Auteur

Florence Péry

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Emploi

Un job dating pour recruter des vendangeurs

Vigne

Publié le 15/07/2022

Mettre en relation des personnes touchant le RSA (revenu de solidarité active) avec des viticulteurs à la recherche de vendangeurs : tel était le principe du job dating organisé le 7 juillet à l’espace Saint-Joseph de Molsheim. La collectivité européenne d’Alsace (CEA), à l’initiative de cette opération, n’en est pas à son coup d’essai. Son président, Frédéric Bierry, est venu la présenter aux bénéficiaires du RSA présents ce matin-là. En leur permettant de cumuler leur salaire de vendangeur et les quelque 500 € qu’ils perçoivent mensuellement, la collectivité espère les intégrer ou réintégrer dans le circuit de l’emploi et leur donner une chance d’accéder à un poste pérenne. Car la viticulture, comme l’agriculture, est un secteur qui propose « des emplois de proximité, en extérieur ». Ces trois à quatre semaines de vendanges peuvent donc constituer « une porte d’entrée » vers la viticulture, qui a « des besoins de salariés toute l’année ».

Président du Synvira, Francis Backert précise les attentes des vignerons qu’il représente : pour faire les vendanges, la ponctualité est requise, de même que le souci du travail bien fait lors de la coupe et du tri du raisin. « La qualité, c’est une notion à avoir dès le premier coup de sécateur, dit-il aux candidats. C’est justement pour rentrer une vendange de qualité que les vignerons privilégient la récolte manuelle, pourtant plus coûteuse que la récolte mécanique. Les vendanges sont aussi un travail d’équipe et un véritable terrain de mixité sociale, argumente Francis Backert, qui met en avant la simplicité et la convivialité des échanges entre vendangeurs. « Il n’y a pas mieux pour se remettre le pied à l’étrier. »

Un suivi jusqu’aux vendanges

70 candidats étaient annoncés durant la journée. Un chiffre « très satisfaisant », selon Pierre Kustner, pilote emploi à la CEA. Chacun s’est vu proposer un entretien avec un opérateur de la CEA, afin de vérifier son aptitude aux vendanges et en fonction du résultat, une liste de contacts de vignerons proches de son domicile lui était fournie. « Nous les suivons jusqu’aux vendanges », précise Pierre Kustner. Les candidats pouvaient également s’informer sur les possibilités d’emploi en agriculture et viticulture hors de la période des vendanges auprès de Sébastien Libbrecht, responsable du service formation-emploi de la Chambre d’agriculture Alsace.

L’an passé, une opération similaire avait permis de mettre en relation une quarantaine de bénéficiaires du RSA avec des vignerons, selon la conseillère d’Alsace du canton de Molsheim, Chantal Jeanpert. Avec une situation qui s’améliore sur le front de l’emploi et de nombreux secteurs en tension, le recrutement des vendangeurs s’annonce encore plus difficile cette année. « Nous sommes dans le triangle d’or de Molsheim-Obernai où il y a 10 % d’emplois en plus que de population active. Il y a une réelle concurrence sur la main-d’œuvre. Mais malgré tout, il y a des personnes qui préfèrent travailler au grand air », relativise le président du Synvira. Si la pénurie de salariés se confirme, certains viticulteurs pourraient faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, via des agences d’intérim spécialisées. « Cela se pratique dans d’autres régions. Mais avant d’en arriver là, nous devons d’abord donner sa chance à la main-d’œuvre locale. On a ce devoir sociétal. »

Science

Détection des virus de la vigne : quelles avancées ?

Vigne

Publié le 06/07/2022

Ingénieur virologue basé au pôle Alsace de l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), à Colmar, Jean-Michel Hily traque les virus de la vigne. Pour ce spécialiste de biologie moléculaire, la vigne n’était pourtant pas un champ d’études auquel il se destinait en première intention. C’est au cours de son post-doctorat, réalisé dans le laboratoire d’Olivier Lemaire, à l’Inrae de Colmar, qu’il s’est familiarisé avec cette plante qu’il considère comme « un hôte très intéressant » pour les virus. Pourtant, ceux qui l’imaginent disséquant des feuilles ou des fragments de ceps derrière une paillasse de laboratoire se trompent : Jean-Michel Hily passe l’essentiel de son temps devant un ordinateur à fouiller dans des bases de données à la recherche des séquences virales qui lui permettront d’étoffer les informations sur la diversité génétique des virus de la vigne. De quoi offrir « des possibilités infinies de recherche ».

Actuellement, près de 90 espèces virales infectant la vigne sont recensées. « On sait que ces virus sont présents, mais à l’exception de quelques-uns d’entre eux, qui ont un impact établi sur la vigne, on ne sait pas ce qu’ils font », indique le scientifique. Le GFLV (grapevine fanleaf virus) est l’une de ces exceptions : ce népovirus est responsable de la maladie du court noué. Même chose pour un autre népovirus, l’ArMV (arabis mosaïc virus). Le GLRaV (grapevine leafroll associated virus) quant à lui, est fortement suspecté d’être responsable de la maladie de l’enroulement par l’intermédiaire des cochenilles qui lui servent de vecteur. Les autres virus détectés n’ont, pour la plupart, pas d’impact connu. « On les a toujours considérés comme ayant un impact négatif, mais depuis 20 ans, on en est moins sûr, indique Jean-Michel Hily. On voit que certains éléments décrits comme potentiellement pathogènes ne le sont pas. C’est le cas de la flore intestinale par exemple. » Qu’ils soient sans effet sur leur hôte ou qu’ils aient d’éventuels effets positifs reste en tout cas à démontrer. « Il y a tout un champ de recherche à mener », reconnaît le chercheur, qui n’exclut pas la possibilité que certaines espèces virales vivent en symbiose avec l’hôte qu’elles infectent. Dans cette hypothèse, le virus et la plante auraient tout intérêt à vivre ensemble.

L’utilisation des techniques de séquençage haut débit a permis d’accélérer l’identification des nouveaux virus. « Il y a 15 ans, on en comptait une cinquantaine. Depuis, on en identifie trois à cinq chaque année », précise Jean-Michel Hily. Il a fallu attendre les années 2010 et la fin du séquençage du génome humain pour que ces techniques soient accessibles aux laboratoires travaillant sur les plantes. Grâce à la réduction des coûts, la connaissance des métagénomes environnementaux devenait possible, engendrant « une vraie révolution » dans le domaine de la recherche et de l’identification des virus, notamment ceux de la vigne. « Les techniques de séquençage haut débit sont les seules méthodes sans a priori », explique Jean-Michel Hily, par opposition aux méthodes précédemment utilisées : l’indexage biologique utilisé dans les années 1950, les tests Elisa qui lui ont succédé, puis les techniques PCR, arrivées dans les années 1990, qui nécessitaient de connaître les virus ou séquences virales recherchés.

Un laboratoire commun en projet

Pourtant, ces techniques peuvent être améliorées. « Dans le cadre d’une analyse faisant appel au séquençage à haut débit, il y a trois étapes : la préparation du matériel à séquencer (l’information génétique), le séquençage proprement dit et les analyses informatiques qu’il y a derrière », pose le scientifique. Si la seconde étape est bien maîtrisée, les deux autres méritent d’être affinées. Jean-Michel Hily prend l’exemple de l’échantillonnage, qui porte à ce jour très généralement sur l’utilisation de feuilles jeunes recueillies au printemps, et sur les différentes techniques d’enrichissement utilisées pour favoriser l’identification des virus. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le bois ou les baies, ou modifier la période d’échantillonnage pour étudier l’ensemble des génomes viraux présents au sein d’un échantillon ? Les techniques d’enrichissement actuellement mises en œuvre permettent-elles d’étudier efficacement les séquences d’intérêt ? Les protocoles bio-informatiques employés sont-ils les mieux adaptés pour identifier les séquences virales ?

La création d’un laboratoire commun entre l’IFV et l’Inrae permettrait de répondre à ces questions et de poursuivre les travaux de séquençage haut débit avec une meilleure efficacité. « Ce laboratoire, qui serait localisé au biopôle de Colmar, est en cours de discussion entre les deux instituts », confirme Jean-Michel Hily. En parallèle, les chercheurs ont recours au datamining, qui consiste à rechercher les virus ou les séquences d’intérêt dans des bases de données publiques mondiales. Le recours à ces gisements inexploités offre de nouvelles possibilités de découvrir des virus connus ou inconnus. L’avantage est que le séquençage a déjà été réalisé. En revanche, l’exploitation des données est dépendante de la qualité des informations intégrées à ces bases de données. « Avec le datamining, on n’a pas accès aux échantillons. Ce n’est pas un problème si on trouve des virus déjà connus, mais si on détecte un nouveau virus, on ne peut pas confirmer sa présence ou son existence », souligne le chercheur.

Cuma de l’Ehn

Une station de lavage et de remplissage des pulvérisateurs « au top »

Pratique

Publié le 02/07/2022

L’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim répond à plusieurs objectifs : elle a d’abord été conçue pour permettre aux utilisateurs de remplir et rincer leurs pulvérisateurs en toute sécurité tout en préservant la qualité des eaux superficielles et souterraines, a rappelé Francis Voegel, président du Syndicat mixte du bassin de l’Ehn (SMBE). Gérée par la Cuma de l’Ehn, qui réunit 28 agriculteurs pour une surface de 1 200 ha, elle leur facilite le travail et leur permet de réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisée de 10 à 15 % grâce à la présence d’un adoucisseur d’eau qui constitue sa principale innovation. L’installation comporte deux parties : une aire bétonnée pour le lavage des engins agricoles et une deuxième servant au remplissage et au lavage des pulvérisateurs. Toutes deux sont équipées d’un laveur haute pression. Un local technique abrite les équipements électromécaniques. Les effluents résultant du lavage des pulvérisateurs sont envoyés vers un phytobac, composé de deux tiers de terre et d’un tiers de paille, où les molécules phytosanitaires sont dégradées. Les eaux pluviales et celles provenant du lavage des engins agricoles sont dirigées vers un débourbeur et séparateur à hydrocarbures avant d’être infiltrées.

Maître d’ouvrage du projet, le SMBE a travaillé en lien étroit avec la Cuma de l’Ehn jusqu’à l’aboutissement des travaux et la mise en service de la station en juin 2021. C’est maintenant la Cuma, présidée par Paul Fritsch, qui assure l’entretien et le bon fonctionnement du site. Une convention lui délègue la gestion des installations pour 15 ans. D’un coût de 338 844 € TTC, le projet a bénéficié d’une subvention du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), de 140 400 €. Le SMBE, qui a fourni le foncier, a participé à hauteur de 16 990 €, d’où un reste à charge de 125 000 € pour la Cuma, financé grâce à un prêt remboursable sur 15 ans. L’objectif était de limiter la charge pour les utilisateurs à 10 €/ha. « Nous y sommes », se réjouit Paul Fritsch, qui met en avant la dimension collective du projet, qui a permis de « retisser du lien entre les agriculteurs » et de mutualiser les coûts.

Formés à la réduction des doses

Depuis la mise en service de l’aire de lavage et de remplissage des pulvérisateurs, plus de 10 m3 d’eau souillée ont été recueillis et traités. Ce sont autant de volumes qui n’ont pas rejoint le réseau d’assainissement, souligne le président de la Cuma de l’Ehn. En parallèle, les membres de la Cuma se sont formés à la réduction des doses et à la technique des bas volumes auprès d’un spécialiste, Vincent Franquet. Tous ces éléments montrent que la profession agricole « est capable de suivre la demande de la société » de mieux prendre en compte l’environnement sans en passer par des mesures punitives, selon Paul Fritsch.

« Vous faites ensemble ce qu’aucun de vous n’aurait pu faire séparément », se réjouit Bernard Fischer, maire d’Obernai et président de la communauté de communes du pays de Sainte-Odile. L’élu souligne les vertus d’un travail en partenariat avec les agriculteurs pour faire aboutir des projets d’intérêt général comme celui de l’aire de lavage de Meistratzheim. Deux captages et quatre sources fournissent l’eau potable nécessaire pour couvrir les besoins des habitants de la communauté de communes. Deux forages ont été réalisés il y a une quinzaine d’années pour extraire de l’eau venant de plus loin, mais aucun n’a pu être exploité. Tout ce qui concourt à préserver la qualité des ressources en eau mérite donc d’être salué, relève Bernard Fischer. « L’écologie doit se faire avec les agriculteurs », abonde Robin Clauss. Le conseiller d’Alsace insiste sur leur rôle dans la production alimentaire à l’heure où le conflit entre la Russie et l'Ukraine expose à la famine des millions de personnes dans le monde.

Commerce

La cave de Beblenheim sort de sa réserve

Vigne

Publié le 27/06/2022

Directeur général de la cave de Beblenheim depuis deux ans, Philippe Wiederhirn est confronté à une question récurrente de la part des adhérents : pourquoi ne pas lancer une grande campagne d’affichage comme le font d’autres grandes entreprises du vignoble ? Cette question traduit leur légitime fierté : celle de produire, selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), les raisins qui donnent naissance à une large palette de vins reflétant la diversité des terroirs dont ils proviennent. Mais elle se heurte à une difficulté : jusqu’à présent, la cave de Beblenheim n’est pas présente dans les rayons sous une marque unique, mais sous une dizaine de marques différentes : Baron de Hoen, Storchengold, Heimberger, Eugène Deybach… Selon le circuit de distribution, l’enseigne, et même le type de vins dans le cas des crémants, c’est l’une ou l’autre de ces marques qui apparaît sur l’étiquetage. Cette dispersion engendre un déficit d’image que la quatrième coopérative vinicole d’Alsace cherche à corriger.

Alors qu’elle fête ses 70 ans d’existence, le moment était venu de réfléchir à une stratégie susceptible d’apporter une meilleure visibilité sur les marchés. L’enjeu est de trouver un positionnement « en adéquation avec nos volumes et avec la qualité de nos vins », résume Mathias Schneider, président de la cave depuis 2006. Les responsables de la coopérative ont fait appel à l’agence colmarienne Préambulles, agence de communication et de marketing spécialisée dans l’accompagnement des entreprises vinicoles. Le travail engagé depuis deux ans a débouché sur la création d’un nouveau logo et d’une nouvelle signature. Composé de cercles concentriques sur lesquels se superpose l’empreinte dorée symbolisant le grand cru Sonnenglanz, le logo se décline jusque dans la signalétique et dans l’habillage des bouteilles. L’identité de la cave, qui était peu mise en avant jusqu’ici, apparaît désormais clairement, imprimée sur un fond noir épuré qui se retrouve de la gamme « plaisir » à celle des grands crus en passant par la gamme « vieilles vignes et terroir ». En proposant une offre totalement transversale sous cette identité, les responsables de la cave espèrent susciter un effet de marque. Et à terme, pouvoir substituer le nom « cave de Beblenheim » aux différentes marques existantes. La substitution a déjà commencé avec les vins vendus aux particuliers dans les deux points de vente de la cave sous la marque Heimberger, précise Philippe Wiederhirn.

Faire évoluer l’outil de production

Le déploiement de cette nouvelle identité n’est pas le seul projet de la cave qui n’a pas cessé d’évoluer depuis sa création en 1952. En rachetant la maison Pierre Sparr successeurs en 2009 et le vendangeoir de Dorlisheim en 2013, elle a accru ses surfaces pour atteindre 350 ha à Beblenheim et alentours et 180 ha à Dorlisheim et dans les villages proches. Les adhérents se sont engagés dans la culture raisonnée en 2003. Leurs efforts en faveur d’une production plus respectueuse de l’environnement ont été soutenus par la cave. Ils lui ont permis d’obtenir la certification HVE 3 pour l’ensemble de son vignoble en 2021. 23 ha sont certifiés en agriculture biologique, l’objectif étant d’arriver à une centaine d’hectares d'ici 2024, soit 20 % des surfaces.

La cave de Beblenheim souhaite également faire évoluer son outil de production. Elle dispose d’une capacité de cuverie importante, 75 000 hl, sans compter la microcuverie qui inclut de 43 cuves de 10 hl à 100 hl. Une capacité largement supérieure à ses besoins puisqu’elle vinifie environ 45 000 hl qu’elle commercialise entièrement en bouteilles. Son hall crémant lui permet de maîtriser toute la chaîne d’élaboration de l’effervescent, qui représente un tiers de sa production. Elle envisage d’investir dans un nouveau vendangeoir sur le site de Beblenheim. Il s’agira de moderniser le poste de réception et d’alimentation des pressoirs pour pouvoir travailler en vendange entière. Un investissement de l’ordre de 2 millions d’euros (M€) qui pourrait être opérationnel pour les vendanges 2024, selon le directeur général.

Sur le plan commercial, domaine placé sous la responsabilité de Bernard Wagner, la cave de Beblenheim se fixe pour objectif de baisser la part des vins d’entrée de gamme, de manière à mieux valoriser les apports de ses adhérents. « Aujourd’hui, nous sommes bien calibrés en termes d’encépagement », constate Philippe Wiederhirn. Même si le potentiel de production des grands crus, de l’ordre de 100 000 cols, est un peu excédentaire par rapport aux capacités de commercialisation. La cave entend continuer son travail de fond à l’export en particulier sur les marchés lointains (États-Unis, Canada) et sur ses marchés historiques de la Suisse et des Pays-Bas.

Méthanisation en Région Grand Est

Pour des projets liés au territoire

Vie professionnelle

Publié le 24/06/2022

« Dans le Grand Est, nous avons su créer une dynamique autour de la filière méthanisation en nous appuyant sur tous ses acteurs et en construisant de véritables partenariats avec l’Ademe, les chambres d’agriculture, GDRF, GRT, qui sont à nos côtés dans une démarche de développement durable. » Vice-président de la Région Grand Est chargé de l’agriculture et de la bioéconomie, Philippe Mangin n’a pas manqué de rappeler que le Grand Est est la première région française en nombre de méthaniseurs : fin 2021, 220 installations étaient comptabilisées, dont 80 % d’unités fonctionnant par cogénération (production d’électricité et de chaleur). Depuis 2020 toutefois, le parc des méthaniseurs en injection a plus que doublé. Ce mode de valorisation du biogaz représente l’essentiel des 150 à 180 projets en attente de réalisation, relève Philippe Mangin.

Si les avantages de la méthanisation sont nombreux, « son développement doit être encadré afin de maîtriser au mieux les externalités négatives », estime le vice-président de la Région Grand Est. Un point sur lequel tous les intervenants s’accordent. Celles-ci incluent la concurrence sur les terres agricoles, qui se trouvent soustraites à la production alimentaire, la pollution des sols et des zones de captage, les flux de camions, l’impact éventuel sur le paysage, les odeurs. Cette volonté de maîtriser les externalités négatives a conduit la Région Grand Est à se doter d’une stratégie régionale dès 2019. Celle-ci s’inscrit en cohérence avec les orientations régionales qui prévoient le triplement de la production d’énergies renouvelables « grâce à un mix énergétique dans lequel le biogaz a toute sa place ».

420 unités de méthanisation d'ici 2030

Une charte pour la méthanisation durable a été signée par tous les acteurs de la filière en Grand Est. L’objectif fixé est de 420 unités de méthanisation en fonctionnement d'ici 2030. Philippe Mangin le juge « raisonnable ». Les disponibilités en biomasse, biodéchets et effluents d’élevage permettraient d’être « beaucoup plus ambitieux », ajoute-t-il. Selon les estimations des chambres d’agriculture du Grand Est, 600 unités seraient possibles. La Région Grand Est intervient dans le financement des études de faisabilité. Celles-ci prennent en compte l’approvisionnement des unités - il faut éviter de perturber l’approvisionnement des filières d’élevage -, les zones de captage et les conditions d’épandage des digestats. Si les répercussions de la guerre en Ukraine ouvrent une période d’incertitude qui peut ralentir les projets, « nous restons pleinement mobilisés », assure le vice-président de la Région.

Constituée il y a trois ans, France gaz renouvelables est une association dont la vocation est de construire un pont entre le monde agricole et le monde de l’énergie. Olivier Dauger en est le coprésident - il est aussi président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Il voit la production de biogaz comme « la suite logique d’une exploitation » puisqu’elle valorise les effluents, les résidus, voire les couverts végétaux. C’est aussi « une filière qui amène des solutions par rapport à la transition agricole » en matière de climat et de carbone. « Très complémentaire de l’électricité », le biogaz offre l’avantage de fournir du digestat, un fertilisant précieux dans un contexte de renchérissement du coût des engrais. « Si l’on veut parvenir à une acceptabilité des projets, ils doivent être liés au territoire, aux gisements », relève Olivier Dauger. Une position largement partagée lors des tables rondes et illustrée par la visite, l’après-midi, de l’unité de méthanisation ABH de Wittersheim. Le président de France gaz renouvelables insiste également sur la nécessité d’offrir aux porteurs de projet « une lisibilité », « un cap ». Il regrette la réactivité insuffisante de l’État et le manque de perspectives au-delà de 2023.

Trouver le foncier pour de nouvelles unités

Pia Imbs, vice-présidente de Grand Est Europe et présidente de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), confirme l’intérêt de la collectivité pour le biogaz qui ne représente que 1 % de sa consommation d’énergie finale. « La production locale et à coût maîtrisé d’énergie fait consensus », dit-elle. Déjà, les biodéchets collectés dans l’Eurométropole sont transformés en biogaz dans une unité située à Oberschaeffolsheim. La généralisation du ramassage des biodéchets va conduire l’EMS à « avoir une démarche partenariale avec les agriculteurs », annonce Pia Imbs. Reste à trouver le foncier pour construire de nouvelles unités de méthanisation « plus ou moins importantes » et à faire accepter leur implantation aux riverains. D'ici 2025, le site d’Oberschaeffolsheim arrivera en effet au maximum de ses capacités.

À Bischwiller

Un projet d’irrigation collectif en bonne voie

Cultures

Publié le 10/06/2022

C’est un projet déjà bien avancé sur le papier, mais dont l’aboutissement n’est attendu qu’en 2023. Cinq adhérents de la Cuma La rurale, réunis en section, se sont engagés dans un projet d’irrigation collectif. « Ce projet va couvrir entre 30 et 40 ha de sols sableux, séchants, explique Loïc Schwebel, l’un des deux associés de l’EARL Vogt, à Bischwiller, qui est partie prenante. Toutes les cultures sont concernées : asperges, pommes de terre, grandes cultures, maraîchage… » C’est la disparition de 30 ha de terres agricoles suite à la construction d’un lotissement dans la commune qui en est à l’origine. « Le promoteur qui a construit le lotissement doit payer une compensation pour perte économique au monde agricole. La condition pour bénéficier de cette enveloppe de 170 000 € est de réaliser un projet collectif », précise l’agriculteur.

Spécialisée dans le maraîchage, l’EARL Vogt irrigue déjà une partie de ses cultures. « Nous avons des parcelles avec un puits et un réseau enterré. Mais nous en avons d’autres, situées un peu plus haut où nous n’avons pas la possibilité d’irriguer. Or, pour la rotation des légumes, il nous fallait amener l’eau là-haut. » Loïc sonde les agriculteurs de sa Cuma pour voir s’ils sont intéressés : il se trouve que plusieurs le sont. C’est ainsi que le projet prend forme, accompagné par Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace.

« L’enveloppe servira à subventionner le forage, l’amenée d’électricité, le réseau enterré, la pompe et les bouches », précise Loïc Schwebel. Les frais de fonctionnement (consommation électrique et frais d’entretien), eux, seront à la charge des utilisateurs. Les cinq agriculteurs concernés pensaient voir aboutir le projet en 2022, mais le déclenchement de la guerre en Ukraine en a ralenti l’avancement. « Les pièces de la station de pompage ont pris du retard, le raccordement électrique n’est pas encore fait, mais les tubes sont stockés, la pompe et le foreur sont commandés et l’entreprise qui creusera la tranchée interviendra en août, après la récolte de blé », détaille l’agriculteur.

Libre choix du système

Compte tenu de la profondeur de la nappe et des débits recherchés, le puits sera creusé à 50 m. L’installation sera dotée d’une pompe de 100 m3 immergée, donnant la possibilité d’irriguer, selon les cultures, avec un enrouleur à buse de 30 mm ou de 22 mm, avec une couverture intégrale ou avec du goutte-à-goutte. « Chacun est libre de choisir son système d’irrigation, voire d’investir plus tard s’il le souhaite, mais l’eau sera disponible à la parcelle. » Comme les débits d’eau demandés sont très variables - de 20 m3 à 100 m3/h - il est prévu d’équiper l’installation d’un automatisme géré par un variateur, permettant le retour de l’eau au puits en cas de débit peu élevé, notamment en début et en fin de saison. "C'était la principale difficulté technique dans ce projet. On aurait pu installer deux pompes et les faire fonctionner en solo ou en simultané pour pouvoir travailler avec des débits plus ou moins élevés, mais les agriculteurs souhaitaient une solution technique simple avec une seule pompe et un coût maîtrisé", indique Patrice Denis. Le choix du programme d’arrosage et de la pression se fera au moment de l’allumage de la pompe, à partir d’un téléphone portable, sans avoir besoin de se déplacer jusqu’au forage. Pour limiter les nuisances sonores, Loïc Schwebel et ses collègues ont fait le choix d’une pompe électrique. « C’est plus cher à l’achat, mais moins coûteux d’utilisation. Surtout quand on voit le prix du GNR… »

« C’est un beau projet, surtout pour ceux qui n’ont jamais irrigué », commente Loïc Schwebel. En attendant qu’il se concrétise, les membres de la section irrigation sont en pourparlers pour acheter un enrouleur en commun car certains adhérents n’en sont pas équipés.

Au Gaec du Vieux Moulin, à Hirschland

Happy Grass : une aide pour gérer le pâturage

Élevage

Publié le 31/05/2022

Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller, les deux associés du Gaec du Vieux Moulin, exploitent 180 ha de SAU, dont 99 ha de cultures et 5 ha de prairies temporaires. Le reste est constitué de prairies naturelles. La surface a récemment augmenté de 51 ha, suite à la reprise de terres d’un voisin agriculteur parti à la retraite. Avec 140 vaches laitières, le couple produit 1,15 million de litres de lait, collectés par la laiterie Unicoolait. « Ici, on a toujours pâturé », souligne Marie-Noëlle Muller. Même si l’orientation de l’exploitation est plutôt intensive - les surfaces étaient plus limitées, lorsque Jean-Jacques s’est installé, en 2003 -, les vaches ont toujours pâturé les parcelles situées à proximité de l’étable. Depuis trois ans, compte tenu de la taille du troupeau, celui-ci a été séparé en deux lots, dont un seul continue à pâturer. C’est le niveau de production et le stade de gestation qui détermine l’intégration, dans un lot ou dans l’autre : dans le premier lot, qui ne pâture pas, sont rassemblées les vaches dont le niveau de production est supérieur à 28 l/jour et celles qui ne sont pas encore confirmées pleines ; dans le deuxième lot, qui pâture, se trouvent les autres vaches. Le premier lot reçoit une ration équilibrée à 30-32 l et est complémenté au Dac, tandis que le deuxième reçoit une ration à 24 l, sans complémentation. Cette séparation en deux lots simplifie la conduite de l’alimentation et de la reproduction.

Pour pouvoir faire des projections sur la quantité d’herbe disponible, le couple d’éleveur utilise l’application Happy Grass, pour la deuxième saison consécutive. Cet outil permet, à partir des mesures de pousse d’herbe, de prévoir le stock d’herbe sur pied, dans les semaines à venir. C’est en fonction de ces prévisions qu’est prise la décision d’intégrer une parcelle dans le circuit de pâturage ou pas. Dans le cas du Gaec du Vieux Moulin, les projections sont facilitées par le fait que l’exploitation fait partie du réseau de mesure de la pousse de l’herbe mis en place par le groupe fourrage de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). La pousse est mesurée, chaque semaine, à l’aide d’un herbomètre.

Ne pas se faire déborder

En matière de pâturage, les années se suivent mais ne se ressemblent pas : une année pluvieuse, comme 2021, la pousse de l’herbe est telle qu’il faut veiller à ne pas se faire déborder. « L’an dernier, on a pâturé, jour et nuit, du 20 juin au 23 septembre, car il y avait de l’herbe disponible », expose Marie-Noëlle. Durant cette période, la pâture représentait 50 à 60 % de la ration, contre 40 à 50 % d’habitude. « On a commencé à quarante vaches, puis on est passé à cinquante vaches, pour tenir compte de la pousse de l’herbe », complète Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA, qui suit le troupeau du Gaec du Vieux Moulin. Huit génisses pleines sont passées après les vaches pour nettoyer les refus à partir du 20 juin, ce qui a permis de limiter la fauche des refus.

Cette année, le contexte météorologique est différent : le coup de froid de début avril, suivi d’inondations, a obligé Marie-Noëlle et son mari à sortir les vaches plus tard que d’habitude, soit le 12 avril. « Du coup, on a tout de suite sorti cinquante vaches et on les a fait pâturer au fil, pour éviter de gaspiller de l’herbe. Pour le moment, elles ne pâturent que le jour mais si le temps devient très chaud, elles pâtureront la nuit et rentreront à l’étable, en journée. » Seulement trois paddocks avaient été pâturés au 16 mai, soit l’équivalent de 3,5 ha. « Les vaches ont mis 25 jours à pâturer les trois paddocks. Selon l’application, il était temps de revenir sur le premier. Les mesures indiquaient entre 9 et 12 cm, ce qui est une bonne hauteur de retour », indique le conseiller en élevage qui pensait initialement intégrer 5 ha de plus au pâturage. Ces 5 ha ont donc été ensilés le 10 mai et les vaches sont revenues aux parcelles déjà pâturées une première fois. « On refera le point, début juin, pour voir si on a besoin de ces 5 ha ou si on les refauche », indique Philippe Le Stanguennec, qui a la possibilité de réaliser des simulations pessimistes ou optimistes, quant à la pousse de l’herbe. « En général, on fait des prévisions sur deux pas de quinze jours. Au-delà de quatre semaines, c’est trop aléatoire. » Quelles que soient les prévisions permises par l’outil, l’échange entre le conseiller et les éleveurs reste indispensable, pour arbitrer.

« Pas mal pour des prairies naturelles »

Au-delà de la gestion des pâturages, Happy Grass sert aussi de carnet de pâturage : il suffit d’enregistrer les dates d’entrée et de sortie de la pâture. Cette fonction est particulièrement utile aux éleveurs qui respectent un cahier des charges avec un nombre minimum de jours de pâturage, comme ceux qui produisent du lait de prairie. Une fonction cartographie permet de visualiser les différentes parcelles pâturées. Happy Grass offre aussi la possibilité de réaliser un bilan de fin d’année, qui reprend les différentes informations de la campagne : surface pâturée par vache, part de la pâture dans l’alimentation, proportion pâture/fauche, dans chaque parcelle. Ce bilan contribue à valider les choix et à envisager des adaptations pour la campagne à venir. À la ferme du Vieux Moulin, on observe ainsi qu’en 2021, les prairies pâturées ont fourni en moyenne 7 t d’herbe/ha, ce qui est « pas mal pour des prairies naturelles. Même sur les parcelles qui n’ont été que pâturées, on est entre 6 et 7 t/ha, ce qui traduit une bonne valorisation », juge Philippe Le Stanguennec.

Négoce

Arthur Metz cherche de nouveaux apporteurs

Vigne

Publié le 28/05/2022

Avec 53 000 hl, la récolte 2021 est l’une des plus faibles d’Arthur Metz qui a engrangé jusqu’à 78 000 hl dans le passé. Les deux tiers des volumes ont été réceptionnés à Scharrachbergheim, 5 % à Colmar et un petit tiers à Epfig. Entre 2021 et 2022, une baisse de 47 ha des surfaces d’apport est attendue. Elle est liée au recul du nombre de contrats : 50 contrats en moins en un an, en raison de l’arrêt d’activité de certains apporteurs, du refus de certains de passer en HVE 3, du non-renouvellement de contrats arrivés à échéance. La baisse des surfaces s’explique également par le fait que certains exploitants mettent fin à des baux à tiers, devenus trop difficiles à honorer avec la baisse des rendements.

À partir de la récolte 2022, 100 % des apports proviendront d’exploitations certifiées HVE, à l’exception des exploitations bio qui ne souhaitent pas s’engager dans une certification supplémentaire. La prime au kilo a été transformée en prime à la restructuration « pour aider les très petites exploitations à passer plus facilement » le cap : 101 exploitations ont bénéficié de ce forfait de 500 €. De nouvelles possibilités d’adhésion sont ouvertes, réservées à des exploitations certifiées HVE ou bio.

En 2021, l’entreprise de Marlenheim a vendu 12 millions de bouteilles, dont 7 millions de bouteilles de crémant et 250 000 bouteilles de grands crus. Elle est devenue la deuxième entreprise viticole d’Alsace avec 10 % des mises en marché. Elle est surtout le premier metteur en marché pour le crémant d’Alsace et cela depuis 1996, souligne le directeur Serge Fleischer. Ses ventes de vins tranquilles, qui baissaient depuis 2016, ont repris leur progression entre 2019 et 2021, d’où la demande faite aux apporteurs de réorienter une partie des raisins destinés au crémant vers les vins tranquilles. « En 2021, on n’a pas pris du tout de riesling pour le crémant. Le roi des cépages a plus sa place dans les vins tranquilles », argumente Serge Fleischer.

Une marque forte et innovante

La stratégie mise en œuvre depuis quelques années suite aux pics de récolte de 2016 et 2018 a consisté à restructurer la filière d’approvisionnement et à rééquilibrer les achats de vins et de raisins. Pour Arthur Metz, l’objectif était d’arriver à 80 % d’approvisionnement via la filière intégrée et 20 % d’achat sur le marché libre. Le rééquilibrage de l’approvisionnement - moins de gewurztraminer et de sylvaner, plus de cépages à crémant jusqu’à récemment - s’est accompagné d’une révision des conditions de production exigées. Le passage en HVE3 s’est avéré difficile pour les 180 apporteurs historiques exploitant 35 ares ou moins. Une partie a préféré jeter l’éponge face au coût et au surcroît de contraintes engendrés par cette certification. Baisse des rendements et baisse des surfaces ont réduit les volumes disponibles.

Le rebond des ventes et les ambitions affichées pour 2022 et 2023 risquent de tendre encore un peu plus la situation : avec 850 ha en production, Serge Fleischer table sur une récolte 2022 de 57 000 hl, alors qu’il en faudrait 35 000 de plus pour répondre aux besoins de mise en marché, estimés entre 92 000 et 95 000 hl. « Cela va nous obliger à contractualiser à l’extérieur », annonce Serge Fleischer. En trouvant notamment de nouveaux apporteurs. D’ores et déjà, l’entreprise s’est engagée à revoir le prix des raisins à la hausse pour 2022.

Faire d’Arthur Metz une marque forte, dynamique et innovante : telle est la stratégie de l’entreprise. Son directeur cite l’exemple de la nouvelle gamme de lieux-dits, lancée récemment, du Spritz, en rupture de vente au bout d’un mois de présence en magasin - il devrait à nouveau être disponible autour du 10 juin - et de la sortie imminente de deux effervescents sans alcool, un pinot noir et un chardonnay, et de deux crémants haut de gamme, dont un issu du Schieferberg (terroir de schistes).

Manque de bouteilles

Si les apporteurs voient leurs coûts de production grimper, il en est de même pour Arthur Metz. « On subit la même contrainte économique », souligne Serge Fleischer, qui cite l’exemple du prix de la bouteille multiplié par deux en trois mois. À quoi s’ajoutent d’importantes difficultés d’approvisionnement en matières premières. Le manque de bouteilles, par exemple, oblige à déprogrammer et reprogrammer les opérations de conditionnement. L’entreprise rencontre également des difficultés pour se procurer des étiquettes et des capsules. « Il faut commander les étiquettes à trois mois, les capsules à six mois. Et on n’a pas de perspectives pour les capsules à vis », signale le directeur d’Arthur Metz. Depuis 10 ans, la demande en verre creux a augmenté dans l’agroalimentaire alors que les sites de fabrication fermaient, ce qui engendre « une vraie situation de pénurie dans certains formats et certaines couleurs ». La guerre en Ukraine n’a rien arrangé, puisqu’un certain nombre d’entreprises d’aluminium ou de verreries sont installées en Russie ou en Ukraine. « Si cela ne s’arrange pas vite, on risque d’avoir des problèmes avant la fin de l’été », s’inquiète le directeur.

Opération fermes ouvertes 

« C’est quand même bon, le lait ! »

Vie professionnelle

Publié le 19/05/2022

« Vous avez que des vaches ? » « Comment il s’appelle, le veau ? » « Pourquoi celui-là, il n’est pas de la même couleur ? » Ce mardi matin, Thomas Iltis accueille une dizaine d’écoliers de l’école Pflimlin, de Val-de-Moder, près de Pfaffenhoffen. Âgés de 9 à 11 ans, Hugo, Serena, Kenza, Donovan et leurs camarades sont scolarisés en classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Leur enseignante, Hélène Hemmerter, participe pour la première fois à l’opération Fermes ouvertes avec ses élèves et deux accompagnatrices, Sandra et Geneviève. Pour les plus jeunes, cette visite est l’occasion « de voir des animaux de près, de les toucher », et de découvrir le cycle de vie de l’animal en passant de l’étable des veaux à celle des vaches au fur et à mesure de la matinée. Pour les plus âgés, qui seront bientôt amenés à choisir une orientation, c’est le moment - déjà - d’appréhender le milieu professionnel. La sortie servira également à retravailler certaines notions de géographie une fois de retour en classe, précise l’enseignante.

Aux enfants, l’éleveur explique pourquoi Tabouret - c’est le nom du veau - n’est pas laissé avec sa mère après la naissance et pourquoi les mâles sont vendus au bout de quelques semaines. Chaque veau qui naît sur la ferme est muni d’une carte d’identité, ajoute-t-il. « Si je le vends, la carte d’identité le suit et le nom du propriétaire change. » Les femelles sont d’abord placées dans des niches, puis à deux dans des boxes « pour qu’elles aient des amies ». À l’âge de 4-5 mois, elles sont transférées sur un deuxième site et reviennent à Mulhausen pour la mise bas. Des petites mains remplies de foin se tendent vers le museau des veaux, qui restent prudemment à distance des enfants. « Elles ne sont pas habituées à voir autant de monde. Mais elles sont contentes qu’il y ait un peu d’animation », rassure Thomas Iltis, avant d’enchaîner sur l’alimentation des veaux.

Le groupe se dirige ensuite vers « la maternité. C’est là que les vaches sont mises au repos pour attendre leur prochain veau. Elles produisent du lait quand on les trait, mais de moins en moins et puis ça s’arrête ». « Vous devez être vétérinaire aussi ? » interroge l’une des accompagnatrices. « Vétérinaire, mais aussi comptable, mécanicien, chauffagiste… s’amuse l’éleveur. Si une vache a un problème de sabot, je peux intervenir seul mais pour quelque chose de plus compliqué, il me faut l’aide d’un vétérinaire. » Dans l’étable où sont hébergées 48 laitières, Thomas Iltis attire l’attention du groupe sur le logement des animaux : les matelas en caoutchouc pour le couchage, les ventilateurs pour brasser l’air et le système de brumisation qui permet de rafraîchir les vaches quand il fait trop chaud.

Trouver une solution pour continuer l’élevage

« Elles sont libres de faire ce qu’elles veulent, de manger, de se coucher ou de circuler et d’aller se faire traire au robot », explique l’éleveur. Il prend une pleine poignée d’aliment qu’il tend aux enfants : de la luzerne, des bouts de tige de maïs, des graines de soja et de colza broyées. « On mélange tout pour qu’elles ne puissent pas choisir. Sinon, elles choisiraient ce qu’elles préfèrent. » Les écoliers n’ont pas épuisé toutes leurs questions. Mais il est temps de leur montrer le robot de traite. Thomas les fait rentrer dans le local technique, d’où l’on voit le bras du robot nettoyer les mamelles puis accrocher les trayons un à un. « Est-ce que ça leur fait mal ? » demande une fillette. « Non, sinon elles ne viendraient pas quatre fois par jour au robot. Et puis pendant la traite, les vaches reçoivent une friandise. » Et après ? « Le lait part dans une grande citerne de 3 000 litres. Il est réfrigéré à 3 °C. Le camion ramasse le lait tous les deux jours. »

Dans la laiterie, Christophe Dohrmann, l’associé de Thomas Iltis, rejoint le groupe. « Tu leur as parlé des cultures ? » Le temps est passé trop vite pour expliquer aux enfants que les deux agriculteurs cultivent 130 ha, dont une grande partie sert à l’alimentation du troupeau. De leur dire aussi qu’avec le départ à la retraite de son associé à la fin de l’année, Thomas Iltis va devoir trouver une solution pour continuer son métier d’éleveur. Jusqu’ici, les deux éleveurs louaient les bâtiments à un agriculteur aujourd’hui retraité. Des affaires d’adultes qui semblent bien loin des préoccupations des enfants occupés à déguster les bibelaskaes à la framboise offerts par Alsace Lait ou à goûter un verre de lait frais. Donovan tend son verre sans hésiter. Verdict ? « C’est quand même bon, le lait ! »

Élevage laitier

Coproduits : un levier pour limiter la hausse des coûts alimentaires

Élevage

Publié le 10/05/2022

Drèches de brasserie, pulpes de betteraves, okara (drêches de soja), corn feed… La présence, en Alsace, d’industries de transformation des produits agricoles facilite le recours aux coproduits dans l’alimentation du bétail. Les fabricants d’aliments les intègrent dans leurs formules en quantités plus ou moins importantes. Dominique Neige, lui, a fait du négoce de coproduits son activité. Depuis 2005, il les propose aux éleveurs sous forme de mélange réalisé directement à la ferme et conservé dans un seul silo (mélange Pollen). Certains éleveurs laitiers alsaciens en sont utilisateurs depuis une quinzaine d’années. La plupart d’entre eux étaient réunis le 23 mars à Kogenheim pour une réunion d’échanges animée par Stéphane Lartisant, ingénieur au BTPL (Bureau technique de promotion laitière).

Réduire l’impact environnemental

Au nombre des avantages de la ration Pollen, Dominique Neige cite une réduction des charges alimentaires et de mécanisation, ainsi qu’une diminution du temps de préparation et de distribution de la ration, qu’il chiffre à une vingtaine de minutes par jour par rapport à l’utilisation de produits stockés séparément. Autres atouts : une meilleure conservation et une reprise plus facile, liées à un front d’attaque qui avance vite. L’intérêt du mélange est aussi de valoriser l’intégralité du potentiel nutritionnel des coproduits, de diminuer les pertes, les écoulements et de réduire l’impact environnemental en utilisant plus de coproduits humides en ferme.

La composition du mélange Pollen, qui associe coproduits secs et humides, n’est jamais la même. « Le mélange rend visible ce que vous ne voyez pas dans l’aliment du commerce : les matières disponibles, le prix, comment on formule… », avance Dominique Neige. En contrepartie, l’arbitrage entre les différents ingrédients oblige les éleveurs à une certaine capacité d’adaptation. « Il y a un côté improvisation dans le chantier », ajoute le patron de Pollen, lié à l’acheminement en temps et en heure des différents ingrédients jusqu’à la ferme, où a lieu le mélange. Autre contrainte : celle de la place. Il faut en effet une plateforme pour mélanger les ingrédients. Lorsque les coproduits arrivent à la ferme, ils sont incorporés à l’aide d’une mélangeuse automotrice de 45 m3 qui permet de travailler des gros volumes rapidement.

Dominique Neige reconnaît que « le gisement de coproduits est un facteur limitant ». Il s’approvisionne en fonction des coproduits disponibles, avec le souci de ne pas participer à la surenchère sur les prix à laquelle se livrent certains opérateurs concurrents. Avec le groupement Les éleveurs de l’Est, il s’efforce de convaincre les industriels qu’ils ont intérêt à travailler avec les éleveurs de proximité pour minimiser leur empreinte carbone, plutôt que d’envoyer les coproduits à plusieurs centaines de kilomètres. Il travaille déjà en direct avec certains industriels, comme l’amidonnerie Tereos et la brasserie Meteor. Dans un contexte de hausse des prix du transport, il est d’autant plus important de valoriser les coproduits localement, insiste le négociant, qui plaide pour un partenariat renforcé entre éleveurs et industriels.

Une moyenne économique supérieure

Les résultats des élevages utilisateurs du mélange Pollen ont été comparés au sein d’un échantillon de 70 élevages alsaciens, parmi lesquels près des trois-quarts utilisent des coproduits (plus de la moitié distribuent seulement des pulpes). Ces coproduits permettent de compenser un manque de SFP (surface fourragère principale). Les utilisateurs de mélange Pollen sont les moins consommateurs d’ensilage de maïs avec 3 t de maïs/VL/an pour 1,1 t de pulpes/VL/an, relève Stéphane Lartisant. Les mélangeurs (mélanges Pollen et autres mélanges) devancent les autres élevages en matière sèche ingérée (plus de 6 t/VL/an contre 5,5 t pour les autres élevages) et ils consomment du foin. « Sans matelas fibreux, la consommation de coproduits est une catastrophe », note l’ingénieur du BTPL. À plus de 11 300 kg, la production annuelle par vache des éleveurs en mélange Pollen est nettement supérieure à la moyenne du groupe (9 500 kg/VL/an). La différence est encore plus spectaculaire si l’on considère la production par hectare de SFP : 7 000 l en plus. Les performances des élevages utilisant des mélanges livrés sont proches de la moyenne du groupe, voire un peu meilleures pour la production par ha de SFP.

En termes de coût et d’efficacité économique, les mélanges renchérissent le coût de la ration (4,65 €/vache traite/jour pour Pollen contre 4,27 € en moyenne), mais la moyenne économique dégagée est nettement supérieure (11 341 l/VL/an pour Pollen contre 9 507 l en moyenne). Sur tous les autres paramètres économiques - marge alimentaire/jour, marge brute/VL sur production et marge brute/ha sur production, les mélangeurs Pollen arrivent également en tête. L’écart est de 900 €/ha sur ce dernier paramètre. Le recours au mélange a d’autres impacts sur les pratiques, souligne Stéphane Lartisant. En engageant moins de SFP pour nourrir le troupeau, l’éleveur économise du fioul, des charges de mécanisation et allège potentiellement sa charge de travail.

L’utilisation des coproduits, si elle peut paraître contradictoire avec la recherche d’autonomie à l’échelle de l’exploitation, va dans le sens d’une autonomie du territoire, estime le représentant du BTPL. Certes, l’évolution actuelle du cours des matières premières - tourteaux de soja ou de colza par exemple - impacte le coût des mélanges : la hausse est de 103 € la tonne brute pour un mélange à 44,8 % de MS et 28,3 % de MAT contenant 70 % de coproduits humides. Cette estimation est basée sur un surcoût de 15 €/t pour les coproduits humides, ce qui est une hypothèse haute sachant que jusqu’ici (NDLR : jusqu’au 23 mars) ni le prix des drèches ni celui de l’okara n’a bougé. Pour de l’aliment du commerce à 28,3 % de MAT, la hausse est de 135 € la tonne brute à 88 % de MS. L’utilisation de coproduits limite donc l’impact de la hausse du coût des matières premières.

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