Auteur

Florence Péry

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Syndicat des brasseurs d’Alsace

Au gré des bières : à la recherche d’un nouveau site

Vie professionnelle

Publié le 18/09/2017

Le Syndicat des brasseurs d’Alsace, qui regroupe onze brasseries alsaciennes et deux membres associés, n’a pas reconduit sa manifestation de printemps, Au gré des bières, qui rassemblait depuis trois ans jusqu’à 10 000 personnes à l’ombre de la cathédrale de Strasbourg. Il a préféré la mettre entre parenthèses, le temps de développer un portail internet, baptisé du même nom. Lancé le 10 juin, ce portail permet de découvrir toute la richesse de la filière brassicole alsacienne. Il répertorie les principaux sites liés à la bière dans la région - brasseries et microbrasseries, bars, restaurants… - ainsi que toutes les animations organisées autour de ce thème. Il donne également des informations sur l’histoire de la bière en Alsace et dévoile quelques-uns des secrets de fabrication de ce breuvage. Au gré des bières.com permet enfin, grâce à une carte interactive, de composer soi-même des itinéraires sur mesure en fonction de ses centres d’intérêt, de ses moyens de locomotion ou de sa situation géographique.

En tout juste deux mois, grâce à ce portail réalisé avec l’aide d’Alsace Destination Tourisme, le Syndicat des brasseurs d’Alsace a réussi à fédérer 1 700 fans, se réjouit son président, Éric Trossat. Et les 1 200 visiteurs qui se sont rendus sur la page d’accueil depuis juin permettent d’espérer un trafic grandissant. D’autres projets sont dans les cartons, comme le lancement d’un web-mag et celui d’un pass brassicole, qui devrait s’inspirer du pass gourmand utilisé par certains restaurateurs. Quant à l’événement Au gré des bières, il n’est pas abandonné : le Syndicat des brasseurs d’Alsace souhaite relancer un « événement convivial » autour de la bière dès 2018. Il est pour cela à la recherche d’un nouveau point de chute, « pas forcément à Strasbourg ». Éric Trossat n’exclut pas une formule itinérante.

45 brasseries en activité en Alsace

Ces différents projets illustrent la vitalité de la filière brassicole alsacienne. Celle-ci produit 10 millions d’hectolitres par an, soit environ 60 % de la production française de bière. Au dernier pointage, 45 brasseries sont en activité en Alsace ; une bonne partie d'entre elles sont des microbrasseries d’ouverture récente. « On pouvait s’imaginer au départ que ces créations seraient relativement fragiles, mais ce n’est pas le cas, constate Éric Trossat. Même si elles manquent de force d’investissement, même si le soutien des banques n’est pas toujours évident, c’est un entreprenariat qui se développe, qui embauche et qui contribue à l’attractivité touristique de la région. »

L’essor des microbrasseries va de pair avec une offre de produits de plus en plus diversifiée : bières bios, sans alcool, aromatisées ou très houblonnées… Les brasseurs alsaciens n’hésitent pas à basculer dans les extrêmes en matière d’arômes ou d’amertume. « Il y a une vraie émulation sur le marché », indique le président du syndicat des brasseurs d’Alsace, qui se réjouit qu’après trois décennies de baisse de la consommation, celle-ci soit repartie à la hausse depuis deux ou trois ans. Avec un été chaud, 2017 se présente également comme « une bonne année brassicole », selon Éric Trossat. L’engouement pour les produits régionaux aidant, les brasseurs d’Alsace ont toutes les raisons d’être optimistes quant aux chiffres définitifs de la campagne brassicole 2017.

Élevage ovin

Fête des bergers : rendez-vous à la ferme Stoffel

Élevage

Publié le 17/09/2017

Organisée tous les trois ans, la fête des bergers se déroulera dimanche 24 septembre sur l’exploitation de Vincent Stoffel à Rosenwiller, près de Dettwiller, dans le canton de Saverne. « C’est la quatrième édition, précise Hervé Wendling, président du Syndicat ovin du Bas-Rhin, qui organise l’événement. Nous n’avions pas pu l’organiser l’an passé, faute de trouver un éleveur prêt à l’accueillir. »

La fête des bergers vise à la fois le grand public et les professionnels. « Notre objectif, c’est de montrer notre dynamisme et l’élan des éleveurs ovins depuis quelques années », explique Hervé Wendling. En montrant toutes les facettes d’une exploitation ovine, en faisant la promotion du métier auprès des visiteurs, en leur faisant goûter la viande d’agneau, les membres du syndicat ovin entendent bien prouver qu’ils savent se remettre en question et qu’ils sont en phase avec leur temps. « La fête des bergers, c’est aussi notre fête à nous, éleveurs ovins, un moment où on peut tous se retrouver, échanger », souligne le président du syndicat.

Une bergerie à l’extérieur du village

Double-actif, Vincent Stoffel partage son temps entre son exploitation et l’entreprise Kuhn, fabricant de machines agricoles où il travaille dans le service des pièces de rechange. En 1999, il a construit une nouvelle bergerie à l’extérieur du village qu’il a agrandie six ans plus tard. Au fur et à mesure de l’augmentation de sa troupe, il y a ajouté un bâtiment de stockage et un hangar pour les machines.

Sa troupe compte à présent 400 brebis, dont une centaine de rouges de l’Ouest et 300 romanes, parfois croisées avec des béliers île de France. « La rouge de l’Ouest apporte de la conformation, la romane de la prolificité », explique Vincent Stoffel, qui produit ses agneaux sous la marque Agneau Terroir d’Alsace. Ses deux principaux clients sont la boucherie Balzer-Riedinger à Vendenheim, qui lui est fidèle depuis plus de dix ans, et la boucherie Lorch, d’Ingwiller. « Quand on vend en circuit court, la difficulté est de produire toute l’année : il faut réguler les sorties en fonction du marché. » C’est la raison pour laquelle il pratique quatre périodes agnelages par an.

Yvan, le fils aîné de Vincent Stoffel, est actuellement en première au lycée agricole d’Obernai : plus tard, il aimerait reprendre l’élevage de son père. Le souhait de l’éleveur serait qu’il en fasse une activité à temps plein, mais pour l’instant, il est limité par les surfaces en herbe.

Le jour de la fête des bergers, le public découvrira l’exploitation « telle qu’elle fonctionne tous les jours », indique l’éleveur. Les agriculteurs qui seraient tentés par une diversification pourront se renseigner auprès des adhérents du syndicat sur la création d’un atelier ovin. « Avec une exploitation bien organisée, on peut faire de l’élevage ovin en double activité comme le fait Vincent, souligne Hervé Wendling. C’est une production intéressante quand on a pas mal d’herbe à valoriser mais on peut aussi travailler en hors-sol. L’élevage ovin peut aussi intéresser des céréaliers, qui sèment des engrais verts après la récolte des céréales : ils mettent les animaux en pâture sur leurs champs en automne-hiver et élèvent les agneaux en bergerie l’été. Cela se pratique ainsi en Champagne-Ardenne où les prairies sont inexistantes. »

Défilé du troupeau et marché du terroir

Une soixantaine de bénévoles seront mobilisés pour la fête des bergers. Elle débutera par le défilé du troupeau, qui descendra de la colline à 11 h pour rejoindre la ferme Stoffel. Des démonstrations de tonte et de chiens de troupeau au travail sont prévues, ainsi qu’une présentation de matériel ovin.

Les membres du syndicat ovin ont fait appel aux Jeunes Agriculteurs du canton de Saverne, pour assurer la partie restauration, indique Perrine Ludwig, leur présidente. La viande d’agneau proviendra des adhérents de l’association Agneau Terroir d’Alsace et sera préparée par la boucherie Balzer-Riedinger. À midi, les visiteurs pourront déguster l’assiette du berger, composée de brochettes ou de gigot d’agneau, de frites, flageolets, d’un dessert et d’un café. Le reste de la journée, les JA prépareront des grillades et dès 17 h, ils se relaieront derrière le four à tartes flambées.

Soucieux de promouvoir les produits locaux, les JA du canton ont aussi prévu un marché du terroir avec une quinzaine d’exposants présentant des produits variés : fruits, légumes, fromages de chèvre et de brebis, glaces au lait de brebis, miel, pain, confitures, pâtisseries. Une créatrice d’objets fantaisie pour enfants et l’association Artisans du monde seront également de la partie.

Approvisionnement local

Producteurs et transformateurs sur la même ligne

Pratique

Publié le 09/09/2017

Du raifort, de la moutarde, de la bière, des bretzels… Près de 3 000 produits fabriqués par une cinquantaine d’entreprises agroalimentaires portent la marque « Savourez l’Alsace Produit du terroir ». Lancée en 2015, elle résulte d’un partenariat entre la profession agricole, l’Association régionale des industries alimentaires (Aria) et la Région Grand Est pour mettre en valeur les produits transformés localement et dont au moins 80 % des ingrédients proviennent de la région.

« Nous, les agriculteurs, nous avons des productions diverses et variées. Nous sommes prêts à en inventer d’autres. Mais nous devons le faire en lien avec les entreprises agroalimentaires qui transforment et commercialisent les produits. C’est un vrai enjeu de filière », a expliqué Philippe Boehmler, président de la marque, en ouvrant la table ronde organisée dimanche 27 août à Mietesheim.

Le raifort et la moutarde, spécialités de l’entreprise Alélor de Mietesheim, sont deux exemples de partenariats réussis entre les agriculteurs et l’agroalimentaire régional. 150 tonnes de raifort sortent chaque année des lignes de conditionnement de l’entreprise. « Nous avons la volonté de nous approvisionner à 100 % en Alsace », témoigne Alain Trautmann, directeur d’Alélor, qui peut déjà compter sur les apports de 17 producteurs de raifort répartis dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Mietesheim. Les livraisons à l’usine se font en tracteur, c’est dire si la proximité est une valeur forte de cette filière.

Douces graines de moutarde

La moutarde douce d’Alsace est une production plus récente de l’entreprise. Pour la fabriquer, il a fallu remplacer une partie de l’approvisionnement par des graines de moutarde cultivées en Alsace. Alélor a fait appel à la Chambre d’agriculture, qui a lancé les premières cultures d’essai de moutarde en 2008. De trois tonnes la première année, la production de moutarde douce d’Alsace Alélor est montée à 55 tonnes aujourd’hui. « On aimerait arriver à 120/130 t, de manière à couvrir les besoins du marché », précise Alain Trautmann. Six agriculteurs sont pour le moment impliqués dans la filière (contre un seul au départ). Tout comme le Comptoir Agricole, qui collecte, sèche, trie, nettoie et conditionne les graines de moutarde pour les mettre à disposition d’Alélor.

Spécialiste du bretzel et des produits apéritifs, la maison Burgard, basée à Hoerdt, développe la production de bretzels et de pain à sandwich à partir de farine bio d’Alsace. D’ici la fin de l’année, la fabrication de ces deux produits sera entièrement réalisée à partir de matière première bio et régionale, indique Emmanuel Goetz, directeur général de l’entreprise. La brasserie La Licorne, de Saverne, propose quant à elle sa bière Licorne Elsass depuis une dizaine d’années. Elle est fabriquée à partir d’orge et de houblon cultivés en Alsace, précise Fabrice Schnell, son directeur technique. Le succès est tel que l’entreprise a ajouté à sa gamme un panaché, lui aussi fabriqué avec des ingrédients dont l’origine 100 % régionale est certifiée par Alsace Qualité.

Partager les risques

Si les exemples ne manquent pas, monter des filières d’approvisionnement régional n’est pas aussi évident qu’il y paraît. Cela demande du temps et de l’énergie. « Il faut qu’il y ait un marché, une demande », argumente Denis Fend, directeur général du groupe Comptoir Agricole. Pour avoir participé au sauvetage ou au démarrage de plusieurs filières régionales (houblon, pain Alsépi, pomme de terre…), il sait bien qu’il faut parfois « essuyer les plâtres. » Se lancer dans une nouvelle culture, c’est s’exposer à des aléas plus élevés que dans une culture en place de longue date. « Pour la moutarde, on vise 2 t/ha, illustre Denis Fend. Mais l’an dernier, les rendements ont varié entre 7 et 25 quintaux selon les producteurs. Une telle différence joue beaucoup sur la rentabilité », souligne le directeur général du Comptoir, qui plaide pour « des risques partagés » entre producteurs et transformateurs.

Le développement d’un produit d’origine régionale suppose un approvisionnement stable et en quantité suffisante, insiste Edouard Meckert, du Moulin des moines (Krautwiller). Ce qui fait parfois défaut. « On n’a pas suffisamment de blé bio pour suivre la demande, reconnaît Julien Scharsch, président de l’Opaba et de Bio en Grand Est. Mais on y travaille. » L’un des meilleurs moyens de sécuriser l’approvisionnement est de passer des contrats avec les agriculteurs. « Contractualiser des volumes, avec un prix, offre plus de facilité à un jeune qui s’installe », insiste Julien Koegler, secrétaire général des JA du Bas-Rhin. Il faut aussi que la qualité y soit. « Le consommateur recherche d’abord la qualité, elle doit être irréprochable. Sinon, on fera de l’Alsace washing comme d’autres font du green washing », remarque Denis Fend.

Des filières viables dans la durée

Dernière condition pour assurer le succès des filières mises en place : qu’elles soient économiquement viables. C’est-à-dire rémunératrices pour les agriculteurs, pour les transformateurs tout en restant accessibles aux consommateurs. Une équation particulièrement difficile à résoudre. S’agissant des céréales bio, le directeur du Comptoir Agricole remarque qu’elles sont en concurrence avec les céréales bas intrants disponibles sur le marché à des prix bien inférieurs. « Il faut être conscient que quand on produit régionalement, on produit plus cher. » Alain Trautmann confirme. Il paie les graines de moutarde alsaciennes 25 % de plus que les graines provenant du Canada. Quant au raifort alsacien, il coûte deux fois plus cher que le raifort acheté sur le marché européen.

Confréries viniques

Les vins d’Alsace pour bannière

Vigne

Publié le 31/07/2017

Dimanche 23 juillet, peu avant midi, place de la cathédrale à Strasbourg. Les touristes se croisent et se recroisent sur le parvis de l’édifice, les cheveux ébouriffés par le vent. On ne se bouscule pas aux terrasses : le soleil est incertain et la température rafraîchie par les pluies de la nuit. Quand les 11 confréries viniques d’Alsace sortent de la cathédrale, où elles viennent de participer à la grand-messe, les passants font bloc autour du cortège. Les longs habits colorés, les coiffes, les étendards, tout prête à la curiosité.

Le cortège des confréries viniques est devenu une tradition estivale alsacienne. Organisé tous les deux ans, il constitue « un moment de communion alliant spiritualité et convivialité » et une occasion rare de « découvrir ou de redécouvrir la tradition des confréries viniques d’Alsace, laquelle est intimement liée aux fêtes religieuses. » Les confrères participent d’abord à la grand-messe. Après l’offrande du pain et du vin, l’archiprêtre de la cathédrale bénit les bannières. Celles-ci sont brandies bien haut lorsque les membres des 11 confréries se déploient devant le portail d’entrée de la cathédrale pour prendre la pose. Au premier plan, de part et d’autre de la reine des vins d’Alsace et de sa dauphine, il y a la confrérie des vins de Cleebourg, reconnaissable à son habit vert, la confrérie Saint-Urbain, de Kintzheim, dont les membres, foulard rouge noué autour du cou, portent la statue en bois de leur saint patron, l’ordre œnophile de Marlenheim en robe bleue et ruban jaune autour du cou.

Touristes et traditions

Précédée d’une calèche et d’un accordéoniste, la confrérie des amis d’Ammerschwihr et du Kæfferkopf ouvre le défilé en direction de la rue Mercière, suivie de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace. Arnaud, un trentenaire angevin, se déporte sur la voie pour tenter d’immortaliser avec son portable la file des confrères avec la cathédrale en arrière-plan. Arrive la confrérie du Haut-Koenigsbourg, cape couleur de raisin vert, béret posé sur le crâne et médaille en sautoir.

Un groupe de touristes asiatiques joue des coudes. C’est à savoir qui prendra le meilleur cliché. Faute de maîtriser la langue, nos touristes n’en sauront pas plus sur les rites et coutumes de la confrérie. Son concours vinique, son grand chapitre, organisé chaque printemps à la date anniversaire de l’inauguration du château rénové, ni les coteaux du Haut-Koenigsbourg, qu’elle défend. Après la rue des Grandes Arcades, le cortège emprunte la rue de l’Outre pour rejoindre la place Broglie. Un confrère Bienheureux du Frankstein s’arrête devant le magasin Labonal en signe de soutien au fabricant de chaussettes de Dambach-la-Ville.

Passent la confrérie des Hospitaliers d’Andlau et celle de la Corne d’Ottrott, avec sa corne d’auroch destinée au vin rouge d’Ottrott. Les Rieslinger, de Scherwiller, ne sont pas loin. Tonnelet de riesling à la main, Bernard Martin ouvre la voie au comité des reines des vins d’Alsace, dernier admis dans le cercle des confréries d’Alsace. Créé en 2011, le comité regroupe 160 reines des vins d’Alsace et leurs dauphines. « On fait partie intégrante du patrimoine viticole d’Alsace », lance une de ses représentantes. C’est avec un riesling côte de Rouffach 2014, sélectionné pour les 70 ans de la foire aux vins de Colmar, que la délégation est venue à Strasbourg. Le défilé s’achève par un repas entre confrères et consœurs sur le thème de la cuisine méditerranéenne. Un déjeuner sur le principe « 10 mets, 10 vins, c’est divin » signé Richard Guyomard, chef de cuisine du mess des officiers de Strasbourg.

Le nouveau préfet Jean-Luc Marx sur le terrain

L’agriculture bas-rhinoise en mal de compétitivité

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2017

C’est une visite en deux étapes qu’a effectuée Jean-Luc Marx, nouveau préfet du Bas-Rhin et du Grand Est, mardi 11 juillet. Il s’est d’abord rendu sur l’exploitation de la famille Diemer, à Kolbsheim. Thibaut Diemer, installé depuis quatre ans, a présenté l’exploitation familiale qui compte 63 hectares, dont 58 ha de grandes cultures et 5 ha de légumes. La diversification dans le maraîchage résulte d’un constat : la surface consacrée aux grandes cultures ne suffisait pas à assurer une rémunération suffisante aux exploitants.

Thibaut Diemer produit une vingtaine de légumes différents, qu’il vend en direct sur les marchés, quatre fois par semaine, ou qu’il écoule auprès d’un confrère. Encore aidé de ses parents, d’un salarié à temps plein, de saisonniers, le jeune exploitant a fait le pari de réduire l’usage des produits phytosanitaires. Pour ses cultures sous abri, il n’utilise plus d’insecticide mais des auxiliaires pour se débarrasser des ravageurs indésirables. « Il y a un équilibre qui se fait dans la serre, mais la lutte biologique marche plus ou moins bien selon les années », constate le jeune maraîcher.

Malgré les pertes de surface induites par le futur GCO, Thibaut Diemer continue à aller de l’avant : il vient de construire une nouvelle serre de 500 m2 cette année et s’est porté candidat pour vendre ses produits sur un nouveau marché à Schiltigheim. « C’est ce qui va nous permettre de pérenniser l’entreprise et d’installer mon frère, ébéniste, qui nous donne déjà un coup de main sur les marchés le samedi. »

« Un marché énorme »

À Gimbrett, Freddy Bohr et son épouse Marianne vont aussi de l’avant : leurs trois fils - Serge en cours d’installation, Paul et Rémy - sont tous passionnés d’agriculture. La famille Bohr s’est spécialisée dans l’élevage laitier et la viticulture. Elle exploite 64 ha, dont 24 ha situés dans la région de Sarrebourg qui servent à faire du foin. Une nouvelle étable a été construite en 2002, dimensionnée pour 80 laitières - l’exploitation n’en comptait que 50 à l’époque.

L’installation de Serge Bohr va permettre d’augmenter la production - 530 000 litres - de 150 000 l supplémentaires. Le jeune éleveur s’apprête à construire un nouveau bâtiment pour les génisses, ainsi qu’un silo pour l’ensilage, suite à l’agrandissement du troupeau. Il espère bien toucher des subventions du Plan bâtiments pour la réalisation de l’étable et de la fosse. « Sans ces aides, il est impossible de réaliser ce bâtiment », précise Freddy Bohr. Également maire délégué de Gimbrett, l’exploitant insiste sur la nécessité de bien informer la population avant les travaux, afin que l’extension du bâtiment d’élevage soit acceptée.

C’est Alfred, le père de Freddy, qui s’est lancé dans la viticulture dans les années 1960. Freddy et Marianne Bohr commercialisent entre 40 000 et 45 000 cols par an, dont un tiers de crémant. En 2010, ils ont débuté la construction d’une cave et d’une salle de dégustation avec vue sur la cuverie, afin de recevoir des cars de touristes. « Nous sommes à 16 km de Strasbourg, c’est un marché énorme », explique Freddy Bohr. S’il a pu faire aboutir ce projet, c’est grâce… au TGV et au remembrement organisé en 2007 que l’exploitant considère aujourd’hui comme une réussite.

Les agriculteurs concernés par le GCO en diront-ils autant dans dix ans ? Pour le moment en tout cas, les positions sont beaucoup plus réservées. Tandis que la Coordination rurale, par la voix de son président départemental Paul Fritsch, réaffirme son opposition au projet, Régis Huss expose au nouveau préfet la position de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA), dont il est directeur adjoint : le GCO devrait faire disparaître 300 ha de terres agricoles parmi les plus fertiles d’Alsace, et soustraire 80 ha supplémentaires le temps des travaux. Sur l’ensemble de l’emprise, 116 ha sont situés en zone de protection du hamster, 20 ha en zone humide et 35 ha en forêts, ce qui oblige le concessionnaire, Vinci, à trouver des compensations environnementales avant de démarrer les travaux.

Hamster : huit ans d’engagement volontaire

L’achat de foncier au titre de ces compensations est « inconcevable », prévient Régis Huss. Jean-Paul Bastian, vice-président de la CAA, et Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, enfoncent le clou. La compensation doit se faire sur la base d’un coefficient « un pour un » et à travers des MAE volontaires. « Sur le hamster, les agriculteurs ont huit ans d’engagement et une crédibilité. Plus de 100 agriculteurs sont engagés volontairement dans la démarche. On continuera à faire ce qu’on a fait jusqu’à présent, ni plus, ni moins », martèle Jean-Paul Bastian. « Il faut que l’État joue le jeu, ajoute Franck Sander, et que les agriculteurs touchent les compensations. On ne peut pas leur demander de s’engager et ne payer que deux ans et demi après. »

Prix bas : aucune production épargnée

La conjoncture agricole difficile constitue l’autre grand chapitre de la rencontre avec le nouveau préfet. Le faible niveau de prix n’épargne aucune production : les céréales, le sucre, le lait, la viande sont touchés. En élevage laitier, la situation est telle que la question du renouvellement des générations est posée, témoigne Thomas Gillig, président des JA du Bas-Rhin. « On a l’impression que ce sont les agriculteurs qui servent de variable d’ajustement : ils prennent ce qui reste quand tout le monde s’est servi », s’indigne Paul Fritsch, regrettant que le prix d’équilibre « n’intègre pas un salaire digne ». Dans la filière lait bio, où des jeunes se sont lancés récemment, les aides à la conversion n’ont pas été versées, dénonce Véronique Klein, vice-présidente de la CAA. Dans le Grand Est, il n’y a aucune visibilité quant à l’avenir du lait bio, regrette-t-elle. Or, les prochains plans de conversion seront gérés à l’échelon de la grande région.

Didier Braun, responsable de la section lait de la FDSEA, attire l’attention du préfet sur les promotions abusives pratiquées par la grande distribution. « On voudrait que la Répression des fraudes fasse son travail de contrôle. » S’agissant des achats publics, Didier Braun appelle l’État à « faire preuve d’exemplarité sur l’origine des produits ». Michel Debes, président d’Alsace Lait, rappelle que tous les producteurs livrant leur lait à la coopérative sont contractualisés. « L’entreprise s’engage sur les volumes. Nous sommes obligés de suivre les prix du marché. » Alsace Lait doit aussi s’adapter à la nouvelle segmentation imposée par la grande distribution, avec le lait de prairie, pour ne pas perdre de marchés.

Après deux années climatiques difficiles, le gel a touché les vignes et les vergers au cours de la deuxième quinzaine d’avril, ce qui occasionné de grosses pertes chez certains producteurs de fruits à noyau, à pépin et de petits fruits. Une demande de reconnaissance en calamités agricoles a été déposée, signale Franck Sander.

Faire baisser le coût du travail

Pour sortir de la crise, des mesures à court terme sont nécessaires. Mais elles ne suffiront pas à améliorer la compétitivité des exploitations bas-rhinoises. Le président de la FDSEA du Bas-Rhin réclame la fin des distorsions de concurrence. « Les Allemands travaillent avec des saisonniers qui leur coûtent 30 % moins cher », rappelle-t-il. Dans une région où les productions à fort besoin de main-d’œuvre sont nombreuses, il est nécessaire de faire baisser le coût du travail, estime le syndicat, qui réclame « une convergence sociale européenne » en la matière.

Le retour de la compétitivité passera également par « une meilleure répartition de la valeur ajoutée ». « Il faut qu’on travaille au volume, à la visibilité, à la contractualisation de nos produits et permettre à nos filières de mieux rentrer dans la RHD (restauration hors domicile). Les services de l’État peuvent nous y accompagner », espère Franck Sander. La Région Grand Est a pris sa part dans ce chantier en organisant les assises régionales pour le développement des filières et des marchés alimentaires, fait valoir Patrick Bastian, conseiller régional. Ces rencontres, qui répondaient à une demande forte de la profession agricole, ont rassemblé près de 900 personnes.

Si Jean-Luc Marx, tout juste entré en fonction, n’a pas apporté de réponse concrète aux questions évoquées, il a exprimé sa volonté de faire en sorte que l’agriculture ne soit pas bridée par une gestion trop restrictive des autorisations d’exploiter. S’agissant de la Pac, l’administration fait le maximum pour gérer les dossiers, a-t-il assuré.

Bûcherons d’Alsace

La retraite à 55 ans demandée pour tous

Vie professionnelle

Publié le 12/07/2017

Moins de 500 bûcherons communaux et domaniaux travaillent dans les forêts d’Alsace en 2017. Ils étaient 1 700 au début des années 1980. « Au fur et à mesure des années, les départs à la retraite n’ont pas été compensés par de nouvelles embauches », expose Patrick Bangert. La baisse des effectifs va de pair avec un vieillissement des bûcherons : selon la pyramide des âges de la profession, la classe d’âge la plus représentée en Alsace est celle des bûcherons âgés de 51 à 60 ans. Le délégué syndical CFDT des bûcherons ONF d’Alsace, par ailleurs administrateur à la MSA et à la CAAA, souligne que les bûcherons sont durement affectés par les problèmes de santé liés au travail : le mal de dos, les douleurs aux genoux, aux épaules, aux cervicales sont le lot des ouvriers forestiers, qui sont exposés durant toute l’année aux intempéries et aux tiques véhiculant la maladie de Lyme. « 40 ans de ce régime, et on finit tout rouillé », résume Didier Zerr, délégué du personnel CFDT, membre du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et bûcheron communal à Obernai-Bernardswiller.

Un autre danger guette les travailleurs forestiers : l’accident, dont les conséquences sont souvent dramatiques. « Trois bûcherons sont morts par écrasement ces six derniers mois », mentionne Patrick Bangert. À lire la liste des accidents mortels enregistrés ces dernières années en forêt d’Alsace, on s’aperçoit que toutes les tranches d’âge sont concernées : le dernier, survenu dans le Nord de l’Alsace, a causé la mort d’un jeune ouvrier de 20 ans. La dangerosité et la pénibilité du métier se traduisent dans les chiffres : alors que les bûcherons ne représentent que 2 % de la population active agricole, ils comptent pour 11,3 % des accidents mortels et pour 8 % dans le nombre des incapacités de travail, relève le délégué syndical. L’âge moyen pour inaptitude, dans leur profession, est de 52,5 ans et l’espérance de vie moyenne de 62,5 ans, ce qui leur laisse peu d’espoir de pouvoir profiter de leur retraite.

Pas de reclassement pour les bûcherons communaux

Face à cette situation, ils espèrent une meilleure prise en compte de leur fin de carrière. Si les bûcherons domaniaux (relevant de l’ONF) peuvent parfois bénéficier d’un reclassement, les bûcherons communaux déclarés inaptes suite à un accident du travail ou à des problèmes de santé graves sont généralement licenciés, quel que soit leur âge. « C’est très difficile à vivre quand on se donne à 100 % pour son métier », expliquent Patrick Bangert et Didier Zerr. Les bûcherons domaniaux ont également obtenu des avancées en matière de retraite : depuis la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014, ils peuvent bénéficier d’une retraite anticipée pour pénibilité, dès lors qu’ils atteignent 55 ans et justifient de 20 années de travail en forêt. Les bûcherons communaux, qui effectuent un travail similaire, aimeraient bénéficier du même dispositif.

David Herrscher, président de la MSA d’Alsace, a adressé un courrier en ce sens au président de l’association des communes forestières d’Alsace, Pierre Grandadam. Un courrier resté à ce jour sans réponse. « Le conseil d’administration de la MSA d’Alsace est conscient que toute avancée sociale en faveur des bûcherons aura un coût pour les employeurs. Néanmoins, l’État et la Sécurité sociale ont pour mission d’adapter la couverture sociale pour protéger les assurés les plus fragiles », écrit David Herrscher. La MSA d’Alsace « pourrait s’engager aux côtés des communes employeurs si elles sollicitaient un financement auprès de l’État et/ou de la Sécurité sociale pour mettre en œuvre cette couverture », ajoute-t-il, estimant que celle-ci devrait relever, au moins en partie, de la solidarité nationale.

Au-delà de cette revendication, les bûcherons d’Alsace plaident pour un renouvellement des équipes forestières et pour une politique de prévention renforcée. « Il faut préserver les jeunes », insistent Didier Zerr et Patrick Bangert. Le recours à une main-d’œuvre formée, locale, leur semble le meilleur gage de sécurité.

Visite de ferme à Kolbsheim et Gimbrett

Le nouveau préfet illico sur le terrain

Vie professionnelle

Publié le 12/07/2017

Jean-Luc Marx, nouveau préfet du Bas-Rhin et du Grand Est, n’aura pas attendu longtemps avant de se plonger dans les dossiers agricoles. Mardi 11 juillet, les responsables agricoles bas-rhinois l’ont invité à visiter deux exploitations caractéristiques de la diversité de l’agriculture départementale. Jean-Paul Bastian, premier vice-président de la Chambre d’agriculture d’Alsace, Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, et Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du département, l’ont d’abord accueilli à la ferme Diemer, à Kolbsheim. Une ferme de polyculture qui a fait le choix de se diversifier dans le maraîchage et qui devrait être impactée par la réalisation du Grand contournement ouest (GCO). L’occasion pour les responsables agricoles de sensibiliser le nouveau préfet aux impacts fonciers et agricoles de cette infrastructure et de présenter les mesures de compensation économique et environnementale prévues dans le projet.
Le deuxième rendez-vous de la matinée a eu lieu à la ferme Bohr, à Gimbrett. Freddy Bohr et sa famille ont exposé les spécificités de leur exploitation, spécialisée dans la production de lait et de vin d’Alsace. Lors d’un tour de table, les représentants des différentes filières ont procédé à un tour d’horizon de la conjoncture agricole. Nous reviendrons sur les différents dossiers abordés dans notre prochaine édition.

Journées de l’eau

Le SDEA ouvre les vannes de la connaissance

Pratique

Publié le 09/07/2017

Créé il y a 75 ans, le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA) dessert plus de 520 communes d’Alsace et de Moselle. Grâce au travail de ses équipes, il ravitaille en eau potable 850 000 habitants et assure l’épuration de leurs eaux usées. Ses missions vont de la réalisation des captages à l’entretien des réseaux d’assainissement en passant par la protection des milieux aquatiques. Pour les faire découvrir au grand public, le SDEA organisait ses journées de l’eau, les 24 et 25 juin, sur son site de Schiltigheim et dans plusieurs stations d’épuration bas-rhinoises. Des journées inaugurées en grande pompe par plusieurs élus des collectivités partenaires du SDEA, accueillis par son président Denis Hommel.

À Schiltigheim, la visite permet de se familiariser avec le cycle domestique de l’eau : maquette d’un château d’eau, tuyauteries, canalisations sont exposées au grand jour. Les ateliers de maintenance mécanique et électrique sont grand ouverts et les véhicules couramment utilisés par les équipes du SDEA sont exposés sur le parking. Il y a là un hydrocureur combiné, utilisé pour entretenir et déboucher les réseaux d’assainissement, un hydrocureur tout terrain et une aspiratrice automatisée, qui permet à un seul opérateur de soulever les plaques d’égout et de nettoyer les bouches. Un travail réalisé préventivement une fois par an sur les 200 000 bouches d’égout du périmètre SDEA, « sans compter le curatif », précise l’agent concerné.

Détecter les fuites, et vite !

Un peu plus loin, l’équipe dédiée à la recherche de fuites sur le réseau présente le bilan de ses interventions : environ 600 anomalies sont repérées chaque année. Les efforts de renouvellement du réseau, de détection et de réparation rapide des fuites portent leurs fruits. Rassuré, le visiteur peut s’intéresser au devenir des eaux usées. Celles-ci sont dirigées vers une station d’épuration, où elles sont traitées avant de rejoindre le milieu naturel. Que faire des boues d’épuration ? Le SDEA s’est engagé dans une gestion durable de ces résidus. Yannick Hendriksen, chef du service traitement des eaux usées, explique qu’elles sont analysées puis épandues dans les champs. 13 000 tonnes de matière sèche sortent ainsi annuellement de la centaine de stations d’épuration gérées par le SDEA. 70 % des tonnages sont directement recyclés en agriculture, les 30 % restants sont confiés à des prestataires extérieurs qui les incorporent à des déchets verts pour en faire du compost.

Promouvoir les cultures bas intrants

Parmi les stands des partenaires du SDEA, celui de la Chambre d’agriculture d’Alsace est consacré à la lutte contre les coulées de boues et aux opérations Agri-Mieux conduites en zone vulnérable. Blandine Fritsch, de l’Adar du Kochersberg, explique quelles sont les actions mises en place pour éviter la pollution des eaux souterraines : le désherbage mécanique des cultures, l’ajustement des doses d’azote et le développement des cultures intermédiaires piégeant les nitrates sont désormais entrés dans les mœurs des agriculteurs, indique la conseillère.

Le SDEA, pour sa part, s’est doté de cinq missions Eau qui tentent de réduire les pollutions causées par les nitrates et les produits phytosanitaires. Elles travaillent en lien avec les services de la Chambre d’agriculture. Dans le Bas-Rhin, trois zones sont concernées, détaille Elsa Meyer-Schopka en citant Haguenau et la bande rhénane, le secteur Piémont sud et le bassin-versant de la Souffel. Les opérations Ferti-Mieux et Phyto-Mieux ayant montré leurs limites, le SDEA s’engage désormais dans la promotion des cultures bas intrants. Des réunions territoriales ont déjà été organisées dans le Piémont sud, d’autres sont prévues cet été dans le secteur de Mommenheim. Si les études montrent que la conversion au bio ou le changement de cultures sont économiquement rentables, il reste à structurer les filières avec les opérateurs existants, précise Jean-Marc Riebel, vice-président du SDEA et président de la communauté de communes du val de Villé. « Il y a un travail collaboratif à mettre en place », souligne l’élu de moyenne montagne, persuadé de l’importance du dialogue entre élus, agriculteurs et consommateurs.

Marathon du vignoble d’Alsace

De la convivialité à volonté

Vigne

Publié le 05/07/2017

Trois courses - quatre avec celle des enfants -, 12 stands gastro-viniques, 42 kilomètres de circuit, plus de 4 200 participants inscrits : organisé le week-end dernier, le marathon du vignoble d’Alsace a connu son succès habituel. Il y a ceux qui viennent pour le sport, mollets galbés par l’entraînement, poumons gonflés par l’effort, bien décidés à grappiller quelques minutes sur leur performance de l’année dernière. Et il y a ceux qui viennent pour le fun, perruque fluo sur la tête, en costume de bagnard, de légionnaire romain, ou simplement vêtus d’une couche-culotte…

Pourtant, quelque chose réunit les participants : c’est la joie de courir dans un environnement unique, protégés de l’ardeur du soleil par les nombreux nuages qui défilent dans le ciel. Le circuit, qui traverse 17 villages de Molsheim à Marlenheim, offre une vue sans pareil sur la mosaïque des cultures de cette petite région traversée par la Mossig : les vignes y côtoient les parcelles de blé et de maïs, les vergers de cerisiers succèdent aux champs de tournesol.

Rutscherle et gobelets en carton

Les vignerons du secteur sont à pied d’œuvre. Ils assurent le ravitaillement des coureurs sur des stands répartis le long du parcours. À Dorlisheim, première des 12 étapes gastro-viniques, des rutscherle remplis de sylvaner accompagnés de brioche attendent les coureurs. « Plus ils sont déguisés, plus ils s’arrêtent », constate un jeune vigneron, amusé, en regardant défiler les marathoniens encore fringants. Suivent les stands kougelhopf-pinot blanc à Mutzig, choucroute-riesling à Molsheim, tarte flambée-pinot noir rosé à Ergersheim. Distants de quelques kilomètres, les stands des vignerons alternent avec des points de ravitaillement sportif : là, c’est l’eau qui coule à flots, comme à Avolsheim, où les bénévoles du village ont aligné les gobelets en carton qu’ils remplissent d’eau du réseau.

À Scharrachbergheim, les coureurs du semi-marathon attendent 10 h pour prendre le départ. Une foule joyeusement colorée se presse derrière les barrières pour encourager les marathoniens, qui ont déjà 21 km dans les jambes. L’effort se lit sur leurs visages. Les coopérateurs de la cave du Roi Dagobert ont vu passer les premiers quelques minutes plus tôt. Ils ont prévu une cinquantaine de bouteilles de pinot gris. « On va les écouler sans problème », prédit Sébastien Kaspar, en servant un verre à un coureur - chirurgien.

En sortant de Wangen, les sportifs attaquent une côte bordée de vignes. Le 30e kilomètre n’est plus très loin. Pas de quoi réjouir Muriel, qui souffre d’ampoules aux pieds. « Allez Muriel ! », l’encourage un groupe de Vosgiens assis sous un cerisier. Ils sont venus soutenir leur fille, Sandra, qui participe à son premier semi-marathon. « C’est pas elle, là-bas ? », interroge la mère. Non, Sandra est encore loin : le deuxième coureur du semi-marathon, reconnaissable à la couleur verte de son dossard, vient tout juste de passer.

Arrivés à Wolxheim, au 39e kilomètre, les coureurs passent au régime sucré - muscat et pain d’épices - pour finir les 42 km avec un duo mignardises-crémant. La ligne d’arrivée franchie, il ne leur reste plus qu’à rejoindre le village marathon, où chaque finaliste reçoit… une bouteille de pinot blanc auxerrois. Quant aux vainqueurs de la course la plus longue, Yoann Altmeyer chez les hommes et Aurore Soliveres chez les femmes, ils sont priés de monter sur la balançoire : sur le siège d’en face, une caisse en bois que l’on remplit de bouteilles de vins d’Alsace jusqu’à ce que leur poids soit atteint.

Simmental France

Simmental : mixte et fière de l’être

Élevage

Publié le 03/07/2017

Organisme et entreprise de sélection (OES) de la race simmental française, Simmental France organisait son assemblée générale mercredi 21 juin à la Maison des associations de Wœrth. Une assemblée présidée pour la dernière fois par Jean Bernhard, dont le successeur sera désigné à la rentrée. Avant de présenter son rapport moral, le président de l’OES a rendu hommage à André Hance, ancien président de l’unité de sélection décédé début 2017, et Jean-Georges Herr, ancien directeur de Simmental France, disparu en avril, deux infatigables défenseurs de la race simmental. « Ils ont cru à la simmental quand la race était au plus bas. C’est grâce à leur dynamisme qu’elle s’est développée », a-t-il souligné en saluant la mémoire de « deux hommes passionnés ».

Les éleveurs sont confrontés depuis deux ans à une crise prolongée : aux mauvais rendements et aux prix anormalement bas s’ajoutent les attaques sur les pratiques d’élevage. « Les éleveurs n’ont jamais fait autant pour le bien-être animal depuis dix ans et pourtant, les attaques continuent », constate Jean Bernhard en appelant à « plus de reconnaissance » vis-à-vis des éleveurs. Autre frustration exprimée par le président de Simmental France : après 30 ans de restriction sur la matière grasse, les bienfaits du beurre sont à nouveau reconnus, d’où la tentation des laiteries de mieux rémunérer le taux butyreux aux dépens du taux protéique. Une telle évolution n’est pas favorable à la simmental, juge Jean Bernhard.

Les éleveurs de simmental ont en revanche quelques motifs de satisfaction : une étude récente montre que l’avenir est aux races mixtes. La simmental, qui a l’avantage de produire longtemps et dont la qualité de la viande est reconnue par de nombreux restaurateurs, en fait partie. Dans ce contexte, l’objectif de l’OES est de continuer à apporter aux éleveurs les outils nécessaires à l’amélioration génétique de leurs troupeaux.

La percée dans l’Ouest se confirme

Depuis 2010, les effectifs simmental ne cessent d’augmenter en France, constate Hervé Vignon, directeur de l’OES. Plus de 40 000 animaux et 1 800 cheptels sont recensés en 2017. « C’est une dynamique qui perdure depuis quelques années ». La Haute-Marne, au cœur du berceau de la race, est largement devancée par l’Aveyron (plus de 200 cheptels). Le Massif central constitue une zone de développement importante et la simmental effectue depuis quelques années une percée dans l’Ouest, qui est « loin d’être anecdotique ». Le nombre de vaches simmental inscrites au Contrôle laitier est en baisse, ce qui se vérifie également dans les autres races. Les performances laitières, elles, « n’ont jamais été aussi hautes » : la production moyenne ressort à 6 224 kg, avec une lactation parmi les plus courtes en vaches laitières. Elle est en hausse de 65 kg par rapport à l’année d’avant, à 40,2 de taux butyreux et 33,7 de taux protéique.

Grâce aux données d’abattage des jeunes bovins, on sait maintenant que la simmental produit le meilleur poids de carcasse : 391 kg contre 384 kg pour la montbéliarde et 382 kg pour la normande, avec un âge à l’abattage inférieur à ces deux autres races (617 jours). « On attendait ces résultats pour pouvoir communiquer sur les aptitudes bouchères de la simmental et sa mixité », se réjouit le directeur de Simmental France (lire notre encadré).

En tant qu’organisme de sélection, Simmental France est actif dans la promotion de la race. Il participe notamment à tous les grands salons d’élevage. Un nouveau site internet est en cours de déploiement (www.simmentalfrance.fr). Il se veut attrayant et fonctionnel et comportera d’ici peu un module sur l’offre génétique.

Le nombre d’IA réalisées en 2016 (41 400) est en légère baisse par rapport à 2015. La situation varie selon l’entreprise de mise en place : dans la zone Élitest, qui représente un gros quart du total des IA, le nombre d’IA est en recul de 5 %, mais dans la zone Évolution (Ouest), il augmente de 6 %. Hervé Vignon relève que le croisement avec d’autres races, en particulier les races bouchères (charolais, blanc bleu) se développe : une tendance à mettre en relation avec les problèmes de trésorerie des éleveurs, qui s’en sortent mieux en vendant des veaux croisés. La part des taureaux génomiques augmente fortement en 2016, comparée à celle des taureaux indexés sur descendance : les deux catégories sont désormais quasiment à égalité.

Une importante diversité génétique

340 taureaux différents ont été utilisés en IA en 2016, gage d’une importante diversité génétique. Le taureau le plus demandé, Haddock, ne représente que 8 % des IA. Il est suivi de Barnum et Brocard (5 % chacun). Même si cela complique la logistique, Hervé Vignon considère que la diversité génétique de la race est « un atout à conserver ». Le bilan génétique des IAP est en forte amélioration depuis une dizaine d’années, particulièrement depuis l’arrivée des taureaux génomiques, comme le montre la progression des différents index (production, morphologiques et fonctionnels).

Sortis la veille de l’assemblée générale, les résultats d’index ont été présentés par Jean-Baptiste Geoffray. Parmi les taureaux indexés sur descendance, plusieurs nouveautés intéressantes : Guépard, un très bon taureau laitier (156 pt d’Isu, 53 pt d’Inel), positif dans les deux taux. Il est à privilégier sur vaches, si possible sur de grandes vaches, recommande le technicien. Gallius est l’autre bonne surprise du classement (131 pt d’Issu, 32 d’Inel) : « Il est un cran au-dessus en matière de taux et plus complet en morphologie que Guépard, le seul regret, c’est qu’il est négatif en cellules, il faudra faire attention dans les accouplements ». Brocard, Cactus, Barnum et Basta confirment leurs qualités. Le technicien a également présenté les taureaux génomiques du catalogue, ainsi que les taureaux étrangers, suisses notamment.

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