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Florence Péry

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Économie

Les chambres consulaires continuent d’accompagner les entreprises

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2020

Rester optimiste malgré tout : lors d’une conférence de presse de rentrée, organisée le 14 septembre à Strasbourg, les représentants des trois Chambres consulaires - Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole (CCI), Chambre d’agriculture (CAA) et Chambre de métiers d’Alsace (CMA) - ont choisi de ne pas ajouter au catastrophisme ambiant. La crise sanitaire a certes touché l’ensemble des entreprises, mais à des degrés divers, ont exposé Jean-Luc Heimburger, président de la CCI Alsace Eurométropole, Denis Ramspacher, président de la CAA, et Jean-Louis Freyd, vice-président de la CMA.

Le confinement a conduit certaines d’entre elles à arrêter provisoirement leur activité. Il a fallu les aider à se remettre en marche : à trouver du matériel de protection, s’y retrouver dans les mesures de protection des salariés et dans les dispositifs d’aide, à se réorganiser, a énuméré Jean-Luc Heimburger. « La situation était inédite, il était nécessaire qu’on se parle beaucoup ». Les conseillers de la CCI ont appelé 5 500 entreprises sur les 80 000 ressortissants de la CCI. La Chambre d’agriculture a organisé des visioconférences avec les différentes filières agricoles pour prendre la mesure des difficultés rencontrées et les faire remonter auprès des organismes concernés. Elle a instauré une « foire aux questions » sur son site internet pour répondre aux questions les plus courantes des agriculteurs. La CMA, de son côté, a mis en place un numéro spécial avant même le confinement, puis lancé des « webinaires », autrement dit des séminaires à distance, permettant d’accompagner les chefs d’entreprises artisanales dans la reprise de leur activité.

 

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Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Lundi 14 septembre 2020

 

Le commerce et les services souffrent

Où en est-on aujourd’hui ? Dans le commerce et l’industrie, où le chiffre d’affaires et les carnets de commandes sont en recul sur le premier semestre, les chefs d’entreprise sont confiants quant aux perspectives à venir. Ce sont surtout le commerce et les services qui souffrent, note Jean-Luc Heimburger, qui s’appuie sur une enquête réalisée par la CCI Alsace-Eurométropole début juillet. L’industrie et le BTP semblent moins touchés, surtout quand il s’agit d’entreprises de plus de 50 salariés. Pour autant, il ne faudrait pas qu’un nouveau confinement vienne s’ajouter au premier. Ce serait catastrophique, juge le président de la CCI, qui mentionne des problèmes de trésorerie chez plus de la moitié des entreprises interrogées mais un niveau d’emploi « stable pour le moment ».

En agriculture, l’activité s’est maintenue pendant le confinement, hormis chez les horticulteurs. Mais la crise sanitaire est venue aggraver la situation dans certaines filières déjà touchées par une conjoncture difficile ou par la sécheresse, fait valoir Denis Ramspacher. La viticulture est fortement touchée, la consommation de viande est en baisse mais les fruits et légumes s’en sortent correctement et la volaille permet toujours d’installer des jeunes grâce aux possibilités de transformation locale. Les circuits courts ont été plébiscités par les consommateurs mais « si on veut des produits locaux, il faut accepter d’en payer le prix », souligne le président de la Chambre d’agriculture Alsace. Il espère bien que la demande pour ces produits va se maintenir mais constate aussi que la grande distribution est en train de rediscuter les prix vers le bas. Le naturel, décidément, revient au galop.

Une relance de l’économie de proximité

L’hôtellerie et la restauration sont toujours « en grande souffrance ». De même que l’imprimerie, les taxis, les fleuristes, le secteur de l’esthétique et celui l’événementiel, note pour sa part Jean-Louis Freyd. Les entreprises malmenées « sont plombées par le manque de trésorerie », dit-il en se prononçant pour « une relance durable de l’économie de proximité ». S’agissant de l’apprentissage, qui constituait un motif d’inquiétude pour la CMA avant l’été, les choses sont rentrées dans l’ordre puisque le nombre des contrats d’apprentissage est en hausse dans les centres de formation des apprentis d’Eschau, de Colmar et Mulhouse. De plus, les investissements prévus par les artisans dans le cadre des appels à manifestations d’intérêt sont bien partis, indique Jean-Louis Freyd.

Dès le départ, une réaction assez forte s’est manifestée pour soutenir l’économie tant au niveau de l’État que des collectivités, se réjouit Jean-Luc Heimburger. Cela ne suffira sans doute pas à éviter la casse mais les dispositifs mis en place, tel que le plan de relance pourtant « très complexe » prévu par le gouvernement - sont les bienvenus. Le président de la CCI insiste sur l’importance de la commande publique pour soutenir les entreprises et réclame l’étalement de certaines charges, les charges sociales et fiscales en particulier mais aussi la TVA (taxe sur la valeur ajoutée).

La CCI a mis en place une cellule de soutien pour les entreprises rencontrant des difficultés : 375 entreprises ont été prises en charge dans le cadre de ce dispositif entre mars et août. Il est important que les chefs d’entreprises concernés se déclarent pour qu’ils puissent être accompagnés au plus vite, y compris sur le plan psychologique. Les agriculteurs, eux, peuvent faire appel à la cellule Réagir, en place depuis quelques années. Une centaine d’entre eux est suivie et bénéficie d’un accompagnement social et économique leur permettant de surmonter leurs difficultés, voire de se réorienter, indique Denis Ramspacher.

De nouveaux enjeux

Au-delà de la crise sanitaire, les entreprises, quelle que soit leur affiliation, sont confrontées à de nouveaux enjeux : produire selon « un modèle plus durable, plus écoresponsable, plus citoyen », résume Jean-Louis Freyd. Ce qui, en agriculture, se traduit par la recherche d’une meilleure utilisation et préservation des ressources et d’un « mieux vivre ensemble ». Preuve que des réponses communes peuvent être trouvées sur certains de ces enjeux, le lancement, en pleine crise du Covid-19 d’un site de « business sourcing » recensant 547 entreprises de la région dans le but de faciliter le recours à des sources d’approvisionnement locales.

Tourisme rural

Un été au vert, envers et contre tout

Vie professionnelle

Publié le 13/09/2020

« Nous avons été agréablement surpris par la reprise de l’activité cet été, indique Maurice Waltsburger, président du Relais départemental du tourisme rural du Bas-Rhin. Avec un taux d’occupation de l’ordre de 70 % par rapport à 2019 pour juillet et près de 90 % pour août, les 950 gîtes, chambres d’hôtes et campings bas-rhinois affiliés au réseau Gîtes de France s’en sortent finalement assez bien. « Nous avons eu beaucoup de réservations de dernière minute et peut-être plus de clientèle de proximité », relève le président du Relais, qui note également un raccourcissement de la durée des séjours.

« Il y a eu un redémarrage timide en juin lorsque les gens ont été autorisés à circuler au-delà de la limite des 100 kilomètres, indique pour sa part Serge Mézin, directeur des Gîtes de France du Haut-Rhin. Ensuite, les réservations pour juillet-août ont relativement bien compensé les annulations des mois précédents. » Là aussi, la clientèle locale a été au rendez-vous et ce dès le mois de juin. Les gîtes assez grands, propices aux retrouvailles familiales, ont été plébiscités, mais c’est déjà le cas hors période Covid, précise Serge Mézin.

La montagne, ça vous gagne

Sur le plan géographique, pas de tendance trop marquée si ce n’est un engouement pour les équipements situés à l’écart des spots touristiques habituels. Les vacanciers ont préféré se mettre au vert à la campagne et respirer l’air pur des montagnes. « Le massif vosgien a bien marché, ainsi que le vignoble », remarque le directeur des Gîtes de France du Haut-Rhin. La plaine d’Alsace un peu moins. » Christiane Oberlin, propriétaire d’un gîte de 7 personnes à Jebsheim, à quelques kilomètres de Colmar, confirme : juillet-août ont été « mitigés » avec une fréquentation de 50 % par rapport à une année ordinaire. Elle s’attend à descendre à 25 % en septembre-octobre. Elle avait l’habitude de recevoir des groupes d’amis retraités en automne : cette clientèle-là va manquer, pense-t-elle. En revanche, elle espère que les marchés de Noël vont être maintenus pour ne pas compromettre la fin de la saison. « C’est en septembre qu’on fait le mois de décembre », rappelle-t-elle.

À Bourg-Bruche, dans la haute vallée de la Bruche, Nicolas Kreis est plutôt satisfait de la fréquentation estivale dans ses cinq chambres d’hôtes situées dans la ferme du Nouveau chemin. Réouvertes fin mai, peu après la levée du confinement, elles n’ont été que partiellement remplies en juin mais juillet-août ont été bons et « on a encore du monde en septembre. » Il a retrouvé « pas mal d’habitués », des vacanciers venus pour de courts séjours les années passées et revenus en famille ou en groupe. Des Belges - plus que d’ordinaire - et des Allemands aussi. Le cadre se prête tout particulièrement à la distanciation sociale : la ferme, située à 550 mètres d’altitude, est isolée du village et comme il a fait beau pendant tout l’été, ceux qui ont choisi la formule table d’hôtes ont pu prendre leurs repas dehors. Le respect des consignes sanitaires n’a pas engendré de tension parmi les clients, comme Nicolas Kreis avait pu le craindre avant la réouverture.

Des loisirs à la journée

Le rebond d’activité dans les gîtes ruraux et chambres d’hôtes est à mettre en regard de la situation difficile que traverse l’hôtellerie dans la région. Christophe Bergamini, directeur de l’office de tourisme de la vallée de Kaysersberg, fait état d’une baisse de fréquentation de 40 % sur tous les hébergements en juillet et presqu’autant en août sur son territoire. Dans une vallée qui compte 6 000 lits touristiques, les conséquences sont énormes. « Ceux qui ont le plus souffert, ce sont les hôteliers du bas de la vallée », explique-t-il.

Les activités de loisirs à la journée proposées dans la vallée de Kaysersberg, en revanche, ont cartonné : randonnées, sentier pieds nus, VTT de loisirs ou de descente, toutes les activités outdoor ont été plébiscitées. L’œnotourisme a plus ou moins bien résisté, selon Christophe Bergamini. Les activités proposées dans le cadre de Parenthèse vigneronne - dégustations ou séjours à thème autour du vin et de la gastronomie - « ont bien marché mais elles n’ont pas explosé ». Quant aux visites de caves organisées les mercredis et jeudis chez les vignerons de la vallée de Kaysersberg, elles ont été renforcées, mais leur succès n’a pas duré au-delà du 15 août.

Œnotourisme : la carte du collectif

Au Synvira (syndicat des vignerons indépendants d’Alsace), Alain Renou, le directeur, se dit quant à lui satisfait du succès rencontré par les événements collectifs œnotouristiques organisés cet été. Tout ce qui aurait dû avoir lieu ce printemps a été décalé à l’été : les apéros gourmands, organisés habituellement une fois par mois de mai à août, ont été redéployés sur les vendredis de juillet et d’août. Une trentaine de domaines viticoles du nord au sud de l’Alsace y ont participé, faisant régulièrement le plein de participants. Et le pique-nique vigneron a été repoussé à la fin juillet : les vignerons ont dû limiter le nombre des invités pour tenir compte des contraintes sanitaires, mais ils ont réussi à attirer une nouvelle clientèle d’estivants, souvent composée de locaux. Un public qui ne s’est pas contenté de consommer sur place, à en croire les chiffres des ventes réalisées par les petits domaines viticoles (moins de 50 000 bouteilles) en juillet : + 30 % par rapport à 2019. Un chiffre qui réjouit Alain Renou. Les vignerons indépendants misent aussi sur les vendanges touristiques et l’opération vin nouveau des 25, 26 et 27 septembre pour maintenir la dynamique. « L’été se termine fin décembre chez les vignerons indépendants ! », plaisante le directeur du Synvira.

EARL Lechner-Houdé à Minversheim

Passage de témoin dans une année pas ordinaire

Cultures

Publié le 12/09/2020

Technicien informatique de métier, Olivier Houdé s’est installé en agriculture le 1er janvier dernier. Il a repris l’exploitation de son beau-père, Joseph Lechner et y a ajouté la dizaine d’hectares de son père. Une installation tardive - il a 40 ans - mais motivée par le désir qui ne l’a jamais quitté de devenir un jour agriculteur et par la volonté de poursuivre l’œuvre de son beau-père. Une installation progressive aussi, puisqu’Olivier Houdé reste pour le moment salarié chez son employeur, l’entreprise Schaeffler à Haguenau. Une installation bien préparée, enfin, puisque le nouveau houblonnier, qui participait déjà à divers travaux sur l’exploitation, a passé un brevet de responsable d’exploitation agricole (BPREA) par le biais de la validation des acquis de l’expérience et suivi des cours de comptabilité-gestion à distance pour se mettre à niveau dans ce domaine.

Un tiers déjà récolté

En ce moment, Olivier Houdé est occupé à la récolte du houblon. Celle-ci a commencé la semaine dernière avec les variétés précoces : fuggle, golding et P08-3. Elle se poursuit cette semaine avec le strisselspalt, variété traditionnelle en Alsace, puis viendra mistral, élixir, cascade, barbe rouge pour finir avec la plus tardive, aramis. « Ça se passe bien », juge-t-il, content de pouvoir encore bénéficier des conseils et de l’expérience de son beau-père pour cette étape cruciale de la récolte et du séchage du houblon. En début de semaine, il estimait avoir rentré environ un tiers des 18,72 ha qu’il cultive et se fixait pour objectif d’avoir achevé la récolte pour le 18 septembre. Un impératif incontournable puisque les trois Polonais qu’il emploie pour la récolte, dont un chauffeur qui revient depuis 19 ans, rentrent dans leur pays… le 19 septembre.

 

 

Pour tenir la cadence, il a réorganisé le chantier : avec deux tracteurs au lieu d’un seul - un qui récolte au champ pendant que l’autre ramène le houblon au hangar de Schwindratzheim - il évite les temps morts. Une fois les lianes déchargées, il reste à les accrocher sur le rail de la cueilleuse, qui sépare les feuilles et les cônes. Les cônes subissent plusieurs tris successifs et sont placés dans une trémie tampon avant d’être envoyés dans la tour de séchage pour un cycle de 5 h 30 à 6 heures qui va ramener leur taux d’humidité autour de 8 à 9 %. En cette année de transition, Olivier, qui a entièrement pris en charge le séchage, se considère encore en période d’apprentissage. « Je me fais la main », dit-il, sachant que le séchage conditionne la qualité finale du houblon.

25 saisonniers pour la mise au fil

Pour sa première campagne, Olivier a dû faire avec les conséquences de la crise sanitaire. Pour la mise au fil, le recours aux saisonniers étrangers était impossible, à cause des restrictions de déplacement liées au confinement. Il a dû faire appel à la plateforme L’Agriculture recrute pour trouver de la main-d’œuvre locale. Une expérience qui s’est avérée très positive, pour lui comme pour son beau-père : « Jusqu’alors, je n’avais jamais réussi à avoir plus de salariés que le strict nécessaire, témoigne Joseph Lechner. Mais cette année, plus de 60 candidats se sont manifestés. J’ai pris mon temps pour les sélectionner, échanger avec eux. » Au final, Olivier Houdé a engagé 25 saisonniers, ce qui lui a permis de limiter les journées de travail à 7 heures. « On n’a même pas eu besoin de travailler le dimanche car on avançait assez vite comme ça. » Et dans une bonne ambiance, ajoute Olivier, satisfait de cette première expérience de gestion de la main-d’œuvre.

 

 

La conduite de la culture n’a pas posé de problème particulier cette année. « L’an dernier, il y avait eu beaucoup de mildiou. Ce n’était pas le cas cette année. Il y avait de l’oïdium, mais pas chez nous », précise le nouveau houblonnier. La chance du débutant ? Olivier Houdé n’est pas loin de le croire, lui qui n’a pas dû traiter contre l’araignée rouge mais seulement contre les pucerons. Encore l’a-t-il fait de manière raisonnée, en observant ses parcelles de manière régulière. Une recommandation de son beau-père mais aussi des techniciens du Comptoir agricole et de la Chambre d’agriculture qui le suivent sur le plan technique.

La sécheresse, d’année en année

La sécheresse, par contre, a sans doute pénalisé les variétés précoces. « On verra à la livraison. On a des sols qui ont une certaine capacité à retenir l’eau, mais on voit bien que le problème de la sécheresse se pose de plus en plus chaque année », commente le houblonnier, dont les parcelles ne sont pas irriguées. Le vent aussi a donné quelques soucis : au moment de la mise au fil, il a fallu effectuer plusieurs passages. Et dans les jours qui ont précédé la récolte, le vent a chahuté les lianes et fait tomber des cônes.

À l’heure du passage de témoin, Joseph Lechner laisse percer sa satisfaction. « Réussir sa vie active, c’est quelque chose. Mais réussir sa transmission, c’est un aboutissement. On ne veut pas transmettre un cadeau empoisonné, mais au contraire, un outil qui permette de vivre et de se projeter. »

Pomme d’Alsace

La récolte ne fait que commencer

Technique

Publié le 11/09/2020

La récolte des pommes a commencé, avec une quinzaine de jours d’avance par rapport à la normale. Elle devrait se poursuivre jusqu‘à fin octobre. Pour annoncer l’arrivée des fruits aux consommateurs, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et l’association Production fruitière intégrée (PFI) organisaient le lancement de la saison, le 2 septembre au verger expérimental d’Alsace (Verexal). C’est là que sont conduits les essais permettant aux arboriculteurs professionnels de progresser techniquement dans la culture des fruits à pépins (pommes, poires) ou à noyaux (cerises, mirabelles, quetsches, abricots, pêches).

 

 

Ces essais concernent aussi bien les variétés que le désherbage et la protection des vergers contre les ravageurs et les maladies. Avec la pression sociétale en faveur de la réduction des pesticides, cette dernière thématique devient essentielle, souligne Pierre Barth, président de Verexal. Testé depuis deux ou trois ans sur les fruits à noyaux, le biocontrôle a été ainsi étendu à la pomme cette année mais il semble plus difficile à maîtriser sur ce fruit, rapporte Marie-Laure Schnell, conseillère en arboriculture à la Chambre d’agriculture Alsace. Face au changement climatique, dont les effets se font déjà sentir en arboriculture, Verexal devra aussi trouver des solutions. « C’est un outil essentiel pour la recherche de références », confirme Daniel Dettling, président de PFI, qui regroupe 28 producteurs de pommes pour une surface de 190 ha.

Les fruits tombent 

Climatiquement parlant, les producteurs de pommes alsaciens sont passés par tous les états en 2020 : si les gelées de mars n’ont pas eu trop d’impact sur la production, la sécheresse estivale et le vent ont fait tomber beaucoup de fruits. Ce phénomène est observé sur de nombreuses variétés, indique Daniel Dettling. Résultat : une production hétérogène, avec des secteurs « bien fournis » autour de Strasbourg et d’autres moins bien lotis, comme le secteur Westhoffen-Balbronn-Traenheim. Globalement, le rendement devrait être un peu en retrait par rapport à 2019, mais la qualité des fruits semble correcte.

La récolte, toutefois, ne fait que commencer : elle va monter en puissance, dès lors que celle des derniers fruits d’été va s’achever. Une petite vingtaine de variétés de précocité et de goûts différents sont issues des vergers alsaciens. La pomme a l’avantage de pouvoir être stockée et vendue tout au long de l’hiver : elle est de plus en plus demandée par les consommateurs alsaciens qui peuvent l’identifier grâce à l’étiquetage rouge de l’Ifla, se réjouit le président de PFI.

Le mois des fruits et légumes d’Alsace

Cette demande soutenue explique sans doute la « dynamique de plantation » observée en Alsace. Celle-ci est également favorisée par le regroupement des producteurs en Cuma (coopérative agricole), note Daniel Dettling. Les grossistes aussi sont demandeurs de pommes alsaciennes pour approvisionner les restaurants collectifs. Rodolphe Garcia, vice-président de l’Ifla et directeur de Terre Azur, en témoigne : la rentrée scolaire est synonyme de reprise d’activité pour les grossistes en fruits et légumes, durement touchés par la crise sanitaire. Le mois des fruits et légumes d’Alsace, organisé par l’interprofession du 15 septembre au 15 octobre, devrait permettre de soutenir cette reprise. Avec un temps fort : le concours d’étalage, prévu la première semaine d’octobre en grande distribution. Une soixantaine de magasins y avaient participé l’an passé et l’Ifla espère bien compter autant de participants cette année. 

Compte tenu du contexte sanitaire, l’Ifla a en revanche préféré annuler sa manifestation Saveurs et soleils d’automne, prévue fin septembre à Illkirch-Graffenstaden. Elle s’associera en revanche à l’opération Exploration gourmande organisée par l’Aria (Association régionale des industries alimentaires) et Alsace Qualité en octobre pour mettre en avant les restaurateurs utilisant des produits locaux.

 

 

Inauguration de la Foire européenne de Strasbourg

L’écologie qui rassemble

Vie professionnelle

Publié le 10/09/2020

Elle aurait pu ne pas avoir lieu : la Foire européenne de Strasbourg a pourtant ouvert ses portes le 4 septembre comme prévu et devrait les refermer lundi prochain, au soir du 14 septembre. Son maintien s’est fait au prix d’une organisation minutieuse permettant d’assurer la sécurité sanitaire de tous les protagonistes, exposants ou visiteurs. Jeanne Barseghian, la nouvelle maire de Strasbourg, l’a répété en inaugurant la 88e édition, le 4 septembre, en présence d’élus et de représentants du monde économique. « C’est parce que nous faisons face aux incertitudes, parce que le Covid nous bouscule que nous devons continuer à vivre et nous projeter », dit-elle. Se projeter jusqu’aux festivités de fin d’année - le marché de Noël de Strasbourg sera lancé le 28 novembre, annonce-t-elle - mais plus encore pour préparer l’avenir. La nouvelle équipe municipale travaille ainsi sur « un ambitieux projet » qui permettra, assure Jeanne Barseghian, de transformer et d’améliorer le quotidien de tous les habitants.

Préparer l’avenir implique de trouver des réponses à l’urgence climatique. « C’est l’avenir de notre économie », affirme la maire écologiste, précisant que cette orientation doit être « facilitée, accélérée, accompagnée par les politiques publiques » dans tous les domaines : l’agriculture, le commerce, l’artisanat, l’économie sociale et solidaire. Jeanne Barseghian s’engage à actionner tous les leviers dans ce sens, en particulier la commande publique. Autre priorité : apporter des réponses à l’urgence sociale « dans une des métropoles les plus inégalitaires de France ». Elle souhaite notamment, dans un souci d’équité territoriale, remettre « des services publics, des commerces et donc de l’emploi là où les besoins sont les plus criants ».

 

 

À tous les gourmets et amateurs de cuisine d'exception : venez assister au grand concours du Poisson en croûte à la...

Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Mercredi 9 septembre 2020

 

Tous ensemble

La nouvelle maire de Strasbourg compte bien embarquer toutes les forces vives dans cette transformation vers « une économie plus locale, plus durable, plus solidaire ». L’ambition est partagée par l’exécutif de l’Eurométropole de Strasbourg. Pia Imbs, sa présidente, le confirme. Mais pas question de passer en force, ni de faire la leçon aux chefs d’entreprise. Persuadée qu’« opposer écologie et économie n’a plus de sens », la présidente de l’Eurométropole en appelle à l’engagement collectif : « C’est tous ensemble que nous réussirons cette grande transformation. »

Tous ensemble ? « Nous aurons besoin des acteurs du BTP et des artisans pour la rénovation thermique des bâtiments, des agriculteurs pour une offre alimentaire de qualité, des paysagistes et des horticulteurs pour la végétalisation des espaces publics, des acteurs de la mobilité pour inventer des solutions de transport alternatives à la voiture, des personnes qui savent réparer pour ne plus jeter et favoriser l’économie circulaire, des acteurs de la finance pour accompagner les entreprises vers la transition écologique… »

Cette transformation va créer de l’emploi, assure la présidente de l’Eurométropole, qui annonce le lancement en septembre d’un pacte pour l’économie locale, sociale et durable s’appuyant notamment sur les idées émises par les entreprises et les Chambres consulaires. Il s’agira d’agir en complémentarité avec l’État, la Région et le Département, qui ont élaboré chacun leur propre plan de relance dans la foulée de la crise sanitaire. Un travail de fond attend donc la collectivité. Un travail qui permettra de « concilier économie et écologie et de garantir les emplois et les entreprises pérennes sur notre territoire », assure Pia Imbs.

« On peut encore agir »

« C’est au niveau local que l’essentiel de la nouvelle économie va se jouer demain », considère pour sa part Claude Gruffat, député européen. Pour l’invité d’honneur de cette 88e édition, il y a « une urgence absolue d’un changement de modèle économique ». Il en veut pour preuve les dégâts provoqués par le productivisme à tous crins. La disparition des animaux sauvages, des populations d’insectes et d’oiseaux, la baisse de la fertilité des sols sont des bombes à retardement, n’hésite pas à dire le député européen. « La pandémie doit nous faire réfléchir, ce n’est pas d’une transition mais d’une mutation dont nous avons besoin. »

 

 

Nouveau ! L'Espace Knack Eat : un espace dédié à la fameuse knack locale à découvrir sous toutes ses formes ! Et comme...

Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Mercredi 9 septembre 2020

 

Face à ce constat d’une nature dégradée, Claude Gruffat ne se résigne pas. « On peut encore agir. On a à peu près 10 ans pour opérer ce changement radical vers une économie décarbonée, plus sobre, avec une meilleure prise en compte du social ». Fils de paysan, ancien conseiller agricole, le député européen membre du groupe Les Verts-ALE entend incarner le combat d’une économie réconciliée avec l’écologie. Il a assisté à l’émergence de l’agriculture biologique dans les années 1980, modèle qui l’a convaincu en raison de son discours sur les produits et sur la qualité des sols. Il a choisi de s’y engager, non pas en s’installant comme agriculteur mais en ouvrant un magasin de produits biologiques à Blois. La rencontre avec l’association Biocoop l’a amené à s’investir dans ce réseau qu’il a présidé de 2004 à 2019. En 15 ans, le nombre de magasins affiliés à Biocoop a plus que doublé : ils sont aujourd’hui 530 magasins employant plus de 6 000 salariés. Le chiffre d’affaires atteint 12 milliards d’euros (Md€) dans le même temps.

60 000 paysans de proximité à installer

Biocoop a également permis l’émergence de filières de production agricoles contribuant à « faire vivre les paysans, mettre en marché les produits et satisfaire les consommateurs ». Fier de cette réussite, Claude Gruffat estime que « dans les sept ans qui viennent, on aura besoin d’installer au moins 60 000 paysans de proximité » pour répondre à la demande grandissante de produits biologiques locaux. L’agriculture biologique, qui était « un signal faible » il y a 35 ans s’est donc muée en véritable modèle de société. Un modèle dans lequel la coopération occupe une place centrale. C’est à cette particularité et à des valeurs solidement et fermement défendues que Biocoop doit sa réussite, affirme le député européen.

Fort de son expérience, il appelle l’auditoire à s’engager pour une économie « au service de l’humain, une économie durable respectant les liens sociétaux et la biodiversité. Une économie dans laquelle l’espèce humaine ne domine pas la nature parce qu’elle en a peur mais qui vit avec parce qu’elle la connaît. »

Foire européenne de Strasbourg du 4 au 14 septembre

Une nouvelle façon de faire la foire

Vie professionnelle

Publié le 04/09/2020

C’est l’événement qui donnera le ton de la reprise. C’est ainsi qu’Albane Pillaire, directrice générale de Strasbourg Événements, envisage la 88e édition de la foire européenne de Strasbourg. Celle-ci débute aujourd’hui pour s’achever le 14 septembre sur la plate-forme Kieffer, en face du Palais de la musique et des congrès de Strasbourg. Au-delà de sa dimension économique, elle jouera le rôle de « vitrine pédagogique » des nouvelles habitudes à adopter dans les espaces publics en cette période sanitaire de Covid-19. « On ne peut pas continuer à se terrer chez soi, il va falloir apprendre à vivre ensemble autrement », proclame Albane Pillaire.

Plutôt que d’annuler la manifestation, ce qu’ont fait d’autres organisateurs de foires ailleurs en France, Strasbourg Événements a donc préféré maintenir l’édition 2020. Quitte à travailler « très en amont » sur un protocole sanitaire adéquat en lien étroit avec la préfecture du Bas-Rhin, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg et l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est. Il s’agira d’un « vrai test », selon les termes d’Alexandre Feltz, adjoint au maire de la Ville de Strasbourg chargé de la santé, présent aux côtés d’Albane Pillaire pour présenter la manifestation. Le protocole ainsi appliqué, qui sera évalué à l’issue de la foire, a vocation à être dupliqué, voire amélioré pour d’autres manifestations.

Éviter les périodes de pointe

Le port du masque est obligatoire pour toutes les personnes présentes dans l’enceinte de la foire, exposants, prestataires et visiteurs, comme ailleurs dans la ville depuis quelques jours. Aux entrées, des portiques de désinfection à l’ozone sont en place, ainsi qu’une vingtaine de points de distribution de gel hydroalcoolique répartis sur le site. L’hygiène et le nettoyage sont renforcés par rapport à une édition habituelle. Et tout est fait pour que les contacts soient limités. Ainsi, la dématérialisation, qui avait déjà été entamée en 2019, est-elle plus que jamais d’actualité : la vente des billets d’entrée se fait en ligne (tout en restant possible aux caisses) et sur les stands, le paiement sans contact est privilégié.

 

 

La Foire Européenne, ça démarre demain ! Préparez votre venue pour vivre cette édition dans les meilleures conditions...

Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Jeudi 3 septembre 2020

 

Les organisateurs n’ont pas cherché à obtenir une dérogation pour aller au-delà des 5 000 personnes présentes sur le site au même moment : la « jauge » prévue pour ce type d’événements sera contrôlée grâce à un système de comptage instantané des entrées et des sorties du périmètre de la foire. Un système identique sera utilisé dans chaque hall pour veiller à ne pas dépasser le ratio de 1 personne pour 4 m2 et le sens de circulation sera imposé. Une application a été spécialement développée pour préparer sa visite à la foire et éviter les périodes de pointe : les plages les moins fréquentées seront ainsi mises en évidence, la volonté étant d’étaler autant que possible la fréquentation.

Dans cet esprit, les visites en matinée sont favorisées, elles sont même gratuites pour les seniors tous les jours de 10 h à 12 h. La journée des femmes et la journée de la famille sont maintenues (respectivement mardi 8 et mercredi 9 septembre) mais la grille des animations a été réduite et les after-works organisés en soirée disparaissent du programme.

Le local comme fil conducteur

Une semaine avant l’ouverture, un peu plus de 300 exposants étaient annoncés, représentant trois univers différents : l’habitat, le shopping et la gastronomie. Et si cette année, aucun pays étranger n’est invité, la thématique du local se déploie dans ces différents univers. Les artisans alsaciens, en particulier ceux de la gastronomie réunis dans le hall 2, et les créateurs locaux exposeront leurs réalisations. Et l’espace agricole sera à l’unisson, avec de nombreuses animations autour des productions et des filières locales (lire ci-dessous).

 

Pour vos petits, nous avons vu les choses en grand ! Kangourou Kids, le spécialiste de la garde d’enfants à domicile,...

Publiée par Foire Européenne de Strasbourg sur Jeudi 3 septembre 2020

 

Parmi les temps forts annoncés, la création d’une fresque sur les héros du quotidien, en l’occurrence ceux qui se sont illustrés dans la lutte contre la pandémie, qui seront réunis le long de l’allée Herrenschmidt (infirmiers, pompiers…). Les démonstrations culinaires, ateliers et conférences autour de l’univers de la décoration, dédicaces de sportifs et autres déambulations complètent le programme de cette 88e édition.

Sur l’espace agricole

Vous avez dit local ?

Vie professionnelle

Publié le 04/09/2020

Consommer local dans un rayon de 100 kilomètres, c’est possible. Et c’est même… sacrément tendance ! Pour en convaincre les visiteurs de la Foire européenne de Strasbourg, la Chambre d’agriculture Alsace et ses partenaires ont sorti le grand jeu. Sur les 2 000 m2 qui leur sont alloués, entre le hall 3 et l’avenue Herrenschmidt, ils feront la promotion de l’agriculture, des circuits courts et des principales filières de la région : fruits et légumes, apiculture, viticulture, élevage, tourisme, paysagisme, sans oublier le sucre, le lait, la viande, les filières ovine, avicole et équine.

Des temps forts émailleront ces onze jours de foire : la journée des bergers le samedi 5 septembre (lire aussi en page 16), celles du lait les samedi 5 et dimanche 6 septembre. La pomme de terre aura son heure de gloire le mardi 8, la filière viande les vendredi 11 et samedi 12. Les enfants ont leur journée dédiée (mercredi 9). Ils pourront découvrir tous les animaux de la ferme, participer à un concours de dessins, regarder comment on tond… les lapins, faire une balade à poney ou s’initier à la fabrication des knacks. Des dégustations de fruits et légumes leur seront également proposées.

??? [FOIRE EUROPÉENNE] Rendez-vous le 10 septembre sur l’espace agricole pour une soirée 100 % locale !!! De très bons produits alsaciens à déguster ! ???

Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 1 septembre 2020

Que la montagne vosgienne est belle !

La restauration, entièrement à partir de produits locaux servis en portions dégustation sur des planchettes, sera assurée en continu de 11 h à 14 h à la table des terroirs. Et les dimanches, les visiteurs pourront déguster les tartes flambées de la ferme Adam. Ils retrouveront une sélection de produits estampillés Savourez l’Alsace-produits du terroir ou issus du réseau Bienvenue à la ferme dans l’épicerie installée au sein de l’espace agricole. Des animations en présence des producteurs y sont prévues tous les jours. Les vignerons de la Couronne d’or se relaieront pendant toute la foire pour faire découvrir leurs vins tandis que les producteurs médaillés au Concours général agricole feront déguster les produits récompensés.

Autre temps fort : les trois jours consacrés à la montagne vosgienne (les 11,12 et 13 septembre), organisés en partenariat avec le Syndicat interprofessionnel du fromage de munster (SIFM) et l’organisme de sélection de la race vosgienne. Au programme, vente et dégustation de munster et de fromage Cœur de massif, spectacle de sonneurs de cloches et dégustation du « burger de la montagne » (samedi 12).

Enfin, dans un autre registre, la FDSEA du Bas-Rhin proposera un atelier de découverte des formations et des métiers de l’agriculture et fera la promotion du site internet « l’agriculture recrute ». Un mur de l’emploi recensant offres et demandes d’emplois agricoles en Alsace sera accessible aux visiteurs.

Christine Fischbach, conteuse professionnelle

En mots et en contes

Pratique

Publié le 02/08/2020

Jusqu’à ses 40 ans, Christine Fischbach a voulu faire plaisir à ses parents en renonçant à son rêve d’adolescente - travailler dans le tourisme - pour un emploi administratif. D’abord secrétaire chez Kuhn, le constructeur de machines agricoles, elle a ensuite exercé dans différents services de la ville de Saverne. C’est pour répondre à une sollicitation de la maîtresse de son fils, alors scolarisé en maternelle, qu’elle s’est mise à lire des histoires devant un public pour la première fois. À force de feuilleter les albums et les livres pour enfants, elle en connaissait les histoires par cœur. « J’avais les images dans la tête. C’est ainsi que je me suis créé un répertoire. »

Un répertoire qu’elle a enrichi en travaillant au service jeunesse de la bibliothèque municipale de Saverne : avec ses collègues, elle a participé à la constitution du fonds et à l’accueil de scolaires pour l’heure du conte du mercredi. « Au bout de huit ans, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de mon métier, je n’avais plus de défi à relever », se remémore Christine Fischbach. La quarantaine aidant, la tête bouillonnante d’histoires et de légendes, elle décide de prendre une année sabbatique pour devenir conteuse professionnelle. Coup de chance, le maire de Monswiller lui propose de monter un spectacle pour l’inauguration de la bibliothèque locale, le 13 juin 2000.

Au croisement de l’imaginaire et du réel

Sa première représentation, consacrée aux contes de Provence, attire plus de 100 personnes et lui vaut une demi-page dans les DNA. Dans la foulée, la journaliste Simone Morgenthaler l’invite dans son émission « Sür und siess » sur France 3. « D’un coup, le regard des gens sur moi changeait : c’était surprenant et agréable », raconte Christine Fischbach. Grâce à ce spectacle et à ceux qui suivent, la conteuse obtient en moins d’un an le statut d’intermittente du spectacle, qu’elle a gardé depuis.

De fil en aiguille, les sollicitations se multiplient : séances de contes dans les écoles, dans les bibliothèques, spectacles de Noël… Et les commandes arrivent : à la demande du Musée du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn, Christine Fischbach collecte les souvenirs des mineurs qui ont extrait le pétrole du sous-sol de Merkwiller jusque dans les années 1970. Elle les enregistre, rédige un livret dont elle fait un spectacle. « C’était super intéressant car ce n’était pas basé uniquement sur l’imaginaire mais aussi sur le réel, l’histoire et la technique. » Une aubaine pour celle qui s’est toujours passionnée pour l’histoire et les récits de vie. Pendant six mois, elle creuse le filon avec les enfants de l’école de Merkwiller-Pechelbronn. Ensemble, ils inventent l’histoire du pétrosaure, un drôle d’animal dont le sang a la couleur de l’or noir, sorte de récit des origines du pétrole en Alsace.

Le train qui mène au paradis

Deux à trois ans après, c’est l’association du chemin de fer forestier d’Abreschviller, en Moselle, qui fait appel à elle. Cette fois, il s’agit de créer un spectacle autour de ce pittoresque train à vapeur et des légendes qui s’y rattachent. Ce sera « Le voyage de Bébert », spectacle suivi d’une balade dans le fameux train où les enfants, encore imprégnés de l’histoire racontée par la conteuse, retrouvent avec émerveillement les lieux évoqués dans son récit. À bord du train, Christine Fischbach est « au paradis » : des années après, son visage s’illumine encore au souvenir du plaisir ressenti par ses jeunes auditeurs.

Qu’elle soit à l’initiative d’un thème ou qu’elle réponde à une commande, Christine Fischbach s’attache à créer une ambiance propice à l’enchantement. Pour cela, elle recourt volontiers à des accessoires pour suggérer un lieu et s'entoure parfois de musiciens, comme lorsqu’elle se produit au château du Haut-Barr, près de Saverne. Lors de ses balades contées, elle utilise toutes les ressources de la nature environnante : un sapin et voilà son public transporté dans une sombre forêt en plein hiver. Le ton de la voix, sa musicalité, et la gestuelle font le reste. « C’est comme du théâtre. » C’est d’ailleurs dans des stages de théâtre qu’elle a appris à se tenir sur une scène et à maîtriser sa respiration tout en perfectionnant sa technique de conteuse auprès de conteurs professionnels.

La native du pays de Hanau répète volontiers ses textes en pleine nature : en particulier sur la colline calcaire du Bastberg, proche de chez elle, où elle profite de la tranquillité du matin pour raconter ses histoires à haute voix. Dans « ce lieu chargé d’énergie » et fourmillant de légendes lui viennent les images qui l’aident à mémoriser ses textes. Elle compare ceux-ci à une pâte qu’il faut sans cesse malaxer, dérouler et remettre en boule pour arriver aux mots justes. Un travail qui lui procure « des moments forts » qu’elle n’aurait pas vécus si elle avait conservé sa vie de bureau.

La gourmandise sans le péché

Christine Fischbach anime aussi des repas-spectacles sur le thème de la bonne chère et des vins, en lien avec des tour-opérateurs. « Des mets et des mots », c’est ainsi qu’elle intitule ses performances, alternent sur un mode humoristique sketches et chansons autour de la gourmandise. Depuis deux ans, la conteuse a encore ajouté à ses activités des séances d’initiation à l’alsacien à travers les contes et les comptines. Elle intervient dans les écoles de quatre villages de la communauté de communes de la basse Zorn. Les séances débouchent sur un spectacle où les enfants interprètent les comptines et les petites phrases mémorisées lors de ses interventions. Un bonheur pour celle qui se dit fière d’être alsacienne et qui, ayant baigné dans le dialecte depuis sa naissance, continue à ponctuer ses phrases de nombreux petits mots en alsacien.

« Les contes me font voyager », confie Christine Fischbach. Pour quelqu’un qui voulait faire du tourisme, ça tombe bien ! De fait, elle qui contait au départ en français, puis en alsacien, s’est lancé un nouveau défi, celui de conter en allemand. Ce qui l’a amené à se produire outre-Rhin, à la demande de la Märchengesellschaft. L’an dernier, elle a ainsi raconté en allemand des contes et légendes alsaciens dans plusieurs écoles berlinoises. « J’avais le trac mais c’était une super expérience ! » Elle s’attend à retrouver la même sensation lorsqu’elle va remonter sur les planches, après quatre mois d’interruption liée à la crise sanitaire : cette fois, ce sera pour des contes de pirates. À l’abordage !

 

 

Visite préfectorale

La forêt, de l’aval à l’amont

Cultures

Publié le 20/07/2020

C’était une visite en deux temps : l’ONF et ses partenaires - la forêt privée, les communes forestières et l’interprofession Fibois Grand Est - ont d’abord fait découvrir à Josiane Chevalier, préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin, l’aval de la filière bois, avant de la conduire dans la forêt domaniale de Haslach le 3 juillet dernier. Première étape du périple, la scierie Feidt, à Molsheim. Une entreprise familiale autrefois spécialisée dans la fabrication de caisses à bière, qui s’est reconvertie en 1967 dans les palettes. De nombreux investissements ont été consentis, permettant d’accroître la production jusqu’à ce qu’un incendie détruise totalement l’outil de production en octobre 2006.

Un coup dur que Bernard Feidt, PDG de l’entreprise, son épouse Marie-Laure et ses deux fils, Christian et Matthieu ont réussi à surmonter avec beaucoup de volonté. Grâce à un investissement de 23 M€, ils ont réussi à tout reconstruire en deux ans. L’entreprise s’est dotée d’une unité de sciage capable de traiter 100 000 m3 de bois ronds, équipée des technologies les plus innovantes, de deux lignes de production de palettes et de quatre unités de séchage. Un nouveau parc à grumes est en cours d’aménagement et une nouvelle ligne de clouage numérisée unique en Europe sera installée en 2020.

Une entreprise « très précieuse »

La scierie Feidt, qui emploie 38 salariés, transforme annuellement 68 000 m3 de bois ronds, dont 70 % de résineux, 25 % de peuplier et 5 % de hêtre. Elle signe des contrats avec l’ONF, ce qui lui permet de s’assurer une sécurité dans ses approvisionnements, « avec des prix qui tiennent la route ». « C’est une entreprise très précieuse pour la filière car elle valorise des bois déclassés », précise Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF. Elle utilise par exemple des bois scolytés qui ne peuvent être valorisés autrement. Par ses activités, elle génère aussi des produits connexes (écorces, sciure, plaquettes) dont l’écoulement est rendu difficile depuis la crise sanitaire. La scierie perd 3 000 € chaque jour en raison de ce problème, mentionnent ses dirigeants.

Avec 1,3 million de palettes fabriquées en 2019 pour un chiffre d’affaires de 13 M€, l’entreprise de Molsheim se classe parmi les dix premiers producteurs de palettes français. Elle propose 250 références différentes et est capable de s’adapter à des demandes très pointues. La nouvelle ligne de clouage, conçue avec le fabricant, lui permettra de sortir jusqu’à 600 palettes par heure, contre 200 à 250 aujourd’hui. De qui répondre encore plus rapidement à la demande de ses clients, situés majoritairement dans un rayon de 120 km.

Avant de rejoindre la forêt de Haslach pour évoquer les enjeux forestiers, Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est, et Sacha Jung, délégué général, ont présenté l’interprofession et son rôle essentiel dans le fonctionnement de la filière.

« C’est parce qu’on arrive à valoriser le bois qu’on fait de la sylviculture. » À la préfète de Région, Jean-Pierre Renaud a rappelé que le Grand Est possède l’un des plus grands massifs forestiers de France, composé aux trois-quarts de feuillus et un quart de résineux. Le premier enjeu est celui de la production. Celle-ci est menacée par plusieurs phénomènes : le dépérissement de différentes essences - les épicéas sont attaqués par les scolytes, les frênes et les chênes par les chenilles - et le changement climatique. Les arbres sont capables de résister un certain temps à l’augmentation des températures, reconnaît le directeur territorial Grand Est de l’ONF, mais au bout du compte, ils finissent par dépérir. Le processus de dégradation est bien visible et « pose question pour l’avenir. »

Le dépérissement entraîne des pertes économiques pour la filière. Des opérations de « dégagement » de bois ont déjà eu lieu en direction de l’ouest et du sud-ouest, grâce à des subventions accordées pour le transport. Mais l’épidémie de Covid-19 a stoppé l’activité des entreprises forestières. Celle-ci n’a repris qu’au ralenti et les volumes de produits connexes accumulés durant ce temps, bloquent encore la reprise, souligne Jean-Pierre Renaud. « À l’agence ONF de Schirmeck, le volume de bois scolytés ou dépérissants s’ajoute à celui des chablis de cet hiver », témoigne Béatrice Longechal, sa directrice. « Beaucoup de bois vont rester sur pied », prévoit Vincent Ott, les propriétaires privés étant peu enclins à engager des frais pour récolter du bois qu’ils ne pourront pas vendre ou seulement en bois énergie.

La pression sur les chasseurs

Pour reconstituer la forêt, la régénération naturelle est souvent la solution la plus pertinente. Mais elle est compromise par la présence excessive de gibier : les animaux se nourrissent des jeunes plants. La préfète de Région a pu le constater, comme ses prédécesseurs avant elle : les traces de pousses abrouties sont nombreuses dans cette portion de la forêt de Haslach. « Pour résoudre le problème du déséquilibre forêt-gibier, les forestiers ont repris les fusils », indique Jean-Pierre Renaud, suivant l’exemple de leurs homologues bavarois.

Vincent Ott, président des forestiers privés, et Pierre Grandadam, président de l’association des communes forestières, insistent pour que la préfète mette la pression sur les chasseurs, afin qu’ils tirent davantage de gibier. Les maires aussi doivent être sensibilisés à cette question : en 2023, les baux de chasse vont être reloués dans les forêts communales et si l’on veut réguler les effectifs de gibier, il est important de faire cesser la surenchère sur le prix des locations. « Il vaudrait mieux louer moins cher à des chasseurs qui sont nos partenaires », insiste Vincent Ott qui réclame « plus de chasseurs et plus de tirs ».

 

Bassin Rhin-Meuse

Coup d’envoi pour les paiements pour services environnementaux

Pratique

Publié le 06/07/2020

Les paiements pour services environnementaux (PSE) visent à rémunérer les agriculteurs pour les services qu’ils rendent à la nature à travers des actions de préservation de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, de préservation de la biodiversité, de lutte contre les phénomènes d’érosion. Cette expérimentation introduite par le Plan national de biodiversité repose sur la mobilisation des collectivités et des établissements publics compétents au regard des enjeux ciblés. Ils pourront bénéficier d’un soutien financier lors du déploiement d’actions sur des territoires à enjeux. Ces actions reposent sur une contractualisation de cinq ans. Elles pourront concerner le maintien ou la création de prairies, l’allongement des rotations culturales, l’implantation de cultures à bas niveau d’impact pour la qualité de l’eau, la couverture des sols, l’implantation et la préservation des haies, des bois et des zones humides…

Appréciées selon les surfaces en jeu, les aides se basent sur des montants plafonds de 66 à 676 €/ha. En fonction des critères de sélection, l’agence de l’eau Rhin-Meuse pourra apporter une aide jusqu’à 80 %. Elle consacrera une enveloppe de 2 millions d’euros en 2020. Un second appel à manifestation est d’ores et déjà prévu pour début 2021.

Les candidatures seront examinées par un comité composé des services de l’agence de l’eau Rhin-Meuse au plus tard le 11 septembre. Quatre critères seront pris en compte : le lien avec un territoire à enjeu ; le niveau d’ambition du projet, notamment au travers des services environnementaux visés, des indicateurs choisis et des objectifs à atteindre ; la présence d’une animation active de terrain ; la justification d’une organisation administrative solide. Le dépôt du dossier de candidature se fait sur une plateforme dédiée aux demandes d’aide : http://rivage.eau-rhin-meuse.fr

Les paiements pour services environnementaux complètent un dispositif qui, depuis quelques années, s’illustre par un renforcement d’actions garantissant des résultats pérennes sur les ressources en eau (filière, foncier) et par la mise en cohérence des actions agricoles avec les autres enjeux « eau » dont l’adaptation au changement climatique, la préservation de la biodiversité ou la gestion de phénomènes de type inondation, coulées de boues…

 

 

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