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Publié le 20/12/2017

Jeudi 21 décembre, le Comptoir agricole détaillera les résultats de son exercice 2016-2017. Les assemblées de section ont permis de lever le voile sur une campagne marquée par une récolte de blé médiocre en quantité et catastrophique en qualité. Mais la coopérative a pu compenser ce revers grâce à l’intégration de nouvelles filières : deux nouvelles sections, Viticulture et Élevage, s’ajoutent au portefeuille existant.

Assister aux assemblées de section du Comptoir agricole exige un petit exercice de mémoire. En effet, les chiffres qui vont suivre ne correspondent pas à la campagne qui s’est achevée récemment, mais à celle de 2016-2017, soit l’année économique qui s’est clôturée au 30 juin 2017, et qui a commencé, en juillet 2016, par la récolte de blé « la plus médiocre de ces 40 dernières années et une qualité compliquée à gérer », pose Marc Moser, président du Comptoir agricole, en ouverture de l’assemblé de section de Traenheim. La collecte du maïs qui a suivi a été très hétérogène, avec en moyenne 101 q/ha. Et des prix non rémunérateurs. Conséquences : des situations économiques compliquées dans certaines exploitations agricoles. « Le Comptoir agricole en a pris la mesure et agit en conséquence en accompagnant ses adhérents », assure Marc Moser. Pour la coopérative, les faits qui ont marqué cet exercice sont l’intégration pleine et entière de l’activité élevage, née de la liquidation de Copvial, et qui apparaît - positivement - pour la première fois dans les chiffres du groupe. Et puis le Comptoir agricole a aussi restructuré son activité viticole (lire en encadré page 5). L’activité houblon progresse Ce décor planté, Marc Moser a commenté quelques chiffres. L’exercice 2016-2017 se clôture sur un chiffre d’affaires en hausse de 16 %, passant de 179 à 208 millions d’euros (M€). Par rapport à l’exercice précédent, les cartes sont sensiblement rebattues. L’activité céréales reste en tête, mais affiche une légère régression, tout comme le secteur des agrofournitures. La part de l’activité pommes de terre est également en légère régression, en lien avec une réduction du volume commercialisé. En effet, la surface a peu évolué, mais la valorisation des tonnages a été malmenée par des problèmes de qualité qui ont engendré des déchets. L’activité houblon progresse en volume (661 tonnes commercialisées contre 641 t), et surtout en valeur. La contribution du maïs semences au chiffre d’affaires global augmente, surtout du fait de la hausse des surfaces, qui ont gagné plus de 400 ha entre les deux campagnes. La nouvelle activité vigne a généré 7,80 M€ de chiffre d’affaires. Et, après neuf mois d’activité, la filière Élevage a généré 23,30 M€, « soit à peu de chose près l’équivalent du poids de Copvial, ce qui prouve la confiance que les éleveurs alsaciens ont accordée à cette nouvelle organisation », analyse Marc Moser. Pas de blé meunier en 2016 Si l’activité de l’exercice 2016-2017 démontre la volonté du Comptoir agricole de se diversifier, son cœur de métier reste la collecte et la vente de céréales. Une activité que Denis Fend, directeur du Comptoir agricole, a détaillée. Durant l’exercice considéré, le volume de blé collecté a baissé de 38 % par rapport au précédent. Celui de colza régresse également. Et, tandis que le volume de maïs reste stable, ceux d’orge, de tournesol et de soja progressent, parfois significativement, reflétant la diversification des assolements pratiqués par les adhérents de la coopérative. La baisse du volume de blé collecté s’explique par un cycle cultural qui s’est déroulé dans un contexte climatique globalement défavorable, avec un hiver doux, « ce qui n’est jamais de très bon augure pour la suite », et un mois de juin pluvieux. Le rendement a effectivement été catastrophique, à 49 q/ha, soit une baisse de 41 % par rapport à l’exercice précédent. Surtout, le poids spécifique (PS) de 67, et la contamination généralisée par les mycotoxines ont écarté toute possibilité d’envisager des débouchés meuniers. Quant au rendement en maïs, il affiche une hausse de 9 % par rapport à l’exercice précédent, avec une humidité moyenne de 28 %, et une qualité sanitaire satisfaisante. À noter aussi qu’en raison de la mauvaise collecte de blé et des fourrages de manière générale, le report du maïs grain vers le maïs ensilage a été assez important. En outre, la surface dédiée au maïs était en baisse de 6 %. Si bien que malgré la hausse du rendement, le tonnage de maïs collecté est stable. Des blés difficiles à commercialiser Antoine Wuchner, responsable des ventes à Eurépi, la filiale du Comptoir agricole dédiée à la commercialisation des céréales collectées, décrit le contexte dans lequel cette récolte a été commercialisée : « Quasiment tous les lots de blé dépassaient les seuils réglementaires de teneur en mycotoxines. Dans ce contexte, le fait d’avoir des rendements faibles n’était donc pas forcément préjudiciable, parce qu’il a fallu trouver des débouchés pour ces blés. Mais d’abord, il a fallu racheter les blés de qualité meunière qui avaient été prévendus pour profiter des bons prix. Des ventes que nous n’avons donc pas été en mesure d’honorer. » Forcément, les performances d’Eurépi s’en sont trouvées pénalisées. Pour le maïs, même si la sécheresse estivale a fait craindre une baisse de rendement, cela n’a pas engendré de volatilité sur les marchés, car l’offre mondiale est importante. Antoine Wuchner a aussi livré quelques éléments sur la situation actuelle des marchés. Malgré quelques pics de nervosité, les bonnes récoltes au Brésil, en Ukraine et en Russie laissent peu d’espoir de voir les cours remonter. Pour cela, il faudrait vraiment assister à « des événements climatiques marqués ». Chiffre d’affaires appro en baisse Richard Macé, nouveau responsable de l’activité appro, en a détaillé les résultats. Le chiffre d’affaires généré est en baisse de 3 M€, à 40 M€. Les ventes de produits phytosanitaires y contribuent à hauteur de 24 %, celles de semences à 28 %, celles d’engrais à 41 %, et les autres fournitures (filets, bâches) à hauteur de 7 %. Le chiffre d’affaires généré par les ventes d’engrais est en baisse de 15 %, car un certain nombre d’exploitations ont fait l’impasse sur les fumures de fond. Les ventes de produits phytosanitaires baissent aussi de 7 %, ce qui s’explique à la fois par l’interdiction des néonicotinoïdes et par une pression modérée des adventices et maladies cryptogamiques due à un printemps sec. « C’est aussi le signe du développement des techniques alternatives de protection des cultures auxquelles notre service technique travaille assidûment », commente Richard Macé. Le chiffre d’affaires généré par les ventes de semences augmente de 2 %. Ces derniers temps, des firmes semencières, ou phytosanitaires, se sont regroupées. En leur donnant plus de poids, ces regroupements ne devraient pas inverser la tendance. « Dans ce contexte, le modèle des unions de coopératives se justifie car il permet de peser davantage dans les négociations », souligne Richard Macé. Le cours du pétrole affiche actuellement une tendance haussière, sans qu’aucun indice de chute ne se profile. Un constat inquiétant puisque le cours des engrais est structurellement calé à celui du pétrole. À cela s’ajoutent des usines de production d’engrais vieillissantes, et une demande importante de la part des pays émergents, qui font que la matière devient très rare, entraînant une inflation des cours. Le constat est similaire pour le phosphore, la potasse, et même le soufre. « Heureusement nous avons pu acheter des engrais en période creuse et les stocker », rassure Richard Macé. De quoi passer la prochaine campagne sereinement. Des résultats consolidés par les nouvelles activités Le rapport financier, présenté par Marc Belleil, directeur financier, révèle que les investissements restent faibles, passant de 1,90 à 1,30 M€. « Après une période d’investissements lourds, ceux-ci se résument désormais à la maintenance des équipements », explique-t-il. L’intégration des activités élevage et viticulture a contraint Marc Belleil à présenter le compte de résultats en deux temps. D’abord à périmètre constant, c’est-à-dire sans les bénéfices et charges liés aux nouvelles activités. Le chiffre d’affaires généré par l’activité céréales apparaît en baisse de 1,80 M€. Celui lié aux ventes de houblon passe de 4,8 à 5,60 M€. Au final, le chiffre d’affaires est en légère diminution. Mais, si on ajoute les nouvelles activités, soit 7,80 M€ de chiffre d’affaires généré par l’activité vigne, et les 23,30 M€ générés par l’activité élevage, le chiffre d’affaires lié à l’ensemble des activités passe à 208 M€. À périmètre fixe, le résultat net passe de 60 000 à 500 000 €. Avec la vigne et l’élevage il atteint 1,10 M€. « Nous avons réduit les investissements au strict nécessaire pour pouvoir accompagner les agriculteurs. Ce qui nous a permis de d’ores et déjà provisionner des ristournes à hauteur de 900 000 € sur les appro et à hauteur de 140 000 € sur l’activité vigne », commente Marc Moser. Au bilan, les capitaux propres progressent avec l’intégration des capitaux propres des deux coopératives viticoles. Ils passent de 106,80 à 115,90 M€. Le fonds de roulement est positif. « C’est une bonne chose car nous avons un besoin structurel de financement des stocks de céréales et d’intrants. Cela nous permet même d’avoir une trésorerie positive, ce qui est rare », souligne Marc Belleil. Le bilan consolidé du groupe, c’est-à-dire qui intègre les résultats du Comptoir agricole et de ses filiales fait apparaître un chiffre d’affaires en hausse, passant de 298 à 317 M€. Le résultat suit la même tendance, passant de 500 000 à 1 M€. « Ces résultats sont le reflet de la bonne santé financière de la coopérative, qui est donc à même d’accompagner ses adhérents », commente Marc Moser. Et c’est ce que reflète le gap entre les 317 M€ de chiffre d’affaires et le 1 M€ de résultat. Logistique, IFT et bio Malgré les investissements consentis ces dernières années, les difficultés liées aux engorgements des silos en période de collecte perdurent. Mais il n’y a pas de solution miracle, sauf à consentir encore de nouveaux investissements qui seraient peu rentables au regard des bénéfices qui en seraient retirés sur une période d’utilisation aussi brève, explique Denis Fend. La solution la moins onéreuse, et qui a déjà parfois été utilisée, c’est le dégagement par transport de nuit. Mais elle n’est pas idéale : « Il faut avoir de la visibilité pour être sûr de rentabiliser les camions et les chauffeurs qui sont affrétés », poursuit le directeur. Lors de l’assemblée de section de Traenheim, les questions des adhérents ont notamment porté sur le positionnement du Comptoir agricole quant à l’usage des produits phytosanitaires. Car les agriculteurs sont lucides quant aux restrictions d’usage qui s’annoncent. « Nous travaillons depuis 30 ans à la réduction des doses, rappelle Denis Fend. Mais nous aurions dû le faire savoir plus tôt. » Après la réduction des IFT, le Comptoir agricole va s’attacher à mesurer la percolation des matières actives, afin d’identifier les plus problématiques. Denis Fend a regretté que les Certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP) à peine mis en œuvre pour inviter les distributeurs à encourager les pratiques alternatives, soient déjà remis en question dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Le 11 octobre, le président de la République a réitéré sa volonté de séparer le conseil et la vente des produits phytosanitaires. « Si c’est le cas, nous ne pourrons plus être proactifs sur la question », note Denis Fend. Enfin, les adhérents ont questionné le positionnement de leur coopérative sur le développement des filières biologiques. Denis Fend a rappelé que le Comptoir agricole collecte des céréales, des pommes de terre, du houblon et des bovins bios. En outre, il fournit de l’aliment bio pour les volailles, et accompagne l’essor de la viticulture biologique. « Mais, dans les systèmes de grandes cultures sans élevage, les céréales bios sont difficiles à valoriser. Et les itinéraires techniques sont compliqués à mettre au point. Dans ces conditions il nous apparaît difficile de développer la collecte de céréales bios, sauf à trouver des niches, c’est le cas de la charte que nous avons récemment signée avec les bretzels Burgard pour les approvisionner en farine bio locale », explique Denis Fend.

Publié le 19/12/2017

Faire renaître une filière complète de la plante au vêtement. Voici l’ambition d’un groupe de travail impulsé par Pierre Schmitt, président groupe textile alsacien (Velcorex, Tissage des Chaumes, Emanuel Lang et Philéa). Retour sur cinq ans d’études et de recherches.

« On ne peut innover loin des usines et des consommateurs », c’est le leitmotiv de Pierre Schmitt. « La confection d’un jean en coton nécessite entre 5 000 et 10 000 litres d’eau et la France est totalement dépendante de cette fibre, exclusion faite du lin. » Or, notre pays connaissait quatre plantes destinées au textile : le lin dans le nord et l’ouest de la France, la laine dans le Sud-Ouest et dans l’Est, il y avait du chanvre et un peu d’ortie. Le savoir-faire textile de transformation et d’utilisation de ces plantes a disparu. Face à ce constat, Pierre Schmitt rassemble, dès 2012, des universitaires, chercheurs, scientifiques et industriels autour de la question du chanvre comme fibre textile. Naît le groupe Chafiltex (abréviation pour chanvre, fil, textile). Les études concernant l’ortie arrivent ensuite lorsque la Sadef (lire en encadré) s’inscrit dans le projet. Christian Didier, responsable du site Emanuel Lang à Hirsingue, expose les évolutions de ce groupe : « Nous avons sollicité la Sadef pour son expertise agronomique, mais aussi d’autres industriels du Sud Alsace : ETC (Ennoblissement Technique de Cernay) et la corderie Meyer Sansbœuf à Guebwiller (cordage naturel et synthétique), car ils sont également intéressés par la transformation de ces plantes. Nous travaillons en partenariat avec N. Schlumberger, leader mondiale de fabrication de machine de filature en fibre longue (lin, chanvre, ortie), le coton étant une fibre courte. » « C’est l’originalité de ce groupe, souligne Adrien Tritter, responsable des expérimentations à la Sadef. L’ensemble des acteurs de la filière y sont représentés. Aussi bien ceux qui produisent, que ceux qui fabriquent les machines. » Du chanvre acheté en Roumanie, de l’ortie au Népal Le bilan à court terme des études est assez positif aux yeux de Christian Didier : « Nous avons envisagé tous les essais possibles pour savoir s’il y avait un marché et si on pouvait faire du tissu avec du chanvre ou de l’ortie. Aux deux questions, nous répondons oui. Nous avons des débouchés sur internet ou dans notre boutique, Matières françaises, à Colmar. Nos clients sont intéressés par cette nouvelle fibre, c’est dans l’air du temps. Nous avons également réussi à faire des vêtements en ortie et en chanvre. » Si « le chanvre et l’ortie sont des cultures adaptées au territoire de l’Alsace et des Vosges », selon Adrien Trittier, ils ne sont pas exploités dans nos régions. Le chanvre cultivé actuellement en France est utilisé principalement pour la construction et l’isolation dans l’Aube et près de Dijon. « La fibre n’est ainsi plus utilisable au niveau textile, car nous cherchons des fibres longues », précise le responsable du site Emanuel Lang. Aujourd’hui, l’usine tisse du chanvre cultivé en Roumanie et de l’ortie cultivée au Népal. La transformation de la fibre en fil se fait en France et en Suisse. Le chanvre comme Cipan « Faire du chanvre traditionnel est tout à fait possible aujourd’hui, mais il faut que toute la filière soit en place, à chaque étape », considère Adrien Trittier. Pour trouver des solutions agronomiques, le site d’expérimentation de la Sadef teste différentes variétés de chanvre depuis trois ans. Cette plante a plusieurs vertus : « Elle épure le sol des nitrates et pousse facilement, car c’est une plante rustique ». Le semis a lieu en avril et mai et la récolte se fait en septembre ou octobre. Cette périodicité fait que le chanvre devrait être implanté à la place d’une culture. « Il serait plus intéressant d’utiliser le chanvre comme culture intermédiaire piège à nitrates (Cipan), analyse Adrien Trittier, le semer en été et le récolter à l’entrée ou à la sortie de l’hiver. » Les études en ce sens sont en cours. La fibre utile se trouve sur le pourtour de la tige. Pour qu’elle se détache une étape est indispensable : le rouissage. La culture coupée est mise au sol, la fibre se détache du faisceau de tige, rendant ainsi possible le travail industriel. « En interculture, cette étape n’est pas possible, nous étions donc la capacité à réaliser un rouissage sur pied. » Si la fibre peut être achetée par les industriels du textile, il est également envisageable de récolter la graine. Elle est utilisée dans les produits cosmétiques, pharmaceutiques, alimentaire… Reste la chènevotte qui peut être valorisée en paillage par exemple. L’ortie pour les zones sensibles Sur la gauche du bâtiment de la Sadef, 1 hectare d’ortie a été planté l’an dernier. Ce premier essai a été compromis par les fortes pluies de juin. L’usine Emanuel Lang a pu tout de même procéder à des essais industriels avec les échantillons récoltés. 25 ares supplémentaires seront consacrés à l’ortie au printemps prochain (période idéale pour la plantation). Une deuxième récolte plus conséquente est à espérer pour la fin de l’été 2018, sachant que deux, voire trois, récoltes par an seraient possibles. « L’ortie est une culture pérenne, indique Adrien Trittier. L’implantation peut durer trois à dix ans. L’objectif est de montrer qu’un modèle agronomique peut être construit avec ce type de plantation. L’ortie est une culture idéale pour les zones sensibles écologiquement : en cas de trop forte concentration en nitrates, de zone de captage des eaux, de terrains ayant des problèmes de ruissellement. Ce projet est d’ailleurs soutenu par l’Agence de l’eau. Comme pour le chanvre, outre la fibre, l’ortie peut être utilisée en paillage, purin, infusion… » Pour ses essais, la Sadef a sollicité le soutien d’Oséo (désormais Bpifrance Financement). Plus récemment, un dossier nommé BioEquiTex a été déposé fin septembre dans le cadre d’un programme d’investissement piloté par la Caisse des dépôts et consignations à la demande de l’État pour l’aménagement des territoires. Le dossier sélectionné parmi la vingtaine déposée au niveau national sera connu en 2018. L’entrée en Bourse du groupe Velcorex devrait également être un facteur de développement. Chiffrage du prix d’achat en cours Pour prendre la température du monde agricole, les entreprises textiles sont en contact depuis un an avec la Chambre d'agriculture et la Coopérative agricole de céréales. « Le chiffrage du prix de vente est en cours. Il faut que ces cultures soient rentables pour les exploitants. Pour le chanvre, nous nous basons principalement sur le lin (même coût et même contrainte à tous les niveaux de la filière). Pour l’ortie, c’est plus complexe, car rien n’a été fait depuis longtemps. Le volet agronomique est très important, car il faudra convaincre un certain nombre d’agriculteurs à sauter le pas. » Ce n’est qu’un maillon de la chaîne. « Le rêve à moyen terme, d’ici six à dix ans, est d’avoir suffisamment d’hectares cultivés, une unité de défibrage et une unité de filage sous l’égide de Schlumberger. Nos métiers à tisser sont déjà opérationnels. Le tissu pourra aussi être confectionné chez ETC ou Velcorex. La vente se fera en direct avec nos marques clientes, aux particuliers dans notre boutique et sur internet. »

Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace

« Ne pas subir pour continuer à exister »

Publié le 18/12/2017

Si la question des enjeux des nouveaux modes de consommations a émaillé le rapport moral du président de l’Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral), ce sont les interrogations des adhérents sur leur place au sein du Grand Est et d’Est Horticole qui ont animé la fin de l’assemblée générale.

« On ne peut plus attendre le client comme on le faisait avant, déclare Paul-André Keller, président de l’Uphoral. Le marché de la Toussaint reste une tradition incontournable, mais nous devons nous interroger sur son avenir. Selon l’Office hollandais des fleurs, 64 % des personnes se rendant au cimetière ont plus de 60 ans. La majorité des moins de 35 ans ne respectent plus cette tradition. Pour eux, il faut créer des événements. Pourquoi ne pas s’inspirer de la fête traditionnelle mexicaine par exemple ? D’autres fêtes sont à réinventer pour en faire des moteurs de croissance. Il cite le 8 mars, la journée internationale des femmes, le 21 mars, arrivée du printemps, la fête des voisins, la Sainte-Catherine, le premier dimanche de l’Avent pour les couronnes et la Sainte-Lucie pour l’étoile de Noël, et bien d’autres. « Il faut se remettre en question si nous voulons faire face à la profonde mutation sociétale qui est en marche ». « Il ne faut pas tout jeter des anciennes organisations » Le débat sur la place de l’Uphoral dans le cadre du Grand Est est ouvert par Paul-André Keller : « La restructuration remet en cause plus de 20 ans de travail et d’investissement humain, deux décennies pour construire un syndicat dynamique et représentatif qui définit la stratégie de la filière. La taille de la grande région implique de nombreux déplacements, des absences de l’exploitation et l’appauvrissement des structures sur le terrain. Notre défi est de ne pas subir afin de continuer à exister et préparer l’avenir de notre profession ». François Félix, président de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP) et rosiériste en Isère, apporte son expertise : « L’enjeu est de mettre autour de la table les bons acteurs pour être efficace. Il ne faut pas tout jeter des anciennes organisations. Nous menons cette réflexion à la FNPHP depuis plusieurs années. Nous avons ainsi décidé que les présidents régionaux ou départementaux se réuniront une fois par an. » C’est un des aspects du changement de dynamique du syndicat (lire en encadré). « Est Horticole sans l’Alsace n’a pas de sens » La dizaine d’adhérents sur les 30 que compte le syndicat exprime ses craintes quant à l’avenir de leur communication : « L’Alsace est une terre d’horticulteurs détaillants, ce qui n’est pas le cas dans les autres départements. Nous avons entamé une dynamique forte de communication, notamment avec les pots Fleurs et plantes d’Alsace. Aujourd’hui, nous n’avons pas de réponse précise d’Est Horticole sur cette question, sur le montant des cotisations ou la possibilité de maintenir le contrat de travail de l’animatrice. » « On a forcément moins de liberté lorsqu’on entre dans un groupe plus grand, mais c’est le prix à payer pour être écouté et entendu, répond le président national. Il faut trouver des solutions pour faire fonctionner votre marque et vos spécificités au sein de la grande structure. Car Est Horticole sans l’Alsace n’a pas de sens. » Il propose un « coup de main pour que cela se passe bien ». Paul-André Keller conclut, fataliste : « Nous aurons la place que nous mériterons ».

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