Auteur

Florence Péry

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Diversification

L’agneau fait un tabac

Élevage

Publié le 15/04/2017

Agriculteur à Boofzheim, à une dizaine de kilomètres de Benfeld, Thomas Lehmann a « basculé » dans l’élevage ovin en 2008, en reprenant la troupe d’un agriculteur de son village, qui cessait son activité. « Historiquement, on faisait du tabac sur l’exploitation mais il fallait remplacer cette culture qui était très gourmande en main-d’œuvre et qui ne donnait pas un rendement suffisant sur nos sols », explique Thomas Lehmann. La reprise de la centaine de brebis croisées et d’un bâtiment lui permet de démarrer son élevage. Il augmente progressivement la troupe, qui compte aujourd’hui 200 brebis, et l’oriente en race pure île de France. « Je suis parti sur cette race pour pouvoir étaler les naissances et profiter de la conformation. » La prolificité de l’île de France étant limitée - 1,6 agneau par an en moyenne dans son élevage - il va prochainement tester en parallèle la race romane, connue pour sa prolificité et ses qualités maternelles.

« J’ai eu la chance d’être soutenu et aidé au départ par l’éleveur qui m’a cédé sa troupe, Paul Weiss. Il m’a fait bénéficier de ses conseils et de son expérience. Et j’ai aussi beaucoup profité de l’appui technique dispensé par le conseiller de la Chambre d’agriculture, Jean-Pierre Saulet-Moes », précise Thomas Lehmann. Depuis l’an dernier, il peut aussi compter sur l’association Agneau Terroir d’Alsace, dont il est l’un des plus récents adhérents. Il a intégré l’association suite à la faillite de Copvial, à qui il vendait jusqu’alors ses agneaux. Cet épisode malheureux l’a laissé avec des impayés, mais lui a permis de rejoindre une filière dynamique, portée par la demande croissante de viande d’agneau produite localement.

Une prévision de débouché sur l’année

« Cela impose quelques contraintes : il faut pouvoir livrer toute l’année. Mais en échange, j’ai un prix fixe sur l’année. Je sais ce que je vais toucher à l’avance, c’est quand même sécurisant en termes de revenu », explique l’éleveur, qui apprécie aussi de connaître la destination de sa viande : le supermarché Leclerc d’Obernai. « C’est important d’avoir une prévision de débouché sur l’année », souligne Thomas Lehmann. Étant l’un des deux éleveurs ovins à approvisionner la grande surface, il se concerte régulièrement avec son collègue d’Agneau Terroir d’Alsace pour assurer la continuité des livraisons. « La mutualisation fonctionne très bien », affirme-t-il.

L’éleveur pratique la conduite par lots. « J’ai trois pics d’agnelage dans l’année : septembre-novembre, janvier-février et mai-juin. Cela me permet d’étaler les ventes. Cela lisse également la charge de travail durant l’année. » Les brebis sont mises en lutte naturelle, en bergerie ou en pâture selon la saison. Les agneaux sont élevés en bergerie, sauf les agneaux d’été qui naissent en mai-juin. Nourris au lait maternel, ils sont sevrés autour de 70 jours, puis reçoivent un mélange de foin et de paille produits sur l’exploitation, de l’orge et un complément azoté pour l’apport de protéines. Seules les protéines sont achetées à l’extérieur. Pour l’instant tout au moins. Thomas Lehmann, qui cultive une douzaine d’hectares de soja, étudie la possibilité de devenir autonome en protéines.

Son nom en haut de l’affiche

Réguler la vitesse de croissance des agneaux en prévision de sorties exige une certaine technicité. « Il faut jouer sur l’alimentation pour éviter que les animaux ne fassent du gras », explique l’éleveur. Quand le moment est venu, les agneaux sont livrés à l’abattoir de Haguenau, où ils sont abattus. Ils affichent un poids de carcasse compris entre 19 et 21 kg en moyenne.

Au final, Thomas Lehmann est satisfait de s’être lancé dans l’élevage ovin. « Ça a permis de valoriser nos surfaces fourragères - une vingtaine d’hectares - et de remplacer le tabac sans gros investissement : j’ai reconverti un tunnel de séchage en bergerie et en bâtiment de stockage pour le foin », illustre l’éleveur. L’élevage ovin offre une bonne complémentarité avec les céréales : du point de vue de la charge de travail, mais aussi parce que les ovins fournissent la matière organique nécessaire aux terres labourables. En épandant le fumier sur ses champs, Thomas Lehmann réalise des économies non négligeables sur ses achats d’engrais. En semant des mélanges de graminées et de trèfle après son orge, il optimise également la production de fourrage tout en améliorant la couverture de ses sols à l’intersaison.

Cette production a aussi permis à son épouse, Annick, de rester sur l’exploitation, où elle est salariée. Enfin, en rapprochant l’éleveur du consommateur, elle lui offre une gratification qu’il ne trouvait pas dans les cultures végétales : celle de voir son produit sur l’étal, parfaitement identifié grâce à une affiche indiquant la provenance de la viande dans le rayon boucherie du supermarché client. Le contact régulier avec le boucher donne l’opportunité d’un retour direct sur la qualité des agneaux livrés. Un retour stimulant, qui permet à Thomas Lehmann d’être parfaitement en phase avec les attentes du marché.

Viande ovine

Agneau Terroir d’Alsace : cinq ans déjà

Élevage

Publié le 07/04/2017

Pour fêter ses cinq ans d’existence, l’association Agneau Terroir d’Alsace organisait une rencontre éleveurs-abatteurs-bouchers, lundi 27 mars à la ferme Huchot à Preuschdorf. La filière, qui regroupe aujourd’hui 19 éleveurs, 2 abattoirs, et 41 points de vente, a été montée pour offrir « un cadre protecteur » aux éleveurs ovins, qu’une précédente tentative d’organisation de la production avait laissés insatisfaits. Stéphane Huchot et Jean-Pierre Saulet-Moes, respectivement président et animateur de l’association, l’ont rappelé aux élus présents lors de cette rencontre, le député Frédéric Reiss, le sénateur Guy-Dominique Kennel, la conseillère départementale Nathalie Marajo-Guthmuller et le maire de Preuschdorf Stéphane Wernert.

En créant une marque à destination du marché alsacien, les membres de l’association souhaitaient vendre leur production sans intermédiaire, à un prix suffisamment rémunérateur pour offrir des perspectives d’avenir. Cet objectif est aujourd’hui rempli, constate Stéphane Huchot. « Agneau Terroir d’Alsace est une marque pérenne et reconnue », se réjouit-il. Les 19 éleveurs concernés - ils n’étaient que 15 au départ - commercialisent 5 500 agneaux par an auprès des bouchers-charcutiers et des GMS de la région.

Jean-Luc Hoffmann, boucher à Haguenau, est l’un des premiers à avoir franchi le pas. Au début, il achetait deux agneaux par semaine à la ferme Huchot. Désormais, il écoule jusqu’à sept à huit agneaux par semaine dans ses deux magasins de Haguenau et sur les marchés où il est présent. « Mon père et mon grand-père achetaient déjà en filière courte, témoigne le boucher, qui est aussi vice-président de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. C’est une démarche qui me plaît bien et qu’il faut soutenir. J’aimerais bien qu’on arrive à persuader nos confrères de n’acheter que de l’agneau local. »

Étaler les agnelages

Pour pouvoir approvisionner les points de vente tout au long de l’année, les éleveurs s’astreignent à étaler les agnelages, ce qui engendre un surcroît de travail et renchérit le coût de production. « En général, sur une exploitation, il y a un ou deux lots d’agnelage. Passer à quatre ou cinq lots est plus compliqué, explique Jean-Pierre Saulet-Moes. Pour pouvoir rallonger la période d’agnelage, nous avons demandé à nos adhérents de produire à contre-saison. » C’est ainsi que Stéphane Huchot a introduit la race romane dans son troupeau, une race qui agnelle naturellement à partir de septembre, sans utilisation d’hormones. Soucieuse de ne pas « trop chambouler les systèmes de production individuels », l’association Agneau Terroir d’Alsace mise aussi sur la mutualisation de l’offre pour pouvoir répondre à la demande toute l’année et au pic de consommation de Pâques. Lorsqu’un éleveur ne peut fournir les agneaux demandés, d’autres membres de l’association prennent le relais.

Cinq ans après son lancement, la marque Agneau Terroir d’Alsace est maintenant bien installée dans le paysage alsacien. « Rares sont les filières où on n’a pas de souci pour écouler sa production. Quand il y a un jeune qui prévoit de s’installer derrière, ça ouvre une voie », remarque Stéphane Huchot. Le prix de vente des agneaux, déterminé en janvier, est fixe sur l’année, ce qui assure aux adhérents une visibilité qui fait défaut dans d’autres secteurs.

Reste tout de même quelques points noirs. Le dépôt de bilan de Copvial, l’an dernier, a affecté plusieurs adhérents de l’association, qui ont toujours des créances non réglées. Dans cette situation, Agneau Terroir d’Alsace a réussi à nouer un partenariat avec l’abattoir de Haguenau. Un outil de proximité construit en 1969 dont l’avenir est cependant incertain. « Notre souci, c’est que cet abattoir reste en place. Il y va de la survie de notre filière », fait valoir Stéphane Huchot. Une préoccupation partagée par Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. « Il est vital de conserver cet abattoir, car le transport rajoute au prix, le consommateur n’en a pas conscience », insiste-t-elle.

Des frais d’abattage trop élevés

L’abattoir est la propriété de la communauté d’agglomération de Haguenau, après avoir été longtemps celle de la Ville de Haguenau, précise Dominique Platz, en charge du développement économique auprès de la collectivité. Son exploitation est confiée à la société Muller, dans le cadre d’une délégation de service public. « L’abattage est une activité complexe : il y a toute une série de normes à respecter, pour lesquelles des investissements sont faits régulièrement. La communauté d’agglomération injecte chaque année 50 à 60 000 € pour avoir un outil aux normes. Elle se rémunère par une taxe d’usage. » Suite au placement en redressement judiciaire de l’abattoir en 2013, la collectivité avait renoncé à percevoir cette taxe. Un plan d’apurement est toujours en cours. « Comme toute entreprise, l’abattoir doit parvenir à un équilibre économique permettant sa viabilité. Si demain, il n’y a pas d’équilibre financier, c’est le contribuable qui paie », prévient Dominique Platz.

Interpellé sur le montant des frais d’abattage, que les membres d’Agneau Terroir d’Alsace jugent trop élevés, le représentant de la communauté d’agglomération accepte d’en discuter. « Haguenau est l’un des abattoirs où les frais sont les plus élevés. Nous sommes au taquet, nous ne pouvons plus répercuter ces frais sur le prix de vente », argumente Stéphane Huchot. « Haguenau est un petit abattoir multi-espèces de proximité. Il n’arrivera jamais à faire des économies d’échelle comme un abattoir spécialisé, précise Ilan Fuks, son directeur. C’est cette proximité qui fait sa valeur ajoutée. » « Si on fait un abattoir spécifique pour les ovins, on sera liquidé tout de suite », ajoute David Bloch, cogérant de la société Muller, qui se base sur le rapport entre le coût de la main-d’œuvre et le tonnage de viande traitée, défavorable à la viande ovine.

David Bloch dénonce par ailleurs l’accumulation des normes imposées aux abattoirs, qui pèse sur la viabilité des entreprises. Sur ce point, Guy-Dominique Kennel fait état des 20 propositions émises par la délégation aux entreprises du Sénat, à laquelle il appartient. Parmi ces propositions figure l’interdiction de toute nouvelle norme si elle n’est pas compensée par la suppression de deux autres normes dans le même domaine et l’interdiction de surtransposer la norme européenne.

Concours régional de taille de vigne

Pierre Verchere remporte le sécateur d’or

Pratique

Publié le 16/03/2017

C’est sous la pluie que s’est déroulé le concours régional de taille de vigne, mercredi 1er mars à Heiligenstein. Une partie des 18 finalistes s’était qualifiée le matin même, lors de l’épreuve ouvrant au diplôme de taille, qui réunissait 71 candidats. Des candidats ayant obtenu leur diplôme de taille les années précédentes s’étaient joints à eux. Les deux épreuves ont eu lieu sur des parcelles proches, dans la zone d’appellation du klevener de Heiligenstein. Placé sous l’égide du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), le concours était comme chaque année coorganisé par le lycée agricole et viticole de Rouffach et la Chambre d’agriculture Alsace, avec le soutien des jeunes adhérents du syndicat viticole local.

Vers 14 h 30, Christine Klein, chronomètre suspendu autour du cou, donne le top départ aux 18 candidats. Non sans avoir rappelé les attentes du jury : « Une taille en guyot simple ou double, à adapter en fonction des ceps ». Elle formule quelques mises en garde : « On ne taille pas les jeunes pieds s’il n’y a pas d’arcure et on ne touche pas aux pieds morts ni aux pieds malades. » Les candidats ont 20 minutes pour faire la preuve de leur savoir-faire. À l’issue des 20 minutes, le travail est jugé successivement par trois jurys, pour un maximum d’objectivité.

De la finesse dans le choix des bois

La parcelle où se déroule le concours est « une parcelle un peu difficile, souligne Jérôme Attard, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture Alsace. Elle n’est pas trop vigoureuse, elle demande donc de la finesse dans le choix des bois de manière à pérenniser la souche. » Les critères pris en compte par le jury sont le choix des bois, la maîtrise de la charge, la propreté et la vitesse de taille.

À quelques minutes de la fin de l’épreuve, les membres du syndicat viticole préparent les boissons chaudes sous les tentes installées en bordure de parcelle. Concours ou pas, la convivialité reste de mise. « C’est une bonne expérience, juge Thierry, en terminale bac pro au lycée de Rouffach, qui participe au concours pour la première fois. On peut discuter entre collègues, on rencontre des professionnels… » Habitué à tailler les vignes - ses parents exploitent une dizaine d’hectares à Niedermorschwihr - Thierry n’a pas éprouvé de difficulté particulière. « C’était plus dur ce matin, pour le diplôme de taille, car il fallait aussi répondre aux questions du jury. »

C’était aussi une première participation pour Céline et Claudine. Les deux sœurs ont suivi trois jours de formation à la taille et ont obtenu leur diplôme le matin même, comme 21 autres participants. Elles ne s’attendaient pas à être sélectionnées pour le concours régional. Salariée sur l’exploitation de son mari à Scharrachbergheim, Céline a « l’habitude de tirer les bois mais pas de tailler. » Quant à Claudine, elle est une pro du ciseau avant d’être une pro du sécateur, puisqu’en plus d’être viticultrice, elle est aussi… coiffeuse à mi-temps.

Grand hamster : Barbara Pompili sur le terrain

Vie professionnelle

Publié le 10/03/2017

« J’ai à cœur de préserver la biodiversité, d’éviter la disparition des espèces végétales et animales. Malgré tout, le grand hamster risque d’être la prochaine à disparaître, je ne peux pas m’y résoudre », a expliqué Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la biodiversité, à l’issue de sa visite à Ernolsheim-sur-Bruche, lundi 27 février. La représentante du gouvernement avait d’abord rencontré les agriculteurs impliqués dans la protection du grand hamster d’Alsace, sur une parcelle bordant la départementale 45 en direction de Breuschwickersheim.

Dans le secteur d’Ernolsheim-sur-Bruche, où l’on a recensé 53 terriers en 2016, 18 agriculteurs mettent en œuvre des mesures agri-environnementales (MAE) pour restaurer un habitat favorable au mammifère, a expliqué Francis Humann, agriculteur bio dans la commune. 213 ha sont concernés par la réintroduction de cultures favorables (céréales à paille et luzerne), le maintien du blé sur pied et plus généralement, la modification des pratiques culturales permettant d’offrir le gîte et le couvert au petit animal. Les agriculteurs impliqués ont constitué une Cuma pour acquérir du matériel spécifique - houe rotative, strip-till, matériel de semis direct. L’objectif est de pouvoir faire des essais dans tous les secteurs concernés par la protection du grand hamster, précise Thomas Blum, président de la Cuma de la Plaine. Ces nouvelles pratiques, soutenues dans le cadre du programme européen Life Alister, peuvent également apporter des réponses à d’autres problématiques, telles que les coulées de boue, ou la monoculture du maïs, ajoute Francis Humann.

« La situation reste critique »

Malgré les efforts déployés, « la situation reste critique car nous sommes loin des 1 500 individus qui seraient nécessaires pour assurer la viabilité de l’espèce », juge Barbara Pompili, lors du tour de table suivant la visite. La secrétaire d’État se réfère au million de hamsters présents dans la région à la fin des années 1970, contre 400 en 2007. Et si les effectifs se situent aujourd’hui autour de 800, elle remarque que cette remontée s’est faite en relâchant près de 2 000 hamsters d’élevage, ce qui ne permet pas de « bien voir quel est l’état des populations sauvages ».

Cet écart entre le nombre de lâchers et la population estimée de hamsters pose question. Est-ce le résultat de la prédation ? « Dans certains secteurs, les nuisibles pullulent, remarque Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Quand on fait un lâcher, une partie des hamsters finit dans le terrier du renard ». Barbara Pompili invite à y regarder de plus près. Si des mesures doivent être prises pour limiter l’impact des prédateurs, ce sera en dernier recours, prévient-elle. « Il y a encore un gros travail de recherche et de connaissances à faire sur le sujet », tempère la secrétaire d’État. Un essai de semis de trèfle sous blé va être lancé pour limiter la prédation en été, signale Julien Eidenschenck, responsable de la mission hamster à l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage).

« Une démarche collective et volontaire »

Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, rappelle que les agriculteurs se sont engagés depuis une dizaine d’années dans la protection du grand hamster d’Alsace. Ils y ont été poussés par le préfet de l’époque. Depuis, ils ont réussi à prouver qu’on pouvait concilier « protection d’une espèce menacée et production agricole dynamique ». Leur démarche est « collective et volontaire » : 158 agriculteurs ont souscrit la MAE hamster, ce qui représente 550 000 € d’aides annuelles. Alors qu’un nouveau programme national d’action en faveur du grand hamster est en cours d’élaboration, Jean-Paul Bastian appelle à « ne pas casser cette dynamique ».

La réalisation du COS (Contournement Ouest de Strasbourg) pourrait pourtant y contribuer : tour à tour, Francis Humann, Franck Sander et Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, alertent la secrétaire d’État sur les conséquences de ce projet, que des militants anti-COS postés sur le trajet du cortège officiel dénoncent avec force. Outre l’aire de service, c’est l’acquisition par le concessionnaire de foncier au titre de la compensation environnementale qui ne passe pas. « Nous avons déjà 213 ha en place pour le hamster (NDLR : à Ernolsheim-sur-Bruche). Aujourd’hui, on nous dit : ça ne compte pas. C’est la double peine », s’indigne Francis Humann. Franck Sander renchérit : « Il n’est pas question de perdre des terres pour le COS et des terres supplémentaires pour compenser. » Le président de la FDSEA du Bas-Rhin s’inquiète également des contraintes qui pourraient être mises en place sur ces surfaces. Il réclame une reconduction des mesures à l’identique « puisqu’elles fonctionnent ».

Sans se prononcer sur l’opportunité du COS - ce n’est pas dans ses attributions, précise-t-elle - la secrétaire d’État assure que « ce projet, comme tout projet, doit éviter les atteintes à la biodiversité. À défaut, il faut compenser. » Le principe de la loi sur la biodiversité, votée l’an passé, repose sur le principe E-R-C (Éviter les atteintes à la biodiversité, Réduire, Compenser), la compensation n’intervenant qu’« en dernier recours ». « Le respect de cette séquence sera central dans la demande d’autorisation déposée par le concessionnaire », déclare Barbara Pompili.

MAE : pour un règlement rapide

Laurent Fischer, président de l’Afsal (Agriculteurs et faune sauvage Alsace), dénonce quant à lui les retards de paiement des MAE. Des avances ont certes été accordées pour les paiements 2015, mais rien pour 2016, en dehors des indemnisations pour les blés sur pied, reconnaît Jean-Philippe d’Issernio. Le chef de la Direction départementale des territoires espère que les acomptes pour 2016 ne vont pas tarder, la MAE pour la protection du grand hamster étant « la seule MAE gérée collectivement » sur près de 3 000 ha. « Il faut que les agriculteurs soient réglés très rapidement, insiste Laurent Fischer, sinon ils vont se désengager. »

Concours des villes et villages fleuris : le palmarès 2016

Une fleur peut en cacher une autre

Pratique

Publié le 07/03/2017

Villages, villes, fermes, commerces, maisons… Les lauréats bas-rhinois du 57e concours des villes et villages fleuris ont reçu leurs prix samedi 4 février au Vaisseau, à Strasbourg. Vincent Debes, président du jury de fleurissement, a remercié l’ensemble des participants pour le travail accompli au service du rayonnement touristique de la région. Le fleurissement constitue en effet un attrait indéniable pour les millions de touristes qui visitent l’Alsace au fil des saisons.

La réunion des associations départementales de tourisme du Bas-Rhin et du Haut-Rhin au sein d’Alsace Destination Tourisme a conduit à harmoniser les conditions de participation entre les deux départements, a souligné Vincent Debes, qui est aussi président délégué du nouvel organisme. Cette harmonisation devrait permettre de renforcer la notoriété du concours de fleurissement. Pour la deuxième année consécutive, les particuliers sont sélectionnés sur la base de photos numériques, ce qui permet d’alléger la tournée du jury, tout en les associant pleinement au concours. Ils peuvent s’inscrire directement ou par le biais de leur commune. 479 candidats, venant d’une centaine de communes différentes, se sont inscrits la première année selon ces nouvelles modalités. « Nous espérons une édition 2017 encore plus féconde », s’exclame le président du jury.

Des journées techniques en 2017

À une échelle plus large, le Bas-Rhin fait partie du cercle des 22 départements labellisés « département fleuri ». En reconduisant ce label en 2016, le jury a reconnu les efforts réalisés par le département pour améliorer le cadre de vie. Il a notamment pris en compte les actions d’aménagement, de préservation de l’environnement et des espèces menacées, comme les actions de sensibilisation menées auprès des collégiens et le soutien apporté aux expositions liées à la nature. En 2017, des journées techniques seront organisées à l’intention des élus et des techniciens communaux, annonce Vincent Debes. Les thèmes et les dates seront communiqués prochainement.

Avant de laisser Marc Lévy, directeur d’ADT, dévoiler le palmarès, Vincent Debes a remercié les membres du jury, qui se sont adaptés aux nouvelles modalités du concours. Ils étaient répartis en trois équipes et ont parcouru 1 700 km en 9 jours. Il a également remercié les donateurs, parmi lesquels L’Est Agricole et Viticole, qui a récompensé les trois lauréats de la catégorie « Fermes, corps de ferme et exploitations viticoles en activité » avec un repas à déguster dans un restaurant adhérant aux Étoiles d’Alsace. Les autres lauréats ont reçu un agrandissement du photographe Frantisek Zvardon, ainsi que des paniers fleuris offerts par Fleurs et Plantes d’Alsace, représentée par son président, Christian Romain, et des bons d’achat.

Fruits et légumes

Le Grand Est, un marché à conquérir

Cultures

Publié le 14/02/2017

« Nous avons décidé, dans le domaine agricole comme dans d’autres domaines, de construire nos politiques en tenant compte encore plus étroitement des acteurs et des réalités du terrain », a expliqué Philippe Richert, président de la région Grand Est en ouvrant les premières assises régionales pour le développement des filières et des marchés alimentaires le 2 février à Strasbourg. Dédiée à la filière fruits et légumes, la première des rencontres a réuni 120 personnes venues du Grand Est à l’Hôtel de Région : producteurs et transformateurs de fruits et légumes, mais aussi grossistes et distributeurs. Les débats ont eu lieu en présence de Philippe Mangin, vice-président de la région Grand Est en charge de la ruralité et de l’agriculture, Pascale Gaillot, présidente de la commission agriculture et forêt, Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, ainsi que de plusieurs élus régionaux.

Favoriser la création de valeur ajoutée

Comment accompagner la filière fruits et légumes régionale ? Comment mieux valoriser les productions de la région face à un marché de 5,5 millions de consommateurs potentiels ? Telles ont été quelques-unes des questions abordées lors d’ateliers thématiques. Se posant en « facilitateur de débat », Philippe Mangin a d’emblée rappelé l’ambition de la Région : « Favoriser la création de valeur ajoutée, de richesse et d’emploi à tous les maillons de la filière » tout en prenant en compte la demande croissante pour des produits de proximité, à l’origine garantie. « Ce n’est pas un effet de mode, mais une demande qui s’installe structurellement », a-t-il insisté en citant l’exemple des collectivités, et notamment du Conseil régional, en charge de la restauration collective dans les lycées. Le Région n’entend pas pour autant « privilégier un modèle par rapport à un autre », a déclaré Philippe Mangin.

La Chambre régionale d’agriculture s’intéresse aux circuits courts, a déclaré pour sa part Jean-Luc Pelletier, qui constate le succès de ce mode de commercialisation. Il y voit un soutien à l’économie locale, permettant « de garder la valeur au plus près de la production, de maintenir les exploitations et de garder un tissu agricole vivant ». Les circuits courts offrent aussi l’avantage de créer du lien social et de préserver l’environnement et la biodiversité, estime encore le président de la Chambre régionale d’agriculture. Reste à quantifier le débouché potentiel et à organiser la production, en quantité et en qualité.

5 000 emplois permanents

Dans le Grand Est, les fruits et légumes occupent environ 2 % de la surface agricole, indique Pierre Lammert, président d’Univers fruits et légumes Grand Est. La filière compte 1 400 producteurs de légumes et environ 1 000 producteurs de fruits. Elle représente 5 000 emplois permanents dans la production, 1 200 emplois dans la transformation, sans compter les saisonniers. Elle a été la première à se structurer au niveau de la grande région avec la création d’Univers fruits et légumes Grand Est, a précisé son président.

Les producteurs de fruits et légumes du Grand Est s’appuient sur les trois stations d’expérimentation en place dans la région : l’Arefe et Verexal pour les fruits, Planète Légumes pour les légumes. Ces stations fournissent un accompagnement indispensable aux professionnels, a souligné Pierre Lammert. Ceux-ci ont également besoin d’aides à l’investissement pour pouvoir rester compétitifs. Des soutiens aux entreprises de transformation et des aides à la communication sont également souhaités.

Les propositions émises lors des différents ateliers ont fait l’objet d’une synthèse en fin de journée. Elles seront analysées par Univers fruits et légumes Grand Est et les services de la Région, souligne Fabien Digel, responsable du pôle économie et filières à la Chambre régionale d’agriculture. Les choix finaux reviendront à la collectivité, la mise en œuvre des actions retenues étant programmée pour mi-2017. D’ici là, les assises régionales pour le développement des filières et des marchés alimentaires dans la région Grand Est vont se poursuivre : une seconde rencontre, avec la filière bovine cette fois, était prévue le 9 février à Pont-à-Mousson et une troisième, avec les grandes et moyennes surfaces, aura lieu le 7 mars à Metz. D’autres filières (aviculture, productions porcines et ovines, lait) se réuniront ultérieurement.

Forêts publiques

L’ONF au format Grand Est

Pratique

Publié le 12/02/2017

Les directions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne de l’ONF viennent de se regrouper en une nouvelle direction territoriale Grand Est, que dirige Jean-Pierre Renaud. Ce regroupement fait suite à la réforme des régions intervenue au 1er janvier 2016. « Beaucoup de nos partenaires se sont réorganisés suite à cette réforme, à commencer par les services de l’État », explique Jean-Pierre Renaud. Il était donc logique que l’ONF constitue une direction territoriale commune aux trois anciennes régions. Les partenaires de l’ONF - l’interprofession Fibois Alsace, la fédération régionale des chasseurs, le Centre régional de la propriété forestière - sont par ailleurs engagés dans des démarches similaires.

La forêt publique majoritaire

Dans le Grand Est, 58 % des forêts sont publiques. « C’est la seule région de France où la forêt publique est dominante, précise le directeur territorial Grand Est de l’ONF. Dans le reste de la France, 75 % des surfaces forestières sont privées. » Au sein de la grande Région, la part des forêts publiques décroît à mesure qu’on s’éloigne vers l’ouest. Les 14 agences territoriales ONF du Grand Est gèrent 1,1 million d’hectares de forêts, dont près de 400 000 ha de forêts domaniales et 720 000 ha de forêts communales. Les essences y sont très diverses : à dominante de feuillus dans la plaine, de résineux en montagne, elles offrent une grande diversité écologique et paysagère.

L’an dernier, l’ONF a réussi à mobiliser près de 5 millions de m3 de bois dans le Grand Est : 1,9 million de m3 dans les forêts domaniales, 2,6 millions de m3 dans les forêts communales et près de 500 000 m3 délivrés aux habitants dans le cadre des affouages, pratique plus développée en Lorraine qu’en Alsace. La nouvelle direction territoriale Grand Est, qui emploie 2 400 salariés, est dotée d’un service commercial unique, chargé de commercialiser le bois auprès des entreprises de transformation, qui sont nombreuses dans la région, et à l’export.

Contractualisation : le Grand Est en avance

Le Grand Est est en avance dans la contractualisation des ventes : en effet, la moitié des bois provenant de forêts domaniales et un quart des bois issus de forêts communales font l’objet de contrats d’approvisionnement avec les scieurs. Cette politique est encouragée par le ministère de l’Agriculture : elle vise à favoriser les entreprises locales et à garder la valeur ajoutée sur le territoire national. La contractualisation, via des contrats annuels ou pluriannuels avec révision de prix tous les six mois, concerne surtout les résineux et le hêtre, mais elle commence à s’étendre à d’autres essences comme le chêne. Elle existe aussi pour le bois énergie et le bois d’industrie, précise Jean-Pierre Renaud, qui chiffre à 1,5 million de m3 le volume livré dans le cadre de contrats d’approvisionnement.

L’ONF Grand Est est confrontée à deux enjeux majeurs. Le premier est économique : il consiste à « alimenter de manière durable une filière représentant 55 000 emplois ». Le second enjeu est environnemental, : c’est celui de la préservation d’un patrimoine naturel soumis à d’insidieuses menaces. Si 90 % des surfaces forestières de la grande région sont dotées d’un plan de gestion, qui garantit une exploitation raisonnée des ressources, la régénération est aujourd’hui compromise par le gibier, qui pullule en forêt.

La régénération en panne

« Depuis une vingtaine d’années, sous la pression des élus, nous avons fait évoluer nos pratiques vers des modes de gestion plus doux, des récoltes plus étalées dans le temps, explique Jean-Pierre Renaud. Ces pratiques marchent s’il y a régénération naturelle. Mais dès lors qu’il y a un blocage, c’est toute une sylviculture proche de la nature qui est menacée. » Le déséquilibre forêt-gibier touche toutes les forêts du Grand Est, mais la pression est particulièrement forte en Alsace et dans le massif vosgien où le gibier se multiplie à grande vitesse. Dans la forêt du Donon, par exemple, les cerfs empêchent toute régénération depuis une vingtaine d’années. Au problème du gibier s’ajoute celui du manque d’investissement, lié à la disparition du fonds forestier national.

Élevage - engraissement

Calculs urinaires : ne pas sous-estimer l’impact zootechnique

Élevage

Publié le 10/02/2017

En été 2014, plusieurs cas de mortalité sont survenus dans des ateliers d’engraissement de bovins alsaciens, suite à des problèmes de calculs urinaires (urolithiase). « Un cas sur 1 000, ce n’est pas grand-chose, mais ce qui était inquiétant, c’était la gravité des lésions observées à l’abattoir », explique Marc Peterschmitt, vétérinaire à Comptoir Élevage (anciennement Copvial). Pour comprendre ce phénomène, une étude a été menée d’août 2014 à janvier 2016. Le vétérinaire a rendu compte des résultats lors d’une réunion technique organisée le 20 janvier au CFPPA d’Obernai, en présence de 70 engraisseurs spécialisés d’Alsace et de Lorraine.

Les mâles d’abord

L’étude a d’abord montré une prédisposition sexuelle aux urolithiases : « Les mâles sont beaucoup plus concernés que les femelles. » Et parmi les mâles, les jeunes bovins sont nettement plus affectés. Encore faut-il distinguer les différentes races d’animaux : les jeunes bovins de race à viande le sont plus que les jeunes bovins mixtes, ceux-ci étant eux-mêmes plus concernés que les jeunes bovins de race laitière. « Le charolais est n° 1 sur le podium », précise encore Marc Peterschmitt.

La prévalence lésionnelle sur les jeunes bovins charolais est la suivante : un sur deux est atteint de cystite, trois sur quatre présentent du sable dans les urines, un sur deux des calculs urinaires et enfin un sur dix présente des lésions de cystite très sévères. Les cas de subocclusion (énormément de calculs et de sable dans la vessie) suivent la prédisposition raciale, mais Marc Peterschmitt constate que même dans ces situations, le jeune bovin « semble bien vivre avec ses calculs ».

Le vétérinaire s’est également posé la question d’une prédisposition géographique aux urolithiases. Il a constaté que les animaux engraissés dans le Bas-Rhin présentaient plus de cystite que ceux engraissés en Moselle, en Meurthe-et-Moselle et dans la Meuse. « Le phénomène s’aggrave en allant vers l’Est », indique Marc Peterschmitt qui constate en parallèle que « les urines sont de plus en plus basiques en allant vers l’Est ». En Alsace même, la fréquence des lésions est plus importante dans le Ried. Ce que le vétérinaire explique en partie par la dureté de l’eau.

Marc Peterschmitt avance également un effet saison : les animaux abattus entre avril et septembre présentent plus de lésions que ceux abattus en période hivernale. Le stress hydrique en serait la cause : « Les besoins en eau des animaux sont supérieurs en été, mais ils ne s’abreuvent pas forcément suffisamment à cette période. Ceux qui sont abattus en hiver ont potentiellement la capacité de dissoudre leurs calculs. »

Le vétérinaire a aussi comparé les jeunes bovins engraissés dans les ateliers spécialisés et ceux engraissés dans les élevages naisseurs d’origine. Il en ressort que les jeunes bovins engraissés dans les ateliers spécialisés sont « significativement plus atteints que les autres ». Or, une grosse proportion des engraisseurs spécialisés sont dans le Ried et distribuent des rations avec des pulpes de betteraves et du maïs.

Abreuvement : pas seulement une question de débit

S’agissant de l’abreuvement, le vétérinaire estime que les abreuvoirs à niveau constant sont « inadaptés pour les jeunes bovins en finition ». On leur préférera les abreuvoirs à palette. Les éleveurs qui ont eu des problèmes d’urolithiase en 2014, notamment ceux qui ont eu des cas mortels, avaient des débits d’abreuvement largement inférieurs à la moyenne des élevages audités. Mais le débit n’est pas le seul paramètre à contrôler : « Le nettoyage et la surveillance des abreuvoirs doivent être quotidiens », insiste Marc Peterschmitt. Il faut aussi veiller à ce que la compétition autour de l’abreuvoir ne soit pas trop forte car « un animal qui ne boit pas, ne mange pas et ne croît pas ». Pour cela, il faut prévoir un abreuvoir pour dix animaux, avec un débit minimum de 10 litres/minute. L’accessibilité des abreuvoirs est un autre point de vigilance. Les besoins d’un bovin en finition sont en effet de l’ordre de 40 litres d’eau/jour.

S’agissant de l’alimentation, Marc Peterschmitt constate que « plus il y a de pulpes dans la ration, plus les lésions d’urolithiase sont fréquentes ». En revanche, il ne semble y avoir aucune corrélation entre le taux de matière sèche des pulpes et la gravité des lésions. La part de maïs dans la ration étant, en tout cas dans les élevages alsaciens, inversement proportionnelle à celle des pulpes, une ration riche en maïs se traduit par moins de lésions. Pour ce qui est de l’ensilage d’herbe et de luzerne, le vétérinaire juge que les plantes fourragères basses semblent poser plus de problème en raison de leur contamination par la terre. Enfin, « plus la ration est énergétique, plus le GMQ est élevé, plus le risque de lésions sévères est important ». Pour autant, il ne semble pas y avoir de lien entre le type de correcteur énergétique et le niveau de lésions.

L’alimentation joue un rôle

Pour compléter son analyse, Marc Peterschmitt a étudié la prévalence lésionnelle de l’atelier d’engraissement du lycée agricole d’Obernai. Il s’agissait d’effacer l’effet race et l’effet élevage et de se concentrer sur l’incidence de l’alimentation. Le lycée agricole d’Obernai distribue deux types de ration : une ration mélangée avec 51 % de pulpes de betteraves et une ration maïs. Tous les animaux sont soumis aux mêmes conditions d’abreuvement : de l’eau du réseau avec un abreuvoir pour 17 animaux. La ration mélangée est un facteur de risque plus important, indique Marc Peterschmitt. En étudiant les résultats des pesées, il apparaît que les animaux ayant les lésions les plus marquées grandissent mieux au départ, mais que leur GMQ chute après 14 mois. Les croissances cumulées, quant à elles, « sont dans un mouchoir de poche ».

Pour finir, Marc Peterschmitt évoque quelques leviers d’action pour réduire l’impact des urolithiases dans les élevages. La maîtrise des struvites en fait partie, de même que celle de l’abreuvement. Il importe aussi de limiter les contaminations en terre des matières premières et d’être vigilant quant à l’âge d’abattage des animaux.

Ferme Rottmatt à Sand : faites le plein de… viande

Pratique

Publié le 06/02/2017

Situé à l’entrée de Sand, village proche de Benfeld, le magasin de vente de la ferme Rottmatt a pris la place d’un ancien garage, fermé depuis un incendie. Sur le parking où se garent les clients se trouvait la station-service. Depuis la réouverture des lieux, le 3 décembre, on peut y faire le plein de viande et de charcuteries issues de la ferme tenue par Jérôme Gerhart et son père René. Les deux associés élèvent un troupeau de 80 vaches allaitantes et leur suite, à 75 % de race limousine, le reste étant constitué de blondes d’Aquitaine et de quelques charolaises. S’y ajoutent une quarantaine de génisses achetées à l’extérieur pour être engraissées.

Des caissettes au détail

L’ouverture du magasin constitue la suite logique d’un projet de vente directe lancé voici quatre ans. « Nous vendions des caissettes de viande d’une quinzaine de kg et nos clients étaient de plus en plus nombreux à nous demander de la viande au détail », explique Jérôme Gerhart. L’idée d’ouvrir un magasin commence à germer. Il faudra deux à trois ans pour qu’elle aboutisse.

Le local étant trouvé - Aurélie et Jérôme Gerhart le louent à la grande tante du jeune éleveur - il reste à l’aménager. « Au départ, tout était vide. Nous avions un local de 200 m2 avec un trou dans le toit dû à l’incendie. Il a fallu tout nettoyer et tout aménager ».

Pour les plans, le jeune couple s’adresse à la Chambre d’agriculture. Violette Kessler, du service gestion du territoire, les assiste dans leur conception. L’enjeu est de tirer partie de ces 200 m2, tout en respectant les normes d’hygiène et de circulation relatives à la viande et aux produits carnés transformés. « Ce qui est compliqué, c’est de connaître les normes, explique Jérôme Gerhart, qui regrette de n’avoir pas pu bénéficier dans ce domaine de l’aide des services de contrôle. Nous avons tout de suite fait le choix d’un local CE, pour pouvoir faire de la prestation pour d’autres. »

Respecter la marche en avant

Le magasin de vente, d’une superficie de 60 m2, se situe dans la partie avant du bâtiment. Il est séparé de la partie laboratoire par des cloisons en panneaux sandwich de couleur orange qui s’harmonisent avec le carrelage gris clair de la pièce et le soubassement de la vitrine. Le laboratoire, les chambres froides, les vestiaires et les toilettes occupent le reste de la surface. « Il faut respecter le principe de la marche en avant », indique Aurélie Gander. Pas question, par exemple, de mélanger carcasses et produits finis : « Nous avons une chambre froide pour les carcasses, une autre pour la viande découpée, une troisième pour les produits finis et une dernière pour les déchets, avec un sas qui sépare la chambre froide des déchets du reste du laboratoire ».

C’est Aurélie qui œuvre au laboratoire, où elle dispose de tout le matériel nécessaire à la découpe et à la transformation (hachoir, fumoir). Elle s’est formée à la découpe de bovins et aux techniques de boucherie-charcuterie-traiteur en fréquentant le CFA de Bar-le-Duc, puis celui d’Eschau. Une fois les carcasses de bovins récupérées à l’abattoir de Holtzheim, elle les découpe sur place et en transforme une partie en charcuterie à base de bœuf et de veau : terrines, mousse de foie, cordons bleus, cordons rouges, saucisse de viande, knacks, saucisson sec, lard de bœuf, bœuf séché, roulades, paupiettes…

En dehors de la période de rush de Noël, où ils auraient pu vendre « des kilomètres de filet », Aurélie Gander et Jérôme Gerhart tablent sur un rythme d’abattage de deux génisses et un veau par semaine. C’est qu’en plus du magasin de Sand, de la vente en caissettes qui continue, de la présence au marché de Muttersholtz tous les jeudis, le couple approvisionne aussi le magasin Cœur Paysan de Colmar, en alternance avec deux autres éleveurs. L’embauche d’un deuxième boucher est prévue.

Cherche éleveur de porcs

« Notre but, c’est de vendre notre viande, nos charcuteries », précise Jérôme Gerhart. Le jeune éleveur aimerait toutefois enrichir son offre avec du porc. « On avait un projet d’élevage de porcs, mais il n’a pas abouti. » Il est à la recherche d’un élevage partenaire « ni trop grand, ni trop petit, ni trop éloigné » produisant « du porc sur paille et sans OGM. » Le magasin de la ferme Rottmatt propose également toute une gamme de produits complémentaires provenant de fermes des environs : légumes, œufs, pâtes, yaourts, fromage blanc, foie gras, jus de raisin, confitures.

Élevage laitier

Au Gaec Millemann, les vaches ont la vie longue

Élevage

Publié le 16/01/2017

« Plus une vache reste productive longtemps, plus elle est rentable ». Les associés du Gaec Millemann, à Reichshoffen, l’ont compris depuis longtemps : du temps des parents, Alfred et Annie Millemann, l’une des vaches de l’élevage a été la première du Bas-Rhin à franchir les 100 000 kg de lait de production. Alfred Millemann, toujours actif sur la ferme bien que retraité, a conservé une photo de l’animal, Tulipe, prise la veille de son départ pour l’abattoir. Issue d’un embryon américain vendu par l’Uneco, Tulipe « a fait neuf lactations et elle a eu 12 veaux vivants, pratiquement que des femelles. C’est à partir de cette vache qu’on a développé notre élevage. »

Alors qu’Alfred et Annie Millemann ont passé le flambeau à leurs enfants, Denis et Christine, la recherche de vaches à carrière longue reste d’actualité au Gaec Millemann. La preuve ? À la fin de l’année 2016, le troupeau comptait trois vaches ayant dépassé les 100 000 kg de production : Uranie affiche 137 780 kg à la clôture de l’année 2016, Variole pointe à 111 659 kg, tandis qu’Alexie, réformée depuis, a atteint 107 459 kg en six lactations (lire notre encadré).

De la luzerne à brins longs pour les veaux

De telles carrières ne doivent rien au hasard, précise Théo Kuhm, conseiller d’Alsace Conseil Élevage qui suit le Gaec Millemann avec compétence depuis 25 ans. « C’est un ensemble de facteurs qui fait qu’on a des vaches qui durent », souligne Denis Millemann. Le premier critère, selon lui, est l’élevage des veaux. « J’essaie d’avoir des veaux avec un bon développement de la panse », explique l’éleveur. Pour y parvenir, il les nourrit, une fois sevrés, avec un mélange de céréales et de luzerne à brins longs. Il attache un soin tout particulier à la culture de la luzerne, notamment à sa récolte. « Il faut obtenir le maximum de protéines », indique Denis Millemann, qui insiste sur la nécessité de récolter au bon stade et « pas que des tiges ». À cet égard, la technique de récolte a son importance mais elle ne fait pas tout : certaines années sont plus propices que d’autres à la récolte d’une luzerne de qualité, reconnaît l’éleveur, qui en cultivait 3 hectares en 2016 contre une bonne dizaine certaines années.

La génétique est le second critère qui influence la longévité des laitières. Le choix des taureaux est réalisé en collaboration étroite avec Rémy Bierbaum, d’Élitest. Il s’agit de cibler des taureaux améliorateurs et adaptés au type de vaches de l’élevage Millemann : de grandes vaches, bien développées, issues d’une sélection longtemps axée sur le gabarit. « Comme elles sont logées sur aire paillée, nous ne sommes pas limités par la longueur des logettes », explique Denis Millemann. La réalisation du planning d’accouplement est facilitée par la fine connaissance que la famille Millemann a de son troupeau. Grâce aux semences sexées, il est aussi plus facile de préserver les meilleures lignées. Les choix génétiques opérés ont ainsi permis d’augmenter régulièrement le niveau de production - il frôle les 12 000 kg de moyenne à 7 % en 2016 - sans dégrader la longévité.

Le confort sur aire paillée

Pour les génisses, l’éleveur a fait le choix d’un vêlage à 32 mois. « On peut se le permettre car elles passent moitié de l’année à l’extérieur. On est dans un système extensif », rappelle Denis Millemann. Ce qui est perdu à l’entrée de la carrière, du fait d’un premier vêlage tardif, se rattrape plus tard : en effet, les génisses arrivent au vêlage bien développées et comme elles ont achevé leur croissance, elles sont rapidement productives et ont toutes les chances de le rester longtemps.

Dernier élément pouvant expliquer la longévité des vaches du Gaec Millemann : les conditions de logement et plus généralement d’élevage. Les 70 laitières sont logées dans une étable construite dans les années 1980 offrant une superficie suffisante et un couchage sur aire paillée propice à leur confort. « On a le souci de ne pas mettre trop de vaches dessus, sinon on peut vite aller à la catastrophe », relève Denis Millemann. En été, elles ont accès à un parcours extérieur, ce qui leur permet de faire de l’exercice et évite les problèmes de patte. Enfin, l’éleveur est attentif à l’alimentation de ses laitières : il s’efforce de leur apporter un fourrage de qualité, provenant de la soixantaine d’hectares de prairies que compte l’exploitation, et veille à ce qu’elles ruminent en leur mettant du foin à disposition au cornadis pour compléter leur ration.

Les vidéos