Auteur

Florence Péry

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Lycée agricole d’Obernai

Le sens de l’orientation

Vie professionnelle

Publié le 20/03/2019

Samedi 16 mars, tout au long de la journée, de nombreux jeunes et leurs familles sont venus découvrir les formations proposées par le lycée agricole, le CFA et le CFPPA d’Obernai. Les lycéens étaient mobilisés pour les accueillir et assurer la restauration. Tandis que l’équipe enseignante procédait à des entretiens d’orientation, Thierry Girodot, directeur de l’EPLEFPA, Sylvie Pagliano, directrice du CFA et du CFPPA, et Sylvain Ferreira, proviseur-adjoint du lycée agricole, faisaient le tour de l’établissement en compagnie du président de l’EPL, Franck Sander, du président de la Chambre d’agriculture Alsace, Denis Ramspacher, et de représentants de la profession.

Une visite destinée à mettre en lumière quelques-uns des projets mis en œuvre par les élèves et leurs enseignants, comme cette exposition sur la Grande Guerre réalisée par trois classes de 1re sous la conduite de leur professeure d’histoire-géographie : les uns ont travaillé sur la place des femmes et des enfants entre 1914 et 1918, les autres sur les campagnes et la paysannerie et les derniers se sont intéressés à la propagande mise en œuvre durant le conflit.

Réforme du baccalauréat

Dans une salle voisine, les élèves de 2nde générale et technologique présentent les maquettes réalisées dans le cadre de l’option « Écologie, agronomie, territoire, développement durable ». Cette option est spécifique à l’enseignement agricole, précise Thierry Girodot. Elle deviendra obligatoire dès l’an prochain pour toutes les classes de seconde de l’établissement, ce qui permettra aux lycéens d’étudier un territoire, d’identifier les acteurs et les politiques de développement durable mises en œuvre. Dans le cadre de la réforme du baccalauréat, le programme des classes de 1re et de Terminale va également évoluer et les filières (L, ES, S) vont disparaître au profit des enseignements de spécialité. Le lycée agricole d’Obernai en proposera trois : biologie-écologie, mathématiques et physique-chimie.

Le CFPPA fait la promotion de ses formations qualifiantes et de ses stages courts de perfectionnement destinés aux adultes. « Nous avons trois grands pôles : les activités équestres, l’agriculture et l’aménagement paysager-horticulture », expose Sylvie Pagliano. L’offre de stages courts continue à évoluer pour répondre aux attentes des professionnels. Celui sur la conduite du houblon biologique sera reconduit cette année et une formation sur la méthanisation est en cours de montage.

Suit la visite du nouveau centre de ressources, qui offre, en plus des outils habituels d’un CDI et d’une vue agréable sur un patio fleuri, des outils numériques permettant d’individualiser les parcours de formation. Ce centre, dont la création avait été votée par le conseil d’administration en juin dernier, est accessible aussi bien aux lycéens qu’aux apprenants du CFA et du CFPPA. « L’enjeu, maintenant, c’est de créer nos propres ressources numériques », indique la directrice du CFA et du CFPPA.

Le CFA propose des cursus dans trois grands domaines : l’agriculture et l’agroéquipement, le paysage et les activités équestres. L’an prochain, les apprentis auront la possibilité de préparer deux nouveaux diplômes, signale Sylvie Pagliano : les certificats de spécialisation de construction paysagère et de tractoriste, ce dernier diplôme étant proposé en partenariat avec le lycée Paul-Émile Victor.

La ferme dans le vert

Les étudiants de BTS Gemeau, ceux de l’Engees, l’école d’ingénieurs strasbourgeoise, et les lycéens de bac pro du lycée Paul-Émile Victor viennent se former au P3E (Pôle d’excellence éducative sur l’eau). Ils y trouvent tous les équipements leur permettant de comprendre les mécanismes d’épuration de l’eau. Une réflexion est en cours pour y développer une formation en microbrasserie, ce qui nécessiterait un agrandissement du P3E, indique Thierry Girodot.

La visite ne pouvait se dérouler sans un passage par la ferme du lycée agricole. Freddy Merkling, responsable de l’exploitation qui compte 75 hectares dont 30 ha de houblon, a présenté les quatre ateliers, dont l’atelier d’engraissement de jeunes bovins. Depuis un an, grâce à une convention signée avec l’hypermarché Leclerc voisin, le lycée écoule un bovin par semaine dans un circuit on ne peut plus local. Quant à la ferme, elle dégage un résultat positif depuis deux ans, ce que n’a pas manqué de souligner Franck Sander. Pour finir, les professionnels ont visité la nouvelle serre de 150 m2 mise en service l’an dernier et déjà très utilisée par les apprentis et les adultes en formation au CFPPA. Il ne manque plus qu’un hall couvert pour les travaux pratiques, ont fait valoir les responsables de la filière travaux paysagers-horticulture en lançant un appel aux élus.

Costal-Lorial

2018, une bonne année pour le poulet label rouge

Technique

Publié le 18/03/2019

Pour la deuxième année consécutive, des éleveurs mosellans assistaient à la réunion technique annuelle organisée par Lorial au restaurant de la ferme Maurer à Dorlisheim. Une quarantaine d’éleveurs alsaciens et mosellans ont pris part à cette réunion, axée sur la présentation des résultats technico-économiques de l’année précédente.

Lorial, qui possède deux sites de production dans le Grand Est (Molsheim dans le Bas-Rhin et Sorcy dans la Meuse), assure le suivi technique des éleveurs de poulets label, auxquels elle fournit également les aliments. L’entreprise a dû faire face, en 2018, à un renchérissement du coût des matières premières en raison de la sécheresse notamment, a expliqué Rémy Foret, responsable des monogastriques chez Lorial. Le surcoût se chiffrait à 6,6 % sur l’ensemble des matières premières entre janvier 2018 et janvier 2019.

Du poulet local pour la filière locale

La filière poulet label rouge se développe depuis quelques années dans la région en réponse à la demande de l’abattoir Siebert, dont les ventes sont en progression. Ce développement se traduit par des plannings de mise en place très serrés pour le poulet blanc, qui constitue « le cœur historique » de la production, indique Mario Troestler, responsable des productions avicoles chair chez Lorial. Mais aussi par le lancement de nouveautés telles que le poulet jaune, très demandé par les consommateurs du Grand Est et à l’export, et le poulet noir, pour l’instant cantonné aux élevages de Moselle. « Alors que le poulet label stagne ailleurs, notre poulet local pour la filière locale se porte bien », relève Mario Troestler.

S’agissant de poulets sous signe de qualité, ils doivent respecter un certain nombre de critères figurant au cahier des charges : l’âge minimum d’abattage, par exemple, est fixé à 84 jours pour le poulet blanc et à 81 jours pour le cou nu jaune et le cou nu noir. Sur les trois quarts de la production suivis en gestion technico-économique en 2018, l’âge réel d’abattage était compris entre 84 et 85 jours pour le poulet blanc et à 83 jours pour le poulet jaune, ce qui témoigne d’une demande soutenue. Pour les poulets blancs, la mortalité était en hausse, bien qu’il n’y ait pas eu de problème sanitaire particulier. Le poids était supérieur au poids de référence et en hausse par rapport à 2017 : il s’établissait à 2,314 kg à 84 jours. Cette hausse du poids est liée à l’amélioration génétique des animaux, indique Mario Troestler, précisant qu’il va falloir jouer sur l’alimentation pour le maîtriser. Réduire la quantité d’aliments distribués au démarrage semble être la piste la plus pertinente pour avoir des animaux moins lourds à quatre semaines. L’indice de consommation, en baisse de 0,4 point, était de 3,01. Autrement dit, pour produire 1 kg de poulet blanc, il a fallu 3,01 kg d’aliment.

Les jaunes plus nerveux et moins gourmands

Pour les poulets jaunes, dont les premières bandes sont sorties en mai 2018, les performances technico-économiques ont été enregistrées et comparées à celles des poulets blancs de juillet à décembre 2018. Le poids - ramené à 84 jours - était de 2,23 kg, avec des variations sensibles entre l’été, où le poulet jaune mange nettement moins, et l’hiver. Le gain moyen quotidien (GMQ) était légèrement supérieur à celui du poulet blanc et l’indice de consommation (2,98) était comparable. « Globalement, les jaunes sont plus nerveux, plus vifs », constate Mario Troestler, qui s’interroge sur la possibilité de leur donner des miettes toute l’année pour stimuler leur appétit.

La marge poussin-aliment (MPA), critère économique largement utilisé dans la filière, est très voisine en poulets blancs et jaunes. « C’est une bonne année, dans la continuité des deux trois dernières années », commente Mario Troestler. La MPA est en hausse de 2 ct/kg par rapport à 2017 pour le poulet blanc, ce qui s’explique par l’amélioration de l’indice de consommation et du taux de saisie. La MPA par m2 et par an progresse également, ce qui s’explique par l’augmentation des rotations, qui génère aussi plus de travail pour les éleveurs.

Cette hausse de la MPA, finalement, ne fait que compenser le renchérissement des coûts du bâtiment, de l’énergie et de la prophylaxie, mais elle n’améliore pas la marge de l’éleveur qui reste stable. « Il faut trois bâtiments aujourd’hui pour gagner la même chose qu’avec deux bâtiments il y a quinze ans », constate le représentant de Lorial.

Roland Schweitz, délégué régional à l’UNPT

« La France, premier pays européen exportateur de pommes de terre »

Cultures

Publié le 29/01/2019

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) organise son congrès national tous les deux ans dans une région différente. Cette année, c’est au tour de l’Alsace d’accueillir cette rencontre, qui réunira tous les acteurs de la filière et leurs partenaires. Elle se déroulera mardi 5 février de 9 h à 16 h à la Maison de la région Grand Est à Strasbourg. « Avec 1 500 ha, nous ne sommes pas une grande région de production, souligne Roland Schweitz, délégué régional de l’UNPT, comparé au Nord-Pas de Calais ou à la Picardie, qui totalisent respectivement près de 53 000 ha et 35 000 ha de surface de production. Mais nous sommes proches de l’Europe, c’est pourquoi l’UNPT nous sollicitait depuis quelque temps pour accueillir le congrès national. » Les producteurs alsaciens ont une autre particularité : celle d’écouler leur production sur le marché régional, grâce au soutien de l’interprofession et à l’adhésion des consommateurs. En cela, ils peuvent se prévaloir d’une certaine exemplarité.

Quels sont les grands thèmes qui seront abordés lors de ce congrès ?

Roland Schweitz : Nous présenterons l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, et la dynamique qu’elle a réussi à mettre en place pour les pommes de terre et l’ensemble des fruits et légumes produits dans la région. Cette dynamique s’appuie sur des consommateurs qui sont très intéressés par le produit, qui ont de nouveau le réflexe d’acheter local, et sur des producteurs capables de fournir une pomme de terre déjà tracée, très propre, disponible rapidement et nécessitant peu de transport. Encore faut-il que les distributeurs jouent le jeu.

En dehors de l’exemple alsacien, quels sujets sont à l’ordre du jour ?

RS : Il sera aussi question de la façon de produire et des problèmes qui nous attendent dans un proche avenir. Cela fait des années qu’on met en œuvre des choses concrètes pour baisser le recours aux intrants chimiques, mais nous sommes rattrapés par de nouvelles interdictions. Pour la protection des cultures, nous avons par exemple baissé de 30 à 40 % les doses de produits homologués. Pour le défanage, nous utilisons de plus en plus des méthodes mécaniques à la place des produits chimiques. Mais pour le désherbage des cultures, la protection fongique ou contre les insectes, où toute une panoplie de produits sera bientôt interdite, nous ne savons pas comment faire si aucun produit de substitution n’est proposé. C’est le cas pour les doryphores, qui sont un fléau très difficile à combattre. L’Alsace et le Grand Est en général sont confrontés à des invasions de ces insectes qui peuvent anéantir les cultures en 24 heures. C’est la même chose pour la conservation : certains anti-germinatifs ne seront bientôt plus autorisés, ce qui va nous amener vers des solutions beaucoup plus onéreuses et contraignantes.

L’Europe est au menu de ce congrès ?

RS : Oui, nous aurons une table ronde intitulée « L’Europe, une chance pour la pomme de terre de France » avec différents intervenants : Anne Sander, députée européenne, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’agriculture, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, Dominique Dejonckheere, du Copa, Pascal Foy, un producteur du Grand Est, membre du bureau de l’UNPT et moi-même. N’oublions pas que la France est le premier pays européen exportateur de pommes de terre, notamment vers les pays du Sud, tels que l’Espagne et l’Italie. Lors de cette table ronde, nous évoquerons également le soutien accordé par la Région aux producteurs, en particulier dans le domaine de l’irrigation.

Quels enjeux attendent la filière alsacienne des pommes de terre ?

RS : Comme tous les producteurs français, nous sommes concernés par la réduction du nombre des produits de protection autorisés, par la nécessité d’irriguer pour optimiser les rendements et la qualité des pommes de terre. Nous avons aussi nos propres problématiques : il est dommage qu’un acteur de la filière pommes de terre - le Comptoir agricole - ait cessé son activité, ce qui affaiblit la filière. Malgré tout, une certaine surface sera maintenue dans la région.

Comment s’est passée la dernière campagne de commercialisation ?

RS : Nous avons connu les mêmes problèmes au niveau régional, national et européen, c’est-à-dire de fortes inondations au printemps et une sécheresse prolongée en été qui a impacté les rendements globaux. Il manque en moyenne 10 t/ha dans les quatre grandes régions de production françaises. Résultat : dans les régions qui produisent pour l’industrie, il manque des volumes, ce qui impacte les marchés et les cours nationaux. Donc au niveau des prix, c’est une année qui se place dans la moyenne haute et qui compense l’année précédente, très difficile, que nous avions vécue.

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. Franck Sander, président

Pour une Chambre d’agriculture « en mouvement et efficace »

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

Une Chambre d’agriculture « en mouvement et efficace ». Tel est le vœu de Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Les élections en cours vont permettre de désigner des représentants pour une durée de six ans. Elles permettront de mesurer le degré de représentativité de chaque syndicat et pour Franck Sander, pas de doute, « un bon résultat est indispensable pour peser efficacement dans les négociations à venir ».

L’agriculture source de solutions

Le projet porté par les trois syndicats procède d’une réflexion par filière. Il s’articule autour de trois axes : être plus performant et plus proche des agriculteurs, les accompagner dans la recherche de valeur ajoutée et répondre aux nouveaux défis. Face à un métier qui devient « de plus en plus pointu », il est nécessaire de proposer des conseils individuels et des conseils de groupe, estime le président de la FDSEA du Bas-Rhin.

La conquête de la valeur ajoutée passe par le maintien de la diversité des productions et par la recherche de nouvelles références techniques. « De nouvelles opportunités de production existent, des techniques alternatives apparaissent, encore faut-il avoir suffisamment de références et bien les maîtriser pour les mettre en œuvre », souligne-t-il. Mais ce ne sont pas les seuls défis qui attendent la future Chambre d’agriculture : l’augmentation démographique à l’échelle planétaire, l’épuisement des ressources et les changements climatiques imposent des adaptations. « L’agriculture sera impactée par ces évolutions mais elle sera aussi source de solutions grâce au développement de systèmes consommant moins d’intrants, grâce à la production d’énergie renouvelable et même grâce au piégeage du carbone », prévoit le président de la FDSEA. La liste FDSEA-AVA-JA propose de créer un pôle Défis énergétique et climatique à la Chambre d’agriculture.

Enfin, elle se fixe pour objectif de reprendre en main la communication, grâce à un pôle communication aux moyens renforcés et à une présence accrue sur les réseaux sociaux. Une façon de répondre aux détracteurs de l’agriculture.

Assemblée générale de la FDSEA. Rapport d’activité 2018

La sécheresse, pour ne rien arranger

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

« Dans une période d’incertitude pour l’agriculture, le réseau FDSEA s’est mobilisé plus que jamais pour vous accompagner et bâtir un nouvel environnement avec moins de contraintes, plus de prix », a déclaré Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, en ouvrant l’assemblée générale du syndicat, vendredi 18 janvier à Kurtzenhouse. Avant de dérouler, en images, le compte rendu des actions syndicales menées durant l’année écoulée, il a tenu à rendre hommage à Jean-Paul Bastian, disparu voici moins d’un an. Rappelant sa contribution au développement de l’agriculture régionale, qu’il « a marquée de son empreinte » et son « côté visionnaire », qui l’ont poussé à anticiper sur les mutations agricoles en cours.

La défense du revenu

En 2018, la mobilisation syndicale a porté sur la défense du revenu et de l’outil de production. Elle a pris différentes formes : opérations coup de poing dans les grandes surfaces, sensibilisation des pouvoirs publics et des élus aux distorsions de concurrence, travail de fond pour limiter les normes excessives ou l’impact des grands projets… Mais il a fallu, en plus, gérer les aléas climatiques, en particulier la sécheresse. La FDSEA a tiré la sonnette d’alarme très tôt, a rappelé son secrétaire général Gérard Lorber, en organisant début août une rencontre avec les représentants des collectivités et de l’État. La Région Grand Est et le Conseil départemental du Bas-Rhin ont accepté de mettre la main à la poche en aidant à l’achat de fourrage. D’autres avancées ont été obtenues, comme le dégrèvement de la TFNB, soit près de 2,5 millions d’euros, et la reconnaissance en calamité agricole sur les légumes d’automne. Cette reconnaissance est également attendue pour les prairies qui ont subi de gros dégâts. « Au final, ce sont plus de 4 M€ qui seront débloqués auprès des agriculteurs les plus durement touchés », indique Gérard Lorber, précisant que ces sommes aideront à passer le cap.

Cette sécheresse a suscité un élan de solidarité collective (plus de 1 300 t de paille de maïs ont été cédées gratuitement aux éleveurs d’Alsace Bossue et du Doubs). En revanche, Gérard Lorber regrette que l’administration n’ait pas joué le jeu en n’autorisant pas à récolter les jachères avant le 13 octobre. Et n’a pas dispensé les agriculteurs de remplir les formulaires sur la non-levée des SIE (surfaces d’intérêt écologique). « Quand vous devez composer avec la météo, vous casser la tête pour savoir ce que mangeront vos vaches cet hiver, il est terrible de perdre du temps et de l’énergie face à une administration qui devrait au contraire vous soutenir et vous protéger », s’offusque le secrétaire général. Autre sujet de mécontentement, la Pac. « Nouveau ministre, nouveau calendrier, nouveau retard » dans le paiement des aides, dénonce Gérard Lorber. « On se bat pour obtenir 3 000 € d’aides sécheresse mais dans les fermes, il manque 10 000 € de MAEC, c’est inadmissible ! »

Un goût d’inachevé

Pas de quoi pavoiser non plus du côté des États généraux de l’alimentation. Certes, ils ont suscité de grands espoirs chez les agriculteurs qui croyaient à « une inflexion de la politique du moins cher prônée depuis 30 ans ». Mais au final, ils leur laissent « un goût d’inachevé » : s’ils ont débouché - dans certaines filières - sur une amélioration des prix, ailleurs, « le problème de la compétitivité reste entier ». De nouvelles contraintes vont renchérir les coûts, prévoit même le secrétaire général de la FDSEA. À titre d’exemple, Gérard Lorber cite l’interdiction des néonicotinoïdes, la hausse de la taxe sur les pollutions diffuses, la séparation de la vente et du conseil. Des contraintes auxquelles n’est pas soumise la concurrence, rappelle-t-il.

Restait à évoquer la montée en puissance de l’agribashing. « Pas une semaine ne passe sans une émission anti-viande, anti-phyto, anti-tout », déplore Gérard Lorber. « Les attaques que nous subissons sont injustes. Comment oser accuser un éleveur qui veille 365 jours par an sur ses bêtes, samedis, dimanches et jours fériés ? C’est un engagement sans borne et cela pour un salaire de misère. » Alors, plutôt que de laisser le découragement gagner les troupes, le secrétaire général de la FDSEA préfère invoquer la fierté du métier. « Nous faisons le plus beau métier du monde, peut-être pas le plus reconnu, mais assurément le plus beau », dit-il en appelant à le défendre.

Mesures agri-environnementales et climatiques (MAEC)

Le paiement d’abord

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

En 2016, 857 dossiers ont été déclarés éligibles au titre des mesures agri-environnementales et climatiques (MAEC), des conversions et du maintien à l’agriculture biologique dans le Bas-Rhin. 77 % d’entre eux ont été réglés, mais près d’un quart des exploitants concernés n’ont reçu que des acomptes. Pour 2017, c’est pire : sur 852 dossiers éligibles, seulement 187 dossiers ont été payés en totalité, soit 21 %. Ces retards, dénoncés depuis des mois par les syndicats agricoles, au niveau départemental comme national, ont fini par empoisonner les relations avec l’administration. Au point qu’une trentaine d’agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont bloqué, mardi 22 janvier, les deux agents de l’Agence de services et de paiement (ASP), venus procéder à un contrôle au Gaec du Waldmeister à Witternheim.

« Venir contrôler deux ans en arrière alors qu’on attend toujours le solde de 2016 et 2017, c’est prendre les gens pour des c…, martèle Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Nous ne sommes pas contre les contrôles : mais il faut d’abord faire les virements. » « Vous avez trois ans de retard, il faut payer maintenant, renchérit Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin. Les agriculteurs en ont marre d’être pris pour des larbins. » « On était habitué à des décalages, mais trois ans… Aucune autre profession n’accepterait ça. L’État est entièrement dans ses torts ! » « Si on ne paie pas nos impôts fonciers, on a tout de suite des pénalités », s’indigne un autre agriculteur pour qui « c’est trop facile de retarder les paiements ».

En face, Agnès Hardy, l’adjointe à la chef de service de l’Agriculture à la Direction départementale des territoires (DDT), qui accompagne les deux contrôleurs sur le terrain, tente de calmer le jeu et d’expliquer. Que les retards de paiement sont dus au rythme d’instruction et de contrôle des dossiers et pas à un manque de moyens de l’État. Qu’avec la Pac 2015, les procédures sont devenues complexes et qu’il a fallu développer un logiciel spécifique. Qu’il y a une procédure à respecter : l’instruction et le contrôle d’abord, le paiement ensuite. « On essaie de faire le maximum pour faire avancer l’instruction des dossiers, ajoute Agnès Hardy. Des intérimaires ont été embauchés à la DDT comme à l’ASP pour accélérer le traitement des dossiers mais, reconnaît-elle, on ne va pas résorber trois ans de retard en quelques semaines. » Le ministre de l'Agriculture ayant pris des engagements dans ce sens, Agnès Hardy table sur un paiement des dossiers 2016, 2017 et 2018 au courant de l’année 2019.

À la longue, les retards de paiement pourraient bien décourager les agriculteurs de souscrire de nouvelles MAEC. Les associés du Gaec du Waldmeister, eux, ont signé leurs premiers contrats il y a une vingtaine d’années : à ce jour, ils ont souscrit volontairement à cinq mesures qui s’appliquent sur vingt parcelles. Sur certaines, ils n’appliquent aucune fertilisation, sur d’autres, ils pratiquent la fauche tardive, sur d’autres encore, ils laissent une zone refuge pour favoriser la biodiversité. C’est pour compenser le manque à gagner résultant de ces pratiques que les trois associés, Claire et Benoît Dutter et leur mère, perçoivent les aides MAEC. Pour eux, comme pour les autres exploitants concernés, les retards de paiement s’ajoutent à une année agricole déjà difficile et marquée par la sécheresse.

Section des anciens exploitants du Bas-Rhin

Améliorer le pouvoir d’achat des retraités

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

« Qu’est-ce, aujourd’hui, qu’un agriculteur retraité ? C’est une femme ou un homme qui a beaucoup travaillé, qui s’est investi corps et âme pour nourrir la nation, qui a participé à l’animation rurale de son territoire et qui, maintenant, avec une retraite en dessous du seuil de pauvreté (760 € en moyenne), est un oublié de la nation. » Propos teintés d’amertume de Paul Schiellein, président de la section des anciens exploitants, à l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. Le représentant des anciens a rendu compte des principaux points défendus devant le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, lors de son passage à Strasbourg : « Un socle minimal de retraite pour tous, retraites actuelles et à venir, de 85 % du Smic, financé par la solidarité nationale ; un régime unique par point financé par les cotisations sociales basées sur le revenu du travail, regroupant l’actuelle retraite de base et la retraite complémentaire obligatoire ; un calcul de retraite sur les 25 meilleures années ».

Si ces propositions ont reçu un accueil favorable, leur mise en œuvre n’est pas prévue avant 2023, voire 2024. En attendant, la section des anciens exploitants milite pour une revalorisation des petites retraites à hauteur de 2 % pour 2019 et non de 0,3 % comme prévu. « Que représentent 0,3 % par rapport à l’augmentation de nos charges ? », interroge Paul Schiellein qui revendique une amélioration du pouvoir d’achat des retraités agricoles.

Sur le plan local, la section des anciens exploitants a plaidé la cause des retraités auprès des organisations partenaires dans le but de faire baisser les primes d’assurance et les frais bancaires. Elle a participé à l’élaboration d’un guide pour faire face au décès d’un conjoint et à celle d’un dépliant en faveur de la transmission. Par l’achat de tablettes et l’organisation de formations, elle a accompagné ses membres dans l’usage du numérique. Enfin, elle a apporté sa contribution au schéma départemental de l’autonomie élaboré par le Conseil départemental du Bas-Rhin, en défendant notamment le soutien aux aidants bénévoles des personnes maintenues à domicile et l’aménagement du domicile.

Alors que les élections à la Chambre d’agriculture sont en cours, Paul Schiellein a appelé l’assistance à aller voter : une question de crédibilité alors que la FNSEA a pesé de tout son poids pour maintenir le collège des anciens exploitants à la Chambre d’agriculture.

Seltz-Lauterbourg

Opération escargot et visite au percepteur

Vie professionnelle

Publié le 05/12/2018

9 h 45, Schaffhouse-près-Seltz, une trentaine de tracteurs conduits par des adhérents de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs des cantons de Seltz et Lauterbourg empruntent l’autoroute A35, en direction de Seltz. Une opération escargot destinée à faire entendre leurs revendications. « Des prix justes pour nos produits », « Stop à l’abattage de l’agriculture », « Gaspillage foncier, y’en a assez ! », « Macron, tiens tes promesses » : les pancartes fixées à l’avant des tracteurs donnent le ton. Derrière, les automobilistes prennent leur mal en patience.

À Seltz, le cortège se rend au centre des finances publiques, escorté par les gendarmes. Reçue par le percepteur, la délégation l’interpelle sur les dégrèvements fonciers. Ces dégrèvements sont accordés aux propriétaires fonciers, qui sont redevables de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB), et si la loi les oblige à en retourner le bénéfice aux locataires, rares sont ceux qui le font. La somme en jeu n’est pas négligeable, souligne Christian Schneider, président de la FDSEA du canton, à la tête de la délégation. Il la chiffre à 4 millions d’euros pour le département. L’informatisation des registres serait également bienvenue, pour permettre une consultation plus aisée du montant des dégrèvements.

L’entrevue terminée, les manifestants remontent sur les tracteurs, gyrophares allumés, et se dirigent vers Buhl. Il est près de midi quand la colonne de tracteurs arrive en vue de la ferme Lang. Sur une parcelle proche, malgré le vent et la pluie qui commence à tomber, ils entreprennent de planter deux mâts immenses, sur lesquels ils fixent les bâches portant de nouveaux slogans : « Tous les ans, dans le Bas-Rhin, huit jeunes agriculteurs ne peuvent pas s’installer, à cause de projets comme celui de Buhl ». La consommation irraisonnée de foncier préoccupe profondément les agriculteurs du secteur.

« 400 hectares de terres agricoles sont bétonnés chaque année dans le département, rappelle Mathieu Moog, président des JA du secteur. À Buhl, petite commune de moins de 600 habitants, la zone d’activités en projet comporte six lots. Seulement deux ont trouvé preneur pour l’instant. Les manifestants ne comprennent pas l’utilité de cette zone d’activités, alors que d’autres aux alentours ont encore des emplacements libres. « Le maire de Buhl m’a appelé ce matin. Il propose une rencontre pour débattre du sujet », annonce Christian Schneider.

« On calcule tous les jours »

Devant le hangar de la famille Lang, les poulets achèvent de rôtir sur le tournebroche. Tout le monde se met à l’abri de la pluie alors que la sono diffuse une parodie d’un tube de Renaud. « Allez pleure pas, Manu… » La dérision, arme ultime contre le malaise agricole ? Celui-ci transparaît chez tous les manifestants. Véronique Moog, productrice de lait à Wintzenbach, ne peut pas se satisfaire du prix auquel est acheté le lait depuis deux ans : « 33 cents le litre en moyenne, alors que le coût de revient est à 39 cents. À ce prix-là, on n’arrive pas à joindre les deux bouts. » « Il y a 30 ans, mon mari produisait 90 000 l et ils étaient trois à en vivre. Aujourd’hui, on n’est plus qu’à deux, on produit 600 000 l et on calcule tous les jours », renchérit Kathia Lang, sa collègue de Buhl, qui s’inquiète pour l’avenir de son fils, actuellement scolarisé à Obernai.

Chez les betteraviers, le compte n’y est pas non plus. Frédéric Schmitt, agriculteur à Niederrœdern, évoque « les prix historiquement bas » subis par les planteurs depuis la fin des quotas sucriers. « Nous devons produire au cours mondial avec les charges françaises, dénonce-t-il. Et en plus, on nous interdit l’utilisation des néonicotinoïdes pour enrober les graines. Il va falloir se remettre à traiter contre les pucerons alors qu’on ne le faisait plus depuis 30 ans, c’est un contresens écologique. »

Sentiment d’injustice

De contresens et d’incohérence, il est beaucoup question autour des tables. À propos des aides à l’installation par exemple. Celles-ci sont conditionnées à l’élaboration d’un plan de développement sur quatre ans, fixant des seuils de revenus à atteindre. « Il faut dégager un Smic minimum et trois Smic maximum au bout de cinq ans, sinon, on doit rembourser les aides. Pour ceux qui n’atteignent pas le seuil minimum, c’est tragique », dénonce Mathieu Moog, qui parle d’une quarantaine de dossiers concernés cette année.

Élitest

Reproduction : la génomique est passée par là

Élevage

Publié le 03/12/2018

Un nombre d’adhérents en baisse, mais une activité qui ne faiblit pas et qui s’enrichit de nouveaux services : tel est le bilan de l’activité de la coopérative Élitest, dressé par Philippe Sibille, son directeur, et Luc Voidey, directeur technique, lors des trois assemblées de section qui se sont déroulées en Alsace les 21 et 22 novembre. Celles-ci précèdent l’assemblée générale, qui aura lieu le 11 décembre dans la Meuse. Plus de 52 000 IAP bovines ont été réalisées dans les deux départements alsaciens durant la campagne 2017-2018, soit une hausse de 2,41 %. Ici, comme dans les autres zones couvertes par la coopérative (Meuse, Moselle, Vosges, Haute-Marne), la coopérative commercialise des doses d’un large éventail de races, en laitier comme en allaitant. Il s’agit d’être en phase avec la demande, y compris sur des races confidentielles dans la région (jersiaise, brune) et avec les démarches de filière dans lesquelles certains éleveurs sont engagés. L’activité porcine, en baisse, est passée sous la barre des 45 000 doses sur l’ensemble de la zone Élitest.

En bovins, l’activité d’Élitest est marquée par la montée en puissance de la génomique, du sexage et le développement du croisement industriel. La génomique est l’une des innovations les plus importantes dans le domaine de la génétique de ces 50 dernières années. En renforçant la précision des index, elle permet de trier les femelles et de gérer les accouplements de manière plus efficace, explique Philippe Sibille. Les éleveurs utilisant la génomique peuvent placer des doses sexées sur leurs meilleures femelles et faire du croisement sur les moins intéressantes. « Un tiers de doses sexées, un tiers de doses conventionnelles, un tiers de croisement : on va vers ce modèle », indique le directeur d’Élitest.

Le génotypage se développe

Désormais disponible en routine dans les élevages, le génotypage des femelles se développe : plus de 4 500 génisses prim’holstein en ont bénéficié dans la zone Élitest en 2017-2018, contre 3 200 durant la campagne précédente, soit une augmentation de 50 %. En montbéliarde, l’augmentation est de 30 % d’une campagne sur l’autre. Alors que cette prestation commence à être proposée en charolais, la vosgienne est la seule race où toute la population femelle est génotypée, précise Philippe Sibille. Cette évolution est liée à la baisse du coût du génotypage, passé en quelques années de 115 à 40 €. La coopérative propose un tarif unique quelle que soit la race, avec une dégressivité en fonction du nombre d’animaux génotypés.

Depuis quelques mois, grâce à l’outil Génocellule développé par le Contrôle laitier, le génotypage est aussi utilisé pour maîtriser les cellules, ce qui permet « d’amortir d’autant mieux son coût ». En charolais, la technique peut être utilisée sur les mâles, ce qui permet de gérer la monte naturelle et d’éviter les tares génétiques.

Le cap des 30 000 doses sexées

L’utilisation des semences sexées se développe, elle aussi, depuis dix ans : elle a augmenté de 12 % lors de la dernière campagne. « On pense passer le cap des 30 000 doses sexées posées l’an prochain », prévoit le directeur d’Élitest, qui se réjouit que même les petites races y aient accès. Le taux de fécondance des doses sexées est en voie d’amélioration, même s’il est moins bon qu’en doses conventionnelles.

Le croisement industriel, qui consiste à accoupler les femelles laitières avec des taureaux de race à viande, progresse. Il a doublé depuis la campagne 2012-2013 et représente désormais 5,5 % des IAP laitières. La moitié des inséminations de croisement sont réalisées avec du blanc bleu belge. Élitest propose aussi de la semence de taureaux angus, stabiliser et vosgienne, trois races acceptées dans le cahier des charges Herbopack développé par EMC2 pour Charal.

En plus de la vente des semences, la coopérative a élargi son activité aux services liés à la reproduction. Les inséminateurs d’Élitest ont ainsi réalisé plus de 115 000 échographies et 34 000 palpers. Près de la moitié d’entre eux sont formés au suivi de reproduction, une prestation qui concernait 235 élevages et près de 25 000 femelles durant le dernier exercice. Dans le cadre du plan sanitaire d’élevage, la coopérative propose la synchronisation des chaleurs. L’aide aux femelles allaitantes synchronisées sera reconduite en 2018-2019, signale à ce sujet Philippe Sibille.

Transplantation : un noyau dur en Alsace

Dans le domaine de la transplantation embryonnaire, 199 collectes ont été réalisées en élevage, dont 77 en Alsace, où réside « un noyau dur d’éleveurs » intéressés. Les résultats sont en amélioration avec un peu plus de cinq embryons viables par collecte. La coopérative prélève également des embryons sur des génisses stratégiques rentrées en station pour servir de mères à taureaux. « On va essayer d’atteindre 40 à 45 embryons par génisse contre une trentaine aujourd’hui », indique Philippe Sibille, précisant que pour ces génisses, la moyenne est de 7,6 embryons par collecte. Depuis un an, Élitest dispose des équipements et d’une technicienne capable de réaliser des biopsies et du génotypage d’embryons, ce qui permet de ne poser que les embryons à plus de 180 d’Isu. L’objectif est d’« économiser » 15 à 20 % de femelles receveuses.

La coopérative continue à entretenir le noyau femelles sur la zone Élitest : elle a réalisé 1 300 accouplements à cette fin sur des femelles génotypées à plus de 150 d’Isu. 350 femelles sont nées des accouplements de l’année dernière à 166 points d’Isu en moyenne, précise Luc Voidey. De plus, dans le cadre du schéma de sélection prim’holstein, 211 mâles ont été génotypés. Neuf d’entre eux ont été achetés et sont entrés en taurellerie à Brumath et cinq mâles ont été diffusés sur l’exercice suivant. À noter que depuis 2015, 14 taureaux prim’holstein nés sur la zone Élitest ont été diffusés. En montbéliarde, le schéma Umotest fonctionne sur le même modèle.

Le règlement zootechnique européen est en train d’évoluer. Philippe Sibille a donné les grandes lignes du nouveau règlement, qui confie aux organismes de sélection des missions nouvelles : en plus de l’orientation de la race, ils doivent se charger de la tenue du livre généalogique, du contrôle de performances sur les nouveaux caractères et de l’évaluation génétique. Jusqu’alors, c’était l’Inra qui était en charge de l’évaluation génétique. Le coût était supporté par l’État. « Depuis le 1er novembre, la profession doit prendre le relais », indique Philippe Sibille. D’où la création de GenEval, un organisme financé par les éleveurs et chargé de calculer les index, « sans rupture par rapport à ce qui se faisait précédemment ».

Autre dossier intéressant les éleveurs, le projet régional de partage des données d’élevage Harmony. Il s’agit de constituer une base de données régionale où chaque organisme fait remonter ses données et peut récupérer celles des autres. Ce partage des données n’est possible qu’avec le consentement des éleveurs, précise le directeur d’Élitest. Il vise à mieux les conseiller en croisant les informations venues d’horizons divers.

Matinée du Scotan

Agriculture et urbanisme : les élus en arbitres

Pratique

Publié le 20/11/2018

« Comment réinventer le couple agriculture-urbanisme ? » Tel était le thème de la deuxième table ronde organisée dans le cadre de la matinée du Scotan, le 13 octobre à Walbourg (lire en page 6 de notre n° 43 du 26 octobre 2018). Des élus, des représentants du monde agricole et des acteurs de l’aménagement du territoire se sont penchés sur cette question, en partant du constat que de plus en plus de projets agricoles rencontrent une opposition dans leurs villages d’implantation.

Les problèmes d’odeurs, de circulation, les risques de pollution éventuelle sont les arguments le plus souvent mis en avant par les opposants, quand ce n’est pas l’opportunité même du projet qui est remise en cause. La profession agricole n’est pas insensible à ces critiques. L’intégration paysagère des bâtiments d’élevage et le respect des distances par rapport aux habitations sont des points sur lesquels les services de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) sont particulièrement attentifs, souligne son premier vice-président, Denis Ramspacher.

La concertation comme préalable

La diversification des activités est un facteur de pérennité pour de nombreuses exploitations. La méthanisation répond à cet objectif. La CAA, après avoir identifié les sites susceptibles d’accueillir des unités de méthanisation, a réussi à fédérer 15 agriculteurs autour d’un projet à Wittersheim, indique Régis Huss, son directeur adjoint. Pour s’engager dans cette « aventure collective », il a fallu prendre en compte l’« acceptabilité » du projet. Ne pas s’en soucier aurait exposé les participants à un échec, tel qu’en ont vécu d’autres porteurs de projets similaires dans le département.

La CAA a donc fait appel à un cabinet d’études spécialisé. L’objectif : gérer la concertation autour de ce projet. Selon les recommandations des experts, des tracts ont été distribués dans les communes environnantes et un site internet a été créé, pour informer sur l’avancement du projet. Les habitants ont la possibilité de s’exprimer à travers des contacts à distance réguliers mais le cabinet d’études a dissuadé les porteurs du projet d’organiser des réunions publiques, ce qui aurait été la meilleure manière d’être immédiatement cloués au pilori. Cette stratégie et les réponses apportées aux habitants par d’autres que les agriculteurs concernés ont abouti à ce que le projet de Wittersheim se développe « sans souci majeur par rapport à son implantation », indique Régis Huss.

Si les agriculteurs perçoivent bien les attentes de la société, encore faut-il qu’ils prennent du recul par rapport à certaines d’entre elles, estime pour sa part Didier Braun, éleveur laitier à Hoffen, commune dont il est aussi le maire. « Les demandes de la société sont très larges et parfois, on y trouve tout et son contraire. » Pour répondre à l’attrait du végétal, la laiterie Alsace Lait a lancé un lait de pâturage. Les éleveurs qui avaient le foncier adapté ont adhéré à la démarche. Ceux qui n’ont pas les surfaces disponibles à proximité de la ferme ne pourront le faire qu’à condition qu’un remembrement ait lieu. D’où l’appel lancé par Didier Braun aux élus : « Vous devrez vous engager avec les agriculteurs pour répondre à ces attentes ».

Influer sur les choix

En élaborant les documents d’urbanisme, les élus locaux veillent à ménager l’équilibre entre aménagement du territoire et activités agricoles, souligne Jean-Lucien Netzer, maire de Bischwiller et premier vice-président de la communauté d’agglomération de Haguenau. Dans le cadre de l’élaboration du PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal) par exemple, les objectifs sont discutés et partagés avec la CAA, dit-il. Et lorsque lui sont soumises des demandes de sortie d’exploitation, c’est aussi vers la Chambre d’agriculture que se tourne l’élu pour avoir un avis, lui qui reconnaît ne pas être « un spécialiste ».

Les collectivités devraient servir d’« interface entre producteurs et consommateurs », estime Régis Huss, et ceci aussi bien dans le domaine de l’énergie que de l’alimentation. Ils pourraient ainsi influer sur les choix alimentaires ou énergétiques de la population. C’est déjà le cas dans les cantines des collèges, où une partie de l’approvisionnement est composée de produits locaux, voire bios, témoigne Isabelle Dollinger, vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin, qui souhaiterait étendre cette politique aux Ephad et aux maisons de retraite.

« Vous avez le pouvoir d’orienter et d’accompagner notre agriculture », lance Marc Moser aux élus présents. L’élu de la CAA insiste sur l’enjeu que constitue le renouvellement des chefs d’exploitation : dans les 20 ans qui viennent, nombre d’entre eux vont partir à la retraite. Soutenir les jeunes qui s’installent, surtout s’ils sont formés et pratiquent une agriculture diversifiée, lui apparaît comme une nécessité. Les communes, qui sont propriétaires de surfaces foncières, devront établir des priorités en ce sens, juge Marc Moser.

Concernant le changement des pratiques agronomiques, évoqué par Daniel Starck, également élu de la CAA, les agriculteurs sont prêts. Régis Huss prédit le retour à une agriculture « plus vertueuse », pourvu que les solutions développées soient « viables, partagées et rémunératrices ». Rémi Michael, conseiller à l’Adar de l’Alsace du Nord, témoigne des efforts de formation entrepris par la CAA pour convertir les agriculteurs à l’agriculture de conservation et à l’usage de couverts permanents. La CAA est également à l’œuvre face aux dérèglements climatiques. Elle étudie par exemple, avec l’Eurométropole de Strasbourg, la possibilité de constituer des îlots de terre qui serviraient de réservoir en cas d’inondation et éviteraient les coulées de boues dans les villages, rapporte Denis Ramspacher.

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