Auteur

Florence Péry

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Dambach-la-Ville

Une œnothèque tant attendue

Vigne

Publié le 27/04/2018

Située au sous-sol de la maison attenante à la porte d’Ebersheim, la nouvelle œnothèque des vignerons de Dambach-la-Ville est un véritable lieu de mémoire dédié aux vins issus du terroir local. Avec le rez-de-chaussée, aménagé en salle de réunion et de dégustation, elle constitue la maison des vignerons, où les membres du syndicat viticole de Dambach-la-Ville et les Bienheureux du Frankstein peuvent organiser des manifestations autour du vin, en particulier des vieux millésimes. L’œnothèque, qui a été inaugurée le 22 avril lors du lancement de Pierres et vins de granite, a une capacité de 3 000 bouteilles. Mais pour le moment, elle n’est remplie qu’à la moitié de sa capacité. Les 1 500 flacons qui y sont stockés proviennent des millésimes 1988 à 2016, ce qui donne une idée du potentiel de vieillissement des vins de Dambach-la-Ville, notamment des grands crus Frankstein.

L’idée de collectionner les meilleurs flacons issus du terroir de Dambach-la-Ville n’est pas nouvelle, a expliqué Claude Hauller, maire de la commune et lui-même vigneron, lors de l’inauguration. Elle a émergé dès la création de la confrérie des Bienheureux du Frankstein, il y a plus de 25 ans, et revenait régulièrement lors des réunions du syndicat viticole. Une cave avait été mise à disposition des vignerons, sous l’école primaire. Mais elle n’était pas adaptée pour recevoir du public et s’est avérée trop petite au fil du temps. Il fallait trouver un autre endroit susceptible d’accueillir les bouteilles et de permettre le vieillissement des précieux millésimes. Cet endroit, les vignerons l’ont trouvé juste à côté de la tour-porte d’Ebersheim qui marque l’entrée du village. La maison attenante a été rénovée depuis 2009 par les artisans de l’Union compagnonnique du Tour de France qui occupent les étages supérieurs. Cette proximité réjouit les viticulteurs, qui partagent avec ces professionnels l’amour du travail bien fait.

Des bouteilles recensées et rebouchées

La création de l’œnothèque a nécessité « une forte volonté politique », souligne Claude Hauller. Ainsi qu’un certain budget - 150 000 € hors taxes - et beaucoup d’huile de coude puisque les jeunes viticulteurs de Dambach-la-Ville n’ont pas hésité à sacrifier plusieurs samedis pour participer à l’aménagement des lieux. Il a aussi fallu recenser les bouteilles, les transporter, goûter les plus anciens millésimes pour vérifier qu’ils n’étaient pas bouchonnés et reboucher tous les millésimes antérieurs à 2000, souligne Dominique Girolt, le nouveau grand vénérable de la confrérie des Bienheureux du Frankstein. Les millésimes postérieurs à 2000 seront rebouchés au fur et à mesure qu’ils atteindront leurs 20 ans. D’ores et déjà, les vignerons ont pu vérifier que le potentiel de garde de leurs vins est bien réel. Tout l’enjeu est maintenant de faire vivre cet outil porteur de mémoire qu’est l’œnothèque en y organisant des dégustations commentées et des visites pour faire rayonner les vins de Dambach.

Unicoolait

Prix du lait : encore insuffisant en 2017

Élevage

Publié le 20/04/2018

« Le bilan de l’année 2017 est mitigé : un prix du lait à la ferme en amélioration mais pas suffisant pour balayer les conséquences de la crise de 2016, qui restent bien présentes dans nos fermes », a exposé Jean-Luc Jacobi, président d’Unicoolait, aux adhérents réunis pour l’assemblée générale de la coopérative, le 13 avril à Rahling. La conjoncture laitière est compliquée, ajoute-t-il. « Pour apaiser nos revendications, on nous parle de l’augmentation des volumes de lait produits, de stocks importants de poudre de lait au niveau européen et des relations difficiles avec la grande distribution ». Des arguments qui ne convainquent que partiellement le président de la coopérative laitière, persuadé qu’avec une population mondiale qui augmente, la surproduction laitière n’est pas un risque.

« Nous voulons y croire »

Les producteurs laitiers peuvent-ils au moins espérer une amélioration de leur revenu suite aux États généraux de l’alimentation ? Organisés en 2017 à l’initiative du chef de l’État, ils avaient pour objectif de mieux répartir la valeur ajoutée dans les filières agroalimentaires. Pour l’instant, les 300 producteurs d’Unicoolait en attendent toujours le résultat sur leur paie de lait. « Pourtant, nous voulons y croire, 50 % de la production laitière française est transformée en produits de grande consommation pour la France. Alors, sécuriser la moitié de notre prix du lait serait déjà une grande avancée », estime Jean-Luc Jacobi, favorable à une loi soutenant les producteurs face à la grande distribution.

En juillet 2017, suite à la crise du beurre, ces mêmes distributeurs ont accepté d’augmenter les prix des MDD (marques de distributeurs) et les premiers prix, mais pas ceux des produits sous marque qui représentent 50 % du marché, regrette le président. Dans ces conditions, les industriels ont préféré exporter leur beurre plutôt que d’approvisionner le marché national, où les prix étaient moins attractifs. « Quand ce n’est pas la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution, c’est la guerre des tranchées entre les industriels et la grande distribution, déplore Jean-Luc Jacobi. En bout de course, ce sont toujours les mêmes qui trinquent, les producteurs. »

Directeur des achats lait chez Lactalis, Serge Moly confirme que les négociations commerciales qui ont eu lieu fin 2017 avec les grandes enseignes ont été décevantes. Les demandes d’augmentation tarifaire n’ont été « que partiellement entendues ». Et l’annonce d’une nouvelle alliance entre Auchan, Système U et Casino, représentant 34 % de parts de marché, augure mal des prochaines négociations.

Jusqu’où se différencier ?

Un autre facteur d’inquiétude est le recul de la consommation de produits laitiers en France : - 3,9 % de volume pour le lait de consommation, - 1,6 % pour la matière grasse, - 1 % pour la crème et - 2,7 % pour l’ultra-frais. « Seuls les fromages se maintiennent, constate Jean-Luc Jacobi. Le Cniel, avec l’appui de nos cotisations, a du pain sur la planche pour inverser la courbe. » La segmentation du marché apparaît comme une réponse possible pour stimuler la consommation. « La grande distribution est très friande de ce genre de démarche : lait durable, équitable, sans OGM, de pâturage, etc. »

Un certain nombre d’entreprises laitières se sont adaptées à cette demande en incitant les producteurs à respecter des cahiers des charges spécifiques. Lactalis, à qui Unicoolait livre la collecte de ses adhérents, y réfléchit. Les laits AOP, le lait bio et les laits de chèvre et de brebis sont une première piste de différenciation, précise Serge Moly. La production de lait sans OGM, à destination du marché allemand, est en cours d’évaluation par l’industriel. Ces démarches représentent « un investissement pour chaque maillon » de la filière, souligne Serge Moly, qui estime qu’à terme, l’ensemble des laits segmentés pourrait représenter 20 % de la collecte totale de Lactalis, soit 1 milliard de litres. Un rien désabusé, Jean-Luc Jacobi se demande : « Où s’arrêtera le niveau des exigences requises pour commercialiser son lait demain ? » Dans la majorité des cas, ajoute-t-il, les producteurs doivent « jongler avec leurs coûts de production pour y trouver un intérêt économique ».

Lait bio : pas un produit d’appel

En 2017, Unicoolait a collecté près de 25 millions de litres (Ml) de lait bio (sur un total de 147,5 Ml), auprès d’une soixantaine d’exploitations. Cette année, quatre nouveaux élevages vont bénéficier de la mention bio, ce qui devrait porter la collecte à 30 Ml, indique Véronique Klein, vice-présidente d’Unicoolait. D’autres éleveurs vont démarrer leur conversion ce printemps. Le lait bio attire toujours plus de consommateurs, constate Véronique Klein qui se réjouit de ce contexte porteur. Tout en confirmant l’intérêt de Lactalis pour ce marché, Serge Moly appelle à un « développement raisonné, en veillant à ce que les distributeurs ne fassent pas du bio un produit d’appel ». Dans cet esprit, Lactalis privilégiera la notoriété de sa marque, Lactel bio, aux dépens des marques de distributeurs.

Association de la Bourse de commerce de Strasbourg

Les agriculteurs, ces grands muets

Pratique

Publié le 16/02/2018

Pascal Perri était l’invité de l’association de la Bourse de commerce de Strasbourg, vendredi 26 janvier à la Chambre de commerce et d'industrie de Strasbourg, à l’occasion de sa traditionnelle réception du Nouvel An. Économiste et géographe, c’est aussi un polémiste qui participe régulièrement à des émissions de radio et de télévision (C dans l’air, Les Grandes Gueules). Il se présente comme « un ami du monde agricole ». Ce monde agricole qu’il qualifie de « silencieux » et dont il juge « la communication défaillante ». Si les agriculteurs sont peu ou mal entendus, dit Pascal Perri, c’est qu’ils sont des entrepreneurs indépendants, chez qui « le sens du collectif est arrivé tardivement ».

Il s’appuie sur une étude de l’institut Harris Interactive menée il y a un an auprès de 145 étudiants en journalisme. Ceux-ci ont été interrogés sur leur perception des agriculteurs et de l’agriculture en général. 65 % des sondés disent ne pas entendre assez souvent parler d’agriculture. « Et pourtant, il n’y a pas un jour sans qu’on parle dans les médias d’alimentation, de revenu agricole, de la contribution de l’agriculture à la croissance économique… », indique Pascal Perri en mentionnant le décalage très fort entre la réalité et la perception qu’en ont les futurs professionnels de l’information.

Entre 80 et 90 % des étudiants interrogés pensent que les agriculteurs ne prennent pas assez souvent la parole sur des sujets tels que leur capacité à protéger la santé, à protéger l’environnement et leur capacité à innover. Ils sont à peu près autant à souhaiter que les agriculteurs fassent davantage entendre leur voix sur les thématiques agricoles, avant les scientifiques, les médias généralistes et les ONG. Et loin devant les syndicats professionnels agricoles. « Les agriculteurs ne sont plus seulement producteurs de biens, mais de services. La connaissance de ce phénomène doit orienter la communication agricole : l’alimentation, c’est de la santé, du partage, du bien-être, du plaisir, énumère l’intervenant. L’humanité comptera bientôt 9 milliards d’individus. Il faudra augmenter la production agricole de 40 % d'ici 2050 pour répondre aux besoins, c’est un enjeu de communication capital. » D’autant plus capital que le renouvellement des générations n’est plus assuré dans les exploitations agricoles, qui peinent à trouver des successeurs.

Prendre la parole sur les réseaux sociaux

Qui dit communication, dit un émetteur et un récepteur. Pascal Perri regrette que les émetteurs, en l’occurrence les agriculteurs, ne s’expriment qu’à l’occasion des crises sanitaires ou économiques. « C’est de la communication réactive, et non proactive. Quand on est obligé de se défendre, on est moins efficace. » Dans un monde où la télévision continue à faire l’opinion, où les chaînes d’information en continu dictent le tempo de l’actualité, il invite les agriculteurs à prendre la parole sur les réseaux sociaux. « Les retours d’expérience sont plutôt bons, mais les nouveaux paysans connectés ne sont pas suffisamment nombreux pour occuper l’espace », dit-il.

Occuper l’espace médiatique, c’est ce que font d’autres organisations non agricoles, qui n’hésitent pas à jouer sur les peurs des Français. « Ces associations ont trouvé deux ou trois terrains d’expression où elles peuvent peser durablement sur l’opinion », estime Pascal Perri qui dénonce le poids des croyances par rapport aux vérités scientifiques. « Il faut reprendre pied dans le rationnel », poursuit l’invité de la Bourse de commerce de Strasbourg. Sur de nombreux sujets, la position agricole est très fragmentée, souligne l’intervenant, qui appelle à « plus de cohérence et de constance dans les messages ». Et surtout à plus de volontarisme : « Vous avez beaucoup à dire. Nous sommes à l’heure du paysan digital. Il faut construire cette image et la diffuser. Dites en quoi vous êtes intéressés à l’agriculture, à la qualité des produits… Faites preuve d’un peu plus d’empathie : ce qui intéresse les consommateurs, c’est ce qu’ils trouvent dans leur assiette. Vous devez les rassurer. »

Pour Pascal Perri, la communication est « un long combat qui ne s’arrête jamais » dans lequel « les mieux armés sont ceux qui ont un discours en amont. » À Christophe Armbruster qui lui demande s’il n’est pas trop tard pour prendre la parole, l’intervenant répond que non. « Dans un monde qui va avoir besoin de manger, vous avez besoin de parler », résume-t-il.

Fruits et légumes d’Alsace

Endives, c’est le moment d’en croquer

Cultures

Publié le 08/02/2018

L’endive est un aliment « détox », qui a de nombreuses qualités diététiques : peu calorique, elle est surtout riche en eau et en fibres et contient de précieux oligo-éléments, tels que le sélénium et des vitamines (vitamines C, B1 et B2). Qu’elle soit crue ou cuite, elle participe au bon fonctionnement de l’intestin. Les trois producteurs d’endives d’Alsace réunis le 6 février à la ferme Friess, à Rohr, à l’initiative de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), n’ont pas manqué de le rappeler. Ils ont aussi vanté les bienfaits d’un légume produit dans la région, donc acheminé rapidement sur les lieux de vente, ce qui garantit sa fraîcheur.

Rémy Friess produit 250 t d’endives entre novembre et mars, mois qui correspondent au pic de consommation. C’est son père qui s’est lancé dans cette production il y a 35 ans après avoir arrêté l’élevage. Aujourd’hui, elle reste une source de diversification pour Rémy Friess, qui cultive par ailleurs des céréales et dirige une entreprise de travaux agricoles.

Les racines d’endives proviennent du Nord, où les conditions de culture sont plus propices à leur croissance qu’en Alsace, et sont acheminées dans la région à l’automne. À leur arrivée à la ferme, elles sont mises au froid pendant huit jours. L’endive étant une plante bisannuelle, sa racine a besoin de cette période de froid simulant l’hiver pour entrer en production. Les racines rentrent ensuite pour trois semaines en salle de forçage. La température y est maintenue à 18 °C, l’hygrométrie à 80 %. Les bacs galvanisés dans lesquels sont placées les racines sont traversés par un courant d’eau enrichie en oligo-éléments et en potasse. C’est dans ces conditions, et dans une obscurité totale préservant leur blancheur, que poussent les endives.

« Un cycle complet »

À leur sortie de la salle de forçage, elles sont nettoyées et emballées dans des sachets aux couleurs de l’Ifla, où figure le nom du producteur. Bien qu’équipé d’une chaîne de conditionnement automatisée, Rémy Friess emploie huit personnes, dont six saisonniers, pour effectuer les différentes opérations. Les racines, qui constituaient un déchet, sont maintenant envoyées dans un village voisin où elles alimentent une unité de méthanisation. « C’est un cycle complet », commente Rémy Friess.

Accompagné des deux autres producteurs d’endives de la région, Angèle Gloeckler et Robert Burgaentzlen, Pierre Lammert, président de l’Ifla, a profité de cette matinée à la ferme pour sensibiliser les grossistes et distributeurs à la production régionale et pour remercier les partenaires habituels de la filière fruits et légumes. En particulier la Région Grand Est qui, par le biais d’un contrat de filière, soutient les investissements des producteurs et la promotion des fruits et légumes régionaux.

Guillaume Keller, le représentant de Sodexo, a témoigné de la volonté de l’entreprise de restauration collective d’acheter de plus en plus de produits locaux. C’est ainsi qu’elle a pré-commandé une demi-tonne d’endives d’Alsace pour les servir dans les restaurants d’entreprises, les hôpitaux et les cantines de la région. En la déclinant selon quatre recettes différentes, Jérôme Amory, le chef du restaurant de la Cité administrative de Strasbourg, a prouvé que l’endive d’Alsace peut être consommée de multiples façons : de l’entrée - une crème d’endives à la bière ambrée et aux zestes d’orange - jusqu’au dessert - une crème brûlée à l’endive et au carambar !

Œnotourisme

SlowUp : le passage de relais

Vigne

Publié le 07/02/2018

Avec 40 000 visiteurs enregistrés l’an dernier, le slowUp Alsace est la manifestation touristique qui attire le plus de monde dans la région en une seule journée. Elle a été lancée en 2013 pour célébrer les 60 ans de la Route des vins d’Alsace, avec un principe simple : faire redécouvrir une portion de cette route mythique - 31 km - en réservant son accès aux piétons, marcheurs, cyclistes, cavaliers, et à toutes les personnes non-motorisées. Aucune voiture n’étant admise ce jour-là sur le circuit, les visiteurs peuvent profiter en toute tranquillité des attraits de la Route des vins et de la Véloroute du vignoble, située au pied du Haut-Kœnigsbourg : entre Châtenois, Bergheim et Sélestat, plusieurs parcours de difficultés différentes sont accessibles. Ce jour-là, les communes, les associations et partenaires locaux se mobilisent pour proposer des animations sur neuf places festives jalonnant l’itinéraire.

Le slowUp ayant atteint sa vitesse de croisière, Alsace Destination Tourisme (ADT), qui en était l’initiateur, a décidé de passer le relais en confiant son organisation aux acteurs locaux. Une association a été créée dans cet objectif le 24 janvier à Scherwiller, sous l’égide d’ADT et de son président, Max Delmond. Baptisée slowUp Alsace de la Route des vins, elle réunit l’ADT, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la communauté de communes de Sélestat, une dizaine de communes des deux départements, ainsi que la société Batorama.

« Cette manifestation a pris beaucoup d’ampleur depuis qu’elle a été créée », expliquait Max Delmond lors de l’assemblée constitutive, rappelant que le premier slowUp a rassemblé 15 000 personnes et que son succès s’est amplifié d’année en année. Il était donc temps que « les territoires s’emparent de cet événement touristique ». ADT, qui reste présent en tant que membre fondateur de la nouvelle association, continuera à apporter son savoir-faire : il assurera notamment la promotion du slowUp lors des différentes manifestations et salons auxquels il participe, précise Marc Lévy, directeur d’ADT.

Préserver la convivialité

Ce passage de relais ne devrait pas changer l’état d’esprit de la manifestation : « Nous souhaitons garder l’ambiance du slowUp qui a l’avantage d’être une manifestation en accès gratuit », précise Pierre Bihl, maire de Bergheim, élu vice-président de la nouvelle association. Il souhaite notamment maintenir le caractère convivial de cette journée dont l’intitulé résume très bien l’esprit (slowUp est une contraction de slow down & pleasure up, qui signifie « ralentit l’allure et augmente le plaisir »). Son collègue Marcel Bauer, maire de Sélestat et également vice-président, voit dans la mobilisation des communes, de leurs élus et des associations, un signe très positif pour l’avenir du slowUp, qui va pouvoir continuer à se développer. Jusqu’à un certain point en tout cas : au-delà de 50 000 visiteurs, les questions de sécurité et de maintien de l’accès à certains sites comme le Haut-Kœnigsbourg et les parcs animaliers voisins, deviendraient problématiques, reconnaissent les élus.

Les syndicats viticoles sont en tout cas plus motivés que jamais, témoigne Olivier Sohler, maire de Scherwiller, élu président de l’association. Leurs stands collectifs ont les faveurs des visiteurs du slowUp qui, n’étant pas motorisés, peuvent apprécier les vins d’Alsace en toute sécurité.

Rangen-Zeinheim

Poulets label rouge : dans la continuité

Élevage

Publié le 03/02/2018

Installée depuis le 1er juillet 2016, Marine Meyer fait partie de ces jeunes éleveurs qui se lancent dans la production de poulets label rouge (lire notre encadré). Il faut dire que cette production n’est pas une nouveauté dans la famille Meyer, de Rangen, près de Wasselonne, puisque le père de Marine, Francis Meyer, en produit depuis trente ans. Il a construit deux bâtiments dédiés aux poulets label en 1988 et 1990. À l’époque, il s’agissait de diversifier les activités de son exploitation basée sur le tabac, le lait et les céréales. « Par la suite, j’ai abandonné le lait et le tabac et je suis parti travailler dans les travaux publics », raconte Francis Meyer. Durant dix ans, il concilie cette activité avec l’élevage avicole et l’exploitation d’une soixantaine d’hectares. Mais en 2013, nouveau virage : il se recentre entièrement sur l’agriculture et, dans la perspective de l’installation de Marine, envisage d’augmenter la production de volailles.

Un nouveau site dans le village voisin

C’est que la jeune femme a un projet bien précis : après trois années d’études au lycée agricole d’Obernai, d’où elle sort avec un bac pro, elle passe un an comme apprentie dans une boucherie. Son objectif est de transformer les volailles à la ferme et d’ouvrir un magasin de vente directe. Victime d’une hernie discale, elle doit cependant mettre son projet entre parenthèses. Reste l’opportunité de participer au développement de la filière poulet label rouge d’Alsace en construisant quatre nouveaux poulaillers.

D’emblée, il lui faut choisir un nouveau site que celui où sont installés les deux premiers, car le règlement du label rouge fixe à quatre le nombre maximum de bâtiments sur un même lieu. C’est sur le ban du village voisin de Zeinheim que la jeune éleveuse trouve la surface disponible. Un permis de construire est déposé en mairie, ainsi qu’une déclaration à la sous-préfecture de Saverne. En parallèle, Marine Meyer sollicite une subvention auprès de la Région au titre du Plan Bâtiment. « Sans l’aide de la Région et des fonds européens, qui couvre environ 30 % de l’investissement, on n’aurait pas pu construire », explique la jeune femme, dont le projet se monte à près de 450 000 €.

La construction démarre en 2017. Le site d’implantation étant en pente, d’importants travaux de terrassement sont nécessaires. L’expérience de Francis Meyer dans les travaux publics est un atout précieux. « On a fait le terrassement nous-mêmes, il a fallu ramener 20 000 m3 de remblai », précise l’exploitant. Dans la foulée, il réalise les soubassements en béton isolé des quatre bâtiments, ce qui constitue un autre poste d’économie non négligeable.

Mieux isolés et moins énergivores

Dans leur conception comme dans leur aménagement, les quatre poulaillers ne diffèrent pas de ceux construits ces dernières années par les éleveurs d’Alsace Volaille. Seule leur disposition, en escalier du fait de la pente, les distingue. « Nous sommes dans un cahier des charges contraint », explique Mario Troestler, technicien en charge de la filière chez Costal-Lorial. Chaque poulailler offre 400 m2 de surface. La largeur est limitée à 9 m et la distance entre chaque bâtiment est d’au moins 30 m. 2 m linéaires de trappe sont aménagés pour 1 000 poulets. Les trappes - chaque bâtiment en compte huit - ouvrent sur un parcours de 88 ares, auquel les volailles ont accès dès qu’elles sont suffisamment protégées par leurs plumes (vers l’âge de 6 semaines). Pour permettre une bonne luminosité à l’intérieur des bâtiments, la surface vitrée est d’au moins 16 m2.

« Les matériaux ont beaucoup évolué depuis la première génération de bâtiments poulet label. Les poulaillers actuels sont beaucoup mieux isolés, moins énergivores et se nettoient bien plus facilement », souligne Mario Troestler. Montés par BFC Construction, les quatre bâtiments sont équipés d’une chaîne d’alimentation Big Dutchman, pilotée par ordinateur, de deux lignes de pipettes pour l’abreuvement des animaux et de radiants Systel alimentés au gaz. La ventilation - une ventilation statique simple - est gérée par un boîtier Tuffigo qui régule aussi le chauffage (à partir des indications des sondes de température disposées dans le bâtiment) et la consommation d’eau. L’éclairage est fourni par des lampes basse consommation.

En tant que fournisseur d’aliment, Costal-Lorial met à disposition les silos d’alimentation. Au terme d’une convention de 10 ans, ceux-ci reviennent à l’éleveur. Le fabricant d’aliment assure également un accompagnement technique de l’élevage et anime un groupe de gestion technico-économique auquel participent les trois quarts des éleveurs alsaciens de poulets label rouge. En parallèle, il propose un système de valorisation des céréales de l’exploitation.

Cristal Union

La cercosporiose « invitée » de la campagne 2017

Cultures

Publié le 30/01/2018

C’est une bonne campagne 2017, avec des performances variables selon les secteurs, qu’ont vécue les planteurs de betteraves alsaciens (lire en page 20 de notre n° 1 du 5 janvier 2018). Aline Barbière, technicienne agrobetteravière, en a rappelé les principales étapes lors de la réunion organisée vendredi 12 janvier à Dossenheim-Kochersberg. La déception vient des 1 200 ha où la cercosporiose a fait baisser les rendements. Le groupe Cristal Union, dont fait partie la sucrerie d’Erstein, est en pointe dans la lutte contre cette maladie liée au réchauffement climatique, précise son collègue Michel Butscha. Il mène en effet des expérimentations pour trouver des variétés tolérantes. Ces expérimentations sont d’autant plus utiles que l’Alsace n’est pas la seule région touchée en 2017 : l’Auvergne et l’Île-de-France ont également subi des dégâts. En Alsace, six agriculteurs mettent des parcelles à disposition pour y tester des variétés alliant productivité et résistance aux maladies.

Cercosporiose : choisir des variétés qui tiennent la route

Parmi les variétés simples tolérantes à la rhizomanie, le cap est très clairement mis sur la tolérance à la cercosporiose afin d’allier les bénéfices de la génétique à la protection phytosanitaire. Sur les zones de culture historique et de rotation courte ou à forte pression de rhizomanie qui se conjugue également avec le rhizoctone brun, le choix variétal est plus pointu. Des solutions performantes - encore trop peu nombreuses - existent malgré tout, grâce au fort investissement des semenciers dans la recherche. Dans l’idéal, comme le souligne Michel Butscha, « les rotations sur trois ans valent mieux que les rotations sur deux ans ».

Même si le rhizoctone brun ne s’est pas tellement manifesté en 2017, « il risque de le faire s’il ne gèle pas plus que ça cet hiver », prévoit Michel Butscha. Dans les parcelles à précédent maïs et dans les parcelles où l’eau a tendance à stagner, mieux vaut utiliser des variétés doubles tolérantes (60 % des variétés utilisées en 2017). Dans les anciens secteurs betteraviers, il peut être utile de semer des variétés doubles tolérantes rhizomanie-nématodes. « En termes de productivité, il n’y a pas de différence avec les variétés simples tolérantes », précise Michel Butscha. Sur ce segment de marché, l’exigence porte également sur la tolérance à la cercosporiose et l’offre est plus restreinte.

Faible peuplement : ne pas ressemer

Côté densité de semis, les techniciens de Cristal Union cherchent à savoir jusqu’où les planteurs peuvent descendre sans pénaliser le rendement. Les essais conduits en 2016 et 2017 montrent que « moins il y a de densité, moins il y a de rendement » mais qu’en matière de richesse en sucre, « ce n’est pas parce qu’on sème plus dru qu’on a un effet positif ». Tout au moins quand l’azote est bien géré. À 60 000 pieds/ha, la perte de rendement est de 8,5 t ce qui n’est pas aussi élevé qu’on pourrait le craindre. Cela ne justifie pas de ressemer une parcelle, précise le technicien agrobetteravier qui conseille, sauf exception, de laisser les parcelles à faible peuplement en place sans les ressemer. La densité de semis préconisée est de 110 000 à 120 000 graines/ha. La réussite des semis tient avant tout au positionnement de la graine en profondeur et à la qualité du lit de semence. La préparation du sol doit être « bien homogène » et le semis régulier pour mettre toutes les chances de son côté.

Pour ce qui est des ravageurs, les planteurs peuvent craindre les tipules, capables de ravager un champ. Elles se développent lors des hivers doux et humides. Les limaces constituent un autre risque. Un traitement anti-limaces au semis coûte 25 €/ha, c’est peu comparé au coût d’un ressemis, remarque Michel Butscha. Utilisable en agriculture biologique, l’anti-limaces Ironmax présente une bonne efficacité. Il est recommandé en zone de captage.

Sur le plan de la fertilisation, les planteurs de betteraves, après mesure des reliquats, ont généralement une bonne gestion de l’azote. Le technicien remarque toutefois que la forme de l’engrais utilisé n’est pas toujours bien choisie. « On peut mettre de l’urée avant betteraves mais sans dépasser 60 unités et en l’enfouissant », précise-t-il. En revanche, on n’utilisera pas cette forme entre le semis et la levée pour ne pas pénaliser la levée. Les services techniques de la sucrerie proposent des analyses de sol permettant de repérer les éventuelles carences, notamment les carences en bore et en magnésie. Dans ce dernier cas de figure, l’apport de Kieserite, produit contenant du soufre et de la magnésie, peut être utile. Les écumes de sucrerie ont aussi leur intérêt car elles permettent, en plus, d’améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol.

Buses à injection d’air : contre la dérive

Côté fongicides, Camille Meistertzheim est revenu sur les essais menés par Cristal Union pour lutter contre la cercosporiose. Différents produits ont été testés (Priorix, Spyrale, Timbal), avec ou sans cuivre, et différents programmes de traitement ont été comparés. L’association triazoles + cuivre donne les meilleurs résultats, constate le technicien. Bien qu’aucun fongicide à base de cuivre n’ait à ce jour d’autorisation de mise sur le marché pour 2018, une demande de dérogation a été demandée pour le Yucca, mais la réponse n’arrivera qu’en avril.

Pour que les traitements fongicides soient efficaces, la date de couverture des rangs est très importante, souligne Camille Meistertzheim. Les planteurs l’ont appris à leurs dépens en 2017 : ceux qui ont eu de gros dégâts sont intervenus trop tard. La sucrerie apportera des informations sur les plages de traitement durant la campagne, selon les secteurs. Le technicien se veut confiant : Cristal Union possède une réelle expertise sur la cercosporiose et l’ensemble de la filière betteraves est aujourd’hui mobilisée contre cette maladie, avec l’ITB et les firmes phytosanitaires, qui sont en train d’homologuer de nouveaux produits.

Michel Butscha a rappelé quelques conseils clés pour réussir le désherbage des cultures. II a aussi fait le point sur les buses à injection d’air. Ces buses, qui augmentent la taille des gouttelettes par rapport aux buses classiques, limitent la dérive des produits phytosanitaires au cours de la pulvérisation. Elles permettent ainsi de réduire la largeur des zones non traitées (ZNT) en bordure de cours d’eau, sous réserve de la mise en place d’une bande enherbée de 5 mètres. Les buses à injection d’air sont homologuées pour une plage de pression donnée, que les planteurs doivent respecter.

Irmstett

Des vignes au salon

Vigne

Publié le 02/01/2018

De nombreuses femmes ont eu une vie professionnelle en dehors du monde viticole, avant de rejoindre leur mari ou leur compagnon sur le domaine viticole familial. Il est plus rare qu’elles conservent leur métier tout en se lançant dans le travail de la vigne. C’est pourtant ce qu’a fait Claudine Rieffel en 2011. Filles d’un couple de viticulteurs d’Irmstett, elle et ses deux sœurs ont grandi au contact des vignes et des arbres fruitiers. « On a toujours donné un coup de main aux parents, pendant les vacances notamment, pour les travaux dans les vignes ou la récolte des framboises, des mirabelles et des quetsches, mais aucune de nous trois ne se destinait à être viticultrice », raconte la jeune femme. Et pour cause : depuis toute petite, Claudine Rieffel veut devenir coiffeuse.

À 15 ans, elle se forme à ce métier par la voie de l’apprentissage et, dès son cursus terminé, devient coiffeuse dans une grande enseigne, puis dans un salon à Traenheim, à trois minutes de son domicile. C’est à la naissance de son deuxième fils, qu’elle requestionne son choix professionnel : la volonté d’avoir davantage de temps pour sa famille devient plus pressante. Au même moment, sa mère annonce sa volonté de prendre sa retraite, ce qui pose la question du devenir des 5,5 ha de vignes et de la quinzaine d’hectares de céréales. « Il aurait fallu vendre ou louer les terres, car mes sœurs n’étaient pas intéressées. Alors j’ai décidé de reprendre, en montant une SCEA où je suis associée majoritaire. » Pas question pour autant de laisser tomber la coiffure : à l’issue de son congé maternité, Claudine Rieffel se met d’accord avec sa patronne pour exercer à mi-temps.

Avec quelques années de recul, la viticultrice ne regrette pas son choix : elle est davantage disponible pour ses garçons, Thibault et Gabin, qu’elle peut véhiculer au gré de leurs activités. « C’est une fierté pour mon père que le domaine soit repris par une de ses filles », ajoute Claudine Rieffel, qui peut toujours compter sur l’aide de ses parents. C’est d’eux qu’elle a appris la plupart des gestes liés au travail de la vigne, la formation liée à son installation étant davantage orientée vers le côté administratif et comptable. Elle a également suivi une formation sur la taille, qui a débouché sur un diplôme reconnu par la profession, et un stage sur l’usage des produits phytosanitaires, organisé par la cave du Roi Dagobert, à qui elle livre ses raisins.

Si elle n’assume pas d’engagement professionnel - son emploi du temps est suffisamment chargé - Claudine Rieffel a tout de même l’esprit collectif : elle est membre de la Cuma de la Mossig, qui réunit sept vignerons utilisateurs de différents matériels viticoles (pré-tailleuse, effeuilleuse, tarière…). Le travail au grand air, que ce soit au moment de la taille et de la descente des bois, de l’épamprage ou des travaux en vert, lui apporte une tranquillité qu’elle apprécie, après une fin de semaine passée au salon de coiffure, au contact de la clientèle.

Oberhoffen-sur-Moder

De la prestation de services au maraîchage bio

Cultures

Publié le 01/01/2018

En 2006, Luc de Gardelle a créé son entreprise de prestation de services en agriculture à Oberhoffen-sur-Moder, près de Bischwiller. Pour les travaux de saison, de nombreux agriculteurs faisaient appel à l’entreprise qui mettait à disposition ses salariés, pour la plupart en insertion. Mais très vite, par manque de compétitivité, Presta’Terre a dû élargir ses missions à d’autres secteurs d’activité. Elle n’a pas abandonné pour autant le champ de l’agriculture : au contraire, en développant le maraîchage bio sous le nom « Les Jardins d’Altaïr », l’entreprise de Luc de Gardelle est parvenue à se faire une place dans le paysage agricole du Nord Alsace.

Cette réorientation n’aurait pas été possible sans la ténacité et la capacité à se remettre en question de Luc de Gardelle. Originaire de Mulhouse, le quadragénaire a d’abord travaillé dans une association parisienne d’aide aux personnes en difficulté. Cette expérience auprès d’adolescents l’a décidé à entreprendre des études d’éducateur spécialisé à Strasbourg. Il découvre l’insertion par l’action économique auprès des Jardins de la Montagne Verte, où il œuvre en tant que bénévole pendant quelques années. Lui qui n’est pas originaire du milieu agricole se frotte au travail de la terre. Et ça lui plaît. « J’ai tout appris sur le tas, se remémore Luc de Gardelle : au départ, je mettais des heures à atteler un tracteur à son outil. Mais je n’ai jamais eu peur de prendre les choses à zéro. »

Ce qui l’interpelle alors, c’est que l’agriculture est capable de donner de l’emploi à un public en insertion comme à des experts. Il crée Presta’Terre avec l’ambition d’embaucher des personnes en insertion à l’année pour leur garantir une stabilité qui leur fait défaut. Parallèlement, il entreprend un intense travail de démarchage auprès des agriculteurs, afin de trouver des missions susceptibles de se succéder dans le temps : récolte des légumes, des fruits, entretien et taille des vignes, nettoyage des pissenlits… En période hivernale, l’entrepreneur complète le programme de ses salariés par de l’ensachage de légumes à la coopérative de Hœrdt et par du façonnage de bois. Car il a développé en parallèle une activité de bois de chauffage, qui permet d’occuper les temps morts.

Presta’Terre emploie alors jusqu’à une trentaine de salariés, qui enchaînent les missions auprès d’une centaine de clients agriculteurs. Mais le modèle économique atteint rapidement ses limites : « À 12,50 € de l’heure, on n’arrivait pas à se rémunérer, ni à avoir un chef d’équipe qui encadre les salariés », commente Luc de Gardelle.

Montée en compétences

Au creux de la vague, le chef d’entreprise se retrouve face à un dilemme : pour continuer à faire vivre Presta’Terre, il doit embaucher du personnel qualifié et limiter le nombre de personnes en insertion entre 30 % et 35 % de l’effectif. « La montée en compétences nous a permis de nous en sortir, estime Luc de Gardelle avec le recul. Nous avons augmenté nos tarifs. En contrepartie, nous apportons une prestation d’équipe, c’est une énorme plus-value pour l’agriculteur car cela le libère totalement, il n’est plus obligé d’être présent sur le chantier. Nos équipes interviennent en respectant le code du travail, les normes de sécurité, avec un rendu des heures et une facturation dans les règles. »

Tout ceci a un coût, que nombre d’agriculteurs ne peuvent plus supporter dans un contexte de prix agricoles tirés vers le bas. Luc de Gardelle s’en désole : « Aujourd’hui, il y a une vraie difficulté à rémunérer le travail en agriculture, qui est de surcroît un travail pénible ». Si la conjoncture a éloigné Presta’Terre du marché agricole, l’activité de prestation de services a perduré : aujourd’hui, l’entreprise s’est développée dans les travaux paysagers et la logistique (tri de colis, chargement de camions, déménagement).

Ayant mesuré la difficulté d’être dépendant des autres, Luc de Gardelle a eu l’idée de s’engager, en parallèle, dans la production maraîchère. « On a commencé en 2009 à Vendenheim, sur des terres mises à disposition par Cora aux Jardins de la Montagne Verte ». L’association n’étant pas en mesure d’exploiter toute la surface mise à sa disposition, Presta’Terre en cultive une partie pendant un an en agriculture conventionnelle. Un pas supplémentaire est franchi l’année suivante : le maire d’Oberhoffen-sur-Moder, qui cherche un repreneur pour des terrains communaux délaissés, accepte de les louer à l’entreprise, via un bail précaire, renouvelable tous les ans. Luc de Gardelle fait appel à Tharcisse Meyer, un professionnel, pour remettre en culture les terrains, situés à la lisière d’Oberhoffen et de Schirrhein. Ceux-ci n’étant plus exploités depuis cinq ans, le passage en bio est facilité. Le chef d’entreprise monte des Algéco récupérés ailleurs, qui servent de bureaux, et une petite laveuse est installée à l’extérieur pour nettoyer les légumes. Les débuts sont rudes mais Luc de Gardelle et son équipe ne manquent pas de courage. Le nom donné à l’exploitation de maraîchage - Les Jardins d’Altaïr, tiré du nom d’une étoile - en témoigne. « Au début, on expédiait toute notre production à Rungis, on s’est fait sacrément étriller par les commerciaux. Mais ça nous a fait les pieds, juge-t-il. Ça nous a permis de progresser sur la qualité des produits. Et maintenant que nous sommes à 100 % sur le marché local, nous sommes reconnus pour cette qualité. »

Une deuxième serre en construction

Soucieux de maintenir les emplois, voire d’en créer de nouveaux, Luc de Gardelle, qui se définit comme « un travailleur social dans l’âme », envisage rapidement de s’agrandir. Il décide de construire un bâtiment pour le lavage, le conditionnement des légumes et des chambres froides pour le stockage, ce qui nécessite plus de 500 000 € d’investissement. Il réunit les financements grâce à l’aide d’Alsabail et d’Alsace Active, mais les travaux démarrent trop tard pour mettre à l’abri la récolte 2012, qui est perdue.

Le quadragénaire ne se décourage pas : il est convaincu qu’« il faut investir tout le temps pour être à la pointe ». Ainsi, cet hiver, il fait construire une deuxième serre de 3 600 m2, qui va s’ajouter à la petite serre de 900 m2 récupérée auprès des Jardins de la Montagne Verte. De même, un séchoir à courges et à oignons va être installé dans le bâtiment. Il permettra de stocker ces produits plus longtemps et ainsi d’allonger leur période de commercialisation d’un à deux mois.

Ces lourds investissements, réalisés en phase de démarrage, n’ont pas permis à l’exploitation maraîchère d’atteindre sa rentabilité. Luc de Gardelle espère atteindre cet objectif au courant de l’exercice 2018. La production agricole représente désormais 20 % du chiffre d’affaires de Presta’Terre-Les Jardins d’Altaïr, contre 80 % pour la prestation de services. La satisfaction du chef d’entreprise est surtout liée au fait que les 15 ha de cultures font vivre 13 salariés à temps plein toute l’année et une dizaine de saisonniers, occupés six mois par an. « On y arrive car avec le bio, on a une juste rémunération de nos produits », souligne Luc de Gardelle.

Association de production animale de l’Est (Apal)

Au service des éleveurs

Élevage

Publié le 30/12/2017

L’Association de production animale de l’Est (Apal) organisait une réunion à l’intention des éleveurs alsaciens, mardi 12 décembre à Melsheim. L’association regroupe plus de 1 600 éleveurs en Alsace, Lorraine et Champagne, précise son président, Stéphane Peultier. Ceux-ci sont répartis en deux sections, la section bovine (la plus importante) et la section ovine. L’Apal compte aussi un collège acheteurs regroupant 52 commerçants en bestiaux privés. Il est présidé par Daniel Dreyfuss, par ailleurs dirigeant de la société Dreyfuss, partenaire de Socobeval, et vice-président de l’Apal. Organisation de producteurs non-commerciale, l’Apal dispose d’une équipe de 20 salariés qui interviennent notamment dans la qualification des élevages pour la charte des bonnes pratiques d’élevage et leur accompagnement dans les démarches qualité, comme le label rouge ou certaines filières d’approvisionnement régionales.

Trente éleveurs alsaciens ont adhéré à l’Apal au cours de l’année écoulée, précise Aline Barrois, sa directrice, ce qui porte le nombre de nouvelles adhésions à 125 dans toute la zone couverte par l’association. Un nouveau technico-commercial, Jérémy Herr, a été embauché, il est en charge de l’Alsace et de l’est de la Moselle. Les technico-commerciaux proposent toute une série de services, comme la mise en œuvre du plan sanitaire d’élevage (PSE). Grâce à un partenariat avec Est Élevage, la structure qui gère les données des exploitations, toutes les informations concernant les médicaments préventifs délivrés dans le cadre du PSE sont automatiquement renseignés dans le carnet sanitaire : le numéro de lot, la date de péremption, le délai d’attente et même la posologie s’y inscrivent, l’éleveur n’ayant plus qu’à sélectionner les animaux traités. Par la suite, ces informations restent disponibles, que l’éleveur commande ou non ses produits auprès de l’Apal. Cette fonctionnalité apporte un réel soulagement sur le plan administratif, indique Aline Barrois.

Les technico-commerciaux de l’Apal proposent également une large gamme de petit et de gros matériel d’élevage, à la fois pour les élevages bovins et ovins : matériel d’hygiène, fourches, clôtures, brise-vent, matériel de pesée et de contention, tubulaires…

Conseils alimentaires et bilans de lots

Une équipe purement technique est également en place à l’Apal. Ses prestations, accessibles au forfait, vont du conseil en nutrition au diagnostic bâtiment, en passant par le suivi des prairies, la gestion des intercultures et le suivi technico-économique. Les techniciens de l’Apal réalisent des analyses de fourrages et utilisent un logiciel pour calculer les rations. Ils sont à même d’apporter des solutions pour transformer ou aménager un bâtiment, améliorer la ventilation ou la circulation des animaux. Dans un contexte où les éleveurs cherchent à baisser les coûts alimentaires, ils délivrent des conseils quant à l’entretien et à la fertilisation des prairies, à l’implantation d’intercultures (méteils, prairies multi-espèces) qui constituent des ressources fourragères de qualité. Enfin, en se basant sur un outil mis au point par l’Institut de l’élevage, ils fournissent une analyse technico-économique de l’élevage ou de l’atelier, ce qui « permet à l’éleveur de se situer et de trouver des pistes de progrès pour améliorer ses marges ». Dans le même esprit, mais avec un outil basé sur les chiffres fournis par les commerçants en bestiaux, les techniciens de l’Apal peuvent également réaliser des bilans de lots pour différentes catégories d’animaux (babies, vaches, génisses).

L’Apal organise un certain nombre de formations à l’intention de ses adhérents : il y en a eu onze cette année, sur des sujets tels que l’autonomie alimentaire, la gestion des pâturages ou la reproduction. Ces formations doivent permettre aux éleveurs de gagner en efficacité : en matière de reproduction, par exemple, il y a d’importantes marges de progrès. En charolais, l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) est de 397 jours chez les éleveurs de l’Apal, ce qui est supérieur de 27 jours à la moyenne de la race. « On se bat pour créer des filières et dégager de la valeur et on s’aperçoit qu’il y a dans les élevages des vaches qui sont là à ne rien faire, argumente Stéphane Peultier. 430 jours d’IVV sur un troupeau de 100 vaches, c’est 7 000 € de perdu ! Une vache est faite pour faire un veau vivant et sevré par an ! »

Veau sous la mère : reprendre le chantier

L’Apal a monté une filière veau sous la mère voici quelques années. L’objectif est de produire un veau rosé issu de vache allaitante, toute la conduite du lot étant orientée vers la production d’une viande claire, mais pas rouge. Cette production, qui nécessite une conduite d’élevage très pointue, est rémunératrice : 7 €/kg pour 150 kg de carcasse, soit l’équivalent du prix d’un broutard à 5 mois. Malheureusement, l’an dernier, il a été difficile de parvenir à la couleur de viande désirée, d’où la réduction du nombre de points de vente intéressés. « Il faut reprendre ce chantier, insiste Stéphane Peultier. Si on veut vraiment créer de la valeur, toute la filière doit se mettre en marche. C’est un produit qualitatif, un veau qui vit en liberté, avec sa mère, il y a une histoire à raconter. » Le président de l’Apal souligne également la nécessité d’expliquer aux bouchers que la viande produite dans les conditions prévues par le cahier des charges est tendre et savoureuse, même si elle est plus foncée que prévu. Thomas Urban, administrateur à l’Apal, approuve : dans les cinq points de vente où elle est commercialisée, les chefs bouchers sont convaincus par le produit. L’Apal les a d’ailleurs emmenés dans les fermes pour qu’ils puissent voir le travail réalisé par les éleveurs. Reste à pouvoir livrer des animaux toute l’année.

Les adhérents de l’Apal sont également engagés dans la production de viande limousine destinée aux magasins Lidl : le distributeur recherche des vaches et génisses de 330-400 kg maximum. Au-delà de ce poids, une réfaction s’applique. À un éleveur qui s’en indigne, Daniel Dreyfuss répond que la contrainte du poids vient du fait que Lidl vend sa viande en barquettes, d’où la nécessité de carcasses pas trop lourdes. Ce partenariat permet tout de même aux éleveurs d’être présents dans tous les magasins Lidl du Grand Est, avec leur photo sur les emballages, indique Stéphane Peultier. Le distributeur a même prévu d’imprimer 350 000 sacs à l’effigie des limousines du Grand Est pour le prochain Salon international de l’agriculture. 566 animaux limousins ont été livrés depuis avril, avec une plus-value moyenne de 212 €, qui a profité à 129 éleveurs.

Goûtez l’Alsace : 500 animaux la première année

L’Apal est impliquée dans bien d’autres filières, dont certaines bénéficient d’un signe officiel de qualité ou d’un label régional : limousine Blason prestige, bœuf blond d’Aquitaine, charolais et salers label rouge, bœuf du Grand Est, Viande du coin… Chacune de ces filières répond à un cahier des charges spécifique et génère un surcroît de rémunération, pas toujours suffisant aux yeux des éleveurs. « Depuis le 1er janvier, nous avons reversé 400 000 € de plus-value en ferme », indique le président de l’Apal. En Alsace, l’association est à l’initiative de la marque « Goûtez l’Alsace - S’esch güat », développée en lien avec les bouchers haut-rhinois de la Sabreco. Démarrée courant 2016 avec 2 à 3 bêtes par semaine, cette filière a écoulé 500 animaux de races à viande dès la première année. Le débouché est actuellement compris entre 10 et 15 bêtes par semaine et l’Apal espère bien que les bouchers bas-rhinois vont à leur tour adopter cette marque, qui répond à la demande d’une viande produite en Alsace.

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