Auteur

Florence Péry

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Festival de l’élevage de Brumath

Rendez-vous en 2021

Élevage

Publié le 01/05/2020

« Dans un premier temps, on avait envisagé le report du festival de l’élevage car on ne savait pas trop où on allait, indique Marc Schneider, président du festival de l’élevage de Brumath. Mais, vu la situation, on s’est rendu compte que ce serait difficile de trouver une nouvelle date. On ne voulait pas rentrer en concurrence avec les concours de labour - s’ils ont lieu - et la seule possibilité qui restait, c’était fin septembre, après la foire européenne de Strasbourg. Mais, à ce moment-là, ce sont les récoltes qui commencent : ça n’aurait pas été évident de mobiliser du monde. » Les organisateurs ont donc préféré annuler purement et simplement la manifestation phare de l’élevage bas-rhinois.

Une décision de raison

Fixer une nouvelle date aurait de toute façon constitué « un pari risqué », dans la mesure où le confinement, prolongé une première fois le 13 avril, pourrait être prolongé une nouvelle fois et sa levée n’intervenir que de façon très progressive. Trop d’incertitudes pour un festival qui, malgré sa longévité, se prépare longtemps à l’avance : le plan d’eau est réservé d’une année sur l’autre mais il faut se préoccuper de la location des chapiteaux, de la sélection des animaux, des contacts avec les juges, de la préparation du catalogue, bien en amont, et veiller à ce qu’il y ait assez de bénévoles pour assurer une organisation sans faille le week-end de la fête. 2020 coïncidant avec la 40e édition du festival, les organisateurs avaient même prévu de faire fabriquer des « éco-cups » à l’effigie des 40 ans.

« C’est dommage d’annuler mais c’est une décision de raison », souligne Marc Schneider, conscient qu’en période d’épidémie de coronavirus, les sponsors habituels ont aussi d’autres chats à fouetter. « Ca aurait fait du bien de retrouver l’ambiance du plan d’eau. Le festival est toujours l’occasion de se retrouver entre agriculteurs, et particulièrement entre éleveurs. Mais c’est comme ça, ce n’est pas la seule chose qui est hors norme cette année. » Frédéric Bernhard, président du syndicat des éleveurs simmental d’Alsace, parle aussi d’une « occasion manquée » : une dizaine de membres du syndicat se mobilisent chaque année pour assurer l’intendance (montage des chapiteaux, restauration, rangement) au côté des éleveurs des autres races et participer au concours simmental. C’est l’occasion de passer du temps ensemble, d’échanger et finalement, de rompre avec la routine habituelle des travaux à la ferme.

Chez les éleveurs prim’holstein, c’est aussi la déception qui prime. « Le festival, c’est quand même notre événement annuel et, pour les syndicats d’élevage, c’est la principale rentrée d’argent, celle qui permet notamment d’organiser notre sortie annuelle, indique Jean-François Dintinger, président du syndicat des éleveurs prim’holstein et de l’Union des éleveurs du Bas-Rhin. Pas de festival, pas de recette : il faudra donc annuler la sortie ou demander aux éleveurs de la financer de leur poche.

École des jeunes : « c’était mon tour »

L’annulation fait aussi des déçus chez ceux qui s’étaient inscrits à l’école des jeunes présentateurs. C’est le cas de Caroline Goos, de Blaesheim. Élève de première au lycée agricole d’Obernai et fille d’éleveur, la jeune fille présente des génisses à Brumath depuis cinq ans. Cette année, elle avait prévu de participer au week-end de formation organisé durant les vacances de Pâques à l’élevage Wilt de Dachstein. Il s’agissait d’apprendre les techniques de clippage et de se perfectionner dans la présentation des animaux en concours. « C’est toujours enrichissant et convivial, j’ai plein d’amis du lycée qui étaient censés participer aussi mais ça a été annulé avec le confinement. J’attendais ça depuis deux ans, ma grande sœur l’a fait avant moi et cette fois-ci, c’était mon tour », se désole la lycéenne.

« Il fallait annuler, on n’avait pas le choix, commente pour sa part Jean-Marie Schoenel. Même si la chose est rare, ce n’est pas la première fois que cette décision est prise, rappelle le président du syndicat de la race montbéliarde. Il y a tout juste vingt ans, en l’an 2000, la fièvre aphteuse avait conduit à faire une croix sur le rendez-vous de Brumath et sur Eurogénétique. Jean-Marie Schoenel espère tout de même que les autres grandes rencontres d’élevage, Agrimax à Metz et le Sommet de l’élevage, à Clermont-Ferrand, pourront tout de même avoir lieu comme prévu en octobre.

Quant au concours interraces d’Alsace Bossue, qui a lieu habituellement fin juin à Lorentzen, aucune décision n’était prise mardi, à l’heure où nous mettions ce numéro sous presse : Thomas Strohm, président du syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue, attendait les déclarations du Premier ministre sur le déconfinement, prévues dans l’après-midi, pour décider du maintien ou non de la manifestation.

Volailles. Abattoir Siebert à Ergersheim

Les avantages d’une clientèle diversifiée

Élevage

Publié le 21/04/2020

Avec l’épidémie de Covid-19, l’abattoir Siebert à Ergersheim, principal opérateur de la filière Alsace volaille, fait face à une réduction de personnel : une cinquantaine de salariés sont absents car malades ou obligés de garder leurs enfants, sur les quelques 300 qui font tourner le site, indique Bruno Siebert, le PDG des Volailles Siebert. « Cela pose des problèmes, notamment sur les postes clés, où on a du mal à trouver des intérimaires. Heureusement qu’on a du personnel polyvalent. »

Malgré ces difficultés, l’activité se poursuit. « On arrive à tenir car on a une clientèle diversifiée : la restauration collective est à l’arrêt mais les grandes surfaces ont pris le relais. Elles ont pratiquement avalé la totalité du volume », indique Bruno Siebert qui se félicite de ne pas être tributaire d’une seule clientèle. Cette substitution a pourtant ses contraintes : « On vend davantage de produits préemballés, ce qui demande beaucoup de main-d’œuvre. » La demande de volailles label rouge est soutenue, celle de volailles bio tire même « très fort », selon le PDG des Volailles Siebert qui y voit un réflexe habituel dans les moments de crise.

Export : en attendant la reprise

À l’export, l’entreprise a perdu momentanément une grande partie de ses débouchés. « C’est là qu’on souffre le plus. On fait énormément de gastronomies sur ces marchés. » Le chef d’entreprise cite l’exemple des suprêmes de poulet jaune : vendus uniquement hors du marché français, ils ont dû être congelés en attendant une reprise du marché. « On a la capacité de stocker et de transformer selon les besoins, ce qui nous rend relativement autonomes. » Bruno Siebert, qui est confiant dans le soutien de ses clients, est particulièrement attentif au déconfinement progressif annoncé par l’Autriche et l’Allemagne.

Du côté des mises en place, en dehors d’une journée et demie de production sacrifiée « par précaution » en début de confinement, rien n’a été modifié. « On a simplement tenu compte des congés scolaires qui viennent de démarrer : c’est toujours une période un peu plus calme, avec 10 à 15 % de volume en moins. »

Comme beaucoup de chefs d’entreprises agroalimentaires, Bruno Siebert s’interroge sur la façon dont les consommateurs vont faire évoluer leurs achats après le confinement. « Les comportements ne seront plus les mêmes », prévoit le chef d’entreprise sans trop savoir à quoi s’attendre.

 

A lire aussi : 2019 est une bonne année, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Travail saisonnier en agriculture

Un maître-nageur pour récolter les choux-fleurs

Vie professionnelle

Publié le 11/04/2020

« À toutes les bonnes volontés qui disposent de temps, nous aurons besoin de 200 000 saisonniers dans les trois mois. Nous vous accueillerons dans de parfaites conditions de sécurité ». Lancé sous le slogan « Des bras pour ton assiette », l’appel à suppléer le manque de travailleurs saisonniers en période de Covid-19 a recueilli un franc succès. Selon les chiffres du 6 avril, 216 000 personnes s’étaient inscrites sur WiziFarm, la plate-forme nationale dédiée à l’opération, en l’espace de trois semaines. « Un chiffre incroyable », pour Christelle Jamot, directrice de la FDSEA du Haut-Rhin. Dans ce département, à la même date, 3 243 personnes s’étaient inscrites sur la plate-forme et 250 candidatures spontanées étaient parvenues directement au syndicat haut-rhinois. En face, 146 employeurs haut-rhinois avaient fait part de leurs besoins en main-d’œuvre.

 

 

Une fois, salariés potentiels et employeurs enregistrés sur la plate-forme, la mise en relation des uns et des autres est réalisée au moyen d’un algorithme qui prend en compte les compétences et la situation géographique. L’objectif est que chaque employeur trouve le personnel qui lui est nécessaire dans un rayon aussi proche que possible. Pour les 250 candidatures spontanées adressées à la FDSEA du Haut-Rhin, ce sont les mêmes critères qui sont utilisés.

Participer à l’effort national

La FDSEA du Bas-Rhin, elle, a choisi de s’appuyer sur une plate-forme existante, l’Agriculture recrute, pour trouver des bras prêts à remplacer les saisonniers qui devaient venir en renfort. L’appel aux candidats a été diffusé nationalement et elle a pu recueillir près de 600 candidatures. « Ça a très bien marché, juge Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. Nous avons eu des profils très différents, beaucoup de citadins, de Strasbourgeois notamment ». Les motivations sont diverses : envie de participer à un effort national, volonté de soutenir l’agriculture ou nécessité de gagner sa vie, c’est selon.

Yohann Lecoustey, du côté du syndicat bas-rhinois, a choisi d’effectuer un premier tri dans les candidatures pour proposer aux employeurs intéressés un panel de profils différents avec au moins une expérience du travail agricole, même modeste. « C’est un travail de fourmi, qualitatif », souligne Yohann Lecoustey. Une animatrice de la FDSEA, Noémie Litt, a été chargée de mettre en relation candidats et employeurs, la sélection finale revenant à l’employeur.

 

 

Olivier Houdé, producteur de houblon à Minversheim, a ainsi reçu une liste d’une dizaine de candidats pour la mise au fil de houblon, un chantier qui nécessite entre quinze et vingt personnes sur un court laps de temps. Même si la mise au fil n’est prévue qu’autour du 20 au 25 avril, il a préféré prendre les devants en contactant les volontaires : des opticiens, un maçon, des kinés, des étudiants. « Ils sont prêts à travailler si le confinement continue », indique, soulagé, le jeune houblonnier. Il espère recruter par la suite, parmi les bénéficiaires du RSA.

Et après le confinement ?

C’est une des limites de cet appel : nombre de personnes qui y ont répondu sont des salariés mis au chômage partiel ou des étudiants dont les cours ont été interrompus. Que va-t-il se passer lorsque le travail ou les cours reprendront ? « Ce sont des gens qu’on aura formés mais qui ne seront peut-être plus là début mai lorsqu’on sera en pleine récolte et qu’on aura mis en place des conditions sanitaires optimales pour travailler en sécurité », constate, elle aussi, Véronique Steinmetz, directrice de la coopérative de Hœrdt, tout en reconnaissant le « magnifique élan » exprimé par les volontaires.

Autre question : si la bonne volonté des candidats n’est pas à mettre en doute, celle-ci va-t-elle résister à l’épreuve des travaux physiques ? « Il ne faut pas une grande formation pour mettre au fil le houblon, mais il faut quand même tenir le coup, reconnaît Olivier Houdé. On se lève, on s’accroupit environ 300 fois par ligne. » Isabelle Eschbach, maraîchère à Innenheim, n’est pas trop inquiète de ce côté-là : elle a réussi à constituer une équipe d’une dizaine de salariés, parmi lesquels beaucoup d’étudiants et même un maître-nageur. « Ceux qui ont envie de bosser s’adaptent très bien. On ne peut pas s’attendre à la même efficacité qu’avec des gens qui font ça depuis vingt ans, mais au bout de deux ou trois jours, ça va tout seul, il faut juste être un peu patient. » Pour le mois d’avril, la récolte des choux-fleurs et les travaux de plantation sont donc assurés dans son exploitation. Pour le mois de mai, il faudra voir…

Inquiétude sur les débouchés

« On a besoin de main-d’œuvre qualifiée », insiste, pour sa part, Albert Binder, agriculteur à Sessenheim dans le nord de l’Alsace, qui emploie d’ordinaire une quarantaine de saisonniers pour la récolte des asperges, dont trente viennent de l’étranger, de Roumanie et Pologne, notamment. Les plus fidèles viennent depuis vingt ans et enchaînent la récolte des asperges, la plantation du tabac et la castration du maïs semence.

S’il parvient à constituer son équipe pour récolter ses asperges, une question reste entière : va-t-il pouvoir les écouler ? « Notre principale question, c’est de savoir si la consommation va être au rendez-vous et à quel tarif on va vendre, relève Albert Binder. Imaginez ce qu’il va rester si on doit embaucher de la main-d’œuvre qui n’est pas qualifiée… » L’incertitude autour des débouchés est un facteur d’inquiétude croissant chez de nombreux agriculteurs alsaciens. Au point de faire passer désormais la question de la main-d’œuvre au second plan.

Élevage ovin

L’agneau de Pâques ne fait pas recette cette année

Élevage

Publié le 09/04/2020

D’habitude, Pâques est une période d’intense activité pour les éleveurs ovins. L’agneau fait partie des classiques du repas pascal et si l’on n’est pas fan du traditionnel gigot, l’arrivée des premiers légumes de printemps permet d’accommoder cette viande de multiples façons. Il en va tout autrement cette année : l’épidémie de Covid-19 et le confinement obligatoire anéantissent les espoirs des éleveurs ovins. Le pic de consommation attendu n’aura pas lieu.

« Il n’y a pas de demande, se désole Jean-Pierre Saulet-Moes, conseiller ovins à la Chambre d’agriculture Alsace et animateur de la filière Agneau Terroir d’Alsace. La dernière semaine de mars, les abattages d’agneaux étaient en baisse de 45 % au niveau national par rapport à 2019. Et la FNO (fédération nationale ovine) estime que 45 000 agneaux vont rester dans les fermes. Dans le Grand Est, il y a entre 15 000 et 18 000 agneaux dont on ne sait pas quoi faire. » La situation vaut aussi pour l’Alsace. « Les gens ne pensent pas à Pâques, ils n’ont pas envie de fêter quoi que ce soit, on ne parle que du coronavirus matin, midi et soir. »

Aucun levier pour agir

L’an dernier, pendant les deux semaines précédant Pâques, Agneau Terroir d’Alsace avait réussi à vendre 11 000 agneaux. « Là, on va faire 40 % du volume. Et le problème, c’est qu’on n’a aucun levier car la situation est la même en dehors du marché alsacien. » Les boucheries traditionnelles semblent mieux résister que les GMS, dont la plupart ont fermé leur rayon à la coupe faute de personnel. Mais beaucoup ont réduit leurs horaires d’ouverture, constate le conseiller ovin.

Les agneaux qui devaient être commercialisés à Pâques sont nés en novembre-décembre et, à ce moment-là, on ne parlait pas encore de coronavirus. Même si le conseiller ovin a ensuite demandé aux adhérents de freiner la production d’agneaux, il était trop tard. « Un autre problème vient du fait que les grandes surfaces ont commandé de l’agneau de Nouvelle-Zélande il y a déjà quelque temps. Ils vont d’abord essayer d’écouler ce qu’ils ont dans leurs frigos avant de penser à la production locale. Donc le marché risque d’être engorgé pour un bon moment. Et après Pâques, il ne faut pas s’attendre à une embellie au niveau de la consommation. »

 

 

Jérémie Gisselbrecht, éleveur ovin à Baldenheim, en Centre Alsace, n’est guère plus optimiste : « J’ai vendu un quart de ce que j’avais prévu pour Pâques », indique le jeune éleveur, qui s’est lancé dans l’élevage ovin en 2017. Les seuls agneaux qu’il a réussi à commercialiser l’ont été en direct, sous forme de colis. Et même par ce biais, les clients ne se bousculaient pas au portillon. « Il y a un mois, tout le monde me demandait de l’agneau et finalement, ceux qui sont venus m’en acheter ne sont même pas ceux qui m’ont appelé. C’est bizarre… », constate encore Jérémie Gisselbrecht, qui écoule habituellement 95 % de sa production via Agneau Terroir d’Alsace.

« On court après les gens »

Jérôme Maier, éleveur à Bassemberg dans la vallée de Villé, qui vend toute sa production en direct, fait état des mêmes difficultés. Lundi matin, il constatait une baisse des volumes de moitié par rapport à une année ordinaire. « D’habitude à Pâques, ce sont les clients qui nous appellent et, parfois, on n’arrive pas à assurer toutes les commandes. Cette année, c’est nous qui courons après les gens. » Dans les magasins de producteurs où il est présent, à Strasbourg, Villé et Wisches, il a le sentiment que la solidarité vis-à-vis des producteurs joue davantage. Néanmoins, la demande pour les grosses pièces telles que les gigots est en baisse et il n’est pas sûr que les consommateurs vont se rabattre sur les côtelettes et les tranches de gigot. Compte tenu des incertitudes, l’éleveur a été contraint d’annuler un créneau d’abattage à l’abattoir de Rambervillers, où il emmène ses animaux. « Le pire, ça aurait été de faire abattre les agneaux et de se retrouver avec la viande sur les bras. »

L’effondrement de la demande a des conséquences sur le terrain : les éleveurs vont devoir garder leurs agneaux dans les élevages. « Ceux qui sont finis, on peut les garder encore 15 jours en réduisant leur alimentation, mais pas plus, indique Jean-Pierre Saulet-Moes. Ceux à qui il manquait 5 à 8 kg, on peut encore les tirer un mois mais comme la commercialisation a pris du retard, ça va finir par se cumuler. » Le problème qui se pose est celui de la place disponible dans les bergeries mais aussi des frais supplémentaires liés à une période d’élevage plus longue. Les éleveurs adhérant à Agneau Terroir d’Alsace, qui bénéficient d’un prix fixe à l’année, craignent de ne plus être compétitifs lorsque le confinement sera fini.

Dans cet océan d’incertitude, Jérôme Maier espère, lui, que le beau temps va se maintenir après Pâques. « Si c’est le cas, les consommateurs vont se tourner vers les grillades et cela nous permettra peut-être d’écouler nos agneaux de Pâques ».

 

Revisionnez la vidéo d'Ilo de 2016 :

Distribution alimentaire

Le rush vers la Ruche

Vie professionnelle

Publié le 05/04/2020

Depuis que le confinement est entré en vigueur, Claudine Lapp est submergée par les commandes. « D’habitude, j’ai 20 à 25 clients réguliers. La semaine dernière, il y en avait 73… » Il y a les habitués mais aussi les anciens clients qui avaient décroché et de nouveaux venus qu’elle n’avait jamais vus auparavant. Les distributions de la Ruche de Brumath ont lieu chaque mardi de 18 h à 19 h 30 au Jardin de l’escalier, un jardin classé remarquable dont la propriétaire tient aussi des chambres d’hôtes, une table d’hôtes et une galerie d’art. Claudine Lapp, la responsable de la Ruche, sert d’intermédiaire entre une trentaine de producteurs locaux et des clients soucieux de se nourrir avec des produits de qualité venant des environs : produits laitiers de Durningen et de Riedheim, bière de Wingersheim, volaille d’Eberbach, pommes de Rottelsheim, légumes de Hoerdt… « On est vraiment sur du local », insiste Claudine Lapp, qui mentionne un rayon d’approvisionnement de 23 km.

Alors que les marchés de plein air ont été pour la plupart interdits pour éviter la propagation du Covid-19, les Ruches continuent à fonctionner et font le plein de commandes. Même si elles ont fait leur réputation sur le contact direct entre producteurs et consommateurs, il leur est plus facile de limiter les échanges physiques : les clients passent leurs commandes et règlent sur internet et ils viennent récupérer leurs achats le mardi soir au point de distribution. « Personne ne touche les produits, il n’y a pas d’échange d’argent, c’est rassurant pour les clients », indique Claudine Lapp. Pour limiter encore davantage les contacts, la responsable de la Ruche de Brumath envoie même des SMS afin d’échelonner les arrivées au moment de la distribution.

 

 

Compenser une partie des pertes

Pour l’instant, la trentaine de producteurs qui approvisionne la Ruche de Brumath a réussi à répondre au surcroît de commandes. Ce qui réjouit Claudine Lapp : « Avec la fermeture des marchés, certains ont perdu pas mal de clients, alors si on peut compenser une partie des pertes, c’est déjà bien. » Reste à savoir si les nouveaux venus resteront fidèles à la Ruche au-delà de la période du confinement. La responsable de la Ruche de Brumath l’espère bien. Ce serait l’occasion pour eux de découvrir ce qui fait la véritable particularité du réseau, au-delà de la provenance locale et de la qualité des produits : la convivialité.

Emmanuelle Gillard, responsable de deux Ruches - une dans le quartier du Neudorf à Strasbourg, l’autre au domaine viticole Xavier Muller à Marlenheim - fait le même constat que sa collègue de Brumath : « J’ai triplé le nombre de commandes. À Neudorf, j’ai dû clôturer la vente quatre jours avant la date prévue et j’ai plafonné à 100 commandes. Je ne voulais pas en accepter plus pour que mes producteurs arrivent à suivre. » Certains des nouveaux clients se sont inscrits suite à la fermeture du marché de Neudorf, le seul marché couvert de Strasbourg. À la Ruche de Marlenheim, les commandes ont décollé un peu moins vite, mais lundi matin, à quelques heures de la clôture de la vente, Emmanuelle Gillard s’attendait à atteindre les 100 commandes également.

 

 

Face à cet afflux, certains producteurs ont été pris de court, constate la responsable de Ruche, qui peut compter sur une trentaine de producteurs, dont vingt recrutés à son initiative. Mais les quelques ruptures de produits ne devraient être que momentanées. Emmanuelle Gillard, quant à elle, n’a pas tellement changé son mode de fonctionnement puisqu’elle avait déjà adopté le principe du drive depuis deux ans.

 

Service de remplacement du Bas-Rhin

Remplacement : l’activité en légère hausse en 2019

Pratique

Publié le 30/03/2020

7 174 : c’est le nombre de jours de remplacement effectués par les salariés du service de remplacement du Bas-Rhin en 2019. Un chiffre supérieur à celui de 2018 mais qui reste dans la lignée des cinq dernières années. C’est ce qu’a constaté Christophe Haas, vice-président du service de remplacement, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le 11 mars à la Chambre d’agriculture, à Schiltigheim, en présence des organisations partenaires (MSA, CAAA, Groupama). En 2019, le service fonctionnait avec six salariés en contrat à durée indéterminée (CDI) et deux salariés en CDD 6 mois, mais avec les agents assurant des remplacements de courte durée, l’effectif se montait à 243 personnes, soit un peu plus de 35 équivalents temps plein. À quoi s’ajoutent deux personnes chargées de la partie administrative.

Le service comptait l’an dernier 419 adhérents, dont 368 utilisateurs. Les principaux motifs d’utilisation du service sont l’accident (38 %) et la maladie-hospitalisation (25 %). Les congés maternité et paternité représentent 22 % des remplacements. Ces deux motifs ont pris un essor assez important : en effet, le service a ouvert l’an dernier le remplacement aux pères désireux de faire valoir un congé paternité et la prise en charge est maintenant totale pour les mères qui demandent à être remplacées pendant leur congé maternité. Les demandes de remplacement pour congé ou complément de main-d’œuvre sont en hausse - ils représentent 11 % des jours de remplacement en 2019 -, ceux pour formation ou motif syndical sont stables.

En plus de son activité habituelle, le service de remplacement a engagé différentes actions pour se faire connaître et entretenir le lien avec ses adhérents : il a tenu un stand à la finale départementale de labour, au festival de l’élevage et plusieurs interventions ont été réalisées lors des assemblées générales cantonales des Jeunes Agriculteurs et lors des stages de pré-installation. Ces interventions seront reconduites en 2020 et une journée spéciale portes ouvertes est en réflexion, en lien avec les partenaires.

Mieux formés aux nouvelles technologies

Le budget prévisionnel 2020 a été établi sur la base des mêmes tarifs qu’en 2019. La participation financière des utilisateurs et des différents partenaires varie selon les motifs de remplacement. Le service envisage d’embaucher un ou deux nouveaux agents en CDI l’an prochain, ce qui devrait contribuer à rajeunir la pyramide des âges et à mettre à disposition, si les recrutements le permettent, des salariés mieux formés aux nouvelles technologies. La généralisation des GPS et le développement de la traite robotisée chez les éleveurs rendent en effet nécessaires de nouvelles compétences, précise Christophe Haas.

Pour les salariés déjà en place, des formations sont en cours. C’est le cas de la formation à la conduite des engins agricoles assurée par Centaure, une filiale de Groupama, sur la plate-forme de Phalsbourg. Les participants en sont ressortis très satisfaits, même si la piste de Phalsbourg n’est pas spécialement adaptée à la conduite d’engins agricoles. Groupama souhaite développer ce type de formations sur ses autres centres, a précisé son représentant. Des formations à la taille de vigne et à la communication sont également prévues en 2020.

Quels seront les relations entre le service de remplacement du Bas-Rhin et le groupement d’employeurs Terra Job, qui vient de se constituer ? « Chacun garde ses missions, il n’y aura pas d’interférence », répond Christophe Haas, précisant que le groupement d’employeurs a davantage été créé pour de l’emploi pérenne que pour de l’emploi saisonnier. « Terra Job est là pour former des salariés et les mettre en relation avec des employeurs. » Des synergies peuvent sans doute être trouvées, ajoute-t-il. « Si le groupement d’employeurs fonctionne bien, on pourrait puiser dans leur vivier comme on le fait aujourd’hui avec Germa. »

Covid-19

Les inséminations suspendues dans le sud de l’Alsace

Élevage

Publié le 27/03/2020

Vendredi 20 mars, Elitest a suspendu son service d’insémination dans quatre secteurs du sud de l’Alsace en raison du Covid-19 : Ferrette, Altkirch, Dannemarie et les collines sous-vosgiennes. « Nous avons pris cette décision suite à l’explosion des cas chez des éleveurs du Sundgau et dans leur entourage, explique Lilian Sellenet, responsable des inséminateurs chez Elitest. Et parce qu’une de nos inséminatrices présentait des symptômes qui l’ont obligée à être confinée. » La coopérative d’insémination a ainsi voulu protéger les inséminateurs dont la santé est fragile, et ne pas exposer davantage ses adhérents. Cette suspension du service a été décidée « jusqu’à nouvel ordre ». « On espère que cela ne va pas durer plus de quinze jours car le cycle d’une vache est de trois semaines », indiquait, ce lundi, Lilian Sellenet, mais en pleine période de crise sanitaire, il est difficile de faire des prévisions.

Les éleveurs concernés - ils seraient autour de 250 - ont été avertis par courrier. « C’est une mesure exceptionnelle. Dans le passé, même en cas de fièvre aphteuse, nous n’avions jamais suspendu l’activité », souligne Lilian Sellenet. Dans le reste de l’Alsace, Elitest assure un service minimum : « Nous privilégions les inséminations et les échographies ou les constats de gestation sur les lots, notamment sur les génisses qui sortent à l’herbe. » Les inséminateurs, qui n’ont pas d’autre choix que de se rendre dans les élevages, respectent des consignes d’hygiène strictes.

« Tant qu’on a pu, on leur a distribué du gel hydroalcoolique pour qu’ils puissent se nettoyer les mains. » Lorsque celui-ci a manqué, les éleveurs ont été priés de mettre à disposition de l’eau et du savon. L’épidémie prenant de l’ampleur, la coopérative a demandé à ses adhérents de bloquer les vaches à inséminer, de laisser les documents à disposition, d’éviter les contacts entre eux et l’inséminateur. Maintenir l’activité aussi longtemps que possible, tel est l’objectif d’Elitest, qui fait du respect des gestes barrières une priorité.

 

 

Contrôle laitier : le conseil… à distance

Pour le contrôle laitier, l’activité tourne aussi au ralenti. « La collecte des échantillons de lait a été stoppée, indique Laurent Clarys, du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Même chose pour le contrôle de performances en vaches allaitantes. » Les conseillers élevage continuent à assurer le conseil à distance, sur la base des données d’élevage enregistrées ces dernières semaines. Il leur est demandé de maintenir le contact téléphonique, d’être à l’écoute des problèmes rencontrés par les éleveurs, de répondre aux questionnements qui peuvent se poser. Bref, d’avoir un rôle d’accompagnement des éleveurs confrontés à une situation inédite et pleine d’incertitudes.

Les seuls conseillers élevage autorisés à se rendre sur le terrain - sans contact avec les éleveurs - sont ceux qui procèdent à des relevés de la pousse de l’herbe. En effet, avec l’arrivée du printemps, la diffusion des flashs consacrés à la mise au pâturage et à la prochaine récolte des fourrages a repris. Compte tenu de la situation, la CAA envisage d’élargir leur diffusion au-delà du cercle des abonnés. Par ailleurs, toutes les activités liées à l’Identification pérenne généralisée (IPG) - déclarations de naissance, édition de passeport, boucles - sont maintenues tant que La Poste fonctionne.

Pour faire face à la baisse d’activité liée au Covid-19, le service élevage a par ailleurs devancé la vérification annuelle du matériel de pesée, qui a généralement lieu en été. Les agents qui peuvent se former à distance ou prendre des congés ont été encouragés à le faire.

Collecte laitière maintenue

L’heure est grave, mais il faut garder espoir, répète Marc Hoenen, directeur d’Unicoolait. La coopérative laitière a informé ses producteurs qu’elle continuait à assurer la collecte du lait, le dépannage des tanks à lait et autres équipements de traite, ainsi que la livraison de l’agrofourniture. Les diagnostics pour la charte Cap avenir et Visa qualité sont suspendus. « On n'assure que le strict nécessaire », résume le directeur d’Unicoolait. En interne, toutes les mesures d’hygiène ont été mises en place et il a été demandé aux éleveurs de respecter quelques mesures simples pour protéger les chauffeurs : laisser la porte de la laiterie entrouverte, assurer l’hygiène et la propreté autour du tank à lait, mettre à disposition de quoi se laver et s’essuyer les mains, respecter les distances de sécurité.

L’épidémie intervient au moment où la collecte de lait est à son maximum. Les craintes sont grandes que les industriels ne puissent transformer le lait faute de personnel suffisant. Face à ce risque, Marc Hoenen n’hésite pas à rappeler que les mesures de prévention et de confinement sont indispensables pour venir à bout du Covid-19.

Chez les concessionnaires alsaciens

Pendant l’épidémie, le service continue

Pratique

Publié le 19/03/2020

Drôle d’ambiance chez les concessionnaires de matériel agricole alsaciens cette semaine. L’annonce, samedi 14 mars, du passage au stade 3 du plan de lutte contre le coronavirus a fait l’effet d’un coup de tonnerre chez les professionnels du machinisme agricole. L’ordre de fermer « tous les lieux recevant du public qui ne sont pas indispensables à la vie du pays » a fait craindre une fermeture pure et simple de ces établissements. La publication d’un arrêté complétant celui du 14 mars a permis de clarifier la situation : parmi les établissements autorisés à continuer de recevoir du public figurent les entreprises spécialisées dans « l’entretien et la réparation d’engins et matériels agricoles, la fourniture nécessaire aux exploitations agricoles et la location et location-bail de machines et équipements agricoles ». Cette autorisation est conditionnée au respect strict des principaux « gestes barrières » permettant d’éviter la propagation du virus.

Priorité aux urgences

« Nous avons annulé tous les événements commerciaux prévus, indiquait lundi Laurent Faure, directeur de l’entreprise Haag (cinq sites en Alsace), en particulier nos portes ouvertes. Il n’y a aucun intérêt à les maintenir dans le contexte actuel. Mais nos ateliers fonctionnent et l’accès des clients se fait avec des restrictions : il faut éviter qu’il y ait du monde en attente derrière le comptoir. » Les commandes de pièces se font par téléphone. Lundi, leur disponibilité était assurée. « On a un stock important de pièces, mais on ne sait pas comment on sera livré dans les jours et les semaines à venir », commentait le directeur de la maison Haag avec prudence.

Chez Alsaterr, Laurent Fuchs se réfère aux consignes données par le Syndicat national des entreprises de services et distribution du machinisme agricole (Sedima) : assurer le dépannage des clients et la fourniture en pièces détachées, pour que les clients puissent attaquer les travaux de printemps. Les équipes travaillant à l’atelier assurent donc un service minimum, avec pour priorité de terminer les réparations en cours et un roulement est assuré au magasin. Là aussi, les clients sont priés de commander leurs pièces par téléphone et ne sont admis dans les locaux qu’un par un. Les salariés ont pour ordre de ne pas serrer les mains et de garder leurs distances avec les clients. Quant aux commerciaux, ils vont se limiter aux prospections téléphoniques. Les portes ouvertes prévues ce week-end au magasin de Dannemarie sont reportées.

Chez JF Agri, les clients qui viennent chercher des pièces rentrent également « au compte-gouttes » et les règles d’hygiène sont strictement appliquées. L’approvisionnement en pièces ne posait pas de problèmes en début de semaine, selon Jean-François Gross, le gérant, malgré tout inquiet des remontées en provenance des transporteurs. « Jusqu’ici, les livraisons prévues ont été honorées, mais qu’en sera-t-il si la crise se prolonge ? » L’entreprise de Schlierbach, spécialisée dans les matériels de récolte, a d’ores et déjà annulé son après-midi fenaison, prévue fin mars.

Situation à peu près semblable chez Niess Agriculture où la priorité est donnée aux urgences, notamment pour les réparations à domicile. Le magasin reste ouvert « tant qu’il y a des pièces », mais les admissions sont régulées. « Les techniciens continuent à travailler dans les ateliers mais tout peut changer du jour au lendemain en fonction des annonces du gouvernement », indiquait mardi Sébastien Merck, responsable du site principal de Hoffen.

Protéger l’humain

« La situation est très complexe », reconnaît Marc Misbach, responsable commercial des établissements Schaechtelin à Muntzenheim, qui ont une double activité espaces verts et agricole. La partie espaces verts est fermée au grand public mais l’entreprise maintient le service aux agriculteurs : « Personne ne rentre dans l’entreprise, précise toutefois Marc Misbach. Les clients cherchent leurs commandes au portail. » Côté réparation et service après-vente, les trois techniciens présents cette semaine assurent les urgences. « La plus grosse difficulté, c’est de savoir ce qu’on doit faire », avoue le responsable commercial, obligé d’aller à la pêche aux infos chez ses confrères.

« On vit au jour le jour », renchérit le directeur de Techniques Agricoles, Claude Hauer. Lundi, les deux sites de Berrwiller et Hohengoeft étaient fermés au public mais à l’intérieur des ateliers, les salariés étaient toujours à l’œuvre. « Nous n’admettons pas de personne étrangère dans nos locaux, nous réceptionnons les livraisons devant les grilles, et nous respectons des consignes d’hygiène et de distance très strictes vis-à-vis des clients comme en interne », énumérait Claude Hauer à quelques heures de l’annonce du confinement. Sur la trentaine de salariés, deux ont demandé un congé pour garde d’enfants et les commerciaux font du télétravail depuis leur domicile. « Avant tout, il faut protéger l’humain. S’il y a confinement, on va s’y tenir », assurait le directeur de Techniques Agricoles. Et si les conséquences économiques de cet épisode risquent d’être lourdes pour les entreprises, « on n’a pas le droit de se plaindre », affirme Claude Hauer, eu égard au bilan humain qui ne cesse de s’alourdir.

Chez Baehrel Agri-Euro Agrar, tout a été fait pour éviter les contacts physiques entre salariés et clients, et entre salariés eux-mêmes. De ce fait, l’ensemble des magasins et des bases sont fermés au public et le télétravail a été favorisé pour ceux qui en avaient la possibilité. « En cas d’urgence, on récupère la machine et on la répare chez nous, indique Guillaume Koenig, directeur général des deux sociétés, qui totalisent cinq sites et 56 salariés. Tous nos techniciens sont équipés de smartphones avec caméra, ce qui permet, dans certains cas, d’intervenir à distance. Nous essayons de trouver des solutions, de ne laisser personne en panne. » « On ne veut pas risquer la santé de nos clients et de leur famille, ni celle de nos salariés », ajoute-t-il.

Les apprentis renvoyés chez eux

Chez Andelfinger, on se limite aux réparations urgentes et à la remise des pièces à la grille de l’entreprise. Une situation pas toujours bien comprise : à Waldighoffen, l’un des deux sites du concessionnaire, des agriculteurs mécontents sont passés au-dessus des grilles lundi, à la grande stupéfaction de Luc Andelfinger. Le gérant a interdit les déplacements en dehors du département et renvoyé les apprentis chez eux. Mardi matin, au vu de la décision de confinement et du ralentissement attendu de l’activité, il commençait à revoir les plannings pour libérer les salariés ayant des congés restants.

Faute d’un code APE agricole, la société Jost, de Molsheim, spécialisée dans le matériel pour les espaces verts, a fermé ses portes lundi 16 mars, tout en maintenant un fonctionnement sous forme de drive jusqu’au lendemain midi. Une réunion était prévue avec les huit mécaniciens pour décider du maintien, ou non, des activités de réparation. Quant au service client, il était prévu qu’il s’arrête mardi midi, selon Yvonne Jost.

 

 

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Planète légumes

Les producteurs satisfaits des services proposés

Cultures

Publié le 10/03/2020

Les adhérents de Planète Légumes sont satisfaits de leur station et de ses actions : c’est ce qui ressort d’une enquête menée du 26 décembre au 28 janvier dernier auprès des 485 adhérents de la station (lire l'encadré). « Nous voulions savoir si nous étions dans le vrai par rapport à nos orientations », a expliqué Pierre Lammert, son président, lors de l’assemblée générale qui a eu lieu le 13 février à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Planète Légumes entame donc l’année 2020 avec la satisfaction de voir reconnu son travail d’expérimentation, de conseil et d’accompagnement des filières.

La station a connu un renouvellement assez important de son équipe en 2019, a informé Pierre Lammert. Fabien Digel, son directeur, ayant pris des responsabilités supplémentaires à la Chambre d’agriculture Alsace, il est désormais épaulé par Yannick Wir, qui consacre une partie de son temps à encadrer l’équipe technique composée de dix conseillers. La station a également embauché un salarié chargé des appels à projets, Wilfried Paget. Ceux-ci constituent, en effet, une nouvelle source de financement, à l’heure où les subventions publiques se réduisent. Grâce à cette embauche, Planète Légumes a répondu à quatre appels à projets dont les résultats seront connus en mars.

À ce jour, indique Pierre Lammert, le financement de Planète Légumes est assuré à 50 % par les subventions (contre 70 %, il y a encore quelques années), le reste provenant à parts égales des cotisations des adhérents et des prestations. Cette évolution est inévitable dans un contexte de réduction des moyens, note Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture Alsace. La diversification des sources de financement lui permet d’assurer ses missions quand d’autres stations d’expérimentation, trop dépendantes des subsides publics, ont dû fermer leurs portes. Planète Légumes perçoit ainsi 100 000 € de subventions de la Crage (Chambre régionale d’agriculture Grand Est), et autant de la Région Grand Est au titre du contrat de filière. Les autres contributeurs sont l’Agence de l’eau, l’Ademe et dans une moindre mesure, le Casdar. FranceAgriMer n’accorde des financements que dans le cadre d’appels à projets, précise Pierre Lammert. La Chambre d’agriculture Alsace met également deux de ses conseillers à disposition de Planète Légumes.

Certification HVE : une demande croissante

La séparation de la vente de produits phytosanitaires et du conseil, qui interviendra au 1er janvier 2021, va renforcer les missions de conseil de Planète Légumes. La station accompagne déjà les producteurs dans les certifications notamment la certification haute valeur environnementale (HVE2/HVE3). Cette certification est demandée par les restaurants scolaires, qui doivent se conformer à l’obligation d’utiliser 50 % de produits sous signe de qualité ou 20 % de produits biologiques à partir de 2022. Or, en fruits et légumes, il n’y a pas de signe de qualité en dehors du bio. « Il y a une réflexion à avoir d’ici au 1er janvier 2022 », souligne Pierre Lammert, qui fait état de la demande croissante pour un approvisionnement provenant d’exploitations certifiées HVE.

En 2019, Planète Légumes comptait 485 adhérents, contre 40 en 1997, constate Fabien Digel. Les deux-tiers d’entre eux sont installés en Alsace mais la station compte aussi 60 adhérents en Lorraine, une petite centaine en Champagne-Ardenne et 41 ailleurs en France. Ils ont accès à huit « menus » différents, dont le menu maraîchage, le plus plébiscité. 90 % des adhérents sont en agriculture conventionnelle mais les producteurs biologiques sont plus nombreux chaque année et cela va probablement continuer, estime Fabien Digel.

Soixante expérimentations conduites en 2019

Soixante expérimentations ont été conduites en 2019. Les conseillers de Planète Légumes les ont passées en revue : essais de désherbage en oignons jaunes et en oignons de printemps, lutte alternative contre l’altise et essai variétés en choux, gestion des adventices en maraîchage bio, désherbage des céleris et des carottes, désherbage de l’interrang en culture de fraise, irrigation par goutte à goutte en raifort, résistance à l’alternaria en pommes de terre… En adhérant à Planète Légumes, et en fonction du menu qu’ils ont choisi, les producteurs ont accès aux résultats de ces essais, mais aussi à des réunions techniques, des démonstrations, des avertissements et bulletins techniques. Une partie des essais seront reconduits en 2020, d’autres seront nouvellement lancés cette année. La station poursuivra également les essais d’homologation de produits phytosanitaires qu’elle réalise à la demande des firmes.

L’opération Légumes Mieux, destinée aux producteurs qui souhaitent se convertir au bio, se poursuit en 2020. Elle a concerné 50 producteurs la première année. La station anime également un réseau Dephy légumes, avec pour objectif de tester et valider des solutions alternatives aux traitements chimiques.

Élevage laitier

Plus de confort, plus de performances

Élevage

Publié le 04/03/2020

La taille des cheptels augmente mais celle des bâtiments d’élevage ne suit pas forcément. D’où des problèmes de saturation qui rajoutent du travail et font monter le stress chez les éleveurs comme chez les animaux. Tel est le constat fait lors des réunions hivernales animées par les conseillers élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Les chiffres sont là : en l’espace de dix ans, les effectifs ont augmenté de 30 % dans les élevages, pour atteindre 72 vaches en moyenne en 2019. Cette augmentation des effectifs a pu entraîner une dégradation du confort des animaux et, avec elle, des pertes économiques : on chiffre à 250 € le coût d’une boiterie, à 200 € celui d’une mammite.

« Une vache est totalement cyclée, explique Cécile Michel. Quand on rompt quelque chose dans le cycle, on perturbe son métabolisme et son fonctionnement. » En 24 h, les vaches passent par une succession de cycles de deux heures : elles mangent environ 30 minutes, font un tour à l’abreuvoir, puis retournent se coucher pendant 1 h à 1 h 30. Le temps de couchage est très important, insiste la conseillère. D’où la nécessité de prévoir une logette par vache pour le couchage. Le temps de traite et de contention, lui, représente 3 h dans la journée d’une vache, soit 1 h 30 maximum matin et soir dans l’aire d’attente, ou bloquées au cornadis. Or, ce temps est très souvent dépassé ce qui engendre des problèmes de pattes.

Une place à l’auge

L’alimentation et l’abreuvement des animaux sont l’un des cinq fondements de la performance en élevage laitier. Un manque de place à l’auge induit une concurrence accrue entre les vaches. Celles qui ne peuvent pas s’alimenter en premier se ruent sur ce qui reste une fois que leurs congénères sont rassasiées. Cette prise excessive de nourriture entraîne un déséquilibre ruminal. Indépendamment du nombre de places à l’auge, il arrive que les vaches n’aient pas accès à la nourriture à certains moments de la journée ou de la nuit car l’auge est vide ou le fourrage inaccessible. Ce que révèlent les images prises par caméra Timelapse. « Il est important que la ration soit disponible tout le temps et soit repoussée », souligne la conseillère en élevage. Autre constat : une table d’alimentation surélevée de 15 à 20 cm facilite l’ingestion, de même qu’une inclinaison du cornadis de 20° vers l’avant.

La qualité et la quantité d’eau distribuée aux vaches laitières sont d’autres paramètres à surveiller. Les besoins journaliers sont évalués à 100 l par vache par une température de 15 °C. Il faut prévoir un point d’eau pour dix vaches laitières (VL), ou huit cm minimum/VL, et un débit suffisant, soit 15 à 20 l/minute. La hauteur de l’abreuvoir doit être de 65 à 75 cm et la température de l’eau comprise entre 8 °C et 14 °C. Attention à l’eau du puits, avertit la conseillère en élevage : « Si vous avez des butyriques, ça peut venir de l’eau. » Elle recommande également de nettoyer régulièrement l’abreuvoir car les vaches préfèrent une eau propre.

« Le premier embêté, c’est l’éleveur »

À surveiller également, la note d’état corporel : celle-ci ne doit pas augmenter de plus de 0,5 point au tarissement, sans quoi la vache risque de faire du gras et d’avoir des problèmes au vêlage. Entre le vêlage et le pic de lactation, la perte se limitera à 1,5 point. Si la note d’état corporel baisse trop, la vache court plusieurs risques : acétonémie, déficit énergétique, baisse de la production, problèmes de reproduction, immunité affaiblie. La note d’état optimale est à adapter selon la race : aux alentours de 2,5 en prim’holstein et de 3 en simmental et en vosgienne, par exemple.

Le confort des vaches est un autre facteur de la performance. On veillera d’abord à leur propreté car « quand les vaches sont sales, le premier embêté, c’est l’éleveur », qui doit passer plus de temps à nettoyer les pis. De plus, la saleté augmente les risques d’infection. Leur assurer un bon confort de couchage est un autre élément important : c’est quand elles sont couchées que les vaches produisent le lait. Bien régler la logette - il existe des référentiels pour cela -, régler la barre au garrot en fonction du gabarit des vaches, éviter les arrêtoirs et les bottes de paille entre les logettes sont quelques-unes des préconisations. Enfin, le confort des vaches laitières passe par la régulation de la température et de l’humidité à l’intérieur de l’étable. Les éleveurs ont pu le constater : les vaches supportent mieux le froid que les grosses chaleurs. À partir de 25 °C, elles rentrent en stress thermique. Il faut donc ouvrir le bâtiment au maximum et si la ventilation naturelle ne suffit pas, recourir à une ventilation forcée (ventilation, brumisation…).

Du colostrum au bon moment

Troisième fondement de la performance : limiter la douleur. Qu’il s’agisse des blessures et des boiteries ou des mammites, il s’agit d’intervenir tôt. Prévenir plutôt que guérir, comme le dit l’adage. Pour l’écornage aussi, mieux vaut agir avant un mois. Après, l’anesthésie est obligatoire. L’écornage thermique est réputé moins douloureux. Pour renforcer l’immunité des animaux, l’apport de colostrum à la naissance est essentiel. Il faut l’apporter « en quantité, en qualité et au bon moment », c’est-à-dire le plus tôt possible, souligne la conseillère, et privilégier la tétine pour stimuler la salivation.

Favoriser les comportements naturels est recommandé. Cela passe par l’accès à une aire d’exercice, à un parcours, ou tout simplement au pâturage. Les aires d’exercices et les couloirs doivent avoir une largeur suffisante et une bonne qualité de sol. Scarifier celui-ci permet d’éviter les glissades. Il faut aussi assurer la propreté de ces espaces en passant le racleur le plus souvent possible. Dernier élément : maintenir une distance d’évitement permet à la fois d’avoir des animaux calmes et, d’assurer la sécurité de l’éleveur et de tous les intervenants présents à proximité des vaches. « Il faut être à la fois l’ami et le chef des animaux », résume la conseillère.

 

Lire aussi : « Boiteries : lever le pied pour bien les détecter », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

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