Syndicat viticole de Colmar-Houssen
« Il est temps d’organiser la relève »
Syndicat viticole de Colmar-Houssen
Vigne
Publié le 14/03/2018
Après quatorze années passées à la tête du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros se prépare à passer la main « en douceur » au futur vice-président amené à lui succéder. Celui-ci sera nommé dans l’année à venir et secondera André Ducros avant de le remplacer au poste de président. Charge à lui de « pérenniser le dynamisme et l’évolution de notre assemblée ». Âgé de 62 ans depuis quelques semaines, André Ducros vient de faire valoir ses droits à la retraite. La dernière assemblée générale du syndicat qui s’est déroulée le 23 février à la Maison des vins d’Alsace, à Colmar, a été pour lui l’occasion de faire un bilan de sa présidence. « C’était une expérience enrichissante. Et pourtant, je n’étais pas destiné au départ à devenir président d’un syndicat viticole », se souvient-il. À la sortie de ses études en 1975, il envisageait plutôt une carrière dans l’agriculture dans le sud-ouest de la France. « Mais la réalité, très souvent, vous mène à l’opposé des rêves. Et aujourd’hui, je suis un vigneron heureux. J’ai beau regarder derrière moi, il n’y a rien que je regrette. Ma plus grande satisfaction, aujourd’hui, est de voir la relève arriver et s’investir dans la bonne marche de notre syndicat. Les défis à relever sont immenses et nécessiteront un engagement de chacun d’entre vous. »
L’irrigation : un enjeu pour les prochaines décennies
Parmi ces fameux « défis », celui de l’accès à l’eau va clairement être incontournable à ses yeux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une commission « irrigation » a été créée au sein du syndicat viticole de Colmar-Houssen afin de réfléchir à cette question qui va devenir de plus en plus « problématique » aux yeux d’André Ducros. « On sait bien que l’irrigation finira par être incontournable pour nos vignes. Pas demain c’est sûr. Mais d’ici dix, vingt, ou trente ans, cela me semble inévitable. Nous allons devoir faire rentrer dans les esprits que l’irrigation n’est pas là pour gonfler nos rendements, mais bien pour sécuriser nos vignes et ne pas les laisser mourir. » André Ducros en est d’autant plus persuadé que c’est une pratique qui se « fait énormément » dans le sud de la France. « Le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, on voit bien qu’il existe. Cela fait plusieurs années que nos vignes souffrent. Si on continue comme cela, on ne pourra plus tenir. Encore plus sur la Harth de Colmar où les sols sont plus légers que sur les coteaux. Alors, c’est un dossier qui va prendre un certain temps pour évoluer. Il faut faire évoluer les cahiers de charges et que l’INAO donne son accord. La réflexion est en cours dans plusieurs syndicats viticoles alsaciens, dont le nôtre. »
« Finies les années fastes »
Les bouleversements climatiques représentent à n’en pas douter un enjeu primordial pour la pérennité du vignoble alsacien. Et si les épisodes de sécheresse pourraient être compensées par l’irrigation quand les conditions le permettent, la problématique n’est pas la même face aux épisodes de gel dévastateurs. Comme on a pu le voir lors des gels d’avril 2017, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si le secteur de Bennwihr et Sigolsheim a été particulièrement meurtri, celui de la Harth de Colmar situé juste à côté a été « relativement épargné » aux yeux d’André Ducros. « On a eu en moyenne 40 % de dégâts, on s’en tire pas mal. On a 60 ha touchés à moins 10 %, un peu plus de 200 ha touchés entre 30 et 50 % et une toute petite partie a été touchée à plus de 50 %. Ce qui est étonnant, c’est que le secteur proche des bâtiments Liebherr, connu pour sa sensibilité récurrente aux gelées, a été plutôt épargné. » Pour le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, cet épisode prouve que la nature « n’est pas domptable » et que rien n’est jamais « acquis » ou « intangible ». « Cela nous rappelle que nous sortons de trente années fastes au cours desquelles nous n’avions pas ou peu de problèmes de rendement et très peu d’aléas climatiques. C’est terminé aujourd’hui. » Finies aussi les vendanges qui démarrent trop tard pour le secteur de la Harth colmarienne. « Depuis la dernière récolte, on se cale sur les régions précoces et non plus sur les régions tardives. Ça faisait longtemps qu’on se battait là-dessus et l’Ava a fini par évoluer favorablement en ce sens. Du coup, on n’a plus de problème et on s’est rendu compte que les vendanges se sont bien passées pour tout le monde. Il n’y a pas eu d’abus de quelque sorte. C’est un dossier qui est aujourd’hui réglé et bien réglé », se félicite André Ducros.












