Roussillon.

Alsace Lait

Internationalisation des marchés, diversification des risques

Vigne

Publié le 25/04/2016

« Après des prix excellents en 2014, 2015 a été marquée, pour les producteurs de lait, par une forte baisse des prix, dans le lait comme dans les autres productions. Nous sommes rentrés dans une phase de déflation des prix des matières premières mais les charges n'ont pas suivi la même tendance, » a souligné Michel Debes, président d'Alsace Lait. Les bons prix de 2013 et 2014 ont provoqué une envolée de la production mondiale, et l'offre n'était plus en adéquation avec la demande. Là dessus sont venus se greffer l'embargo russe et le ralentissement de la consommation chinoise. « La consommation européenne est en berne, elle aussi. »

La fin des quotas est entrée en vigueur le 1er avril 2015. En quelques mois, l'Europe a produit 6 milliards de litres de lait supplémentaires. Pendant ce temps, la demande mondiale stagnait. « Les Européens portent une grosse part de responsabilité dans le déséquilibre actuel du marché », a indiqué Michel Debes.

Un besoin de visibilité

Chez Alsace Lait, chaque producteur a signé un contrat qui lui donnait un droit de livraison. « En 2013, nous avions réalisé une enquête pour connaître la capacité de nos producteurs. » Elle a révélé que la coopérative ne serait pas en mesure d'accepter les volumes que nos producteurs étaient désireux de produire. « Pour établir une adéquation entre l'offre et la demande, nous avons fixé un litrage à chaque producteur. En 2016, nous sommes allés plus loin dans cette contractualisation, en instaurant une gestion trimestrielle des volumes, une réelle contrainte pour les producteurs. Le jour où les marchés iront mieux, nous pourrons assouplir ces règles. En attendant, il faut viser une adéquation entre ce que nos adhérents produisent et ce que l'entreprise est capable de valoriser. »

Avec un prix moyen TPC/TQC de 354,44 €/1 000 litres, Alsace Lait est l'une des entreprises européennes qui a le mieux rémunéré ses producteurs, certains d'entre eux recevant jusqu'à 380 €. La stratégie de l'entreprise, a expliqué le président, a consisté à payer le prix maximum à ses adhérents, car les structures alsaciennes ont été fragilisées l'an dernier. « Plutôt que d'appliquer les indicateurs interprofessionnels influencés par les prix allemands, nous avons préféré fixer notre prix en fonction de l'évolution de nos marges, de nos résultats », a-t-il ajouté. Le prix de base payé par la coopérative alsacienne est supérieur de 18 € à la moyenne pondérée base Cniel, voire de 30 € par rapport à certains prix en région, a précisé le directeur général, Frédéric Madon. « Cela représente un surcoût de 2,6 millions d'euros pour la laiterie. »

Pour 2016, l'entreprise a déjà annoncé les prix à ses producteurs jusqu'à la fin du mois de juin, car ils ont besoin de visibilité. « Notre objectif est d'investir plus de 5 M€ en 2016 pour développer notre production, a indiqué Michel Debes. Nous croyons en l'avenir de la production laitière, et nos investissements sont les clés de la réussite, à moyen et long terme, de nos exploitations, face à l'augmentation de la population mondiale. » Mais le président a lancé un avertissement : « Ne rêvons pas, nous ne sommes pas sur une île, nous vivons dans un marché. Profitons de la situation pour faire évoluer certaines choses en France. Le syndicalisme s'y attelle tous les jours. »

Développer l'export

Malgré les problèmes de qualité rencontrés en interne, 2015 reste une bonne année pour Alsace Lait, avec un résultat net de 2,70 M€. De l'avis du président, le résultat consolidé du groupe est même « excellent », à 3 M€. La structure financière de l'entreprise est saine, a relevé Frédéric Madon. Alsace Lait a conservé un niveau élevé d'investissement pour préparer une nouvelle phase de développement. Cependant, a-t-il ajouté, « le bilan est mitigé, car les résultats commerciaux affichent un recul qu'il faudra combler en 2016. Le salut passera par l'international. L'export représente 20 % de notre activité, en croissance de 12 %. Il faut continuer cette tendance à l'internationalisation, en diversifiant les zones d'exportation. »

Frédéric Madon a évoqué la signature en février 2015 d'une joint-venture avec une laiterie québécoise à Sorel-Tracy, accord qui vise à mettre sur le marché canadien une gamme de produits ultrafrais. « En septembre 2015, nous lancions les premiers produits au lait de vache conventionnel et bio et au lait de chèvre. Depuis, nous avons élargi la gamme aux fromages frais. La tendance annuelle du chiffre d'affaires entre septembre 2015 et janvier 2016 s'élève à 10 millions de dollars canadiens, objectif conforme à nos attentes. Cela peut sembler éloigné de notre mission de coopérative, mais c'est tout le contraire. Le rachat de Savoie Yaourt en septembre 2009 et la joint-venture créée en février 2015 au Canada s'inscrivent parfaitement dans une politique de diversification des ressources et de maîtrise des risques. »

Bonnes performances de Savoie Yaourt

Étienne Reibel, directeur administratif et financier, a indiqué que l'exercice 2015 est sensiblement comparable à celui de 2014, avec un résultat net de 2,70 M€, impacté par les pénalités infligées à Alsace Lait par l'autorité de la concurrence. L'entreprise génère un résultat d'exploitation de 6,80 M€, en légère progression de 5 %. Le chiffre d'affaires s'élève à 115,80 M€. En baisse de 6 %, il atteint un niveau comparable à 2013. L'entreprise a investi 5,50 M€. « L'endettement financier net est en hausse de 3,80 M€ du fait de l'opération canadienne. » La capacité d'autofinancement s'élève à 6 M€. Les fonds propres dépassent 24,30 M€, en progression par rapport à 2014. La trésorerie évolue plus que favorablement, a poursuivi Étienne Reibel. Les comptes consolidés affichent un résultat net de 3 M€, pour un chiffre d'affaires de 127,50 M€, a-t-il indiqué, soulignant la très belle performance de Savoie Yaourt.

Jens Schaps, DG Agri de la Commission européenne

« Vous êtes très successful ! »

Vigne

Publié le 25/04/2016

Petit retour en arrière : les quotas laitiers ont été introduits dans les années 1984-1985 pour tenter de résorber les montagnes de beurre et de lait en poudre. « Nous avons réussi à réduire sensiblement les stocks d'intervention », a rappelé Jens Schaps. Ensuite s'est posé le problème des restitutions à l'exportation : des milliards de dollars ont été dépensés par l'Union européenne pour trouver des débouchés aux produits laitiers européens, ce qui a créé des tensions importantes avec nos partenaires internationaux. Pour Jens Schaps, « ce n'est pas un modèle fiable d'accorder des subventions permanentes pour entretenir une situation artificielle au cœur de notre agriculture européenne ».

Auparavant, le prix du lait sur le marché mondial était complètement déconnecté du prix du lait européen. Mais depuis 2007, les prix sont relativement corrélés, sauf en 2008-2009, « ce qui nous a permis d'être plus actifs avec nos exportations sur le marché mondial ». Le problème, c'est que la croissance de la consommation laitière n'a pas lieu dans l'Union européenne. Les grands pays consommateurs sont aussi les grands importateurs, la Chine, les États-Unis, l'Égypte et l'Algérie. L'Asie du Sud Est, en particulier l'Indonésie, et le Japon constituent aussi des destinations à l'export. « Les Européens sont également importateurs, notamment du beurre de Nouvelle-Zélande pour le marché britannique. »

Pour Jens Schaps, l'Europe a perdu une certaine capacité de production du fait des quotas. « Nous avons fait une étude sur les conséquences de la sortie des quotas. Un groupe de haut niveau a été créé sous la présidence de Jean-Luc Demarty. Il a analysé les impacts probables et les conséquences à en tirer, ce qui a débouché sur le paquet lait qui a notamment permis de déroger à la loi sur la concurrence. »

Chercher de nouveaux marchés à l'export

De fait, le déséquilibre entre l'offre et la demande a commencé dès 2014, certains éleveurs ayant anticipé la fin des quotas. L'an passé, l'augmentation de la production était de 2,5 %, en raison de la libéralisation des quotas, mais aussi d'une météo favorable, les vaches étant restées plus longtemps dans les prairies. Cette surproduction se traduit dans les prix, qui ne sont pas rémunérateurs. Pour le beurre et la poudre de lait, la baisse est encore plus marquée, car il y a actuellement plus de 100 000 tonnes de poudre à l'intervention publique. « Pour sortir de cette crise, nous avons cherché de nouveaux marchés à l'export, même si la Chine n'est plus un marché aussi rémunérateur. À l’heure actuelle, les exportations sont satisfaisantes, même si nous avons perdu le marché russe. » L'Union européenne a ainsi vendu 3 millions de tonnes (Mt) de plus sur les marchés export, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis ont par contre vu leurs exportations diminuer sensiblement depuis 2015.

Jens Schaps a dressé la liste des aides accordées par l'Union européenne aux producteurs de lait, qu'il s'agisse de paiements directs, de mesures d'organisation des marchés (stockage privé, intervention) ou d'aides au développement rural, des instruments pilotés par les autorités régionales (aide aux régions défavorisées, par exemple). « Nous allons doubler le volume d'intervention pour le beurre et la poudre de lait, à près de 200 000 t. Nous avons également adopté des mesures exceptionnelles, en cas de crises particulières, contre les perturbations résultant de fluctuations de marché. »

L'obtention d'un prix rémunérateur dépendra toujours plus du marché, c’est-à-dire du retour à l'équilibre entre l'offre et la demande. Cependant, les politiques de promotion, de qualité, peuvent avoir un effet positif sur le marché, estime Jens Schaps. Le paquet lait a acté plusieurs avancées : pouvoir de négociation entre producteurs et organisations de producteurs ; contrats entre producteurs et transformateurs ; mise en place d'interprofessions avec une série d'activités autorisées, en particulier la transparence des marchés. « Cette transparence est très importante pour nous, pas seulement sur le marché laitier. »

Des perspectives positives à long terme

Les perspectives à long terme sont positives, mais il faut maîtriser rapidement la volatilité vers le bas qui met la résilience des exploitations à rude épreuve. Le rôle des autorités publiques est limité, mais réel, entre le filet de sécurité, les mesures exceptionnelles en cas de crise, les aides directes et de développement rural, et la politique de promotion, d'innovation et de qualité. Il appartient à présent au secteur laitier de s'organiser, dans le cadre du paquet lait qui devra être révisé et amélioré (un rapport interne d'ici la fin de l'année devrait apporter quelques idées) et de l'observatoire du marché du lait.

Michel Debes s'est interrogé : « La réunion prévue à Bruxelles le 25 mai apportera-t-elle des solutions ? » « C'est la question à 10 000 $ », répond Jens Schaps. Le premier concurrent de chaque producteur est le voisin d'à côté. Certaines exploitations songent très sérieusement à arrêter la production laitière. Que se passera-t-il avec les vaches ? Seront-elles rachetées - et la production absorbée - par le producteur voisin ? Une autre incertitude concerne le climat. « À mon avis, il ne faut pas s'attendre à une baisse rapide de la production, c'est en tout cas ma conclusion personnelle, sur la base de la courbe des trois premiers mois de l'année 2016. Chaque producteur doit définir les conditions de sa rentabilité. Elles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Il faut essayer de trouver des solutions ensemble, mais il n'y a pas de moyens de forcer les éleveurs à produire moins. »

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, est inquiet pour l'avenir de l'agriculture française et européenne. « N'est-on pas arrivé aux limites de l'ultralibéralisme ? Je dis oui à la compétitivité, oui au marché, mais dans un cadre qui permet de légiférer sur les coûts de production et de garantir des prix décents au niveau de la grande distribution. » Michel Debes a enchaîné : « Arriverons-nous à inverser la tendance, à faire comprendre que la sécurité alimentaire est le socle de la paix mondiale ? » Ce à quoi Jens Schaps a répondu : « Vos interrogations sont légitimes. L'évolution et l'adaptation des structures de production le prouvent. Vous êtes en compétition avec tous les producteurs laitiers en Europe. Chaque coopérative, chaque entreprise, doit essayer d'avoir le prix le plus rémunérateur. En ce sens, la stratégie de votre coopérative est un succès. » La compétition s'est durcie, mais il y a aussi de grandes opportunités pour les entreprises capables de produire pour le marché mondial, a souligné Jens Schaps.

Comment s'adapter et résister ?

À l'instar des grandes entreprises industrielles, chaque exploitation doit avoir une stratégie d'avenir, estime Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture. « Il ne faut surtout pas freiner les producteurs qui veulent se développer, mais au contraire encourager ceux qui veulent arrêter. » La sortie de crise ne viendra pas uniquement d'une régulation de la production européenne, elle viendra aussi d'une amélioration du marché mondial, a-t-il poursuivi. Certaines fermes laitières pourront compenser la baisse des prix par une augmentation de la production, mais d'autres choisiront d'arrêter. Comment s'adapter et résister pour être prêt le mieux possible quand le marché redémarrera ? Il faut prendre les bonnes décisions au niveau des exploitations et des entreprises.

Avec la fin des quotas laitiers, il y aura déplacement de production autour des régions les plus compétitives et autour des entreprises de transformation dynamiques, qui investissent, à l'image d'Alsace Lait. Pour Jean-Paul Bastian, la compétitivité est le maître mot. « Dans le débat laitier, on parle trop de Bruxelles, de la conjoncture, et on oublie le fonctionnement de nos entreprises, de nos exploitations. Ici, dans notre région, essayons de ne pas tomber dans ce travers. »

Lorsque la suppression des quotas a été décidée, la France aurait dû négocier davantage d'outils de gestion des crises, à défaut de maîtrise de la production, mais elle s'est heurtée à l'ultralibéralisme de la Commission européenne. L'ultralibéralisme dans le lait, cela ne fonctionne pas ! C'est un secteur qui se gère différemment. Aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience, même chez les Allemands, qu'il faut une réduction ciblée de la production, comme cela a été le cas dans d'autres filières, mais aussi des outils de gestion des crises. La stabilisation de la production de lait et la reprise de la consommation sont les deux facteurs qui permettront la sortie de crise. « C'est une crise passagère qu'il faut essayer de passer au mieux, les producteurs de lait d'avenir ne doivent pas arrêter d'investir. »

Lancement de la saison des asperges

« Vitaminez votre assiette ! »

Cultures

Publié le 20/04/2016

C'est à la coopérative des fruits et légumes d'Alsace, à Hœrdt, qu'a eu lieu le lancement officiel de la saison des asperges, mardi 19 avril. Cette coopérative compte dans ses rangs 45 producteurs d'asperges, indique son président, Jean-Jacques Nonnenmacher.

Après trois années difficiles, la campagne 2016 s'annonce bonne, car les buttages se sont déroulés dans de bonnes conditions et les structures des sols sont excellentes. La météo de ce début de campagne n'est pas optimale, cependant, et la production est encore timide. Mais dès ce week-end, les asperges d'Alsace seront présentes dans les étals. « Les aspergeraies sont entrées en production plus tard, cette année, explique le président de l'Association pour la promotion de l'asperge d'Alsace, Jean-Charles Jost, et la récolte n'est pas encore très abondante, mais elle devrait rapidement monter en puissance. » L'association compte 44 membres, en plus de la coopérative hœrdtoise.

« Net so nat awer so guet »

Deux nouveautés, cette année. Surfant sur la vague des « légumes moches », l'association met l'accent sur les asperges de deuxième catégorie. « Pas moins bonnes, mais un peu moins belles », elles conviennent pour de nombreuses recettes, comme la tourte, la salade, le velouté d'asperge. Avis aux amateurs : des chefs alsaciens renommés ont concocté un livret de recettes intitulé « Gourmandise et bien-être ». À consommer sans modération aucune !

« Nous avons également édité un magazine pour toucher un public plus jeune », annonce Jean-Charles Jost. Il met en avant les bienfaits de l'asperge blanche d'Alsace pour la santé, le bien-être. Certaines stars font une cure détox pour retrouver la ligne à la sortie de l'hiver. Si le cœur vous en dit, osez une cure de 3, 7 ou 15 jours à base de ce légume riche en nutriments, et les effets bénéfiques s'en feront rapidement sentir : les fibres et l'asparagine emporteront les toxines…

L'an dernier, l'association a rafraîchi son logo, renouvelé les codes graphiques de sa communication, relooké son site internet et son jeu concours. L'objectif étant d'être en phase avec le positionnement de légume haut de gamme de l'asperge d'Alsace qui marque en quelque sorte le début du calendrier de la production maraîchère régionale, même si salades, radis et rhubarbe sont déjà dans les étals.

Un positionnement haut de gamme

Ce positionnement haut de gamme est indispensable pour un légume vendu 10 à 12 € la botte en début de saison, même si son prix diminue au fil des semaines. « Nos techniques de production sont identiques à celles de nos voisins allemands, mais nos coûts sont supérieurs, notamment en matière de main-d’œuvre qui représente la moitié du prix de revient », indique Jean-Jacques Nonnenmacher. Et la mécanisation de la récolte n'est pas une option, dans cette filière qui emploie de nombreux travailleurs saisonniers : les Espagnols l'ont certes expérimentée, mais pour des débouchés industriels (soupes, conserves).

La vente directe est un formidable atout, explique Jean-Jacques Nonnenmacher : l'asperge est un légume qui pousse sans engrais ni produits phytosanitaires. « Les interventions sur la culture ont lieu après la fin de la récolte. » Adhérer à l'association, c'est s'engager à pratiquer une agriculture raisonnée, dans le respect du cahier des charges contrôlé par Certipaq.

L'ouverture de la saison des asperges est toujours un moment attendu par les consommateurs alsaciens, souligne Pierre Lammert, président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace. Il a lancé un appel aux acheteurs : « Valorisez l'asperge locale, mais surtout ne la bradez pas ! » Cette culture nécessite en effet des efforts importants de la part des producteurs qu'il faut faire reconnaître auprès des consommateurs. Le nouveau slogan des fruits et légumes d'Alsace, que l'interprofession entend mettre en avant, « Plus près, plus frais, plus vrai », s'applique à merveille à cette production.

Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, l'exemple de l'asperge prouve que différents modèles agricoles peuvent parfaitement cohabiter. « C'est un modèle à part, conciliant les petits producteurs qui animent les villages et les grands faiseurs qui approvisionnent la grande distribution et la restauration hors foyer. Il faut être capable de nous organiser en filière pour être plus forts sur le plan commercial. »

« En Basse-Zorn, les terres sont propices au maraîchage, et particulièrement à l'asperge », indique le maire, Denis Riedinger. Car si le blanc turion est aujourd'hui cultivé dans toute la région, c'est à Hœrdt qu'il a été introduit en 1873. Cette commune est ainsi la capitale incontestée de l'asperge qu'elle célébrera avec faste le dimanche 8 mai prochain. À leur tour, la conseillère régionale, Marie-Reine Fischer, et le sénateur, Claude Kern, ont vanté les mérites de « la belle dame blanche ».

Première journée Expert Kuhn

Un mini-Sima 100 % Kuhn

Technique

Publié le 12/04/2016

Il est 8 h 30, le samedi 2 avril, lorsque les premiers agriculteurs arrivent au Kuhn Center for Progress. Ils ont fait le déplacement depuis Muespach, dans le Sundgau… Et même si cette première journée Expert Kuhn ne démarre officiellement qu'à 9 h, ils sont accueillis chaleureusement.

Cette journée s’adresse exclusivement aux professionnels. « Nous avons envoyé des invitations à 3 400 agriculteurs, fait paraître des annonces dans les journaux agricoles alsaciens et lorrains et déposé une centaine d'invitations dans les concessions Kuhn, explique Jean-Christophe Haas, responsable de la promotion commerciale chez Kuhn SA. Nous voulons donner la possibilité aux agriculteurs de l'est de la France de rencontrer les spécialistes Kuhn autour des machines, de reproduire ce que nous faisons au Sima ou à Agritechnica. Bref, amener le salon chez eux. » Christian Fischer, directeur commercial de Kuhn France, renchérit : « L'idée nous est venue il y a quelques mois de créer un événement autour de nos machines, un mini-Sima 100 % Kuhn. »

Amener les clients et les prospects autour des produits

Tous les domaines d’activité sont présentés : labour, travail du sol, semis, fertilisation, pulvérisation, entretien des paysages, broyage de résidus, récolte des fourrages et conduite d’élevage. « Notre but est de valoriser toutes les familles de produits, qu'ils soient fabriqués en Alsace, dans l'ouest de la France ou dans nos usines aux Pays-Bas. Il y a aussi un pôle Électronique et un pôle Service après-vente », explique Jean-Christophe Haas. Les gammes sont présentées intégralement par des spécialistes locaux. En permanence, une trentaine de personnes sont mobilisées sur le site, du service commercial, marketing, service après vente.

Au total, plus d'une centaine de machines sont exposées ce jour-là. « Il n'y a pas de lancement de nouveautés. Les machines les plus récentes sont là, bien sûr, mais nous voulons surtout apporter de l'information aux agriculteurs dans un cadre convivial », indique Jean-Christophe Haas. « Notre objectif est de compléter leur niveau d'information sur le groupe Kuhn. Tous les professionnels connaissent nos produits, mais n'en ont pas forcément suivi l'évolution. S'ils envisagent d'acquérir une nouvelle machine, ils se tiennent informés, mais sinon, ils ne sont pas forcément au courant », explique Christian Fischer.

« C'est une journée extraordinaire, très détendue. On est là pour les agriculteurs, pour leur apporter des solutions. En même temps, c'est une excellente occasion pour les écouter, au sujet de leurs problèmes, de leurs attentes, de manière à progresser. C'est pour cela que cela s'appelle Kuhn Center for Progress… » Le KCFP, rappelle-t-il, est une structure créée pour informer les professionnels du monde entier. « Aujourd'hui, nous l'avons ouverte pour nos clients les plus proches, géographiquement parlant. »

Les plus jeunes ne sont pas oubliés. Des animations sont organisées à leur intention : des coloriages pour les plus petits, mais aussi un ordinateur avec Farming Simulator. Un service de buvette est également aménagé dans une salle annexe, avec bien sûr des knacks, indispensables. Pour finir cette journée en beauté, les agriculteurs sont invités à participer à une tombola dotée de prix issus de Kuhn Shop. La boutique est d'ailleurs ouverte ce jour-là pour valoriser les produits marqués au logo Kuhn.

Tout au long de la journée, le flux de visiteurs est constant. C'est une belle réussite, à en juger par la satisfaction qui se lit sur tous les visages des personnes quittant le centre de formation. Une première qui en appelle d'autres !

Les vidéos