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Nicolas Bernard

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Fraise d’Alsace

À consommer dès maintenant !

Cultures

Publié le 05/06/2018

Elle est rouge, juteuse, et cette année bien en avance ! Voilà près de deux semaines que les fraises d’Alsace habillent les étals des magasins, et font le bonheur des libres-cueilleurs. Une arrivée un peu précoce alors que lancement officiel de la saison n’a eu lieu que mardi dernier à Illfurth, à la SCEA Boetsch-Wolff. « Pourtant, on pensait que ça serait aujourd’hui la bonne date. Mais il a fait très chaud en avril, et les fraises sont venues tôt. Du coup, on est déjà en plein milieu de la saison », explique le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace, Olivier Grinner. Alors, un seul mot d’ordre pour tous les amateurs de fraises : à consommer sans plus attendre ! Car la production est abondante avec, précocité oblige, l’ensemble des variétés disponible à la cueillette ou à la vente. « Habituellement, elles arrivent les unes après les autres avec quelques jours de décalage entre elles. Cette année, elles sont toutes là au même moment et elles mûrissent rapidement. C’est la première année où cela se passe si vite », poursuit Olivier Grinner.

Qu’elle s’appelle july, salsa, dream, clery ou primi, il y en a clairement pour tous les goûts. Mais qu’elles soient précoces ou non, toutes ces variétés de fraises sont produites selon un cahier des charges commun partagé par tous les membres de l’association présidée par Olivier Grinner. « Notre objectif, c’est d’abord une philosophie commune qui vise à créer un produit plus ou moins homogène en termes de goûts et de formes. Après, chacun est libre du mode de production : plein champ, en buttes, en tunnels ou en hors-sol », poursuit le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace.

Un climat particulièrement favorable pour la fraise

Dans la SCEA Boetsch-Wolf, Jean Wolf, Ludovic et Bernard Boetsch appliquent les principes de l’agriculture raisonnée sur les 6 hectares de fraises qui sont cultivées sur buttes couvertes de plastique. Ils passent environ dix fois la bineuse mécanique pour éliminer les mauvaises herbes, et environ quatre à cinq fois manuellement pour nettoyer les plants sur le rang. Les produits de traitement sont utilisés avec parcimonie, et quand cela est vraiment nécessaire. Leur production est écoulée via deux points de vente dans le village, la libre-cueillette et, depuis peu, avec la grande distribution. Ils emploient une quarantaine de travailleurs saisonniers pour la récolte des fraises et des asperges qui représentent la production la plus importante de l’exploitation avec 14 ha.

« Le souci est qu’on a de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre. En Allemagne, ce n’est pas le cas. Cette distorsion de concurrence est inquiétante pour nous. D’autant plus quand leurs produits sont vendus en Alsace sans aucune indication de leur provenance », déplore Bernard Boetsch. Il y a quand même eu une évolution indique Olivier Grinner : « Aujourd’hui, on compare le prix de la fraise d’Alsace aux prix des fraises du reste de la France, soit des fraises produites avec le même coût et les mêmes contraintes. C’est quand même plus logique. » Et avec un climat parfaitement adapté (hiver froid, puis printemps tempéré) et tous les types de sols, l’Alsace est une terre plus qu’adéquate pour la culture des fraises. Reste plus qu’à les consommer avant qu’il ne soit trop tard.

Bilan 2017 de Sodiaal Union

Du lait mieux payé mais un résultat en demi-teinte

Vie professionnelle

Publié le 13/05/2018

En 2017, dans un contexte une nouvelle fois extrêmement volatile, la coopérative Sodiaal Union s’est mobilisée pour répercuter l’évolution des cotations dans le prix du lait. Le prix moyen payé aux adhérents s’est élevé à 342 €/1 000 litres pour le lait entier, ristournes incluses, soit 44 € de mieux qu’en 2016. « 2017 a été marquée par la très forte augmentation du prix du beurre. Cela a secoué beaucoup de monde dans un marché pas habitué à de tels niveaux de valorisation. Reste à savoir maintenant si ce niveau de valorisation est durable ou éphémère. Quelle stratégie économique adopter ? C’est la vraie question », souligne le président de la section Centre-Est de Sodiaal Union, Michel Rechenmann.

À défaut d’avoir une réponse précise à apporter, Sodiaal Union a souhaité faire évoluer les règles de fixation du prix afin de « sécuriser » le retour des bénéfices de la coopérative à ses éleveurs adhérents. Ainsi, dès cette année, le résultat courant sera réparti à deux tiers pour les adhérents (un tiers sous forme de ristourne en numéraire et un tiers sous forme de ristourne capitalisée), et un tiers sera mis en réserve impartageable pour les futurs investissements de Sodiaal Union. Un résultat qui, contrairement au prix du lait, a vu son chiffre diminuer en 2017 par rapport à 2016, passant de 24 à 16,7 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires consolidé de 5,1 milliards d’euros. « Clairement, ce résultat est nettement insuffisant. Nous devrons le remonter en 2018 avec un prix du lait au moins égal à celui de 2017 », annonce Michel Rechenmann. « Le souci, c’est qu’on a été pénalisé par la baisse de consommation du lait UHT et, d’autre part, par la difficulté à répercuter la hausse des cotations de la matière grasse sur les prix de vente du beurre. » Parallèlement à cette envolée du prix du beurre, celui de la poudre de lait est lui resté à un niveau « anormalement » bas. « Je dis anormal car il y a des acheteurs dans sa grande majorité. Mais les stocks ont été très mal gérés l’an passé au niveau européen, et il n’y a pas de discipline communautaire. Les choses devraient néanmoins s’améliorer », poursuit-il.

De bonnes performances pour le métier fromages

Pas sûr que la donne s’améliore en 2018 pour la consommation de lait UHT. Si Sodiaal compte beaucoup sur sa nouvelle marque « Les Laitiers Responsables » (voir ci-dessus) pour redresser la barre, elle reste confrontée, comme l’ensemble des entreprises laitières, à une évolution des habitudes de consommation des Français, qui consomment moins de lait d’origine bovine qu’avant pour se tourner, entre autres, vers des laits végétaux. La problématique se retrouve aussi du côté des produits frais comme les yaourts. « Là aussi, on observe désormais une baisse de la consommation. Avant, c’était surtout la gamme dessert. Aujourd’hui, le yaourt basique est fragilisé à son tour par des produits régionaux plus chers, mais en plus petite quantité. Et concernant le beurre, les ménages ne compensent plus forcément avec de la margarine en cas de besoin, mais arrêtent carrément d’en utiliser », note le président de la section Centre-Est de Sodiaal Union. Heureusement pour la coopérative, le métier fromages a enregistré de bonnes performances, tant en volume qu’en valeur, et a bénéficié des cotations élevées de la matière grasse et du lactosérum. Preuve de cette bonne santé de l’activité, le retour à l’équilibre des Fromageries Occitanes, après le plan de redressement entamé par la coopérative après la fusion avec 3A. Les voyants sont également au vert pour l’activité lait infantile. « Notre modèle fonctionne bien. Nutribio a enregistré sa meilleure année en termes de rentabilité depuis sa création. » Reste encore l’activité ingrédients qui a souffert de la conjoncture sur l’activité séchage de lait, et de la concurrence accrue sur le séchage de sérum.

Sodiaal Union

Un lait « plus responsable » pour gagner de la valeur

Vie professionnelle

Publié le 13/05/2018

#Value, acte 1. Depuis le début de l’année 2018, la coopérative Sodiaal Union est entrée dans la mise en œuvre opérationnelle de son nouveau plan stratégique visant à recréer de la valeur ajoutée. Baptisée #Value, cette politique initiée en 2017, et validée par le conseil d’administration en juillet dernier, doit permettre à la coopérative Sodiaal Union de devenir le « leader » dans le prix du lait en France, et de rejoindre le top cinq des entreprises laitières généralistes européennes les plus rentables. « Ce plan doit permettre à l’entreprise d’être à la hauteur de ce qu’on attend d’elle. Nous sommes dans un monde où l’on doit faire attention aux attentes des consommateurs. Ça va très vite, très fort, et ça peut aller très mal. C’est quelque chose que nous ne connaissions pas avant. Nous devons donc tenir compte de leurs envies, de leurs besoins économiques mais aussi intellectuels », développe la directrice Amont de Sodiaal Union, Florence Quioc, devant l’assemblée générale de la section Centre-Est de Sodiaal Union, le 26 avril à Sainte-Croix en Plaine. D'ici 2025, Sodiaal Union entend générer un chiffre d’affaires supplémentaire de 500 millions d’euros, tout en réalisant des économies estimées à 150 millions d’euros et des investissements de 230 millions d’euros. Avec, en ligne de mire, une finalité bien établie : garantir et pérenniser des revenus rémunérateurs aux producteurs tout en permettant à la coopérative d’être efficace sur le plan économique.

S’adapter aux attentes sociétales

La première pierre visible de cette stratégie ambitieuse a été posée fin avril avec le lancement de la nouvelle marque de lait demi-écrémé « Les Laitiers Responsables » de Candia. « Entre 2000 et 2016, la consommation de lait demi-écrémé a baissé de 16 %. Il y a un mouvement sociétal de fond qui est là et qui nous impose de réagir. Le bio, c’est important, nous sommes présents sur ce secteur et nous allons le développer. Il y a aussi le segment du sans lactose qui progresse. Mais tout cela ne va pas nous sauver en termes de volumes. Du coup, la décision a été prise de lancer un lait demi-écrémé qui porte les valeurs du sans OGM, du pâturage, du bien-être animal et de la juste rémunération des producteurs », détaille Florence Quioc. Ainsi, « Les Laitiers Responsables » permet de reverser six centimes supplémentaires sur chaque litre vendu à l’ensemble des producteurs de la coopérative, qu’ils soient impliqués ou non dans la démarche, soit 20 000 éleveurs. Et ceux qui sont engagés recevront une prime de 1,5 centime par litre sur l’ensemble de leur production pour compenser les coûts liés au respect du cahier des charges. Avec cette nouvelle démarche, Sodiaal Union ambitionne de créer un segment aussi important que celui du bio d'ici 2020, à savoir 200 millions de litres vendus par an.

D’autres nouveaux produits sont amenés à voir le jour au cours des années à venir. Pour les fromages par exemple, les équipes de Sodiaal Union développement un cream-cheese adapté aux exigences des restaurateurs asiatiques. En parallèle, le développement des fromages à forte valeur ajoutée comme les AOP et les IGP va s’intensifier, notamment sur le marché européen. Le tout en s’adaptant aux nouveaux modes de consommation du fromage que sont l’apéritif et le snacking. « C’est un secteur où l’on n’est pas très présent, et où il y a de quoi faire », estime Florence Quioc. Toujours dans l’idée de s’adapter aux nouveaux modes de consommation, Sodiaal Union va lancer un site de vente en ligne de fromage, « façon start-up ». Baptisé lesfromageurs.com, ce nouvel espace permettra aux internautes de commander tous les fromages du groupe, livrés en 24h avec Chrono Frais. Chaque fromage sera accompagné d’un témoignage d’éleveur. La valeur ajoutée sera également à chercher du côté de la nutrition infantile en Asie, où le marché croît chaque année de 10 %, et sur le marché des ingrédients avec l’idée de conforter la position de leader mondial du lactoserum déminéralisé. Et concernant les économies de 150 millions d’euros étalées sur quatre ans, elles porteront sur l’optimisation des achats, la performance industrielle et l’adaptation des fonctions support.

Fendt viticole - Braün

Le travail du sol autoguidé en démonstration

Technique

Publié le 09/05/2018

Les 24, 25, 26 et 27 avril, la concession Serma, de Houssen et Mommenheim, et ses agents Léon Durmann, d’Andlau, et Ostermann Viticole, de Traenheim, ont uni leurs énergies, leur dynamisme et leurs compétences pour organiser quatre journées de démonstration des tracteurs vignerons Fendt de la série 200 Vario équipés de matériels de préparation du sol de la marque allemande Braün, reconnue pour la modularité et la robustesse de ses outils.

Si la météo clémente a facilité la réussite de ces quatre journées, ce sont surtout les thématiques mises en avant - autoguidage et travail du sol - qui ont suscité un intérêt manifeste chez de nombreux viticulteurs. « Habituellement, les personnes viennent à nos démonstrations en milieu d’après-midi. Là, on avait à chaque fois plein de monde dès le début des démonstrations, à 13 h 30 », constate Freddy Jung, directeur commercial de la concession Serma. Il faut dire qu’avec la pratique inéluctable du travail du sol en viticulture dans un avenir proche, le sujet interpelle. « Ça va être une nouvelle façon de travailler pour de nombreux viticulteurs habitués jusqu’à maintenant aux herbicides », explique Guillaume Ostermann. Pour assurer l’efficacité de la tâche, Braün propose depuis quelques mois des disques émotteurs qui émiettent la terre et créent des fissurations dans le sol, le tout à vitesse d’avancement pouvant aller de 6 à 8 km/h.

Aller vite, c’est bien, mais aller droit, c’est encore mieux ! C’est pour cette raison que les trois partenaires ont souhaité mettre en avant le système d’autoguidage par ultrasons qui peut équiper les tracteurs Fendt Vario destinés à la viticulture. En somme, tous les modèles 200 qui se déclinent en plusieurs tailles et plusieurs puissances (de 70 à 110 ch). Si la technologie RTK fonctionnant avec un signal GPS est aujourd’hui relativement connue dans le monde agricole notamment, qu’en est-il de cette technologie de guidage fonctionnant avec des ultrasons ? « Concrètement, c’est très simple. Le guidage se fait en temps réel avec deux capteurs situés à droite et à gauche à l’avant du tracteur. On règle l’inclinaison de ces capteurs par rapport à la hauteur des pieds de vigne, la largeur du rang, et il suffit d’activer l’autoguidage par la simple pression d’un bouton situé sur la console de commande. On peut aussi activer un seul des capteurs pour longer un mur par exemple », développe Freddy Jung. Du coup, pas besoin d’avoir cartographié au préalable sa parcelle. Avec les ultrasons, tout se fait en temps réel.

Seule limite du système, le tracteur ne fait pas demi-tour tout seul en bout de parcelle, étant donné qu’il n’en connaît pas les limites. « Il faut voir cela comme une aide à la conduite où l’utilisateur peut reprendre le contrôle à tout moment, indique Léon Durrmann. C’est une technologie intéressante, car elle permet au viticulteur de se concentrer sur le travail des différents outils installés sur le tracteur. Le tracteur roule tout droit sans dévier. Du coup, fini les coups de volants malencontreux lorsqu’on se retourne pour mesurer l’efficacité du travail. » « Il ne faut pas que le travail du sol devienne une charge en plus pour le viticulteur. Grâce à l’autoguidage, deux ou trois outils peuvent travailler en même temps sans que cela ne pose de souci particulier. C’est un vrai gain de confort », conclut Guillaume Ostermann.

Campagne arboricole

Une floraison « faramineuse »

Cultures

Publié le 27/04/2018

Qu’elle soit qualifiée « d’anormale » ou de « catastrophique », la campagne arboricole 2017 a marqué les esprits en Alsace, entre épisodes de gel brutaux et averses de grêle dévastatrices. Dans ces conditions, la campagne 2018 qui démarre ne pourra qu’être « atypique » considère Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai. « La floraison est tout simplement faramineuse, c’est presque du jamais vu. » La météo très chaude de la deuxième quinzaine d’avril a donné un coup de boost aux arbres fruitiers. « C’est bien simple, on voit la différence entre le matin et le soir dans les vergers. » Conséquence positive de ce temps chaud et sec, une pression maladie très faible voire inexistante. Les champignons devraient néanmoins être de sortie suite aux grosses pluies qui sont tombées lundi dernier en Alsace. En revanche, la nature est allée tellement vite que les abeilles ont eu du mal à suivre le rythme. « On n’en a pas vu beaucoup. Mais bon, vu la masse de floraison, il y a largement de quoi faire une très bonne récolte. » Ça, c’est la bonne nouvelle après une année 2017 bien difficile. La mauvaise nouvelle, si la grosse production se confirme, c’est une potentielle chute des prix. Car, comme le rappelle Hervé Bentz, ce n’est parce que plus de fruits sont produits que les consommateurs en mangent plus. « Du coup, ça risque de faire beaucoup de travail pour pas grand-chose. » Sans compter les conséquences sur la floraison 2019 qui, pour le coup, risque de redescendre à un petit niveau. Pour l’instant, seule la récolte d’abricot devrait être un peu en deçà en 2018, conséquence d’un mois de mars où les arbres ont été « bloqués » après un hiver doux. « Il y a ainsi des variétés où les arbres sont quasiment vides », fait remarquer Hervé Bentz.

Du brouillard contre le gel

Évidemment, ces prévisions peuvent aussi ne pas se concrétiser tant les incertitudes liées au climat sont fortes. Si les nuits des 20 et 21 avril de cette année n’ont pas été soumises au gel comme l’an passé, le risque d’une récidive n’est pas encore écarté. En effet, tant que les « fameux » Saints de Glace ne sont pas passés au calendrier, à savoir les 11, 12 et 13 mai cette année, des nuits très froides restent possibles. « C’est le fruit d’observations empiriques sur plusieurs générations. Tant que ces dates ne sont pas passées, il y a toujours un risque potentiel de gel pour les cultures », explique le responsable du Verexal. Outre les méthodes utilisées avec plus ou moins de succès l’an passé, une nouvelle méthode de lutte contre le gel a été présentée récemment à des producteurs. L’idée consiste à créer un brouillard à partir de la combustion de balles de paille. La fumée dégagée est ensuite alourdie avec des gouttelettes d’eau afin que le brouillard se maintienne au sol. Cette machine, développée en Hongrie et alimentée par de la biomasse, permettrait de « limiter la casse » en cas de gel, en tout cas jusqu’à un certain stade. « Dans les vergers où cette machine a été testée, on a gagné quatre degrés. Cela suffirait pour des gels modérés. Après, on souhaite surtout qu’il n’y ait plus de gel pendant dix ans », poursuit Hervé Bentz. En effet, il faut plusieurs années à la nature pour se remettre d’un épisode comme celui de l’an passé. Mais même avec plusieurs années consécutives sans gel, il est difficile d’établir des certitudes en arboriculture, car un grand nombre de paramètres entre en ligne de compte. « La nature démolit nos convictions les unes après les autres. De nouvelles questions se posent sans arrêt. Celles d’il y a vingt ans ne sont plus transposables aujourd’hui. Entre le climat et les variétés qui évoluent, il y a énormément de variables. C’est pour cela que les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace passent dans tous les vergers pour donner des conseils personnalisés. On ne peut pas donner une recommandation qui soit générale de Wissembourg à Saint-Louis. »

La Maison Joseph Cattin récompensée par le Prix d’excellence

« On essaie toujours de faire mieux »

Vigne

Publié le 20/04/2018

« Mon arrière-grand-père, Joseph Cattin, avait déjà acquis le titre de vignoble modèle. » Jacques Cattin fils le sait, l’excellence si chère à son père Jacky est inscrite de manière viscérale dans l’ADN de la famille. Dans cette maison réputée de Vœgtlinshoffen, cette notion qualitative se transmet de génération en génération. Année après année, diplômes et médailles sont venus récompenser cette recherche constante du « toujours mieux ». Parmi les concours où la maison Joseph Cattin réussît à s’illustrer de manière récurrente, celui de Paris figure en bonne position. Et cette année plus encore. Le 31 janvier, elle a reçu le très convoité Prix d’Excellence qui récompense depuis 18 ans les producteurs ayant obtenu les meilleurs résultats dans leur catégorie de produits lors de trois éditions consécutives du Concours Général Agricole. C’est la deuxième fois en mois de dix ans qu’elle reçoit ce prix.

Une sorte de « Graal » en quelque sorte qui récompense le travail d’une « très bonne équipe » tient à rappeler Jacques Cattin. Car dans le domaine familial, la réussite est avant tout une affaire collective. Il y a tout d’abord son oncle, Jean-Marie, qui s’occupe de la conduite du vignoble, son père, Jacky, qui entre deux sessions parlementaires, déguste avec son palais expert les futurs vins qui seront mis en bouteille, son épouse Anaïs, qui a apporté ses compétences commerciales, et les trois chevilles ouvrières de la vinification que sont l’œnologue Corinne Perez, le caviste Stéphane Metzler et le chef de cave à Steinbach Christophe Kempf. « Nous ne sommes plus un petit domaine de cinq hectares où l’on pouvait tout faire tout seul. Aujourd’hui, on doit s’appuyer sur une somme de compétences pour réussir », explique Jacques Cattin. L’autre grande force du domaine, ce sont ses 72 hectares de vigne. « On peut maîtriser les rendements, séparer les terroirs, et du coup tirer le meilleur parti des raisins. On peut tout gérer dans les moindres détails du début à la fin. Du coup, on dispose d’une belle marge de progrès. » Et pas question de privilégier une gamme de vins au détriment d’une autre. « On fait des efforts sur toutes nos cuvées. On n’abandonne aucun vin. » Forcément, un tel niveau d’exigence ne va pas sans un minimum de pression pour l’équipe en charge de la vinification. « Chaque année, on repart de zéro. Il n’y a jamais de recette à reproduire. On doit juste faire aussi bien ou mieux. Et au final, ce sont les dégustations qui donneront le verdict », commente Stéphane Metlzer.

Le « style » Cattin

Et puis il y a le « style » Cattin. Celui-là même que Corinne Perez a découvert lors de son arrivée dans l’entreprise il y a un an. Auparavant, elle était œnologue chez un négoce bas-rhinois où il n’y avait pas de vigne. En arrivant à Vœgtlinshoffen, elle reprend un contact direct avec la terre et le terroir, et découvre des « bons gewurztraminer et pinots gris » avec plus de chaleur, de puissance et de potentiel de garde que ce qu’elle avait pu voir jusqu’alors. « J’ai été très marqué par ces gewurztraminers qui ont un côté très exubérant et très riche, ainsi que par les muscats très expressifs qui allient la finesse aromatique et la richesse en bouche. » Et puis il y a les rieslings, dont « l’emblématique » Pur de Roche qui se caractérise par une « super minéralité » et un grand potentiel de garde. Un cépage que Jacques a voulu accentuer lorsqu’il a rejoint son père dans l’exploitation en 2007. « Lui, c’est le côté un peu plus droit et la rigueur que l’on retrouve dans le riesling, tandis que Jacky a un côté plus exubérant et généreux qu’on retrouve dans les gewurztraminers », constate avec malice Corinne Perez.

Le rouge occupe aussi une bonne place sur la carte de maison Joseph Cattin. Et là peut-être plus encore, cela demande énormément de rigueur pour faire naître d’excellents pinots noirs. « C’est un cépage qui n’a pas beaucoup de tanin et de couleur. Il faut maîtriser les rendements si on veut faire quelque chose de plus corsé. Et uniquement à la vendange manuelle bien sûr », souligne l’œnologue. Là encore, cette recherche constante du « toujours mieux » a porté ses fruits avec les pinots. « Avec les années, on a su monter en gamme. On talonne bien les bourgognes actuellement », estime-t-elle.

Du bio « bon », pas du bio « snob »

Encore faut-il le faire savoir, notamment à l’étranger où, comme le rappelle Jacques Cattin, « on ne déroule pas le tapis rouge à l’Alsace ». Pourtant, c’est hors des frontières hexagonales que les vins d’Alsace disposent d’un gros potentiel de développement selon lui. « On a la chance de vinifier tous les cépages et toutes les appellations. L’excellence, c’est toute la viticulture alsacienne. On a les bons terroirs, les bons cépages. Sur toutes nos appellations, ce n’est que du qualitatif. Nos liquoreux par exemple n’ont pas à rougir face à des sauternes. Il n’y a pas que le sucre. Il y a aussi le côté fruité, une belle fraîcheur, et un côté plus audacieux et plus sauvage. Je pense que nous devrions être plus fiers de nos terroirs et de nos vins, et de moins regarder la concurrence à l’échelle locale. L’Alsace a tout intérêt à faire connaître ses bons vins. Mais nous avons encore trop tendance à nous dénigrer facilement alors que nous avons de sacrés atouts », considère le vigneron. « Comme nous le répète souvent Jacky, pour faire de l’export, il faut faire de belles choses », complète Corinne Perez.

Et aussi répondre à toutes les demandes. La dernière en date provient des pays scandinaves pour des vins « 100 % bio et vegan ». « On a donc décidé de lancer une gamme bio qui complémentera notre carte de manière originale. Mais du bio bon, pas du bio snob, avec le même niveau d’exigence qualitative que pour nos autres productions », ajoute Jacques Cattin. L’essentiel est que le client soit séduit et qu’il ait envie de renouveler ses achats. « Et si le client aime nos produits et revient de manière récurrente, c’est certainement la plus belle récompense pour notre équipe, bien plus qu’une médaille », conclut Jacques Cattin.

Établissements Balthazard à Orbey

Le retour des portes ouvertes

Technique

Publié le 20/04/2018

Les établissements Balthazard, à Orbey, ont organisé leurs portes ouvertes du 13 au 15 avril dernier. Cela faisait deux ans qu’une telle manifestation n’avait pas eu lieu. « Cette année, on a voulu changer un peu la formule », explique Patrick Balthazard. La durée, déjà, puisque les portes ouvertes de cette année ont eu lieu du vendredi au dimanche, et non plus du lundi au vendredi comme auparavant. Une manière de toucher plus d’agriculteurs, pas forcément disponibles pendant la semaine. Ensuite, les établissements Balthazard se sont associés aux Jeunes Agriculteurs du canton pour gérer toute la partie restauration-boissons. Un « plus » qui permet d’alléger la charge de travail des organisateurs. De quoi dégager du temps pour présenter l’important parc matériel de la concession.

À commencer par la série 6 des tracteurs Deutz Fahr qui s’échelonnent de 120 à 215 ch. Des modèles à variation continue qui bénéficient de l’exclusivité d’un frein sur la boîte de vitesses. Une option « idéale pour la montagne et le transport », tient à souligner Patrick Balthazard. En effet, ce système de freinage hydraulique baptisé « HEB » assure une sécurité maximale pour les topographies accidentées. Ainsi, lorsque l’utilisateur actionne la pédale de freinage, le système hydraulique va effectuer une montée en pression, le ventilateur Evisco va fonctionner à son régime maximal et le rapport de transmission va, si possible, être peu à peu réduit. Afin d’empêcher un dérapage de l’essieu arrière, les quatre roues motrices sont également engagées. Cette sécurité dans les endroits les plus escarpés est renforcée par la présence du frein de stationnement hydraulique « HPB » qui est entièrement intégré dans la transmission. Ainsi, le frein de stationnement est libéré par la pression hydraulique et garantit une sécurité supplémentaire pour l’utilisateur.

L’autre marque mise en avant lors de ces portes ouvertes est le tractoriste Same avec la série Virtus et la série Frutteto dédiée à l’arboriculture et à la vigne. Une machine qui bénéficiera prochainement de l’ajout de la variation continue. « Nous présenterons ce nouveau modèle lors de la Foire aux vins de Colmar », annonce Patrick Balthazard. Tout comme le nouveau Lintrac 110 de la marque Lindner, qui reprendra la variation continue et les quatre roues directionnelles du Lintrac 90. Le Terratrac TT 280 d’Aebi était aussi à l’honneur. Ce tracteur de 109 ch spécialisé pour les fortes pentes dispose d’une transmission hydrostatique. « Et de nombreux points ont été améliorés suite aux remontées des clients », précise Patrick Balthazard.

La concession familiale ne se limite pas au matériel agricole. Au côté des tracteurs, du matériel de fenaison et de pressage de Kuhn et Pöttinger, les nombreux visiteurs ont pu découvrir deux marques de télescopiques (l’Italien Dieci et l’Allemand Schäffer), et surtout une large gamme de matériels forestiers de la marque alsacienne AMR. « Cela fait plus de vingt ans qu’on commercialise leurs produits. Mais c’est la première fois qu’ils sont présents directement à nos portes ouvertes », ajoute Patrick Balthazard. Cette marque, bien développée en France et numéro 1 en Allemagne, a notamment fait des démonstrations de certains de ses outils comme la scie circulaire à tambour.

Niess Agriculture se lance dans le matériel vinicole

« C’est un nouveau challenge »

Vigne

Publié le 06/04/2018

Depuis le mois de novembre, la concession Niess s’est lancée dans un nouveau « challenge » : la concession de matériel vinicole. Déjà présente sur les marchés agricole, viticole et arboricole, la société créée en 1885 à Hoffen souhaitait compléter son offre pour « boucler le secteur », comme l’explique Loïc Berger, responsable de l’activité vinicole chez Niess. Et quitte à se lancer dans un secteur où la concurrence ne manque pas, autant y aller avec ce qui se fait de mieux, à savoir la marque française Bucher Vaslin pour tous les pressoirs, filtres, égrappoirs, tapis élévateurs et pompes péristatiques proposés au catalogue.

« On cherchait à redynamiser notre marché en Alsace », explique Guillaume Peyvel, responsable régional export chez Bucher Vaslin. « Un bel avenir nous attend aux côtés de la concession Niess. Elle est bien structurée, avec des équipes compétentes et une envie de bien faire les choses. Ce sont les valeurs que nous souhaitons représenter à travers notre marque. » Niess est aussi représentant exclusif de la marque Speidel dans le Bas-Rhin pour tout ce qui concerne la cuverie, sans oublier les pompes à vin standards, les machines d’embouteillage ou d’étiquetage.

Cette nouvelle activité vinicole est pilotée par une équipe « jeune », plus immergée dans les nouvelles technologies. « De ce fait, nous souhaitons développer des matériels davantage dans l’air du temps », souligne Romain Geitner, le commercial de ce quatuor composé également de Loïc Berger, du technicien, François Modry, et de « l’ancien » Francis Scheidt qui assure la fonction de consultant.

L’expertise du viticulteur dans un automate

Les quatre chevilles ouvrières de l’activité vinicole de Niess ont récemment fait la démonstration de l’un des matériels que la concession propose à ses clients : le filtrage tangentiel fabriqué par la marque Bucher Vaslin. Cette journée de présentation a eu lieu au domaine Bott Frères, à Ribeauvillé. Un choix loin d’être anodin puisque cela fait 17 ans que la maison Bott filtre ses vins en utilisant cette technique qui a demandé pendant très longtemps une grande maîtrise technique. « Tout se contrôlait à l’œil et au goût. C’était un travail d’expert », témoigne Loïc Berger. « C’était » car ces dernières années la technologie a considérablement évolué au point de pouvoir laisser l’appareil tout seul. « Concrètement, toute l’expertise de l’œnologue ou du viticulteur se retrouve dans l’automate. La machine peut tourner sans aucun opérateur à côté d’elle. Elle va gérer toute seule la filtration et faires ses nettoyages automatiquement », détaille Romain Geitner. La machine proposée par Bucher Vaslin peut être utilisée sur tous types de vins, du petit vigneron à la grosse coopérative.

Point essentiel aux yeux de Niess : le plus gros défaut qui était reproché à la filtration tangentielle a été corrigé : « Auparavant, on avait des machines difficiles d’utilisation qui pouvaient chauffer les vins et les dépouiller. Depuis le mois de novembre, on a filtré plus de 2 500 hl et on n’a pas eu un vin qui a pris plus de 1 °C. Autre point intéressant : on a de faibles de taux de lies. Sur les 1 700 hl de vins qu’on a filtrés récemment, on n’a eu que 6 hl de lies, soit moins de 1 %. Le filtrage tangentiel est désormais à la portée de n’importe quel vigneron sans mettre en danger les vins. » À noter enfin que ce système de filtration tangentielle proposé par Bucher Vaslin peut être utilisé pour traiter les bourbes au moment de la vendange. « On n’a qu’à changer les modules pour mettre ceux qui sont adaptés aux bourbes. Du coup, cela permet d’utiliser la machine un peu plus longtemps dans l’année », ajoute Romain Geitner.

Agriculture biologique en Alsace

Les bons chiffres de 2017

Cultures

Publié le 22/03/2018

La dynamique de conversion vers l’agriculture biologique est restée soutenue en 2017 dans la région Grand Est avec 309 fermes en plus, ce qui porte le total à 2 270 fermes bios de l’Alsace à la Champagne-Ardenne. L’Alsace, justement, reste l’ancienne région administrative la plus dynamique avec au total 7,2 % de SAU aujourd’hui exploitée en agriculture biologique. En Lorraine, 6,3 % de la SAU est consacrée à l’agriculture biologique, contre seulement 2,7 % en Champagne-Ardenne.

En 2017, 733 fermes étaient engagées en bio en Alsace sur une surface de 24 360 ha. C’est 77 fermes de plus qu’en 2016 (80 nouvelles conversions et 3 arrêts). « C’est un nombre d’engagements qu’on n’avait pas vu depuis des années. On observe un regain depuis 2015 », constate Christophe Ringeisen, chargé de mission à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Il y a aussi 435 producteurs qui sont actuellement au stade de la réflexion quant à une éventuelle conversion en agriculture biologique.

De « nouvelles opportunités » en céréales

L’arboriculture, avec 26 % de ses surfaces, est la production la plus importante dans l’agriculture biologique alsacienne. Derrière elle, il y a la vigne (16 %), les fourrages (15,4 %), les légumes (14,5 %), et enfin les céréales en queue de peloton avec 2,1 %. Mais même si ce chiffre reste faible comparé aux autres productions, il y a une dynamique de croissance qui est bien présente. « Des collecteurs comme la CAC, le Comptoir agricole et Armbruster se lancent sérieusement dans le bio. Les choses bougent », indique Francis Humann, coresponsable de la filière grandes cultures à l’Opaba. L’Alsace compte 185 (14 de plus en 2017) producteurs de céréales et oléoprotéagineux bios, dont 56 pour qui c’est l’orientation principale, le tout sur une surface de 4 000 ha. « Lors de la campagne 2017, de gros efforts ont été réalisés sur le terrain avec les producteurs afin de mieux répondre aux besoins de l’aval. Il est vraiment essentiel de mettre en place des engagements d’emblavements avec les opérateurs afin de s’assurer d’avoir des clients à l’arrivée. Il faut faire attention à semer quand c’est bon et non pas attendre la récolte pour vendre son produit », poursuit Francis Humann.

Si l’épeautre a vu son marché s’effondrer avec une chute vertigineuse des prix, d’autres filières de céréales et oléoprotéagineux bios se développent en Alsace : l’orge brassicole qui regroupe huit producteurs, la lentille verte chez José Pfleiger, à Spechbach-le-Bas, et la production de sarrasin qui est en train de se construire avec le Comptoir agricole. Sans oublier le soja bio qui va probablement offrir de nouvelles opportunités dans les mois à venir. « L’usine Taifun nous a annoncé à l’automne vouloir recentrer ses approvisionnements autour de son usine située à Freiburg. Alors même si leur développement est plus mesuré qu’au cours des années précédentes, cela continue toujours, notamment pour les producteurs situés dans la zone rhénane », complète Dany Schmidt, trésorier de l’Opaba et responsable de la filière légumes.

Objectifs presque atteints pour les productions animales

Si la SAU consacrée au bio reste faible en grandes cultures, elle est dans les clous par rapport aux objectifs fixés en 2014 par l’Opaba pour le développement de l’agriculture biologique en Alsace à l’horizon 2020. En 2016, les grandes cultures étaient la seule production, avec les légumes, à avoir atteint et dépassé le seuil théorique de surface espéré. « Pour le moment, les fourrages, la viticulture, et l’arboriculture sont en retard. Il reste un peu moins de deux ans maintenant pour atteindre nos objectifs », explique Christophe Ringeisen. En 2020, l’Opaba souhaiterait voir 1 000 exploitations bios en Alsace sur 10 % de la SAU.

Pour les productions animales en revanche, les objectifs seront tous probablement atteints dans deux ans. En 2016, seule la filière porcine n’avait pas atteint le seuil théorique espéré. La filière laitière bio compte à ce jour 96 fermes principalement situées en Alsace Bossue et dans la vallée de Lapoutroie, qui produisent au total 22 millions de litres de lait. Comme pour de nombreuses autres filières, le lait bio a été pénalisé par le gel de printemps. Celui-ci a réduit d’au moins un tiers la première coupe d’herbe. De ce fait, l’Opaba a décidé d’élargir la bourse aux fourrages à l’échelle du Grand Est afin de mettre en relation ceux qui en ont avec ceux qui en ont besoin. Concernant la filière viande bio, l’Alsace comptait 88 fermes de vaches allaitantes fin 2017. « Le marché est relativement dynamique en ce moment. La demande est assez forte, notamment en porcs, veaux gras et ovins », souligne Pierre Karcher. La filière volaille bio a connu un fort développement en 2017. Elle regroupe 27 éleveurs de poules pondeuses qui produisent 10 millions d’œufs, soit 5,7 % du cheptel alsacien, et 21 éleveurs de volaille de chair (+ 5 en 2017) qui élèvent 170 000 poulets, soit 3 250 poulets par semaine.

En apiculture, la progression est moins spectaculaire puisqu’un seul engagement a été enregistré en 2017. « Est-ce que c’est dû aux trois mauvaises années qui se sont succédé ? Beaucoup de gens réfléchissent à s’engager, mais dans ces conditions, c’est difficile », fait remarquer Antoine Gueidan, responsable de la filière apiculture à l’Opaba. Au total, 3 100 ruches sont en mode de production bio en Alsace. Et il y a encore de la place étant donné la pénurie de miels bios qui touche le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.

« On pourrait aller plus vite »

En maraîchage, 142 fermes (dont 68 en orientation principale) cultivent 528 ha de légumes (+ 35 ha en conversion) en agriculture biologique. Cela représente 14,5 % des surfaces de légumes frais en Alsace. Si le marché est toujours porteur, les producteurs alsaciens sont de plus en plus mis en concurrence avec des très gros producteurs français ne proposant qu’un seul type de légume à prix serrés. « D’où l’intérêt de mieux travailler la structuration de la filière de notre côté. C’est vrai que la gamme « marque repère » de certaines enseignes nous cause un peu de tort, mais l’identification locale portée par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace nous permet tout de même de nous démarquer dans les grandes surfaces », note Dany Schmidt.

Une identification locale dont bénéficient aussi les fruits bios. Ces derniers sont cultivés sur 311 ha par 138 exploitations (dont 26 en orientation principale). Comme l’ensemble des arboriculteurs d’Alsace, les producteurs bios ont payé un lourd tribut suite aux gels d’avril 2017. Des producteurs ayant perdu dans certains secteurs 100 % de leur récolte. « Forcément, la demande a été supérieure à l’offre, ce qui a permis de maintenir les prix et la rémunération. De plus, l’arrivée de volumes supplémentaires en fruits bios n’a pas déstructuré le marché local étant donné que la demande continue d’augmenter », témoigne Thomas Burger, responsable de la filière fruits à l’Opaba.

Enfin, la viticulture biologique continue à gagner - légèrement - du terrain en Alsace. En 2017, 19 exploitations se sont engagées ce qui porte le total à 308 domaines bios cultivant 2 450 ha de vignes. « C’est bien, mais on pourrait mieux faire. Le vignoble alsacien est facile à conduire d’un point de vue technique. On pourrait aller plus vite », estime Jean-Jacques Muller, coresponsable de la filière viticulture à l’Opaba.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Donner un « nouvel élan »

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2018

Laurent Wendlinger en est persuadé : « Il y a dans nos territoires un potentiel de développement de la filière ovine, notamment dans le Haut-Rhin. Dans le Bas-Rhin, des choses ont été faites, notamment avec l’association Agneau Terroir d’Alsace. Dans le Haut-Rhin, je suis convaincu qu’il y a des choses à faire. » Créée en 2012, la marque Agneau Terroir d’Alsace regroupe 18 producteurs, dont un seul Haut-Rhinois, basé à Masevaux. D’où l’éventualité, dans l’esprit de Laurent Wendlinger, de capitaliser sur la dynamique des jeunes producteurs alsaciens d’ovins qui se sont récemment démarqués au Salon international de l’agriculture de Paris. « Une jeune génération est en train de prendre le relais. Ne faudrait-il pas miser sur elle pour donner un nouvel élan à la filière ovine alsacienne ? », s’interroge-t-il. D’autant plus que l’Alsace dispose aujourd’hui d’un potentiel bien réel à ses yeux. « Nous sommes confrontés à une situation atypique en Alsace puisqu’il y a beaucoup de très petits producteurs de viande ovine qu’ils valorisent dans un cercle restreint. Seuls quelques éleveurs sont organisés. » S’il reconnaît que les choses « se passent plutôt bien » pour ceux qui sont déjà installés, il se demande s’il ne faudrait pas créer un « effet de groupe » pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure. À ses yeux, plusieurs arguments plaident en faveur d’une structuration d’une filière ovine dans le Haut-Rhin : une demande locale forte liée, entre autres, à la consommation de la population maghrébine, la présence de l’abattoir de Cernay et, surtout, cela pourrait constituer une « solution territoriale », à la fois économique et environnementale, dans les secteurs où la valorisation de l’herbe va devenir de plus en plus importante, comme les zones où la qualité de l’eau « pose problème ». À l’image des yaourts A Guëter, l’idée serait de développer une « production locale avec une image locale ». Contrairement à d’autres départements du Grand Est où la filière ovine est un peu plus développée (comme les Ardennes par exemple), cette production haut-rhinoise « structurée » et « qualitative » ne serait pas intégrée aux marchés classiques, et pourrait bénéficier d’une valorisation économique bien plus intéressante pour l’éleveur. « De toute manière, on ne va pas faire demain des dizaines de milliers d’ovins en Alsace. Mais je pense qu’on peut développer quelque chose dans le Haut-Rhin, en trouvant dix ou vingt bouchers prêts à valoriser deux ou trois agneaux par semaine, à l’image de ce qui a été développé dans le Bas-Rhin », souligne Laurent Wendlinger. D’autant plus que les éleveurs qui souhaiteraient se lancer dans cette filière bénéficieraient d’une aide non négligeable de la Région Grand Est. Le 6 mars, la collectivité présidée par Jean Rottner a signé un contrat pour accompagner les éleveurs dans l’achat de génétique. « On a transposé en Alsace ce qui se faisait dans le département des Ardennes. Désormais, un éleveur ovin qui souhaiterait améliorer la qualité de sa viande aura plus de facilités à le faire. » Sans compter que le savoir-faire des autres départements du Grand Est en matière d’élevage d’ovin est aussi accessible aux éleveurs alsaciens. « À la Chambre d'agriculture d’Alsace, nous avons maintenant un technicien qui est en réseau permanent avec les techniciens des autres Chambres d’agriculture de notre région. C’est une dynamique supplémentaire sur laquelle on peut aussi s’appuyer. »

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