Auteur
Image

Nicolas Bernard

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

« Il est temps d’organiser la relève »

Vigne

Publié le 14/03/2018

Après quatorze années passées à la tête du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros se prépare à passer la main « en douceur » au futur vice-président amené à lui succéder. Celui-ci sera nommé dans l’année à venir et secondera André Ducros avant de le remplacer au poste de président. Charge à lui de « pérenniser le dynamisme et l’évolution de notre assemblée ». Âgé de 62 ans depuis quelques semaines, André Ducros vient de faire valoir ses droits à la retraite. La dernière assemblée générale du syndicat qui s’est déroulée le 23 février à la Maison des vins d’Alsace, à Colmar, a été pour lui l’occasion de faire un bilan de sa présidence. « C’était une expérience enrichissante. Et pourtant, je n’étais pas destiné au départ à devenir président d’un syndicat viticole », se souvient-il. À la sortie de ses études en 1975, il envisageait plutôt une carrière dans l’agriculture dans le sud-ouest de la France. « Mais la réalité, très souvent, vous mène à l’opposé des rêves. Et aujourd’hui, je suis un vigneron heureux. J’ai beau regarder derrière moi, il n’y a rien que je regrette. Ma plus grande satisfaction, aujourd’hui, est de voir la relève arriver et s’investir dans la bonne marche de notre syndicat. Les défis à relever sont immenses et nécessiteront un engagement de chacun d’entre vous. »

L’irrigation : un enjeu pour les prochaines décennies

Parmi ces fameux « défis », celui de l’accès à l’eau va clairement être incontournable à ses yeux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une commission « irrigation » a été créée au sein du syndicat viticole de Colmar-Houssen afin de réfléchir à cette question qui va devenir de plus en plus « problématique » aux yeux d’André Ducros. « On sait bien que l’irrigation finira par être incontournable pour nos vignes. Pas demain c’est sûr. Mais d’ici dix, vingt, ou trente ans, cela me semble inévitable. Nous allons devoir faire rentrer dans les esprits que l’irrigation n’est pas là pour gonfler nos rendements, mais bien pour sécuriser nos vignes et ne pas les laisser mourir. » André Ducros en est d’autant plus persuadé que c’est une pratique qui se « fait énormément » dans le sud de la France. « Le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, on voit bien qu’il existe. Cela fait plusieurs années que nos vignes souffrent. Si on continue comme cela, on ne pourra plus tenir. Encore plus sur la Harth de Colmar où les sols sont plus légers que sur les coteaux. Alors, c’est un dossier qui va prendre un certain temps pour évoluer. Il faut faire évoluer les cahiers de charges et que l’INAO donne son accord. La réflexion est en cours dans plusieurs syndicats viticoles alsaciens, dont le nôtre. »

« Finies les années fastes »

Les bouleversements climatiques représentent à n’en pas douter un enjeu primordial pour la pérennité du vignoble alsacien. Et si les épisodes de sécheresse pourraient être compensées par l’irrigation quand les conditions le permettent, la problématique n’est pas la même face aux épisodes de gel dévastateurs. Comme on a pu le voir lors des gels d’avril 2017, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si le secteur de Bennwihr et Sigolsheim a été particulièrement meurtri, celui de la Harth de Colmar situé juste à côté a été « relativement épargné » aux yeux d’André Ducros. « On a eu en moyenne 40 % de dégâts, on s’en tire pas mal. On a 60 ha touchés à moins 10 %, un peu plus de 200 ha touchés entre 30 et 50 % et une toute petite partie a été touchée à plus de 50 %. Ce qui est étonnant, c’est que le secteur proche des bâtiments Liebherr, connu pour sa sensibilité récurrente aux gelées, a été plutôt épargné. » Pour le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, cet épisode prouve que la nature « n’est pas domptable » et que rien n’est jamais « acquis » ou « intangible ». « Cela nous rappelle que nous sortons de trente années fastes au cours desquelles nous n’avions pas ou peu de problèmes de rendement et très peu d’aléas climatiques. C’est terminé aujourd’hui. » Finies aussi les vendanges qui démarrent trop tard pour le secteur de la Harth colmarienne. « Depuis la dernière récolte, on se cale sur les régions précoces et non plus sur les régions tardives. Ça faisait longtemps qu’on se battait là-dessus et l’Ava a fini par évoluer favorablement en ce sens. Du coup, on n’a plus de problème et on s’est rendu compte que les vendanges se sont bien passées pour tout le monde. Il n’y a pas eu d’abus de quelque sorte. C’est un dossier qui est aujourd’hui réglé et bien réglé », se félicite André Ducros.

Opérations Agri-Mieux

Un bilan encourageant à capitaliser

Cultures

Publié le 14/03/2018

À l’origine, les actions Ferti-Mieux avaient été mises en place dans les années 1990 suite aux constats montrant une augmentation des concentrations en nitrates dans les eaux souterraines. Elles s’appuyaient sur un cahier des charges national élaboré par l’ANDA (Association nationale de développement agricole), et sur des actions de conseils techniques sur la conduite des cultures (blé et maïs) menées par l’ITCF (Institut technique des céréales et des fourrages), l’AGPM, les Chambres d’agriculture, et des actions Info Azote conduites par l’ARAA sur deux secteurs pilotes : Stotzheim et la Hardt. En Alsace, les deux premières opérations ont été Fert’Ill, centrée sur la zone inondable de l’Ill et sa périphérie, et Hardt Eau Vive, qui concernait le secteur de maïsiculture de la plaine du Haut-Rhin. La profession agricole a ensuite choisi de couvrir l’ensemble de la zone vulnérable qui avait été délimitée à la même époque. C’est ainsi qu’ont été créées successivement Piémont Eau et Terroirs et Collines Eau et Terroirs sur le Piémont viticole, Ferti Zorn sur la vallée de la Zorn, Sundg’eaux Vives dans le Sundgau, et enfin Ferti Kochersberg et Ferti Nord Alsace pour couvrir l’ensemble de la plaine d’Alsace en 2000. « Cela a nécessité d’aborder des thèmes techniques variés : de la fertilisation azotée du maïs et du blé, on est passé à celle des cultures spéciales et de la vigne. On y a ajouté la gestion et la valorisation des effluents d’élevage et des matières organiques et tout ce qui concerne la couverture des sols comme les Cipan et les sous-semis », développe Marie-Line Burtin, conseillère eaux souterraines/eaux superficielles à la CAA. Pour chacun de ces thèmes, un consensus technique a été établi sur lequel l’ensemble des prescripteurs s’appuie encore aujourd’hui pour conseiller les agriculteurs. La problématique des produits phytosanitaires a ensuite été prise en compte dans les opérations sous la forme d’actions Phyto-Mieux. Celles-ci seront finalement regroupées avec les opérations Ferti-Mieux pour donner naissance aux opérations Agri-Mieux qui se focalisent sur les zones de dégradations prioritaires. En 2014, les noms et logos de ces diverses opérations sont renouvelés. L’opération Vigne Eau et Terroirs est notamment créée à cette occasion.

Plus de rendements, moins de nitrates

Depuis le début de ces opérations, une multitude de données ont été collectées et apportent aujourd’hui une « expertise qu’il faut valoriser », commente Fabien Metz, président de la Commission environnement à la CAA. « Les dernières études de l’Aprona montrent que le monde agricole est à un tournant. Nous sommes désormais dans un mouvement pour avoir une agriculture plus durable. L’objectif est d’atteindre un bon état chimique et physiologique de l’eau en 2027. Pour y arriver, des innovations et de nouveaux systèmes émergent et peuvent rendre service à notre profession. » Si le sujet est devenu une préoccupation majeure aujourd’hui, il faut quand même se rappeler que la pollution liée aux nitrates était un concept inconnu dans les années 1970. Comme le révèle Pascal Vauthier, chargé d’intervention à l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, « le terme « nitrates » n’existait pas dans nos locaux à cette époque. Ce n’est que dans les années 1980 que la préoccupation émerge. » Pour devenir un enjeu essentiel lors de la création de la première directive Nitrates au niveau européen en 1991. Depuis, les teneurs en nitrates ont été stabilisées dans les sols. « La baisse des concentrations reste modérée et les politiques d’actions sont souvent critiquées pour leur inefficacité. Mais, si rien n’avait été fait, la situation aurait été pire. » « L’agriculture a su ajuster ses pratiques sans pour autant perdre en productivité. Depuis les années 1990, la productivité du maïs a augmenté, tandis que les teneurs en nitrates se sont stabilisées. C’est un résultat énorme », complète Serge Ramon, expert Agri-Mieux.

De meilleures pratiques de fractionnement sur maïs

En premier lieu, il faut se rappeler comment a évolué le paysage agricole en Alsace en cours des 30 dernières années. Entre 1988 et 2000, la proportion de maïs dans la zone vulnérable a augmenté au détriment des prairies et des surfaces en céréales à paille, en oléagineux et protéagineux. Une évolution qui n’est pas spécifique à la zone vulnérable, et qui a été motivée par l’introduction de primes différenciées pour le maïs dans la Pac de 1992. Depuis 1998 jusqu’à aujourd’hui, la proportion de maïs dans l’assolement de l’Alsace est restée relativement constante. En parallèle de l’évolution de la place du maïs, l’élevage a diminué dans la zone vulnérable. Entre 1988 et 2000, la quantité d’azote issue des effectifs bovins y a diminué de 36 %. Seule la proportion des effluents d’origine porcine a légèrement augmenté pour passer de 12 % en 1988 à 18 % en 2010. Parallèlement, le volume d’azote minéral apporté sur maïs a augmenté. En zone vulnérable, c’est une progression de 3 % entre la période 2000-2004 (172 kg N/ha) et la période 2012-2016 (178 kg N/ha). Dans le même laps de temps, le rendement a augmenté de 11 % passant de 104 q/ha à 115 q/ha en moyenne. Toujours entre 2000 et 2016, l’écart moyen à la dose conseillée a baissé de 33 % suite à la mise en place des opérations Ferti-Mieux. En revanche, il n’y a pas eu d’évolution entre les périodes 2005-2011 et 2012-2016. Aujourd’hui, 66 % des surfaces sont correctement fertilisées contre 50 % seulement lors de la période 2000-2004.

Les actions Ferti-Mieux ont aussi permis d’améliorer les pratiques de fractionnement sur maïs en zone vulnérable. En 2016, seules 9 % des surfaces avaient des pratiques de fractionnement « à revoir » contre 16 % en 2004. La part de fractionnement correcte est passée de 46 % à 61 % en 2011, et a diminué ensuite à 56 % en 2016. Une baisse qui s’explique par la « précocité du deuxième apport » précise Rémy Kohler. En blé, l’observation est quasi similaire à celle faite sur le maïs. Entre 2000 et 2016, la dose moyenne d’azote minéral apportée a progressé de 15 % avec un rendement qui a lui progressé de 8 %. En revanche, on remarque qu’il y a eu très peu d’évolution concernant la dose du premier apport d’azote sur blé en zone vulnérable (59 kg N/ha en 2000 et 61 kg N/ha en 2016). « On n’a pas fait d’économie d’azote, mais on n’a pas dégradé non plus », note Rémy Kohler. Bilan mitigé également concernant l’évolution de la conformité du premier apport sur blé en zone vulnérable. En 2000, 41 % des surfaces ont reçu une dose conforme aux recommandations contre 37 % des surfaces en 2016. Rémy Kohler se demande si cette tendance ne serait pas en relation avec la crainte d’une sécheresse pour la valorisation du second apport. À noter enfin une évolution notable du fractionnement des apports d’azote sur blé en 2016. À cette date, l’apport en trois fois était de rigueur sur 55 % des surfaces contre 38 % en 2000.

De nouveaux enjeux à prendre en compte

Concernant la gestion des matières organiques, le bilan établi en 2016 est plutôt positif, même si des efforts restent encore à accomplir. « Globalement, la quantité d’azote organique par hectare de Samo* est en baisse. Mais certains agriculteurs apportent des quantités bien trop élevées encore. Sur certaines opérations, les quantités maximales sont parfois plus élevées pour la période 2012-2016 que pour la période 2000-2004, comme sur Ferti-Zorn », explique Rémy Kohler. Une autre conséquence remarquable de ces actions Agri-Mieux est la baisse importante de sol nu sur la zone vulnérable, passant de 65 % en 1991 à 50 % en 2016. Une diminution liée à deux facteurs : la couverture des sols par une Cipan, et l’augmentation de la part de céréales à paille dans l’assolement. « Mais après avoir baissé de 23 % en 25 ans, le taux de sol nu en zone vulnérable dispose aujourd’hui d’une faible marge de progression au regard des systèmes de culture actuels. Le maïs représente en effet 50 % de la SAU », poursuit Rémy Kohler. Le dernier enseignement à retirer ce bilan des opérations Agri-Mieux est la nette diminution de la Balance globale azotée, ou solde Corpen, passant de 39 kg N/ha en 1991 à 22 kg N/ha en 2016, l’objectif étant d’atteindre à plus ou moins brève échéance 15 kg N/ha. Un bilan qui s’explique par trois facteurs : l’augmentation des rendements en maïs et en blé globalement supérieurs à l’augmentation des doses d’azote apportées ; la réduction des quantités d’azote organique apportées ; et un meilleur ajustement des doses d’azote apportées sur maïs.

Si les efforts et les travaux doivent être poursuivis pour atteindre les objectifs escomptés, ces opérations Ferti-Mieux puis Agri-Mieux ont permis une amélioration globale des pratiques agricoles concernant la préservation des ressources en eau. Une dynamique qui va désormais être adaptée à de nouveaux enjeux. « À la demande de l’Agence de l’eau a été mise en place une opération Agri-Mieux unique sur les grandes cultures, couvrant toute la zone vulnérable, et avec les mêmes fondamentaux. Mais si les thèmes principaux de la fertilisation et des produits phytosanitaires sont repris, nous ouvrons le champ à la diversification de l’assolement, au changement de systèmes, à la diffusion d’informations techniques issues de l’agriculture biologique ou des réseaux Dephy », annonce Nathalie Brobeck-Allard, chef du service Eau et Agriculture à la CAA.

Employeurs de main-d’œuvre agricole

De nouvelles subtilités à connaître

Vie professionnelle

Publié le 28/02/2018

Fini le Tesa, place au nouveau Tesa ! Si l’acronyme reste le même, le contenu évolue. Depuis le 1er janvier 2018, le Titre emploi simplifié agricole est devenu le Titre emploi service agricole. Ce nouveau Tesa reprend à 90 % les dispositions de l’ancien. « Il doit permettre aux petites entreprises agricoles non équipées d’un logiciel de paie ou qui n’ont pas recours à un tiers déclarant, de remplir leurs obligations vis-à-vis de la DSN, Déclaration sociale nominative, effective depuis le 1er janvier 2017 », explique Marie-Ève Schnoebelen, chargée de mission à la Mutualité sociale agricole d’Alsace. Ce nouveau Tesa ne démarrera qu’avec les paies du mois d’avril 2018. Ainsi, les employeurs qui envisagent d’embaucher des salariés à ce moment-là ont jusqu’au 31 mars pour effectuer leur demande d’adhésion. Pendant ce premier trimestre, les employeurs ayant opté pour le nouveau Tesa doivent continuer à utiliser les modalités déclaratives utilisées jusqu’à présent : le Tesa actuel dont l’utilisation est étendue à tous les CDD, quelle que soit la durée, et la déclaration trimestrielle des salaires.

À partir du 1er avril, les entreprises agricoles qui n’ont pas recours à un tiers déclarant auront le choix entre plusieurs possibilités en fonction du nombre de salariés en CDI qu’elles emploient. En dessous de vingt, elles pourront utiliser : la DSN exclusivement pour gérer l’ensemble des salariés ; la solution mixte DSN + nouveau Tesa qui permet d’utiliser le nouveau Tesa pour les salariés en CDD de moins de 119 jours (consécutifs ou non) et la DSN pour les autres salariés (CDI et CDD de plus de 119 jours) ; ou le nouveau Tesa exclusivement pour l’ensemble des salariés CDI et CDD (quelle que soit la durée du contrat). Si l’entreprise a plus de vingt salariés en CDI, l’employeur a deux possibilités seulement : soit la DSN seule, soit la solution mixte DSN + nouveau Tesa. Concernant la DSN, les modalités de paiement des cotisations sociales ont aussi évolué depuis le 1er janvier 2018. « Elles sont désormais mensualisées mais peuvent rester trimestrielles pour les entreprises de moins de onze salariés. C’est une option qui doit être précisée au comptable. En revanche, le dépôt de la DSN reste mensuel », note Marie-Ève Schnoebelen.

Complémentaire santé : affiliation dès l’embauche

En 2018, fini le délai de carence avant de pouvoir être affilié à la mutuelle d’entreprise. Pour tout salarié d’une entreprise au régime agricole embauché depuis le 1er janvier, l’affiliation à Mutualia est automatique dès l’embauche pour les contrats en CDI, et semi-automatique pour les CDD de plus de trois mois. Les CDD de moins de trois mois sont exclus du système mais peuvent néanmoins être affiliés s’ils le souhaitent. « Ils doivent pour cela remplir un bulletin d’adhésion. Et s’ils ne le souhaitent pas, l’employeur doit leur faire signer une attestation expliquant qu’ils ont déjà une complémentaire santé et qu’ils ne souhaitent pas la complémentaire d’entreprise. De cette manière, vous êtes juridiquement couverts », indique Béatrice Selig, de la MSA d’Alsace.

En revanche, l’adhésion à Mutualia comme complémentaire d’entreprise n’est plus automatique comme avant pour les entreprises. « Le choix de la complémentaire étant désormais libre, c’est à chaque entreprise de décider si elle souhaite adhérer à Mutualia ou non. Néanmoins, il semble essentiel que nous puissions tenir tous ensemble l’unité et la masse en étant tous chez le même assureur. Nous disposons en effet d’un rapport cotisations sur prestations très avantageux. Et nous bénéficions d’un guichet unique à travers la MSA », justifie Joseph Lechner, président de la commission emploi à la FRSEA Alsace.

L’agriculture « peu concernée » par le nouveau compte pénibilité

Jean-Michel Baumann, délégué régional emploi-formation Grand Est à la FNSEA, a fait le point sur le dossier « pénibilité » qui a connu plusieurs évolutions suite aux ordonnances publiées en septembre 2017 par le gouvernement d’Emmanuel Macron. Si la définition des risques professionnels reste inchangée, le nombre de facteurs de pénibilité a été réduit. Depuis le 1er janvier 2018, l’employeur n’en a plus que six à prendre en compte : les activités exercées en milieu hyperbare, les températures extrêmes, le bruit, le travail de nuit, le travail en équipes successives alternantes, et le travail répétitif. Quatre facteurs de pénibilités ont été supprimés : la manutention des charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations, et les risques chimiques. « Tout cela n’était pas acquis au départ. On a réussi à peser sur ces dossiers au niveau syndical », tient à rappeler Joseph Lechner.

Globalement, l’agriculture n’est pas - ou très peu - concernée par les facteurs de risque restants. Jean-Michel Baumann explique pourquoi : « Est considérée comme travail de nuit une heure travaillée entre minuit et 5 heures du matin. En agriculture, c’est vraiment exceptionnel. Pour le travail répétitif, il faut que la tâche implique des mouvements répétés, sollicitant tout ou partie des membres supérieurs, à fréquence élevée et sous une cadence contrainte. Et la durée minimale pour que cela soit pris en compte est de 900 heures par an. A priori, la viticulture et l’agriculture ne sont pas concernées. Idem pour les températures extrêmes. Il faut être exposé à des températures de plus de 30 °C ou de moins de 5 °C pendant 900 heures par an. Enfin, pour le bruit, il faut être exposé à au moins 81 décibels, soit le bruit d’un tracteur, pendant au moins 600 heures par an. Mais l’analyse du niveau sonore se mesure après le port d’équipements antibruit. » À noter également que les deux cotisations versées au titre de la pénibilité (0,01 % de la rémunération des salariés, et une cotisation additionnelle fixée à 0,20 % si un salarié était exposé à un ou plusieurs facteurs de pénibilité) ont été supprimées le 1er janvier 2018. Désormais, les dépenses engendrées par le nouveau « compte professionnel de prévention et sa gestion » seront couvertes par la branche accidents du travail et maladies professionnelles.

3 000 euros net pour l’aide à la formation

Joseph Lechner a présenté le dispositif AEF (accompagnement à l’effort de formation) proposé par le Fafsea (Fonds national assurance formation des salariés des exploitations et entreprises agricoles). « Contrairement à d’autres régions françaises, ce dispositif ne fonctionne pas beaucoup chez nous. Pourtant, nous avons des entreprises qui souffrent. Cela peut aider à garder un emploi dans une entreprise ou à en créer un. De plus, le formalisme est vraiment léger », explique-t-il. Concrètement, il s’agit d’une aide à la formation en interne des salariés. Il couvre deux types de situations : pour accompagner une embauche en CDI ou un CDD de plus de six mois, ou en cas de difficultés économiques dans l’entreprise. La formation doit durer au moins 200 heures et doit être délivrée par un prestataire agréé. En Alsace, il s’agit du CFPPA d’Obernai.

Toute entreprise qui s’engage dans ce dispositif bénéficie d’une aide totale de 6 700 € de la part du Fafsea, dont plus de 2 000 € en guise d’avance au moment de l’embauche. En contrepartie, l’entreprise s’engage à participer au PIF (Protocole individuel de formation) par le biais d’une contribution de 3 800 €. « Ce qui veut dire que l’entreprise bénéficie au final d’une subvention de 3 000 € net. Les entreprises qui sont intéressées par ce dispositif AEF peuvent prendre contact avec les organisations professionnelles, ou directement avec le Fafsea en contactant Florian Laforêt », précise Joseph Lechner.

Prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS)

L’exosquelette, ses bénéfices et ses limites

Vie professionnelle

Publié le 16/02/2018

On les présente comme le « mal du siècle ». Les TMS (troubles musculo-squelettiques) représentent pas moins de 91 % des maladies professionnelles dans le régime agricole, et 87 % dans le régime général. Un phénomène qui n’épargne donc aucune catégorie socioprofessionnelle, et encore plus problématique pour les professions agricoles et viticoles. C’est pourquoi les Caisses d’assurance accidents agricole (CAAA) ont entrepris diverses actions pour prévenir ces risques chez les principaux concernés, qu’ils soient salariés ou non salariés. Comme le souligne Anthony Metzger, conseiller prévention à la CAAA du Haut-Rhin, les TMS se retrouvent partout dans le corps, avec une présence accrue dans le canal carpien (au niveau des mains), des coudes et des épaules.

Plusieurs causes en sont à l’origine : les gestes répétitifs, le port de charges lourdes, des postures pénibles, des vibrations, le froid, le stress, le management ou l’organisation du travail. Et plus les années passent, plus le pourcentage de TMS augmente. « En 2006, ils représentaient 75 % des maladies professionnelles. Pourtant, nous connaissons les règles de prévention. On a produit de la norme, de la méthode et plein d’autres choses. Mais on n’arrive pas à endiguer le phénomène. Cela veut dire qu’il y a peut-être d’autres choses à développer », explique Dominique Hen, directeur de l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) du Grand Est. L’une d’entre elles consiste à alterner les tâches, plutôt que d’enchaîner les mêmes pendant des heures. « Les mouvements répétitifs représentent 84,6 % des TMS. Si on peut alterner les tâches, on aura fait une grande partie du travail », détaille Anthony Metzger.

Une assistance physique uniquement

À côté de cela, il existe des équipements, mais aussi des bonnes habitudes (lire en encadré) qui permettent de soulager l’opérateur sur son poste de travail. Et puis il y a les exosquelettes, un concept né dans les années 1960 qui a pour objectif d’apporter une aide physique à l’utilisateur dans une tâche. Jusque-là cantonnés à des applications militaires ou de médecine de réhabilitation, les exosquelettes sont testés depuis quelques années comme solution pour résoudre les problèmes des troubles musculo-squelettiques. Comme l’indique Jean-Jacques Atain-Kouadio, expert de l’exosquelette au sein de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), le contexte a fortement évolué depuis une dizaine d’années. « La population vieillit, les progrès technologiques sont fulgurants et les entreprises se sont modernisées. Tout est réuni pour que la technologie des exosquelettes se démocratise. D’autant plus qu’on peut l’utiliser dans tous les domaines économiques. »

Reste à mesurer son efficacité réelle sur le terrain. Si ce squelette mécanique peut faire ressembler à un robot, offre-t-il néanmoins la force d’une machine ? L’homme pourrait-il devenir une sorte de surhomme, tel le héros de comics Iron Man ? « On n’en est clairement pas là », tient à rassurer Jean-Jacques Atain-Kouadio à ceux qui voient dans cette technologie une nouvelle dérive vers le transhumanisme et le développement d’une société d’hommes robots. « Non, il s’agit d’une assistance physique qui peut, localement et de manière très spécifique, aider l’opérateur dans sa tâche. Cela ne peut pas être une solution pour tous les TMS. » En clair, les troubles bio-squelettiques uniquement, ceux qui apparaissent quand on porte des choses lourdes, ou lorsqu’on a les bras relevés en permanence. Ceux-là mêmes qui impactent les épaules, soit 28 % des TMS dans le milieu agricole.

Beaucoup de questions en suspens

L’INRS a étudié l’efficacité du dispositif. « On a mesuré 10 à 40 % d’activité musculaire en moins, une diminution de la fatigue et de la compression des disques de la colonne vertébrale. Néanmoins, il y a aussi de l’inconfort. Pour certains utilisateurs, cela augmente l’activité des muscles abdominaux. Cela modifie aussi la façon de travailler avec les jambes, et cela alourdit l’activité des muscles au niveau des chevilles », développe Jean-Jacques Atain-Kouadio. De ce fait, de nombreuses questions restent en suspens quant aux bénéfices et inconvénients des exosquelettes. « À l’INRS, on essaie juste de comprendre cette technologie et de voir si elle peut vraiment représenter une solution dans le monde du travail. Il ne faudrait pas qu’elle génère d’autres problèmes dans l’entreprise. Si nous souhaitons la faire tester au plus grand nombre, il faut d’abord qu’on se pose des questions en amont », poursuit-il.

Par exemple, si on utilise un exosquelette, combien de temps faut-il attendre après l’avoir enlevé pour retrouver des sensations normales ? Dans une équipe de travail, si une seule personne en est pourvue, qu’en est-il du regard et de l’acceptation des autres ? De nombreux risques sont à prendre en compte : le risque de collision avec un tiers, la casse d’outils prévus pour résister à la force humaine, des risques d’écrasement ou de frottement. « Au bout d’un moment, ne va-t-on pas voir apparaître des lésions sur la peau ? Et est-ce que le fait d’être assisté comme cela ne risque pas de faire perdre des muscles ? Il y a encore beaucoup d’interrogations en suspens », poursuit Jean-Jacques Atain-Kouadio. Il y a néanmoins une certitude : aussi avancée soit-elle, la technologie des exosquelettes ne pourra pas à elle seule éradiquer le « mal du siècle » que sont les troubles musculo-squelettiques.

CER France Alsace

Des simplifications bien compliquées

Pratique

Publié le 11/02/2018

Quand simplification rime avec complication. Un étrange paradoxe que l’association de gestion et de comptabilité CER France Alsace a vécu au quotidien en 2017. « Notre position n’est pas simple car nous sommes entre le marteau et l’enclume », résume Paul Deguille, président de CER France Alsace. Lors de l’assemblée générale de l’association qui s’est tenue le 1er février, il s’est tout d’abord penché sur les conséquences de la mise en place la DSN (Déclaration sociale nominative) pour les salariés de CER France Alsace et leurs adhérents. « Celle-ci devait tout simplifier : de plusieurs déclarations, nous n’en ferons plus qu’une, de paiements trimestriels, nous passerons en mensuel et tout se passera bien. La mise en place de cette DSN s’est faite en trois phases sur un an et demi. Tous nos dossiers MSA comme Urssaf sont aujourd’hui paramétrés Phase 3. Mais à quel prix ? Concrètement, c’est la fin annoncée des cotisations trimestrielles appelées par la MSA. C’est aujourd’hui nos collaboratrices qui vous communiquent les montants à verser », détaille Paul Deguille.

2017 étant une période de transition, les équipes de CER France Alsace ont constaté des écarts entre les sommes dues et les cotisations payées. « Nos comptables porteront donc un regard attentif sur ce point dans les clôtures 2017 », tient-il à rassurer. Pour accompagner la mise en place de ce dispositif, l’équipe Paies de CER France Alsace a « redoublé d’efforts » sans répercuter les charges sur la facturation des paies. « Il s’agit bien là d’un effort financier de l’association pour ses adhérents. Et pas de répit pour l’année à venir, puisque c’est maintenant le prélèvement à la source qui s’annonce pour 2019. Mais bon, c’est tendance, l’État engage des réformes qui se traduisent par un transfert de compétence sur des organismes tiers. Mais la facture sera bien payée par l’adhérent au final. »

Des réformes qui vont un peu trop vite

Autre exemple de cette « simplification » plus compliquée qu’il n’y paraît, la mise en place des EPS (examens périodiques de sincérité) par les organismes de gestion agréés. Une nouveauté loin d’être anodine puisqu’elle a obligé le conseil d’administration de CER France Alsace à facturer cet accompagnement à cause du temps que ses équipes allaient devoir passer dessus. « Le gouvernement parie sur le « tout numérique », la dématérialisation de l’information, la fin du papier. On constate malheureusement que les réformes vont plus vite que ce que peuvent intégrer les systèmes d’information de la plupart des structures. Et surtout cela coûte cher », estime Paul Deguille. Pour franchir du mieux possible ce cap du « tout digital », le CER France Alsace a entrepris plusieurs actions : l’externalisation des sauvegardes sur un serveur sécurisé, la refonte totale du réseau internet, le portail client CER France Connect, et le basculement progressif vers le logiciel Isagri.

Un changement loin d’être quelconque comme l’explique la directrice de CER France Alsace, Sylvie Venner. « Nous avons réalisé cet investissement avec les CER France de Moselle et des Vosges. Grâce à lui, nous allons pouvoir harmoniser nos méthodes de travail. » Ce nouveau logiciel vient remplacer l’ancien qui était utilisé depuis 2001 et qui était arrivé à une « limite technologique ». Il permet de traiter l’ensemble des données (bancaires, fiscales, comptables) qui doivent progressivement être dématérialisées. Le basculement vers ce nouvel outil se fera progressivement au cours de l’année 2018 pour être entièrement effectif pour les comptabilités 2019.

Des nouveaux locaux dès cet été

Les évolutions que rencontre le CER France Alsace ne se limitent pas qu’à des données enregistrées dans des ordinateurs. L’association vient en effet d’acquérir de nouveaux locaux, 13 rue des frères Peugeot, toujours à Sainte-Croix-en-Plaine. Un choix motivé en premier lieu par le manque de place des locaux actuels. « Nos 21 collaborateurs sont à l’étroit, et nous envisageons d’en recruter de nouveaux dans les années à venir. Il était donc devenu urgent de trouver une solution », indique René Ritzenthaler, vice-président de CER France Alsace. Différentes options ont été étudiées : des locaux à Colmar, Ensisheim, Niederhergheim ou Rixheim. Mais à chaque fois, l’opération était trop coûteuse ou ne correspondait pas aux attentes de l’ensemble des collaborateurs : rester dans un rayon de 10 kilomètres autour de Sainte-Croix-en-Plaine, proche d’un axe routier principal et pas trop loin du Bas-Rhin. C’est en fin d’année 2017 que l’opportunité s’est présentée de racheter le bâtiment existant au 13 rue des frères Peugeot, plus spacieux que celui utilisé actuellement.

L’investissement total de 972 000 euros avec des annuités de remboursement de 54 000 € sur 20 ans correspondait au budget fixé par le CER France Alsace, soit à peu de chose près ce qu’il paie déjà aujourd’hui pour le bâtiment actuel, mais en tant que locataire uniquement. « Du coup, nous devenons propriétaires tout en pouvant rester à Sainte-Croix en Plaine. C’est un vrai soulagement d’avoir un dénouement aussi rapide dans ce dossier. C’est une nouvelle page qui se tourne pour le CER France Alsace », ajoute Paul Deguille. L’entrée dans ces nouveaux locaux est prévue cet été.

Dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace

Plus de terroir, plus d’engouement

Vigne

Publié le 06/02/2018

Année après année, la dégustation des Sigilles d’Alsace organisée par la confrérie Saint-Étienne confirme son regain d’intérêt auprès des viticulteurs. Le 18 janvier, ce sont pas moins de 224 vins qui ont été présentés par 54 maisons différentes. C’est cinq vins et quatre maisons de plus qu’en 2017. « C’est la première fois depuis 2013 qu’on enregistre une telle participation deux années de suite », se félicite le délégué général de la confrérie Saint-Étienne, Éric Fargeas. Une progression que ce dernier attribue à deux facteurs : le premier, c’est la volonté de la confrérie d’intégrer une dimension « terroir » plus marquée dans l’attribution des Sigilles en 2015 ; le second, l’image plus « moderne » que réussit à se créer la confrérie depuis plusieurs années. « On essaie d’attirer de jeunes viticulteurs en organisant des ateliers et des soirées à thème. On montre que la confrérie n’est pas qu’un musée du vignoble alsacien, mais aussi un lieu d’échanges et de réflexion », poursuit Éric Fargeas. Et un lieu qui sait évoluer tout comme la dégustation du Sigille organisée deux fois par an.

Pour cette première édition de 2018, les organisateurs ont un peu changé les règles puisque, pour la première fois, tous les grands crus inscrits devaient être dégustés dans la catégorie « terroir ». « Lorsqu’on avait introduit cette notion il y a trois ans, c’était sur la base du volontariat. Mais très vite, on s’est rendu compte que cela déséquilibrait la donne pour les grands crus. Du coup, on a rendu cet aspect obligatoire pour ces vins. C’est plus juste et plus logique », précise le délégué général de la confrérie. En parcourant les tables de dégustations, plusieurs viticulteurs ont salué cette petite évolution. « C’est dans les grands crus que le sol doit parler. C’est une excellente chose d’aller dans ce sens », estime Grégory Zancristoforo, œnologue à la Maison Charles Wantz, à Barr. Michel Blanck, de la Maison André Blanck à Kientzheim, présent à la même table de dégustation, abonde dans le même sens. Et pour lui, ce n’est que le début. « Les Bourguignons mettent leurs terroirs en avant depuis longtemps. Nous, on démarre à peine. C’est un long travail qui demande beaucoup d’éducation des consommateurs et aussi des producteurs. Ce sont certainement nos successeurs qui récolteront les fruits de l’évolution que nous vivons actuellement. »

Alors, encore plus de vins de terroir lors des prochaines dégustations du Sigille d’Alsace ? C’est évidemment le souhait d’Éric Fargeas qui rappelle au passage que ce concours est ouvert à tous les viticulteurs du vignoble, qu’ils soient membres ou non de la confrérie Saint-Étienne. « Ce n’était le cas il y a plusieurs années en arrière. Mais depuis pas mal de temps maintenant, tout le monde peut prétendre décrocher le Sigille qui, il faut le souligner, reste une distinction hautement qualitative puisque seuls des vins déjà mis en bouteille peuvent être présentés, et seuls un tiers d’entre eux sont au final retenus par les jurés. »

Domaine Joseph Cattin à Vœgtlinshoffen

Un lieu de « vie » et « d’échanges »

Vigne

Publié le 06/02/2018

C’est un « condensé d’Alsace » suspendu à flanc de colline. À Vœgtlinshoffen, Anaïs et Jacques Cattin fils ont fait sortir de terre un bâtiment viticole un peu atypique de 2 500 m2 mêlant stockage, plateforme logistique, cave de vieillissement de crémants, espace de dégustation au rez-de-chaussée, et un bar à vins panoramique à l’étage. Un « lieu de vie et d’échanges » qui a ouvert le 1er novembre dernier après 18 mois de travaux et un investissement de 5 millions d’euros. Il offre aujourd’hui aux salariés de la maison Cattin des conditions de travail bien plus confortables. « On commençait à être un peu à l’étroit avec nos autres bâtiments. Ces dernières années, on s’est rendu compte qu’on avait besoin d’un espace ici, à Vœgtlinshoffen, pour vieillir nos crémants. Ces derniers étant jusqu’alors vieillis dans notre cave de Steinbach. Aujourd’hui, on a bien plus de place, non pas pour produire plus mais pour mieux travailler », continue Anaïs Cattin, qui s’occupe de la communication et de l’export dans l’entreprise. L’espace de stockage bénéficie quant à lui d’un quai de chargement qui a l’avantage de ne pas gêner la circulation. Le dégorgement du crémant est également au programme, ainsi que certaines fermentations qui seront faites dans des tonneaux en bois - vides pour l’instant - installés dans un petit chai situé derrière une baie vitrée, à côté de l’espace dégustation.

Un bâtiment « encastré » dans son environnement

L’idée de ce bâtiment trottait dans l’esprit de ces deux jeunes entrepreneurs de 33 ans après de multiples expériences professionnelles à l’étranger. Diplômée d’une école de commerce, Anaïs a passé plusieurs années aux États-Unis dans un grand groupe. Là-bas, elle y a entre autres découvert un concept d’œnotourisme assez poussé. « On peut passer la journée dans une cave à faire des activités différentes tout en découvrant des vins. C’est une expérience très complète, même s’il est vrai qu’on perd un peu en authenticité. » Son mari - qui représente la septième génération de vignerons de la famille - fit lui aussi le même constat en voyageant dans divers pays où de nombreux vignerons organisaient des « wine dinner ». « On s’est alors demandé : pourquoi ne ferions-nous pas la même chose chez nous ? D’autant plus qu’ici, nous avons toute cette authenticité. On a des paysages somptueux, de vrais produits du terroir et une histoire viticole très riche », témoigne-t-elle. Si le concept était assez clair dans l’esprit de Jacques et Anaïs, il manquait un élément essentiel : le terrain, une denrée qui ne court pas les rues dans le vignoble alsacien. Une occasion a fini par se présenter en 2015 lorsque les propriétaires de la maison Théo Cattin - une autre branche de la famille Cattin présente dans la commune - décidèrent de partir en retraite. Sans successeurs directs, ils ont accepté de leur revendre leur activité et le foncier qui allait avec. Seul souci, le terrain situé au milieu du village présentait un dénivelé de plus de six mètres. Plutôt que de voir cet aspect comme un inconvénient, le jeune couple a décidé d’en tirer parti pour « encastrer » leur cave dans cet environnement. « Nous souhaitions que ce nouveau bâtiment s’inscrive au maximum dans son cadre naturel. Cela nous permet ainsi d’avoir une meilleure isolation, et donc une température constante pour nos espaces de vieillissement des crémants et de notre espace de stockage », développe Anaïs Cattin.

Un hommage aux matériaux « nobles »

Ce nouveau bâtiment de la Maison Joseph Cattin (le troisième dans la commune de Vœgtlinshoffen) est riche en symboles, du choix des matériaux à son architecture. Le belvédère situé au premier étage est une ode à la transparence. « Chez nous, les visiteurs peuvent visiter nos caves et voir comment on travaille. Et en entrant dans notre belvédère, ils peuvent comprendre en un coup d’œil pourquoi le vignoble alsacien est si spécifique. Quand ils sont dans l’intimité d’une cave, ils peuvent goûter les typicités des vins, mais c’est difficile pour eux de visualiser réellement d’où ils proviennent. Ici, quand on leur explique qu’il y a un microclimat à Colmar parce que la ville est protégée par les Vosges, ils peuvent le voir directement. Ils peuvent aussi constater l’espace qu’occupe réellement notre vignoble, et à quel point il peut être petit, resserré et pentu. » Ce nouveau bâtiment est aussi un vibrant hommage aux matériaux « nobles » qui rappellent le métier de vigneron et le terroir sur lequel il travaille. Le sol et les meubles sont en chêne et rappellent le bois du tonneau, le métal a la couleur du Grand Cru Hatschbourg, le bar central est en inox poli miroir et fait évidemment référence aux cuveries inox. Ce bar évoque aussi le haut du verre Alsace ou la bulle de crémant de par sa forme arrondie. Enfin, les pierres présentes à l’avant du bâtiment sont du grès jaune de Rouffach, une pierre qui n’est plus extraite aujourd’hui mais que l’entreprise Scherberich, à Colmar, avait encore en stock.

Des bornes de recharge pour les voitures électriques

Si l’enveloppe est belle et soignée, ce qu’on trouve à l’intérieur de ce belvédère se veut convivial et authentique. Au quotidien, cet espace est un bar à vins ouvert du matin au soir. Au détour d’une promenade ou à l’occasion d’une pause dans sa journée de travail, on peut venir y découvrir des vins accompagnés de planchettes de produits locaux comprenant charcuteries, fromages, foie gras, produits laitiers ou chocolats. Cet espace peut, le cas échéant, se moduler à souhait pour accueillir des séminaires d’entreprises, des mariages ou des événements particuliers autour des accords mets-vins. En novembre dernier, quelques jours après l’ouverture, il était possible de déguster des plateaux de fruits de mer préparés par un écailler spécialement venu de Vendée. Pour la soirée du Nouvel An, c’est le chef du restaurant L’Altévic, à Hattstatt, qui a fait découvrir quelques accords mets-vins savoureux. « Nous tenions à ce que cet espace soit équipé d’une cuisine afin qu’on puisse organiser des dîners centrés autour du vin et, par la même occasion, mettre en avant le savoir-faire local. En Alsace, on a cette chance incroyable d’avoir de beaux produits dans nos terroirs et de nombreux savoir-faire. Ainsi, on peut faire découvrir nos vins dans la culture qui les entoure », explique Anaïs Cattin. À Vœgtlinshoffen, cela peut se traduire par des balades à pied ou à vélo au départ du Belvédère. Dans cet esprit, Anaïs et Jacques Cattin fils ont établi un partenariat avec un prestataire du village qui organise des balades à vélo. « Les cyclistes partent d’ici, vont faire leur promenade, et reviennent ensuite pour déguster nos vins », précise Anaïs Cattin. L’idée étant que tout type de public puisse à un moment ou à un autre se retrouver ou s’arrêter à cet endroit. Une philosophie que l’on retrouve jusqu’aux bornes de recharge électriques installées sur le parking. Un choix « d’avenir » qui pourrait autant attirer le « Suisse avec son 4x4 Tesla » que la famille désireuse de faire le plein de sa voiture « plus commune ».

Dégustation du Guide Hachette 2019

Une « référence » dans l’air du temps

Vigne

Publié le 05/02/2018

Trente-trois ans après sa création, le Guide Hachette des vins a toujours autant la cote auprès du public. En 2018, ce sont 90 000 exemplaires qui ont été imprimés, et entre 300 000 et 400 000 internautes ont visité chaque mois son site. « Notre guide est une référence pour beaucoup de monde », commente Stéphane Rosa, directeur du Guide Hachette. Avant de pouvoir y figurer, chaque vin doit être dégusté, noté et commenté par un panel de professionnels propre à chaque région viticole. « Cette approche collégiale par des professionnels du cru nous différencie d’autres guides réputés comme celui de Bettane & Desseauve ou de la Revue du Vin de France », poursuit Stéphane Rosa.

Depuis quelques semaines, ce dernier arpente les vignobles français pour les différentes sessions de dégustation qui ont lieu chaque début d’année. L’étape alsacienne s’est déroulée la semaine passée, à la Maison des vins de Colmar, pendant trois jours. Au total, 900 échantillons ont été dégustés à l’aveugle et décrits de la manière la plus précise et la plus complète possible. « Cela permet aux auteurs de notre guide de faire des synthèses de qualité pour chaque vin », précise le directeur du guide. Un travail titanesque quand on sait que ce sont au total 45 000 vins qui sont dégustés dans l’ensemble du pays. Les 900 échantillons dégustés à Colmar étaient issus des millésimes 2016 et 2015 avec, pour ce dernier millésime, une plus grande proportion de Vendanges tardives (80 contre 31) et de Sélections de grains nobles (27 contre 10) que l’année précédente.

Si le Guide Hachette des vins reste classique dans sa forme, il sait aussi évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation, et aux nouveaux profils des acheteurs. Ainsi paraîtront cette année les deuxièmes éditions du Guide Hachette des vins rosés, du Guide Hachette des vins bios ou du Guide Hachette des vins de moins de 15 euros. Des guides plus ciblés et moins chers qui reprennent le fonctionnement d’un site internet : la possibilité de filtrer sa recherche. « Ainsi, on touche plus spécifiquement certains publics. Des femmes, des citadins ou des personnes qui recherchent d’excellents vins avec un petit budget. Globalement, on se rend compte qu’on a de moins en moins de vins boisés et davantage de vins plus digestes, plus légers. On tâche de s’adapter à cette évolution. » À noter que le contenu de tous ces mini-guides reste bien présent dans le « gros » guide qui paraîtra au mois de septembre dans sa 35e édition.

Toujours dans cette logique de modernisation, le Guide Hachette propose depuis le mois de décembre d’acheter sur son site des vins référencés dans ses pages depuis 2001. « C’est une vitrine qu’on propose aux viticulteurs qui le souhaitent, internet étant un canal de vente qui se développe fortement aujourd’hui », explique Stéphane Rosa. La partie logistique (stockage/expédition) est assurée par une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de vins. Actuellement, ce nouveau point de vente de vins Hachette compte un millier de références.

Élevage de volailles bios à Spechbach-le-Bas

Du confort en plus pour les animaux et les hommes

Élevage

Publié le 04/02/2018

Avec leurs nouveaux bâtiments, Jérémy Pflieger et son père José ont pu améliorer leurs conditions de travail et le confort de leur élevage de volailles bios situé à Spechbach-le-Bas. Tout a commencé en 1989 quand José a repris l’exploitation familiale historiquement tournée vers les grandes cultures et l’élevage de bovins. Il a d’abord pris la décision de développer la culture de pommes de terre. En 2000, il a fait une sortie d’exploitation pour lancer un élevage plein air de poulets de chair dans six bâtiments mobiles de 60 m2 chacun. « C’était pour répondre à la demande des consommateurs pour ce type de produits », se souvient Jérémy.

L’exploitation se convertit à l’agriculture biologique en 2011 et, en 2012, une chambre froide à pommes de terre et une chaîne d’abattage de volailles sont mises en place dans l’un des bâtiments historiques de la ferme, au cœur du village. Jérémy s’installe à son tour en 2013 avec le double projet de faire de la pomme de terre transformée et des poules pondeuses. Pour ce faire, il réalise une nouvelle sortie d’exploitation sur un autre site isolé du village et fait construire un bâtiment comprenant trois espaces distincts : deux - totalement indépendants l’un de l’autre - abritant chacun 1 200 poules, et le troisième, situé au milieu, servant de chaîne de conditionnement pour les œufs.

L’année 2016 constitue un tournant pour la ferme Pflieger. « On a tout d’abord été contacté pour s’inscrire dans le Plan Bâtiment et ainsi remplacer nos bâtiments mobiles qui étaient vieillissants et plus fonctionnels », explique Jérémy Pflieger. Le projet est donc lancé de créer un autre bâtiment plus spacieux et plus confortable à côté du bâtiment de poules pondeuses. Le deuxième fait marquant de cette année 2016 est l’incendie, au mois de mai, du hangar abritant la chaîne d’abattage et la chambre froide des pommes de terre. « Du coup, on a entrepris la construction d’un nouveau bâtiment à côté des deux autres pour y mettre ces activités, mais aussi pour stocker le matériel et, prochainement, un atelier de transformation des pommes de terre », poursuit Jérémy Pflieger.

Une meilleure croissance pour les poulets

Ces deux ouvrages ont été mis en service à l’automne dernier. Celui destiné aux poulets de chair fait 850 m2 et se divise en six espaces distincts (avec des lots de poulets d’âge différents à chaque fois) et isolés les uns des autres. « Cela nous permet d’avoir des poulets en permanence tout en gardant un espace pour le vide sanitaire qui dure trois semaines. Si on avait fait une bande unique, on aurait eu une période de plusieurs semaines pendant laquelle nous n’aurions plus eu de poulet. Avec cette disposition, nous pouvons assurer une production continue », indique Jérémy Pflieger. L’exploitation reçoit 1 400 poussins toutes les trois semaines et en abat 420 par semaine. Avec les bâtiments mobiles de l’époque, elle ne pouvait abattre « que » 310 à 320 poulets par semaine.

Si les performances économiques ont été améliorées, le confort des animaux a lui aussi été bonifié. Comme le stipule la réglementation pour ce type d’élevage, il n’y a pas plus de dix poulets au mà l’intérieur du bâtiment, et le parc extérieur - obligatoire en élevage biologique - fournit au moins 4 m2 par poulet. « Du coup, on obtient de meilleures performances au niveau de la croissance des animaux, étant donné qu’ils ont plus de place pour se développer », précise le jeune agriculteur. Un tel confort a un prix. Ce bâtiment a coûté 350 000 €, dont une partie subventionnée par le Plan Bâtiment de la Région. « Et vu qu’on a six espaces indépendants à l’intérieur, tout est multiplié six fois : les ordinateurs, les distributeurs d’alimentation, etc. » La régulation de la température (avec des lanterneaux) ainsi que la gestion de l’alimentation ont été automatisés. Et dans quelques semaines, le confort sera encore amélioré puisque l’alimentation sera directement versée dans un silo via un quai de chargement. « Ça va clairement nous changer la vie », s’enthousiasme Jérémy Pflieger. « Un chargement assurera deux jours d’autonomie alimentaire. On gagnera encore en confort de travail. »

Visite d’exploitations sundgauviennes de Jean Rottner

« Il y a une vraie nécessité d’innovation »

Vie professionnelle

Publié le 19/01/2018

Elle a beau être très grande, la région Grand Est conserve plus que jamais la volonté de rester proche de ses territoires et de ses agricultures. Une ambition que son président, Jean Rottner, n’a pas manqué de rappeler samedi dernier lors d’une visite d’exploitations sundgauviennes en présence d’élus locaux et des OPA. « Nous sortons d’une situation compliquée dans l’agriculture. Il était donc important de rappeler qu’il y a une volonté politique de maintenir toutes les agricultures sur nos territoires, que cela soit des filières longues ou courtes, qu’elles soient conventionnelles ou biologiques. C’est d’autant plus important quand on connaît l’importance de l’agriculture pour un territoire comme le Sundgau, mais également pour toute notre région », explique le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger. En effet, la région Grand Est génère directement plus de 8 milliards d’euros de chiffres d’affaires de production agricole, soit près de 15 % de l’agriculture nationale, le tout sur une surface de 3 millions d’hectares (soit 11 % des surfaces nationales).

Dans le Sundgau, ce sont principalement les exploitations de type polyculture élevage qui constituent l’agriculture du territoire, à l’image du Gaec Saint-Jacques, à Feldbach, cogéré par Christian Mona et Sébastien Stoessel. Ensemble, ils élèvent 140 vaches laitières qui produisent chaque année 1,25 million de litres de lait vendu à Sodiaal. À côté de cette activité historique, ils ont lancé en 2014 une activité de poules pondeuses en plein air pour répondre à la demande de la ferme Prim’Vert de Michelbach-le-Haut qui les conditionne et les commercialise à des enseignes de grande distribution. Cette activité de poules pondeuses représente aujourd’hui 60 % du chiffre d’affaires du Gaec Saint-Jacques. « On s’est lancé là-dedans parce qu’il y avait une demande et des besoins. Avant ça, on produisait des veaux de boucherie », précise Sébastien Stoessel. Grâce à cette activité de poules pondeuses qui fonctionne bien aujourd’hui, le Gaec est arrivé à atteindre un « rythme de croisière ». Pour autant, ses dirigeants se gardent bien de tout sentiment d’euphorie. « Avec la crise laitière, on est passé pas loin du burn-out. On a dû réduire notre personnel et vendre du matériel pour garder la tête hors de l’eau. Aujourd’hui, cela va mieux mais on sait que rien n’est jamais gagné. En cinq ans, on a perdu 40 000 euros d’aides Pac. Dans ce contexte, on tâche de maintenir le cap et de payer nos dettes », témoigne Sébastien Stoessel.

Les codes des circuits courts dans les circuits longs

Alors que l’affaire Lactalis secoue la filière laitière en ce début d’année 2018, le cogérant du Gaec - et accessoirement président de la commission élevage de la CAA - a tenu à rappeler « l’exemplarité » de son exploitation, que ce soit en termes de traçabilité, d’impact environnemental ou de bien-être animal. « L’alimentation de nos vaches laitières est sans OGM, nous récupérons l’eau chaude sur le tank à lait et nous avons un variateur pour économiser de l’électricité. Cet été, nous avons aussi installé une cuve de 12 000 litres pour récupérer l’eau de pluie destinée, entre autres, à nettoyer la salle de traite. Et la traçabilité de notre lait est irréprochable. » Une liste à la Prévert pour rappeler aux politiques le « sérieux » du monde agricole quand il s’agit de se remettre en question et d’évoluer. Dans cette optique, le Gaec Saint-Jacques envisage la possibilité de se convertir en agriculture biologique. « On a demandé une étude pour voir si c’était viable ou pas. Ce qui est compliqué quand on se lance là-dedans, ce sont les années de conversion. Donc on verra bien. Ce qu’on sait déjà en revanche, c’est qu’il faudrait garder une vingtaine d’hectares de maïs en cas de conversion. Quoi qu’on puisse dire sur cette culture, elle reste une sécurité pour de nombreuses exploitations alsaciennes », précise Sébastien Stoessel.

Sur l’écoulement de leur production en circuits courts, les deux cogérants du Gaec Saint-Jacques sont en revanche un peu plus catégoriques. « Chez nous, vendre notre production laitière uniquement par ce biais est impossible, tout comme notre production d’œufs. On en produit 30 000 par jour. Sur ce nombre, seuls 600 sont vendus chaque jour grâce à notre distributeur automatique accessible aux consommateurs. Les filières courtes sont une solution, mais ne peuvent pas être la solution pour tous », considère Sébastien Stoessel. Il est vrai qu’avec les différents scandales liés aux marges des grandes surfaces, ou les problèmes de traçabilité (lasagnes à la viande de cheval ou dernièrement Lactalis), les GMS et par extension les filières longues ont perdu un peu de crédit aux yeux du grand public. Un contexte qui favorise le « boom » de la vente directe. Pourtant, la grande distribution est plus que jamais « indispensable » à l’agriculture, note André Bastady, gérant de la ferme Prim’Vert. « Nous produisons des œufs alsaciens, plein air, pour le marché alsacien. Sans les grandes surfaces, nous ne pourrions pas les vendre à une telle échelle. » Un produit identifié, ultra local et de qualité mais vendu dans le « grand magasin », ou comment appliquer les codes des filières courtes dans des filières plus longues.

Une recette qui semble porter ses fruits à en juger par le succès des yaourts A Güeter, cette marque lancée par des éleveurs laitiers du Sundgau et de Lorraine. En un peu plus de deux mois, 150 000 pots ont été vendus dans 200 enseignes de grande distribution. Et d’ici quelques semaines, ce sont 1 000 enseignes qui les proposeront à leurs clients. Une réussite qu’a tenue à mettre en avant Michel Rohrbach, responsable de la section lait de la FDSEA du Haut-Rhin, et l’un des instigateurs de cette marque de yaourts pour le coup 100 % régionale. « C’est un vrai yaourt Grand Est, avec du lait d’ici et de Lorraine, transformé à Nancy et avec des saveurs de nos territoires comme la pomme cannelle ou la mirabelle. C’est un produit de qualité, qui a une bonne image et qui permet de rémunérer le producteur à 50 centimes le litre de lait. Avec lui, nos éleveurs sont de nouveau motivés, et surtout fiers de voir leurs produits si appréciés par le public. »

Associer le rural et l’urbain

Cette dynamique positive, les élus invités samedi matin ont également pu la constater au sein du Gaec de la Verdure, à Ranspach-le-Haut, dont ils ont visité la nouvelle nurserie. Un bâtiment moderne et confortable qui a bénéficié de l’aide aux investissements pour la modernisation des bâtiments d’élevage, dont 35 938 euros financés par les Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural). Un soutien loin d’être anodin car, comme tient à le rappeler Sébastien Stoessel, « l’aide de la Région détermine parfois si la banque nous suit ou pas dans un projet ». Il se félicite aussi que les démarches liées au Plan bâtiment sont plus simples pour les exploitants depuis qu’il est géré par la Région Grand Est. « En tant que responsables professionnels, on est moins sollicités par les agriculteurs. C’est là qu’on voit si cela fonctionne ou pas. Il faut que ça continue dans ce sens. Aujourd’hui encore plus qu’hier, on a besoin de ce Plan bâtiment. » De nouveaux projets vont en bénéficier prochainement assure Patrick Bastian, président de la commission agriculture à la Région. « Un centre de conditionnement d’œufs regroupant 21 éleveurs de volailles va bientôt ouvrir à Brumath. Cela démontre une nouvelle fois le dynamisme de cette filière en Alsace. » Tous ces projets qui voient le jour dans les élevages alsaciens sont autant d’initiatives à soutenir politiquement pour préparer l’avenir insiste le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « Dans les dix prochaines années, un éleveur sur deux va partir en retraite. C’est avec ce type d’initiatives qu’on peut redonner de la confiance aux jeunes qui souhaiteraient s’installer. »

La présence des élevages dans des territoires comme le Sundgau est un enjeu « vital » pour Jean Rottner. Mais pour maintenir cette activité agricole dans le temps, les exploitants devront innover d’une façon ou d’une autre. « C’est ce que montrent les différentes initiatives que vous nous avez présentées aujourd’hui. Il faut être agile pour créer de nouveaux produits et de nouveaux modes de commercialisation. Il y a une vraie nécessité d’innovation désormais, pas seulement technologique, mais bien plus vaste. Cette innovation, c’est aussi l’association du monde urbain avec le monde rural. On a tous besoin des uns et des autres. Et la Région Grand Est, plus que jamais, se doit de rester dans la proximité avec ses territoires pour les accompagner dans leur développement. »

Les vidéos