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Rédaction EAV

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Steinseltz

Seconde visite du sous-préfet aux agriculteurs

Vie professionnelle

Publié le 04/12/2019

Christian Michalak prend les devants. Entré en fonction mi-novembre, le nouveau sous-préfet de Haguenau-Wissembourg a déjà visité deux fois les agriculteurs de sa circonscription. Après Bietlenheim, le jeudi 21 novembre, il a passé l’après-midi du mercredi 27 avec les arboriculteurs et vignerons de la région de Cleebourg. Une semaine plus tôt, il s’était rendu dans un élevage et une exploitation en grandes cultures.

Sa célérité étonne. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, n’en revient pas : « On ne savait même pas qu’il était là qu’on avait reçu un coup de fil pour caler les rendez-vous. » C’est l’autre particularité de cette tournée préfectorale. Elle se déroule à l’initiative de l’administration. « C’est lui qui nous a contactés », confirme Gilles Theilmann, président de la cave de Cleebourg.

Pomme, vigne et ZNT

« Je m’engage à être votre interlocuteur », appuie Christian Michalak. Et mercredi, il est entré dans le vif du sujet. L’après-midi a démarré à la ferme Burger, à Steinseltz. Là, cet ancien militaire de carrière s’est familiarisé avec la culture de la pomme et la vente directe. Mais aussi aux problèmes de manque de main-d’œuvre saisonnière et d’une éventuelle future surproduction de fruits bios en France. Le fonctionnaire a ensuite grimpé dans la voiture de Gilles Theilmann. « Je veux lui montrer l’impact des zones de non-traitement (ZNT) sur le vignoble si le décret est publié », glisse le président du syndicat viticole. La rencontre s’est poursuivie par une table ronde à la cave de Cleebourg.

Là encore, le représentant de l’État s’est montré à l’écoute. Et même proactif sur certains sujets. La méthanisation par exemple. Un sujet qu’il connaît bien. « Dans mon ancienne circonscription (Cholet, NDLR), il y avait des agriculteurs engagés dans ce processus », indique-t-il. Ainsi, lorsque Denis Scharrenberger, président des JA de Soultz-sous-Forêts, lui explique les retards administratifs subis par un projet de méthaniseur dans son canton, Christian Michalak dégaine. « Faites-moi vite un courrier pour qu’on identifie le problème. Si c’est juste un souci de financement d’étude environnementale, on parlera avec les élus. » Hochement de tête satisfait du paysan de Surbourg.

Demi de mêlée ou demi d’ouverture ?

Bon. Tous les participants à la réunion en conviennent : les problèmes du monde agricole ne se régleront pas en une après-midi. Mais c’est un premier pas. « D’habitude on attend six mois avant une première rencontre et un an plus tard on change de sous-préfet », regrette Didier Braun. Pas facile d’avancer sur les dossiers locaux dans ces conditions. Sans compter les fonctionnaires peu intéressés par le travail de la terre. « On ne voyait pas beaucoup sa prédécesseure », peste un élu de la Chambre d'agriculture. Résultat : les responsables agricoles ont perdu le contact avec cet échelon administratif. « On va tout de suite taper à la porte du préfet ou de la Direction départementale des territoires », reconnaît Didier Braun. Dommage car le sous-préfet « a un rôle hybride entre le politique et l’administration ». Une courroie de transmission qui peut s’avérer utile.

En tout cas, le nouveau venu a marqué des points. « Quand je vous ai salué, je vous ai demandé si vous étiez un demi de mêlée ou demi d’ouverture, commence Paul Schiellein, président de la section des anciens exploitants à la FDSEA du Bas-Rhin. J’ai désormais ma réponse et je salue votre ouverture. » Et Gilles Theilmann de s’esclaffer : « C’est mieux de faire connaissance ici autour d’un verre que devant la sous-préfecture avec des fourches ». Reste à savoir si les fourches resteront encore longtemps dans les granges. Réponse à la prochaine manif.

Assises « Air, climat, énergie, santé »

L’agriculture actrice de la qualité de l’air

Pratique

Publié le 30/11/2019

« L’urgence climatique, la sauvegarde des milieux naturels, la réduction des effets sanitaires des pollutions sont devenues des axes majeurs des politiques publiques », a introduit Jean-François Husson, sénateur et président de l’association Atmo Grand Est, une structure agréée par le ministère de la Transition écologique et solidaire pour la surveillance réglementaire de la qualité de l’air.

Modification des pratiques

Loin d’être clouée au pilori, l’agriculture se présente comme un acteur majeur de la transition en cours. L’intervention remarquée de Maximin Charpentier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage), aux côtés des élus des territoires, a montré la dynamique de la profession. Et les actions initiées dans le milieu agricole et rural pour préserver la santé ont été mises en relief sous l’œil du grand témoin, Frédéric de Blay, professeur en allergologie, et praticien au nouvel hôpital civil de Strasbourg.

Laurent Rouyer, président de la Chambre d’agriculture de Meurthe et Moselle et référent énergie à la Crage, a présenté la convention Air climat sol énergie (Acse), initiée en 2017 pour une période de trois ans avec l’Ademe et le Conseil régional. L’objectif est de sensibiliser les agriculteurs à la modification de leurs pratiques, sur la base d’un conseil renouvelé. Un réseau de fermes pilotes appuie l’expérimentation sur environ 3 000 ha. Un travail important a été mené sur la fertilisation pour en réduire la volatilité, particulièrement pénalisante pour la qualité de l’air. Des changements plus ou moins faciles à concrétiser sont envisagés.

La motivation ne manque pas, mais les exploitants se heurtent à des freins économiques et de disponibilité en temps. La convention Acse, qui arrive au terme de sa première échéance, devrait donc se poursuivre. « Nous devrons entrer dans une phase de transfert des connaissances, considère Laurent Rouyer. D’abord en direction des conseillers, ensuite auprès d’un échantillon de 60 exploitations, puis pour l’application sur toutes les fermes ».

Forêt : cherche espèces de substitution

Jean-Marc Guehl, directeur de recherches à l’Inra, est un spécialiste de la forêt. Il décrit les dysfonctionnements en cours : dépérissements dans la hêtraie, sans atteinte biotique repérée ; dépérissements dans la chênaie dus à la chenille processionnaire et localement au hanneton ; les résineux de montagne touchés par les scolytes et victimes de la sécheresse. Compte tenu des systèmes de mise en valeur longs, il estime qu’il y aura peu de divergence des scénarios jusqu’à 2040-2050. « Après, il faudra trouver des espèces de substitution pour renouveler les plantations ». Le problème se pose aussi pour la viticulture et l’œnologie.

Aidé par Atmo, le Pays de Thur-Doller, s’est inscrit dans le plan climat énergie pour surmonter une surmortalité due à la dégradation de la qualité de l’air. Les causes : une prédominance du chauffage au bois générateur de particules fines ravageuses pour les poumons ; une forte circulation automobile imposée par l’éloignement rural et par l’afflux de touristes à la belle saison, avec ses rejets d’oxyde d’azote ; sans oublier un taux d’ozone élevé en été. Les trois intercommunalités réunies au sein du Pays ont pris le taureau par les cornes en se donnant une stratégie, a décrit Guy Staedelin, vice-président du Pays de Thur-Doller. L’axe prioritaire est celui de la sobriété énergétique. « Sensibiliser le plus grand nombre, mobiliser les acteurs, concilier écologie et développement économique », détaille Guy Staedelin. Une aide unitaire de 600 € au changement de poêles à bois a été attribuée. La rénovation thermique de l’habitat dans un objectif de durabilité a été réfléchie avec les professionnels du bâtiment. Autre projet en cours, la méthanisation des 20 000 t de biodéchets ménagers pour les transformer en compost.

 

Article écrit par Jean-Luc Masson pour Le Paysan Lorrain

Campagne betteravière

La betterave relève la tête

Cultures

Publié le 27/11/2019

À quelques jours de la fin de la récolte, les planteurs tirent les premiers enseignements de la campagne betteravière. Et pour une fois, les voyants passent au vert à presque tous les niveaux.

Bonnes perspectives économiques

Les énormes tas de betteraves continuent de s’entasser dans la plaine du Ried. Plus de 540 000 t de racines gorgées de sucre devraient être acheminées à la sucrerie d’Erstein d’ici début décembre. Les professionnels s’attendent à une très belle saison. « Les rendements devraient dépasser les 90 t/ha », indique Éric Granveaux, chef du service économie à la chambre d'agriculture. Le chiffre de 92 t/ha de moyenne circule même. Un bon résultat comparé aux 89 t/ha récoltées en moyenne sur les cinq dernières années.

Le prix payé au producteur devrait lui aussi augmenter. « Le cours du sucre remonte dans l’UE et la demande en biocarburants explose », se réjouit Joseph Behr, directeur du Syndicat betteravier d’Alsace. Pour l’instant, les analystes ne s’avancent pas sur un chiffre précis. Mais les paysans devraient gagner plus que 22 €/t de betteraves à 16 degrés, prix le plus bas payé depuis la fin des quotas sucriers en 2017.

Cercosporiose : « On a gagné le combat »

Les techniciens de la filière ont vaincu la cercosporiose. « Une plaine verte comme celle de cette année, je n’avais pas vu ça depuis six ans », pavane Michel Butscha, technicien agro-betteravier à Cristal Union. Ouf de soulagement chez les planteurs. Car cette maladie du feuillage peut diminuer jusqu’à 30 % du rendement d’une parcelle. Cette victoire représente l’aboutissement d’une croisade engagée en 2014 contre le champignon.

Pendant cinq ans, les experts ont planché sur un plan de lutte strict. Identification des variétés de betteraves résistantes, meilleur contrôle des interventions phytosanitaires, introduction de méthodes de biocontrôle (cuivre et soufre)… En parallèle, la coopérative Cristal Union a conçu un système d’évaluation du risque de cercosporiose par commune. Le service Cristal Cerc’OAD permet ainsi d’alerter les planteurs de manière précise et quasiment en temps réel. Résultat : les agriculteurs peuvent prévoir les traitements de manière plus efficace. L’ensemble du dispositif a été mis en place sur toute l’Alsace en 2019. Avec succès donc. « On a gagné le combat », triomphe Michel Butscha.

Erstein lorgne sur l’Allemagne

« On est tout à fait prêt à accueillir des betteraves qui parlent Allemand. » La boutade traduit une nouvelle mission pour Gérard Lorber. Le président de la section d’Erstein de Cristal Union souhaite trouver de nouveaux apporteurs à la sucrerie. Car avec 6 000 ha cultivés, la production alsacienne assure tout juste le service minimum du site. Trouver des volumes supplémentaires devient vital. Surtout avec le départ annoncé d’une partie des activités de conditionnement et de transformation vers l’usine de Bazancourt (Marne). Mais vu les incertitudes économiques, difficile de convaincre les agriculteurs alsaciens de planter plus de betteraves.

D’où l’idée d’aller chercher des fournisseurs en Allemagne. Aujourd’hui, seuls trois ou quatre paysans d’outre-Rhin livrent à Erstein. Un état de fait hérité de la période des quotas. « Pendant les quotas, chaque pays avait ses volumes autorisés, c’était compliqué de rassembler des productions de deux pays différents dans une même usine », explique un technicien de la chambre d'agriculture. Avec la libéralisation du marché, les frontières nationales ont disparu. « Rien ne nous empêche de travailler avec des Allemands, confirme Gérard Lorber. On ne s’y est peut-être pas assez intéressé jusqu’à présent. » Mais cela devrait changer dans les prochaines années. Avec un objectif : passer d’une campagne de 80 jours à 100, voire 110 jours.

 

 

Forum Agri Handicap

Atteindre le monde agricole

Vie professionnelle

Publié le 22/11/2019

Organismes de placement de personnes handicapées (Cap emploi, Pôle emploi), gestionnaires d’aides financières (Agefiph, MSA) et employeurs (Ava, ONF) se sont retrouvés mardi 12 novembre pour le premier Forum Agri Handicap. À l’initiative de ce salon : Agnès Gerber-Haupert, directrice d’Action et compétence. Son association gère le service Cap emploi, qui aide les personnes handicapées à trouver un travail adapté à leur situation. Entretien.

L’Est Agricole et Viticole/Paysan du Haut-Rhin (EAVPHR) : Quel est le but du Forum Agri Handicap ?

Agnès Gerber-Haupert (A G-H) : Avant tout de rapprocher deux mondes : les acteurs de l’insertion professionnelle des personnes handicapées et les agriculteurs. Car c’est un secteur qu’on a du mal à toucher.

EAVPHR : Pourquoi ?

A G-H : Les préjugés sont encore très ancrés dans l’agriculture. C’est un travail manuel qui peut sembler inapproprié pour des personnes handicapées. Pourtant, 80 % des handicaps sont invisibles. La majorité n’affecte pas la condition physique. En plus, les personnes handicapées sont souvent en reconversion professionnelle (suite à un accident par exemple Ndlr.). Elles disposent déjà d’une bonne expérience du monde du travail et de solides compétences. Et toutes les études montrent qu’elles sont plus motivées qu’un salarié valide.

 

 

EAV : Accéder à une information claire semble aussi poser problème…

A G-H : Effectivement. Les entreprises de l’industrie et des services sont plus structurées, mieux informées sur leurs droits et les dispositifs d’accompagnement mis en place. Les agriculteurs peuvent se retrouver un peu seuls par moments. Et cela renforce la défiance vis-à-vis de l’embauche d’employés handicapés. Par exemple, certains employeurs agricoles pensent que les aides financières ne sont destinées qu’aux salariés et pas à l’entreprise. C’est faux. Mais ils ne le savent pas.

EAV : Comment comptez-vous les informer davantage ?

A G-H : D’abord avec des événements comme le Forum Agri Handicap. Cela met un coup de projecteur sur le sujet. Ces moments permettent aussi d’articuler les compétences entre professionnels. Afin de proposer les meilleures combinaisons d’aides et d’accompagnement possibles. Car on s’est rendu compte que de nombreux acteurs de l’insertion professionnelle ne se connaissent pas. Ensuite, on a créé une vidéo et un guide explicatifs à destination des employeurs. Ils doivent apporter un premier niveau de réponse aux questions que se pose un patron.

EAV : Quel bilan tirez-vous de cette première édition ?

A G-H : On a enregistré 50 participants dont 20 employeurs. On est très satisfaits car c’est une première et on cible un secteur très spécifique. À l’avenir il faudra peut-être s’adosser à un autre événement professionnel. Afin de toucher encore plus d’employeurs.

 

 

Strasbourg

Les syndicats haussent le ton

Vie professionnelle

Publié le 23/10/2019

Une grande bâche noire tombe sur les grilles de l’Hôtel du préfet, dans le centre de Strasbourg. La soixantaine de manifestants tague leurs slogans. « Stop agribashing. » « Macron répond nous. » « Sauve ton paysan. » Deux semaines après avoir bloqué les autoroutes du département, les militants de la FDSEA et des JA protestent de nouveaux. Vers 11 h 30, leurs responsables rencontrent Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture.

1. Colère paysanne VS silence politique

« Je m’étonne que nos élus ne montent pas au créneau pour nous défendre. » Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, porte là un des principaux messages des manifestants. Les agriculteurs se sentent abandonnés par leurs dirigeants face au dénigrement dont ils font l’objet de la part des activistes écologistes. Et vivent mal le silence des autorités à la suite de leur mouvement de blocage, le 8 octobre. « Faut-il mettre un bordel de dingue pour obtenir un petit discours de soutien de la part de nos élus », s’exclame Dominique Daul, président du canton de Truchtersheim.

Selon eux, le gouvernement ne saisit pas l’état d’exaspération du monde agricole. « Il y a une énorme rancœur sur le terrain, avertit Dominique Daul. Je ne sais pas si j’arriverai à tenir mes gars beaucoup plus longtemps. » Traduction : les campagnes grondent et les paysans sont prêts à passer au stade supérieur de la contestation.

Par ailleurs, les responsables agricoles mettent en garde contre l’escalade de violence dont ils s’estiment victimes. Campagnes d’affichage dans les rues contre les abattoirs, attaques sur les réseaux sociaux, fake news… « Aujourd’hui c’est sur internet, mais on ne sait pas où ça va s’arrêter, les fous ça existe », s’inquiète Franck Sander président du syndicat.

Message reçu par Yves Séguy. Le secrétaire général de la préfecture le promet : « On va faire remonter ça. » Mais jusqu’où ? Au sommet de l’État à en croire le fonctionnaire. Il faudrait au moins ça pour calmer les agriculteurs.

2. Le fiasco de la loi Egalim

Franck Sander s’impatiente. « Cela fait trois ans que le président a promis des revenus qui ne sont toujours pas arrivés dans les fermes. » Dans son viseur : le fiasco de la loi Agriculture alimentation. Issu des États généraux de l’alimentation, le texte devait rééquilibrer les relations commerciales entre distributeurs et producteurs. À la clé : un revenu décent pour les fournisseurs. Mais un an après sa promulgation, la loi n’a pas eu les effets escomptés. Même le ministre de l'Agriculture le reconnaît. « Le compte n’y est pas », a-t-il admis lundi dernier.

La cause ? Les GMS (distribution) ne joueraient pas le jeu. Photo d’un étal de supermarché à l’appui, Julien Koegler dénonce la mise en concurrence permanente de produit français avec des aliments importés à bas prix. Pire. Les annulations de commandes seraient quotidiennes selon le président des JA. « En été, si la météo prévoit de la pluie, on nous appelle le mercredi pour annuler les salades car il n’y aura pas de barbecue le week-end », peste le jeune élu. Un comble. La loi promettait justement d’encadrer de manière stricte les annulations de dernière minute.

Les syndicats réclament plus de contrôles. « En ce moment, je crois qu’il n’y a qu’un inspecteur pour tout le Grand Est », s’agace Julien Koegler. Comme une prémonition, lundi, la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé « 6 000 contrôles d’ici la fin de l’année » de la part de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Pour l’instant, le compteur affiche 3 500 inspections depuis le début de l’année.

3. ZNT et sangliers

Les producteurs enragent contre le débat autour des zones non traitées (ZNT). Ces bandes de terres libres de tout traitement phytosanitaire à proximité des maisons. Sur le principe, les agriculteurs se disent ouverts à la discussion. Mais avec des limites. « Le gouvernement a soumis le sujet à consultation publique, rembobine Franck Sander. Résultat : on connaît la distance minimum mais pas le maximum. » Cinq mètres ? Dix ? Quinze ? Cent cinquante ? Son organisation refuse de débattre sans connaître la fourchette haute de ZNT qui pourrait être imposée. « Cela pourrait avoir de graves conséquences en Alsace, confiait récemment Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture. Beaucoup de vignes sont installées au milieu des villages. »

Les militants demandent aussi de passer la vitesse supérieure sur la diminution du nombre de sangliers. Ils pointent du doigt l’ONF. L’organisme appliquerait mollement les accords passés avec la préfecture, la DDT et les syndicats agricoles. « On va les aider, assure Yves Séguy. Avec des battues s’il le faut. » Le sujet est d’importance. Les sangliers sont vecteurs de la peste porcine africaine. Contrôler leur population contribue à limiter les risques de propagation de l’épidémie.

Steige

L’agriculture de montagne fête sa différence

Vie professionnelle

Publié le 09/10/2019

Un concours d’animaux, des tracteurs, un marché paysan et de la bière locale. L’événement organisé à Steige dimanche dernier ressemble à un festival agricole comme les autres. À quelques détails près. Les animaux : des vaches vosgiennes, des brebis, des boucs… Les machines exposées : du matériel adapté aux fortes pentes. Les produits du marché ? Miel, laine des Vosges et ustensiles de cuisine en bois. Bref, une fête en l’honneur de l’agriculture de montagne.

 

 

« On a mis l’accent sur les activités des vallées », explique Cécile Hary, conseillère à la Chambre d'agriculture et membre de l’équipe organisatrice. Quinze paysans des vallées de Villé et de la Bruche ont amené des bêtes. « On veut montrer notre travail au public », explique un jeune éleveur. Dans l’enclos derrière lui, un agneau se fait papouiller par un groupe de collégiennes. L’espace enfant, revu à la hausse par rapport à l’édition précédente, attire les familles autour de jeux en bois et d’une mini-ferme.

Une expo pour vanter l'agriculture de montagne

Les communautés de communes et la Chambre d'agriculture ont installé une vingtaine de panneaux explicatifs sous un chapiteau. Le propos ? Vanter les mérites de l’agriculture en zone montagneuse. Entretien du paysage, respect de la biodiversité, importance des prairies dans les écosystèmes… L’expo fait mouche. « Tu vois, sans élevage, pas de prairies, explique un monsieur en imperméable à son petit-fils. On aurait la forêt juste au-dessus de la maison. » De l’autre côté du panneau, une conférence aborde le thème de l’agroforesterie devant une dizaine de visiteurs.

« Ça a démarré lentement, mais on commence à avoir du monde », témoigne Stéphane David, responsable de l’équipe montagne à la Chambre d'agriculture. Malgré la pluie, quelques centaines de personnes ont visité les lieux. Le public ? Surtout des locaux. Des alentours de Villé. La plupart déjà convaincus de l’importance des paysans dans le massif des Vosges.

Le concours départemental de la race vosgienne a ponctué la journée sous le chapiteau principal. La grande championne : Elsa, de l’élevage Deissler. « Elle a 10 ans, mais n’en paraît que 3, a félicité Clément Géant, le juge du jour. On aimerait avoir plus d’animaux comme ça dans nos élevages. » L’élevage de montagne porté aux nues.

Assises du houblon

La filière brasse large

Cultures

Publié le 28/08/2019

Un vent d’euphorie parcourt la salle. « Nous vivons une révolution du houblon », s’enflamme Hervé Marziou, premier biérologue français et fin connaisseur du monde brassicole. Face à lui, des dizaines de brasseurs, planteurs, chercheurs et négociants réunis pendant deux jours en Alsace pour les premières assises du houblon. Le sommet a accouché d’une marque : France Houblon. Futur étendard de l’ensemble de la filière, du champ à la chope. Portés par le renouveau de la bière française, les professionnels ne veulent plus avancer en ordre dispersé.

France Houblon n’est pas juste une marque grand public. La preuve, de nombreuses entités naissent dans son sillage. À commencer par Inter Houblon. L’interprofession devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. Cette entité associe brasseurs, houblonniers et chercheurs. Elle donnera les grands axes de travail pour la profession. En mai déjà, les distributeurs ont créé l’association française de négoce de houblon. Elle regroupe les négociants de houblon sur le marché intérieur et à l’international. Son rôle ? Définir des cahiers de charges de production, promouvoir le houblon français et trouver des débouchés aux planteurs qui ne peuvent vendre leur récolte dans leur région.

« Se mettre au diapason des microbrasseries »

La filière se donne une priorité : satisfaire la demande des brasseurs. Car aujourd’hui, les brasseries françaises achètent 80 % de leur houblon à l’étranger. En cause, une production locale trop faible (à peine 1 % des volumes mondiaux) et historiquement tournée vers l’international. Ainsi, 70 % des cônes produits dans l’hexagone quittent le pays au moment du maltage. « Ce serait bien d’inverser la tendance, avance Francis Heitz, responsable export chez Hop France, marque du Comptoir agricole. Mais pour cela il faut se mettre au diapason des microbrasseries. »

C’est là le grand défi du houblon tricolore. Le boom des brasseries artisanales entraîne de nouvelles demandes. Les microbrasseurs veulent du houblon aromatique, de différentes variétés, en petits volumes. Un casse-tête pour les producteurs. « La filière nous donnera une vision claire des besoins des brasseurs », espère Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH). Un élément vital. Car trois ans peuvent s’écouler entre la demande d’une nouvelle variété et la première récolte. Chaque minute compte.

Jackpot pour la recherche

« La filière doit aussi devenir un lieu d’échange, à l’image de ces assises », s’enthousiasme Fanny Madrid, cofondatrice de Hopen. Son entreprise vise à développer la culture du houblon dans le Sud Ouest. Une région novice dans le domaine. Le partage de connaissances entre anciens et néoplanteurs lui semble donc essentiel. D’autant que toutes les régions s’y mettent. Bretagne, Normandie, Aquitaine… L’Alsace et le Nord n’ont plus le monopole sur les houblonnières. « On a tous les mêmes défis (changement climatique, demandes variées des brasseurs et des consommateurs NDLR), mais chacun apporte ses propres réponses, témoigne benoît Lamy, président de l’association Houblon de Normandie. Si on agrège tout ça, on arrivera à des solutions intéressantes pour tous. »

 

 

La recherche devrait profiter de ces manœuvres. Le 22 mai, lors de son assemblée générale, l’AGPH a acté la séparation de ses activités syndicales et de recherche. L’Institut technique du houblon appartient toujours à l’association des planteurs, mais il gagne en autonomie. « On voulait surtout l’élargir, précise Bernard Ingwiller. Pour l’instant ce sont les producteurs qui financent l’institut. » Avec la naissance d’une filière structurée, le responsable espère que le négoce, les brasseurs et surtout l’État mettront la main à la poche. Via une contribution financière ou en déléguant des scientifiques issus d’autres structures.

Les participants aux assises se donnent jusqu’à 2022 pour atteindre une vitesse de croisière. Ambitieux. Mais Bernard Ingwiller en est convaincu : « France Houblon c’est l’avenir. » La révolution est dans les tuyaux.

Pari réussi

Vie professionnelle

Publié le 27/08/2019

Fatigué mais heureux. Après une nuit terminée au petit matin, Clément Heckmann, président des Jeunes agriculteurs de Wasselonne, tire le bilan de la finale départementale de labour organisée à Wangen les 24 et 25 août. Et les premiers retours sont positifs.

« On est dans les clous en ce qui concerne l’affluence. » Selon les chiffres provisoires, environ 2 000 spectateurs ont assisté au concert du samedi soir. Le nombre espéré par les JA pour rentrer dans leurs frais. Dimanche, près de 9 000 personnes ont assisté aux Fermes en folie. « Un peu moins que ce qu’on attendait », avoue le responsable. Mais rien de grave. La fête de l’agriculture alsacienne a su attirer le public en nombre.

C’était un des principaux objectifs affiché par les organisateurs : brasser en dehors des cercles agricoles et ruraux. Là encore, les hôtes du week-end ont vu juste. En témoignent les nombreux habitants de l’Eurométropole venus assister à la grand-messe paysanne. À l’instar de Jean-Marc, Strasbourgeois venu avec sa copine pour l’après-midi. « On ne connaissait pas cette manifestation, commence ce barbu de 33 ans. On est de bons vivants et le site n’est qu’à 30 minutes de la maison, ça a suffi à nous convaincre. » Au programme du couple : dégustation de vins et rodéo sur le taureau mécanique.

« Je suis fier de l’équipe »

Autres cibles des JA, beaucoup de familles ont passé le dimanche à Wangen. Un public qui tenait à cœur aux organisateurs. « Il faut informer et sensibiliser les jeunes », expliquait Clément Heckmann peu avant la manifestation. Et les agriculteurs du canton ont tout fait pour les recevoir au mieux. Le village enfant a occupé presque autant de place que le site d’exposition de matériel agricole. Château gonflable, multiples jeux de société, parcours à vélo, course de chars à bras, spectacles d’improvisation, initiation au BMX, balade en poney… Succès garanti. Si bien que les membres du staff « ont fermé le village enfants bien plus tard que prévu dimanche. » Les jeunes ne voulaient plus partir.

Enfin, le numéro un des JA du coin s’est félicité du dévouement de ses troupes. « Je suis fier de l’équipe et de nos bénévoles. » Près de 250 proches, amis, parents, ont épaulé les organisateurs. « Certains ont été sur le pont de 7 h à 23 h », souligne le viticulteur d’Odratzheim. Résultat : « Certains laboureurs nous ont dit que l’organisation était digne d’une finale nationale ». Chapeau à eux.

Finale de labour 67

Une fête sans moteurs

Vie professionnelle

Publié le 22/08/2019

Pas de survol en hélicoptère ni de tracteur pulling. Contrairement aux éditions précédentes, la finale départementale de labour va se dérouler sans gros cylindres, dimanche 25 août à Wangen. La raison ? « On veut passer un message de respect de l’environnement », justifie Clément Heckmann, président des JA du canton de Wasselonne et organisateur du festival. Un pari risqué. Les agriculteurs sont friands d’activités à base de grosses machines. Les JA le savent. Ils ont donc concocté un programme riche en sensations fortes. Et en ont profité pour diversifier l’offre.

 

 

Les amateurs de montagnes russes pourront éprouver leur résistance sur un taureau mécanique. Mais surtout, les plus courageux pourront réviser les lois de la gravité grâce à un saut à l’élastique. Une grue de 60 mètres de haut va être installée au-dessus du site. L’occasion de découvrir cette activité dans une région dépourvue de viaducs. Retour sur terre. Un club de BMX proposera des initiations sur un bout de champ agrémenté de bosses montées pour l’occasion. Enfin, les historiens en herbe pourront voyager dans le temps grâce à un gymkhana (course automobile). Sur la ligne de départ : des chars à pédales décorés façon Antiquité.

Mandala géant, licornes et comédiens

Clément Heckmann et ses collègues ont aussi prévu une palette d’animations pour les familles. « Des activités sans pollution, familiales », insiste le président du canton. Les enfants pourront ainsi chevaucher des poneys déguisés en licornes (un des thèmes de l’événement), construire un mandala végétal de 10 mètres de diamètre, ou assister à une démonstration de chiens de berger. Par ailleurs, les organisateurs vont installer un « énorme village enfants » à base de jeux en bois.

Les gourmands devraient également s’y retrouver. Tout l’après-midi, les JA du Bas-Rhin animeront des dégustations de vins et fromages dans le vignoble situé en face du site de la finale. Un bar à vins de 170 mfera honneur aux vignerons locaux. Deux cocktails, trois des quatre grands crus de la Couronne d’or, et 17 vins. « Que des références issues de jeunes viticulteurs du canton », se félicite Clément Heckmann. Enfin, miel, fruits et confitures du canton garniront les étals du marché paysan.

Mais sans le battement des rotors d’hélicoptère ni le crissement des pneus, le festival risque de sonner un peu creux. Pas de panique. Le comité d’organisation a invité des artistes chargés d’assurer l’ambiance sonore. Une fanfare, des groupes folkloriques, des comédiens… Plus de soixante musiciens et acteurs se produiront sur scène ou au milieu des visiteurs pendant toute la journée.

Et les inconditionnels du pot d’échappement pourront venir dès le samedi pour le 3e Vosges rallye festival. Les bolides des années 1960 à 1980 passeront aux abords du site de la finale en fin de matinée et milieu d’après-midi. Bref, on ne va pas s’ennuyer ce week-end.

Jeunes Agriculteurs. Canton de Sélestat

La tête à Scherwiller, les racines à Ebersheim

Vie professionnelle

Publié le 17/08/2019

La ferme Lorber va recevoir les portes ouvertes des JA, dimanche, à Scherwiller. Un lieu idéal pour symboliser le canton de Sélestat. L’historique de l’exploitation en polyculture-élevage est jalonné de déménagements. En effet, la famille Lorber occupe sa maison actuelle depuis moins de 20 ans.

 

 

Avant ? Les bâtiments étaient plantés au bout du village d’Ebersheim. Route nationale. Et cet emplacement était déjà issu d’un précédent déménagement depuis le centre du village. « Mon père avait anticipé l’extension du village », rembobine Gérard Lorber, patron de l’exploitation et secrétaire général de la FDSEA. Pas assez apparemment. Car la population du village ne cesse de croître dans les années 1980 et 1990. Les lotissements s’étendent. « On ne voulait pas se retrouver enclavés », se rappelle Gérard.

Il réfléchit donc à une base de repli. Ça tombe bien, la famille exploite des parcelles à quelques kilomètres de là. À Scherwiller. En 1998, il construit une étable d’une capacité de 60 vaches. Un bâtiment pour les génisses et taurillons sort aussi de terre cette année-là. Deux ans plus tard, « les vaches et la famille ont déménagé ici », se souvient le père de famille. Et cette fois, les Lorber ne déménageront pas de si tôt. Le site se situe au milieu des champs à plus d’un kilomètre des premières maisons.

Un énorme gain de temps

Depuis le changement de domicile, les paysans ont construit plusieurs bâtiments. Un hangar de stockage de fourrage en 2006. Un bâtiment de stockage de matériel en 2011. Ces aménagements offrent un gain de temps intéressant. Car avant, les paysans devaient transporter le fourrage des champs de Scherwiller jusqu’à l’étable d’Ebersheim. Six kilomètres à 20 km/h… « Je faisais un voyage pendant que mes collègues de Scherwiller en faisaient quatre », râle encore Gérard. De l’histoire ancienne.

Mais les Lorber n’ont pas coupé les ponts avec Ebersheim. D’abord, l’EARL possède toujours des parcelles sur le ban de la commune. Ensuite, ils entretiennent des liens forts avec leurs ex-voisins. Ainsi, ils souhaitent lancer un méthaniseur avec quatre agriculteurs ebersheimois d’ici deux ans. Un projet qui devrait jeter un pont supplémentaire entre les deux villages.

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