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Nicolas Bernard

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Journée des chefs

La gastronomie à la cantine

Pratique

Publié le 26/06/2017

Le 9 juin, les élèves du pensionnat Sainte-Marie de Ribeauvillé ont eu droit à quelques étoiles lors de leur repas de midi. Comme il est de tradition depuis plusieurs années, l’établissement et l’Alsacienne de restauration - qui fournit les repas - ont souhaité offrir aux élèves un repas un peu plus gastronomique qu’à l’accoutumée. Cette année, ce sont les chefs du restaurant du Casino Barrière de Ribeauvillé, Alexandre Bouchain et David Meyer, qui ont relevé le challenge. Au menu : escalope de volaille d’Alsace façon tex-mex et sa brochette du soleil, verrine de salade de fruits revisitée avec quelques légumes, et buffet de crudités plaisirs gourmands réalisé le chef de cuisine du pensionnat, Jean-Yves Gadet.

« L’idée est de faire preuve d’un peu de créativité pour amener les enfants à manger plus de légumes. » Un credo que Jean-Yves Gadet applique au quotidien depuis son arrivée dans l’établissement en 2014. Et ça marche. En trois ans, la consommation de légumes a doublé, faisant le régal des 260 élèves qui fréquentent la cantine le midi (120 le soir). « Je peux faire des cakes aux carottes et des salades mélangeant fruits et légumes », explique-t-il. Le tout réalisé en très grande majorité avec des produits locaux. « C’est inscrit dans notre ADN », commente Vincent Vu Cong, directeur de restaurant à l’Alsacienne de restauration. Présente dans de nombreuses entreprises et collectivités, la société de restauration gère aujourd’hui 17 des 33 établissements scolaires privés d’Alsace. « Tous les jours, nous servons des produits frais, légumes ou viandes dans les cantines que nous gérons. On y mange davantage au rythme des saisons », continue Vincent Vu Cong.

Au pensionnat Sainte-Marie, les élèves ont aussi droit à du fromage à la coupe deux à trois fois par semaine. Le munster, la tomme ou le bleu ont notamment la cote. Toute la charcuterie est issue d’animaux élevés et transformés en Alsace, tandis que la volaille vient de chez Bruno Siebert, à Ergersheim. « On veut casser cette image de la cantine où la nourriture n’est pas bonne. Même avec un budget limité, on prouve qu’on peut faire de très bonnes choses. Tout dépend de la volonté du chef », témoigne Jean-Yves Gadet. Ce dernier n’hésite à mettre des légumes dans des salades de fruits ou à créer des tartes tatin aux navets. Au début, les enfants essaient par curiosité. Ensuite, ils en redemandent. Un retour forcément motivant pour le chef de cuisine. « Certains enfants ne connaissent pas certains fruits et légumes. Ça me touche. Alors j’essaie de faire ce qu’il faut pour qu’ils y prennent goût. Et les résultats sont là : les enfants sont heureux d’aller à la cantine. »

Du 25 au 28 mai au Parc des expositions de Colmar

La « démocratie » au cœur de la 36e foire Éco Bio d’Alsace

Pratique

Publié le 24/05/2017

« On ne surfe pas sur des modes, on essaie d’apporter des réponses pour changer les choses. » Comme le rappelle le président de l’association Éco Bio d’Alsace, Jean-François Pierdet, la foire éponyme, qui aura lieu lors du week-end de l’Ascension au Parc des expositions de Colmar, se présente comme l’antithèse de beaucoup de manifestions estampillées « bio ». « L’esprit de la foire originelle - pain, vin et fromage - reste le même et s’est enrichi au fil du temps. De même, nous avons toujours cherché à tisser des liens entre une agriculture biologique respectueuse de son environnement et des citoyens consom’acteurs. C’est ce qui fait notre force et qui séduit tant de visiteurs chaque année », détaille-t-il. La viticulture conserve une place prépondérante parmi les exposants avec plus de 80 vignerons venus de toute l’Europe, faisant de la foire Éco Bio d’Alsace la plus grande foire aux vins bios ouverte au public.

Il y aura donc - encore une fois - de quoi boire lors de cette 36e édition qui se veut un peu plus « citoyenne » qu’à l’accoutumée en plaçant la démocratie comme thème central. Entre les élections présidentielles et le troisième tour des législatives, le sujet tombe à point nommé. « Nous souhaitons créer des débats et discussions autour de notre démocratie. Aujourd’hui, c’est un peu moins de 10 % de la population qui décide pour le reste. En réalité, la démocratie doit être faite par le peuple et non prétendument au nom du peuple. Nous sommes capables de changer le monde pour le bien-être du plus grand nombre, et non pour maintenir les privilèges de quelques-uns », lance Jean-François Pierdet. Pour concrétiser cette « révolution » citoyenne, des ateliers auront lieu chaque jour à 17 h pour permettre à qui le veut de réfléchir collectivement au visage d’une hypothétique nouvelle constitution. Les plus bavards pourront librement s’exprimer sur le sujet dans l’espace Agora ouvert à tous, tandis que les plus impliqués pourront se former à l’animation de la démocratie locale avec, en ligne de mire, la mise en place d’une liste participative pour les élections municipales 2020.

Évidemment, tout cela ne représente qu’une infime partie des nombreuses activités proposées par les 480 exposants (dont environ la moitié issue de l’agriculture et de la viticulture), 80 associations et 500 bénévoles qui feront vivre cette foire Éco Bio. Dans le domaine agricole, il sera ainsi possible d’assister à plusieurs conférences axées sur la permaculture, la plantation des haies, l’utilisation d’huiles essentielles pour les animaux de compagnie et d’élevage ou encore le témoignage d’un jeune couple qui a décidé de se lancer dans l’élevage de chèvres à partir de rien. Un récit conté et illustré qui mettra en lumière le parcours difficile pour devenir éleveur lorsque l’on n’a pas hérité d’une ferme familiale.

Circuits courts

Inauguration officielle de Cœur Paysan à Colmar

Pratique

Publié le 21/05/2017

Cinq mois après son ouverture, le magasin Cœur Paysan a enfin eu droit à son inauguration officielle le 11 mai dernier. L’occasion pour les quarante agriculteurs qui participent à l’aventure de remercier tous ceux qui leur ont permis de concrétiser ce projet : la ville de Colmar, le cabinet d’architecture Leny’s Concept, le groupement d’entreprises I2CR, ainsi que le Crédit Mutuel de Sélestat Scherwiller « qui a cru à cette belle aventure ». Et pour le moment, celle-ci remplit largement les espérances des producteurs qui ont tout de même investi 1,4 million d’euros entre le rachat du site (l’ancien Lidl de la route de Neuf-Brisach), les travaux de rénovation et de mise aux normes, et l’achat du matériel nécessaire.

Grâce à un buzz positif sur les réseaux sociaux et une médiatisation inattendue de grands médias nationaux (France 2 et TF1 entre autres), Cœur Paysan a joui très vite d’une visibilité conséquente et d’un bouche-à-oreille efficace des premiers « curieux » qui y ont fait leurs courses. Aujourd’hui, ce sont 400 clients en moyenne qui viennent chaque jour remplir leurs cabas de produits agricoles et viticoles disponibles en rayons. Le panier moyen est de 28 € et les achats sont réalisés à 47 % au rayon boucherie. Suivent les fruits et légumes (24 %), la crémerie (10 %), l’épicerie (3 %), les liquides et poissons (2 %) ainsi que 12 % d’achats non catégorisés. « On est sur une belle rampe de lancement », se satisfait Denis Digel, président de Cœur Paysan et maraîcher à Sélestat. Les clients du magasin viennent majoritairement de Colmar et des communes à proximité. « Au total, nous comptons 4 000 porteurs de la carte de fidélité », révèle le directeur du site, Pascal Terroux. Des chiffres encourageants qui témoignent du réel intérêt des consommateurs à reprendre la main sur leur alimentation, comme le fait remarquer le maire de Colmar, Gilbert Meyer. « On revient en arrière en quelque sorte en achetant ce qui est issu de notre terroir. De cette manière, nous pouvons savoir ce que nous mangeons. »

« Une expérience extrêmement enrichissante »

Pour le président de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) et conseiller régional, Laurent Wendlinger, Cœur Paysan apporte une nouvelle réponse à celles et ceux qui souhaitent écouler leurs produits en vente directe. « En Alsace, nous avons beaucoup d’exploitations qui sont présentes sur ce créneau. Avec ce magasin, on va un peu plus loin en rallongeant un peu les filières courtes. C’est un challenge qui est gagné aussi bien pour l’agriculteur que pour le client. » Ce type de magasin est pour lui un parfait complément des autres filières, davantage tournées vers l’export ou l’industrie agroalimentaire. « C’est en travaillant sur tous ces axes en même temps que nous pouvons redynamiser l’agriculture de notre région », précise le président de la CAA. « C’est un état d’esprit nouveau dans le paysage commercial », complète Denis Digel. « C’est la rencontre de plusieurs agriculteurs qui ne se connaissaient pas, et qui ont décidé de s’affirmer pour reprendre leur place dans la société. »

L’implication quotidienne des producteurs est l’une des raisons du succès précoce de Cœur Paysan. Chaque jour, au moins l’un d’entre eux est présent sur le site, en plus des neuf salariés à temps plein recrutés pour l’occasion. « Nous sommes, chacun à notre tour, l’ambassadeur des productions de nos collègues. Apprendre à parler du métier de l’autre est une expérience extrêmement enrichissante », témoigne le maraîcher de Sélestat. Le dialogue quotidien avec les consommateurs fait également émerger de nouvelles offres comme des huiles de colza et tournesol ou des lapins de fermes.

Mais surtout, Cœur Paysan atteint aujourd’hui son premier objectif qui est de permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail, voire d’investir comme le relate Denis Digel : « Grâce aux perspectives offertes par le magasin, j’ai pu acquérir une toute petite récolteuse mécanique pour développer mon activité de haricots. En effet, la récolte manuelle en quantité suffisante pour répondre à la demande est très chère. Grâce à ce nouvel outil, je pourrai continuer à satisfaire la clientèle. » Forcément, une telle réussite fait des envieux. Les responsables de l’enseigne paysanne ont déjà reçu plusieurs sollicitations pour ouvrir d’autres groupements Cœur Paysan en France. « On nous a même demandé de participer à un forum en Roumanie », poursuit-il. L’amour de ses produits et de son terroir n’a pas de frontière.

Cueillette de l’arnica au Markstein

« Le mérite revient aux éleveurs »

Cultures

Publié le 08/05/2017

Certains l’appellent « l’or jaune » du massif vosgien. Chaque année au mois de juin, des gens viennent de toute la France pour cueillir les fleurs d’arnica qui poussent au sommet du Markstein. C’est l’un des rares lieux en France où cette fleur pousse à l’état sauvage. « Il y a quelques spots de cueillette dans les Pyrénées ou le Massif Central. Mais le Markstein reste de loin la plus grosse zone de cueillette sauvage dans le pays et dans toute l’Europe », explique Fabien Dupont, chargé de mission Natura 2000 au sein du parc naturel régional du Ballon des Vosges. Sur le Markstein, la cueillette sauvage de l’arnica est encadrée depuis 2007 par une convention qui vise à garantir la conservation de la plante en tant que ressource commune. Une petite fleur jaune qui représente aussi de gros enjeux économiques pour les laboratoires pharmaceutiques. Près de 90 % du volume récolté au Markstein - de 250 kg à une tonne de fleurs, et de quatre à onze tonnes pour la plante entière - est livré à l’usine Weleda située à Huningue.

Des « bonnes relations » avec les cueilleurs

Si la fleur est aussi rare en milieu sauvage, c’est dû en grande partie à sa fragilité extrême. Elle est ainsi très sensible aux pratiques agricoles comme l’épandage de lisier ou de chaux, et reste très difficile à cultiver. « L’absence de fumure permet d’exprimer une biodiversité très intéressante. Par contre, c’est vrai que ce n’est pas l’idéal d’un point de vue fourrager », reconnaît Fabien Dupont. De prime abord, la présence d’arnica dans les prairies est une « contrainte » pour les agriculteurs concernés. Michel Deybach est l’un d’eux. Ce fermier-aubergiste de 35 ans possède 90 hectares sous contrat sur les 150 ha que compte la zone conventionnée. « C’est sûr qu’économiquement, on y perd. Jusqu’au 14 juillet, on ne peut pas mettre nos bêtes dans ces prairies. Et en termes de rendement, cela n’a rien à voir. Ce sont des parcelles sauvages où le fourrage n’est pas très appétant et riche. On n’obtient qu’une voire deux tonnes de matière sèche à l’hectare alors qu’on pourrait atteindre les quatre tonnes dans des conditions normales. » Du coup, l’autonomie fourragère de l’exploitation reste très aléatoire. Néanmoins, Michel Deybach est satisfait de cette convention. « On entretient de bonnes relations avec les cueilleurs. Ce qui, historiquement, n’a pas toujours été le cas. C’est plus agréable à vivre. Et puis il ne faut pas oublier que cette fleur était là avant nous. Elle fait partie de notre patrimoine et contribue aussi à valoriser l’image de notre massif, tout comme elle permet à une autre économie d’exister et à des personnes de gagner leur vie. »

« Les vaches n’aiment pas le goût »

« C’est bien parce que les agriculteurs ont accepté de jouer le jeu que l’arnica est aussi présente sur le Markstein », complète Fabien Dupont. « Tout le mérite revient à ces éleveurs qui ont consenti à ne pas valoriser d’effluents dans cette zone. » Ces derniers bénéficient évidemment de quelques contreparties : un loyer très bas d’un euro symbolique l’hectare de la part de la commune, et des aides MAE pour les prairies concernées. « Et puis cela ne nous coûte rien en entretien », tient à ajouter Michel Deybach. Le fermier-aubergiste se demande quand même si un déprimage de quinze jours pourrait être possible au printemps, avant que l’arnica ne sorte de terre. « Les anciens faisaient cela et l’arnica était quand même présente. Peut-être qu’il faudrait faire des essais et voir si cela ne nuit pas au développement de la fleur. En tout cas, ce n’est pas les vaches qui la mangeront vu qu’elles n’aiment pas le goût ! » Les laboratoires pharmaceutiques, en revanche, en redemandent. Année après année, le marché de l’homéopathie et de la phytothérapie augmente son chiffre d’affaires. Pour répondre à cette demande croissante, le parc naturel régional du Ballon des Vosges a comme projet de replanter de l’arnica dans des zones propices du massif. Seule condition : que les éleveurs acceptent une nouvelle fois de « jouer le jeu ».

89e foire aux vins d’Ammerschwihr

Mi-gel, mi-raisin

Vigne

Publié le 07/05/2017

La fête malgré tout. Rebaptisée « Festi’Vins » pour se démarquer des foires aux vins commerciales des grandes surfaces, la 89e foire aux vins d’Ammerschwihr s’est tenue cette année dans un contexte un peu particulier, dix jours après des gels inhabituels pour la saison. Sur toute l’Alsace, ce sont 3 000 ha qui ont été touchés, dont 1 500 ha « rasés à blanc ». Lors de l’inauguration qui a eu lieu samedi 29 avril, le président du syndicat viticole d’Ammerschwihr, Romuald Bohn, a fait part de sa frustration légitime alors que le potentiel « était très bon ». « L’an passé, nous avons tous été surpris par des volumes généreux et de belle qualité après une année capricieuse. Pour 2017, la messe est malheureusement déjà dite. La nature nous a brusquement rappelés à l’ordre. » Sur le seul ban d’Ammerschwihr, les parcelles ont enregistré des dégâts qui vont de 15 % à plus de 80 % pour celles situées en plaine. Une situation d’autant plus compliquée pour certains viticulteurs de la commune qui ont également des parcelles sur les bans de Sigolsheim et de Bennwihr, d’autres communes du secteur particulièrement meurtries par ce gel. « Après des années difficiles en 2013, 2014 et 2015, de nombreuses exploitations auront des problèmes de trésorerie », prévient Romuald Bohn. Pour Ammerschwihr, seule une petite moitié est assurée contre le gel. Il va donc falloir agir rapidement pour soulager les entreprises en difficulté. « Nous allons demander un dégrèvement de la taxe foncière. Nous comptons aussi demander à la MSA ce qu’il est possible de faire. » Ça, c’est pour les solutions à court terme. Pour le long terme, le syndicat viticole d’Ammerschwihr souhaite qu’une ou des solutions soient mises en place pour permettre le stockage de production en cas de récolte importante. « Le Volume complémentaire individuel (VCI) est une solution mais ne saurait être suffisant pour l’ensemble de la récolte », estime Romuald Bohn. Il rappelle que c’est la « survie » des viticulteurs qui est aujourd’hui en jeu face aux extrêmes climatiques de plus en plus fréquents et violents. Sans oublier les ravages provoqués par l’esca, la flavescence dorée, ou encore la drosophile suzukii qui a fait tant de dégâts en 2014. « Il faut que l’on réapprenne rapidement que c’est la nature qui commande. Les lois et les textes des hommes ne font pas le poids face à elle. Il serait bon de s’en rappeler. » Comme le souligne le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, il y a des « lourdeurs administratives insupportables » pour les exploitations viticoles. « Il est temps que l’on puisse avancer rapidement là-dessus », explique-t-il en se tournant vers les élus présents : la sénatrice Patricia Schillinger, le conseiller départemental Pierre Bihl, le député et président du Conseil départemental Éric Straumann, le conseiller régional - et candidat aux prochaines élections législatives - Jacques Cattin, et le maire d’Ammerschwihr, Patrick Reinstettel. Ce dernier s’est déclaré « particulièrement touché » par la détresse vécue par les viticulteurs. Une situation d’autant plus préoccupante à ses yeux au regard des autres difficultés rencontrées par la filière. « Nous devons demeurer vigilants avec le repli du marché intérieur et la concurrence de plus en plus accrue à l’export », prévient l’édile de la commune.

Fort heureusement, les vignerons d’Ammerschwihr restent toujours prophètes en leur pays. Et ce n’est pas près de changer si l’on se fie à l’affluence de cette 89e édition de ce « Festi’Vins ». Cette année encore, il avait de quoi faire… et boire. Si les enfants pouvaient se défouler dans le château gonflable installé pour l’occasion, leurs aînés avaient tout le loisir de découvrir une sélection des meilleurs crus de la commune, du dernier millésime 2016 jusqu’à des vins de réserve pouvant remonter à 1969 avec une dégustation verticale de muscats du domaine Sick-Dreyer. « Un bon millésime, ça peut se conserver longtemps », commente le vigneron. Au total, une vingtaine de viticulteurs de la commune ont répondu présent pour faire découvrir les subtilités des nombreux vins produits dans leurs caves : l’incontournable grand cru Kaefferkopf, véritable porte-étendard de la commune, le surprenant « Côtes d’Ammerschwihr » qui mêle astucieusement le pinot auxerrois et le muscat, ou encore les innombrables cuvées spéciales au nom du père, du grand-père, de la sœur ou de la fille. Tous les apprentis œnophiles pouvaient aller plus loin dans la compréhension des vins en participant à la dégustation commentée par François Lhermitte, sommelier chez Julien Binz, l’un des restaurants du village récemment récompensé par une étoile au Guide Michelin. Une raison de plus de faire la fête. Malgré tout.

Nicolas Gerster - Prix d’excellence au Concours général des prairies fleuries 2016

La maîtrise de la qualité

Technique

Publié le 06/05/2017

De l’herbe, beaucoup de fleurs, et un label de qualité pour les consommateurs. Dans la boutique paysanne de la ferme du Grumbach, à Durlinsdorf, le prix d’excellence du concours général des prairies fleuries trône fièrement au mur. Une récompense obtenue en 2016 par Nicolas Gerster, un éleveur passionné de simmentals et d’élevage extensif. Son credo : la maîtrise. De l’alimentation de ses 210 bêtes, de la transformation de sa viande par ses propres bouchers ou de la commercialisation de ses produits via son magasin. Seul l’abattage a lieu à l’extérieur ; environ 80 animaux vont à Cernay tous les ans. Et là encore, l’agriculteur est présent jusqu’au bout, histoire d’épargner le maximum de stress à ses vaches et veaux de lait. « Ils connaissent ma voix, ça les rassure. Je les amène personnellement à l’abattoir et je les accompagne jusqu’au bout. De cette manière, les animaux restent détendus. Et derrière, la viande est plus tendre. »

« Nos clients sont confortés »

Cette démarche qualitative commence par l’alimentation de son cheptel. Sur les 100 hectares qu’il possède, 65 ha sont des prairies permanentes, et 20 ha sont consacrés au maïs fourrage. De quoi assurer une bonne autonomie fourragère pour l’ensemble du troupeau. « De toute façon, pour avoir la qualité de viande qu’on recherche, on ne peut pas faire autrement. » Des efforts qui paient. Depuis qu’elle s’est lancée dans la vente directe de sa viande à la fin des années 1990, la ferme du Grumbach s’est forgée une solide réputation dans un rayon de trente à quarante kilomètres autour de Durlinsdorf. « On n’a qu’un point de vente ici, à la ferme. On ne fait pas de marchés ou de supermarchés paysans. Les clients viennent à nous. On était présent lors de la crise de la vache folle. À ce moment-là, les consommateurs cherchaient à sécuriser leurs achats, ils voulaient connaître la provenance de la viande. C’est ce qui nous a lancés. Le bouche-à-oreille a fait le reste. » Les années passant, les notions de bien-être animal et de respect de l’environnement sont devenues de plus en plus prégnantes dans la société française. Pour Nicolas Gerster : « c’est une philosophie d’avoir ses animaux sept à huit mois dans les pâturages. La difficulté est de pouvoir le prouver aux consommateurs, leur montrer qu’on pratique vraiment de l’agriculture raisonnée, que ce n’est pas juste de la façade. » C’est là que le prix d’excellence décroché lors du Concours général des prairies fleuries démontre tout son intérêt. Grâce à lui, l’éleveur bénéficie d’un label de qualité qui « parle » aux clients. « J’ai beau être adhérent du réseau Bienvenue à la ferme, cela ne parle pas trop aux consommateurs. En revanche, tout le monde sait à quoi ressemble une prairie fleurie. Nos clients sont confortés et voient qu’on ne leur raconte pas de bêtises. » Pourtant, la prairie fleurie lauréate ne représente qu’une infime partie de la SAU de l’exploitation (1,1 ha). La parcelle est en effet située sur le ban communal de Bendorf, à 600 mètres d’altitude, sur une surface qui ressemble davantage aux hautes chaumes qu’on trouve sur le massif vosgien. « Je loue cette prairie à un propriétaire passionné de faune et de flore. Un jour, il m’a demandé de la laisser à son état naturel, sans apport d’engrais chimique, puis de la faucher le plus tardivement possible, après la floraison. C’est vraiment une parcelle magnifique. Mais je n’ai pas assez de surface pour me permettre de faire ça partout, les rendements seraient trop faibles. » Cette prairie est tellement atypique par rapport aux autres prairies permanentes que même les animaux ont besoin d’un temps d’adaptation avant de manger le foin récolté. « Il faut voir ce qu’il y a dedans en matière de diversité floristique, c’est assez impressionnant. Mais du coup, ce n’est pas le même produit qu’habituellement. Pendant les deux ou trois premiers jours, les animaux sont un peu réticents à en manger. Après, ils en raffolent. » Un peu à l’image des clients de la ferme, adeptes de la qualité bouchère « exceptionnelle » de la viande vendue par l’éleveur.

Le modèle autrichien

Cette production de qualité n’aurait jamais pu voir le jour si Nicolas Gerster n’avait pas eu le nez creux au moment de son installation, en voulant rester maître de ses prix. « Que ce soit en lait, en viande ou en céréales, tout est dépendant de facteurs extérieurs dans les filières classiques. J’étais au final voué à survivre en tant qu’éleveur » En parallèle, Nicolas Gerster se rend compte que la vente directe de produits agricoles se pratiquait déjà beaucoup en Suisse, en Allemagne, et surtout en Autriche, pays dont il apprécie particulièrement l’état d’esprit. « Là-bas, les entreprises sont des affaires de famille qui sont construites dans le but d’être transmises, même celles qui rapportent beaucoup d’argent et qui pourraient être revendues à bon prix. J’aime cette philosophie où l’on prend le temps de faire les choses correctement, avec passion et pragmatisme. Ou quand on gagne de l’argent, on l’investit intelligemment pour le développement de son activité. » Ce qu’il fait par exemple en 2008, en se lançant dans le créneau de l’agrotourisme. Un choix à nouveau payant puisque ce sont aujourd’hui plusieurs dizaines de bus de touristes qui s’arrêtent chaque année à la ferme du Grumbach. Au programme : visite de l’exploitation, vente de produits locaux et repas paysan. Un package qu’il espère compléter d’ici quelques années avec de l’hébergement. « C’est important d’inventer de nouvelles choses dans le monde dans lequel on vit. Avec ce que je propose, des groupes de citadins peuvent découvrir le fonctionnement d’une ferme en 2017 tout en dégustant les produits qui y sont fabriqués. Au final, les visiteurs repartent avec un souvenir gastronomique de leurs vacances. » Si le concept marche, il n’est en rien novateur tient-il à rappeler. « On n’a rien inventé. On a juste regardé ce qui fonctionnait ailleurs. » Idem lorsqu’il a lancé son activité traiteur en 2013. Avec une orientation clairement identifiée « terroir », cette nouvelle diversification a très vite trouvé son public… tout comme la viande surmaturée « dry aged » qui se caractérise par un affinage ultra-persillé de cinq à six semaines. Un marché de niche de plus en plus en vogue dans les grandes métropoles qui a aussi son lot d’amateurs en Alsace. « En ville, tous les acteurs de la boucherie se lancent là-dedans. C’est une viande très goûteuse et très tendre. Mais pour avoir une vraie viande dry aged, il faut des bêtes bien finies, âgées d’au moins cinq ou six ans, et surtout bien nourries. » Avec de la bonne herbe fraîche, c’est encore mieux.

Lancement des primeurs d’Alsace

Le plein de vitamines

Cultures

Publié le 04/05/2017

Les légumes primeurs sont de retour. Comme chaque année à la même période, les salades, radis, navets, rhubarbes, asperges et autres oignons blancs marquent le retour des beaux jours… et de la consommation de produits frais. Des légumes cueillis très jeunes présentant des caractéristiques gustatives « incomparables ». Des qualités que l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) a souhaité mettre en avant le 27 avril en organisant le premier lancement officiel des primeurs sur le sol alsacien. Un événement qui s’est tenu dans les locaux d’ID3A, à Balgau, une exploitation familiale qui cultive 200 ha de légumes et une centaine d’hectares de céréales. Cinquante salariés (jusqu’à 80 dans les périodes les plus intenses) y travaillent quotidiennement pour récolter, nettoyer, conditionner et envoyer les palettes de légumes qui vont alimenter principalement les centrales d’achat du Grand Est. Pour l’instant, cette saison 2017 commence bien timidement, notamment pour les salades qui ont énormément souffert des récents épisodes de gel. « Depuis le début de la récolte lundi 24 avril, on ne récolte que 30 à 40 % de nos salades. On a dû les recouvrir en catastrophe, sans succès. Tout est plus froid et plus humide. C’est la première fois qu’on perd des salades à cause du gel », constate amèrement le directeur d’ID3A, Claude Keller. Heureusement pour lui, il peut compter cette année sur 40 ha de radis, soit environ 1,3 million de bottes qui vont constituer un apport de trésorerie « intéressant » pour son entreprise. « C’est le légume printanier par excellence. Il dispose d’un cycle de récolte assez court, de 18 à 90 jours en fonction de la variété. » Le radis représente un vrai « challenge » pour ID3A cette année. Désireuse de rattraper son « retard » par rapport à la salade, l’exploitation a augmenté sa surface sur des parcelles jusqu’alors dédiées à la culture des céréales.

L’atout « forme et bien-être »

Ce lancement officiel des primeurs s’inscrit dans la continuité des actions de communication et de promotion menées par l’Ifla depuis plusieurs années. « Je crois qu’il était essentiel de rappeler aux consommateurs les vertus de ces premiers légumes de l’année », souligne le président de l’Interprofession, Pierre Lammert. Ces « jeunes légumes » se montrent en effet plus intéressants en termes de qualité nutritive grâce à des valeurs nutritionnelles à leur maximum. Ils apportent notamment les nutriments dont le corps a besoin : vitamines, minéraux, fibres, etc. Ils sont également recommandés pour déjouer la fatigue et aider l’organisme à passer de l’hiver au printemps en « pleine forme ». « C’est l’atout forme et bien-être ! », résume Pierre Lammert. Un argument supplémentaire pour une production locale de plus en plus plébiscitée par les consommateurs alsaciens. « Grâce aux actions de l’interprofession, l’Alsace est la seule région française où la production de fruits et légumes s’est développée », se félicite le président de l’Ifla. Reste maintenant à conquérir le marché du Grand Est, fort de cinq millions de consommateurs. C’est dans cette optique que l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace devrait signer un contrat d’aide et d’accompagnement de la filière fruits et légumes avec la Région. « Pour la compétitivité de nos produits, nous avons besoin d’aides. C’est notamment par ce biais que nous pourrons développer la part de fruits et légumes locaux dans la restauration collective. Il y a là un grand marché à développer », ajoute Pierre Lammert.

Dégâts de gel

Du « jamais vu »

Cultures

Publié le 26/04/2017

Radical. Le gel qui a frappé l’Alsace dans les nuits des 20 et 21 avril derniers a été d’une rare intensité. Que ce dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin, de nombreux producteurs de fruits ont subi de plein fouet un froid « jamais vu » à cette période. Un phénomène d’autant plus dévastateur que le printemps a été particulièrement précoce cette année. « Les arbres étaient prêts depuis le mois de février », commente Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Trop vite, trop tôt, trop enthousiasmant. Et, au final, une désillusion d’autant plus grande pour ceux qui n’ont pas pu se protéger efficacement.

Une saison qui s’annonçait « très belle »

C’est le cas de Danielle Bernhard, à Sigolsheim, qui cultive 35 ha de fruits et 10 ha de vigne le long des départementales 10 et 4.1. En début de semaine, elle estimait avoir perdu 80 % de sa production. « Honnêtement, je ne sais pas si je pourrai m’en sortir. Il va me falloir des aides pour assurer la survie de l’exploitation. On a un peu de trésorerie de côté étant donné que 2015 et 2016 ont été de bonnes années. Mais cela n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble des charges qui, elles, ne diminuent pas. » Et pas d’assurance vers laquelle se tourner. « Le prix demandé pour couvrir mes surfaces de fruits est bien trop cher. Il n’y a pas d’assurance climatique comme en viticulture. » Son seul espoir réside désormais dans une reconnaissance en calamité agricole de ses parcelles. Sur certaines d’entre elles, tout a brûlé sous l’effet du gel. C’est le cas notamment des vignes. « On avait des cépages très en avance comme le gewurztraminer. Il ne reste plus rien. Les contre bourgeons ont cramé eux aussi », témoigne, un peu amère, Margot Tissidre, ouvrière arboricole et viticole au sein de l’EARL Bernhard. Du côté des fruits, le bilan est tout aussi catastrophique : tous les abricots y sont passés, 70 % des prunes, et au moins 50 % des mirabelles. « Même sur les myrtilles, il y a des dégâts importants. Seules les mûres en sont ressorties indemnes. » L’EARL Bernhard n’a pourtant pas chômé au cours de ces deux nuits pour contrer les effets du gel : éoliennes pour souffler l’air, paille mouillée brûlée… « Mais dans le cas présent, les effets ont été nuls. Ces gelées noires étaient cette fois trop fortes. En à peine trois heures, toute la vie de l’entreprise a changé. C’est d’autant plus frustrant que la floraison était quasi parfaite. Cela s’annonçait comme une super année », souligne l’ouvrière arboricole. Il va maintenant falloir quatre années dans de « bonnes conditions » à l’EARL Bernhard pour remonter la pente d’un point de vue économique.

L’irrigation et les bougies de cire à la rescousse

Heureusement, la situation n’est pas aussi catastrophique pour les autres exploitants du secteur. À Bennwihr, le propriétaire de Pom d’Alsace, Vincent Wagner, a pu sauver la moitié de ses huit hectares de vergers (essentiellement des pommes) grâce à l’aspersion. « Aucune autre technique n’a fonctionné. Le chauffage, c’était comme allumer une bougie dans un frigo. Avec l’irrigation, on protège vraiment le bourgeon. » En quatre nuits, il a dormi dix heures à peine. Pas le choix au vu de l’urgence de la situation. « À cinq heures du matin, il faisait -6°. Le matin suivant, il faisait -2°. Il fallait rester vigilant. » Une situation similaire vécue par Marie-Reine Spargo, productrice de fraises à Oberhergheim. Le matin du 21 avril, les asperseurs tournaient encore à plein régime pour protéger les 1,40 ha de fraises qui font chaque année le bonheur des libres cueilleurs. Elle aussi témoigne d’une situation jamais vue de son vivant. « Les fraises sont très précoces cette année. Forcément, cela complique la donne vu qu’il y a toujours des risques de gelée en avril. » « Le problème est que cela arrive cette année au plus mauvais moment, pendant la période de fécondation des fruits. S’il y a bien quinze jours durant lesquels il ne doit pas geler, c’est à ce moment-là », indique Philippe Jacques. S’il ne peut pas encore établir un bilan chiffré des pertes subies dans les vergers, le conseiller arboricole de la Chambre d’agriculture veut néanmoins rester confiant pour la suite de la saison. « Ces phénomènes de gel ont été hyperlocalisés, ça se jouait parfois à dix ou vingt mètres près. Il ne faut pas oublier qu’on partait sur une récolte exceptionnelle. Au final, il devrait quand même en rester. » Cela devrait être le cas pour la Pommeraie à Sigolsheim gérée par Bernard Gsell et Marie Siciarek. Pour le moment, ils ne peuvent pas quantifier les dégâts. Mais grâce aux bougies de cire qu’ils ont utilisées, ils s’en sont globalement « bien sortis ». « Grâce à elles, on a pu monter la température à zéro degré au lieu des -3 ou -4 affichés sur le thermomètre », témoigne Marie Siciarek. Si l’investissement est conséquent, il reste indispensable au vu des enjeux. « On utilise ces bougies tous les ans pour se prémunir des gelées ainsi que trois éoliennes pour la prune. On n’a pas le choix. Ces 35 hectares sont notre seul gagne-pain. »

« La nature est allée trop vite »

Pour les prochaines années en tout cas, Vincent Wagner sera paré. Convaincu de l’intérêt de l’irrigation contre le gel, il est train d’installer ce système sur la totalité de son verger. Des arbres qu’il a déjà couverts avec un filet paragrêle pour se protéger des orages de plus en plus violents et fréquents. « Oui, tout cela a un coût. Mais si on ne fait pas ça, on est morts. On doit prendre toutes les précautions nécessaires face à ces changements climatiques. Et puis la pomme, c’est un marché mondial. Personne ne va acheter nos produits plus chers parce que l’on produit moins. » Un constat qui se vérifie chez Clarisse Sibler, à Sigolsheim. Voilà presque trois semaines que les clients s’affairent dans son magasin pour déguster le millésime 2017 de ses asperges. Une arrivée là aussi trop précoce qui a fini par se payer au cours de cet épisode de gel. « Toutes les asperges vertes qui ne sont pas bâchées ont été détruites à 100 %, soit deux hectares sur les quinze que j’exploite. Sur les asperges blanches bâchées, on a enregistré 30 % de dégâts », constate-t-elle avec un brin d’amertume. Résultat : une perte nette de 15 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires. « C’est beaucoup, surtout avant un week-end où l’asperge verte est très demandée par les particuliers. Là, on n’a rien à leur proposer. » Une pénurie qui ne doit heureusement durer que quelques jours, le temps que les nouvelles pousses arrivent. En attendant, les consommateurs ont pu profiter d’asperges « à soupe » vendues à deux euros le kilo. « Elles sont plus sucrées mais se mangent quand même. Mais rapidement par contre, sinon elles noircissent », précise Clarisse Sibler. Cette précocité de la saison des asperges était de toute façon trop belle pour durer selon elle. « C’était tellement beau et bien. Avoir des asperges à Pâques, c’est très rare. Mais voilà, la nature est allée un peu trop vite et a fini par reprendre sa place. »

Organisme de sélection de la race bovine vosgienne

Des éleveurs pleins d’enthousiasme

Élevage

Publié le 10/04/2017

Les éleveurs de vaches vosgiennes peuvent être enthousiastes. Lors de sa dernière assemblée générale, l’Organisme de sélection (OS) de la race a fait état d’un bilan flatteur pour 2016 : 320 animaux de race pure en une année, le nombre d’adhérents qui continue d’augmenter (193 contre 186 en 2015) ou encore le fromage Cœur de Massif qui a su trouver son public. Comme le souligne le président de l’OS, Florent Campello, ce produit « rayonne » et « surprend » au niveau local et national comme il a pu le constater lors du Salon international de l’agriculture (SIA) à Paris. « Grâce à lui, nous maintenons la rusticité de notre race et la modernité de notre travail », se félicite-t-il.

Chez les éleveurs qui se sont lancés dans cette aventure, les retours sont très bons. Lionel Vaxelaire en produit une fois par semaine. Il n’a aucun stock. « Il y a une forte demande suite au SIA. C’est un beau produit qui plaît beaucoup. » Même constat chez Christian Ancel, du Gaec des Hautes Huttes. Il a fabriqué 3 000 kg de Cœur de massif depuis avril 2016. « C’est une plus-value importante pour mon exploitation », se réjouit-il aujourd’hui. Au 31 décembre 2016, 21 éleveurs de vosgiennes s’étaient formés à la création de ce fromage. Quatorze sont dans la production opérationnelle, dont trois au sein de la Fromagerie de la vallée de Munster. « Le fromage est tellement apprécié des consommateurs que les caves d’affinage sont vides. La demande est clairement supérieure à l’offre. Pour le moment, on ne peut pas donner suite au marché national. Les nouveaux producteurs sont donc les bienvenus », souligne Laurine Spieser, chargée de mission circuits courts et valorisation au sein de l’OS.

Un « modèle » pour les autres races

Il semble loin le temps où la vosgienne était au bord du déclin. Aujourd’hui, elle est en passe de devenir un « modèle » pour les autres races en matière de génétique. « Grâce à un budget en hausse, nous sommes plus précis sur les valeurs de nos animaux. Nous connaissons en ce moment même un véritable bond en avant avec la génomique. Tout cela profite à l’ensemble de nos éleveurs et de nos exploitations. » Avec la génétique, l’OS vosgienne travaille quotidiennement pour apporter des solutions aux éleveurs. « C’est essentiel pour nous faire vivre et faire vivre les générations futures. » Et c’est bien loin d’être fini. Avec l’entrée en vigueur du Règlement zootechnique européen (RZE) le 1er novembre 2018 (lire en encadré), le travail de l’OS va considérablement évoluer et place la race vosgienne au « Cœur » de son système génétique. « Ce règlement va fondamentalement changer le cours de notre histoire. L’éleveur sera au cœur de ce changement. C’est lui qui sera le maître de l’avenir de sa race. Car seuls ceux qui touchent physiquement la vosgienne savent ce qu’il lui faut pour son avenir. »

Un grain de viande « unique »

À commencer par une filière bouchère qui a de nouvelles perspectives devant elle par le biais de Charal. En 2016, 50 animaux ont été commercialisés par ce biais via Bresson Viandes. En 2017, la collecte sera élargie via Gasparini, Haute-Saône Bétail, Ueberschlag et Socobeval. Les animaux sont abattus à Metz. « Grâce à cette filière courte qui se met en place, nous bénéficions d’une nouvelle possibilité de valoriser notre travail, avec une plus-value intéressante de 8 centimes le kg de carcasse pour les éleveurs », développe Florent Campello. De quoi confirmer les bons retours observés lors du dernier SIA. Pour la première fois, les éleveurs de vosgiennes y ont emmené des animaux allaitants. « Cela s’est très bien passé et prouve que notre race a largement sa place dans cette catégorie. » Et ce n’est pas fini. La commission valorisation a repris en main le projet de filière « veau de lait » évoqué en 2014. L’idée est simple : valoriser une viande qui « se finit bien » tout en promouvant la race vosgienne dans sa mixité. « C’est un grain de viande unique qui a déjà été repéré par certains consommateurs. À terme, ce serait une nouvelle plus-value pour les éleveurs, et un nouvel ambassadeur de la marque « Race bovine vosgienne ». » L’enthousiasme « vosgienne », a encore de beaux jours devant lui.

La MSA d’Alsace à la rencontre des parlementaires

Renforcer « l’assise sociale » du régime agricole

Vie professionnelle

Publié le 06/04/2017

Avant de rentrer dans le vif du sujet, la maîtresse des lieux - Clarisse Sibler - a présenté son exploitation en mettant l’accent sur les difficultés rencontrées pour l’embauche de travailleurs saisonniers. Un sujet d’autant plus d’actualité que la campagne des asperges a démarré cette année avec quinze jours d’avance pour elle. « C’est une situation inédite. Je me suis fait un peu surprendre pour le coup », témoigne l’agricultrice. Si la saison 2017 s’annonce « très belle », Clarisse Sibler s’inquiète sur sa capacité à recruter du personnel « compétent » et « motivé ». « C’est de plus en complexe. On a du mal à garder les bons éléments qui n’ont pas de mal à trouver du travail ailleurs », reconnaît-elle. Mais même avec une équipe au complet, il est toujours aussi compliqué de rester compétitifs face aux producteurs allemands qui disposent toujours d’un coût du travail moins important. « Là-bas, c’est des bus de Polonais qui viennent travailler, dimanche compris. Comment peut-on être dans les clous si l’on ne nous en donne pas les moyens ? », demande Clarisse Sibler aux élus présents : Eric Straumann, Francis Hillmeyer et Jacques Cattin, en tant que suppléant de Jean-Louis Christ. « Chaque pays se concurrence en Europe alors qu’il faudrait plus d’Europe », déplore le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « Le problème est que l’on se retrouve avec des filières qui sont mises à mal par un manque de criant de compétitivité. » Le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher, est lui aussi convaincu que la solution passe par une harmonisation européenne de la réglementation et de la fiscalité. Il estime que l’Europe a le devoir de faire comprendre aux élus et aux citoyens européens quel est l’intérêt de cette union. « Grâce à elle, nous connaissons la paix depuis soixante-dix ans. Mais c’est vrai, comment expliquer un à antieuropéen qu’il a tort alors qu’à quelques kilomètres de là, des personnes peuvent travailler le dimanche tout en étant payées moins cher ? Cette question du travail détaché est dans la bouche de tous les candidats à la présidentielle. Il va falloir agir rapidement car c’est maintenant qu’on doit se pencher sur les problématiques de l’emploi en agriculture », prévient-il.

La capacité de « nuire » de la DSS

Le premier point serait déjà de ne pas détruire ce qui « fonctionne » pour les employeurs de main-d’œuvre agricole, à l’instar du Tesa (Titre emploi simplifié agricole). Un outil que la Direction de la Sécurité sociale (DSS) a souhaité « dézinguer » en 2016 témoigne David Herrscher. « Heureusement, la MSA a tenu bon. Mais il serait judicieux que les élus veillent à ce que la haute Administration reste à sa place, et ne déborde pas sur le plan politique. » Plus globalement, c’est la « capacité de nuire de la DSS » qui est pointée du doigt. Comme le souligne la directrice de la MSA d’Alsace, Christelle Jamot, la Haute fonction publique a fait doubler la contribution locale aux charges hospitalières. A cela pourraient encore s’ajouter plusieurs millions d’euros de charges supplémentaires. « Grâce à une saine gestion, on avait pu constituer une réserve de douze millions d’euros qui est ensuite passée à neuf. Et là, on pourrait tomber à quatre ou cinq millions. Si c’est le cas, nous devrions malheureusement augmenter nos cotisations », détaille-t-elle. « Et quand on demande pourquoi, on n’obtient aucune justification. Est-ce vraiment démocratique ? », s’agace David Herrscher.

« Le statut de la MSA doit être renforcé »

La démocratie, justement, est l’essence même de la MSA rappelle-t-il aux élus présents. Grâce à son réseau de 528 délégués répartis entre Haut-Rhin et Bas-Rhin, l’organisme de protection sociale garantit une proximité constante avec ses adhérents. « Nous assurons un rôle d’accompagnement pour les personnes en difficulté, ou les plus isolées en milieu rural. Nous détectons les salariés ou les exploitants en détresse », détaille le président de la MSA d’Alsace. « C’est l’outil social de la ruralité », résume Denis Nass. Sans compter les différents événements destinés à promouvoir la santé et le bien vieillir, ou les créations d’habitats séniors et de micro-crèches. « Des actions qui seront pérennes à condition qu’elles soient nationalement soutenues par les élus du territoire », fait remarquer David Herrscher. La MSA se caractérise aussi par une couverture sociale plus favorable que dans le reste de la France, un guichet unique de toutes les prestations sociales, le niveau de fraudes aux aides sociales le plus faible de tous les régimes, ainsi que la liberté de choix de son directeur par le conseil d’administration. Une particularité essentielle pour Christian Schneider, administrateur à la MSA d’Alsace : « On a reçu des demandes pour nous parachuter un directeur issu de l’Administration. Ce n’est pas quelque chose d’envisageable à nos yeux. Nous souhaitons garder la main pour choisir un directeur proche de la ruralité. Nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos adhérents. » Un panel d’assurés que la MSA souhaiterait voir grossir dans les années à venir en devenant l’organisme social de référence dans les industries agroalimentaires. « Aujourd’hui, on en couvre certaines, d’autres non, alors que leurs matières premières sont issues de l’agriculture. Par exemple, Sodiaal est sous le régime MSA tandis que Lactalis est sous régime général. Il faut que la législation évolue afin que le statut de la MSA soit renforcé. Oui, il y aurait des effets en cascade. Mais nous sommes persuadés qu’il y aurait plus d’avantages que d’inconvénients. Il est le temps que le produit agricole retrouve son assise sociale », conclut David Herrscher.

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