Mutualité sociale agricole d’Alsace
La tactique anti-tiques
Mutualité sociale agricole d’Alsace
Pratique
Publié le 10/10/2016
Avec 3 000 cas recensés annuellement en Alsace, sur les 10 à 15 000 comptabilisés en France, la maladie de Lyme est fréquente dans la région. Très connue des forestiers, qui y sont particulièrement exposés, elle peut aussi toucher les simples particuliers, dès lors qu’ils se font piquer par une tique porteuse de la bactérie Borrelia. La probabilité de contracter la maladie de Lyme suite à une piqûre de tique est de 3 à 10 % selon les endroits. En Alsace, elle s’approche de 10 %.
Les tiques vivent dans les milieux humides des zones tempérées, telles que l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Nord, explique le professeur Yves Hansmann, responsable du service des maladies tropicales et infectieuses au CHU de Strasbourg. Elles ont une durée de vie de deux ans, passant du stade de larve à celui de nymphe, puis d’insecte adulte. À chaque stade de leur développement, les tiques se nourrissent de sang. C’est lors de leur repas sanguin, sur de petits rongeurs ou sur du gibier, qu’elles entrent en contact avec la bactérie Borrelia. Elles peuvent alors contaminer à leur tour d’autres animaux, voire des humains.
Selon une enquête menée par la Mutualité sociale agricole entre 2001 et 2009, certains secteurs d’Alsace sont plus touchés que d’autres : c’est le cas des vallées vosgiennes - Munster ou Guebwiller par exemple, où la forêt est très présente. « Nous sommes dans le top 10 des régions les plus infectées dans le monde », précise le professeur Hansmann. Une tique étant capable de pondre 2 000 à 4 000 œufs, la prolifération de l’insecte est très importante. De plus, la tique peut transmettre bien d’autres bactéries, donnant lieu à d’autres maladies, moins connues que la maladie de Lyme. Les animaux, qui constituent le réservoir de Borrelia, ne semblent pas gênés par la présence de la bactérie.
Retirer la tique rapidement
Pour qu’un humain contracte la maladie de Lyme, il faut qu’il soit piqué par une tique infectée et que la piqûre soit longue, précise le professeur Hansmann. « Si la tique est bien fixée, qu’elle reste en place quatre à cinq jours et qu’elle se détache seule, le risque de transmission est au maximum. Au contraire, si on retire la tique rapidement, sous 24 heures, le risque est faible. Après 72 h, il atteint 100 %. »
Une fois que la tique a transmis la bactérie Borrelia, la personne piquée peut voir apparaître une tache rouge autour de la piqûre. C’est ce que l’on appelle un érythème migrant. Cette tache, qui s’agrandit, peut atteindre 30 à 40 cm de circonférence. Elle ne démange pas et finit par disparaître spontanément. Lorsque la bactérie se dissémine dans le corps, elle touche d’autres cibles, ce qui donne lieu à des manifestations secondaires. Des troubles neurologiques sont susceptibles d’apparaître, sous la forme d’une méningite lymphocytaire, parfois associée à des douleurs radiculaires « assez pénibles ». Des troubles de la sensibilité et une atteinte des nerfs périphériques et crâniens sont possibles.
Certaines personnes développeront plutôt des troubles articulaires, comme une oligo-arthrite, qui se manifeste par des douleurs dans les articulations (les genoux très souvent). Des troubles cardiaques - ralentissement du cœur ou péricardite - sont également signalés.
« Si l’on ne fait rien surgissent alors des manifestations dites tertiaires », indique le professeur Hansmann. Il cite l’encéphalomyélite progressive, qui engendre grosse fatigue, perte de mémoire et difficultés à se concentrer ; la dermatite chronique atrophiante, qui se manifeste par une inflammation de la peau ; voire l’arthrite chronique destructive.
Sérologie : uniquement en cas de symptômes
Les symptômes de la maladie de Lyme étant « peu spécifiques », il est recommandé de faire une prise de sang pour s’assurer du diagnostic par la recherche d’anticorps. Si celle-ci est négative, on peut en conclure que le patient n’est pas atteint de la maladie de Lyme. En revanche, si la sérologie est positive, cela signifie simplement qu’il a été en contact avec la bactérie, « mais cela ne veut pas dire que la bactérie est encore là ». La sérologie est sujette à polémiques, reconnaît le médecin. Plusieurs tests sont disponibles dont le test Elisa, qui offre « une bonne sensibilité sur les formes articulaires et neurologiques de la maladie, mais pas sur les formes érythème migrant ». Un autre test, le Western Blot, est utilisé pour établir un diagnostic de confirmation. Depuis la conférence de consensus de 2006, il a été décidé de n’utiliser la sérologie qu’en cas de symptômes de la maladie et pas après une simple piqûre de tique, précise le professeur Hansmann.
Le traitement consiste à éliminer la bactérie Borrelia par antibiotiques. « Les antibiotiques ont montré leur efficacité, d’autant plus si l’on intervient tôt : au stade érythème migrant, on guérit tout le monde. Quand on arrive au deuxième stade de symptômes, si le diagnostic est certain, l’efficacité reste excellente, de l’ordre de 80 %. Par contre, dans les phases tertiaires, les antibiotiques ne marchent plus très bien. On a une vraie difficulté », admet le professeur Hansmann. Aucun vaccin n’est pour l’instant disponible : le seul mis sur le marché il y a quelques années a été décrié, puis retiré des ventes. La recherche continue, malgré tout.












