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Florence Péry

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Une nouvelle association regroupant les médaillés du Mérite agricole

Ils ont du mérite !

Vie professionnelle

Publié le 19/10/2018

La section bas-rhinoise de l’Amoma (association des membres du Mérite agricole) a été créée le 11 octobre dernier, lors d’une assemblée générale constitutive organisée à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Cette association, qui regroupe les personnes nommées ou promues dans cet Ordre, a des sections dans presque tous les départements français. Mais jusqu’alors, elle n’en avait pas dans le Bas-Rhin. Soucieuse de trouver un interlocuteur pour discuter de l’octroi des futures médailles, la préfecture a relancé la profession, a expliqué Jean-Marie Sander. D’où la création de la section bas-rhinoise, ouverte à toutes celles et ceux qui sont déjà titulaires de cette distinction, quel que soit leur grade (chevalier, officier ou commandeur).

Mais justement, qui sont-ils, ces titulaires ? Des agricultrices et des agriculteurs, bien sûr, mais aussi des représentants de l’agroalimentaire, de la transformation, de l’horticulture, du maraîchage, de la viticulture, du machinisme agricole, des salariés du mutualisme et de la coopération… La liste n’est pas exhaustive. Du reste, il n’existe pas de véritable listing des lauréats de cette distinction, la préfecture du Bas-Rhin ne disposant que de « bouts de liste », pas forcément à jour. L’une des tâches de l’association consistera donc à recenser les lauréats encore vivants. Jean-Marie Sander, élu président à l’issue de la réunion, prévoit de réunir les membres de l’Amoma 67 une fois par an, pour une conférence liée à un sujet d’actualité. Cette réunion permettra de maintenir les liens entre les lauréats.

Pas de galvaudage

La section bas-rhinoise de l’Amoma donnera son avis à la préfecture pour les nouvelles nominations ou promotions dans l’Ordre du Mérite agricole, l’objectif étant de veiller à ce que cette distinction plus que centenaire « ne soit pas galvaudée ». Eugène Schaeffer, qui siège au conseil de l’Ordre du Mérite agricole depuis quelques années, a donné des précisions sur le processus d’attribution : ce sont les préfectures qui font remonter les propositions au ministère de l’Agriculture, lequel décide - ou non - d’attribuer les grades de chevalier et d’officier après avis du conseil de l’Ordre. Pour le grade de commandeur, « c’est le conseil de l’Ordre qui décide ». Celui-ci est composé de 18 membres, dont seulement deux professionnels.

Jusqu’alors, le « quota » national était de 2 400 chevaliers, 600 officiers et 60 commandeurs par an. Comme ce quota n’est pas atteint depuis quelques années, le président de la République a décidé d’en diviser le nombre par deux. Cette réduction du nombre des distinctions s’applique dans les mêmes proportions pour l’Ordre national du Mérite et pour la Légion d’honneur.

Eugène Schaeffer constate que les jeunes générations ont « beaucoup moins le souci des décorations que leurs aînés ». Il n’existe pas de quota par sexe, mais une attention particulière est portée à la nomination de femmes, qui représentent à l’heure actuelle 25 à 30 % des récipiendaires. Par ailleurs, les critères d’âge ont été assouplis.

Pour adhérer à la section bas-rhinoise de l’Amoma, une cotisation annuelle de 20 € sera demandée. Philippe Wolff, trésorier, sollicite d’ores et déjà les futurs adhérents pour qu’ils contribuent, par leurs souvenirs, à l’écriture d’un ouvrage sur le développement agricole de ces 50 dernières années. Il suffit de se mettre en rapport avec lui ou avec Alphonse Baehl.

Fendt et Lemken

Serma : démonstration d’automne

Technique

Publié le 18/10/2018

Pour sa traditionnelle démonstration d’automne, qui a eu lieu dimanche 14 octobre, la Serma a bénéficié d’une météo vraiment estivale : près de 26 °C, une température exceptionnelle qui a alimenté les conversations des agriculteurs venus nombreux assister à la présentation et aux démonstrations de matériels des marques Fendt et Lemken, dont Serma est concessionnaire.

Pour Freddy Jung, directeur commercial de Serma, cette « journée aux champs » reste un moment de convivialité privilégié pour rencontrer les clients, d’autant que cette année, les travaux dans les champs se sont achevés particulièrement tôt. Quelles méthodes de travail adopter en période de sécheresse prolongée ? Avec quels matériels ? Quand va-t-on pouvoir semer les céréales d’hiver et dans quelles conditions ? Ces questions étaient au cœur des échanges ce jour-là, au bord des parcelles ou autour de la buvette, tenue par les Jeunes Agriculteurs du canton de Haguenau.

Fendt : et maintenant, la fenaison

Serma présentait toute la gamme des tracteurs Fendt Vario, du petit fruitier à la série 1 000, la plus puissante. Mais aussi la presse à balles rondes et l’autochargeuse Fendt qui se sont ajoutées au catalogue de la marque en cours d’année 2018. En effet, le groupe Agco a acquis les activités fourrages de la marque Lely il y a près d’un an, ce qui permet à Fendt de commercialiser sous ses propres couleurs du matériel de fenaison. Ce rachat s’inscrit dans la tendance qui consiste, pour les constructeurs, à rechercher des gammes longues. Serma, qui a formé son personnel à ces nouveaux matériels pour pouvoir assurer le service après-vente, avait déjà eu l’occasion de les présenter lors d’une journée de démonstration organisée à titre privé.

Si les presses à balles rondes font partie du parc de matériel habituel chez les éleveurs de la région, les autochargeuses trouvent un regain d’intérêt avec le développement des unités de méthanisation. « C’est l’outil idéal pour récupérer les cannes de maïs destinées aux méthaniseurs », souligne Freddy Jung.

Partenaire de cette journée, la marque Lemken était représentée par son inspecteur commercial, Nicolas Soehnlen. Pour cette journée, alliant présentation en statique et démonstration sur le terrain, deux groupes de produits ont été mis en avant, les charrues et les déchaumeurs à disques. Du côté des charrues, Lemken présentait une monoroue 8 corps, la Diamant 16, et deux modèles portés, les Juwel 7 et 8. Pour les déchaumeurs à disques, trois modèles étaient en démonstration : l’Héliodor 9 avec des disques de petite dimension (510 mm de diamètre) et les modèles Rubin 9 et Rubin 12, ayant des disques de respectivement 520 mm et 736 mm de diamètre. Plus particulièrement destiné au travail simplifié avec de gros résidus végétaux de maïs, le Rubin 12 constituait l’attraction de la journée. Il permet de travailler de façon intensive sur 20 cm de profondeur et 5 m de large. Pour Nicolas Soehnlen, malgré un sol sec et dur, les outils en démonstration ont fait la preuve de leur efficacité à bien mélanger terre et résidus végétaux. Un combiné de semis Lemken, le vibroculteur Korund, bien connu en Alsace, et le pulvérisateur porté Sirius étaient également en présentation.

Réserve nationale de La Petite Pierre

Réforme de la chasse : l’exemple alsacien

Pratique

Publié le 11/10/2018

Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, a fait étape à la réserve nationale de chasse et de faune sauvage de La Petite Pierre mercredi 3 octobre. En route pour Fessenheim, où il était attendu le lendemain, il a profité de son déplacement alsacien pour voir de plus près le modèle alsacien de la chasse et de la régulation du gibier, qu’il considère comme « exemplaire ». Le secrétaire d’État, qui prépare la réforme de la chasse, se dit inspiré par l’« approche partenariale » qui prévaut entre les différents acteurs concernés et par « la préfiguration de la gestion adaptative des espèces », qu’il compte étendre aux différentes espèces pouvant être chassées sur le territoire français.

Il a été accueilli par les maires des trois communes sur lesquelles s’étend la réserve (Dossenheim-sur-Zinsel, Neuwiller-lès-Saverne et La Petite Pierre), par le président du Parc naturel régional des Vosges du Nord et président de la Fédération nationale des parcs naturels régionaux, Michaël Weber, par les représentants de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), de l’Office national des forêts (ONF), de la forêt privée et des chasseurs du Grand Est. Avant de recueillir les témoignages des uns et des autres, Sébastien Lecornu a rappelé les grandes lignes de la réforme de la chasse : la baisse du tarif du permis de chasse - de 400 € à 200 € - n’en représente qu’un des aspects, a-t-il précisé, même si c’est aussi le plus médiatisé. Elle ouvre aussi la voie à de nouvelles méthodes de régulation des espèces et signe le retour d’une police de la nature, de la chasse et de la pêche. Celle-ci prendra la forme d’un nouvel établissement public, ayant à la fois des missions de police et de production de connaissances sur les milieux, indique Sébastien Lecornu. Le secrétaire d’État souhaite associer dans la gouvernance de ce nouvel établissement des partenaires aussi divers que des élus locaux, des associations de protection de la nature, des représentants du monde agricole et forestier, des chasseurs, des pêcheurs, mais au final, c’est bel et bien l’État qui sera majoritaire.

Dégâts de gibier : « Toutes les réflexions sont permises »

Si les grandes lignes de la réforme sont arrêtées, deux sujets sensibles restent sur la table : les dégâts de gibier, pour lesquels Sébastien Lecornu prévoit d’« autoriser toutes les réflexions possibles » et le financement de l’indemnisation des dégâts. La Réserve nationale de chasse et de faune sauvage (RNCFS) de La Petite Pierre est concernée par les dégâts de gibier (lire aussi en page 13 de notre n° 36 du 7 septembre 2018). Elle pratique « la gestion adaptative sur les ongulés, en lien avec l’ONCFS », indique Benoît Cuillier, délégué de l’ONF pour le Bas-Rhin. Ce mode de gestion a pour but d’adapter aux capacités d’accueil du milieu le nombre des grands cervidés, qui a explosé suite à la tempête Lothar de 1999. Les cerfs et les chevreuils en surnombre provoquent d’importants dégâts sur les jeunes plants - les traces d’écorçage et d’abroutissement sont visibles partout dans la réserve - ce qui compromet la régénération forestière. Quant aux sangliers, qui constituent « un atout à des densités raisonnables », ils ont tellement proliféré qu’ils ne laissent subsister ni faines ni glands, qu’ils stérilisent les sols et portent atteinte à la biodiversité, en particulier aux oiseaux nicheurs.

Face à cette problématique, il a été décidé d’augmenter de 30 % les objectifs de prélèvement des grands cervidés pour baisser leur population de moitié en cinq ans. Pour adapter le niveau des tirs, l’ONCFS se base sur des indicateurs de changement écologique (ICE), qui sont une synthèse de trois indicateurs distincts, a expliqué Sonia Saïd, chargée de recherche à l’ONCFS. Ces indicateurs, validés scientifiquement et reconnus au niveau international, sont au point pour les grands cervidés, mais pas encore pour les sangliers : pour ceux-ci, les chercheurs s’en tiennent au lien entre glandées et reproduction des suidés, une forte glandée étant généralement synonyme de fort taux de reproduction. Compte tenu du niveau de population actuel, le tir de sangliers est autorisé toute l’année dans la réserve. Parallèlement aux tirs, l’ONCFS continue à travailler sur la connaissance des animaux en les équipant de colliers GPS et d’autres dispositifs, pour suivre leurs déplacements, leurs habitudes de vie, leurs éventuels problèmes sanitaires.

Des fondements scientifiques solides

La gestion adaptative des espèces existe en dehors de la RNCFS de La Petite Pierre et sur d’autres espèces. Elle est déjà utilisée en Amérique du Nord pour les oiseaux d’eau, indique Matthieu Guillemain, ingénieur spécialisé dans l’avifaune migratrice à l’ONCFS, précisant qu’elle a permis d’enrayer le déclin de ces populations d’oiseaux. Chez les espèces migratoires en difficulté, elle contribuerait à sortir des controverses habituelles en permettant aux politiques de prendre des décisions de gestion des espèces sur la base de « fondements scientifiques solides ». Pour Matthieu Guillemain, qui s’appuie sur l’exemple du fuligule milouin, une espèce de canard plongeur classée vulnérable, la gestion adaptative à la française, c’est « une approche participative », qui prend en compte les attentes de la société, « avec l’apport des scientifiques ». Elle inaugure ce que Sébastien Lecornu n’hésite pas à comparer à un « variateur de lumière » là où n’existait jusqu’alors qu’« un interrupteur on/off ».

La réussite de ce nouveau mode de gestion dépendra de la qualité et de la fiabilité des informations remontées par les chasseurs. Sur cette question, Jacky Desbrosse, président de la Fédération des chasseurs du Grand Est, et Pierre et Gérard Lang, présidents de la Fédération des chasseurs de Moselle et du Bas-Rhin, se sont voulu rassurants. Le maillage est là et les outils actuels permettent des remontées très rapides, ont-ils assuré, ajoutant que les chasseurs joueront le jeu de la gestion adaptative de la faune.

Droit local : pas d’inquiétude

Sur le financement des dégâts de gibier, Pierre Lang a plaidé pour que le système en place en Alsace-Moselle, qui est alimenté par trois sources différentes, soit maintenu. « Nous avons un organisme indépendant qui paie les indemnisations. Cela permet de faire payer tous les chasseurs et pas seulement les adjudicataires. Ce système fonctionne bien, laissez-le nous. » Il n’y a pas d’inquiétude à avoir concernant le droit local, a répondu le secrétaire d’État, qui se dit partisan de « ne pas toucher à ce qui marche ». Le président de la Fédération des chasseurs de Moselle a également réclamé le maintien de l’agrainage, en quantités limitées et dans le but d’améliorer l’efficacité du tir. Laurent Fischer, responsable du dossier chasse à la FDSEA du Bas-Rhin, s’est dit favorable à cette pratique « uniquement quand elle protège les cultures. Dans les autres cas, il faut l’interdire ».

Distinction

Manou Heitzmann-Massenez, « l’universelle »

Vie professionnelle

Publié le 02/10/2018

« Universelle » : c’est ainsi que Stéphane Bouillon, actuel préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes et ancien préfet de la région Alsace, décrivait Manou Heitzmann-Massenez, avant de lui remettre les insignes d’officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, samedi 15 septembre à Saint-Martin, commune de la vallée de Villé. Car si la récipiendaire est indubitablement alsacienne, il y a chez elle un peu de Marseille, de Lyon, de Paris, de la Corse et du Nord, estime le représentant de l’État, qui associe à chacune de ces régions - qu’il connaît bien pour y avoir été en poste - les qualités propres à Manou Heitzmann-Massenez : sa personnalité chaleureuse, sa vision stratégique de chef d’entreprise et de présidente de l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria), sa facilité à nouer des contacts et à batailler pour défendre ses productions et celles de l’Alsace, son sens de la famille, sa ténacité et son goût de l’effort. Ce qualificatif d’universelle tient aussi à sa propension à parcourir le monde.

Manou Heitzmann-Massenez incarne la quatrième génération d’une lignée de distillateurs. Elle a intégré l’entreprise familiale, la distillerie Massenez, en 1983. « Vous auriez pu faire une carrière plus classique, moins internationale, a commenté Stéphane Bouillon, mais vous avez vite compris que ne pas progresser, c’est reculer et qu’il faut être en avance sur son temps. » Directrice commerciale de l’entreprise (aujourd’hui dans le giron de la maison Peureux), elle l’oriente de plus en plus à l’international. Pour promouvoir le savoir-faire et les produits Massenez, elle dispense des formations en eaux-de-vie dans les établissements hôteliers en France et à l’étranger. C’est ainsi que 88 % de la production de l’entreprise familiale est vendue à l’export, alors qu’elle ne bénéficie pas d’une AOC. Devenue directrice générale, elle mise sur l’innovation : la distillerie Massenez investit dans le procédé de « déméthanolisation », qui permet de retirer le méthanol des eaux-de-vie sans perdre en arômes, et ce faisant, de s’affranchir de certaines barrières non-tarifaires à l’export. C’est sous son impulsion aussi que sont noués des partenariats permettant de développer les ventes d’eaux-de-vie sur les marchés étrangers : pour l’élaboration de pâtisseries en Asie, celle de cocktails aux États-Unis notamment.

« Des ingrédients pas toujours raccords »

En 1997, Manou Heitzmann-Massenez est nommée conseillère du Commerce extérieur de la France. Cette nomination lui permet de s’impliquer dans la promotion des produits français à l’étranger, produits auxquels elle voue une véritable passion. Elle s’implique également à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), devient présidente de la commission des échanges internationaux à la Maison du commerce international de Strasbourg, membre du jury des trophées de l’export. Elle prend la tête de l’Aria en 2006 où elle monte « une sacrée équipe » : là, « elle met son talent au service de tous les produits alimentaires alsaciens » et pousse à l’émergence de la marque régionale Savourez l’Alsace. Manou Heitzmann-Massenez a notamment jeté des ponts entre la profession agricole et l’industrie agroalimentaire régionales en utilisant « la méthode Massenez » consistant à mélanger « des ingrédients pas toujours raccords », a souligné l’ancien préfet de la Région Alsace. Dans un autre registre, elle a été nommée consul honoraire d’Équateur.

Dans cette carrière « particulièrement riche », la récipiendaire a accordé beaucoup d’importance au travail collectif et a toujours veillé à « travailler en bonne intelligence avec tous », a relevé Stéphane Bouillon. « La République a tenu à honorer cette femme si française parce que si alsacienne », a ajouté l’orateur en insistant sur son amour de la vie, son énergie et son dynamisme, qualités qu’elle a mises au service de son territoire. Il ne restait plus qu’à lui épingler la croix d’officier de la Légion d’honneur : celle-ci lui a été offerte par Francine Bord, l’épouse de l’ancien ministre André Bord, proche ami du père de Manou Heitzmann-Massenez.

C’est précisément à son père, Gabriel Massenez, que la récipiendaire a d’abord rendu hommage dans son discours : « Un battant, un collectionneur, un amoureux de la vie » qui a développé la marque Massenez en misant sur l’exportation dès les années 1960, en particulier sur l’exportation d’eau-de-vie de framboise sauvage vers le Japon. Ce père, « qui a fait 30 fois le tour du monde sans parler anglais », lui a enseigné « le goût du travail, la ténacité et la conviction que rien n’est impossible, il suffit de le vouloir ». D’autres grands noms lui ont montré la voie : Jean Rougié, le roi du foie gras ; Jean Hugel, l’ambassadeur des vins d’Alsace dans le monde entier ; Hubert Haenel et Adrien Zeller, qui l’ont encouragée, l’un en lui décernant « le poireau à 31 ans », l’autre en l’incitant à créer un pôle de compétitivité sur l’agroalimentaire ; son frère Dominique, qui a remis sur pied un domaine viticole au Chili voici 22 ans. Manou Heitzmann-Massenez n’oublie pas non plus les femmes qui ont compté pour elle : sa grand-mère Joséphine ; sa mère, Marie Guillot ; Nicole Seitz (Grand Marnier), Hélène Heimburger (pâtes Grand’Mère) - avec qui elle fut l’une des deux premières femmes élues de la CCI du Bas-Rhin - et Yolande Haag (brasseries Meteor). Enfin, elle a associé à sa distinction ses enfants Jean-Benoist et Lucile, ainsi que son mari Laurent, qui la soutient dans ses projets depuis quarante ans.

Foire européenne de Strasbourg. Syndicat ovin du Bas-Rhin

Tonte de mouton et agneau à la plancha

Élevage

Publié le 18/09/2018

Le syndicat ovin du Bas-Rhin animait le chapiteau de l’espace agricole, samedi 8 septembre, avec des démonstrations de tonte de mouton et un espace restauration. Dès le matin, une dizaine de ses membres étaient mobilisés, autour d’Hervé Wendling, son président, pour préparer le barbecue du berger : des tranches de gigot d’agneau cuites à la plancha et servies avec des frites. Et dans l’espace agricole ce jour-là, le midi et le soir, pas question de servir autre chose que de la viande estampillée « Agneau Terroir d’Alsace ». Son goût, sa tendreté et sa provenance locale sont des atouts que les membres du syndicat ne se privent pas de mettre en avant. La marque, qui fête un peu plus de cinq ans d’existence, a ses fidèles parmi les visiteurs de la foire européenne. Ceux qui l’ont appréciée les années précédentes en redemandent. En début d’après-midi, plus de la moitié du stock prévu pour la journée est déjà partie, constate Hervé Wendling,

Cette présence à la foire européenne est « la dixième et dernière » pour le président du syndicat ovin du Bas-Rhin. Il annonce qu’il quittera la présidence au printemps 2019. Ces dix années de mandat ont fait souffler un vent de renouveau sur la filière ovine : avec l’aide de Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien à la Chambre d’agriculture d’Alsace, et le soutien de Jean-Paul Bastian, le syndicat ovin a contribué à la modernisation des bergeries, à l’organisation des Ovinpiades, à la création de la marque Agneau Terroir d’Alsace, à l’organisation du congrès de la Fédération nationale ovine en 2015. « À l’avenir, on va essayer de se répartir les rôles pour que tout ne repose pas sur une seule personne », indique Hervé Wendling. En attendant, pour les quelques mois qu’il lui reste à accomplir à la tête du syndicat ovin, et dans la perspective des prochaines élections à la Chambre d’agriculture, il se fixe pour objectif de convaincre l’équipe sortante « qu’une petite filière partie de rien comme la filière ovine mérite d’être reconnue, à l’égal des autres filières. » À bon entendeur…

Conseil départemental du Bas-Rhin

« Faire naître une nouvelle forme d’action publique »

Pratique

Publié le 18/09/2018

« La fierté de la République, c’est d’être à l’écoute de tous ses habitants, de tous ses territoires. Et c’est en rendant aux territoires la capacité d’agir, le droit et les moyens pour le faire, que nous restaurerons la confiance. De même, c’est en développant les territoires que nous redonnerons à la République son énergie fondamentale », a exposé Frédéric Bierry, président du Conseil départemental aux nombreux représentants des mondes politique, économique et associatif réunis pour la soirée de rentrée de la collectivité, jeudi 6 septembre à Strasbourg.

Depuis trois ans, le Conseil départemental du Bas-Rhin œuvre pour « apporter des réponses concrètes » aux problèmes qui se posent sur son territoire et en particulier « un vrai accompagnement de proximité à ceux qui sont exclus », précise Frédéric Bierry. Dans un contexte de baisse sans précédent des contributions de l’État, la stratégie retenue a d’abord consisté à redresser les finances de la collectivité et à refondre 80 % de ses politiques. Ces orientations, souligne son président, ont permis de baisser les dépenses de fonctionnement et de réduire le stock de la dette, sans augmenter les impôts. La preuve, selon lui, qu’« un nouveau modèle d’action publique est possible ».

12 000 remises à l’emploi depuis 2015

Dans le domaine de l’emploi, le Conseil départemental a fait le choix de « faire confiance aux employeurs » et Frédéric Bierry se targue de « 12 000 remises à l’emploi depuis 2015 », avec le concours de l’Adira. Cette politique des « circuits courts de l’emploi » a associé un grand nombre d’élus, mais aussi d’associations. Pour les semaines à venir et pour l’année 2019, le président de la collectivité bas-rhinoise annonce trois priorités : « Construire un territoire 100 % inclusif pour les personnes handicapées ; poursuivre les politiques en faveur d’une jeunesse épanouie, engagée et prête pour la vie d’adulte » et lancer un plan d’urgence en faveur des Ephad, Frédéric Bierry estimant que la situation actuelle de ces établissements est « inadmissible ».

Ce que le Département du Bas-Rhin a fait - trouver des solutions « efficaces et humaines » en partant des territoires - la future collectivité d’Alsace pourrait le faire à une échelle plus large encore, estime son président. Alors que la ministre Jacqueline Gourault a annoncé sa venue en Alsace pour consulter les élus sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, Frédéric Bierry rappelle son engagement à faire en sorte que « l’Alsace redevienne une réalité institutionnelle et politique ». Cet engagement, prononcé voici deux ans, a pu prêter à sourire, mais il a été pris, rappelle l’élu, pour faire face à « une situation grave et périlleuse », celle née d’« une décision creusant encore plus le fossé entre nos concitoyens et leurs élus ».

Une première étape franchie

« Ce que nous voulons, c’est faire naître une nouvelle forme d’action publique, insiste Frédéric Bierry, considérant qu’une première étape a été franchie avec la mobilisation d’un grand nombre d’Alsaciennes et d’Alsaciens, d’élus, de chefs d’entreprise. » Mais, a-t-il convenu, il reste du chemin à parcourir pour dessiner les contours d’une « collectivité véritablement européenne au service de la vie quotidienne de tous les citoyens ». C’est pourquoi il a appelé à un grand rassemblement pour l’Alsace.

Le préfet de la région Grand Est en tournée en forêt

Équilibre forêt-gibier : La Petite Pierre à la pointe

Cultures

Publié le 12/09/2018

La forêt du Grand Est est confrontée à deux défis : les changements climatiques et l’équilibre forêt-gibier. Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’Office national des forêts (ONF), l’a expliqué au préfet de la région et du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, en tournée le 28 août dans la réserve nationale de chasse et de faune sauvage de La Petite Pierre (RNCFS). Les perturbations climatiques sont déjà perceptibles, mais c’est à partir de 2050 que les « vrais changements vont commencer », prévoit Jean-Pierre Renaud. Certaines essences, le hêtre notamment, qui est sensible à la sécheresse, vont avoir des difficultés à s’y adapter, prévoit le directeur territorial de l’ONF. Le déséquilibre forêt-gibier risque d’aggraver la situation : quand la pression des ongulés est importante - ce qui est le cas dans les forêts du Grand Est - certaines essences comme le chêne ou les résineux ont tendance à disparaître car la régénération naturelle n’est plus assurée. Or, ces essences résistent mieux aux changements climatiques que d’autres.

Créée en 1952 pour développer la population de cerfs, la réserve nationale de la Petite Pierre s’étend sur un peu plus de 2 700 hectares. À cheval sur trois bans communaux - La Petite Pierre, Neuwiller-les-Saverne et Dossenheim-sur-Zinsel -, elle est située dans le périmètre du Parc naturel des Vosges du Nord et classée en grande partie en zone Natura 2000. Sa particularité est d’être implantée au cœur d’un massif de production, précise Benoît Cuillier, délégué de l’ONF pour le Bas-Rhin et directeur de l’agence Nord Alsace. Sévèrement touchée par la tempête Lothar de 1999, elle comporte des peuplements clairs et des trouées post-tempête en voie de reconstitution, ainsi qu’une forte proportion de jeunes peuplements.

La régénération en péril

Un plan de gestion est en cours sur la réserve : il prévoit de récolter 32 000 m3 de bois. En matière de régénération, les objectifs sont atteints. En quantité tout au moins. Mais pas en qualité, constate Benoît Cuillier en invoquant les dégâts provoqués par le gibier sur les jeunes arbres et la prédominance du hêtre dans les régénérations. Sur les 450 ha déjà ouverts, 62 % des surfaces ne présentent pas un état satisfaisant. Les surfaces concernées fourniront du bois énergie mais certainement pas de bois d’œuvre, indique le directeur de l’agence Nord Alsace, qui préconise d’augmenter les tirs de gibier. « L’enjeu est économique et il touche à la biodiversité », souligne le forestier qui estime la gestion durable de la forêt compromise. Et pas seulement dans le périmètre de la réserve : tout le massif est concerné, dit Benoît Cuillier.

La prolifération du gibier résulte de la politique d’après-guerre visant à reconstituer les effectifs, a souligné Catherine Lhote, déléguée interrégionale Nord-Est de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Cette politique a tellement bien fonctionné que l’équilibre forêt-gibier a été rompu. Face à ce constat, la réserve de la Petite Pierre a revu ses orientations : les équipes de l’ONCFS travaillent à la mise au point d’outils de gestion des populations de gibier, en particulier à la mise au point d’indicateurs de changement écologique (ICE). Ces indicateurs, qu’a détaillés Vivien Siat de l’ONCFS, s’inscrivent dans le cadre de la « gestion adaptative des espèces », autrement dit l’adaptation des populations de gibier à la capacité d’accueil du milieu.

Des ronces pour préserver les chênes

Le contrôle des effectifs de gibier, par la chasse, et la gestion adaptée de l’habitat sont les deux grands axes de travail de l’ONCFS, en collaboration avec l’ONF, indique Sonia Saïd, chargée de recherche à l’ONCFS. Leurs agents cherchent notamment à identifier les espèces consommées par les cerfs et les chevreuils et mettent en place des prébois, pour qu’ils puissent s’alimenter avec des ronces plutôt que d’écorcer les chênes. Ils veillent rigoureusement à l’application des plans de chasse établis sur la base des ICE, l’objectif étant de « chasser moins, mais chasser mieux ». Ils étudient les déterminants des déplacements de sangliers, en posant des colliers GPS sur ceux qu'ils parviennent à capturer dans les cages-pièces prévues à cet effet.

Pourtant, malgré ce changement d’orientation, les résultats tardent à se faire sentir. S’agissant de la chasse, pour l’espèce cerf, « on est passé de 30 animaux tirés à 100 animaux tirés aujourd’hui et nos indicateurs n’évoluent toujours pas, constate Vivien Siat. Il va falloir maintenir le cap. » « Sur les deux dernières saisons, on a décidé d’augmenter de 30 % les tirs », renchérit Benoît Cuillier. Les femelles et les jeunes, qui constituent « le capital reproducteur », sont visés en priorité. L’objectif est « de diviser durablement la population par deux sur l’ensemble de la réserve » et pour cela, le directeur de l’agence Nord Alsace de l’ONF estime qu’il faut « une rupture. » Pour le sanglier, les effectifs sont tels qu’aucune restriction de tir n’est en place : même si 120 à 150 sangliers sont tirés annuellement, la pression reste élevée.

Méthanisation

La dynamique est en marche

Technique

Publié le 30/08/2018

Si l’on s’en tient aux installations utilisant essentiellement des effluents agricoles et pilotés par des agriculteurs, l’Alsace compte dix unités de méthanisation en cours de fonctionnement, indique Christophe Gintz, chargé de ce dossier à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Celles-ci sont majoritairement localisées dans le Bas-Rhin, ce département disposant d’un réseau de gaz bien maillé permettant facilement l’injection de biométhane. La situation pourrait changer avec la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim : sur le modèle du plan de développement de la filière solaire imaginé pour accompagner la fermeture de la centrale, un plan de développement de la méthanisation et de valorisation de la biomasse est en cours. « On espère un regain de dynamisme sur le Haut-Rhin suite à ce plan, indique Christophe Gintz. La Chambre d’agriculture a d’ailleurs été mandatée pour identifier les sites agricoles potentiellement concernés par ce développement. Nous en avons recensé huit. »

Tout projet repose sur une étude de faisabilité, soutenue par la Région Grand Est dans le cadre du programme Climaxion. Si l’étude est concluante, c’est l’Ademe qui prend le relais avec des aides à l’investissement. Ces aides, qui proviennent de deux fonds distincts, ne sont pas illimitées : avec une cinquantaine de dossiers déposés dans le Grand Est, l’enveloppe 2017-2018 est déjà en grande partie consommée, indique Christophe Gintz. À ce jour, ne peuvent donc être aidés que les projets prêts à démarrer. Les moyens disponibles pour 2019 n’étant pas connus, l’on ne sait pas si le rythme de deux appels à projets annuels pourra être maintenu.

Le Grand Est en tête

Toujours est-il qu’avec dix unités de méthanisation en fonctionnement et deux en cours de construction, l’Alsace tient sa place au sein de la région Grand Est, elle-même en tête des régions françaises par le nombre de projets. Parmi ces dix unités, la majorité utilise le principe de la cogénération, c’est-à-dire qu’elles produisent de l’électricité et de la chaleur à partir du biogaz. Ce sont les premières installations, celles qui bénéficient de la politique tarifaire la plus ancienne. Les autres produisent du biométhane qui est directement injecté dans le réseau. Dotées d’un meilleur rendement, ces dernières bénéficient aussi d’un meilleur tarif de rachat. Cette meilleure valorisation, ajoutée à la possibilité de stocker le gaz, explique que les projets actuels soient plutôt orientés vers l’injection par les politiques publiques.

La cogénération générant aussi de la chaleur, les agriculteurs méthaniseurs ont intérêt à la valoriser, ce qui n’est pas évident toute l’année. Le tarif de rachat, qui incluait au départ une prime basée sur le pourcentage d’effluents d’élevage incorporé et une autre liée à la valorisation de la chaleur, a été simplifié. L’incitation à la valorisation de la chaleur est toutefois maintenue puisque les aides à l’investissement de l’Ademe sont conditionnées à ce critère. Elle peut prendre différentes formes : séchage de fourrage, de plaquettes, production d’eau chaude pour l’élevage ou alimentation de petits réseaux de chaleur.

L’injection a aussi ses contraintes : « Il faut être proches d’un réseau de gaz. Or, certains secteurs géographiques, comme l’Alsace Bossue ou la zone du Ried et de la Hardt, sont un peu délaissés de ce point de vue, reconnaît Christophe Gintz. De plus, on ne peut pas injecter sur de gros tuyaux si l’installation est trop petite. »

Des revenus plus stables

Comme l’installation de panneaux photovoltaïques en son temps, la construction et l’exploitation d’unités de méthanisation apparaissent comme une source de diversification des revenus dans les exploitations. Les contrats pour la fourniture d’électricité ou de gaz se faisant sur 15 ou 20 ans, les agriculteurs qui investissent peuvent espérer des revenus moins fluctuants que le cours des céréales, du lait ou de la viande. D’où l’intérêt suscité dans les campagnes.

La prochaine évolution à attendre est l’élargissement du gisement de matière organique, estimé actuellement à 120 000 tonnes pour les 10 unités en fonctionnement, dont 70 % sont d’origine agricole. Depuis le 1er janvier 2017, l’introduction de cultures principales dans les méthaniseurs est autorisée, dans la limite de 15 %. Et, après les effluents d’élevage et les sous-produits issus de la transformation, les agriculteurs méthaniseurs s’intéressent maintenant aux déchets des collectivités. L’une des deux unités haut-rhinoises collecte ainsi les déchets des restaurants scolaires. Enfin, on observe une tendance à la mise en place de cultures dédiées.

Dimanche 26 août à Niederaltdorf

Il va y avoir du spectacle !

Vie professionnelle

Publié le 24/08/2018

Depuis l’automne dernier, les Jeunes Agriculteurs du canton de Haguenau préparent cette grande fête qu’est le concours départemental de labour. Pour l’occasion, ils ont constitué un comité événementiel, composé de huit membres : Guillaume Fuchs, président des JA du canton, Sylvain Koeger, vice-président, Guillaume Pfrimmer, secrétaire, Guillaume Schoenfelder, secrétaire adjoint, Jean-Noël Burg, trésorier, Mathias Lamote, trésorier adjoint, Xavier Kandel et Pierre Fuchs, membres. Une équipe motivée, bien décidée à faire de cette journée estivale un moment de convivialité et de mise en avant de l’agriculture locale. Une équipe jeune, aussi, puisque la plupart de ses membres n’ont gardé aucun souvenir de la dernière finale départementale de labour organisée par le canton de Haguenau - c’était en 1999 à Batzendorf - et encore moins de la finale régionale organisée à Niederaltdorf une quinzaine d’années auparavant.

« Nous nous réunissons régulièrement depuis l’automne pour préparer cette journée », explique Guillaume Fuchs. Et depuis quelques semaines, bien que les chantiers d’ensilage soient venus s’intercaler de manière prématurée dans le calendrier, le rythme des rencontres s’est accéléré : les animations, la circulation sur le site, les parkings, le ravitaillement, la promotion de l’événement, la mobilisation des exposants et des bénévoles, les questions de sécurité… rien n’a été laissé au hasard. Dimanche 26 août, les JA du canton de Haguenau pourront compter sur le soutien de 200 bénévoles, dont leurs aînés.

Le choix des parcelles réservées aux laboureurs a été fait bien en amont, avant les semis de blé, toute la difficulté étant de trouver 40 ha de blé d’un seul tenant pouvant accueillir les compétiteurs et les milliers de visiteurs attendus. Au final, compte tenu des rotations envisagées, seuls 4 ha ont vu leur assolement modifié pour la finale. Entre 30 et 40 concurrents, qualifiés lors des concours cantonaux, sont attendus. Ils seront répartis en trois catégories : labour à plat, labour en planches et charrues de ferme.

Monstres roulants et rumsteck d’ici

Le programme concocté est aussi varié qu’attrayant : le public pourra découvrir la production de lait et de biogaz sur les deux fermes qui ouvriront leurs portes (lire en pages 4 à 6), assister au concours charolais (lire en p 8) ou aux démonstrations d’attelage de chevaux (lire en p 5), faire un baptême de l’air en hélicoptère. Les démonstrations de tracteur pulling promettent du spectacle : voir ces monstres roulants de plusieurs milliers de chevaux s’affronter en tirant d’énormes poids est toujours impressionnant (lire ci-contre). Une mini-kermesse avec jeux autour de la ferme et de l’élevage est prévue pour les enfants.

Côté restauration, les organisateurs mettent un point d’honneur à ce que tout l’approvisionnement soit de provenance locale. Ce sera le cas du rumsteck, des frites et de la salade de carottes servis à midi, des grillades, du fromage blanc utilisé pour les tartes flambées, mais aussi des boissons servies à la buvette. Un vin d’honneur est prévu à 18 h en présence des élus, juste avant l’annonce du palmarès.

EARL Achendracher

L’élevage laitier par choix

Élevage

Publié le 24/08/2018

Mathias Lamote s’est installé en 2015 sur l’exploitation de son grand-oncle et de sa grand-tante, René et Martine Achendracher. Une suite logique pour celui qui a passé une grande partie de son temps libre à la ferme, lorsqu’il était enfant et adolescent. « René et Martine ont développé l’exploitation depuis 1978. N’ayant pas eu d’enfant, ils n’avaient pas de successeur direct », explique Mathias Lamote. Au départ à la retraite du grand-oncle, c’est Martine Achendracher qui devient gérante de l’exploitation, le temps que Mathias se forme et mûrisse son projet d’installation. Titulaire d’un bac scientifique, il passe un BTS Production animale au lycée agricole de Dannemarie-sur-Crête, dans le Doubs. Il complète sa formation par une licence professionnelle IEA (Ingénierie de l’entreprise agricole) à l’IUT de Nancy, ce qui lui permet d’approfondir ses connaissances en gestion et en fiscalité.

Une fois sa licence en poche et les formalités d’installation accomplies, le jeune éleveur commence par travailler en tandem avec Martine Achendracher. Il sait qu’il va lui falloir investir dans une nouvelle salle de traite car bien que rénovée en 1997, les équipements de base datent des années 1980. De plus, avec le départ en retraite de sa grand-tante, en juillet 2016, le problème de la charge de travail va devenir encore plus crucial. Même avec l’aide occasionnelle de son père et celle de son frère Ludovic, étudiant vétérinaire et salarié sur l’exploitation durant l’été. La volonté d’anticiper la pénurie de main-d’œuvre le conduit logiquement à investir dans un robot de traite.

Pour la préparation du chantier, réalisé en autocontruction, comme pour la maçonnerie, Mathias fait appel à son père, dont les compétences sont particulièrement utiles. Toujours présent quand il s’agit d’aider, et particulièrement de réparer les machines agricoles, il n’hésite pas à prendre des congés pour la mise en route du robot de traite en juin dernier.

Lait de pâturage : pas pour l’instant

Les 150 000 litres supplémentaires obtenus en s’installant ont déjà poussé Mathias Lamote à augmenter le cheptel et à agrandir de dix places l’étable existante. Le troupeau se compose désormais de 65 vaches laitières, pour un volume de lait contractualisé de 590 000 l livrés à Alsace Lait. « Mon objectif, c’est d’optimiser le robot de traite et de trouver un rythme de croisière à 650 000 l », explique l’éleveur, qui sélectionne les animaux davantage sur les taux et sur la qualité des pattes que sur le niveau de lactation.

Tenté par la production de lait de pâturage, qu’il a découvert en faisant son stage de licence dans une ferme des Pays-Bas, il n’a toutefois pas concrétisé ce projet. Pour l’instant tout au moins. Certes, il dispose de 12 ha proches de l’étable qui suffisent amplement pour faire pâturer ses vaches laitières. Mais il faudrait investir 10 000 € pour installer des clôtures, des portes de tri, ensemencer les parcelles, aménager le chemin d’accès menant de l’étable au pâturage… Des dépenses qu’il n’est pas prêt à engager au vu de la plus-value versée par la laiterie, 15 €/1 000 l. « La gestion du pâturage ne me fait pas peur, assure Mathias Lamote, mais je considère que le retour sur investissement n’est pas suffisant par rapport à la prise de risque. »

Cela ne l’empêche pas de tirer parti des surfaces en herbe de l’exploitation : il dispose de 25 ha de prairies de fauche et 10 ha de pâturage dont la moitié sont d’abord fauchés en première coupe. Les 20 ha récoltés au printemps sont enrubannés et destinés à l’alimentation des vaches laitières, le reste servant à faire du foin. Les génisses sortent au pré à partir de 1 an et jusqu’à 18-19 mois, âge auquel elles sont inséminées. Elles ressortent au pâturage lorsqu’elles sont gestantes.

Biogaz : en 2020, si tout va bien

Soucieux de diversifier ses activités, et donc ses revenus, Mathias Lamote a par ailleurs adhéré à l’association Biogaz Haguenau (ABH). Les 15 agriculteurs concernés - ils étaient 27 au départ - ont pour projet de construire une unité de méthanisation à Wittersheim d'ici 2020 : elle permettra de produire du biogaz à partir d’effluents d’élevage et de diverses matières premières agricoles. Pour l’EARL Achendracher, ce sont 2 500 t d’effluents qui pourraient être valorisés annuellement par ce biais. Grâce à ce nouveau débouché, le jeune éleveur ne devrait pas avoir besoin d’augmenter ses capacités de stockage de lisier et de fumier. Les résidus de méthanisation - compost et digestats - serviront par ailleurs de fertilisants sur les 30 ha de terres arables de l’exploitation et sur les prairies.

Ce projet n’est pas le seul projet collectif auquel adhère Mathias Lamote : il est également l’un des sept membres de la Cuma de l’Horizon, créée en 2012. Cette Cuma d’éleveurs a acquis différents matériels pour l’épandage des effluents et le travail du sol. En investissant à plusieurs dans des matériels coûteux, mais peu utilisés durant l’année, les adhérents y trouvent un moyen de réduire leurs charges de mécanisation. Mais pas seulement : la Cuma de l’Horizon est aussi un lieu où règnent bonne organisation et bonne entente. Ce qui n’est pas rien quand on débute dans le métier d’éleveur laitier !

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