Auteur

Florence Péry

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Alsace, Moselle, Haute-Marne : deux jours d’échanges en Alsace

Lait sans OGM : comment s’adapter à la demande ?

Élevage

Publié le 14/06/2017

À partir du 1er octobre 2017, Sodiaal collectera du lait issu d’animaux nourris sans OGM dans trois de ses zones de collecte françaises. 165 producteurs de la région de Sausheim, dans le Haut-Rhin, sont concernés. Ce lait sera envoyé à l’usine Entremont de Langres (Haute-Marne) pour fabriquer de l’emmental destiné au marché allemand (lire notre encadré). La laiterie Freiwald, située à Freistroff en Moselle, s’est lancée dans une démarche similaire pour pouvoir livrer du lait en Allemagne. La collecte démarre ce mois-ci. La fromagerie Hutin, basée à Dieue-sur-Meuse près de Verdun, emboîtera le pas au 1er janvier prochain : spécialisée dans la fabrication de fromages à pâte molle et pâte fraîche, elle fait partie du groupe allemand Hochland, l’un des leaders européens de la fabrication fromagère, qui vend ses produits dans 30 pays.

« Un train qui passe »

La demande de lait issu d’animaux nourris sans OGM (que nous appellerons lait sans OGM) vient du consommateur allemand, rappelle Gilles Saget, responsable du pôle méthodes et références de 3CE (Chambre Contrôle Conseil Élevage, lire en encadré). « En France, on exporte 40 à 45 % de notre lait et notre principal partenaire est l’Allemagne. Toutes les grandes entreprises laitières du Nord-Est commercent avec ce pays, renchérit Jean-Claude Perrin, responsable des achats lait à la fromagerie Hutin. Le lait sans OGM, c’est un train qui passe. Soit on le regarde passer, soit on saute dedans. » « Je ne sais pas si on a vraiment le choix, ajoute-t-il. On ne peut pas négliger la demande qui nous est faite. »

« Collectivement, on a intérêt à y répondre », affirme pour sa part Benoît Rouillé, responsable de projets en production laitière à l’Institut de l’élevage (Idele). Il pose toutefois une condition : « Que l’éleveur s’y retrouve économiquement ». Les producteurs laitiers du Grand Est sont certes bien placés pour produire du lait sans OGM, puisqu’ils sont proches de l’Allemagne. Les laiteries concernées proposent à leurs adhérents un contrat, par lequel ils s’engagent à respecter un cahier des charges basé sur le standard de l’association allemande Vlog. Avec à la clé, une prime pour compenser les surcoûts. Celle-ci varie selon les entreprises : de 7,5 €/1 000 l pour Freiwald à 10 €/1 000 l dès la période de conversion pour Sodiaal. La fromagerie Hutin, quant à elle, propose une prime de conversion de 5 €/1 000 l pendant les trois mois de conversion et 10 €/1 000 l ensuite.

Trois scénarios et un mix

Cette prime est-elle suffisante pour que les éleveurs s’y retrouvent ? Les conseillers en élevage, qui ont travaillé sur la question, n’apportent pas de réponse toute faite. Tout dépendra de la stratégie utilisée pour s’affranchir du soja, principal ingrédient « à risque OGM ». Trois scénarios semblent les plus probables : lui substituer du soja non-OGM, le remplacer par d’autres aliments non-OGM (coproduits, protéagineux, méteils) ou bien améliorer l’autonomie protéique de l’exploitation. Sur le long terme, Benoît Rouillé considère que la meilleure stratégie repose sur un « mix des trois ». Plus globalement, le représentant de l’Idele pose la question du gain pour la filière : il doit être évalué en tenant compte de tous les surcoûts (de production, de collecte et de transformation), mais aussi des bénéfices en termes d’images, qui sont plus difficilement quantifiables.

Président du pôle élevage et secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Moselle, Jean-Marie Gallissot s’inquiète de la concurrence possible vis-à-vis du lait bio. « Le cahier des charges est quasiment identique. Quel avenir pour le lait bio une fois que le lait sans OGM sera sur le marché ? », interroge-t-il. « Est-ce qu’on aura assez d’aliments de substitution pour répondre aux besoins ? », se demande pour sa part Jean Bernhard, ancien responsable élevage dans le Bas-Rhin. En Autriche, rapporte-t-il, les éleveurs laitiers ont appris à se passer des tourteaux de soja depuis 2008, où ils sont passés en alimentation non-OGM à 100 %. Mais le cheptel autrichien ne compte que 400 000 vaches laitières. Si peu, comparé au cheptel tricolore.

Développement forestier

Forestiers d’Alsace dans la tempête

Vie professionnelle

Publié le 11/06/2017

Cette année, Forestiers d’Alsace aurait dû fêter 50 ans de développement forestier. Pourtant, le cœur n’est pas à la fête. La fédération, née en 2015 de la fusion de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68, a dû licencier ses quatre techniciens suite à une baisse importante de ses financements, a confirmé Jean-Marie Batot, son président, à l’assemblée générale de la fédération, le 13 mai dernier à Steige.

En avril 2016 déjà, Jean-Marie Batot avait tiré la sonnette d’alarme, estimant que les annonces sur la gestion future du Fonds stratégique de la forêt et du bois et la réorganisation territoriale menaçaient « l’équipe de techniciens compétents et dévoués » qui œuvrent au service du développement forestier en Alsace. Vote d’une résolution, lettre d’information aux élus, interpellation des représentants de l’État et du Conseil régional, adoption d’une motion diffusée aux parlementaires alsaciens, courrier au ministre de l’Agriculture… Les démarches entreprises n’ont pas eu l’effet escompté.

800 jours d’activité perdus

La réforme territoriale a privé Forestiers d’Alsace des subventions versées jusqu’alors par la Région Alsace et par les deux Départements alsaciens - respectivement 147 000 € et près de 60 000 € en 2016. Face à cette situation, « les membres du bureau n’ont pas eu d’autres solutions que de cesser les activités subventionnées et de procéder à contrecœur au licenciement économique ». Si les quatre salariés concernés ont pu retrouver un emploi dans le secteur forestier, les conséquences de leur départ vont se faire sentir durablement : « Nous avons perdu annuellement plus de 800 jours d’activité de conseil et de services suite au départ forcé de techniciens cumulant plus de 80 années d’expérience, déplore Jean-Marie Batot. Nous découvrons progressivement l’impact irrémédiable dans les domaines de l’amélioration foncière et des visites-conseil ».

Dans ce contexte, une réorganisation s’impose. Celle-ci devra se faire « en cohérence avec les impératifs du service forêt de la Chambre d’agriculture et du Centre régional de la propriété forestière, à présent installé à l’échelle du Grand Est », estime le président de Forestiers d’Alsace, soulagé malgré tout que les quatre conseillers forestiers de la Chambre d’agriculture aient été maintenus.

« Une mutualisation inacceptable »

Reste qu’une menace plane toujours sur le développement forestier en Alsace : la création d’un service « Valorisation du bois et du territoire » au sein des Chambres d’agriculture, confirmée par un décret daté du 3 mai dernier, va entraîner la remontée des contributions des forestiers alsaciens (les « centimes forestiers ») dans un fonds national dit « de solidarité et de péréquation ». Ces contributions, collectées par le biais de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB), sont actuellement conservées par la Chambre d’agriculture. Pour Jean-Marie Batot, une mutualisation, « qu’elle soit nationale ou régionale est tout simplement inacceptable au regard des différences invraisemblables de contribution ». En Alsace, la fiscalité foncière par hectare de forêt est la plus élevée de France : elle est neuf fois plus élevée que la moyenne nationale, et 20 fois plus qu’en Champagne-Ardenne, selon Forestiers d’Alsace.

En vertu de cette situation, l’assemblée générale de la fédération adopte une résolution demandant « l’affectation au territoire alsacien à partir de 2018 de la totalité de la part de la TATFNB versée par la Chambre d’agriculture d’Alsace au Fonds stratégique forêt-bois (297 056 € en 2017) pour la mise en œuvre d’actions locales dans le cadre du Programme régional forêt-bois. »

Cette demande est légitime et soutenue par la Chambre d’agriculture Alsace, précise André Jacob, son directeur, regrettant que la stratégie nationale ne prenne pas en compte la réalité territoriale. « En Alsace, il y a toujours eu une politique partagée entre tous les acteurs de la forêt : le CRPF, la Chambre d’agriculture, les communes forestières, l’interprofession… On s’en félicite. Notre volonté, c’est que l’agriculture et la forêt continuent à travailler ensemble. » La Chambre d’agriculture étudie par ailleurs la possibilité d’un recours juridique contre ce décret, qui concerne aussi d’autres régions, comme la Savoie.

La chalarose menace

Antoine Herth, député, considère que la résolution adoptée par Forestiers d’Alsace constitue « une première étape qui permet de poser le débat et participe à construire un rapport de force ». Il fait état d’une autre catastrophe, sanitaire celle-là : les dégâts liés à la chalarose du frêne, qu’il a pu observer récemment en forêt de Sélestat, mais qui touchent de nombreuses forêts du Grand Est. La Région est alertée sur le sujet. Puisqu’elle est en train de remettre à plat l’ensemble de ses politiques, il serait bon que les forestiers y fassent inclure un volet chalarose afin de récolter au plus vite les frênes atteints et de substituer à cette essence d’autres moins sensibles, recommande le député.

Interreg Rhin supérieur

Élevage : vers des conseils communs des deux côtés du Rhin

Élevage

Publié le 10/06/2017

Le projet Elena, lancé le 31 mai à Schiltigheim, devrait permettre de « dynamiser la compétitivité des systèmes de production en élevage bovin, porcin et caprin ». C’est en tout cas le vœu formulé par Laurent Wendlinger, président de la Chambre d’agriculture d’Alsace, qui ouvrait la rencontre avec Paul Maier, président du LKV du Bade-Wurtemberg (Landesverband für Leistungsprüfungen in der Tierzucht). Les deux organismes ont déjà travaillé sur des projets communs, comme Optimir, projet si fructueux qu’il a transformé les deux partenaires en « Européens convaincus ». Avec Elena, il s’agit de passer à une nouvelle étape de la coopération en faisant avancer la prestation de services auprès des éleveurs des trois espèces de part et d’autre du Rhin, précise Paul Maier.

Le projet Elena, qui rentre dans le dispositif Interreg A, concerne le Rhin supérieur, autrement dit une petite partie de Rhénanie-Palatinat, une partie du Bade-Wurtemberg, cinq cantons du nord-ouest de la Suisse et l’Alsace. Un territoire qui concentre 12 000 exploitations sur 600 000 ha de Sau, dont de nombreuses exploitations d’élevage. Chaque région a ses spécificités : les bovins sont les plus nombreux en Alsace, les chèvres sont majoritaires dans le Bade-Wurtemberg et les porcs sont plus représentés dans les cantons suisses. En dépit de ces particularités, les éleveurs sont confrontés à des problèmes communs, auxquels le projet Elena entend trouver des solutions communes, souligne Anne Poidevin, instructrice au secrétariat Interreg Rhin supérieur. Il répond à un objectif spécifique soutenu par l’Union européenne : « accroître les possibilités de développement et de débouchés pour les PME du Rhin supérieur ».

Profiter des opportunités de marché

Différents éléments ont contribué au montage du projet en 2016, rappelle Fritz Gollé-Leidreiter, directeur du LKV : les difficultés des abattoirs porcins à Holtzheim et à Offenbourg, la pression grandissante des consommateurs en faveur du bien-être animal mais aussi la demande de la laiterie Monte Ziego pour des volumes supplémentaires de lait de chèvre. Plus globalement, les responsables de la CAA et du LKV ont pris conscience des opportunités que constituent une zone fortement peuplée, où la production est largement inférieure à la consommation et où les industries agroalimentaires sont obligées d’acheter leur matière première à l’extérieur de la région. Profiter de ces opportunités de marché est l’un des objectifs recherchés. Il s’agit aussi de mettre en place des synergies, d’améliorer l’accompagnement des élevages pour qu’ils soient plus compétitifs, poursuit Fritz Gollé-Leidreiter.

Cette stratégie passe par la réalisation d’un état des lieux de part et d’autre du Rhin, prévue en 2017. « Il faut bien connaître nos territoires avec ses forces et ses faiblesses avant de mettre en place des convergences », insiste Philippe Caussanel, responsable du service élevage à la CAA. Cette étape donnera lieu en 2018 au développement d’outils et de services communs, qui seront diffusés auprès des éleveurs bovins, caprins et porcins en 2019. Il s’agira par exemple de monter des formations communes accessibles aux éleveurs alsaciens et badois et de diffuser des informations techniques à destination de ce même public.

Lait sans OGM : une longueur d’avance

Dans le domaine du lait de chèvres, où la demande des consommateurs est forte et la production encore insuffisante, le projet Elena pourrait contribuer à structurer une nouvelle filière, selon le directeur du LKV. L’organisation du Bade-Wurtemberg n’a pas les capacités de conseil pour encadrer les exploitations caprines, ajoute-t-il : elle aimerait pouvoir profiter du savoir-faire présent en Alsace dans ce domaine. À l’inverse, dans le domaine du lait de vache, les éleveurs d’Outre-Rhin ont une longueur d’avance sur leurs collègues alsaciens : confrontés depuis trois ou quatre ans à la demande de lait sans OGM, ils ont expérimenté une conduite d’élevage sans soja dont pourraient s’inspirer les éleveurs alsaciens. De même, le Bade-Wurtemberg peut faire partager son expérience dans le domaine de la santé des vaches laitières : un système de collecte des données de santé y a été mis en place voici quelques années avec l’aide des vétérinaires. Alors qu’un projet similaire est dans l’air en Alsace, une valorisation commune des données recueillies pourrait être entreprise dans le cadre d’Elena.

La confrontation des pratiques d’alimentation, la valorisation des données fournies par les robots de traite, dont sont équipés environ 20 % des éleveurs laitiers des deux côtés du Rhin, la méthodologie du conseil dispensé aux éleveurs sont d’autres axes de travail du projet Elena.

Dans le domaine porcin, où les modalités de commercialisation sont très différentes d’un pays à l’autre, les synergies sont à trouver du côté de l’accompagnement technique des éleveurs. Contrairement au Bade-Wurtemberg, l’Alsace ne dispose pas jusqu’alors d’une « masse critique de producteurs » permettant un suivi de qualité.

Pour faire vivre le projet Elena, des groupes de travail ont été mis en place. Une quinzaine de techniciens en font partie. Les éleveurs y seront associés. Une série de six réunions est d’ores et déjà programmée en Alsace au mois de juin à l’intention des éleveurs laitiers, afin qu’ils puissent faire part de leurs attentes, indique Philippe Caussanel. S’agissant des échanges de données qu’implique le programme, le responsable du service élevage précise que le traitement restera confidentiel et que les échanges porteront plutôt sur les pratiques et l’accompagnement que sur les données des exploitations qui restent de toute façon la propriété des éleveurs.

Samedi 20 mai à 21 h 30

Vache’ment motivés pour le challenge Vache’ment jeune

Élevage

Publié le 20/05/2017

Ils se sont rencontrés au lycée agricole d’Obernai, où certains d’entre eux sont toujours scolarisés. Claire, Julie, Valentin, Johann, Nicolas, Lucas et leurs camarades ont gardé des liens si forts qu’ils ont eu envie de participer au challenge Vache’ment jeunes, au festival de l’élevage à Brumath. « C’est l’occasion de se retrouver, explique Claire Cousandier, élève en 1re S. Plusieurs membres du groupe ont quitté le lycée d’Obernai pour poursuivre leurs études ailleurs, à Besançon et Vesoul, et une autre viendra au lycée l’an prochain. » C’est Claire et son amie Julie Wendling, élève de 1re STAV, qui ont lancé l’idée auprès de leurs camarades. Toutes deux filles d’éleveurs, comme la plupart des membres du groupe, elles ont déjà assisté au challenge Vache’ment jeunes en tant que spectatrices les années précédentes. « Ça nous a donné l’envie de nous lancer », expliquent-elles.

Restait à trouver des idées pour pouvoir les présenter au public. « On n’a pas bouclé le scénario, mais on va s’inspirer de faits réels : la conjoncture agricole, en élevage et dans les cultures, il y a de quoi faire », rassurent Johann et Valentin, élèves en Bac pro élevage. Dans la plus pure tradition du challenge Vache’ment jeunes, l’ambition des neuf membres du groupe est d’aborder l’actualité sous un angle critique, tout en restant drôles et en amusant le public. Le sketch se présentera donc sous la forme d’un journal télévisé et réunira, outre les neuf jeunes lycéens, quelques vaches et génisses participant aux concours du lendemain. Une sorte de répétition pour Claire et Julie, qui ont toutes deux fait l’école des jeunes et présenteront des animaux de l’élevage familial sur le ring le dimanche.

Récolte des fourrages 2016

Les effets en chaîne d’un printemps pourri

Technique

Publié le 05/05/2017

« Ceux qui ont réalisé leurs premières coupes avant le 8 mai ont obtenu des fourrages de bonne qualité. Après, les valeurs ont énormément chuté », explique Philippe Le Stanguennec, technicien à Alsace Conseil Élevage, en évoquant la récolte des fourrages 2016 dans les élevages laitiers. Les premières coupes réalisées après le 8 mai et les secondes coupes effectuées cinq semaines après une première coupe précoce ont souffert des mêmes problèmes : l’herbe a été récoltée à un stade jeune après avoir poussé en période humide et sans soleil. Résultat : des valeurs fourragères médiocres proches de 0,8 UFL et autour de 65-70 PDI. Les éleveurs ont récolté beaucoup plus de tiges que de feuilles car l’herbe n’a pas correctement tallé, explique le technicien.

Pour les coupes suivantes, la situation n’a pas été forcément meilleure. « Le foin réalisé à la toute fin juin et début juillet n’a pas bien séché, il aurait mieux valu attendre huit jours de plus pour récolter. En appétence et en conservation, ça allait encore, mais la valeur fourragère était vraiment médiocre. »

Du correcteur azoté en plus

Chez les éleveurs laitiers bio, qui nourrissent leur troupeau principalement à l’herbe, la situation a été encore plus durement ressentie que chez les éleveurs conventionnels. Philippe Le Stanguennec ne manque pas d’exemples pour montrer les conséquences en production de cette situation. Dans un élevage bio qu’il suit techniquement, la moyenne de production par vache, qui était de 26 kg en avril 2016, a chuté à 23,8 kg le mois suivant. « Et quand l’éleveur a complémenté avec la deuxième coupe début juillet, il est descendu à 21,5 kg car la deuxième coupe était encore plus mauvaise que la première. Il est même descendu à moins de 20 kg à un moment donné, ce qui ne lui était jamais arrivé ». Il lui a fallu rajuster la ration durant l’hiver en ajoutant 2 kg de correcteur azoté. Mais même avec cet apport supplémentaire, « il lui manquait toujours 2 à 3 kg de lait par rapport à un hiver normal. » L’ajout de ces 2 kg de correcteur azoté a tout de même permis au troupeau de ne pas descendre trop bas en production. Mais sur le plan strictement économique, l’éleveur n’y a pas gagné grand-chose, constate Philippe Le Stanguennec.

Même situation dans un autre élevage bio d’Alsace Bossue, passé de 26 kg de lactation par vache à moins de 20 kg lorsque l’éleveur a commencé à distribuer le fourrage de première coupe, réalisé le 21 mai. « Un tel écart, c’est énorme. Il aurait fallu au moins 3 kg de VL 35 pour compenser complètement la perte », commente le conseiller.

La mauvaise qualité des fourrages a également eu des incidences sur la qualité du lait. La présence de terre, dans l’ensilage comme dans le foin, a fait déraper les spores butyriques. Ce qui s’est traduit par des réfactions sur les paies de lait, qui n’étaient déjà pas brillantes. « Il valait mieux dérouler le foin que de le distribuer à la mélangeuse. Ainsi, les animaux peuvent trier, ce qui n’est pas possible quand tout est mélangé. »

La croissance des génisses pénalisée

Les vaches laitières n’ont pas été les seuls animaux affectés par la mauvaise qualité des fourrages 2016. « La croissance des génisses a été énormément pénalisée elle aussi, constate le technicien. Et avec ce fourrage carencé, les éleveurs ont eu beaucoup de difficultés à repérer les chaleurs. » En mesurant le tour de poitrine des génisses, Philippe Le Stanguennec a pu constater qu’elles n’avaient pas du tout poussé.

Face à cette situation, la plupart des éleveurs laitiers ont fini par complémenter les animaux pour éviter de pénaliser trop sévèrement la croissance ou les débuts de lactation. Les éleveurs bio ayant généralement peu de céréales, ils ont acheté des bouchons de luzerne bio ou un aliment concentré qu’ils ont mélangés avec des céréales pour obtenir plus de protéines. Ceux qui avaient des coupes différentes ont aussi pu panacher pour distribuer un fourrage plus homogène.

Les éleveurs conventionnels ont eu le plus souvent recours aux coproduits, comme le corn-feed ou les drèches, qui ont permis d’augmenter le niveau de la ration. « À la fin de l’hiver, vers le mois de mars, avec une complémentation un peu plus poussée, ils ont eu tendance à retrouver des niveaux de production à peu près normaux », constate le conseiller.

Dans la majorité des élevages, alors que la récolte 2017 démarre, il reste encore du foin de 2016. « Comme il est mauvais, les génisses en ont moins consommé ». Cela va sans doute conduire les éleveurs laitiers à faucher davantage en ensilage ce printemps et un peu moins en foin. Ils distribueront alors plus d’ensilage d’herbe jusqu’à la récolte du maïs cet automne.

Élevage bovin

Autonomie protéique : quelle stratégie adopter ?

Technique

Publié le 04/05/2017

L’augmentation des prix des tourteaux de soja, la nécessité de donner un peu de mou à une trésorerie tendue sont quelques-unes des raisons invoquées par les éleveurs qui souhaitent aller vers des rations plus autonomes. Mais il y en a d’autres : la volonté d’innover, de diversifier les itinéraires agronomiques en implantant une interculture peuvent constituer une motivation tout aussi forte. Une chose est sûre : la recherche d’autonomie protéique offre une meilleure résistance à la conjoncture et rend moins dépendant des marchés. Reste à ne pas surestimer les économies induites par un tel choix, prévient Philippe Le Stanguennec, conseiller à Alsace Conseil Élevage.

« Certains dispositifs incitent, par des aides, à l’implantation d’une interculture. On peut par exemple implanter des légumineuses comme de la luzerne. À l’enfouissement, la légumineuse apporte de l’azote pour la culture suivante et, avec ses racines pivotantes, elle a un effet sur la structure du sol », explique le conseiller.

Valoriser les surfaces en herbe d’abord

Dans une ration à base de maïs et de foin, telle qu’on en trouve dans les élevages de plaine, calculée pour une production de 30 kg de lait, l’incorporation 4 kg de MS de luzerne en remplacement d’une partie du maïs se chiffre par un coût de ration de 2,86 €/vache laitière. « C’est un tarif rendu silo, qui tient compte du coût d’implantation et des charges de mécanisation, précise le conseiller. Par rapport à une ration sans luzerne, on est au même coût. On gagne un peu plus si on a des surfaces en herbe, des prairies qu’on arrive à récolter au stade précoce, avec des valeurs alimentaires de l’ordre de 0,9 UFL-80 PDIE- 82 PDIN, qui sont de bonnes valeurs, sans être exceptionnelles » D’où ce premier conseil donné par le l'expert en élevage : « Avant de vouloir implanter de nouvelles cultures, il faut chercher à valoriser les surfaces en herbe existantes en les récoltant à un stade jeune. »

En incorporant un quart d’herbe dans la ration en remplacement du maïs, on réduit effectivement le coût de la ration à 2,80 €/VL, ce qui n’est pas énorme, mais tout de même appréciable.

Une autre stratégie consiste à implanter des prairies multi-espèces. Les éleveurs peuvent par exemple associer du dactyle avec de la luzerne ou du dactyle, de la fétuque et de la luzerne. Ils peuvent même y ajouter un peu de trèfle blanc. « Cela requiert de la technicité, admet Philippe Le Stanguennec. Le rendement est toujours lié au potentiel maïs de la parcelle. En général, on constate un différentiel de rendement de 20 à 25 % par rapport à un maïs. Donc il faut prévoir un peu plus de surfaces fourragères au détriment des cultures de vente. »

Méteils d’été : leur laisser le temps de pousser

La troisième stratégie consiste à implanter des cultures dérobées, en utilisant les « surfaces d’intérêt écologiques » (SIE) pour y implanter des mélanges riches en légumineuses. « Ce sont des surfaces intéressantes à valoriser pour gagner en autonomie protéique », confirme le technicien d’Alsace Conseil Élevage. Dans cette optique, les éleveurs peuvent semer un mélange de ray-grass italien et de trèfle ou implanter des méteils d’été ou d’automne. « Le méteil d’été s’implante après un orge, idéalement fin juin, et il est récolté après réimplantation d’une céréale à l’automne. » Philippe Le Stanguennec recommande de ne pas le semer après le 15 juillet pour lui laisser le temps de pousser. « Compte tenu du coût d’implantation, si c’est pour sortir 1 ou 2 t à l’hectare, ce n’est plus aussi intéressant que cela. »

Quelques exemples de méteils d’été : un mélange de ray-grass italien et de trèfle d’Alexandrie, semé à raison de 21 kg/ha pour le premier et 9 kg/ha pour le second ; un mélange avoine classique-vesce (65 kg/ha - 15 kg/ha) ou avoine classique-vesce-pois. De la moutarde et des radis fourragers sont également envisageables.

Du côté des méteils d’automne, les éleveurs ont la possibilité d’associer des céréales (blé, avoine, seigle, triticale) à des légumineuses ou à des protéagineux (pois, vesce, féverole). Ce type de méteil s’implante à l’automne et se conduit comme une interculture : on le récolte pour remettre un maïs derrière. « À l’origine, ces méteils sont faits pour faire du stock et être récoltés à un stade laiteux-pâteux. Si on veut de la valeur alimentaire, il faut récolter à un stade plus précoce, mais on n’aura pas le même rendement », précise Philippe Le Stanguennec. Si l’on vise l’autonomie protéique, il faut donc les récolter au stade début épiaison de la céréale. Un exemple de méteil fourrage d’automne : le mélange triticale-avoine-pois fourrager (75-75-25 kg/ha). Les méteils peuvent aussi être récoltés en grains, mais avec des rendements peu élevés qui ne « suffiront jamais à corriger une ration qui contient du maïs. »

Au final, la recherche d’une meilleure autonomie protéique nécessite d’être attentif à plusieurs points : la technicité - « On n’implante pas une prairie temporaire comme un maïs », relève Philippe Le Stanguennec -, la main-d’œuvre - « Il faut récolter quatre fois au lieu d’une » - et le stade de récolte. Les prairies multiespèces, comme les méteils d’automne, doivent en effet être récoltées assez précocement si l’on veut engranger le maximum de protéines.

Élevage charolais

Les jeunes éleveurs à bonne école

Élevage

Publié le 04/05/2017

Organisée par l’Association des jeunes éleveurs charolais (Ajec) présidée par Gaétan Vix, l’école des juges a réuni une quinzaine de participants, vendredi 21 avril à Forstfeld. « C’est la première fois qu’on organise cette action, à la demande de nos adhérents », explique Gaétan Vix, à la tête du groupe qui comprend 25 jeunes, en majorité bas-rhinois. L’objectif de cette journée, comprenant une partie théorique et une partie pratique, est d’améliorer les compétences techniques des participants pour qu’ils puissent évaluer le plus précisément possible les animaux et en parler avec les mots qui conviennent, précise Gaétan Vix.

L’Ajec a fait appel à deux inspecteurs du herd-book charolais pour animer la formation : François Robergeot et Laura Tursin. La matinée est consacrée à la race charolaise et aux différents postes sur lesquels les participants doivent concentrer leur attention. François Robergeot prend soin de nommer les différentes parties de la morphologie des animaux et de les mettre en relation avec les morceaux de viande correspondants. « Dans leur métier, les jeunes ont besoin de connaître parfaitement la morphologie des animaux. C’est aussi le cas dans les concours, qui sont un bon moyen de se comparer entre élevages et un moment de rencontre entre éleveurs qu’il faut garder dans ces moments difficiles », souligne François Robergeot. L’exercice se distingue du pointage : il s’agit plutôt de procéder à une description morphologique complète, tout en intégrant les astuces pour juger en concours.

Travaux pratiques

L’après-midi, place est faite aux travaux pratiques. Guillaume Boehmler a isolé quatre mâles et quatre femelles dans l’étable. Chaque participant reçoit une grille où il doit noter les qualités et les faiblesses de chaque animal, l’état corporel, les qualités bouchères, l’éventuel critère éliminatoire puis le classement au concours. Habitué à faire passer l’agrément aux juges, François Robergeot utilise ces travaux pratiques pour repérer les participants les plus à l’aise. « Avec une race présente dans 80 départements et de nombreux concours à tous les échelons, nous avons besoin de nombreux juges, explique l’inspecteur du herd-book. Il faut assurer le renouvellement. »

Devenir juge nécessite une grande pratique. « Il ne faut pas seulement avoir un bon jugement, il faut être capable de l’exprimer : bien décrire l’animal, donner son ressenti, mettre en évidence les qualités et les défauts… Et le faire au micro, c’est une difficulté supplémentaire. » Dans l’étable de la ferme Boehmler, heureusement, il n’y a ni micro, ni public. Les jeunes de l’Ajec peuvent donc se lancer, sans craindre de se tromper. Les mâles, bien que d’un type différent, sont dans un état assez comparable, mais les femelles sont plus hétérogènes. « Vous avez plus de mal à les juger ? C’est normal », rassure François Robergeot. Il passe en revue les quatre vaches : l’arrière-main, l’épine dorsale, l’arrondi de culotte, l’inclinaison du bassin, la largeur du trochanter, la tête, les aplombs… Les qualités d’abord, conseille-t-il aux jeunes de l’Ajec. On n’aborde les défauts qu’ensuite et pour justifier le classement de l’animal. « Qui veut s’exercer ? », demande-t-il à la cantonade. Perrine Ludwig se lance, compare les vaches les unes aux autres en réutilisant les termes appris le matin. « Il y a du rythme, de la comparaison, c’est bien », la félicite l’inspecteur du herd-book qui conseille aux jeunes éleveurs de s'entraîner régulièrement chez eux.

Interbev Alsace

Dans le giron du Grand Est

Vie professionnelle

Publié le 03/05/2017

Dernière assemblée générale pour le comité interprofessionnel régional Interbev Alsace et pour son président, Lucien Simler, le 24 avril dernier à Schiltigheim. « Ma mission s’arrête là, a confié Lucien Simler après avoir rappelé les 30 années passées au service de la structure, et plus globalement au service de l’élevage alsacien. Avec les nouvelles régions, on nous a obligés à fusionner les comités régionaux d’Interbev. Je n’étais pas un partisan de cette fusion, mais je m’y suis attelé. » La nouvelle structure étant sur les rails, Lucien Simler peut lâcher les rênes.

Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, Patrick Bastian, conseiller régional, qui l’a longtemps côtoyé au GDS, et David Bloch, vice-président d’Interbev Alsace, ont unanimement salué l’engagement et le dévouement de Lucien Simler. À la section bovine de la FDSEA, à la Fédération nationale bovine, comme au niveau de l’interprofession des viandes, il a défendu la cause de l’élevage. « Jamais on ne trouvera quelqu’un d’aussi dévoué que toi », a relevé Patrick Bastian en saluant sa discrétion et son travail aussi exemplaire que peu connu. « Tu as toujours été dans la conciliation, tu as toujours fait en sorte que les choses avancent, a remarqué David Bloch. Vu les crises qu’on a traversées, cela n’a pas toujours été simple. »

Animatrice d’Interbev Alsace, Ambre Edde a dressé le bilan des actions menées par l’interprofession en 2016 : animation autour des produits tripiers, accueil des scolaires et du grand public dans les fermes d’élevage, mise à disposition d’un kit d’animation pour les centres aérés, Made in Viande, intervention des bouchers dans les écoles, stands dans les différentes manifestations (finale départementale de labour, foire européenne de Strasbourg, salon Egast, Journées d’octobre à Mulhouse…). Ces différents rendez-vous ont donné lieu à des dégustations, des distributions de fiches recettes ou de prospectus sur les viandes, ainsi qu’à des interventions variées des professionnels de la filière viande et d’une diététicienne.

Des actions dans trois directions

En 2017, le périmètre des actions change, mais les actions se poursuivent dans trois directions avec un souci d’efficacité renforcée, indique Franck Bellaca, le responsable du comité Grand Est d’Interbev. Elles concernent la communication, la réglementation des relations entre les différents membres de l’interprofession et la sensibilisation du public scolaire. Les animatrices Interbev des trois anciens comités régionaux se sont réparti les tâches, la coordination des actions revenant à Franck Bellaca.

Doté d’un conseil d’administration de 32 membres et d’un bureau resserré de huit personnes, Interbev Grand Est va s’attacher à redéfinir une stratégie qui soit en phase avec le contrat de filière de la région Grand Est. L’objectif est d’augmenter les parts de marché des viandes régionales dans la restauration hors domicile (RHD) notamment, de promouvoir les métiers de la filière viande de manière à assurer le renouvellement des générations, et de contribuer à la recherche d’une meilleure valeur ajoutée pour les entreprises de l’aval. La volonté d’innover existe : Interbev Grand Est devrait notamment intensifier ses actions en direction des gestionnaires de lycées et des cuisiniers de la restauration hors domicile.

Coordonner les messages

Interpellé par le vice-président de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin, Jean-Luc Hoffmann, sur la montée en puissance du courant végan, Franck Bellaca relativise : les personnes qui refusent de consommer des protéines animales et s’interdisent de porter du cuir sont encore très minoritaires. La réponse passe par un travail de fond, permettant de mettre en avant les qualités nutritionnelles de la viande. Delphine Franck, diététicienne chez Interbev depuis 2011, s’emploie à les rappeler à chacune de ses interventions (lire notre encadré). La défense de la filière viande passe aussi par le rappel de sa contribution à l’entretien des surfaces fourragères, font valoir Gérard Lorber et Thomas Urban, éleveur à Schwindratzheim. Il convient aussi de coordonner les messages entre les différentes filières, pour éviter qu’elles ne se fassent du tort les unes aux autres, ajoute Dominique Daul.

S’agissant de la restauration hors domicile, Patrick Bastian, conseiller régional, fait remarquer qu’elle n’absorbe que 30 % de la viande produite dans le Grand Est et qu’il est important d’augmenter cette part. « Mais il faut accepter, si l’on veut de la viande régionale, a fortiori de la viande bio, de payer plus : ce n’est pas avec 1,60 € par repas qu’on aura de la viande bio dans les cantines. Il faut accepter d’augmenter à 2 €-2,10 €. »

Unicoolait

« À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle »

Élevage

Publié le 29/04/2017

« L’amélioration de la conjoncture laitière est sur les rails depuis l’automne dernier, mais pour l’instant, les producteurs de lait restent sur leur faim. Nous attendons toujours que le prix du lait remonte au-dessus des coûts de production pour combler le déficit de ces deux dernières années », expose Jean-Luc Jacobi, président d’Unicoolait, à l’assemblée générale de la coopérative, le 7 avril à Drulingen.

Il avait auparavant dressé le bilan d’une année 2016 « catastrophique pour les agriculteurs ». La détérioration de la conjoncture laitière s’est accentuée au premier trimestre 2016 sous l’effet de la surproduction enregistrée en Europe du Nord et du ralentissement des achats extérieurs, explique-t-il. Les mesures prises par le Conseil des ministres européens du 14 mars 2016 n’ont pas suffi à enrayer la crise. « La décision de mettre en place une régulation des volumes était certainement la mesure à prendre dans un contexte de surproduction », admet Jean-Luc Jacobi. Mais elle est intervenue trop tard pour avoir l’effet escompté. De plus, les livraisons de poudre de lait écrémé à l’intervention ont abouti à la constitution de stocks importants qu’il faudra bien remettre sur le marché un jour ou l’autre, juge le président d’Unicoolait.

Montrer la direction à prendre

La fixation du prix du lait pour le deuxième semestre 2016 a donné lieu à des actions syndicales musclées envers Lactalis, le n° 1 français de la transformation laitière. « Même si le niveau de prix du lait obtenu n’a pas été suffisant pour couvrir les charges dans nos exploitations, cet accord a permis de montrer à tous les acteurs de la filière et aux consommateurs la direction à prendre. » Partenaire commercial d’Unicoolait, Lactalis a prolongé le contrat d’approvisionnement qui le lie à la coopérative jusqu’au 31 décembre 2030. Cet engagement donne des perspectives de développement aux producteurs. Mais à quel prix ? « Le renouvellement des générations passe par l’attractivité de notre métier de producteur de lait, par la modernisation de nos bâtiments d’élevage pour rendre le travail moins pénible, mais surtout par un prix du lait qui permet de rémunérer le travail à sa juste valeur », insiste Jean-Luc Jacobi en appelant à prendre en compte « la situation réelle du terrain ».

Dans cette année exceptionnelle, la coopérative a pris une mesure exceptionnelle : le conseil d’administration a décidé de payer 1 million d’euros supplémentaires aux producteurs, ce qui a permis de limiter la baisse du prix du lait conventionnel à 20 €/1 000 l par rapport à 2015 au lieu de 25 €/1 000 l. Cette décision se traduit dans les comptes de la coopérative : elle affiche un résultat négatif de 859 000 € pour un chiffre d’affaires de 57,70 M€. Ce résultat impacte très peu la bonne santé financière d’Unicoolait, précise Marc Hoenen, son directeur.

Au-delà de cette mesure exceptionnelle, « il est plus que jamais nécessaire de revoir les relations contractuelles, commerciales et sociétales », juge Jean-Luc Jacobi. La loi Sapin II, promulguée en décembre dernier, peut y contribuer en apportant davantage de transparence et une meilleure répartition du rapport de force entre agriculteurs et industriels, veut croire le président d’Unicoolait. « En tout cas, les producteurs de lait ont vivement besoin de plus de reconnaissance et de prise en compte des coûts de production dans la détermination des prix », souligne-t-il.

Collecte en baisse en 2016

152,3 millions de litres (Ml) ont été livrés durant la campagne laitière 2015/2016, un volume en hausse de 3,3 % par rapport à la campagne précédente. Huit jeunes agriculteurs, dix exploitations ayant modernisé leur bâtiment d’élevage et 108 exploitations ont bénéficié de volumes supplémentaires dans le cadre de la gestion raisonnée des volumes, signale Jean-Georges Berst, vice-président de la coopérative. Mais sous l’effet de la météo et de la crise laitière, la collecte 2016 est en recul de 2,52 %, à 146,6 Ml (123,6 Ml de lait conventionnel, 23 Ml de lait biologique). La moyenne par point de collecte s’établit à 462 500 l. Le prix du lait conventionnel à 38/32 a atteint 302,15 €/1 000 l, selon Gilles Becker, vice-président.

Les volumes collectés ont chuté jusqu’à - 10 % au 4e trimestre. 86 adhérents d’Unicoolait ont réduit volontairement leur production en profitant du programme mis en place par l’Union européenne et des aides correspondantes. D’où un « manque à produire » légèrement supérieur à 1 Ml.

Lait bio : sept nouvelles conversions

Les producteurs de lait biologique ont vécu une année fourragère 2016 « catastrophique ». « Nous en avons subi les conséquences tout au long de l’hiver », témoigne Véronique Klein, vice-présidente, d’Unicoolait. La mauvaise qualité des fourrages a conduit notamment à l’augmentation du nombre de spores butyriques et à l’obligation d’acheter des aliments bios complémentaires à l’extérieur. Malgré une baisse de la collecte de 5,41 %, plus marquée qu’en lait conventionnel, le lait bio représente 16 % de la collecte totale de la coopérative. En mai dernier, sept nouvelles exploitations ont démarré leur conversion pour un litrage total de 4,5 Ml. « Nous devrions atteindre 30 Ml de lait bio dans les deux années qui viennent », souligne Véronique Klein.

Le prix du lait bio à 38/32 s’élevait en 2016 à 474,91 €/1 000 l, en hausse de 18,8 € par rapport à 2015. Ce qui représente un différentiel de 166,5 €/1 000 l par rapport au lait conventionnel. Ce prix « s’inscrit dans un contexte de marché porteur et toujours en croissance », constate la vice-présidente d’Unicoolait. « Avec les litrages importants du Grand Est, nous espérons toujours que le groupe va miser sur une transformation bio dans la région. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la transformation au plus près des lieux de production, à l’empreinte carbone et au bon sens écologique. Je pense que le groupe Lactalis ne peut occulter ces tendances. »

Sans se prononcer sur cette question, Serge Moly, directeur des achats lait chez Lactalis, constate que la France est le seul pays européen où la collecte a augmenté de 10 % entre 2012 et 2014. Le cap des 600 Ml de lait bio aurait dû être atteint au printemps 2016, mais la météo ne l’a pas permis, ce qui a entraîné des ruptures d’approvisionnement dans les magasins. « Nous souhaitons relancer la dynamique de conversion dans les zones historiques », a déclaré le représentant de Lactalis. Des échanges sont en cours avec Unicoolait pour définir le rythme de conversion souhaitable, ainsi qu’une nouvelle méthode de fixation du prix du lait bio permettant de donner une meilleure visibilité aux producteurs.

Machinisme

Oehler ouvre ses portes en grand

Technique

Publié le 16/04/2017

Chaque printemps, les établissements Oehler ouvrent leurs portes à leurs clients le temps d’un week-end. Ces deux journées permettent à l’entreprise de présenter ses nouveautés et ses innovations dans les cinq domaines d’activité qui sont les siens : les valets de ferme, les pompes et tonnes à lisier, la motoculture, les bennes et remorques de transport et le matériel forestier. Pour cette entreprise familiale, qui a fêté ses 60 ans en 2014, ces portes ouvertes constituent une excellente opportunité de rencontre avec les clients, confie Yvonne Oehler, responsable marketing de l’entreprise que dirige son père, Manfred Oehler. « C’est un rendez-vous attendu et bien connu dans tout le sud de l’Allemagne », indique la jeune femme. Un rendez-vous particulièrement convivial qui s’ajoute à la trentaine d’expositions et de salons professionnels auxquels participe chaque année la société Oehler, parmi lesquels le Sima à Villepinte, Agritechnica à Hanovre et Bauma à Munich.

À Windschläg, les clients pouvaient découvrir un vaste échantillon de la gamme de transport : benne multifonction, remorque viticole (de 2 à 34 tonnes), remorque combinée agraire-forestière… Ce dernier modèle peut être équipé d’une grue radiocommandée. Sorti de la cabine, boîtier en main, l’opérateur procède au chargement de la remorque en actionnant les deux joysticks : ainsi, il travaille en toute sécurité et avec une meilleure visibilité. Les visiteurs ont pu s’en rendre compte en testant le boîtier lors des portes ouvertes.

La gamme transport Oehler comprend également des remorques deux essieux tribenne de différentes capacités pour le transport du grain, de l’ensilage ou du fumier, ainsi que des remorques à fond poussant combinables avec un système d’épandage large. Disponible en deux ou trois essieux, la remorque à fond poussant est utilisable sur une plus large période de temps qu’une remorque classique, puisque l’on peut l’utiliser avec ou sans le module d’épandage, pour des travaux aussi divers que l’épandage des fumiers, des composts, de la chaux, indique Richard Berron, qui anime le réseau commercial pour la France. Cette grande variété d’utilisation est aussi un gage d’économie pour les agriculteurs.

Transport des fourrages en toute sécurité

Pour le transport des fourrages, Oehler propose un système de sécurisation de chargement breveté (système Krassort) permettant de transporter des balles rondes ou carrées sans les sangler. Le plateau de transport, disponible jusqu’à 12 mètres de longueur, est équipé de deux rampes latérales escamotables à double poutre commandées hydrauliquement. Il permet de transporter jusqu’à 32 balles rondes ou carrées en toute sécurité.

Autre spécialité de la maison Oehler : les tonnes à lisier. La firme allemande propose une gamme de tonnes à lisier en acier galvanisé dont les capacités varient de 3 200 à 25 000 litres. « En agriculture, on vend surtout les modèles de 10 000 à 18 000 l, indique Richard Berron, les plus gros intéressent surtout les entrepreneurs de travaux agricoles. » Pour répondre à une nouvelle réglementation allemande, la firme les équipe de rampes à pendillards de 9 à 27 m, afin d’épandre le lisier au plus près des plantes. Certains modèles de tonnes sont destinés aux collectivités et sont proposés avec des équipements spécifiques (lances et tuyaux pour l’arrosage des espaces verts).

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