Auteur

Florence Péry

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Agriculture de demain

La fertilisation dans tous ses états

Technique

Publié le 18/08/2018

Digestats de méthanisation : efficaces si…

La production de biogaz génère, en parallèle, des produits résiduels organiques : les digestats de méthanisation. Depuis un arrêté du 13 juin 2017, un cahier des charges fixe les conditions d’utilisation de ces digestats en tant que matières fertilisantes. Arnaud Bourot, conseiller agro-environnement à la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle, en a rappelé les principaux points lors d’une conférence donnée à Obernai, dans le cadre du salon Agriculture de demain.

Dans le Grand Est, un groupe de suivi des unités de méthanisation à la ferme a été mis en place sur la période 2015-2018 par les Chambres d’agriculture : il comprend 31 unités, dont trois alsaciennes. Il s’agit de mieux connaître la valeur des différents types de digestats : digestats bruts voie liquide, digestats séparés liquides et solides et digestats bruts voie sèche. Et en fonction des résultats, de savoir sur quelles cultures et à quelles dates les apports sont les mieux valorisés. Plusieurs expérimentations ont aussi été menées en Lorraine, pour comparer les méthodes d’épandage des digestats, rapporte Arnaud Bourot. Sur un orge d’hiver conduit en agriculture biologique en 2015, l’épandage par pendillards a ramené 11,6 q de rendement en plus par rapport au « zéro digestat », contre 3,3 q en plus pour l’épandage par buse palette.

Sur le plan économique, la comparaison des rendements et des marges brutes sur une parcelle de blé d’hiver et pois fourrager conduite en bio, donne l’avantage aux modalités « avec digestat » (apport de 18 m3 et de 30 m3) : le gain de marge brute est de 325 €/ha par rapport au témoin pour la première modalité et de 616 €/ha pour la seconde. En blé conventionnel, l’apport de digestat a été comparé à la fertilisation minérale classique en 2016 : des six modalités testées, c’est celle combinant 15 m3 de digestat à 129 unités d’azote minéral qui offre le meilleur rendement et la meilleure teneur en protéines. Enfin, sur prairies permanentes, les résultats diffèrent selon l’année : en 2017, une fertilisation minérale équivalente à un digestat avait donné de meilleurs rendements en première coupe à celle d’un digestat. En 2018, les deux modalités arrivent au coude à coude.

Les expérimentations vont se poursuivre en 2018 sur différentes cultures en conventionnel et en bio, indique Arnaud Bourot. Les nouveaux produits issus des stations de traitement des digestats feront également l’objet d’un suivi.

Initiative « 4 pour 1 000 » : une ampleur internationale

Des bocaux remplis de matières granuleuses plus ou moins sombres, des éprouvettes contenant des liquides noirâtres… Le centre de recherche colmarien Rittmo présentait les différentes formes de matières organiques, les processus permettant de les obtenir et leurs différentes propriétés. Nicolas Thévenin et Audrey Muller ont aussi présenté l’initiative « 4 pour 1 000 ». De quoi s’agit-il ? « Des études ont montré que si l’on augmentait la matière organique des sols agricoles chaque année de 4 g pour 1 000 g de CO2, on serait capable de compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre produits par la planète en un an », résume Nicolas Thévenin. Cette initiative, qui ne rassemblait que quelques signataires au départ, a pris une ampleur internationale désormais.

Compostage : des andains bien aérés

Michel Barth, de la société Farmer à Niedermodern, réalise de la prestation de service en compostage. Il se déplace avec son retourneur d’andains jusqu’en bordure des parcelles où les agriculteurs ont déposé leur fumier en andains. « J’attends 15 jours-3 semaines pour intervenir, le temps que ça chauffe un peu et que les micro-organismes se mettent à travailler. Quand la température atteint 45 à 50 °C, je retourne l’andain pour l’aérer. Ainsi, les micro-organismes peuvent continuer leur travail. » Il effectue un second passage 15 jours plus tard, alors que la température remonte à 60 °C. « Pour que le fumier soit reconnu comme compost, il faut qu’il passe 15 jours à 60 °C », précise l’entrepreneur.

Michel Barth composte des fumiers de ferme et depuis peu, des déchets de petites communes. Il réalise aussi de l’épandage chez ses clients grâce à un épandeur à trois essieux, équipé de pneus basse pression, lui permettant d’épandre sur 24 m. En complément du compostage et de l’épandage, l’entrepreneur s’est spécialisé dans le semis direct. « Pour moi, c’est toute une réflexion technique : quand on fait du semis direct, épandre du fumier tel quel, ce n’est pas l’idéal car on perd de l’azote, explique l’entrepreneur. Il vaut mieux épandre un produit plus décomposé avant le semis. » Cette réflexion technique lui a été inspirée par les coulées d’eau boueuse qui sévissent dans son secteur.

À Obernai, il a effectué des démonstrations de retournement et d’injection de lisier dans un andain constitué de fumier de cheval très pailleux. Une technique qu’il utilise aussi pour les fientes de volailles, souvent trop sèches. Michel Barth a également présenté comment fertiliser, préparer la terre et semer en un seul passage à l’aide d’un ensemble strip-till rotatif-semoir en ligne à l’arrière et trémie frontale à l’avant pour l’apport d’engrais en localisé et en enfouissement.

Ils remettent le couvert

Sophie Quié et Patrick Rohrbacher, conseillers à la Chambre d’agriculture d’Alsace, présentaient une vitrine de 15 couverts végétaux mono-espèces et multi-espèces : des Cipan pures (cultures intermédiaires pièges à nitrates), des mélanges de Cipan et de légumineuses, et des légumineuses pures. « L’idée, c’est de proposer une vitrine complète de ce qui se fait en interculture », expliquent les deux conseillers. La mise en place se fait en juillet-août, après céréales d’hiver, l’idéal étant de semer assez rapidement après récolte pour profiter de l’humidité résiduelle et permettre une levée homogène. C’est à cette condition que l’on évite le salissement de la parcelle.

Rendues obligatoires en 2009, les intercultures peuvent constituer un véritable atout agronomique, précise Patrick Rohrbacher. Le choix de l’espèce et l’itinéraire technique sont fonction des objectifs : un éleveur choisira plutôt un mélange d’espèces offrant un couvert élaboré, et il soignera le semis pour pouvoir récolter suffisamment de fourrages pour nourrir son troupeau. Un céréalier sera plutôt attentif à la destruction et à l’enfouissement du couvert, pour une bonne restitution de l’azote l’année suivante. Pour casser les tiges et amorcer la décomposition du couvert, un passage au rolofaca donne de bons résultats, les visiteurs ont pu le constater lors des démonstrations organisées durant les deux jours.

Maraîchage : des techniques et des matériels pour préserver le sol

Dans le cadre du projet SEFerSol visant à entretenir la fertilité des sols en maraîchage biologique, l’EPLEFPA Les sillons de Haute-Alsace a testé l’introduction des engrais verts en interculture d’automne-hiver dans les successions maraîchères. Elle teste également le roulage des couverts pour constituer un mulch. Pour ce faire, l’établissement a développé plusieurs outils en partenariat avec l’Atelier paysan, en particulier un rolofaca et un prototype de strip-till permettant de préparer le sillon en vue d’une plantation. Ces matériels étaient en démonstration à l’occasion d’Agriculture de demain.

Le rolofaca a été conçu pour travailler sur des planches de cultures légèrement surélevées. Il est constitué d’une partie rigide au centre et de parties flexibles aux extrémités, de manière à épouser au maximum la largeur de la planche. Attelé à l’avant du tracteur, il écrase le couvert végétal et le plaque au sol pour éviter qu’il ne fasse concurrence aux cultures légumières. L’idéal est de rouler le couvert au bon stade, à savoir au début ou en cours de floraison, précise Guillaume Delaunay, chef de projet Pôle maraîchage à l’EPLEFPA.

En montage minimal (une seule ligne de culture), le strip-till, qui est attelé à l’arrière du tracteur, comprend un disque et une dent : le disque tranche le couvert et le sol, ce qui permet de dégager la ligne de plantation que la dent ameublit. Un distributeur d’engrais complète l’ensemble pour localiser l’engrais au plus près des plantes.

La démonstration a été suivie d’une plantation directe de choux dans du mulch grâce à la planteuse Mulchtec. Dans les cultures de choux ou de salades, l’utilisation de mulch permet à la fois de gérer les adventices, de réguler l’humidité du sol et de fournir une fertilisation aux plantes, précise Johanna Bodendörfer, de Planète Légumes. Le maraîcher allemand Johannes Storch teste ainsi trois types de mulch : le mulch in situ, constitué de couverts bien développés puis roulés ; le mulch de transfert, qui a été récolté, stocké puis est réépandu au moment de la plantation ; le mulch combiné, qui est un mélange de mulch in situ et de mulch de transfert.

Jusqu’à présent, l’utilisation de cette technique propice à la conservation des sols se heurtait au problème de la plantation, qui devait se faire manuellement. La planteuse Mulchtec présentée par Johannes Storch permet de couper la couche de mulch pour pouvoir planter assez profondément. La réussite du maraîchage sur mulch est conditionnée à la présence d’une couche de mulch suffisamment importante pour éviter la levée des mauvaises herbes. L’autre risque est l’attraction que peut constituer cette couverture pour les limaces et les mulots. Planète Légumes devrait implanter un essai prochainement pour suivre cette question.

Jeunes Agriculteurs. Canton de Marckolsheim

Un concours de labour « trois en un »

Vie professionnelle

Publié le 03/08/2018

Plutôt que d’organiser chacun leur concours de labour, les Jeunes Agriculteurs des cantons de Marckolsheim, Benfeld et Sélestat ont pris l’habitude d’organiser, par roulement, un concours unique réunissant les candidats des trois cantons. Cette année, ce sont les JA du canton de Marckolsheim qui en sont les organisateurs. Les festivités auront lieu dimanche 12 août à Bindernheim. Pour l’occasion, trois fermes du village ouvriront leurs portes.

L’élevage Wollenburger est l’une d’entre elles : bien connu dans le monde des concours d’élevage, il est dirigé par un passionné de génétique, Laurent Wollenburger. Avec son amie Gabrielle, celui-ci élève 60 vaches laitières prim’holstein, qu’il sélectionne rigoureusement en vue de les faire participer à des concours. Cette stratégie lui vaut de figurer régulièrement en haut des palmarès. Le troupeau de Laurent Wollenburger comporte de nombreuses vaches d’origine nord-américaine, la moitié d’entre elles provenant de la même mère, qui a produit des embryons réimplantés sur d’autres vaches. L’éleveur présentera plusieurs championnes, distinguées lors des éditions passées d’Eurogénétique, notamment Délicia, une vache qu’il détient en co-propriété avec le Gaec Wilt, de Dachstein, et Riedill Jeunesse.

La ferme Jaeg est spécialisée dans la production de céréales et de légumes. Doris et Roland Jaeg cultivent 4 ha d’oignons blancs, entre 25 et 30 ha de navets - dont une partie sert à la fabrication des navets salés -, environ 60 ha de maïs et 25 ha de blé. La production de légumes n’est pas nouvelle sur l’exploitation, mais elle s’est développée au fil du temps. Depuis quelques années, le couple cultive aussi de la rhubarbe : ces différentes productions lui permettent de fournir du travail neuf mois sur douze à ses huit salariés. La ferme Jaeg écoule 90 % de sa production auprès de la coopérative Les maraîchers réunis de Sélestat. Pour accompagner son développement, elle a régulièrement investi dans plusieurs bâtiments, dont le dernier a été construit en 2013, et dans deux chaînes de lavage et de conditionnement.

La troisième ferme qui ouvrira ses portes est celle de Jonathan Ludwig. Le jeune éleveur dispose de 420 places en engraissement et 250 places en veau de boucherie. Pour son atelier d’engraissement, il s’approvisionne pour l’instant en veaux de 8 jours de race montbéliarde et en broutards charolais. D’ici deux ans, il pense « tout passer en broutards charolais ». Il achètera alors les animaux à l’âge de 9 mois et les engraissera durant un an. Une bonne partie de ses surfaces - 48 ha de maïs, 11 ha de blé et 33 ha de prairies - sert à nourrir les bovins : la ration des taurillons se compose en effet de maïs ensilage, de tourteau de soja, de son de blé et de foin à volonté. Pour les veaux de boucherie, Jonathan Ludwig travaille en intégration : les veaux et leur nourriture lui sont fournis par l’entreprise hollandaise Denkavit, l’éleveur se chargeant de la pension.

Labour équin et battage à l’ancienne

Le jour du concours de labour, le public pourra circuler d’une ferme à l’autre, voir les animaux et le matériel, discuter avec les agriculteurs, indiquent Damien Gerber et Alexis Losser, président et secrétaire des JA du canton de Marckolsheim. Une trentaine de concurrents sont attendus pour les épreuves de labour, dans les différentes catégories. Des laboureurs avec des tracteurs d’époque participeront à l’animation et une démonstration de battage à l’ancienne est au programme. Le site accueillera également la finale régionale de labour équin, qui a lieu tous les deux ans. Une exposition de matériel agricole est également prévue avec la participation des concessionnaires locaux. Les enfants trouveront leur bonheur grâce à diverses animations (karting, trampoline).

Côté restauration, les JA du canton proposeront de l’échine, accompagnée de salades de pomme de terre, de carotte et de céleri, suivis d’un dessert alsacien et de café. Un bar à lait servira des cocktails et, en soirée, les Jeunes Agriculteurs confectionneront des tartes flambées.

Du 4 au 22 août

La culture s’invite au domaine

Vigne

Publié le 31/07/2018

Composée de comédiens issus du conservatoire d’art dramatique de Strasbourg et de musiciens, la Compagnie des Insupportés a pour ambition de promouvoir l’art vivant et les créations d’aujourd’hui et de faciliter l’accès à la culture en milieu rural. Partant de ce principe, elle organise des représentations dans des cadres inédits, comme des fermes ou des domaines viticoles. Son premier festival de théâtre, « Soirs à pressoirs », est né en 2016 au domaine viticole Borès de Reichsfeld, l’une des membres de la compagnie n’étant autre que Lucie Borès, la fille cadette des vignerons Marie-Claire et Pierre Borès.

Cette année, « Soirs à pressoirs » s’étoffe en proposant 11 représentations dans trois lieux différents : du 4 au 6 août à la brasserie artisanale La Mercière à Cosswiller, du 11 au 13 août à la ferme pédagogique du Luppachhof à Bouxwiller dans le Haut-Rhin, du 18 au 22 août au domaine viticole Borès à Reichsfeld. La compagnie transforme les lieux qu’elle visite en véritables salles de spectacle accueillant à chaque fois entre 40 et 70 personnes. Pour ses membres, le challenge consiste à s’adapter à chaque lieu en conservant l’âme de l’endroit qu’ils investissent et en proposant un partenariat à leurs différents hôtes. Au domaine Borès, par exemple, les représentations se déroulent aussi bien dans les vignes que dans le caveau de dégustation ou le hall de pressurage, et la dégustation des vins du domaine accompagnés de produits locaux est proposée entre chaque pièce.

« Soirs à pressoirs » mêle différents arts vivants - poésie, conte, musique, cabaret - et cherche à valoriser le travail de jeunes artistes, autant pour la création sonore que scénographique, la création lumière, la mise en scène et le jeu. Cette année, la compagnie a sélectionné trois pièces à l’issue d’un concours à destination de jeunes auteurs encore jamais mis en scène : « Sauna », de Maxime Bolassel, « La Première seconde », de Xavier Mussel et « Georges », d’Elsa Gries. Les pièces sont jouées au fil de l’après-midi, à partir de 15 h, la soirée pouvant se prolonger jusqu’à minuit par une rencontre avec les artistes.

 

Jeunes Agriculteurs. Canton d’Alsace Bossue

Une ferme laitière vue de l’intérieur

Vie professionnelle

Publié le 29/07/2018

Les Jeunes Agriculteurs d’Alsace Bossue préparent activement leur concours de labour, qui aura lieu le dimanche 5 août à la ferme Bauer-Reppert, au lieu-dit Hoellenkopf, à Keskastel. Laurence Bauer a accepté d’accueillir la manifestation, avec la ferme volonté - partagée par ses collègues JA - d’en faire une journée de découverte de l’élevage laitier et de ses spécificités. La jeune femme, qui s’est installée en 2010 en association avec ses parents, a été rejointe par son mari, Thierry Reppert en 2015. Tous deux sont désormais à la tête de l’exploitation, depuis le départ à la retraite des parents de Laurence, au 1er janvier 2018.

Le passage de relais entre les deux générations s’est accompagné de plusieurs investissements importants : l’étable des vaches laitières a été rénovée et agrandie en 2011 et un robot de traite a été mis en place en 2015. La surface est restée stable, une centaine d’hectares, mais la production laitière est passée de 360 000 litres avant l’installation de Laurence à 600 000 litres aujourd’hui. Le troupeau se compose de 60 vaches de race holstein et leur suite, soit 130 bovins. La stratégie de Laurence Bauer et de son mari est de produire un maximum de lait avec la ration de base. Ce qui explique que le couple soit « très pointilleux sur la qualité des fourrages. »

Cela passe par la fauche précoce des 32 ha de prairies temporaires destinées à l’alimentation des vaches laitières, les prairies permanentes étant, quant à elles, récoltées en foin car situées sur des parcelles à contraintes (Natura 2000, zone de captage d’eau). C’est le père de Laurence, Pierrot Bauer, qui a commencé à semer des prairies temporaires multi-espèces. Elles sont aujourd’hui complètement intégrées aux rotations. Le choix du mélange d’espèces se fait avec le souci de favoriser la diversité de la flore, pour couvrir les besoins en protéines et en énergie du troupeau laitier.

Le jour du concours de labour, les visiteurs pourront circuler dans les bâtiments et voir comment sont élevés les vaches laitières, les génisses et les veaux. Laurence Bauer et Thierry Reppert ont à cœur de montrer la passion qu’ils vouent à l’élevage et l’importance qu’ils attachent au bien-être de leurs animaux : la surface de l’étable est suffisante pour que toutes les vaches et les génisses aient une place de couchage et une place au cornadis. De plus, le bâtiment est doté d’une longue ouverture permettant aux vaches de profiter du soleil, tandis que des ventilateurs et des brumisateurs rafraîchissent l’atmosphère quand il fait trop chaud. Et si le couple s’est équipé d’un robot de traite en 2015, ce n’est pas pour fuir le contact avec les animaux : « J’adore passer du temps avec les vaches, précise Laurence, mais la traite est un travail dur physiquement et suite à un accident, j’ai préféré être soulagée dans cette tâche. »

Gymkhana et bœuf à la broche

Outre la visite de la ferme, le programme de la journée comprend l’épreuve de labour. Les Jeunes Agriculteurs d’Alsace Bossue et leur président, Éric Geyer, accueilleront les candidats dès 10 h du matin pour les inscriptions et les essais, mais la compétition ne débutera qu’en début d’après-midi. Pour le repas de midi, ils proposeront du bœuf à la broche. Des grillades seront servies toute la journée, des pizzas et des tartes flambées le soir. Pour agrémenter l’après-midi, deux parcours de gymkhana sont prévus : petits et grands devront faire preuve d’agilité en surmontant différents obstacles. Voilà qui promet de grands moments de rigolade !

Jeunes Agriculteurs. Canton de Truchtersheim

Coup de projecteur sur le soja et les cous nus

Vie professionnelle

Publié le 28/07/2018

Située à Gougenheim, la ferme Klein est une ferme de polyculture-élevage, assez typique de celles qu’on trouve dans le Kochersberg. Elle servira de cadre au concours de labour organisé par les Jeunes Agriculteurs du canton de Truchtersheim, dimanche 5 août. Jérôme Klein, 37 ans, y exploite une centaine d’hectares transmis par son père, Bernard Klein, et plus récemment par son oncle, agriculteur à Berstett. En plus du maïs, des betteraves sucrières, du colza et des pommes de table, il cultive 5 ha de soja. Une culture déjà présente sur l’exploitation voici quelques années, mais que la famille Klein avait fini par abandonner en raison de la concurrence des importations de soja nord-américain.

Aujourd’hui, le soja a de nouveau le vent en poupe en Alsace, comme le montre l’évolution récente des surfaces qui y sont consacrées : c’est une alternative intéressante aux grandes cultures traditionnelles - maïs, blé, colza - et ses débouchés vont croissant, en alimentation humaine comme en alimentation animale. Les graines que récolte Jérôme Klein sont livrées aux établissements Armbruster, pour être transformées en boisson au soja par l’entreprise Sojinal, d’Issenheim (Haut-Rhin), qui a récemment augmenté ses capacités de production.

Le public qui viendra à la ferme Klein le 5 août pourra trouver toutes les informations nécessaires sur cette culture et ses débouchés grâce à un chapiteau monté sur place et animé par les organismes collecteurs. Un microniseur et un toaster seront également visibles : ces deux appareils permettent de chauffer les graines de soja pour pouvoir les utiliser en alimentation animale.

Une autre production sera mise à l’honneur ce jour-là à la ferme Klein : celle des poulets label rouge. Le père de Jérôme Klein a été parmi les premiers à se lancer dans cette production voici 30 ans : au premier bâtiment construit en 1988 sont venus s’ajouter d’autres poulaillers au fil des années. La ferme Klein en compte cinq aujourd’hui, répartis sur deux sites. Conformément au cahier des charges des poulets label rouge d’Alsace, les volailles sont élevées durant 84 jours et ont accès, à partir de 6 semaines, à un parcours arboré d’1 ha situé autour du bâtiment.

Dans l’un d’entre eux, l’éleveur a mis en place des poulets cous nus jaunes : cette race est de plus en plus demandée par les consommateurs. En partenariat avec l’association Alsace Volaille, à laquelle adhère Jérôme Klein, et le fabricant d’aliments Lorial-Costal, un stand permettra d’en savoir plus sur les volailles label rouge, notamment sur leurs conditions d’élevage et d’alimentation.

Biergarten et « loto picture »

Le concours de labour proprement dit débutera le matin. « Comme tous les ans, on attend pas mal de participants », indique Guillaume Jung, président des Jeunes Agriculteurs du canton, qui comptent une quarantaine de membres actifs. La présence de Romain Friess, de Rohr, qui a terminé troisième à la finale nationale l’an dernier, promet une compétition relevée. À midi, les JA proposeront des steaks de poulet marinés au paprika, accompagnés de frites et de ratatouille et pour le dessert, des biebeleskas sur coulis de fruits. « Pour la restauration, on ne propose que des produits alsaciens, précise Guillaume Jung. C’est notre fierté. » Le soir, place aux tartes flambées, déclinées en quatre versions différentes.

Comme tous les ans, une exposition de matériel et de machines agricoles est prévue, grâce à la participation des concessionnaires locaux. Le sentier de découverte de la bière, qui avait bien marché l’an dernier, sera remplacé par un biergarten, où l’on pourra déguster des bières brassées avec du houblon alsacien. Les animations seront complétées par un « loto picture », où les participants devront reconnaître les zones photographiées par un drone. Un petit train et un château gonflable sont prévus pour les enfants. La journée s’achèvera par un spectacle, joué par les JA du canton dirigés par Michèle Mehn et Sébastien Hager, et un feu d’artifice sera tiré à la tombée de la nuit.

Chambre d'agriculture Alsace

Orages et coulées de boues : « Agir sur tous les leviers »

Vie professionnelle

Publié le 11/07/2018

De nombreux orages, d’une violence rare, ont eu lieu ces dernières semaines du nord au sud de l’Alsace. Lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture Alsace, Laurent Wendlinger, son président, en a rappelé les conséquences : coulées d’eau boueuse, ravinement, inondations ont provoqué des dégâts sur les cultures et dans les villages. S’y sont ajoutés plusieurs épisodes de grêle. « Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais leur ampleur et leur fréquence sont en augmentation. » Sur la problématique des coulées de boue, « nous avons prouvé que nous sommes prêts à travailler sur la localisation de nos assolements, sur de l’hydraulique douce… Nos équipes « érosion » travaillent sur plus de 40 communes sensibles », rappelle le président de la CAA.

Pour autant, ajoute-t-il, ce travail ne réglera pas tout : « Le sujet est complexe et demande qu’on agisse sur l’ensemble des leviers : l’agriculture certes, mais aussi l’urbanisation, les réseaux d’assainissement, les cours d’eau et parfois, cela passera par la réalisation de bassins de rétention et d’épanchement des crues là où c’est nécessaire. » À ce sujet, Jean-Pierre Mehn regrette que le bassin de rétention de Berstett prévu lors d’un précédent remembrement n’ait jamais vu le jour. Alors qu’un nouveau remembrement de grande ampleur est prévu dans le secteur, il souhaite que la CAA « se donne les moyens » de faire aboutir ce type d’équipement. Denis Ramspacher précise que l’Eurométropole réfléchit à mettre en place des conventions avec les agriculteurs, prévoyant des indemnisations pour des parcelles qui serviraient de réservoir en cas d’inondations (lire notre précédente édition en page 6).

Pour Daniel Starck, de la Confédération paysanne, la solution n’est pas dans des bassins de rétention, mais dans « des sols vivants ». « Les solutions sont agronomiques », insiste-t-il en appelant à une attitude plus volontariste sur le sujet. « Nous n’avons jamais arrêté de travailler sur ce sujet, avec des réponses agronomiques et toujours en partenariat avec les collectivités, sur la base du volontariat des agriculteurs », argumente Christian Schott, tout en soulignant que « l’agriculture n’a pas toutes les solutions ». La Région Grand Est est prête à accorder des moyens pour l’animation et le suivi dans ce dossier, a précisé Patrick Bastian, président de la commission agricole régionale.

Élevage ovin

Agneau Terroir d’Alsace : exemple à suivre

Vie professionnelle

Publié le 10/07/2018

Lancée en 2012, l’association Agneau Terroir d’Alsace regroupe une vingtaine d’éleveurs ovins qui commercialisent leur viande d’agneau localement. La réussite de cette filière se vérifie d’année en année avec l’augmentation du nombre de points de vente commercialisant la marque du même nom. Ils sont une cinquantaine à l’heure actuelle. Stéphane Huchot, président de l’association, et Jean-Pierre Saulet-Moes, animateur, ont présenté la filière à un groupe d’éleveurs belges et leurs techniciens, le 21 juin dernier.

Seul associé d’une EARL, Stéphane Huchot élève 1 400 brebis avec l’aide d’un salarié à mi-temps et le soutien de sa famille. Il exploite 230 ha, essentiellement des prairies naturelles auxquelles s’ajoutent une trentaine d’hectares labourables. Il cultive 10 hectares de luzerne, ainsi que 20 ha d’orge d’hiver et de triticale qui sont autoconsommés. S’il est autosuffisant en foin, il achète de la paille à l’extérieur. Pour faire pâturer ses brebis, il circule sur sept communes, la plus éloignée étant située à une quinzaine de kilomètres de Preuschdorf. Les brebis sont conduites en lots, de manière à ce qu’il y ait trois périodes d’agnelage dans l’année : en décembre-janvier, au printemps et en septembre-octobre.

À la ferme Huchot, le groupe s’est d’abord intéressé aux races élevées sur l’exploitation, aux poids, aux conformations recherchées. Le choix des races résulte de l’adaptation à la demande des clients, a expliqué Jean-Pierre Saulet-Moes : « Au départ, on avait de gros troupeaux de mérinos. Mais l’adaptation s’est faite toute seule en fonction des souhaits des bouchers », explique l’animateur aux éleveurs wallons. Les membres d’Agneau Terroir d’Alsace ne cherchent pas à avoir une conformation hors du commun - « un beau R suffit » - mais ils s’orientent vers des agneaux plus lourds que par le passé.

En croisant les brebis avec du charollais ou du rouge de l’ouest, il est possible d’obtenir des agneaux plus lourds sans faire de gras, ce qui est l’objectif recherché par les éleveurs et leurs clients. La question du classement, qui était prépondérante lorsque les éleveurs ovins écoulaient leurs agneaux auprès de la coopérative, est devenue accessoire. « Les habitudes changent », indique Jean-Pierre Saulet-Moes, pourvu que le boucher ait envie d’innover… En proposant à sa clientèle le gigot en tranches ou en brochettes au lieu de le commercialiser entier par exemple.

« On se parle et ça fonctionne »

L’adéquation de l’offre à la demande du client final est essentielle : « Dans notre association, il y a une communication directe entre l’éleveur et le boucher, souligne Stéphane Huchot. On se parle et ça fonctionne. Nous sommes demandeurs de ce lien car, contrairement au boucher, nous ne voyons pas la carcasse. S’il y a un problème, nous voulons en être avertis ». Jean-Pierre Saulet-Moes confirme : « Les éleveurs sont très réactifs ». Cette relation de confiance peut se construire d’autant plus facilement que « le prix est fixé en début d’année et après, on n’en rediscute plus ».

Ce prix, 6,60 € le kg actuellement, est le même pour tous les éleveurs. Chaque membre de l’association livre ses agneaux à l’abattoir, mais c’est le boucher qui les fait tuer, ont expliqué Stéphane Huchot et Jean-Pierre Saulet-Moes. Un partenariat a été noué avec l’abattoir de Haguenau, qui passe environ 120 agneaux par semaine. L’intégration de nouveaux éleveurs se fait au fur et à mesure de l’augmentation du nombre des points de vente. « On n’a jamais refusé personne, mais au début, on ne prend pas la totalité des agneaux, il faut laisser le temps aux nouveaux candidats de trouver les adaptations. »

Deux bêtes pour commencer

À ce jour, les agneaux de la ferme Huchot sont commercialisés dans sept points de vente, dont deux GMS. Ce réseau de vente ne s’est pas construit en un jour. À ses hôtes wallons, Stéphane Huchot a raconté comment, suite à son installation en 1998, il avait pris son bâton de pèlerin pour démarcher lui-même des boucheries du secteur. « Au début, ils m’ont pris à la rigolade, ils avaient tous des contrats pour de l’agneau du Limousin ». Recontacté par un boucher, il lui livre ses premiers agneaux : deux bêtes pour commencer. Avec le bouche-à-oreille et l’attrait pour les produits locaux, son débouché prend de l’ampleur et des collègues se lancent à leur tour. Stéphane Huchot comprend qu’il va falloir organiser la filière, pour éviter la concurrence entre les éleveurs, et communiquer auprès des consommateurs. La mécanique est lancée.

Même si une grande part de débrouille a été nécessaire au début, les éleveurs adhérents d’Agneau Terroir d’Alsace sont maintenant bien rodés. La rencontre, l’après-midi, avec Charles Balzer, boucher à Vendenheim, a permis au groupe de vérifier l’entente entre les différents maillons de la filière : les efforts de qualité fournis par les éleveurs l’ont convaincu de s’approvisionner en viande ovine alsacienne, alors qu’il y était réticent au départ. Et comme chez la plupart de ses collègues bouchers, cette source d’approvisionnement locale a fait progresser ses ventes.

La commission nationale emploi de la FNSEA réunie en Alsace

Emploi agricole : les sujets sur la table

Vie professionnelle

Publié le 06/07/2018

La commission nationale emploi (CNE) de la FNSEA a été mise en place pour représenter les employeurs de la production agricole élargie. Elle se compose d’une soixantaine de membres qui se réunissent 8 à 9 fois par an, dont une fois en réunion décentralisée. Cette année, c’est à Strasbourg qu’a eu lieu cette réunion décentralisée les 28 et 29 juin derniers. Le premier après-midi, les membres de la CNE et de la CRE Grand Est, son équivalent au plan régional, se sont réunis au Parlement européen de Strasbourg, où ils ont pu rencontrer la député européenne Anne Sander. Le lendemain, ils se retrouvaient à la Chambre d’agriculture d'Alsace, à Schiltigheim, pour continuer leurs travaux.

La CNE travaille sur de nombreux sujets liés à l’emploi en agriculture. Elle porte les propositions de la production agricole face aux organisations syndicales, elle accompagne et défend les employeurs agricoles grâce à ses différents services, notamment juridique, et œuvre pour faire changer le cadre réglementaire afin qu’il soit applicable aux très petites entreprises que sont les exploitations agricoles, explique Jérôme Volle, son président. L’emploi agricole au sens strict, ce sont 235 000 permanents et 850 000 emplois saisonniers. Si l’on y ajoute les entreprises du paysage, les Cuma, les entreprises du territoire, la forêt privée, les secteurs du lin et du bois (ce que l’on désigne par la production agricole « élargie »), l’on monte à 315 000 salariés permanents et 1,2 million de contrats saisonniers.

Coût du travail : une priorité

Le coût du travail est l’un des grands dossiers sur lesquels planche la CNE. Il était aussi au cœur des manifestations du mois de juin durant lesquelles les adhérents de la FNSEA et des JA, qui réclamaient la fin des distorsions de concurrence, ont bloqué les dépôts pétroliers dans plusieurs villes de France. Le retrait du CICE à compter de 2019 et la baisse des exonérations sur les travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi vont alourdir le coût du travail en agriculture, estime la CNE. « Si on perd ces exonérations, alors que tous les rapports montrent que le coût du travail saisonnier en France est déjà supérieur aux autres pays européens, on va encore perdre en compétitivité par rapport à nos concurrents », explique Jérôme Volle. Ces différentes mesures risquent de peser lourd sur les secteurs qui emploient beaucoup de main-d’œuvre saisonnière, comme la production de fruits et légumes, la CNE n’excluant pas un risque de délocalisation des productions.

La réouverture des discussions à ce sujet au mois de juillet, promise par le ministre de l’Agriculture suite aux manifestations de juin, est un pas dans la bonne direction. Néanmoins, la CNE estime que « la nouvelle exonération ne sera jamais aussi avantageuse » que celles qui précédaient. « On veut un système spécifique pour les travailleurs occasionnels, un mécanisme qui sauve la compétitivité des entreprises », insiste Jérôme Volle.

Deuxième dossier, le travail sur la nouvelle convention collective nationale. L’agriculture est un secteur où, jusqu’à présent, s’appliquaient 141 conventions collectives territoriales et trois conventions collectives nationales. La loi El-Khomri oblige à faire une convention collective nationale unique, assortie d’annexes permettant une prise en compte des spécificités territoriales. « La FNSEA se serait de toute manière attelée à ce chantier car il y a un besoin de structuration au niveau national, mais on ne peut pas tout cadrer à ce niveau-là, il faut qu’il reste quelque chose aux territoires, qui sont source d’innovation », indique le président de la CNE. Le mode de rémunération de certains travaux à la tâche (la cueillette des cerises par exemple) pourrait relever de ces annexes, gérées par les territoires.

Au secours du Fafsea

La réforme de la formation professionnelle est le troisième sujet important sur lequel travaille la CNE. Celle-ci craint un affaiblissement du Fafsea et donc une baisse de l’accompagnement des salariés agricoles. Or, ce fonds a fait la preuve de sa réactivité et de sa souplesse, qui lui permettent d’agir très rapidement dans les territoires, souligne Jérôme Volle. « Nous voulons garder un OPCA (organisme paritaire collecteur agréé) avec des moyens d’accompagnement suffisants. Pour l’instant, nous sommes sur un outil très mutualisé avec une prise en charge et un coût moyen uniques. Nous tenons à garder une équité entre les entreprises sur tout le territoire et à agir au service des très petites entreprises, où le déficit de formation est le plus fort », indique le président de la CNE. La commission s’efforce d’y sensibiliser le gouvernement, le rapporteur du projet de loi, ainsi que les membres de la commission sociale de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Dernier chantier : l’Europe. La CNE réclame la convergence sociale au sein de l’Union européenne en matière de normes, de salaire minimum et de cotisations sociales. À 11 mois des élections européennes, elle s’en est ouverte à Anne Sander, députée européenne. La définition d’un salaire minimum n’est pas du ressort de l’Union européenne, a expliqué la députée. Mais elle peut initier une dynamique favorable aux travailleurs, comme elle l’a fait en révisant la directive sur les travailleurs détachés. Adoptée lors de la session plénière du mois de mai, cette révision entérine le principe « À travail égal, salaire égal sur le même lieu de travail », ce qui constitue, selon Anne Sander, un moyen de lutter efficacement contre le dumping social que dénonce le secteur agricole. La CNE s’est déclarée par ailleurs ouverte à l’accueil et à l’emploi de migrants légaux, à l’heure où l’Europe est confrontée à une crise migratoire sans précédent.

Parallèlement aux dossiers « chauds », la CNE continue à travailler sur l’attractivité des métiers de l’agriculture : elle a ainsi contribué à améliorer la prévoyance santé des salariés agricoles, leur logement et grâce à la Carte Campagne, elle offre les avantages d’un comité d’entreprise aux 315 000 salariés permanents travaillant dans ce secteur, sous la forme d’une participation aux activités de loisir. En partenariat avec l’Anefa, elle promeut les métiers de l’agriculture sur les salons et dans les carrefours formation.

Tour des fermes 2018

L’agriculture pour tous les goûts

Vie professionnelle

Publié le 04/07/2018

Environ 1 500 personnes à la ferme Clauss, à La Wantzenau, 2 000 au Jardin de Marthe à la Robertsau : l’édition 2018 du Tour des fermes a rassemblé de nombreux citadins. Trois circuits leur étaient proposés, réalisables à pied ou à vélo. Des champs de moutarde aux parcelles de maïs semences de La Wantzenau, des serres maraîchères au pâturage de la digue de la Robertsau, du magasin de vente de produits locaux de la ferme Clauss au verger pédagogique de la rue Mélanie… Le programme de la journée incluait visite de fermes, marché de producteurs, dégustation de moutarde, restauration, animations pour les enfants et concert des Chats Potés…

Faire voir l’agriculture, faire comprendre les pratiques et les enjeux agricoles d’aujourd’hui, susciter des échanges entre agriculteurs et consommateurs potentiels de produits locaux : telle était l’ambition de cette manifestation conviviale et pédagogique, inaugurée en fin de matinée par Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg, Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg en charge de la politique agricole et des circuits courts, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture d’Alsace, Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, et Julien Scharsch, président de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba).

À la ferme bio Hornecker-Jardin de Marthe, Robert Herrmann et Françoise Buffet ont insisté sur l’importance du partenariat qui les lie au monde agricole depuis neuf ans. Ce partenariat se déploie dans quatre directions : la préservation des espaces et des entreprises agricoles, le développement d’une agriculture durable, le soutien aux circuits courts et de proximité et le rapprochement entre les agriculteurs et les citadins. Les élus ont aussi évoqué un sujet d’actualité : les inondations et les coulées d’eau boueuse provoquées par les orages, qui ont touché plusieurs communes proches de Strasbourg. La gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations étant désormais du ressort de l’Eurométropole, Robert Herrmann a fait part de la nécessité, pour la collectivité, de tenir compte des risques d’inondation dans ses politiques en y associant les agriculteurs.

Chambre d’agriculture d’Alsace

Compétitivité des exploitations : une motion votée

Vie professionnelle

Publié le 27/06/2018

Les prochaines élections aux Chambres d’agriculture auront lieu dans un peu plus de six mois. Lundi dernier, pour l’avant-dernière session, l’heure était au bilan de la mandature. Sous forme d’une vidéo de 20 minutes, les élus ont rendu compte des chantiers entrepris depuis 2013. La mandature qui s’achève a été marquée par la fusion en une seule entité de la Chambre régionale d’agriculture et des deux Chambres départementales. Cette fusion, que le président Laurent Wendlinger qualifie de « réussite technique », s’est accompagnée d’une « optimisation des moyens » et d'« une montée en compétences des équipes », qui se sont restructurées à cette occasion. André Jacob, directeur de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), en tire lui aussi un bilan amplement positif, s’agissant d’« un projet largement partagé par les 180 collaborateurs ».

Les services de la CAA ont contribué à la rénovation du parcours à l’installation des jeunes agriculteurs, monté plus de 7 000 journées de formation stagiaires, instruit 100 à 150 dossiers par an dans le cadre du Plan bâtiments. Ils sont venus en aide aux agriculteurs en difficulté, via la cellule Réagir et ont fourni un appui technique aux différentes filières de production : céréales, vigne, fruits et légumes, élevage, agriculture biologique. Ils ont expérimenté des itinéraires de production, des techniques innovantes, des outils pour réduire l’impact de l’agriculture sur les milieux. Les salariés de la CAA ont aussi accompagné la création de réseaux d’agriculteurs, la réalisation de projets de méthanisation ou de magasins de vente directe, contribué au regroupement foncier en forêt et au dynamisme de l’agriculture de montagne. Enfin, ils ont défendu l’agriculture auprès des collectivités, notamment lors des grands projets d’urbanisme ou d’infrastructure.

« Du jamais vu »

« 2018 sera, à n’en pas douter, encore une année compliquée pour l’agriculture française et les agriculteurs, prévoit Laurent Wendlinger. La conjoncture tarde à s’améliorer avec des prix qui restent bas, voire très bas. Nous ne bénéficions pas, comme d’autres secteurs économiques, de la reprise de la croissance. » Le président de la CAA fait le constat d’« une compétitivité en panne » et s’inquiète des premières discussions sur la future Pac. Une baisse de 5 % en euros courants du budget de la Pac actuelle est à l’ordre du jour, soit près de 20 % en euros constants. « C’est du jamais vu ! L’agriculture française et européenne a besoin d’ambition, d’une vraie reconnaissance, d’un nouveau souffle pour faire face aux défis alimentaires, aux défis de la transition énergétique, aux défis environnementaux. Nous avons besoin d’une Europe qui protège dans un contexte de mondialisation de plus en plus agressive. Nous avons besoin d’une Europe rassemblée avec des valeurs communes, qui défend son agriculture, son économie et son modèle social. »

Laurent Wendlinger dénonce la concurrence déloyale que subissent les agriculteurs qui voient leurs produits mis en concurrence avec des produits ne respectant pas les exigences françaises. « Cette concurrence déloyale est très pénalisante pour les producteurs européens, et français en particulier, qui respectent des normes environnementales, sociales et sociétales beaucoup plus contraignantes. » Même à l’intérieur de l’Europe, tous les producteurs ne sont pas logés à la même enseigne, puisque les coûts de main-d’œuvre diffèrent d’un pays à l’autre, regrette le président de la CAA en réclamant que la suppression du CICE pour les travailleurs occasionnels soit compensée.

Avancer sans dogmatisme

Sur la loi Agriculture et Alimentation, qui fait suite aux États généraux de l’alimentation, le président de la CAA espère qu’elle va se traduire par une meilleure rémunération des producteurs et la prise en compte de leurs coûts de production. « Nous serons particulièrement vigilants sur ce point », promet-il. S’agissant de la commercialisation des produits phytosanitaires, il met en garde contre les risques d’impasse technique ou économique qui pourraient naître de cette loi. « En ce qui concerne la séparation du conseil et de la vente de ces produits, nous pensons qu’il est utile d’avancer sur cette question sans dogmatisme et que les Chambres d’agriculture sont prêtes à prendre leur part dans le débat. »

Quelques-unes de ces réflexions ont été reprises dans une motion « relative à la conjoncture agricole et à la compétitivité des exploitations agricoles », votée à l’unanimité moins une abstention, à l’issue du débat fourni qui a suivi l’intervention de Laurent Wendlinger. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a rappelé le mouvement de mobilisation organisé autour des dépôts pétroliers quinze jours plus tôt. Un mouvement dont la revendication principale était justement de mettre fin aux distorsions de concurrence auxquels font face les agriculteurs français. Fabien Metz a témoigné des efforts entrepris par la profession pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates et les produits phytosanitaires. En particulier de l’engagement de la CAA pour soutenir les pratiques innovantes, via le contrat de solutions territorial. Dans ce contexte, il trouve « très choquant » la mise en place de ZSCE (zones soumises à contraintes environnementales).

Véronique Klein a plaidé pour le maintien des crédits du Plan Ambition Bio. « L’agriculture biologique et d’autres systèmes innovants vont trouver des solutions pour l’environnement et la protection des eaux, ce n’est pas le moment d’acter une baisse de moyens », a-t-elle réagi en mettant en avant l’augmentation du nombre des conversions en agriculture biologique (plus de 80 en 2017). Jean-Michel Schaeffer a attiré l’attention sur les limites des États généraux de l’alimentation pour la filière avicole : la question des charges n’a pas été assez abordée, juge-t-il, ce qui est pénalisant pour une production confrontée au marché mondial. De plus, la filière avicole attend beaucoup du grand plan d’investissement annoncé par le gouvernement, a-t-il indiqué.

Critique sur les doléances exprimées, Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, a appelé à « une agriculture intelligente, innovante, permettant à l’agriculteur de vivre de son métier ». Michel Debes demande que la Chambre d’agriculture s’investisse sur le dossier de l’autonomie protéique, afin d’encourager la production locale de protéines. Un séminaire sur le sujet est prévu fin octobre, a confirmé Laurent Wendlinger. De nombreux agriculteurs se sont lancés dans la production d’énergies renouvelables : Gérard Lorber a émis le vœu que l’État continue à les soutenir.

Claire Dutter a dénoncé l’installation de caravanes de gens du voyage sur une prairie d’Epfig. Quand Jean-Luc Andres s’est alarmé du revirement des chasseurs dans les négociations pour le prochain schéma départemental de gestion cynégétique.

Une vraie politique de montagne

Patrick Bastian, président de la commission agricole de la Région Grand Est, a salué le travail réalisé durant la mandature. Il a également confié que la Région essaie « de remettre en route une vraie politique de montagne » avec les trois départements concernés. Trois axes seront concernés : les bâtiments d’élevage, la transformation- commercialisation et les fermes-auberges. Un travail est également en cours dans le domaine viticole.

Yves Seguy, secrétaire général de la préfecture, a donné les grandes orientations défendues par le gouvernement pour la Pac d’après 2020. La France veut « une Pac simplifiée, qui protège, qui accompagne la transformation d’une agriculture à l’ambition environnementale renforcée ». Concernant les retards de paiement de la Pac actuelle, l’engagement du ministre de l’Agriculture est que d’ici la fin de l’année, tout ce qui est dû au titre de 2016-2017 soit réglé. Sur la loi Agriculture et Alimentation, actuellement en discussion au Sénat, « on s’oriente vers une prise en compte des coûts de production par contractualisation », indique Yves Seguy, toute la difficulté étant de se mettre d’accord sur des indicateurs et des règles de calcul partagés.

Sur le plan régional, un certain nombre de défis restent à relever. Le secrétaire général de la préfecture cite l’exemple de l’innovation et de la qualité de l’eau. S’agissant de l’installation des gens du voyage, il indique que le schéma départemental d’accueil est en train d’être revu et qu’une aire est en voie de réalisation à Drusenheim. Tout est fait, assure-t-il, pour éviter l’installation sur les prairies non-récoltées.

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