Auteur

Florence Péry

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Dans le Grand Est

Semaine de l’apprentissage : en ligne jusqu’au 3 juillet

Pratique

Publié le 29/06/2020

C’est une initiative de la Région Grand Est, de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) et de Pôle emploi Grand Est : la Semaine de l’apprentissage se déroule du 29 juin au 3 juillet. Pas de rencontre en direct, ni de portes ouvertes des établissements de formation, cet événement prend la forme d’une suite d’événements en ligne en direction des jeunes de 16 à 29 ans, de leurs familles et des entreprises.

 

 

Mis en place dans un délai record, ce salon virtuel a pour vocation de mettre en relation les jeunes à la recherche d’un apprentissage, les CFA et les entreprises susceptibles de les accueillir, précise Valérie Debord, vice-présidente de la Région en charge de l’emploi. La Région, qui envisage de « l’inscrire dans un dispositif au long cours », l’a imaginé dans le prolongement du Business Act initié avec l’État. La volonté de la collectivité est d’éviter que la crise économique post-Covid-19 ne soit aggravée par des difficultés de recrutement dans les entreprises.

L’apprentissage pourrait, en effet, faire les frais de la crise sanitaire. « On s’attend à une baisse de 20 à 40 % du nombre d’apprentis, selon les branches, alors que les demandes d’entrée dans cette voie n’ont jamais été aussi fortes », témoigne Philippe Siebert, directeur régional de Pôle Emploi Grand Est. Du 1er janvier au 19 juin, le nombre des offres d’apprentissage a baissé d’un tiers par rapport à la même période de 2019. Durant le confinement, elles se sont tout bonnement effondrées, constate Philippe Siebert. Au point que certains directeurs de ressources humaines craignent des effets à long terme sur la compétitivité des entreprises. Et si un frémissement se fait sentir depuis le début du mois de juin (+7,8 %), rien n’est encore gagné. Dans les PME (petites et moyennes entreprises) et les TPE (très petites entreprises) notamment, où la reprise de l’activité est encore timide et les perspectives incertaines, nul ne sait si les chefs d’entreprise vont recruter des apprentis et dans quelle proportion.

Des salons de recrutement en ligne

Jusqu’au 3 juillet, la Région Grand Est et l’ensemble des acteurs de l’apprentissage se mobilisent donc pour informer de manière innovante et interactive sur les opportunités que présente ce mode de formation. De nombreux événements en ligne sont au programme, dont le salon virtuel Live Orient’Est, les mardi 30 juin et mercredi 1er juillet. Les jeunes et leurs familles pourront y rencontrer une cinquantaine de CFA du Grand Est, tous secteurs confondus (hors agriculture), échanger en ligne avec des conseillers d’orientation, consulter ou télécharger de la documentation, visionner des vidéos sur les métiers et assister à des conférences thématiques. Des offres d’apprentissage pourront également être proposées. Des stands virtuels seront accessibles par thématique (artisanat/métiers d’art, bâtiment/travaux publics, bois/ameublement, commerce/vente, gestion/administration/management, hôtellerie/restauration, logiciels/services numériques, métiers de la nature et du vivant, santé/social, services, sport/animation, transport/logistique, etc.). S’il est conseillé de se pré-inscrire, une connexion le jour J est également possible.

Une journée de conférences et d’échanges entre les professionnels de l’emploi et de la formation est organisée, le jeudi 2 juillet. Sept conférences sont programmées sur des thèmes tels que les aides aux entreprises pour favoriser l’apprentissage ou le contrat d’apprentissage en intérim.

Pôle Emploi se mobilise également en organisant des salons de recrutement en ligne dans tous les départements du Grand Est. Les demandeurs d’emploi seront invités à s’y inscrire.

 

Conseil départemental du Bas-Rhin

Faciliter le rebond de l’économie alsacienne

Pratique

Publié le 26/06/2020

Impulser « un choc de confiance » : tel est l’objectif du plan de relance adopté à l’unanimité par les élus du conseil départemental du Bas-Rhin réunis lundi 22 juin, en séance plénière. En présentant les grandes lignes à la presse quelques jours auparavant, Frédéric Bierry, son président, a insisté sur la volonté de la collectivité d’apporter son soutien aux acteurs de l’économie afin de sauvegarder l’emploi et d’agir contre la précarité. Il s’agit, en somme, de faire en sorte que la crise sanitaire ne débouche pas sur une crise économique et sociale majeure, ce que beaucoup craignent aujourd’hui. Signe de la confiance placée dans l’économie locale, la présence autour de lui ce jour-là des présidents des trois Chambres consulaires - Denis Ramspacher (Chambre d’agriculture Alsace), Jean-Luc Hoffmann (Chambre de métiers d’Alsace) et Jean-Luc Heimburger (Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole).

Les 200 M€ prévus, essentiellement financés par l’emprunt, devraient permettre de créer un effet de levier dont profitera l’ensemble du territoire, espère le président du Département. Le conseil départemental a voulu un dispositif « simple et qui ait du sens ». Les entreprises, associations et particuliers souhaitant émarger aux différentes mesures auront donc un simple formulaire en ligne à remplir. Les demandes seront examinées « territoire par territoire pour tenir compte des réalités locales », ajoute le président du conseil départemental du Bas-Rhin.

 

 

Renforcer la commande publique

Pour pallier la baisse de la commande privée, le Département du Bas-Rhin va ainsi renforcer la commande publique. Il compte doubler son budget d’investissement dans les travaux publics avec 31 M€. Cette enveloppe servira par exemple à accélérer la construction du transport en site propre ouest (TSPO) dans le Kronthal. Un peu plus de 10 M€ seront consacrés au secteur du bâtiment (collèges et bâtiments départementaux), avec un accent mis sur les travaux liés au développement durable et à la transition énergétique. 5,40 M€ sont quant à eux prévus pour les installations photovoltaïques sur le patrimoine immobilier de la collectivité. 21 sites, dont 19 collèges, ont déjà fait l’objet d’une étude de faisabilité qui leur permettra de bénéficier d’une énergie renouvelable produite localement avant 2021.

Une aide directe sera par ailleurs accordée aux entreprises pour les aider à faire face aux surcoûts d’équipement sanitaire qu’elles engagent pour protéger leurs salariés ou leurs clients contre la Covid-19. Les entreprises qui ont dû payer un loyer sans encaisser de recettes lors de l’épidémie, en bénéficieront également, précise Frédéric Bierry.

 

 

Une légumerie à l’étude

Le conseil départemental souhaite favoriser les circuits courts partout où c’est possible : dans le domaine de la santé, de l’énergie, mais aussi dans l’alimentation. Dans cet esprit, il accordera une bonification aux bénéficiaires de bons alimentaires qui achètent des produits auprès des agriculteurs locaux à partir de la rentrée 2020. Pour lever les freins à l’utilisation de produits locaux dans la restauration collective, il étudie aussi la possibilité de créer une légumerie départementale. Cette structure serait alimentée par les agriculteurs alsaciens qui fourniraient les fruits et légumes nécessaires. L’épluchage, le lavage et le conditionnement seraient assurés par des personnes en situation de précarité.

Dans le cadre de ce plan de relance, plus de 29 M€ sont prévus pour soutenir les actions de proximité. Le conseil départemental distribuera par exemple des chèques vacances aux familles modestes. Ces chèques, d’un montant total de 100 €, seront utilisables dans les restaurants, les campings ou pour toute une série d’activités de loisirs. S’ils sont consommés localement, un deuxième chèque s’ajoutera au premier. 65 000 familles en bénéficieront, prévoit le conseil départemental du Bas-Rhin. Un fonds d’urgence de 7 M€ sera débloqué au bénéfice des acteurs du tourisme et des filières locales, parmi lesquelles les exploitations agricoles. Le conseil départemental du Bas-Rhin envisage également d’engager une communication forte avec la marque Alsace.

Via les contrats départementaux de développement territorial et humain, 40 M€ seront accordés aux acteurs locaux (EPCI, communes, associations, entreprises). Ils viendront compléter l’enveloppe de 60 M€ qui leur est déjà acquise, le but étant, là encore, que les projets soutenus bénéficient aux entreprises du territoire. Il s’agit bien de favoriser la souveraineté économique, de soutenir « l’économie de la vie courante, de l’essentiel ». Cette économie dont l’épidémie de Covid-19 a fait apparaître les fragilités. Une enveloppe spécifique de 5 M€ est prévue pour les associations, dont les activités ont à la fois un impact sur l’économie locale et sur la cohésion du territoire.

Un dernier volet de ce plan de relance concerne les personnes : la fourniture de près de 4 millions de masques réutilisables aux Bas-Rhinois représente un budget de 7,80 M€, auxquels s’ajoute 1,60 M€ consacré à l’équipement en masques FFP1 des agents du Département, personnels des Ehpad et assistants familiaux. Le conseil départemental a également souhaité apporter une gratification aux personnels des établissements et services sociaux et médico-sociaux mobilisés durant la crise sanitaire. 9,50 M€ y seront consacrés.

 

 

« Compter sur tout le monde »

Si elle a révélé les faiblesses et l’impréparation de l’économie française au risque sanitaire, cette crise a aussi mis en lumière l’importance des entreprises, qui sont « un élément essentiel du fonctionnement du pays. Il ne faudrait plus qu’on l’oublie », souligne Jean-Luc Heimburger. Dans ces circonstances exceptionnelles, « il est important qu’on puisse compter sur tout le monde », ajoute-t-il, évoquant aussi bien le Département que la Région. Un travail collaboratif interconsulaire a déjà été entrepris sur les circuits courts, avec la mise en ligne de sources d’approvisionnement locales, signale le président de la CCI Alsace Eurométropole. Les circuits courts, c’est aussi un cheval de bataille pour la Chambre d’agriculture Alsace, rappelle Denis Ramspacher. « Si on veut une production locale, il faut des outils pour mettre en relation producteurs et consommateurs, il faut arriver à produire des volumes importants pour pouvoir intégrer la restauration hors domicile. » Il faut aussi des prix suffisamment rémunérateurs et que le réflexe de la consommation locale soit durable.

À l’unisson de ses collègues, Jean-Luc Hoffmann se réjouit du soutien apporté par la collectivité pour passer ce cap éprouvant. La CMA travaille sur un label « artisan d’Alsace », destiné aux entreprises qui font l’effort de s’approvisionner localement et de travailler en circuit court. Ce qui permettra au consommateur d’identifier les tenants de ce modèle « beaucoup plus local » dans lequel « nos achats sont nos emplois ».

 

Groupama

Solidarité à tous les échelons

Vie professionnelle

Publié le 21/06/2020

La fédération Alsace de Groupama s’est fortement mobilisée face à la gravité de l’épidémie de Covid-19 dans la région. « Personne ne pouvait rester insensible à ce qui s’est passé dans les hôpitaux de Mulhouse, Colmar, Sélestat, Strasbourg… », résume Rémy Losser, son président. Voyant les différentes initiatives prises par les présidents de Caisses locales au bénéfice des Ehpad, des cabinets infirmiers et des hôpitaux (lire en encadré), la fédération Alsace de Groupama Grand Est a décidé de coordonner les efforts et de dégager une enveloppe globale de 130 000 €.

Un tiers de cette enveloppe a été utilisé pour l’achat de gel hydroalcoolique, de masques FFP2 et de matériel de protection (gants, lunettes…) qui ont été mis à la disposition des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin durant la crise sanitaire. Des interlocuteurs à même de centraliser et de redistribuer ce type de matériel, souligne Rémy Losser. Un montant équivalent a été mis à disposition des mêmes collectivités sous forme de don en numéraire.

Des masques pour les agriculteurs

Le dernier tiers a servi à l’acquisition de matériel de protection pour les agriculteurs, viticulteurs et les employeurs de main-d’œuvre agricole d’Alsace. « Il nous paraissait important qu’on n’oublie pas le monde agricole », souligne Rémy Losser. Une action collective a été entreprise avec les Caisses d’assurance accident agricoles du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et la MSA d’Alsace. Elles ont réuni autour d’elles plus d’une dizaine d’organisations économiques et professionnelles agricoles, de manière à organiser les achats de façon concertée et cohérente, alors que la pénurie de masques n’était pas encore résolue. 40 000 masques ont ainsi été commandés en Alsace. Reconditionnés en sachets de cinq masques grâce au concours des organismes stockeurs, ils ont été envoyés par voie postale à quelque 8 000 personnes qui commencent à les recevoir dans leurs boîtes aux lettres. Une opération d’ampleur à laquelle les différentes organisations agricoles ont apporté leur contribution financière ou logistique dans un vaste élan de solidarité, souligne Pascal Wittmann, vice-président de la fédération Alsace de Groupama.

 

 

 

Ennoblissement technique de Cernay

Un masque issu d’un savoir-faire préservé

Pratique

Publié le 05/06/2020

La pénurie de masques, tout au long de l’épidémie de Covid-19 en France, a poussé plusieurs entreprises alsaciennes à se lancer dans la fabrication de cet accessoire, dont le port est désormais hautement recommandé, voire obligatoire dans certains lieux. Parmi celles-ci, une société haut-rhinoise spécialisée dans le traitement des tissus, Ennoblissement technique de Cernay (ETC). Elle a pris la tête d’un cluster* rassemblant quatre industriels français du textile, pour mettre au point et fabriquer un masque destiné aussi bien aux professionnels en contact avec le public - hors soignants - qu’au grand public.

Le masque conçu par ETC, qui a été breveté, se distingue des autres masques mis sur le marché par sa conception : il est fabriqué en une seule pièce dans un tissu mono-couche, une maille « indémaillable » tissée sur les métiers d’une des entreprises du cluster, et ne comporte ni couture, ni accessoire, ni élastique. D’où un grand confort d’utilisation et une simplicité de façonnage qui rend possible sa fabrication à grande échelle. La maille utilisée se distingue par sa grande solidité et son élasticité, souligne Francis Hobeika, président d’ETC. En raison de ses caractéristiques, elle confère au masque une bordure solide qui ne s’effiloche pas au lavage, même en l’absence de coutures. Des lanières souples fabriquées dans ce même tissu permettent d’ajuster le masque sur le visage : il suffit de les passer dans les encoches prévues à cet effet pour former un « bec de canard » qui protège efficacement le nez et la bouche sans gêner la respiration.

Rebondir par l’innovation

Classé dans les masques réservés à des usages non-sanitaires de catégorie 1, le masque d’ETC est lavable et réutilisable jusqu’à dix fois. Il est possible de le faire bouillir puisqu’il ne comporte ni accessoire ni élastique, et même de le stériliser. Mais un lavage à 60 °C en machine et un repassage à 120 °C suffisent pour pouvoir le réutiliser. Son efficacité dans la filtration des micro-particules (3 µm) est supérieure à 90 %, ajoute Francis Hobeika, qui se base sur les tests réalisés par le laboratoire de la Direction générale de l’armement (DGA), auquel les fabricants français de masques soumettent leurs produits. Comme tous les masques de ce type, son port est limité à quatre heures d’affilée et pour qu’il soit pleinement efficace, son enfilage comme son retrait doit se faire avec des mains propres (lavées au savon ou passées au gel hydroalcoolique).

L’entreprise de Cernay envisage de produire 150 000 masques par jour, correspondant à l’utilisation de près de 7 km de tissu. Au-delà du marché régional, elle vise le marché national et européen. Cette diversification, dictée par l’actualité sanitaire, permet à ETC de rebondir et d’innover grâce au savoir-faire que l’entreprise essaye de préserver depuis 1802, date de sa création. Conçue comme une démarche d’économie circulaire, l’initiative répond à la volonté interministérielle d’encourager la production de masques sur le territoire national. Un appel auquel ETC ne pouvait rester insensible compte tenu de l’importance prise par l’épidémie de Covid-19 dans la région.

* un cluster est un réseau d’entreprises de différentes tailles spécialisées dans un même domaine.

Établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) du Bas-Rhin

Des portes ouvertes… à bonne distance

Pratique

Publié le 04/06/2020

Chaque année, plusieurs centaines de jeunes et leurs parents, voire d’adultes à la recherche d’une formation, participent aux portes ouvertes de l’EPLEFPA du Bas-Rhin. Le lycée agricole, le Centre de formation des apprentis et le Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) d’Obernai présentent leurs filières de formation, tout comme le lycée agricole d’Erstein. Ce jour-là, des salles de classe au réfectoire en passant par les bâtiments d’exploitation, tout est accessible aux visiteurs. Les futures recrues peuvent échanger avec des lycéens, des enseignants, voir les travaux exposés dans les classes, se renseigner sur les débouchés de tel ou tel diplôme et sur les possibilités de poursuite d’étude après le cursus envisagé.

Avec la crise sanitaire et l’interdiction des rassemblements, il a fallu trouver une autre formule pour faire connaître l’établissement et son offre de formation. Les portes ouvertes habituelles, prévues le 14 mars, ont donc été remplacées par des portes ouvertes à distance. Rendez-vous était donné du 25 au 30 mai par écrans interposés. Chaque soir de 18 h à 20 h et le samedi de 9 h à 21 h, le public intéressé était invité à se connecter sur internet pour suivre en direct, via YouTube, la présentation des deux sites de l’EPLEFPA et des formations diplômantes proposées par chacun d’entre eux. Au cours des lives, les questions des internautes étaient instantanément relayées afin de permettre un échange direct avec les formateurs ou responsables de formation. Ils avaient également la possibilité de prendre un rendez-vous pour un entretien personnalisé. Grâce au planning en ligne mis à leur disposition, il leur suffisait de retenir un créneau pour pouvoir être recontacté et échanger par téléphone sur la filière de leur choix durant une heure.

 

 

1 800 visionnages en différé

Bien qu’inédites, ces premières portes ouvertes à distance ont très bien fonctionné. « Nous avons proposé 10 heures de lives, toutes filières confondues. 200 personnes les ont suivies en direct, mais ce qui est encore plus intéressant, c’est que les lives ont été visionnés en différé 1 800 fois, commente Christine Muller, responsable des systèmes d’information et du e-learning, qui a coordonné l’opération et en dressait un premier bilan, le 3 juin. Nous avons reçu des centaines de questions, beaucoup par SMS, un peu par le chat, auxquelles il a été répondu en direct. Et 65 entretiens personnalisés ont été fixés que nous sommes en train d’honorer actuellement. »

Derrière la simplicité apparente de ces portes ouvertes « online » se cachent pourtant une préparation de plusieurs semaines et, une solide organisation technique et humaine. Les séquences live ont été précédées du tournage d’une vidéo de présentation des établissements et de la réalisation de PowerPoint consacrés aux différentes formations. Pour chaque live, en plus des intervenants en plateau, une équipe technique était assistée de l’informaticien du lycée et d’un modérateur, chargé de réceptionner les messages des internautes et de les faire suivre à l’animatrice en plateau.

 

 

Une expérience à reconduire

Pour la vingtaine de personnes mobilisées durant la semaine - professeurs, formateurs, responsables d’établissement ou de filière de formation -, le passage en direct devant les caméras a évidemment généré un certain stress. Au départ tout au moins. « C’était une situation complètement inédite. Nous avons essayé de privilégier une discussion entre l’animatrice et les intervenants et, au final, ils s’en sont très bien sortis », juge Christine Muller. À part une rupture de la connexion internet pendant une trentaine de secondes, aucun bug technique n’a entravé le bon déroulement des séquences live.

L’expérience s’est révélée à ce point positive que l’équipe de l’EPLEFPA du Bas-Rhin envisage d’en reconduire les principaux éléments l’année prochaine, en amont ou en parallèle des portes ouvertes classiques. En effet, les lives permettent de toucher un public qui ne se déplacerait peut-être pas jusqu’à Obernai ou Erstein, comme des familles des départements voisins.

En attendant, les séquences réalisées cette année restent consultables jusqu’à la fin de la période du recrutement. Les prises de rendez-vous en ligne sont également possibles jusqu’à ce vendredi 5 juin, puis auprès du standard de l’EPLEFPA qui a rouvert le 3 juin.

 

Initiative

Des asperges, avec le pain et les croissants

Vie professionnelle

Publié le 02/06/2020

L’idée est partie de Théo et Camille, du club de basket de Furdenheim. Interpellés par la situation des producteurs d’asperges d’Alsace, privés d’une partie de leurs débouchés pendant la crise sanitaire, ils se sont rapprochés de Baguette Box, une start-up spécialisée dans la livraison de pain et viennoiseries à domicile. L’entreprise, qui compte 5 000 clients au bout de seulement un an d’existence, dispose d’une flotte d’une centaine de véhicules, de livreurs et de moyens de paiement en ligne. L’idée et les moyens étant réunis, il restait à assurer la mise en relation de Baguette Box et des producteurs d’asperges d’Alsace : c’est Groupama Alsace qui s’en est chargé, donnant naissance à l’opération « Asperges solidaires. »

 

 

En période habituelle, les clients commandent leurs baguettes et leurs viennoiseries sur le site de Baguette Box et se font livrer leur commande à domicile au petit matin, avant 6 h 30. Les produits leur sont déposés tout frais dans une boîte à pain en résine alimentaire, au prix du boulanger. Ils ont le choix de la boulangerie de leur secteur et peuvent bénéficier du service de livraison sans minimum de commande, moyennant un abonnement mensuel.

Le système étant rôdé, fallait-il encore l’adapter aux asperges. S’agissant d’une opération solidaire, Maurice Heitz, le créateur de Baguette Box, a choisi de l’ouvrir à tous, abonnés ou non de Baguette Box. Il suffisait alors de se rendre sur le site, de passer sa commande - de 1 kg à 5 kg d’asperges - et de payer en ligne, la livraison intervenant le lendemain entre 8 h et 12 h devant la porte du client. Cinq producteurs d’asperges ont participé à l’opération, les fermes Halter de Wasselonne, Nonnenmacher de Wœllenheim, Lux de Pfettisheim, Jost de Bilwisheim et les Asperges du Rhin de Sessenheim. Le principe de la vente au prix du producteur a été conservé, soit 10 € la botte, avec une participation aux frais de livraison de 1,50 €.

 

 

Un sacré coup de pouce

En 18 jours, plus de trois tonnes d’asperges d’Alsace ont été écoulées par Baguette Box. Avec la levée du confinement, les commandes se sont essoufflées d’elles-mêmes, les consommateurs retrouvant naturellement le chemin des fermes. L’opération aura en tout cas donné un sacré coup de pouce aux producteurs au moment où la saison s’annonçait catastrophique, souligne Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. En remerciement, les cinq producteurs concernés ont offert 300 kg d’asperges au service de réanimation du Nouvel hôpital civil de Strasbourg et 70 kg à un Ephad de la région strasbourgeoise.

 

 

Pour Maurice Heitz, qui ouvre chaque semaine de nouveaux secteurs de livraison dans le Bas-Rhin et depuis peu, dans le Haut-Rhin, cette action de solidarité constitue « une expérience » intéressante. Il a commencé à livrer, le troisième week-end de mai, des pots de pâte à tartiner Nut'Alsace à ses abonnés et songe à y ajouter des pots de miel et de confiture. Il a aussi été sollicité par des maraîchers, mais « on ne peut pas tout faire rentrer dans la boîte à pain », regrette-t-il, préférant se concentrer sur les produits autour du petit-déjeuner.

 

Tourisme rural

Une reprise à petits pas

Vie professionnelle

Publié le 31/05/2020

« 2020 avait très bien commencée. Quand le confinement a été annoncé, nous avons dû annuler plus de 1 250 contrats passés auprès de la centrale de réservation. Si on y ajoute les contrats passés en direct avec les propriétaires, ce sont environ 2 000 contrats qui ont été annulés dans le département », indique Maurice Waltsburger, président du Relais départemental du tourisme rural. La levée du confinement le 11 mai et la possibilité de se déplacer dans un rayon de 100 kilomètres autour du domicile ont signé une certaine reprise de l’activité. Une reprise à petits pas, constatée chez certains propriétaires de gîtes et assez inégale selon les secteurs géographiques.

Retrouver le vert à tout prix

Désormais, les propriétaires de gîtes ont les regards tournés vers le 2 juin. À partir de cette date, sauf retournement de situation, de nouveaux assouplissements sont attendus. Le Premier ministre devait notamment annoncer en fin de semaine jusqu’où les Français pourront partir en vacances cet été, rappelle le président du Relais départemental du tourisme rural du Bas-Rhin. Plus il augmentera la distance, plus les propriétaires de gîtes ont de chances de voir revenir les clients dans leurs structures - à plus forte raison si les frontières avec les pays voisins rouvrent dans la foulée. Mais ce n’est pas leur seule attente : voir l’Alsace passer au vert, selon la cartographie établie par le gouvernement, permettrait de gommer l’image peu rassurante d’une région fortement touchée par l’épidémie. « Il faut à tout prix retrouver le vert, n’hésite pas à dire Maurice Waltsburger, pour donner l’envie de revenir en Alsace en toute confiance. » Le président du Relais départemental exprime un dernier vœu : que les restaurants puissent à nouveau ouvrir leurs portes. C’est ainsi que l’Alsace redeviendrait la région attractive qu’elle a toujours été.

Les Gîtes de France ont, pour leur part, établi un protocole sanitaire pour garantir aux hôtes que leur hébergement sera préparé de manière rigoureuse. « Les propriétaires ont reçu des consignes de désinfection, qui doivent encore être validées par les instances gouvernementales. Elles entraînent des contraintes assez importantes au point qu’un petit nombre d’entre eux a préféré fermer ses plannings de réservation pour le moment. » Ce protocole sanitaire a pu être testé avant même la levée du confinement par les propriétaires qui ont accueilli des salariés travaillant sur certains chantiers bas-rhinois.

Pour tranquilliser encore un peu plus ceux qui hésitent encore à réserver, la fédération nationale des Gîtes de France a pris un autre engagement : celui de rembourser la totalité des frais de réservation si l’épidémie de Covid-19 venait à reprendre. Les séjours ou les acomptes versés pour des séjours annulés pendant le confinement ont d’ores et déjà été remboursés aux clients qui en faisaient la demande. Ceux qui en avaient la possibilité ont pu bénéficier d’un report dans un délai de 18 mois. Les Gîtes de France ont donc préféré jouer la carte de la souplesse et de la conciliation « dans un souci de fidéliser leurs clients », même si cela a occasionné un travail supplémentaire conséquent à la centrale de réservation.

Steige : week-end à la campagne

Les trois gîtes ruraux que tient Rachel Schieber, à Steige, sont complémentaires à l’activité agricole de la ferme du Manou, où son fils, Roméo, élève des vaches salers. « Nous n’avons eu personne depuis deux mois. Avec le confinement, tout s’est arrêté, on en a profité pour nettoyer, repeindre, faire de l’entretien… », explique-t-elle. Depuis le 11 mai, elle a senti que les choses commençaient à bouger. Certes, des clients qui avaient réservé pour le long week-end de l’Ascension ont annulé car ils venaient d’une autre région mais à leur place, Rachel Schieber a pu accueillir des Alsaciens ravis de se mettre au vert après des semaines de confinement, de voir les animaux de la ferme et de profiter de la piscine couverte.

Car, si ses hôtes viennent pour le cadre naturel de la vallée de Villé et pour la tranquillité des lieux, ils apprécient aussi de piquer une tête dans l’eau. Rachel Schieber avait pris l’initiative de mettre en place un planning pour permettre aux familles de chaque gîte de profiter de la piscine sans se croiser et elle a assuré la désinfection des berges, des douches et des toilettes après chaque passage. « Il y avait de l’appréhension de chaque côté mais finalement, tout s’est très bien passé », relate-t-elle, plutôt contente d’avoir pu se familiariser avec le nouveau protocole sanitaire l’espace d’un week-end.

Rachel Schieber sait que la saison 2020 ne ressemblera pas aux saisons précédentes : sans les longs week-ends de mai, sans les mariages qui lui ramènent habituellement de la clientèle en juin. Mais elle espère bien que les Alsaciens vont continuer à réserver pour des petits week-ends et a bon espoir qu’une fois la région repassée au vert, les réservations vont affluer de plus loin. Les appels reçus cette semaine sont en tout cas de bon augure. « On manque à nos clients », constate Rachel Schieber.

Vignoble : deux jours par ci, deux jours par là

Érinne Risch a ouvert un gîte labellisé Gîte de France de quatre personnes - Sun Wine - à Blienschwiller fin août 2019. « Nous sommes situés sur la Route des vins, c’est ce qui nous a permis de nous faire connaître au début. Nous recevons des clients allemands, suisses et d’un peu partout en France, raconte-t-elle. Le gîte était plein de mars à mai quand le confinement est arrivé. Nous avons dû tout annuler et encore aujourd’hui des clients annulent des séjours pour juin, juillet, août et même septembre. À cause de la limite des 100 km. On le fait gratuitement même si ça nous pénalise. » Chez elle, la proposition de reporter le séjour ne semble pas rencontrer le succès : trop d’incertitudes pour la suite. Alors, il y a bien « une ou deux réservations pour des week-ends mais ce n’est rien par rapport à un mois plein. »

Érinne Risch et son conjoint, vigneron indépendant, ne manquent pourtant pas d’idées pour attirer les vacanciers. Ils mettent à disposition une piscine, l’été, leur proposent des dégustations vins-tartes flambées et ils ont encore d’autres projets dans les cartons comme la location de vélos pour des balades dans les vignes et la construction d’un spa et d’un hamam. Ce dernier projet, qui aurait pu se concrétiser cette année, a d’ores et déjà été mis de côté vu la situation.

 

 

Plus au sud du vignoble mais, dans le Haut-Rhin, cette fois, Camille Schwander fait à peu près le même constat. Ses quatre hébergements - trois gîtes ouverts en 2017 et un quatrième ouvert deux ans plus tard à Kientzheim - se sont vidés avec le confinement et le redémarrage se fait attendre. Elle a bien eu quelques réservations pour mai et juin mais « c’est deux jours par ci, deux jours par là » et la demande se concentre surtout sur l’hébergement de deux personnes. Pour les deux grands gîtes (huit personnes), c’est le calme plat. Elle a pourtant assoupli les conditions de location : ils sont accessibles pour deux nuits au lieu d’une semaine habituellement, et elle a abaissé ses tarifs de 30 % jusqu’à fin juin sur les deux plateformes où elle est présente.

« Le Haut-Rhin, en ce moment, ça n’attire pas trop les touristes », constate Camille Schwander. Elle qui compte une forte proportion d’étrangers dans sa clientèle espère bien les retrouver dès que les frontières s’ouvriront. « J’ai des appels d’Allemands. Ils sont dans l’attente de savoir quand ils pourront à nouveau voyager », rapporte-t-elle, espérant tout de même pouvoir sauver le mois d’août. « La prochaine interrogation, ce sont les marchés de Noël. Si on perd la moitié de l’été et en plus les marchés de Noël, les pertes seront énormes. »

 

 

Krautwiller : on attend les Normands

Malgré la levée du confinement, Myriam Nicolle a décidé de garder son gîte fermé jusqu’au 31 mai. Situé à Krautwiller, à une vingtaine de kilomètres au nord de Strasbourg, il est aménagé dans une dépendance de sa maison : elle partage donc la cour, ainsi que certains équipements comme la buanderie, avec ses hôtes. Elle n’a donc voulu prendre aucun risque. Elle a bien été sollicitée par des professionnels qui reprenaient le travail et devaient trouver à se loger. Et même, tout au début du confinement, alors qu’elle n’était pas encore autorisée à recevoir du public, par des femmes fuyant un conjoint violent.

Pour l’instant, elle n’a pas de clients pour juin. Mais elle se réjouit d’avoir une réservation de deux semaines en juillet : « Des Normands qui viennent depuis dix ans. Ils ont maintenu leur réservation. Ils ont besoin de changer d’air, de se sentir en vacances. On les attend avec les bons gestes. » Des apéros-tartes flambées masqués pourraient bien faire partie du programme. Myriam Nicolle n’ose pas se plaindre : « Habituellement, mon gîte se loue très bien, nous avons du monde toute l’année, pas seulement des touristes, mais aussi des professionnels, des gens qui sont en attente d’un logement. » Cette diversité de clientèle et l’idée que toutes les années ne se ressemblent pas l’amènent à prendre les événements avec philosophie.

Covid-19

L'école à la ferme

Vie professionnelle

Publié le 16/05/2020

Associée avec son mari Damien au sein du Gaec des Quatre ponts, Laure Feldmann travaille à temps plein sur l’exploitation de 100 vaches laitières, située à Mittelhausen. En charge de la traite, du suivi vétérinaire du troupeau et de la partie administrative, elle n’hésite pas à donner un coup de main dans les cultures quand le besoin s’en fait sentir. Alors, quand l’école de ses enfants a fermé en raison du confinement, elle a fait un pas de plus vers la polyvalence en assurant la continuité pédagogique depuis son domicile.

En temps normal, Lucas, 4 ans, et Robin, 8 ans, sont tous les deux scolarisés à l’école Clair de lune à Wingersheim, un regroupement pédagogique de six communes. Le plus jeune est en moyenne section de maternelle, l’aîné en CE2. Laure avait l’habitude de les déposer et de les récupérer au bus deux fois par jour. Plus d’école, plus de trajets… et plus de traite du matin non plus : Laure l’a déléguée à ses beaux-parents et à son mari. Elle s’occupe désormais de Lucas et Robin, le matin. « Ils sont plus ou moins attentifs selon les jours, constate-t-elle. En général, ça va mieux quand il pleut : la tentation de sortir est moins grande. »

La charge de travail varie, selon le niveau des enfants : « En maternelle, c’est gérable, juge Laure. On reçoit du travail en allemand et en français car Lucas est en classe bilingue ». Jusqu’ici, tout va bien : les couleurs, les chiffres, les mots d’usage courant ne posent pas trop de problèmes. « On verra ce que ça donnera dans cinq ans… », s’amuse la jeune femme, précisant qu’à la maison, on parle tout de même alsacien quotidiennement. Pour l’aîné, qui est en CE2 monolingue, les leçons et les exercices sont transmis par e-mail, par le maître : à charge pour Laure de les imprimer. « Il y a du français et des maths tous les jours. » À la demande de l’enseignant, elle essaie de laisser Robin se débrouiller « mais il y a des moments où il faut tout de même l’aider ». Grâce aux corrigés transmis par le maître en fin de journée, l’enfant peut même s’auto-corriger. Et, si jamais ça coince, Laure peut toujours contacter l’enseignant.

« Il y a deux ans, on aurait plus galéré »

Lorsque le travail scolaire est achevé, Laure reprend ses occupations à la ferme en compagnie des enfants. L’efficacité n’est pas tout à fait la même mais, dans l’ensemble, les choses se passent bien. « On aurait eu le confinement il y a deux ans, on aurait plus galéré. Là, ils arrivent à s’occuper un moment tout seul : avec le vélo, le tracteur à pédale… Le terrain de jeu est grand. Le grand surveille le petit », souligne l’éleveuse. Comme l’ensilage est tombé pendant les vacances de Pâques, Lucas et Robin ont suivi de près le chantier et accompagné leur père sur le tracteur. Ils ont aussi fait du jardinage et un peu de cuisine avec leur mère. Autant d’activités qui permettent d’occuper les journées, quand les sorties étaient restreintes au minimum.

Alors que le déconfinement démarre, Laure et son mari savent déjà que Lucas ne reprendra pas l’école avant septembre. Ils ne pensent pas renvoyer Robin en classe non plus, le 2 juin, comme ils en auraient la possibilité : maintenant que l’organisation est à peu près rodée, cette reprise pourrait à nouveau tout chambouler. Et ça, ils n’y tiennent pas.

L’épidémie de Covid-19 et ses conséquences

Comment les banques aident les agriculteurs à passer le cap

Pratique

Publié le 14/05/2020

Quelles sont les conséquences du confinement sur la santé des entreprises du secteur agricole et viticole alsacien ? Huit semaines après son commencement, les banques tirent un premier bilan. Jean-Luc Beil, responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture à la Direction régionale Nord du Crédit Mutuel, évoque des répercussions très différentes selon les filières. La viticulture, qui était déjà confrontée à un problème de stock et à la difficulté de retrouver des marchés, est la plus frappée, relève-t-il. Katia Ebersold, responsable du marché agricole et des professionnels au Crédit Agricole Alsace-Vosges et Marc Thirion, directeur du réseau entreprises et financements spécialisés, dont les équipes sont en charge notamment des agriculteurs et des viticulteurs à la Banque Populaire Alsace-Lorraine-Champagne (BPALC), confirment. « Pour les viticulteurs, c’est dur. Financièrement et moralement. On sent une grande inquiétude », souligne Katia Ebersold. La fermeture des restaurants, des caveaux de vente, l’annulation des salons et de tous les événements festifs ont tari une grande partie de leurs débouchés. Et nul ne sait quand les affaires vont pouvoir reprendre.

Moins nombreuses, mais gravement touchées aussi, les entreprises du secteur horticole, les paysagistes et les forestiers. « Les horticulteurs ont perdu bien plus que deux mois de chiffre d’affaires », indique Katia Ebersold qui s’attend à de graves difficultés chez les professionnels de ce secteur, contraints de fermer leurs établissements au plus mauvais moment. À l’inverse, constate Jean-Luc Beil, certaines filières agricoles ont vu leur activité boostée pendant le confinement, mais elles ont dû s’adapter à de nouveaux modes de vente. C’est le cas des maraîchers qui ont dû se réorganiser dans l’urgence pour pouvoir approvisionner leurs clients en direct malgré la fermeture des marchés. Dans la plupart des cas, l’engouement des consommateurs pour les produits locaux a largement compensé la perte des restaurateurs et des marchés, remarque la représentante du Crédit Agricole Alsace-Vosges. « Entre ces deux situations extrêmes, certaines filières suscitent tout de même quelques inquiétudes », note Jean-Luc Beil. C’est le cas de l’élevage qui souffre de la fermeture de la restauration hors domicile et fait face à une évolution de la consommation un peu erratique.

Crédit Mutuel : le pari de la réactivité

« Dans ce contexte, nous avons cherché à être très réactifs vis-à-vis de nos clients agriculteurs et viticulteurs, indique Jean-Luc Beil. Nous avons suspendu les échéances de prêt mensuelles pendant six mois. Et nous l’avons fait d’office en laissant la possibilité à ceux qui n’avaient pas besoin de cette suspension de remettre en route leurs remboursements sur demande. » Cette suspension d’échéance est accordée sans intérêts supplémentaires. Au bout de six mois, les professionnels se verront proposer une remise en route de leurs échéances si leur trésorerie le permet, ou un étalement de celles-ci avec un réaménagement de la durée du prêt. « Six mois, ça laisse à nos clients le temps de voir venir », estime le responsable du marché agricole et viticole à la Direction régionale Nord du Crédit Mutuel.

Deuxième dispositif : le prêt garanti par l’État (PGE). Ce prêt, proposé jusqu’à la fin de l’année, s’adresse aux entreprises dont la trésorerie est impactée par l’épidémie de Covid-19, y compris les entreprises agricoles et viticoles. Celles-ci peuvent emprunter jusqu’à 25 % du montant de leur chiffre d’affaires. Il s’agit d’un crédit de trésorerie d’un an suivi, si le client le sollicite, par un prêt amortissable de un à cinq ans, précise Jean-Luc Beil. Aucun remboursement n’est donc exigé la première année. Au Crédit Mutuel, la demande de PGE est très importante, constate Jean-Luc Beil. Toutefois, les agriculteurs ont été moins nombreux à déposer un dossier que les artisans et les autres professionnels. Malgré ce volume soutenu, « on arrive à répondre rapidement à ceux qui nous sollicitent car nous avons des mesures d’accord simplifié. »

Enfin, le Crédit Mutuel accompagne ceux de ses clients qui ont dû se mettre à la vente directe, en leur mettant à disposition des solutions de paiement, comme le terminal de paiement (TPE) virtuel, ou le TPE saisonnier. « C’est une gamme qu’on avait déjà avant cette crise, mais qu’on renforce actuellement, pour que ceux qui ont la possibilité de commercialiser leurs produits ne soient pas freinés dans leurs efforts. » Comme toutes les banques, le Crédit Mutuel a par ailleurs relevé de 30 à 50 € le plafond de paiement sans contact depuis le 11 mai.

 

 

Crédit Agricole : rassurer d’abord

Au Crédit Agricole Alsace-Vosges, le dispositif d’accompagnement proposé est assez proche, même s’il comporte des variantes. « Nous avons pris contact très rapidement avec nos clients pour les écouter, les rassurer », explique Katia Ebersold. La suspension des échéances a été proposée aux clients pour six mois, puis rapidement étendue à un an pour tenir compte des prêts à échéance annuelle. « Nous n’avons pas fait le choix de la mettre en place de manière automatique car tous nos clients n’en ont pas besoin », explique la responsable du marché agricole. Environ 2 000 prêts agricoles à moyen terme ont ainsi été mis en pause sur la zone Alsace-Vosges. Et ce, sans frais d’avenant ni majoration de taux. Même les « prêts à piloter », qui ne peuvent normalement être mis en pause qu’une fois, ont pu bénéficier une seconde fois de cette option.

Comme ses confrères, le Crédit Agricole Alsace-Vosges propose le prêt garanti par l’État. « C’est une très bonne solution qui apporte de la trésorerie immédiate aux entreprises ayant perdu du chiffre d’affaires, précise Katia Ebersold. La technique est innovante avec un prêt court terme sur la première année, puis une deuxième phase amortissable au choix du client. » Le Crédit Agricole applique la gratuité sur le court terme, hors coût de la garantie de l’État de 0,25 %, avec la volonté d’accompagner un maximum d’exploitations. Pour l’instant, le nombre de PGE souscrits reste assez limité - 200 dossiers pour le marché agricole sur le secteur Alsace-Vosges, ouverts à 80 % par des viticulteurs - mais elle s’attend à un deuxième round de souscriptions d’ici la fin de l’année. L’apport de trésorerie grâce au PGE ne dispensera pas les entreprises d’une réflexion sur leur rentabilité à plus long terme, estime Katia Ebersold, qui reste confiante dans la résilience des filières agricole et viticole. « Comme à chaque crise, c’est la capacité à se poser, à réfléchir, à écouter les conseils des experts et à prendre de nouvelles habitudes qui permettront de traverser le cap. »

Face au développement soudain du « drive » et des différentes formules de vente directe, le Crédit Agricole Alsace-Vosges a déployé d’office le paiement sans contact sur les derniers TPE qui n’en étaient pas pourvus et a activé sa solution de vente à distance afin de permettre les encaissements au moment des commandes en ligne. Et pour ceux qui n’avaient pas de site internet, une formule simplifiée à coût réduit a été proposée. Cette crise a bel et bien donné un coup d’accélérateur aux moyens digitaux, obligeant certains clients à une mise à niveau accélérée. Au Crédit Agricole Alsace-Vosges, une dizaine de collaborateurs ont ainsi prêté assistance aux clients peu habitués à utiliser les services en ligne en les accompagnant pas à pas dans les différentes fonctionnalités.

 

Élevage allaitant

Des leviers pour mieux affronter le changement climatique

Élevage

Publié le 05/05/2020

La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou dispose de 145 ha de SAU, dont 84 % sont dédiés à la production fourragère et 16 % aux cultures, dont la plus grande partie sert à l’alimentation de son troupeau allaitant. Pour l’essentiel des surfaces, le potentiel agronomique est « modeste », précise Julien Fortin. « Ce sont des terres très séchantes en été et hydromorphes en hiver. »

Le troupeau se compose de 70 vaches allaitantes limousines et leur suite, soit 120 UGB. Le chargement est de 1,1 UGB/ha de Surface fourragère permanente (SFP). « C’est une ferme viable hors coût de recherche », souligne son responsable. La ferme de Thorigné d’Anjou est conduite en agriculture biologique depuis le départ. La commercialisation des animaux se fait via Unébio. « On ne fait pas de vente directe ni de vente de reproducteurs, on veut rester dans le cadre d’un élevage moyen », ajoute-t-il.

À Thorigné d’Anjou comme ailleurs, le réchauffement climatique est une réalité. Les épisodes très secs ou très humides vont s’amplifier à l’avenir, prédit Julien Fortin. L’Institut de l’élevage s’attend à ce qu’il y ait deux pics de pousse de l’herbe, un au printemps et un second à l’automne. « Avec des hivers moins marqués, il y a un risque que la pousse de l’herbe soit plus précoce. Il va donc falloir valoriser cette herbe. » En été, il y aura vraisemblablement un trou dans la production d’herbe et le rebond automnal, qui se produit habituellement en septembre, risque d’être plus tardif. Partant de ces prévisions, « il y a des questions à se poser sur les techniques de semis, la gestion du pâturage et la saison des vêlages », souligne le responsable de la ferme expérimentale.

 

 

À Thorigné d’Anjou, la pluviométrie moyenne est de 676 mm mais, de juin à septembre, la sécheresse est très marquée. En 2019, la croissance de l’herbe a bien démarré, un gros pic a été enregistré fin avril mais, en été, la pousse s’est complètement interrompue. La mise à l’herbe se fait dès que possible, vers le 15 mars et à partir du 15 juin, « on s’organise pour laisser les ressources pâturées aux animaux qui en ont le plus besoin. »

 

 

Sécuriser le système fourrager

La ferme expérimentale dispose de 117 ha de SFP, dont 48 ha de prairies permanentes et 52 ha de prairies temporaires. Les prairies temporaires ont vocation à rester en place quatre à cinq ans, elles sont constituées de mélanges dont on attend robustesse et productivité. « En agriculture biologique, la phase d’installation est compliquée », relève Julien Fortin. La luzerne, qui est assez résistante à la sécheresse, est cultivée en pur, sur une surface réduite (2 ha), mais elle n’a pas sa place dans les mélanges pâturés. 6 ha de ray-grass hybride-trèfle incarnat et 8 ha de mélange céréales-protéagineux (méteils) récoltés en ensilage complètent la surface fourragère. « Ces méteils sécurisent notre système fourrager car leur rendement est stable », précise Julien Fortin (lire encadré). Les 23 ha de cultures se répartissent entre 10,7 ha de triticale-pois, 1,1 ha de triticale, 1,7 ha de blé, 5,7 ha de féverole et 3,8 ha de tournesol. Le blé et le tournesol sont destinés à la vente. À ces 23 ha, s’ajoutent près de 5 ha réservés aux essais.

La rotation classique utilisée est la suivante : prairie pendant quatre à cinq ans, suivie d’une céréale récoltée en grain, puis d’un protéagineux qui restitue de l’azote dans le sol et, derrière, un méteil récolté en ensilage. « Depuis quelques années, en même temps que le méteil, on sème la prairie, ce qui fait qu’elle est déjà installée pour l’année suivante », indique le responsable de la ferme expérimentale. Il lui arrive aussi d’implanter une dérobée derrière la céréale : celle-ci est donnée à pâturer au printemps, ce qui permet d’implanter un tournesol par la suite. « En agriculture biologique, la rotation est primordiale », insiste Julien Fortin. Ce qui conduit à « casser » des prairies pour respecter celle-ci.

 

 

Le moins d’intrants possible

Côté fertilisation, les prairies reçoivent majoritairement du compost en première ou deuxième année. « On est à 10 t/ha, avec des composts qui ont six à huit mois et qu'on essaie de répartir sur l’ensemble des prairies. On met aussi un peu de fumier avant le tournesol », indique Julien Fortin. Prairies permanentes et temporaires sont amendées de la même façon. « On ne ramène pas de magnésium en plus. Le moins d’intrants possible, c’est l’une des clés de la réussite. »

L’herbe est récoltée sous forme d’enrubanné ou de foin, avec des rendements qui varient de 3,1 t MS/ha pour le foin de prairie naturelle à 3,9 t MS/ha (rendements moyens depuis 1999, NDLR) pour le foin de flore variée. L’enrubanné se situe entre les deux en termes de rendements. Le méteil récolté en ensilage culmine à 8,7 t MS/ha, juste devant la luzerne (8,5 t MS/ha). En cultures, le mélange triticale-pois et le triticale ont un rendement comparable, proche de 40 q/ha, et le blé ressort un peu au-dessus de 32 q/ha, la féverole à 26,5 q/ha et le tournesol frôle les 20 q/ha. Julien Fortin considère que ces résultats sont « tout à fait satisfaisants. » Et si les agriculteurs conventionnels font de meilleurs rendements les bonnes années, leurs charges et leurs prix de vente ne sont en rien comparables.

Deux périodes de vêlage

Le troupeau allaitant se compose de 70 vaches limousines. « L’objectif est de tout faire pour limiter l’improductivité du troupeau, c’est un des premiers leviers d’adaptation. » Les vêlages sont répartis en deux périodes : à l’automne (du 1er septembre au 31 octobre) et au printemps (du 1er mars au 1er mai). « Ce sont deux périodes strictes, insiste Julien Fortin. Si la vache n’est pas en chaleur, on la réforme, on ne fait pas de sentiment. » Le taux de renouvellement est élevé, de l’ordre de 35 %, l’objectif étant de profiter du progrès génétique et de produire des carcasses de vaches faciles à engraisser. Le responsable de la ferme de Thorigné d’Anjou n’hésite pas à mettre le doigt sur la corrélation entre le taux de renouvellement et le revenu de l’atelier viande.

La présence de deux périodes de vêlage se justifie par la volonté de profiter de l’herbe le plus possible : les vêlages d’automne, par exemple, se font dehors et les vaches peuvent profiter de la pousse de l’herbe jusqu’au 1er novembre, puis elles ressortent au printemps au pâturage avec leurs veaux, qui sont sevrés vers le 15 juin. « Quand on les ressort, ils font de la croissance gratuite », insiste Julien Fortin. Quant aux vêlages de printemps, ils sont prioritaires pour tout ce qui est herbe sur pied. Les veaux ne sont pas complémentés mais, quand vient la sécheresse estivale, les mères bénéficient d’un affouragement sous forme de foin ou d’enrubanné afin qu’elles produisent plus de lait.

Pour les mises à la reproduction de printemps, la ferme utilise la monte naturelle ; pour celles de fin d’année, elle recourt à l’insémination artificielle, le taureau n’assurant que les rattrapages. Les mâles sont valorisés en bœufs, donc castrés au sevrage, selon un protocole mis en place depuis six ans pour gérer la douleur. L’âge au premier vêlage des génisses est de 30 mois. Le pourcentage de veaux sevrés par rapport aux vêlages est de 94 % et le taux de mortalité des veaux était de 7,6 % sur la période 1999-2019. « C’est dans la moyenne de la race mais cela reste insatisfaisant », admet Julien Fortin. L’intervalle vêlage-vêlage, quant à lui, était légèrement supérieur à 374 jours en 2018-2019. Quant aux performances de croissance des veaux de la naissance au sevrage, elles varient peu entre veaux nés à l’automne et veaux nés au printemps : au-dessus de 1 100 g/jour en moyenne pour les mâles et au-dessus de 1 000 g/jour en moyenne pour les femelles.

 

 

Les vêlages avancés à 24 mois

Le système fonctionne depuis vingt ans mais, l’an dernier, les responsables de la ferme ont voulu aller plus loin, en augmentant la taille du troupeau à 85 vaches allaitantes. Avec toujours deux périodes de vêlage mais un âge au premier vêlage avancé à 24 mois pour baisser la période d’improductivité. Cette orientation a été décidée suite à un constat fait sur les vaches à l’engraissement : « sur les derniers kilos, on perdait de l’argent. » Unébio appliquant une pénalité sur les vaches trop lourdes, le choix a été fait de baisser le gabarit des animaux. Pour y parvenir, il a été décidé de pratiquer des croisements avec des races anglo-saxonnes qui ramènent de la précocité et permettent aux animaux de déposer du gras plus rapidement. D’où l’acquisition d’un taureau angus, utilisé sur les génisses, pour produire des bœufs et génisses croisés plus légers. La ferme de Thorigné d’Anjou n’en est qu’au début de cette expérimentation mais son responsable constate déjà que les primipares ainsi obtenues produisent moins de lait et que les veaux sont plus autonomes. « En bio, on voit les limites du modèle génétique très tardif et cela va arriver en conventionnel », prédit Julien Fortin.

 

 

Pas d’alimentation à volonté

L’alimentation des bovins est un second levier d’adaptation sur lequel joue la ferme expérimentale. « La nourriture est donnée pour satisfaire les besoins stricts. Aucun bovin n’a de ressource à volonté, sauf en engraissement », explique le responsable de la ferme expérimentale, ajoutant qu’aucune ressource alimentaire n’est gaspillée. Des essais ont été menés durant cinq ans sur les couples mères-veaux en vêlage d’automne, visant à comparer trois rations. Aucun effet régime n’a été observé sur la production de lait, la reproduction et la croissance des veaux, sauf pour la ration à base de foin de prairie naturelle et céréales/protéagineux (méteil) qui a une incidence négative sur le poids et la note d’état corporel. D’où la conclusion tirée par Julien Fortin : « Tant qu’on ramène la quantité d’UF et de PDI qu’il faut, ça marche. Cela laisse un panel de choix en fonction des ressources disponibles. »

 

Les vidéos