Auteur

Florence Péry

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Région Grand Est

Fruits, légumes et truffes : deux nouveaux contrats de filière

Vie professionnelle

Publié le 05/10/2022


Un nouveau contrat de filière a été signé le 23 septembre entre la Région Grand Est et la filière fruits et légumes. Il court jusqu’en 2025 et prend la suite du précédent contrat de filière, qui portait sur la période 2017-2021. La signature a eu lieu dans le cadre de l’inauguration du plus grand show des fruits et légumes de France, à Illkirch-Graffenstaden. Philippe Mangin, vice-président de la commission Agriculture, bioéconomie, viticulture et forêt, a profité de cet événement pour saluer l’organisation de la filière fruits et légumes du Grand Est, qui fait sa force. 1 000 dossiers ont été aidés dans le cadre du contrat de filière 2017-2021, pour un montant de 10 millions d’euros (M€).

Convaincue qu’il existe encore des possibilités de développement dans ce domaine, la Région continuera à soutenir ce secteur en donnant la priorité au renforcement de la compétitivité des exploitations, à l’installation et à la formation des jeunes, à la promotion des filières de qualité, à la recherche et l’expérimentation. Dans ce nouveau contrat de filière, qui porte sur un montant équivalent, la Région a revu les critères d’accessibilité, signale Bertrand Perrin, président d’Univers des fruits et légumes du Grand Est : les exploitations sollicitant des aides de la Région devront répondre aux exigences du référentiel HVE (Haute valeur environnementale). Si les grandes actions restent identiques à celles du précédent contrat, un nouvel investissement est éligible : la construction de bâtiments de stockage et de conditionnement des fruits et légumes. Sur ce chapitre, les aides de la Région Grand Est viendront en complément des aides européennes, précise Bertrand Perrin.

Redynamiser la production des truffes d’automne

Lors de cette inauguration, un autre contrat de filière a été signé : celui de la filière truffes d’automne. Ce contrat 2021-2023 est orienté autour de cinq enjeux, dont l’augmentation des surfaces de plantation pour maintenir le potentiel de production et redynamiser la filière. 15 ha de nouvelles truffières avaient été plantées lors du précédent contrat 2018-2020. Il vise également à former et à accompagner les trufficulteurs sur le plan technique et à renforcer les actions de recherche et de développement. La création de trois truffières pilotes de référence, dont une située à Wasselonne, s’inscrit dans ce cadre. Le contrat de filière inclut également des aides à l’amélioration de la structuration de la filière et au développement d’actions de communication autour des truffes du Grand Est.

En 2022, la Région Grand Est consacre plus de 112 000 € à cette filière, dans le but de la pérenniser. Un peu plus de la moitié de ce budget est affectée à 16 projets de nouvelles plantations pour une surface totale de 21 ha. Ces 21 ha sont essentiellement localisés dans l’ancienne région Champagne-Ardenne, précise Amandine Rivière, qui anime l’association. Quelques hectares sont situés en Lorraine, mais à ce jour, aucune nouvelle plantation n’est enregistrée en Alsace. La formation de nouveaux producteurs et l’appui technique qui leur est apporté mobilisent 25 000 € pour l’année en cours. La Région soutient aussi l’organisation de journées techniques collectives et de marchés aux truffes pour un montant de 24 000 €.

Stratégie

L’élevage à plein temps, voire plus

Élevage

Publié le 30/09/2022

Installé depuis 2011 à Schopperten, en Alsace Bossue, Lionel Reeb a concilié pendant 10 ans l’élevage avec un emploi de formateur pour adultes au CFPPA de Courcelles-Chaussy, à une heure de chez lui. Côtoyer des personnes ayant un projet professionnel - celui de devenir responsable d’exploitation agricole - lui a beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur le plan humain, dit-il. Son père prenant de l’âge, il quitte ses fonctions en juin 2021 pour revenir à 100 % sur l’exploitation. Celle-ci compte 215 ha, dont 70 % de prairies naturelles. Le reste de l’assolement comprend 30 ha de blé et de triticale, dont une partie du grain est vendue, et 35 ha de prairies temporaires. Depuis 2015, Lionel a augmenté la part des surfaces fourragères pour rester dans les contraintes de chargement de la MAE herbe, dont le mode de calcul a changé. « J’ai préféré réduire les céréales et garder la MAE, qui représente quand même une rentrée de 10 000 €/an, même si elle est plafonnée depuis deux ans », indique l’éleveur. Il ne regrette pas ce choix. « Maintenant que j’ai augmenté la part d’herbe, je suis tranquille en fourrage. » L’implantation de prairies temporaires apporte également des bénéfices agronomiques en coupant le cycle des adventices dans les terres labourables.

Si le parcellaire a peu évolué depuis son installation, le cheptel, en revanche, est passé de 80 à 130 vaches allaitantes et leur suite. Contrairement à ses parents, Lionel engraisse quasiment tous ses animaux, d’où une charge de travail grandissante pour prendre soin des 350 bovins. Il sait qu’à l’avenir, il lui faudra trouver une solution pour y faire face. La conduite du troupeau a été modifiée, suite à un épisode de BVD (diarrhée virale bovine) intervenu au moment de son installation. « Avant, on avait deux périodes de vêlage : l’automne et le printemps. Avec la BVD, on n’a pas pu mettre à la reproduction les vaches tant qu’elles avaient un veau IPI avec elles. Résultat : on s’est retrouvé avec des vêlages décalés l’année d’après. » Lionel et son père en ont pris leur parti, constatant que l’étalement des vêlages et la création de lots homogènes ont aussi des avantages. « Cela permet de diluer la pression sanitaire donc on a moins de problèmes de santé. Mais c’est aussi un atout en termes de trésorerie, puisqu’on vend des animaux toute l’année », souligne l’éleveur.

Un protocole sanitaire pour vacciner les bovins

Lionel s’impose une grande rigueur dans la conduite des lots, afin de garder de bons résultats de reproduction. Avec 0,91 veau vivant à 210 jours/vache/an, il se situe au-dessus de la moyenne régionale des élevages allaitants. La mortalité des veaux se situe à 6 % : c’est un point sur lequel l’éleveur est particulièrement vigilant et qu’il souhaite encore améliorer. « L’étalement des vêlages est un levier pour réduire la mortalité. Quand on a un petit lot de veaux malades, on arrive mieux à le suivre. » Lionel a aussi mis en place un protocole sanitaire avec son vétérinaire pour vacciner les bovins contre les principales maladies. Ce protocole, réactualisé tous les ans, tient compte des dates de vêlage et des risques. « Je vaccine beaucoup plus qu’avant : contre la BVD, contre les diarrhées néonatales et ponctuellement contre les pneumonies. » La mort foudroyante de plusieurs broutards l’amène également à vacciner contre l’entérotoxémie. Cette politique contribue à réduire l’usage des antibiotiques, dont l’élevage n’était de toute façon pas un gros consommateur.

L’EARL Rosylio est engagée dans plusieurs démarches de qualité qui lui assurent une meilleure valorisation de la viande : les femelles croisées, lorsqu’elles respectent le cahier des charges Prim’herbe (moins de 18 mois et plus de 290 kg de carcasse avec une alimentation à base d’herbe sans antibiotique et sans OGM), partent en filière qualité Carrefour, via l’Apal. Lionel en a placé 26 dans ce circuit l’an dernier, à 302 kg de carcasse en moyenne. 25 à 30 vaches de réforme partent annuellement en label rouge, ou sous label « Le goût de la proximité » vendu dans le rayon boucherie traditionnelle de plusieurs grandes surfaces de la région. Ces deux labels, qui ont chacun leur cahier des charges, assurent à l’éleveur une plus-value de 40 à 50 cts/kg de carcasse. Bien que les prix aient augmenté depuis un an et demi, quelle que soit la catégorie d’animaux, l’écart s’est resserré avec le cours de la viande standard. « Il y a deux ans, le différentiel était de l’ordre de 80 cts/kg de carcasse », constate Lionel. Malgré tout, il reste persuadé qu’ « il faut jouer le jeu. » Sa crainte réside toutefois dans la flambée des coûts de l’engrais, du carburant, mais aussi du matériel agricole, dont il ne sait jusqu’à quand elle va durer.

À Illkirch-Graffenstaden

Les fruits et légumes en majesté

Vie professionnelle

Publié le 23/09/2022


40 000 m2 de surface d’exposition en plein air, 30 tonnes de courges et de coloquintes, 20 à 25 tonnes de pommes et autres fruits et légumes, une centaine de variétés de tomates, 46 mini-potagers de 13 x 7 m avec 58 légumes différents… C’est un jardin vraiment extraordinaire qui a ouvert ses portes jeudi 22 septembre à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg. L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), fidèle à son habitude, a déployé les grands moyens pour cet événement dédié à la promotion des fruits et légumes. Le plus grand show de fruits et légumes en France - c’est ainsi qu’elle a baptisé l’événement - vise à la fois les scolaires et le grand public, souligne Pierre Lammert, président de l’Ifla et de la station d’expérimentation Planète Légumes.

Les deux premières journées, jeudi 22 et vendredi 23 septembre, sont dédiées aux classes de l’Eurométropole de Strasbourg. Les écoliers, de la maternelle au CM2, peuvent admirer, toucher, sentir, croquer les fruits et légumes sous toutes leurs formes, grâce à la quarantaine d’ateliers mis en place sur les stands à leur intention. L’interprofession a travaillé en amont avec les services de l’académie pour que la visite revête un caractère pédagogique et qu’elle s’inscrive dans les objectifs d’apprentissage des enseignants. 150 groupes étaient attendus. Samedi 24 et dimanche 25 septembre, la manifestation est davantage orientée vers le grand public.

Un jardin éphémère mais géant

« Ce sera une occasion unique de découvrir un jardin éphémère aussi grand », promet Fabien Digel, directeur de l’interprofession. Depuis mars, les professionnels s’activent pour semer, replanter, désherber, arroser et faire en sorte que les potagers et les vergers soient au meilleur de leur maturité durant ces quatre jours. Tortue, ours, chouette, crocodile… Des animaux reconstitués grâce à des structures métalliques de plusieurs mètres de haut garnies de courges et, de fruits et légumes colorés apportent un côté spectaculaire à l’exposition. Ils sont illuminés, lors des deux nocturnes du vendredi et du samedi (jusqu’à 23 h), qui débutent à 19 h 30 par un after-work, animé par le groupe Sawadee.

Des démonstrations de sculptures de légumes, des séances de contes, des spectacles autour des fruits et légumes et des conférences autour des questions de nutrition et de santé sont au programme de ces quatre jours. Il y est question de la place des fruits et légumes dans notre histoire culinaire (vendredi à 15 h, samedi à 16 h, dimanche à 14 h 30 et 16 h 45), des nouveaux enjeux du diabète (samedi à 14 h 30), mais aussi de ce qu’il faut mettre dans son assiette pour être en bonne santé (vendredi à 14 h). La nouvelle miss Alsace, Camille Sedira, anime plusieurs séances de dédicace sur le site (vendredi à 18 h et dimanche à 15 h).

De nombreuses manifestations culinaires autour des fruits et légumes sont proposées : jeudi et vendredi par le lycée hôtelier et le CEFPPA d’Illkirch, durant le week-end par la blogueuse Leïla Martin qui met son talent au profit des fruits et légumes d’Alsace. Ceux-ci sont également intégrés dans l’offre de restauration. Qu’il s’agisse des boissons ou des petits plats disponibles à l’espace restauration, l’Ifla privilégie l’origine locale : choucroute d’Alsace IGP, pâté en croûte-crudités, tarte aux pommes d’Alsace, bar à salade, jus de pommes-rhubarbe ou pommes-framboises spécialement réalisés pour l’occasion.

Plusieurs manifestations professionnelles se greffent sur le programme, dont les rencontres techniques de l’Irfel (association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes). Les producteurs de fruits et légumes d’Alsace et leurs partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace et de Planète Légumes fêtent également les 20 ans de la création de la station d’expérimentation, le jeudi soir.

Rien ne se perd

Compte tenu du nombre de visiteurs attendus - plusieurs dizaines de milliers - les organisateurs ont prévu quatre parkings. Trois exploitants ont mis à disposition des parcelles à cet effet. S’ils n’empruntent pas les transports en commun, les visiteurs pourront aussi laisser leurs véhicules sur le parking-relais tout proche ou, le dimanche, sur le parking d’Auchan Baggersee. L’Ifla a également été attentive au devenir des fruits et légumes utilisés pour cette manifestation : tout ce qui est consommable sera récupéré par la Banque alimentaire du Bas-Rhin, dont les locaux sont tout proches, et redistribué aux associations d’aide alimentaire.

Comptoir agricole

Houblon : les nouveautés techniques à l’ordre du jour

Cultures

Publié le 09/09/2022


Vendredi 19 août, une grande partie des producteurs de houblon a assisté à la réunion technique organisée par le Comptoir agricole sur le terrain. Sébastien Holtzmann, président de la commission houblon, Michèle Dauger et Bernadette Laugel, du service agronomie et environnement du Comptoir agricole, les attendaient sur une parcelle de l’EARL Fuchs, à Ohlungen, pour découvrir un nouveau pulvérisateur expérimental. Ce prototype a été conçu pour permettre de limiter le coût d’expérimentation des nouvelles molécules phytosanitaires. En effet, a expliqué Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement, avant qu’une nouvelle molécule ne soit homologuée, de nombreux tests sont réalisés sur la culture concernée. Le temps de ces tests, la récolte est détruite. « En houblon, cela multiplie par cinq le coût des essais. » D’où l’idée de concevoir un prototype permettant de réduire la surface pulvérisée et donc, de baisser les coûts. Un deuxième objectif est de pouvoir diminuer le volume de bouillie, sans nuire à la qualité de la pulvérisation.

Être proche de la ligne

Olivier Oberlin et Lionel Wendling, de la société Eurofins, partenaire du Comptoir agricole, ont présenté ce prototype doté de huit cuves, d’une cuve de rinçage et d’un mât de 8 m dépliable et réglable hydrauliquement. 16 buses plates anti-dérive à fente sont réparties le long du mât, ce qui permet de travailler sur toute la hauteur de la végétation. Les techniciens qui ont expérimenté ce pulvérisateur ont travaillé à un volume de 350 l/ha à 2 bars de pression. « Il faut être proche de la ligne et avoir un nombre de buses important pour pouvoir englober la ligne avec le produit et qu’il pénètre sous les feuilles », précisent les techniciens d’Eurofins. Tout en faisant en sorte de ne pas toucher le rang voisin. L’observation des gouttelettes sur un papier hydrosensible permet de constater que « même à 350 l/ha, on touche la cible ». L’expérimentation se poursuivra au moins durant trois campagnes, indique Christian Lux.

Deuxième étape de la rencontre, la visite de la banque variétale installée sur une parcelle entre Minversheim et Mommenheim. Cette banque variétale s’ajoute à celle d’Obernai, qui se compose de micro-parcelles. Mise en place en 2020, elle comporte 24 variétés, dont des variétés issues du programme de recherche variétale et des variétés commerciales. « Même si certains numéros sont arrachés chez le producteur, on garde toujours une ligne ici et une micro-parcelle à Obernai au cas où un brasseur nous demande la variété. On ne perd pas ce qui provient de la recherche variétale », précise Bernadette Laugel. La récolte se fait par ligne entière. Un échantillon de chaque variété est conservé et les données recueillies servent à alimenter le programme de recherche. Les participants ont pu comparer l’aspect des différentes variétés à quelques jours de la récolte et échanger sur leur comportement au champ.

Mildiou : un outil d’aide à la décision

Dans une parcelle de la SCEA Holtzmann, à Wingersheim, un piège à spores a été installé pour suivre l’évolution des contaminations de mildiou et adapter les traitements contre cette maladie. À terme, l’idée est de réduire l’usage du cuivre. Jusqu’à présent, les houblonniers se fient aux bulletins de santé du végétal (BSV) pour décider de leurs interventions. Ceux-ci sont alimentés par les observations des services techniques du Comptoir agricole et des organismes partenaires complétées par des modèles prévisionnels mildiou reposant notamment sur les précipitations et les températures. L’utilisation d’un piège à spores, relevé tous les jours, est une alternative mais « on ne se passera pas de traitements primaires à moins d’avoir des variétés résistantes au mildiou », prévient Bernadette Laugel, qui mentionne également le coût élevé de ce dispositif, qu’utilisent déjà les houblonniers allemands. Le coût d’acquisition est en effet de 6 000 €. En fonction de la périodicité, le relevé du piège et l’interprétation des résultats peuvent mobiliser une personne à raison d’une demi-journée, tous les jours du mois de mai jusqu’à la récolte, ce qui est très lourd.

Charençons, pucerons, altises, mildiou, oïdium, acariens… Dans son point sur la campagne en cours, la technicienne fait le tour des ravageurs et maladies qui s’en sont pris au houblon à compter du printemps. Rien de trop alarmant. La nouveauté, en revanche, a été l’apparition du bombyx antique qui a fait « énormément de dégâts dans quelques parcelles ». Leur ampleur a mis la filière en ébullition fin juillet. Il a fallu se mobiliser en urgence pour trouver des produits rapidement efficaces et homologués pour cette culture. L’AGPH (association générale des producteurs de houblon de France), qui a sollicité une dérogation dans le cadre des usages orphelins, l’a obtenue rapidement grâce aux bonnes relations qu’entretient la filière houblon avec les services de la DGAL (Direction générale de l’alimentation).

Complément de prix et hausse des charges

La récolte étant proche, des consignes sont données pour assurer la réception des balles de houblon dans de bonnes conditions. Les planteurs doivent veiller à livrer des balles de même poids et de même taille au sein d’un lot, pour éviter l’écroulement des piles de balles dans les halls réfrigérés. Marie-Line Hahn, du service qualité, sensibilise également les planteurs aux règles d’hygiène. Il s’agit de préparer la zone de travail avant la récolte et de travailler proprement pour éviter la présence de corps étrangers dans les livraisons. Les houblonniers veilleront également à sécher correctement le houblon pour que celui-ci se conserve.

Denis Fend, directeur général du Comptoir agricole, informe des compléments de prix accordés pour la récolte 2021, qui ont atteint jusqu’à 30 % pour certaines variétés. Ceux-ci ont à la fois concerné le houblon conventionnel et le houblon bio. Ils sont d’autant plus appréciés que les houblonniers, comme tous les agriculteurs, font face à une hausse des charges importante. Sébastien Holtzmann s’en est fait l’écho, mentionnant plusieurs rencontres organisées à ce sujet.

Finale départementale de labour du Bas-Rhin

Loïc Fischer et Victor Brumpter sacrés champions

Vie professionnelle

Publié le 29/08/2022


« Ça va être serré… » « Ça va se jouer à 1/2 point ou 1 point entre les quatre ou cinq premiers ». À quelques heures de l’énoncé du palmarès, Loïc Fischer et Romain Friess échangent leurs impressions en bout de parcelle. Candidats à l’épreuve de labour en planches, ils ont participé à la finale départementale de labour du Bas-Rhin, ce dimanche à Mussig. Représentant le canton de Wasselonne, Loïc Fischer est un participant de longue date aux championnats de labour. Il a déjà été qualifié deux fois en nationale en labour en planches. Romain Friess, lui, a été champion de France en labour à plat, avant de se mettre en quête d’un nouveau titre dans la catégorie adverse. Il porte les couleurs du canton de Truchtersheim. Les deux jeunes gens ont trouvé les conditions « relativement bonnes », même s’ils ont dû s’adapter à des conditions de sol très changeantes.

Deux parcelles plus loin, Nicolas Ventre, directeur départemental des territoires, examine le travail des laboureurs en compagnie d’Agnès Hardy, cheffe du service agriculture à la DDT. Il n’est pas expert en labour. Sa formation d’ingénieur agricole ne lui donne « aucune prétention », assure-t-il. S’il a accepté la présidence du jury, c’est qu’il peut compter sur les conseils de Freddy Bohr, ancien champion du monde de labour, qui l’accompagne durant la journée. « Vu la sécheresse, on pouvait avoir quelques inquiétudes quant au déroulement de ce concours. Mais je suis agréablement surpris. Il y a tout de même eu quelques pluies sur le secteur ces dernières semaines », constate Nicolas Ventre. Freddy Bohr ne s’attendait pas non plus à trouver cette humidité dans le sol. « C’est une chance. Sinon, on n’aurait pas eu ces sillons bien arrondis, cet enfouissement bien régulier. » Tous deux remarquent à quel point les 21 candidats sont « investis et motivés ».

« Chercher tous les points qu’il y a à récupérer »

« Il y a des bonnes parcelles et des moins bonnes, mais dans l’ensemble, c’est du beau boulot », commente pour sa part Alain Rinckel, membre du jury et double champion de France de labour en 2009 et 2014, originaire du canton de Soultz-sous-Forêts. Attentif à la rectitude des sillons et à la propreté du labour, il sait que, pour gagner, il faut aller chercher « tous les points qu’il y a à récupérer ». Avoir été soi-même champion de labour rend-il plus sévère dans la notation ? Pierre Kiffel, qui vient du canton de Truchtersheim, ne le croit pas. L’ancien champion de France en planches de 2006 pense qu’« en ayant vu plus de choses, on est peut-être plus objectif. On a une vision plus large » que ceux qui sont en lice ce jour-là.

Le suspense autour du nom des vainqueurs s’achève un peu avant 20 h. En labour en planches, où s’affrontaient 17 candidats, c’est Loïc Fischer qui remporte le championnat départemental, suivi de Romain Friess et Georges Staath (canton de Hochfelden). En labour à plat, le vainqueur est Victor Brumpter, du canton de Truchtersheim, suivi de Xavier Blatz (canton de Marckolsheim) et Thibaut Staath (canton de Hochfelden). Les deux premiers de chaque catégorie participeront à la finale régionale dimanche 4 septembre dans le Haut-Rhin.

Finale départementale de labour du Bas-Rhin

Les cousins Staath dans les starting-blocks

Vie professionnelle

Publié le 25/08/2022


« Ce sera ma huitième ou ma neuvième participation à une finale départementale cette année ». Georges Staath n’est plus sûr du nombre mais il se souvient que sa première départementale, « c’était à La Wantzenau ». À 26 ans, le jeune bûcheron n’a jamais réussi à se hisser sur la première marche du podium mais on peut, à coup sûr, lui décerner la médaille de la persévérance. Depuis quelques années, il finit second de l’épreuve de labour en planches, catégorie qui réunit le plus grand nombre de participants à chaque finale départementale.

Fils d’agriculteur, Georges a passé un bac pro CGEA (Conduite et gestion de l’exploitation agricole) au lycée agricole d’Obernai, mais il ne s’est pas installé sur l’élevage familial de Wickersheim, que dirigent son père et sa tante. Après deux années passées comme intérimaire au Comptoir agricole, il a bifurqué vers le secteur forestier. Entré comme apprenti à l’ONF (Office national des forêts), il a passé un bac pro Gestion forestière avant d’être engagé à l’agence Nord Alsace de l’ONF, où il officie depuis comme bûcheron et débardeur. Parallèlement, il a créé une entreprise de bois de chauffage. Mais il continue d’aider à la ferme, ce qui fait de lui un « triple actif ».

Une charrue numérotée

Georges a toujours aimé labourer. « Je viens d’une ferme où on laboure tout, c’est vraiment ancré chez nous. » Plus jeune, il a fréquenté des concours de labour. C’est en voyant des candidats à l’œuvre qu’il a eu envie de participer. « J’ai emprunté une charrue et un tracteur, puis en 2011, j’ai acheté ma première charrue, une Kverneland », raconte-t-il. C’est avec celle-ci qu’il est sélectionné pour sa première finale départementale. Il laboure avec, pendant cinq à six ans. « Mais le châssis me bloquait. Il me manquait toujours quelques points pour gagner. » Il décide d’acheter une charrue de compétition neuve. Toujours une Kverneland. Numérotée. « Depuis que je laboure avec celle-là, c’est plus simple », confie Georges. Le labour est une passion qui coûte cher : il contracte un prêt pour acquérir l’engin, qui coûte plus de 8 000 €. « Et encore, dit-il, le matériel, ce n’est pas ce qui coûte le plus. C’est le temps qu’on y passe. »

Car le jeune homme ne se contente pas de creuser des sillons. Sur sa charrue, il essaie d’améliorer « tout ce qui peut être amélioré » pour devenir plus performant au concours suivant. « Ce qui m’a bien changé la vie, c’est d’avoir installé un système pour relever les corps séparément, ce qui donne plus de facilité dans les ouvertures de sillon. » Ainsi, il peut aisément régler le niveau des socs de sa charrue. Cette charrue à 2 socs simples, il l’attelle à un tracteur de la ferme, un TL 90 New Holland auquel il a rajouté « pas mal d’équipements » : trois points hydraulique, stabilisateur hydraulique, chandelle… Tout ceci lui permet de régler plus facilement et en continu son matériel.

S’adapter à des conditions sèches

Mais le matériel ne fait pas tout : Georges sait bien que pour décrocher la victoire, il lui faut s’entraîner de manière intensive. « C’est le plus gros souci, je manque de temps pour le faire. Avec le bois de chauffage, il n’y a jamais de période creuse. » Logiquement, il s’est posé la question d’arrêter les compétitions de labour. « Mais, maintenant que j’ai acheté la charrue, il faut que je continue », raisonne-t-il, quand bien même il projette de construire sa maison, ce qui, là aussi, va l’occuper pendant quelque temps. À dix jours de la finale départementale, Georges continue donc à s’entraîner. Autant que sa triple activité le lui permet. « Le plus dur, ça va être de s’adapter aux terres, surtout avec des conditions aussi sèches. » Il prévoyait de participer au concours de labour du canton de Niederbronn-les-Bains, le week-end précédent à Oberbronn, histoire de se préparer pour le jour J.

À Oberbronn comme à Mussig, le jeune homme sera accompagné de son cousin Thibaut. De deux ans son cadet, Thibaut a passé beaucoup de temps à la ferme avec Georges et son frère lorsqu’ils étaient enfants. Lui aussi a fait des études agricoles à Obernai : un CAP production animale, puis un bac pro agroéquipement. Il travaille, maintenant, dans les travaux publics. Depuis que son cousin sillonne les concours de labour, Thibaut le suit. « Et j’ai fini par me lancer là-dedans aussi. Au départ, dans la même catégorie, puis, quand le frère de Georges a arrêté la compétition, j’ai repris sa charrue et j’ai changé de catégorie. » Il concourt désormais en labour à plat avec une charrue réversible 2 corps Kverneland et emprunte des tracteurs « à gauche à droite » pour s’entraîner. Pour la finale départementale, ce sera un tracteur Fend 312 prêté par un agriculteur de Zoebersdorf, à qui il donne parfois des coups de main.

S’entraîner davantage

« J’ai arrêté les concours ces deux, trois dernières années, mais, cette année, j’ai voulu me lancer à nouveau », explique le jeune homme, qui pour l’heure, n’a réussi à accéder en départementale qu’une fois, à Mietesheim. Cette fois-là, il n’a pas fini aux premières places car il ne possédait pas une charrue aussi sophistiquée que ses concurrents, pense-t-il. Mais cela ne le décourage pas. « Ce qui me plaît, c’est de participer, de rencontrer d’autres passionnés. On apprend à chaque concours, on peut se comparer aux autres », confie-t-il. Comme son cousin, il pense qu’il faudrait s’entraîner davantage pour percer. Il est aussi à la recherche d’une nouvelle charrue : « Avec celle que j’utilise actuellement, je suis au bout, elle ne me permet pas de faire plus. »

En matière de labour, Thibaut sait qu’il doit beaucoup à son cousin. « Il m’aide plus que je ne l’aide. On discute de ce qui ne va pas, de ce qui peut être amélioré », détaille-t-il. Georges, de son côté, ne rechigne pas à faire profiter d’autres compétiteurs de son expérience. « Si un jeune est intéressé, je le soutiens. Il y a tellement peu de gens que le travail de précision intéresse ! Je donne aussi des conseils à ceux qui commencent les concours. Je ne me vois pas faire autrement. »

Production de greffons et de porte-greffes

Le Civa cherche des partenaires hors AOC

Vigne

Publié le 23/08/2022


Depuis 1978, le service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa est en charge de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Son parc de vignes mères de greffons s’étend sur une trentaine d’hectares, répartis en 260 parcelles du nord au sud de l’Alsace. Il s’est lancé plus récemment dans la plantation de vignes mères de porte-greffes sur une surface de 2 ha. Pour des raisons sanitaires, l’interprofession a décidé, début juin, de développer son parc de vignes mères en dehors de la zone AOC. « L’objectif est de se prémunir d’un potentiel foyer de flavescence dorée », explique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. L’Alsace étant jusqu’ici épargnée par ce fléau, il faut veiller à ne pas l’« importer » par l’intermédiaire du matériel végétal. Cette précaution vaut aussi pour les maladies virales telles que l’enroulement et le court-noué ou les maladies dues à un phytoplasme comme le bois noir.

6 ha dans les trois prochaines années

« Nous nous sommes fixé comme objectif de trouver 6 ha dans les trois prochaines années, indique Arthur Froehly. C’est une première étape. Nous souhaitons mettre un coup d’accélérateur sur la recherche de nouveaux partenaires car le parc de vignes mères au sein de l’AOC se réduit. Nous testons régulièrement les vignes mères. Dès qu’on détecte de l’enroulement ou du court-noué, on radie la parcelle concernée et on n’utilise plus les bois qui en sont issus. » L’an dernier, ce sont ainsi 2 ha de vignes mères de greffons qui ont été écartés : une majorité pour des raisons sanitaires, le reste pour cause de vieillissement, sachant que la durée de vie ordinaire d’une parcelle est de l’ordre de 20 à 25 ans. « Pour pouvoir répondre à la demande des pépiniéristes viticoles, il nous faut un parc suffisamment dimensionné », résume encore le responsable du pôle technique du Civa. Les difficultés d’approvisionnement en greffons rencontrées sur la campagne 2021-2022 plaident plus que jamais dans ce sens.

Pour être éligible, une parcelle doit remplir certaines conditions, en plus d’être située hors de la zone AOC : « Elle doit être éloignée au minimum de 500 m, voire 1 km du vignoble et ne pas avoir porté de vignes. Nous serons attentifs à ce qu’il n’y ait pas de vigne ensauvagée, par exemple. » Une fois la parcelle retenue, le SPMC envisage deux scénarios selon la motivation du partenaire : soit il met simplement sa parcelle à disposition en échange d’un loyer, auquel cas le Civa prend en charge la plantation et délègue l’entretien à un prestataire ; soit il s’implique dans la culture et touche le revenu de la production de greffons. Dans ce dernier cas de figure, sachant qu’un hectare de vigne mère de greffons produit entre 270 et 450 fagots de 1 000 yeux à 30 € HT/fagot, il peut espérer une rémunération comprise entre 8 100 €/ha et 13 500 €/ha. « C’est une diversification possible pour une exploitation qui n’est pas forcément viticole mais qui est prête à investir dans un matériel adapté », souligne Arthur Froehly. Le SPMC ne fixe aucun minimum de surface, ni de limite de distance par rapport au vignoble. « Si des producteurs du Sundgau ou du Kochersberg sont intéressés, ce n’est pas un problème. Entre plusieurs candidats, le choix se fera en fonction de différents paramètres, notamment par rapport à la situation actuelle du parc de vignes mères et de la capacité des candidats à prendre en charge et entretenir les vignes. »

Un protocole sanitaire à respecter

Pour limiter le risque de contamination, ces candidats devront respecter un protocole sanitaire incluant, pour ceux qui cultivent déjà des vignes, le nettoyage du matériel avant l’intervention dans les vignes de production de bois ainsi que le port de vêtements et de chaussures dédiés pour éviter de transporter des larves d’insectes d’une parcelle à l’autre. « L’objectif est de produire des plants de qualité, sans risque de contamination, rappelle Arthur Froehly. C’est un projet de filière de bout en bout. » Pour les partenaires prêts à s’engager dans l’exploitation des vignes mères, les investissements seront partagés : « Le Civa fournira les plants de catégorie base issus de prémultiplication, sur la base d’un coût de 3,50 € à 4 € le plant. Le palissage sera pris en charge par l’exploitant, la rémunération lui permettra de couvrir l’investissement de départ. » L’équipement en filets paragrêle et en moyens de lutte antigel, pour sécuriser la production des plants de vigne, sera étudié « au cas par cas ».

Le SPMC souhaite également développer les vignes mères bios afin de répondre à la demande de bois certifiés bio des pépiniéristes. L’idéal serait d’atteindre 50 % de la production en bio d’ici une dizaine d’années, tout en maintenant la coexistence avec un parc de vignes mères conventionnelles.

 

Chambre d’agriculture Alsace et Collectivité européenne d’Alsace

« La vraie inflation va arriver maintenant »

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2022

Producteur de poulets de chair, Damien Schultz a accueilli les représentants de la Chambre d’agriculture (CAA) et de la collectivité européenne d’Alsace (CEA) jeudi 13 juillet sur son exploitation. Située à Artolsheim, en Centre Alsace, l’EARL de la Basse-cour est une ferme de polyculture-élevage qui a diversifié ses activités avec des asperges, des pissenlits et des légumes de saison. À Frédéric Bierry, président de la CEA, Damien Schultz explique que la conjoncture actuelle profite aux céréaliers, mais pas aux éleveurs. Ceux-ci subissent en effet l’augmentation des coûts de l’aliment. Pour l’instant, le mécanisme d’indexation des prix de reprise des volailles sur le coût des matières premières a permis de limiter les dégâts. Mais il est inquiet : « La vraie inflation va arriver maintenant. »

Fabriquer l’aliment à partir de ses propres céréales ne serait pas pertinent, juge Damien Schultz. L’éleveur d’Artolsheim met le doigt sur l’une des particularités de la filière volailles : un cycle de production très court, où toutes les étapes sont calées en fonction des besoins des abatteurs. Si chaque éleveur se met à produire son aliment, le risque est de perdre en performance et de désorganiser la filière, dit-il. Les éleveurs ne sont de toute façon pas autosuffisants en protéines, ajoute Mario Troestler, responsable des productions avicoles chez Lorial. Ils achètent du soja qui contient 44 à 45 % de protéines extrêmement digestibles. « Le soja, c’est LA protéine des volailles. On peut le produire en Europe, mais c’est autant de céréales en moins. »

Autre préoccupation de la filière avicole : la possible baisse de la consommation due au retour de l’inflation. Pour Damien Schultz, qui vend essentiellement en filière courte, rien ne sert de produire si le consommateur n’est pas prêt ou pas en capacité d’acheter. Pour se démarquer du poulet standard et se placer en grande distribution, l’abattoir Siebert a créé la marque Poulet du Grand Est. Au président de la CEA, qui tique sur le nom, Cyril Besnard, directeur commercial de l’abattoir Siebert, précise que la dénomination Alsace est réservée au poulet label rouge. Depuis le lancement de cette marque Poulet du Grand Est, « on n’a jamais vendu autant de volailles locales en grande distribution. On a trouvé notre place dans la plupart des enseignes ». Cyril Besnard constate que cette initiative a permis de créer « une vraie chaîne de valeur qu’on arrive à respecter ». La gamme proposée « garantit un socle à tous les maillons de la filière et une vision à long terme ».

La crainte de la rentrée

Néanmoins, le directeur commercial des volailles Siebert s’inquiète de l’évolution des ventes à la rentrée. Jusqu’ici, l’abattoir a réussi à répercuter la hausse des coûts de revient mais pendant combien de temps va-t-il pouvoir le faire ? Comment vont évoluer les ventes en septembre-octobre ? Denis Nass, président de la CAA, se fait l’écho d’autres filières confrontées à la même situation : « Dans le lait, c’est tendu. » Mario Troestler insiste sur la structuration de la filière et sur le mécanisme d’indexation, qui permet d’encaisser les fluctuations de coûts en les répercutant sur le prix final. « Cela n’existe pas en œufs ni en porcs. » Le responsable des productions avicoles chez Lorial pointe également les efforts faits pour améliorer le bien-être animal, même dans une production non labellisée : animaux à croissance lente, limitation de la densité, lumière naturelle… Mais les éleveurs ne peuvent élever indéfiniment les standards de production sans conséquence sur les prix.

« 50 % du poulet consommé en France est importé », précise Mario Troestler. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, rebondit : avec la baisse du pouvoir d’achat, les consommateurs se détournent des produits biologiques, voire de la production locale. Une partie du lait bio est désormais écoulée en lait conventionnel. De ce fait, le surcoût de production n’est plus compensé. Franck Sander met en cause la grande distribution qui, selon lui, n’accepte pas de répercuter les hausses et « qui marge trop sur nos produits ». « La hausse des prix qu’on connaît aujourd’hui, c’est comme si tout le monde mangeait bio (au prix d’hier) », affirme-t-il encore, pour relativiser la hausse des prix de l’alimentation.

La CEA dépense 22 millions d’euros (M€) pour l’alimentation dans les collèges. « C’est nous qui payons mais nous n’avons pas la main » sur les approvisionnements, indique Frédéric Bierry. Ce sont les gestionnaires des collèges, dépendant de l’Éducation nationale, qui ont cette compétence. La CEA se bat pour la récupérer. Son président reconnaît que l’alimentation est un véritable enjeu, aussi bien dans les collèges que dans les Ehpad. Mais avec la hausse du coût de l’énergie, « il va falloir rogner ». Et faire en sorte que la hausse des coûts ne pèse ni sur les ménages ni sur les agriculteurs, ajoute-t-il. « Depuis l’après-guerre, la part du budget consacrée à l’alimentation diminue, réagit pour sa part David Herrscher, président de la MSA d’Alsace. Il faut faire comprendre que ce temps-là est terminé. » Pour la CEA, la priorité est d’assurer les besoins vitaux des concitoyens, quitte à reculer certains projets non essentiels. « C’est pour ça qu’on investit 2 M€ dans l’abattoir de Cernay. »

Chercher les poussins… à Orléans

La question de la souveraineté alimentaire est posée. Pour qu'elle soit assurée, il faut des producteurs, mais ceux-ci ne représentent qu’un maillon de la filière. Dans le cas de la volaille, il faut aussi un accouveur, en amont, et des abatteurs. Or, le devenir des Couvoirs de l’Est, qui approvisionnent les éleveurs de volailles en poussins, est incertain. L’outil est « en fin de vie industrielle » et son propriétaire est proche de la retraite, indique Mario Troestler. « Si on ne règle pas ce problème, il n’y aura plus de couvoir dans le Grand Est et il faudra chercher les poussins à Orléans. » Le président de la CEA se dit prêt à travailler sur ce dossier, en lien avec la profession. « Si on veut être autonomes, il faut que tout le monde mette des billes et qu’on ait une visibilité sur le long terme », insiste Franck Sander.

Restauration hors domicile

Une convention avec l’Alsacienne de restauration

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2022

140 restaurants, quatre cuisines centrales, 750 collaborateurs basés en Alsace, 45 000 repas par jour… L’Alsacienne de restauration est un poids lourd de la restauration collective. Elle se présente même comme le n° 1 dans ce secteur en Alsace. Depuis sa création en 1978, « c’est une entreprise qui a toujours été ancrée dans son territoire », selon Éric Wolff, son directeur. Pour approvisionner ses restaurants, elle achète 5 500 tonnes de marchandises tous les ans, dont une partie est d’origine locale.

Il y a dix ans, l’entreprise a conclu un partenariat avec l’Opaba (aujourd’hui Bio en Grand Est) et Solibio pour se fournir en produits bio, mais elle travaille également avec l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Elle est d’ailleurs membre de l’interprofession. En 2015, une convention de partenariat avec la Chambre d’agriculture Alsace est venue formaliser son engagement en faveur d’un « sourcing » local. Elle fixait un objectif d’approvisionnement de 30 % en produits locaux. Cet objectif a été atteint, voire même dépassé pour certaines catégories de produits comme les légumes. Les tonnages de viande et de produits laitiers provenant d’Alsace ont aussi augmenté. Résultat : avant 2019, l’Alsacienne de restauration achetait 1 600 t de marchandises d’Alsace dont 200 t de produits bio.

Actualiser les objectifs

« Avec Egalim, il a fallu actualiser nos objectifs pour répondre à l’impératif de 50 % de produits de qualité dans les assiettes », indique Éric Wolff. Pour relever ce nouveau challenge, L’Alsacienne de restauration s’est rapprochée de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), de l’Ifla, de Bio en Grand Est et d’Alsace Qualité. Il s’agit « de trouver des produits bio, labellisés et HVE 2 et 3 en quantités suffisantes. » Plusieurs collaborateurs sont investis dans le développement des filières locales, en Alsace et dans le Grand Est. Restait à signer une nouvelle convention de partenariat avec les quatre organisations agricoles concernées. La signature a eu lieu le 8 juillet dans le restaurant d’entreprise de la Maison de l’agriculture, à Schiltigheim.

Michel Horrenberger, président de Solibio, Sébastien Richard, vice-président d’Alsace Qualité, et Pierre Lammert, président de l’Ifla, se réjouissent de cette signature. Grâce au partenariat historique entre Solibio et L’Alsacienne de restauration, les produits bio et locaux ont réussi à se faire une place dans la restauration collective. « Il faut continuer à le faire fructifier », souligne Michel Horrenberger. La nouvelle convention permettra de valoriser davantage la production agricole locale, en particulier celle de produits sous signe de qualité et de marque Savourez l’Alsace produits du terroir, renchérit Sébastien Richard. Le vice-président d’Alsace Qualité insiste sur l’importance de la contractualisation « pour que la plus-value revienne aux agriculteurs », dans une période de turbulence marquée par le Covid et la guerre en Ukraine. L’engagement en faveur des produits locaux va dans le sens de la souveraineté alimentaire, si plébiscitée aujourd’hui, note Pierre Lammert.

Passer des hausses de tarifs

De fait, constate Denis Ramspacher, premier vice-président de la CAA, l’actualité récente a remis cette notion au goût du jour. Produire, transformer et consommer local est un moyen de se prémunir contre les risques de pénurie alimentaire. Même si cela a un coût. L’augmentation du prix des matières premières renchérit celui des produits agricoles. Dans ce contexte, Denis Ramspacher se dit inquiet pour les filières qui n’arrivent pas à faire passer des hausses de tarifs. « Comment bloquer les prix alors que les charges augmentent énormément ? Certaines productions risquent d’être abandonnées. » Un risque accru par la baisse prévisible du nombre d’agriculteurs et par le renforcement des aléas climatiques.

Travaux agricoles

Les entreprises répercutent la hausse des charges

Pratique

Publié le 18/07/2022

Ils l’avaient annoncé dès le mois de février, à leur assemblée générale annuelle : les entrepreneurs des territoires (ETR) d’Alsace allaient devoir augmenter leurs tarifs pour faire face à l’augmentation des charges. La guerre en Ukraine venait de se déclencher quelques jours plus tôt, et n’avait pas encore fait pleinement sentir ses effets. Quatre mois plus tard, Claude Gretter, président du syndicat, le confirme : « Toutes les matières premières ont augmenté, le GNR, les pneumatiques, la graisse, l’huile de moteur, les lubrifiants… Tout à fait un bond. On n’a pas d’autre choix que de répercuter ces hausses sur nos tarifs. Sinon, on coule. » Corentin Meppiel, qui a créé son entreprise de travaux agricoles il y a deux ans à Oberschaeffolsheim dans le Bas-Rhin, mentionne des augmentations comprises entre 5 % et 30 % selon les matières premières. Le prix des machines et matériels suit la même tendance, observe-t-il. Comme son confrère haut-rhinois, il estime nécessaire de « raisonner par rapport à ses coûts » pour pouvoir maintenir l’équilibre économique de son entreprise, qui emploie 3 UTH et réalise des travaux d’épandage après moisson, d’enrubannage de fourrage et de semis.

Le jeu de la concurrence

Pour les agriculteurs qui font appel aux entreprises de travaux agricoles pour la moisson, pas le choix non plus : une fois que les céréales sont arrivées à maturité, il faut les récolter. « Les gens ne renoncent pas à la prestation de service, mais ils font davantage jouer la concurrence car ils espèrent gagner un petit peu sur le coût », observe le jeune entrepreneur de Mittelschaeffolsheim. Comme il est en phase de démarrage de son activité, il estime ne pas avoir de marge de manœuvre de ce côté-là. « À ce jour, aucun de mes matériels n’est amorti, contrairement aux confrères qui sont présents depuis longtemps sur le marché et dont le matériel est amorti et payé. » Vu le contexte, ceux-là peuvent être tentés de différer leurs investissements en conservant leurs machines un an ou deux de plus, plutôt que de les renouveler, reconnaît Claude Gretter. « C’est déjà ce qui se fait depuis quelques années. »

Les agriculteurs, quant à eux, devraient pouvoir compenser la hausse des coûts de revient par des prix de vente des céréales plus élevés. « Avec les prix actuels, un agriculteur qui a de bons rendements et une bonne gestion peut même s’en sortir avec une marge un peu plus importante que l’an dernier », avance le président des ETR d’Alsace.

Les vidéos