Auteur
Image

Nicolas Bernard

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Orages sur le vignoble

Le grand cru Schlossberg touché par la grêle

Vigne

Publié le 26/07/2018

Huit petites minutes. C’est le temps qu’il aura fallu à la grêle pour endommager le vignoble de Kientzheim et alentour. Il est 18 h 30, vendredi dernier, quand l’orage frappe le secteur de Kaysersberg. Au milieu de cet évènement climatique, un couloir de grêle s’établit de la Weiss pour s’étendre jusqu’aux vignobles de Mittelwihr et Riquewihr. Au milieu, tout le Schlossberg est touché à différents degrés. Les terroirs Altenbourg et Furstentum enregistrent moins d’impacts, avec des dégâts néanmoins significatifs. Au total, une centaine d’hectares sont touchés avec des pertes allant de 30 à 40 % au cœur de ce couloir dévastateur. Au vu des observations faites dans les parcelles, les rieslings ont un peu mieux résisté aux impacts que les différents pinots. Évidemment, cela « complique un peu les choses » pour la récolte à venir, analyse lucidement le président du syndicat viticole de Kientzheim-Kaysersberg, Patrick Schiffmann. D’autant plus que très peu de vignerons du secteur sont assurés contre ce type de risque. « Il faut dire qu’on a très rarement de la grêle au Schlossberg. Ce qui est arrivé là est un évènement exceptionnel qu’on ne s’explique pas. Bien sûr, il y a eu des épisodes de grêle par le passé, mais on s’en est toujours bien sorti. » Tout n’est cependant pas encore perdu pour les grappes touchées. Les viticulteurs attendent maintenant une période de chaleur (ce qui a été le cas pendant la semaine écoulée) et de sécheresse pour accentuer la cicatrisation stimulée par des traitements. « Et puis le millésime est généreux et précoce. Cela régule un peu les choses. Maintenant, il faut voir comment la maturation va se dérouler. En attendant, on va essayer de se serrer les coudes entre viticulteurs. »

Rachat de Haag par Colvemat

Développer un marché « premium » en Alsace

Vie professionnelle

Publié le 20/07/2018

Une page se tourne pour le groupe Haag. Après huit années passées à sa tête en tant que propriétaire et directeur général, Emmanuel Nebout a décidé de passer la main à Colvemat, une entreprise familiale française leader dans le quart Nord-Est dans les domaines de la manutention et des travaux publics. Une décision mûrement réfléchie par le désormais ex-patron de Haag qui restera néanmoins dans les locaux jusqu’au 31 janvier 2019 pour assurer la transition avec ses successeurs, Philippe Sesmat au poste de directeur d’exploitation, et Nicolas Pereira au poste de directeur général, déjà directeur général de Colvemat. « Dans tous les métiers, il y a des regroupements. Aujourd’hui, si on veut être performant, il faut des moyens financiers derrière. Pour faire du commerce, il faut du stock et plus de matériel de démonstration. Avec mon épouse, on se sentait de plus en plus isolés. On est arrivés au bout de nos limites », analyse lucidement Emmanuel Nebout. Mais pas question pour autant de céder l’entreprise à n’importe qui. Le repreneur espéré devait être solide financièrement, garant d’une certaine continuité pour les salariés, tout en étant adoubé par le groupe John Deere. Une équation qu’Emmanuel Nebout a pu résoudre indirectement par le biais de la marque JCB, la partie agricole étant vendue en Alsace par Haag, tandis que la partie travaux publics est assurée par Colvemat. « On a fait des affaires communes et on a appris à se connaître », se souvient Nicolas Pereira. Au fil des discussions, il apprend que le groupe Haag est à vendre. Désireux de se diversifier dans l’agriculture depuis plusieurs années, et bénéficiant de moyens techniques et financiers importants depuis son rachat par Groupe Europe Holding en 2012, Colvemat trouve l’opportunité qu’elle cherchait. Les discussions sérieuses démarrent début 2018. « On est allé voir John Deere avec Emmanuel afin de connaître leurs attentes pour l’Alsace », poursuit Nicolas Pereira. Haag étant le fournisseur exclusif de la marque dans cette zone géographique, l’aval du constructeur américain est indispensable. « Ils nous ont annoncé qu’ils souhaitaient renforcer leur présence en Alsace avec plus de ventes de machines, ce qui nous allait bien. Ils ont aussi apprécié notre connaissance de la distribution de machines. Et que ça soit pour des travaux publics ou pour de l’agriculture, les attentes sont toujours les mêmes : être capable de représenter dignement un constructeur sur un territoire donné. C’est notre philosophie en tout cas », indique Nicolas Pereira. Outre la volonté de John Deere de se développer dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, c’est le profil global de Haag qui a séduit le groupe Colvemat. « C’est une entreprise régionale bien implantée dans ses territoires, et qui bénéficie d’une certaine antériorité. Le fait que la partie irrigation y soit aussi développée nous a beaucoup plu, cela complète bien la partie machinisme », explique le nouveau directeur général de Haag.

La même équipe, de nouvelles ambitions

Colvemat ne s’en cache pas, ce rachat du groupe Haag constitue sa première vraie expérience dans le machinisme agricole. Et quitte à y aller, autant que ce soit avec les « meilleurs ». « Nous avons envie de travailler avec des leaders. John Deere en est un, Idrofoglia aussi. Du coup, on accepte qu’ils aient des exigences avec nous, tout comme nos clients agriculteurs. » Pour continuer à répondre à ces exigences et faire encore mieux que ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui, la nouvelle équipe dirigeante va s’appuyer sur l’ensemble des collaborateurs présents chez Haag. Qu’ils soient techniciens, commerciaux ou administratifs, tous les interlocuteurs habituels des agriculteurs et viticulteurs alsaciens resteront les mêmes. « Et s’il y a des manques, il faudra les combler », prévient Nicolas Pereira. Deux recrutements ont déjà été entérinés : un nouveau vendeur irrigation embauché le 11 juin dernier, et un nouveau chef d’atelier attendu sur le site de Marlenheim début novembre. Une base « sous-développée » en termes de capacités estiment Nicolas Pereira et Philippe Sesmat. « Nous devons lui donner les moyens de progresser. » Tous les autres sites (Sélestat, Hoerdt, Walheim et Volgelsheim) sont bien évidemment maintenus et seront eux aussi « optimisés » le cas échéant. Ces différentes agences profiteront de l’effet « groupe » offert par le rachat par Colvemat. « Elles vont pouvoir s’appuyer sur notre réseau qui bénéficie notamment d’un service support avancé. On va travailler sur de l’harmonisation, mais le cœur du métier restera toujours local », indique Nicolas Pereira. Cette « inexpérience » du milieu agricole a plutôt tendance à motiver Philippe Sesmat, lui qui doit emmener Haag dans la direction voulue par son nouveau propriétaire. En poste depuis seulement un an à Reims dans l’agence de Colvemat, mais bénéficiant, d’une solide expérience passée dans la grande distribution, il a accepté, sans hésiter, de rejoindre l’Alsace pour relever ce nouveau défi professionnel. Petit-fils de paysan et fils de fromager, il ne part pas non plus en milieu totalement inconnu. C’est d’ailleurs ses origines qui l’ont grandement motivé à prendre la direction de Haag. « J’aime le milieu agricole car il est simple et sans ambiguïté. J’aime aussi la proximité qu’il peut apporter avec les clients. Et puis je sais que je vais pouvoir m’appuyer sur une équipe compétente et expérimentée. En arrivant ici, j’ai rencontré tous les salariés et j’ai senti une belle énergie et une belle motivation. Je souhaite maintenant exploiter les capacités de chacun pour que Haag fasse partie des premiums en Alsace », annonce Philippe Sesmat. Une nouvelle page est prête à être écrite.

Forestiers d’Alsace

Le maintien des conseillers forestiers en question

Cultures

Publié le 17/07/2018

Pour les Forestiers d’Alsace, l’année 2017 a été la plus « éprouvante » de toute leur histoire. Lors de leur assemblée générale, le président, Jean-Marie Batot, n’a pas manqué de le rappeler dans son rapport moral. « Nous n’avons pas bénéficié des conditions favorables pour fêter les cinquante années du développement forestier en Alsace. » En cause, le licenciement économique en 2017 de cinq salariés. Une « dure épreuve » pour cette fédération qui regroupe les différentes associations forestières d’Alsace. « En effet, le licenciement contraint de ce personnel qualifié équivaut à la perte annuelle de 800 jours de conseils pour les adhérents et 80 années d’expérience cumulées », souligne Jean-Marie Batot. Très logiquement, cette forte réduction d’effectif a eu un impact « considérable » pour les conseillers forestiers de la Chambre d'agriculture qui ont subi une surcharge de travail d’animation et de conseil.

Des conseillers dont le statut a été fragilisé suite au décret Le Foll paru le 3 mai 2017, instaurant la mutualisation nationale de la Taxe additionnelle sur le foncier non bâti (TATFNB), et la création d’un nouveau service commun à la Chambre régionale et aux Chambres départementales de la circonscription appelé « Valorisation du bois et territoire ». En effet, celui-ci dispose à ce jour d’un budget de 1,142 million d’euros (M€) du Fonds national de solidarité et de péréquation financé par les Chambres d’agriculture départementales, et devrait être complété par le Fonds stratégique forêt bois alimenté par l’État. Une somme importante - obtenue grâce au soutien des parlementaires alsaciens et vosgiens - qui ne permet cependant pas à l’heure actuelle de consolider les quatre postes de conseillers forestiers en Alsace. Un enjeu « crucial », souligne le directeur des Forestiers d’Alsace, Daniel Wohlhuter : « Une réduction de l’effectif à trois provoquerait une déstabilisation de l’organisation actuelle qui s’articule autour de dix associations forestières locales. C’est pour cette raison que le financement de ce nouveau service doit être complété par des fonds européens et régionaux pour permettre le maintien des effectifs actuels, soit douze conseillers en Alsace Lorraine, dont les quatre de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Le Centre régional de la propriété forestière a prévu d’intervenir prioritairement en Champagne-Ardenne, et les communes forestières du Grand Est ont également besoin de ces fonds pour financer leurs chargés de mission. » L’assemblée générale de Forestiers d’Alsace a voté une résolution demandant pour sa prochaine réunion en 2019, une présentation de la répartition et des utilisations de la totalité de la TATFNB collectée en Alsace.

Secrets du Val d’Argent - Transformateur à Scherwiller

Une philosophie très « locale »

Vie professionnelle

Publié le 15/07/2018

Pour eux, la boucherie-charcuterie de qualité n’est plus un secret depuis longtemps. À Scherwiller, les frères Gilles et Thierry Adrian, et leur sœur Nathalie, appliquent quotidiennement un savoir-faire hérité de leur oncle et de leur père, qui avait créé une boucherie-charcuterie de village en 1972 à Rombach-le-Franc, puis en 1989 une première usine de transformation à Lièpvre, employant une douzaine de salariés, la charcuterie du Val d’Argent. Ils mettent un point d’honneur à ne travailler qu’à partir d’animaux issus d’élevages situés dans un rayon d’une centaine de kilomètres.

Une logique « circuit court » que Nathalie, Gilles et Thierry Adrian ont repris à leur compte lorsqu’ils héritent de l’entreprise familiale en 2003. Celle-ci comptait alors une quarantaine de salariés. Ils prennent la décision de racheter l’entreprise Safapac, spécialisée dans les plats cuisinés. Malgré cet investissement, ils se rendent rapidement compte qu’il leur faut encore plus de place pour se développer. Ils déménagent dans la zone d’activités du Giessen, à Scherwiller, en 2014, avec une cinquantaine de salariés.

Une clientèle à 90 % alsacienne

Aujourd’hui, leur boucherie-charcuterie, Secrets du Val d’Argent, compte une petite centaine de salariés et une production comprise entre 3 800 et 4 000 tonnes par an, répartie à parts égales entre l’activité boucherie et l’activité charcuterie. La clientèle, à 90 % alsacienne, est constituée par les GMS (40 %), suivies par les bouchers détaillants (30 %), les grossistes (15 %) et la restauration hors foyer (15 %).

Les animaux utilisés sont issus « d’achats locaux », une origine Grand Est au maximum. « Nos bovins viennent en majorité d’exploitations situées en Lorraine. On a du mal à trouver suffisamment de génisses et de bœufs en Alsace », justifie Thierry Adrian. Si auparavant, ils allaient chercher eux-mêmes les animaux dans les fermes, ils ont depuis délégué cette tâche logistique à un marchand de bestiaux, par manque de temps. « En fonctionnant avec des circuits aussi courts, on contribue à la qualité de nos viandes avec des animaux qui ne subissent pas le stress d’un long trajet. Sans compter qu’ils sont tous issus de bonnes terres d’élevage riches en pâturages. Ce qui fait qu’on s’y retrouve au final », continue Gilles Adrian.

Développer les produits en charcuterie

S’ils ne sont pas issus de formations bouchères comme leur père ou leur oncle, les frères et sœur Adrian ont en commun une connaissance avancée du monde l’élevage. « Nos parents avaient une ferme avec un élevage de salers et de charolaises. C’est un sujet qu’on a appris à maîtriser avec le temps. » Tout comme ils ont appris à utiliser les savoir-faire familiaux en matière de transformation bouchère et de confection de plats préparés. Un « secret » bien gardé qui leur a permis de continuer à se développer avec succès. Et ce n’est pas fini.

En participant à la première édition du salon Passion de nos terroirs, à Sélestat, ils espèrent bien se faire connaître davantage auprès de potentiels nouveaux clients bien sûr, et évidemment auprès d’éleveurs alsaciens en quête de débouchés. « On va essayer de développer davantage nos produits en charcuterie », souligne Thierry Adrian. Ils ont déjà commencé avec deux produits 100 % Alsace : un jambon cuit et une poitrine paysanne, toutes deux estampillées Savourez l’Alsace, Produit du terroir. « C’est vrai qu’on est bien pourvu en porcs en Alsace », constate Gilles Adrian. Concernant les bovins, son frère et lui se disent « toujours ouverts » pour établir des contacts avec de nouveaux producteurs. Encore faut-il résoudre le problème du transport de l’animal entre la ferme et l’abattoir. « Aujourd’hui, on a une logistique en place avec un marchand de bestiaux qui fait sa tournée dans les fermes lorraines avant d’aller à Holtzheim. Si l’éleveur est à 15 ou 20 minutes de l’abattoir, il pourrait emmener ses animaux avec la bétaillère. Mais pour les éleveurs qui sont dans le Haut-Rhin, ça risque d’être un peu plus compliqué tant qu’on n’a pas trouvé la solution adéquate », ajoutent les frères Adrian.

GDS Alsace

La retraite pour Éric Oesterlé

Vie professionnelle

Publié le 10/07/2018

Le 1er août prochain, le directeur du GDS Alsace, Éric Oesterlé, va laisser la main à Céline Zuber afin de profiter d’une retraite bien méritée. Ses collègues, amis et famille ont tenu à lui rendre hommage le 21 juin lors d’une petite cérémonie organisée dans les locaux de la Chambre d'agriculture, à Sainte-Croix en Plaine. L’actuel président du GDS Alsace, Patrick Bastian, a tout d’abord salué le côté « visionnaire » de Jean-Paul Schneider et de feu Jean-Paul Bastian, les anciens présidents des GDS du Haut-Rhin et du Bas-Rhin qui ont mutuellement pris la décision à l’époque d’avoir un directeur commun à leurs deux entités.

« On était deux petites structures, deux petits départements d’élevage. Un directeur commun pouvait apporter un plus », a expliqué Patrick Bastian. Un choix effectivement judicieux puisqu’il a facilité grandement la fusion des deux GDS départementaux en 2014. Patrick Bastian a salué la « belle amitié » qu’il a pu développer au fil des ans avec Éric Oesterlé, un homme « au très fort caractère », au côté duquel il a beaucoup appris tout au long de sa présidence du GDS du Bas-Rhin, puis de celui d’Alsace. Il faut dire que le futur néoretraité était devenu avec le temps un « expert » des questions sanitaires dans les élevages. Avant d’intégrer les GDS, il avait démarré sa carrière en 1978 en tant que contrôleur de laitier au sein de l’EDE. Il a intégré les GDS alsaciens cinq plus tard. C’est là qu’il a vécu progressivement des crises sanitaires « significatives » pour l’élevage alsacien : la fin de la brucellose et de la tuberculose, la crise de la vache folle en 1996 - une « claque » à ses yeux -, la crise de la fièvre aphteuse en 2001, la fièvre catarrhale en 2006 et le virus de Schmallenberg en 2011. Beaucoup de dossiers qu’il va désormais pouvoir laisser derrière lui pour se consacrer à sa « nouvelle vie » autour de son épouse, de ses enfants et petits-enfants, en soignant son jardin et en pratiquant sa nouvelle passion : le vélo.

Coopérative Agricole de Céréales

Pour des cultures durables ET rentables

Technique

Publié le 09/07/2018

Rentabilité et durabilité. Deux mots qui résument assez bien la politique de développement que la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) s’est fixée pour les prochaines années. Comme les autres entreprises de la filière, elle doit aujourd’hui répondre à une double équation : minimiser l’impact environnemental des pratiques agricoles tout en assurant un revenu pérenne et rémunérateur aux exploitants. « On a des solutions qui existent. Mais c’est à nous de les faire connaître et reconnaître », estime le président de la CAC, Jean-Michel Habig. C’est dans cet état d’esprit que le groupe coopératif a organisé, le 13 juin dernier à Chavannes-sur-l’Étang, une visite d’essais réalisés sur des cultures d’automne. Un rendez-vous articulé autour de plusieurs ateliers thématiques.

Le « meilleur potentiel » sans prendre de risque

Le premier, sur les variétés, a mis en relief une problématique nouvelle pour les producteurs d’orge : l’interdiction du Gaucho à compter des prochains semis. Pour lutter contre la Jaunisse Naissante de l’Orge (JNO) véhiculée par le puceron, il va falloir utiliser des insecticides foliaires. Au regard des essais effectués par la CAC, les résultats ne sont, pour le moment, pas très concluants. « Avant, on avait des semences enrobées avec le Gaucho. On ne s’occupait pas vraiment des pucerons. Maintenant, toute la stratégie va être à refaire », explique Joris Cuny, technicien du service Expérimentation et Marketing de la CAC. Un « grand bouleversement » s’annonce donc pour l’automne prochain. « Il faudra surveiller davantage les parcelles et appliquer un ou plusieurs traitements insecticides », prévient Joris Cuny. Une autre solution pour prévenir ce risque de JNO serait d’opter pour une variété résistante au virus. Sauf que les premières variétés qui sortent ne sont résistantes qu’à un type de virus. « Et si le virus mute, retour à la case départ. » Alors oui, l’orge est loin d’être la culture la plus représentée en Alsace. Mais comme le souligne si justement Joris Cuny, une JNO peut faire baisser le rendement de moitié.

Le plus gros des essais effectué par la CAC autour des cultures d’hiver concerne bien évidemment le blé. Dans toutes les variétés disponibles sur le marché, il faut réussir à extraire celles qui présentent le meilleur potentiel pour le climat et les sols alsaciens. Pour leurs essais, les techniciens de la Coopérative Agricole de Céréales se basent sur trois critères. En premier, la note fusariose. « On commence à s’y intéresser à partir de 5, 5,5 sur 10. Les meilleures étant notées à 6 actuellement », détaille Joris Cuny. L’indice de précocité est le deuxième critère de sélection. « On veut des blés qui commencent tard au printemps mais qui terminent très vite à cause des problèmes d’échaudage. » Puis vient en troisième la note septoriose qui doit au moins être de 5 ou 5,5 sur 10, sachant que les meilleures variétés sont notées 8 à l’heure actuelle. Mais si une variété présente tous les bons paramètres une année N pour être testée, ce n’est pas forcément le cas l’année suivante. « Ces notes évoluent au fil du temps. Plus une variété est utilisée, plus la septoriose sera en mesure d’être présente, et donc de s’adapter. » Le blé étant destiné à la meunerie, les techniciens de la CAC doivent accorder la plus grande attention au choix des variétés qui seront soumises aux essais. « Pour chacun d’entre eux, nous testons les mycotoxines ainsi que le taux de protéines. Nous étudions également beaucoup le milieu afin d’adapter la variété à la météo et au contexte », poursuit le technicien de la CAC. Comme l’indique Jean-Michel Habig, il faut arriver « au meilleur potentiel » sans prendre de risque pour l’adhérent. « C’est grâce à ces essais qu’on y arrive. »

Rien ne sert de surfertiliser

Une fois les variétés choisies, il faut tester les différentes manières d’en obtenir les meilleurs résultats avec une fertilisation maîtrisée et efficace. La fameuse « bonne dose, au bon endroit et au bon moment » prônée par le président de la CAC, celle qui permettra de diminuer l’impact environnemental tout en assurant à l’agriculteur des rendements et une qualité élevés. Mais avant de parler de modulation et de pilotage de la dose d’azote par drone, il faut déjà mesurer la courbe de réponse à la dose d’azote pour chaque variété et dans des conditions de sol homogènes afin de pouvoir identifier tel ou tel facteur et son influence. Sur cette parcelle de Chavannes-sur-l’Étang, une quarantaine de modalités ont été testées. La référence, c’est le témoin zéro avec la dose d’azote calculée (trois apports d’ammonitrate). « Avec cette dose N, on a l’optimal en termes de peuplement et d’aspect de la végétation, d’un point de visuel du moins. Après, c’est le comptage et l’analyse de la qualité qui déterminent les choix », explique Christian Jenn, responsable Innovation, Marketing et Solutions Adhérents (IMSA) à la CAC. À ce niveau, ce dernier constate des écarts entre ce qui est obtenu suite à des essais et le blé collecté. « En essai, avec la dose N, on obtient un taux de protéines de 12,7 %. En collecte, on n’est pas à ce niveau-là. Avec des années difficiles, on a tendance à surfertiliser au premier apport. L’objectif c’est de dire qu’on va compenser avec plus de végétation et plus de tallage. Le problème c’est qu’après on a plus assez d’azote pour terminer le cycle alors que le calcul de la dose est bon. Nous, en essai, on garde toujours une cinquantaine d’unités d’azote pour le troisième apport », développe Christian Jenn. Car au vu des essais menés par la CAC, rien ne sert de mettre plus d’azote que la dose N. En revanche, l’ajout de soufre au premier apport fait gagner en moyenne trois quintaux. « Nos quatorze essais vont tous dans le même sens. » Les essais effectués par la CAC en matière de fertilisation azotée permettent de dresser un autre constat : dans le cas d’un premier apport en ammonitrate suivi de deux apports avec de l’urée, on observe une perte de rendement de 2,6 q et une augmentation de protéines de 0,7. Avec deux apports d’ammonitrate et un dernier apport d’Utec, le bilan est plus positif avec un gain de 2,4 q et 0,2 de protéines. La même référence en sous-fertilisation à N-30 donne un gain de 4,7 q et de 0,2 en protéines. Si ces chiffres semblent bons, la courbe des produits nets de fertilisation montre néanmoins que le plus gros gain financier s’établit à la dose N.

Atteindre « l’optimum » grâce au drone

Maintenant qu’on y voit un peu plus clair sur le type de variétés ou la nature d’azote à utiliser, il est temps d’aller un peu plus dans le détail de chaque parcelle. Contrairement à ces essais menés volontairement dans des conditions homogènes, les sols habituellement pratiqués par les céréaliers haut-rhinois se caractérisent par une grande hétérogénéité. C’est là que la modulation de la dose d’azote par drone démontre tout son intérêt. Et rien ne vaut une démonstration réelle pour en appréhender le fonctionnement. Contrairement aux drones équipés de petites hélices que l’on retrouve un peu partout aujourd’hui, celui utilisé par la CAC se présente sous la forme d’une aile fixe avec un rotor à l’arrière. « On a la légèreté et la rapidité en même temps », souligne Nicolas Kress, responsable Terrain et télépilote du drone à la coopérative. L’engin peut voler jusqu’à 150 mètres d’altitude maximum. Il dispose d’une autonomie de quarante minutes environ, ce qui lui permet de faire 70 à 75 hectares en une seule fois. À chaque passage, il fait quatre photos (verte, rouge, infrarouge et proche infrarouge) sous plusieurs angles du même morceau de parcelle. Le tout est ensuite combiné dans une synthèse qui sert de base à la préconisation. Deux cartes peuvent être émises, une simplifiée et une détaillée. Tout dépend de l’offre à laquelle l’agriculteur aura souscrit. Les cartes peuvent être ensuite chargées dans le smartphone ou la console du tracteur si le tracteur est équipé en géolocalisation. Sur les quarante exploitations qui utilisent actuellement ce service au sein de la CAC, seules trois sont équipées en modulation automatique. « D’autres agriculteurs sont sûrement équipés mais ne le savent pas. Notre travail est de nous mettre en relation avec les concessionnaires et les constructeurs pour avancer là-dessus », indique Emmanuelle Gaering, chargée de projet solutions adhérents à la CAC. Cette modulation de dose par drone se scinde en deux vols : au stade « épi 1 cm » et au stade « 2-3 nœuds ». L’analyse faite par l’engin est complétée par des appels aux différents agriculteurs pour savoir si de la pluie était tombée au moment du deuxième apport. « Comme ça, on peut savoir si l’engrais a été assimilé par la plante. On peut ainsi estimer les unités encore disponibles dans le champ. Dans cet exemple, on va aller de 35 à 59 unités d’azote dans la même parcelle. La modulation vaut clairement le coup dans le cas présent. En ajustant ainsi, on pourra économiser l’engrais et atteindre les rendements et taux de protéines espérés », ajoute Emmanuelle Gaering.

Mini-foire aux vins de Colmar du 6 juillet au 25 août

La jeunesse au comptoir

Pratique

Publié le 08/07/2018

Devenue aussi incontournable que la « grande », la Mini-foire aux vins de Colmar s’apprête une nouvelle fois à faire découvrir les vins issus des cinq domaines de la ville. Dès ce soir, à 18 h 30 au Koïfhus, touristes et locaux pourront déguster les vins issus en grande partie du vignoble colmarien. C’est le domaine Schoffit qui ouvre le bal pendant les dix premiers jours. Il sera ensuite relayé par le Domaine de la Ville de Colmar, le Domaine Karcher, le Domaine Martin Jund et enfin le Domaine Jux qui fermera la marche à la fin du mois d’août. Comme l’an passé, les organisateurs ont diffusé affiches, flyers… et messages sur Facebook pour attirer le maximum de monde. Créée en 2017, leur page sur le réseau social égrène régulièrement des nouveaux fans. A-t-elle réussi à attirer davantage de monde sous le porche du Koïfhus ? « Difficile à dire », estime Alexandre Schoffit. « En revanche, on a constaté un petit rajeunissement des personnes qui venaient à notre rencontre. Pour nous, c’est une très grande satisfaction, surtout quand on sait que certains pensent que des événements comme celui-là ont un petit côté vieillot. » Et ce rajeunissement va de pair avec une volonté de découvrir les vins servis. « On voit que les jeunes apprécient mieux. Ils viennent goûter un verre et, si ça leur plaît, ils reviennent le lendemain avec des amis pour prendre une bouteille et la partager ensemble. C’est un changement de philosophie qu’on observe à cette foire mais aussi dans nos caveaux », poursuit Alexandre Schoffit. Ce regain d’intérêt de la part des jeunes générations est forcément vu de manière positive pour l’avenir de la foire. D’autant plus que les jeunes en question sont avant tout des locaux. « Si on n’avait que des touristes, je ne sais pas si prolongerait la foire de la même manière. Là, on sait que ça plaît aux Colmariens. C’est très gratifiant. »

3e édition d’Agriculture de demain

« Se projeter vers l’avenir »

Cultures

Publié le 08/06/2018

« Nous devons aller dans le sens du raisonné, de l’acceptable, pour laisser des perspectives heureuses aux prochaines générations. » Premier à prendre la parole lors de l’inauguration du salon Agriculture de demain, le maire d’Obernai, Bernard Fischer, donne le ton. Pour lui, cette manifestation créée en 2014 est là pour apporter des réponses à des enjeux « planétaires » comme la qualité des sols. Une problématique que la profession agricole a prise à bras-le-corps ces dernières années et qui dispose encore de grandes marges de manœuvre. Pour le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Wendlinger, la situation est simple : l’agriculture se trouve aujourd’hui à un tournant de son existence. « Les capteurs, la robotique vont révolutionner notre méthodologie. L’évolution technologique qui frappe à nos portes va nous permettre de pratiquer une agriculture plus efficiente, plus respectueuse de l’environnement et aussi plus efficace pour nos agriculteurs. C’est une évolution qui va répondre aux attentes sociétales. » C’est aussi une évolution qui n’a pas d’étiquette accrochée à son dos. À ce salon, on ne parle pas d’agriculture biologique contre un modèle plus conventionnel. Les solutions présentées se veulent transversales. Un élément essentiel aux yeux de Maurice Meyer, président d’Alsace Bio : « Nous sommes ici pour voir ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous différencie. C’est comme ça que notre agriculture pourra évoluer. »

À condition de sensibiliser les jeunes générations le plus tôt possible. C’est pour cette raison que la manifestation est organisée depuis ses débuts dans l’enceinte et à proximité des lycées agricoles (Rouffach en 2014 et 2016, Obernai cette année). « Pour nos élèves, c’est une manière d’apprendre autrement. On montre, de manière concrète, ce qui est de l’ordre du réalisable et de l’ordre du non réalisable », souligne le président du lycée agricole d’Obernai, Franck Sander. Reste à profiter de la dynamique existante autour de cette manifestation pour faire des émules dans toute la région. C’est en tout cas l’attente glissée par le président de la Chambre d'agriculture de région Grand Est, Jean-Luc Pelletier. « Ce salon permet à tous les agriculteurs de s’améliorer. Je souhaite qu’il prenne de l’ampleur à l’échelle de notre grande région qui devra résoudre deux défis majeurs : améliorer les revenus de nos agriculteurs tout en répondant aux attentes des consommateurs. » Le député de la sixième circonscription du Bas-Rhin considère pour sa part que ce salon permet à toute la profession de se projeter dans l’avenir. « Il n’y a pas de secteur qui changera plus que l’agriculture. Il y aura des réflexions différentes avec des manières de produire différentes. Mais l’objectif restera le même : nourrir vos concitoyens et continuer à enrichir l’économie. Et nous avons un défi ici, en Alsace, c’est de trouver les voies du développement tout en consommant moins d’espace. Cette réflexion démarre ici. »

Grand concours des vins d’Alsace de Colmar

« La donne a évolué »

Vigne

Publié le 06/06/2018

La 47e édition du grand concours des vins d’Alsace de Colmar a eu lieu le 25 mai au Parc des expositions de Colmar. Déjà en baisse l’an passé, le nombre d’échantillons présentés cette année a encore diminué pour descendre sous la barre des 1 000. En 2014, on comptait encore 1 302 échantillons testés et comparés par les jurés. On remarque ainsi que la part de vins issus de vignerons indépendants a baissé de 7 % depuis cette date, tandis que la part des vins provenant des coopératives a légèrement augmenté (29,9 % en 2013, 35,6 % en 2018), et celle provenant des négociants est restée stable autour des 30 %. La proportion des cépages en compétition a, elle, peu évolué depuis 2014. Le riesling reste le plus représenté devant le pinot gris et le crémant qui occupent les deuxième et troisième places du podium. Pour la deuxième année consécutive, on constate aussi que le nombre d’entreprises en compétition est au-dessous de la barre de 100 (95 contre 96 en 2017). En 2014, on en dénombrait 130, et encore 116 lors du concours 2016.

Une diminution qui peut s’expliquer par une suite de millésimes faibles en volumes, mais pas que. Comme l’explique le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Gilles Neusch, l’offre en matière de salons et de stratégies commerciales s’est élargie depuis plusieurs années. « Avant, la médaille était le principal vecteur de communication. Aujourd’hui, avec les notations sur internet, les guides, les segmentations de gamme que chacun décide de faire, la donne a complètement évolué. » Venant après des concours plus renommés comme celui de Paris ou celui de Mâcon, le grand concours des vins de Colmar devra d’une manière ou d’une autre réussir à trouver sa place dans la nouvelle stratégie de valorisation des vins d’Alsace enclenchée par l’interprofession. « Nous avons quand même la chance d’avoir une vraie identité de marque, avec une terre de référence pour les vins blancs et tous les terroirs du monde. On doit être capable de valoriser fortement cette richesse. Et c’est ce que doit permettre ce concours pour les consommateurs de vins d’Alsace », estime le directeur du Civa.

Ce dernier reconnaît néanmoins que la grande partie des opérateurs présents à ce concours sont tournés en majorité vers le marché de la grande distribution. « Mais pas que », s’empresse-t-il de rajouter. « Il y a aussi des vignerons indépendants qui concourent pour avoir une distinction à montrer à leurs clients, aux journalistes ou sur les réseaux sociaux. Cela reste une façon supplémentaire de se distinguer. Pour beaucoup, c’est un événement d’entreprise qui permet de valoriser tout le travail fait en interne par les équipes. Et puis, cela permet toujours de jauger la qualité réelle de ses vins, et de se positionner par rapport aux confrères. »

Les vidéos