Auteur

Florence Péry

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Cama-T2F

2015-2016 : du baume au cœur des planteurs

Cultures

Publié le 26/12/2016

Médiocre sur le plan de la qualité des tabacs, 2015 a été une année plus favorable sur le plan des sinistres, a souligné Bruno Paulus, président de la Cama-T2F à l’assemblée générale de la coopérative d’assurance, le 15 décembre à Paris. 1 340 hectares étaient assurés dans le périmètre de la coopérative, soit 38 % de la production nationale. 788 ha ont été sinistrés, dont 67 ha de destruction totale. 470 000 € d’indemnisation ont été versés aux planteurs concernés pour un taux de perte historiquement bas de 4,13 %, à comparer aux 10,35 % de taux de perte décennal. La Cama-T2F affiche de ce fait un compte technique positif, « ce qui n’était plus arrivé depuis 15 ans », et un résultat positif de 196 000 €.

Au niveau national, 3 500 ha étaient assurés. 179 ha ont été détruits en totalité, soit un taux de perte de 4,75 % en virginie et de 2,56 % en burley. 1,3 million d’euros (M€) d’indemnités ont été versés, dont 952 000 € provenant des cotisations des Caisses mutuelles et près de 350 000 € provenant de la Caisse nationale. 2015 a été une année de « faible sinistralité » pour la Caisse de réassurance, selon Bruno Paulus, d’où un résultat de 303 000 € qui a été reversé aux Caisses locales sous forme de ristourne.

En 2016, toutes les cultures agricoles ont souffert mais le tabac a « plus que bien tiré son épingle du jeu », relève le président de la Cama-T2F. La pluie et les attaques de mildiou ont toutefois occasionné des dégâts sur les plantations. Sur les 1 176 ha assurés, 700 ont été sinistrés à des degrés divers. Pour les indemnisations, la Cama-T2F tiendra compte de la réévaluation des prix liée à la diversification vers des marchés de niche.

Sur la période 2010-2015, le rapport sinistres à cotisations dans la zone T2F s’est établi à 144 %, c’est-à-dire que pour 100 € de cotisations versées, 144 € d’indemnisations ont été versées. Ce rapport varie peu en fonction de la variété, constate Bruno Paulus. De ce fait, ajoute-t-il, « il n’y a pas lieu d’appliquer un taux de cotisation différent selon les variétés ». En revanche, le rapport sinistres à cotisations diffère assez sensiblement selon le mode de récolte : il est de 110 % pour le virginie récolté manuellement et de 167 % pour le virginie récolté mécaniquement, l’écart s’expliquant par les pieds couchés qui ne peuvent pas être récoltés par la machine.

Peu de sinistres en 2016

Au niveau national, 2016 est une année avec peu de sinistres : sur 3 024 ha assurés, 239 ha ont été détruits en totalité. Les pertes sont estimées à 931 tonnes, contre 1 125 t en 2015. Les coopératives spécialisées dans le burley sont à nouveau moins touchées que les coopératives de virginie, comme Poitou Tabac et T2F. Les indemnisations devraient tourner autour de 1 M€. « Ces deux années remettent du baume au cœur des planteurs après trois années difficiles », indique Bruno Paulus.

Le dispositif d’assurance récolte a évolué en 2016. Pour pouvoir bénéficier des aides de l’État, il faut assurer au minimum 70 % des surfaces de l’exploitation et dans le cadre de ces 70 %, chaque culture doit être assurée à 100 %. Compte tenu de ces dispositions, de nombreux planteurs au niveau national ont décidé de se passer des aides. Bruno Paulus relève une autre difficulté : la multiplication des nouveaux risques, dont certains sont très difficilement chiffrables par les experts. Tous ces éléments poussent à un retour au système précédant la mise en œuvre de l’assurance récolte. « Nous devons y réfléchir. Nous allons rencontrer Groupama à ce sujet prochainement. L’assurance tabac est un atout pour la filière. Nous allons tout mettre en œuvre pour qu’elle reste attrayante et ne soit pas une charge excessive pour les planteurs », conclut Bruno Paulus.

Noël à la gare de l’Est à Paris

« On fait aimer l’Alsace »

Pratique

Publié le 23/12/2016

Charcuterie, bredele, munster, vins d’Alsace, foie gras, pains d’épices… Tout y est… sauf le vin chaud ! Du 1er au 16 décembre, le parvis de la gare de l’Est, à Paris, accueille son marché de Noël alsacien sous un vaste chapiteau. Louis Hauller, du domaine du Tonnelier à Dambach-la-Ville, y participe depuis le début, voilà 35 ans. Président organisateur de ce marché de Noël pendant 15 ans, le vigneron n’a manqué aucune des éditions. Tablier noir autour de la taille et chapeau sur la tête, il fait goûter les vins du domaine en compagnie de son épouse Marie-Thérèse. « Depuis deux ans, on fait un roulement avec mon petit-fils Ludovic », explique Louis Hauller.

Cette année, la météo est favorable et les exposants n’ont pas trop à souffrir du froid. Les Parisiens se prêtent de bonne grâce au contrôle des sacs, à l’entrée du chapiteau, et se laissent vite gagner par l’ambiance douillette du Noël alsacien. Beaucoup sont des habitués, comme Jean-Baptiste, un Parisien d’adoption qui vient tous les ans faire ses emplettes au marché de Noël de la gare de l’Est. « J’aime la convivialité, la disponibilité des exposants », raconte celui qui a tissé des liens avec les fidèles de la manifestation, autrement dit la plupart des exposants. Nombre de visiteurs ont des liens avec la région : Alsaciens vivant à Paris, Francs-Comtois ou Lorrains qui se remémorent les virées au marché de Noël de Strasbourg ou bien Parisiens ayant déjà séjourné en Alsace.

Des produits qui font honneur à la région

La typicité et la qualité des produits proposés expliquent aussi la bonne fréquentation du marché de Noël. « Nous avions mis en place une sélection qualitative des exposants dès l’origine. Les produits qui sont exposés ici font honneur à l’Alsace », indique Louis Hauller. C’est le cas des fromages fermiers au lait cru de Danièle Dischinger, de la ferme-auberge Christlesgut à Breitenbach dans le Haut-Rhin. Présente sur le stand avec son époux Frédéric, elle propose également de la charcuterie, ainsi que les fromages de chèvre d’un ancien associé. Le couple d’éleveurs n’a pas eu de peine à quitter la ferme pour une semaine : c’est leur fils Éric, présent la première semaine, qui s’occupe des bêtes en attendant leur retour. Danièle Dischinger profite du marché de Noël à Paris pour faire la promotion de son petit coin d’Alsace à elle : la vallée de Munster, où elle accueille les vacanciers dans ses gîtes, ses chambres d’hôtes et à la ferme-auberge que tiennent sa fille et sa belle-fille.

Quelques stands plus loin, Céline Stentz et sa mère Simone, du domaine Stentz-Buecher à Wettolsheim, font découvrir leurs vins. « C’est en dégustant que les clients se décident », relève Céline Stentz, en précisant que « ce sont les habitués qui font le chiffre ». La jeune femme a repris le domaine de ses parents avec son frère. Toute la production est certifiée « agriculture biologique ». Sur la carte concoctée pour Paris, Céline Stentz a sélectionné des AOC alsace, des grands crus - Hengst et Steingrubler - mais aussi quelques vins issus de lieux-dits, comme le pinot gris et le gewurztraminer Rosenberg, et le riesling Ortel. Et pour se démarquer de ses collègues viticulteurs, elle n’hésite pas à proposer une bouteille originale : la cuvée Ambre, un pinot noir vinifié en blanc, à la robe légèrement teintée de rose. Une curiosité que l’on peut encore laisser en cave quelques années, avant de l’apprécier sur des mets de fête, précise la vigneronne dont le domaine est connu pour ses vins de garde.

Une fusion longuement préparée

Du Poitou à l’Alsace, la diagonale du tabac

Vie professionnelle

Publié le 19/12/2016

C’est fait : les trois coopératives tabacoles du nord de la France ne font plus qu’une. Le dernier acte de la fusion a eu lieu jeudi 15 décembre à Paris, au siège de France Tabac. La veille, Poitou Tabac avait entériné la fusion avec la coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F), issue du regroupement des coopératives Alsatabac et Nord et Loire Tabac, dix-huit mois plus tôt. Présidée par Rémy Losser, la nouvelle entité, qui garde le nom de CT2F, représente 65 % de la production française de tabac. Elle regroupe 200 planteurs pour une surface proche de 2 400 hectares. Olivier Riedinger en assure la direction, ce qu’il faisait déjà depuis juin 2015 en dirigeant les deux Caisses en vue de la fusion.

Les Caisses d’assurance mutuelle agricole du Poitou et de T2F fusionnent également en une entité unique. La Cama-T2F à périmètre élargi est présidée par Daniel Mérigot, du Poitou, élu en remplacement de Bruno Paulus. Celui-ci cède son fauteuil de président mais reste un interlocuteur incontournable dans l’organigramme assurance au niveau local et national.

Améliorer le coût et l’efficacité

Face à la disparition annoncée des aides européennes, qui représentaient 80 % du chiffre d’affaires des tabaculteurs il y a encore cinq ans, les coopératives tabacoles du nord ont décidé d’optimiser leurs structures. « L’objectif était d’en améliorer le coût et l’efficacité, tout en gardant la proximité avec les planteurs, explique Rémy Losser. Avec cette fusion, nous maintenons le taux de cotisation sur chiffre d’affaires à 5,5 % alors que nous serions à 8,5 - 10 %, voire bien plus, si nous n’avions pas anticipé. »

Longuement préparée, elle intervient dans un contexte de baisse de la production nationale de tabac. Les trois coopératives du nord de la France, qui produisent essentiellement du virginie, sont au contraire parvenues à stabiliser leur production malgré la baisse du nombre de planteurs. « La modernisation des ateliers a permis de maintenir le potentiel, indique Rémy Losser. Aujourd’hui, la moyenne d’âge est de 40 ans et les planteurs de 50-55 ans qui se sont engagés dans la mécanisation ont des successeurs ». Une situation bien différente de celle que connaissent les coopératives du sud de la France, spécialisées dans le burley, où la modernisation a du mal à s’enclencher. Le président de CT2F, qui est également à la tête de France Tabac, regrette que celles-ci restent à l’écart de la dynamique. « Cela nous préoccupe car nous sommes liés au niveau national. »

En ordre de marche

Tout en maîtrisant les charges, CT2F espère pouvoir peser davantage sur les marchés pour améliorer la rémunération des producteurs. « Nous sommes en ordre de marche pour préparer l’avenir », indique Rémy Losser. Une campagne de communication est en cours pour attirer de nouveaux planteurs. « Pour l’instant, nous avons du mal à en recruter, reconnaît Rémy Losser, qui incrimine le contexte agricole actuel, peu favorable à la prise de risques. »

La coopérative compte aussi sur la technique pour améliorer les coûts de production. La mécanisation a déjà permis de réduire le coût de la main-d’œuvre. Celui-ci reste pourtant le premier poste de charges dans la culture du tabac. D’autres pistes sont à explorer, comme la limitation du nombre de bourgeons par la génétique, afin de réduire l’usage des produits phytosanitaires, autre poste de charges important.

Énergie

Les 10 ans d’Alsace Bois Bûche

Cultures

Publié le 17/12/2016

Efficace pour se chauffer, peu polluant s’il est bien utilisé, renouvelable, économique par rapport aux énergies fossiles… le bois énergie ne manque pas de qualités. Fibois Alsace l’a rappelé le 8 décembre, à l’occasion des 10 ans de la marque régionale Alsace Bois Bûche. Christophe Glad, président d’Alsace Bois Bûche, a rappelé les principaux engagements des professionnels vendant des bûches sous cette marque.

Les 20 professionnels concernés proposent du bois de provenance locale récolté selon les principes de gestion durable. Le rayon de livraison moyen est de 26 km pour le bois bûche, selon les chiffres de l’interprofession, cités par Sacha Jung, délégué général de Fibois Alsace. Il provient obligatoirement de feuillus car celui-ci offre un meilleur rendement énergétique que le bois de résineux. Les professionnels s’engagent à en préciser l’essence à leurs clients. Vendu en bûches de 1 m, 50 cm ou 33 cm, le bois portant la marque Alsace Bois Bûche est disponible selon trois degrés d’humidité : à moins de 20 % d’humidité, il est considéré comme sec et donc prêt à l’emploi ; entre 20 et 35 % d’humidité, il est mi-sec et doit être stocké avant utilisation ; au-dessus de 35 % d’humidité, c’est un bois vert qu’il va falloir laisser sécher quelque temps avant de le brûler. Cette mention figure sur la facture établie par le vendeur.

Le bois moins cher que les énergies fossiles

Le bois reste l’un des moyens les plus économiques pour se chauffer, rappelle Christophe Glad. Sous quelque forme que ce soit (le bois bûche particulièrement, mais aussi les plaquettes ou les granulés), son coût est inférieur à celui du gaz naturel, du fioul domestique et de l’électricité. Ceci explique sans doute que la part du bois bûche dans la consommation de bois énergie atteint 60 % en Alsace, soit 800 000 tonnes brûlées annuellement. Le reste est constitué par les plaquettes (35 %, en forte augmentation depuis 10 ans) et les granulés en vrac (5 %). Pour autant, ce combustible ne contribue pas aux tensions observées sur le marché du bois, selon ses promoteurs qui relèvent qu’avec trois hivers doux consécutifs, les particuliers ont moins chauffé au bois que de coutume.

Le bois bûche - et le bois énergie en général - contribuent-ils à la dégradation de la qualité de l’air ? La question se pose alors que plusieurs grandes villes françaises, confrontées aux rigueurs de l’hiver, ont connu des pics de pollution ces dernières semaines. Comme tous les combustibles, le bois émet des gaz et des particules fines lors de sa combustion, reconnaît Emmanuel Rivière, directeur de l’Aspa, organisme de surveillance et d’étude de la pollution atmosphérique en Alsace. S’agissant des gaz à effet de serre comme le CO2, le bilan du bois est plutôt favorable puisque le CO2 libéré par la combustion est stocké par les arbres qui poussent en forêt, dans les forêts gérées durablement tout au moins. Pour les particules fines, en revanche, le bois énergie arrive au deuxième rang des sources d’émission, révèle l’Aspa qui s’est dotée voici deux ans d’un analyseur permettant de tracer les particules jusqu’à la source.

Du bois sec dans des chaudières récentes

Le remplacement des anciens appareils de chauffage au bois datant d’avant 1996, notamment des foyers ouverts, est une façon efficace de limiter les émissions de particules fines dans l’atmosphère, tempère Emmanuel Rivière. « Les appareils récents permettent des gains extraordinaires en termes d’émissions », assure le représentant de l’Aspa. Ils offrent également un rendement énergétique et une autonomie largement supérieurs. Des aides existent pour renouveler le parc existant (lire notre encadré). Un label - « Flamme verte » - a même été créé pour distinguer les appareils respectant des normes d’émission basses.

La réduction des émissions polluantes passe également par le respect de bonnes pratiques, que les professionnels d’Alsace Bois Bûche cherchent à promouvoir : il s’agit de brûler uniquement du bois sec (à moins de 20 % d’humidité) et du bois propre. Les chutes de panneaux et le papier journal sont à proscrire car ils contiennent des produits chimiques potentiellement dangereux quand on les brûle.

L’Académie rhénane décerne son prix Europe

Joseph Daul : Européen car Alsacien

Vie professionnelle

Publié le 12/12/2016

L’Académie rhénane se réunit deux fois par an en séance plénière. Au printemps, elle décerne ses prix dans les domaines des arts, de la musique, des lettres et des sciences. Les lauréats sont des personnalités de la région remarquées pour la qualité de leur travail dans ces quatre domaines. À l’automne, l’Académie rhénane remet son prix Europe. Cette année, il revient à Joseph Daul en raison de son engagement en faveur de l’Europe et de ses valeurs, indique son président Jean-Marie Vetter. Le prix lui a été remis vendredi 25 novembre à la Maison de la Région à Strasbourg.

Philippe Richert, président de la Région Grand Est, a mis en avant le « négociateur hors pair » alliant « exigence et bienveillance » qu’est le récipiendaire. Il fait le portrait d’« un homme auquel les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne parlent en toute confiance », qui « garde les pieds sur terre » et dont les convictions européennes sont « solidement ancrées ». La formule prononcée par Pierre Pflimlin - « Je suis Européen car Alsacien » - s’applique parfaitement à Joseph Daul, estime Philippe Richert. Alors que l’Union européenne est encore sous le coup du Brexit, le besoin de « ressourcer le projet européen » se fait sentir. « C’est dans nos régions que nous pouvons le faire avec efficacité », affirme le président de la Région Grand Est en appelant à mettre en œuvre « des réalisations concrètes qui changent la vie de nos concitoyens ».

Tourné vers l’action collective

Une amitié vieille de 35 ans lie Joseph Daul à François Brunagel. L’ancien chef du protocole du Parlement européen, chargé de prononcer le « laudatio », évoque un parcours « simplement admirable ». En tant que président du Parti populaire européen (PPE), Joseph Daul a côtoyé les plus grands dirigeants d’Europe et de la planète. Aîné d’une famille d’agriculteurs de six enfants, il s’est installé comme agriculteur à Pfettisheim tout en s’engageant dans les mouvements de jeunesse agricole (à la JAC, puis au CNJA). Des engagements « qui orienteront toute sa vie vers l’action collective et publique », indique François Brunagel. Et qui lui inculqueront une méthodologie de l’action : « Observer avant de juger et d’agir ».

Vice-président du CNJA de 1976 à 1980, puis de la FNSEA quelques années plus tard, il est aussi vice-président de la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin. Avec Jean-Paul Bastian, Eugène Schaeffer et Jean-Marie Sander, il contribue à l’évolution de l’agriculture alsacienne, relève François Brunagel. Éleveur bovin, Joseph Daul préside la Fédération nationale bovine à partir de 1990. Il est élu président de la Fédération des coopératives d’Alsace et siège au Conseil économique et social de 1991 à 1999. C’est à cette date qu’il devient député européen.

« Le virage est pris »

Son élection ne signe pas son entrée dans le monde bruxellois : Joseph Daul représentait déjà la FNSEA au Comité des organisations professionnelles agricoles et il présidait le groupe viande au moment de la crise de la vache folle. « Il se révèle un négociateur hors pair entre les éleveurs et les pouvoirs publics pour éviter la catastrophe », se remémore François Brunagel. Aux élections européennes de 1999, où il est nouvellement élu, il passe de la sphère professionnelle à la sphère politique. « Le virage est pris » et Joseph Daul sera réélu député européen en 2004 et 2009.

Il siège à la commission de l’Agriculture dont il devient bientôt le président. Il est ensuite sollicité pour devenir président du groupe PPE, fédération des partis européens de centre droit, au Parlement européen. « Être président d’un groupe politique au Parlement européen, c’est être entre l’arbitre et le juge de paix, réussir à faire émerger une position majoritaire parmi 300 membres - à l’époque - représentant 80 partis nationaux », souligne François Brunagel. La perspective ne l’effraie pas : élu président du groupe PPE en janvier 2007, il le reste jusqu’en 2014, date de son départ du Parlement européen. « À ce poste il a vraiment imprimé sa marque aux institutions et à l’Europe dans son entier. »

« Autorité morale reconnue par tous, y compris par ses adversaires politiques », Joseph Daul a ensuite été élu président du PPE, où ses qualités de négociateur, de grand connaisseur des réalités et des difficultés européennes lui sont bien utiles. Parce qu’il a le sens de l’histoire de sa région, l’Alsace, il a voulu mettre ses pas dans les traces de Robert Schuman, assure François Brunagel, qui l’a côtoyé quotidiennement pendant de nombreuses années - son épouse, Marie-Thérèse, ayant été l’assistante parlementaire de Joseph Daul. Il a emmené de nombreux visiteurs au Mémorial de l’Alsace-Moselle à Schirmeck, en leur expliquant que le drame de l’Alsace devait être conjuré par la construction européenne.

Ce parcours européen, Joseph Daul le doit au soutien résolu de son épouse Marie-Thérèse, de ses enfants et petits-enfants et de son réseau d’amis, à la simplicité dans les relations et à la franchise de propos qui le caractérisent, ainsi qu’à une bonne dose de foi chrétienne et de foi dans l’homme, conclut François Brunagel.

Joseph Daul rappelle quelques-uns des combats qui furent les siens au Parlement européen : le sauvetage de l’Eurocorps, le maintien de l’espace Schengen en particulier. « Si nous refermons les frontières à l’intérieur de l’Union européenne, nous allons droit dans le mur. Il faut contrôler les frontières à l’extérieur et assurer la sécurité à l’intérieur mais on ne peut plus faire comme il y a 50 ou 60 ans », dit-il en plaidant pour une application stricte des règles de circulation actuelles. S’agissant des réfugiés qui arrivent en nombre aux portes de l’UE, « nous devons affronter la situation collectivement avec humanité et justice », plaide le lauréat du prix Europe. L’UE devra y consacrer 300 à 500 €/an dans les 15 années qui viennent, estime-t-il. Enfin, Joseph Daul considère que les prochains chantiers qui attendent l’UE sont la défense et la sécurité, pour lesquels les Américains n’accepteront pas de payer éternellement.

« Je me sens authentiquement Alsacien, pleinement Français et je souhaite une Europe responsable qui prenne toute sa place dans le monde et contribue à la prospérité et à la paix », a conclu Joseph Daul, en recevant son prix, doublé d’un tableau peint par l’artiste Camille Bres, lauréate 2015 de l’Académie rhénane.

TerreAzur Alsace

Fruits et légumes : quinze producteurs du champ à l’écran

Cultures

Publié le 22/11/2016

À l’initiative de TerreAzur Alsace, le principal grossiste en fruits et légumes de la région, quinze producteurs de fruits et légumes d’Alsace et des Vosges ont accepté d’être filmés sur leur lieu de production. Fournisseurs de l’enseigne, ils ont relevé le défi lancé par TerreAzur : témoigner, devant la caméra, de ce qui les pousse à cultiver la terre, et à produire au fil des saisons salades, pommes de terre, courges, champignons, asperges, fraises. Les images ont été tournées durant la période de production, et le résultat - 15 films de moins d’une minute chacun - leur a été présenté mercredi 9 novembre, lors d’une soirée organisée dans le quartier de la gare, à Strasbourg.

Les films sont désormais visibles sur le site internet de TerreAzur, en cliquant sur un nouvel onglet intitulé « Les producteurs de ma région ». Les acheteurs - restaurateurs, gestionnaires de cantines, chefs de rayon des grandes et moyennes surfaces notamment - y ont accès grâce à leur identifiant. Avant de les visualiser, ils accèdent à une fiche descriptive comportant le nom et la localisation du producteur, la description de son activité, la présentation de ses produits selon leur saisonnalité et les logos des différentes démarches dans lesquelles il est impliqué (agriculture biologique, production intégrée, etc.). Autant d’informations qui permettent de satisfaire une demande croissante pour des productions locales.

200 salariés dans la région

Directeur régional de TerreAzur Alsace, Patrick Cassonnet a vivement remercié les producteurs d’avoir joué le jeu. « TerreAzur Alsace est une entreprise très ancrée dans la région et dans le local. Elle fait partie de Pomona, un groupe national important mais au fonctionnement décentralisé », a-t-il expliqué. Spécialisée dans le commerce de gros de fruits et légumes et de produits de la mer, la branche alsacienne emploie 200 salariés dans la région. Les achats sont entre les mains de huit acheteurs, placés sous la direction de Nadège Morel, dont trois en charge des fruits et légumes.

L’enseigne s’approvisionne en Alsace en fonction des disponibilités, qui varient selon les saisons. Elle a noué pour cela des partenariats avec des producteurs dont certains lui livrent leurs fruits et légumes depuis plusieurs décennies. Également président de l’association des grossistes en fruits et légumes d’Alsace et vice-président de l’Interprofession alsacienne des fruits et légumes (Ifla), Patrick Cassonnet a rappelé que les grossistes jouent un rôle indispensable dans la distribution des fruits et légumes en assurant la logistique vers le client final. Un rôle qui demeure essentiel, même en période de développement des circuits courts, a reconnu Pierre Lammert, président de l’Ifla.

« Nos métiers évoluent »

Aux discours a succédé une partie conviviale au cours de laquelle le chef Clément Fleck a fait déguster aux producteurs présents une quinzaine de spécialités élaborées à partir des fruits et légumes d’Alsace : samosa choucroute-saumon, salade de crevettes et sa fondue d’endives, salade de mâche aux noix, lieu jaune et son embeurrée de chou vert, poire au vin chaud…

Une façon pour Nadège Morel, directrice des achats, de soigner les relations avec les fournisseurs de TerreAzur Alsace. « Notre métier évolue, le vôtre aussi. Ces dernières années, on vous a demandé beaucoup de choses qu’on ne vous demandait pas avant : renforcer la traçabilité des produits, nous accompagner chez les clients, faire des photos et maintenant des films ! Il faut donner du sens à ce que l’on vous fait faire, et que vous compreniez que tout cela sert à nos commerciaux pour vendre vos produits », a-t-elle souligné.

Sébastien Lapp à Wingersheim

Des céréales au robot pour alléger les coûts alimentaires

Élevage

Publié le 10/11/2016

Installé depuis 2010, Sébastien Lapp élève 55 vaches laitières à Wingersheim, pour une production annuelle de 560 000 litres. Le départ en retraite de son père et celui, prochain, de sa mère, l’ont poussé à s’équiper d’un robot de traite en 2014. « Comme je vais me retrouver seul, j’ai préféré anticiper », indique le jeune éleveur, qui, avec cet investissement, a gagné en souplesse d’organisation et en temps d’astreinte. Il lui faut en effet s’occuper des 73 hectares de cultures et 35 ha de prairies en plus de l’atelier lait.

Le passage au robot de traite nécessite une vigilance accrue dans la gestion des concentrés, indique Annabelle Ragot, conseillère à Alsace Conseil Élevage. Les éleveurs sont souvent tentés d’augmenter les apports pour assurer une bonne fréquentation du robot, d’où des risques de dérapage des coûts alimentaires. Sébastien Lapp en a fait l’expérience au pire moment : avec un prix du lait au ras du plancher, un coût alimentaire de 137 €/1 000 kg de lait pour une production de 27,2 kg/vache n’était plus supportable. « Dans le secteur, sur la même période de juin 2015 à janvier 2016, les éleveurs laitiers avaient en moyenne un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg. Il fallait réagir », explique Annabelle Ragot, qui chiffre à 15 000 € par an la perte subie par l’éleveur.

Sur les conseils de la technicienne, Sébastien Lapp visite un élevage comparable au sien. Seule différence : l’éleveur utilise des céréales au robot et possède un certain recul sur le sujet. Cette visite convainc l’éleveur de Wingersheim de revoir sa stratégie alimentaire en redonnant une place de choix aux céréales produites sur l’exploitation, moins chères qu’un aliment du commerce.

« J’ai réduit les concentrés et j’ai remplacé un des deux concentrés provenant du commerce par un mélange orge-maïs distribué au Dac », explique Sébastien Lapp. Les deux céréales sont aplaties à la ferme, grâce à un aplatisseur d’une capacité de 2 tonne/heure que Sébastien et son père utilisaient déjà pour l’orge rentrant dans la ration de base des laitières. « Bien sûr, il faut pouvoir stocker la céréale, reconnaît l’éleveur. Et l’aplatissage demande une charge de travail supplémentaire, mais on peut le faire en dehors des pointes de travail. » Sébastien Lapp garde une certaine souplesse grâce à un silo de stockage de 6 t, qui offre environ 2 mois et demi d’autonomie.

Ne pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour

« Il ne faut pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour avec une ration riche en ensilage de maïs, c’est la limite du système », souligne Annabelle Ragot. Les 2,5 ha d’orge semés en 2016 n’ont pas suffi pour couvrir les besoins du troupeau, ce qui a obligé Sébastien Lapp à en acheter à sa coopérative. Mais dès cet automne, il a porté la surface à 6 ha, avec un objectif de rendement de 65 q/ha. Quant au maïs, il le récupère après séchage auprès de la coopérative.

L’éleveur et la technicienne tirent un bilan largement positif de ce changement de régime, plus économe en concentrés. « La production de lait moyenne a augmenté de 1 kg/vache, à 28,2 kg, avec un troupeau vieillissant en mois moyen alors que la distribution de concentrés a été réduite de 55 g/1 000 kg, à 250 g, commente Annabelle Ragot. Le prix du concentré est maîtrisé puisqu’en utilisant la céréale issue de la ferme à 128 €/t (coût de revient éleveur) et un tourteau à 37 % de matière azotée totale, on fait une économie de 57 €/t de concentré. » L’ensemble de ces éléments a permis à Sébastien Lapp de revenir à un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg de lait, comparable à celui des éleveurs de son secteur.

Reste quelques précautions à observer : l’utilisation de céréales nécessite de dépoussiérer plus fréquemment le robot de traite et de vérifier régulièrement le bon écoulement du mélange de céréales au Dac. Elle exige également l’emploi de souricide pour éviter la présence de rongeurs autour du robot.

Manifestation

GCO : les agriculteurs de Duttlenheim contre l’aire de service

Vie professionnelle

Publié le 26/10/2016

« Non à l’aire de service », « Duttlenheim = poubelle du Bas-Rhin », « Que disent nos élus ? » : les slogans s’inscrivent en lettres blanches sur trois bâches noires barrant la façade de la mairie de Duttlenheim, ce lundi 24 octobre. À l’occasion du passage du commissaire-enquêteur à la mairie, les agriculteurs de la commune se sont mobilisés. Les représentants locaux de la FDSEA, rejoints par des membres de la Coordination rurale et par des militants des associations regroupées dans le collectif GCO Non merci, veulent faire entendre leur voix. « Nous refusons les 20 ha de l’aire de parking et de stationnement », lance Roland Schweitz.

« La commune a déjà été remembrée lors de la connexion VRPV-A35, du coup les 20 ha de l’aire de service viendraient directement impacter les agriculteurs sans mutualisation possible, c’est inacceptable, explique Philippe Buchmann, délégué local FDSEA de la commune de Duttlenheim. Les enquêtes parcellaires dépassent largement le projet initial dont nous avions connaissance, les agriculteurs sont inquiets, c’est pourquoi nous venons dire aujourd’hui notre mécontentement à la commissaire enquêteur. »

Sylvain Metz, président de l’Association pour la qualité de vie à Duttlenheim (ADQV), énumère la liste des cultures menacées par le projet de GCO, contre lequel se bat l’association. « C’est toute une agriculture traditionnelle à laquelle nous sommes attachés qui risque de disparaître », dit-il. Il dénonce la destruction du patrimoine, les atteintes à la qualité de l’air et les nuisances sonores que générerait le GCO. Depuis le raccordement de l’A35 à la VRPV, les habitants du village ne peuvent plus dormir la fenêtre ouverte, constate le président de l’ADQV, alors qu’en serait-il avec un nouvel axe routier sur le ban communal ?

« On ne sait rien de concret »

Les intervenants dénoncent tour à tour le coût du projet, son inutilité pour désengorger Strasbourg, le processus de consultation du public, qu’ils considèrent comme « une mascarade ». Tout en réitérant la volonté des agriculteurs d’une suppression de l’aire de service, Roland Schweitz pointe du doigt le manque d’information concernant cet aménagement. « On ne sait rien de concret. Il faut avoir le projet sous le nez pour en juger. Et la position des politiques ? Il faut la connaître. »

Christian Goepp, membre de l’ADQV et du conseil municipal de Duttlenheim, informe que le collectif GCO Non merci s’est entouré d’une équipe de juristes. Un recours juridique est en cours, ouvert aux seuls propriétaires. Il invite les personnes concernées à s’inscrire sur une liste, dans le but de déposer un recours devant le tribunal administratif.

Générations Mouvement

Les retraités dans l’air du temps

Pratique

Publié le 24/10/2016

Durant toute l’année 2016, Générations Mouvement a fêté ses 40 ans d’existence : plusieurs moments forts ont émaillé ces derniers mois, depuis les journées nationales du mouvement, au printemps, jusqu’au séminaire des présidents départementaux et régionaux, qui se tenait du 11 au 14 octobre au VVF d’Obernai. Gérard Vilain, président national de Générations Mouvement, les a retracés en ouvrant les travaux. Il a notamment insisté sur la journée du 40e anniversaire organisée en septembre au Conseil économique, social et environnemental, en présence de Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des personnes âgées et de l’autonomie, des présidents de Groupama et de la MSA, les « pères fondateurs » de Générations Mouvement, et de nombreux élus représentant les territoires ruraux. L’occasion de présenter la diversité des actions entreprises par « le premier mouvement associatif de seniors en France ».

Une journée plus festive, destinée aux adhérents, a été organisée en septembre à Clermont-Ferrand, avec plus de 1 400 participants. Des déclinaisons ont eu lieu dans certains des 85 départements où Générations Mouvement est implanté.

Le séminaire d’Obernai, qui a réuni une centaine de participants et leurs accompagnants, avait pour objectif d’asseoir « les fondements du renouveau » voulu par le réseau. Le déclin du nombre d’adhérents - 650 000 aujourd’hui contre 800 000 au début des années 2000 - a conduit ses responsables à mener une politique de développement offensive depuis quelques années. Cela s’est traduit par un changement de dénomination - Générations Mouvement a ainsi remplacé les Aînés ruraux en 2012. Il s’agit aujourd’hui de poursuivre le changement d’image pour parvenir à recruter de nouveaux adhérents.

Faire revenir les jeunes seniors

« Nous voulons faire revenir les jeunes seniors issus du baby-boum, explique Bernard Dumont, trésorier national et président de la fédération du Bas-Rhin. Nous faisons tout pour être dans l’air du temps. » Il cite les nombreuses activités nouvelles développées dans les clubs : loisirs, activités d’entretien physique, généalogie, initiation aux nouvelles technologies.

Au niveau national, Générations Mouvement cherche à fidéliser les clubs déjà affiliés et à en séduire de nouveaux. Elle leur propose ainsi différents services, parmi lesquels un contrat d’assurance spécifique proposé à un coût modique à tous leurs adhérents, ainsi qu’une vaste gamme de formations gratuites ouvertes aux responsables d’associations. Immatriculée au registre des opérateurs de voyage et de séjour, Générations Mouvement permet aux clubs d’organiser leurs voyages en toute sécurité. La fédération nationale a également négocié des avantages tarifaires auprès de différentes enseignes (optique, audition, beauté), dont elle fait profiter les adhérents.

Enfin, Générations Mouvement entend participer à la diffusion des nouvelles technologies. Le réseau est partenaire des pouvoirs publics dans plusieurs expérimentations d’utilisation des outils informatiques (PC, tablettes, smartphones). Durant le séminaire, grâce à l’intervention d’un spécialiste des réseaux sociaux, les participants ont même appris comment annoncer leurs événements sur Facebook.

Retraite complémentaire obligatoire

Les anciens exploitants solidaires des actifs

Vie professionnelle

Publié le 22/10/2016

« Nous refusons que la hausse de cotisation RCO (retraite complémentaire obligatoire) soit payée par les actifs » : la motion adoptée par les sections bas-rhinoise et haut-rhinoise des anciens exploitants est sans appel. Les membres du bureau, réunis le 6 octobre à Schiltigheim, ont clairement signifié leur refus d’une nouvelle ponction sur les exploitants en place. Une question de solidarité vis-à-vis des actifs agricoles déjà malmenés par la crise. « L’État a décidé d’accorder des points gratuits de retraite complémentaire obligatoire pour que la retraite des chefs d’exploitation ayant réalisé une carrière complète atteigne 75 % du Smic, explique Paul Schiellein, président de la SDAE 67. Cette décision, confirmée dans la loi du 20 janvier 2014, n’a pourtant pas été assortie des ressources financières correspondantes. »

La revalorisation des retraites, progressive sur trois ans, de 2015 à 2017, a d’abord été financée par la MSA. « La MSA avait des réserves, qu’elle a utilisées pour payer ces compléments de retraite, indique Christiane Bernard, membre du bureau et ancienne présidente de la MSA d’Alsace. Mais l’argent mis de côté ne suffira pas pour 2017. » Christiane Bernard rappelle que François Hollande, lorsqu’il était candidat, s’était engagé à ce que la revalorisation des retraites agricoles soit assurée « par la solidarité nationale et non par la solidarité professionnelle ». Les sections d’anciens exploitants réclament donc que cette promesse soit tenue.

Malgré la revalorisation en cours, les retraites agricoles plafonnent à 780 €/mois en moyenne pour les chefs d’exploitation, constate Paul Schiellein, et les conjointes dépassent rarement les 600 € de retraite par mois, même lorsqu’elles ont travaillé à la ferme toute leur vie. « Notre crainte, dans cette affaire, c’est d’alourdir encore les charges qui pèsent sur les exploitations alors qu’on nous promet le contraire », souligne Daniel Saenger, membre du bureau. « Nous sommes déjà au taquet, avec 42 % du revenu imposé par les charges sociales », ajoute Jean-Paul Schneider, président de la SDEA 68.

Outils en ligne : des travaux pratiques

Depuis une dizaine d’années, les deux sections d’anciens exploitants ont signé des partenariats avec différentes organisations agricoles (Crédit Agricole, MSA, Groupama), pour que leurs adhérents puissent bénéficier de tarifs plus avantageux ou d’informations régulières. « Or, aujourd’hui, toutes ces organisations tendent à dématérialiser leurs procédures, constate Paul Schiellein. Certains retraités n’arrivent pas à suivre et leurs enfants n’ont pas forcément le temps de les initier. » « On voit bien que tout va vers la dématérialisation, renchérit Adeline Baur, membre du bureau de la section bas-rhinoise des anciens exploitants. Même la déclaration d’impôts devra bientôt se faire par internet. »

Les anciens exploitants ont donc pris contact avec Sébastien Libbrecht, chef du service formation-emploi à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Celui-ci a monté un projet de formation axé sur l’utilisation des principaux outils en ligne. Cette formation, qui sera lancée avant la fin de l’année 2016, se déroulera sur quatre demi-journées, précise Sébastien Libbrecht. La première sera assurée par la Chambre d’agriculture d’Alsace, les autres respectivement par le Crédit Agricole, la MSA et Groupama. En fonction des besoins exprimés lors de la première demi-journée, les stagiaires apprendront à consulter leurs comptes bancaires sur internet, à effectuer des virements à distance, à consulter leurs contrats d’assurance ou à effectuer une déclaration de sinistre en ligne. Ils pourront aussi, par des mises en situation sur ordinateur, créer leur espace privé, vérifier leurs remboursements santé et accéder aux informations trimestrielles mises en ligne sur le site de la MSA.

Les modules de formation proposés s’adressent à un public déjà initié à l’informatique, mais il est envisagé d’en proposer d’autres à ceux qui ne savent utiliser ni un ordinateur, ni internet. Il s’agira, dans ce cas, de démystifier l’ordinateur. Ces formations pourraient être délocalisées dans les cantons, ce qui constituerait un bon outil d’animation cantonale.

Transmission : tous autour de la table

Pour compenser la faiblesse des retraites, les cédants sont tentés de valoriser leur exploitation au prix fort, tandis que les repreneurs cherchent à s’installer sur des exploitations viables et performantes économiquement. Avec l’agrandissement des exploitations, la montée en puissance des formes sociétaires et la crise agricole actuelle, la transmission du patrimoine devient de plus en plus complexe. Convaincue qu’elle doit être préparée bien en amont, la SDAE 67 a souhaité réunir tous les intervenants concernés par la transmission du patrimoine dans le Bas-Rhin : JA, FDSEA, MSA, Centre de gestion, Odasea. La première rencontre a eu lieu le 6 octobre. Y participaient le président de la SDAE 67, François Anstett, directeur du CFG, Sylviane Fargeon, directrice adjointe de la MSA d’Alsace, Thomas Gillig, président des JA, Marylène Bellot, juriste de la FDSEA. De l’évaluation de l’entreprise agricole au statut des membres de la famille, en passant par les comptes courants associés et les outils de la transmission, les sujets de réflexion n’ont pas manqué. « Nous voulons avoir un discours commun sur la transmission du patrimoine, pour donner des informations identiques aux uns et autres », explique Philippe Wolff. Une volonté partagée par l’ensemble des organisations. Une nouvelle réunion de concertation devrait avoir lieu d’ici la fin du mois.

Les délégués cantonaux des anciens exploitants, pour leur part, se réuniront en conseil le 8 novembre prochain.

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