Auteur

Florence Péry

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Un partenariat signé pour six ans

Agglomération de Haguenau : pour une agriculture durable et performante

Vie professionnelle

Publié le 11/01/2021

Signée le 10 décembre dernier à l’EARL du Vieux Pré à Schirrhein, la convention de partenariat liant la communauté d’agglomération de Haguenau et la Chambre d’agriculture d’Alsace court jusqu’en 2026. Elle consacre l’intérêt déjà ancien porté à l’agriculture par les 36 communes qui composent la collectivité du nord de l’Alsace : en témoignent la concertation avec la profession agricole lors des opérations d’aménagement, l’engagement en faveur de la préservation des espaces agricoles ou le soutien à l’abattoir intercommunal de Haguenau. Dans son projet de territoire 2030 adopté en février 2018, la CAH avait prévu de fédérer les acteurs du territoire œuvrant au service des entreprises et de l’emploi, en particulier ceux du domaine agricole, via une démarche de partenariat.

La convention signée le 10 décembre avec la CAA vise à conforter la place des entreprises et filières agricoles dans le tissu économique local et d’en renforcer la compétitivité afin « de garantir aux agriculteurs une juste rémunération ». Elle a également pour objectifs d’assurer une offre de produits locaux de qualité accessible à l’ensemble de la population de l’agglomération et de promouvoir une agriculture répondant à de multiples enjeux : celui d’un développement « durable et équilibré » du territoire, la préservation de la qualité des paysages, de la nappe phréatique et de la biodiversité. Enfin, elle vise à garantir « une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire ». Les actions développées dans le cadre de la convention viendront en complémentarité des dispositifs existants, en particuliers ceux soutenus par l’Europe, l’État, la Région Grand Est et le département (le texte a été signé avant la création officielle de la Collectivité européenne d’Alsace).

Plusieurs axes de collaboration ont été définis : le premier porte sur la connaissance du territoire et de ses acteurs. Il s’agit de connaître plus finement les 322 exploitations du territoire, leur typologie, leur mode de production, et les filières dans lesquelles elles s’inscrivent, mais aussi de les localiser précisément grâce à une cartographie. La collaboration entre la CAH et la CAA permettra d’identifier leurs forces et leurs faiblesses, ainsi que les enjeux fonciers et environnementaux liés à leur activité. Des visites trimestrielles d’entreprises agricoles sont prévues associant les représentants des deux partenaires.

Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs

Le deuxième axe consiste à soutenir et développer l’économie agricole. À la fois en préservant le foncier agricole (près de 14 000 ha à ce jour), en intégrant les contraintes propres à cette activité dans l’aménagement de la voirie et en facilitant l’accès à la ressource en eau pour les cultures spéciales. La convention prévoit également de promouvoir les démarches d’innovation, de soutenir les opportunités liées à la transition énergétique et d’encourager la mutualisation des moyens en matière de production-transformation-commercialisation. L’appui à la constitution de filières et la mobilisation de la commande publique au profit des productions locales font partie des moyens envisagés. Le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs figure en bonne place dans ce chapitre. La CAH et ses membres prévoient ainsi d’orienter les terres encore libres dont elles sont propriétaires vers des jeunes en phase d’installation.

Le développement d’une agriculture durable et en phase avec les attentes de la société constitue le troisième axe de cette convention. Les deux signataires se fixent pour objectif d’encourager les pratiques respectueuses de l’environnement (respect de la biodiversité, préservation de l’eau, lutte contre les coulées de boue, respect du bien-être animal). Les leviers utilisables sont nombreux : promotion des mesures agro-environnementales, soutien à la conversion à l’agriculture biologique et au développement des aires de lavage et de remplissage collectives. Pour encourager le développement des circuits courts, la CAH et la CAA étudieront notamment la faisabilité d’un dispositif d’accompagnement à la mise en place de points de vente collectifs et assureront la visibilité des productions locales sur les marchés.

La convention liant les deux partenaires prévoit - c’est là son dernier axe - de mettre en valeur l’excellence agricole sur le territoire de l’agglomération de Haguenau. Cela passera notamment par l’organisation d’événements rapprochant les agriculteurs et les habitants, en particulier les scolaires, par la mise en place de parcours découverte et par une signalétique permettant de rendre visible l’engagement des agriculteurs dans la préservation de l’environnement.

Nouveau commerce

Les épices qui font les rencontres

Pratique

Publié le 10/01/2021

C’est l’histoire d’une rencontre : celle d’Éric Colin, dirigeant du groupe Colin basé à Mittelhausen, dans le Bas-Rhin, fils et petit-fils de paysans, lui-même producteur de moutarde d’Alsace, et de Jean-François Hayer, gérant de commerces alimentaires depuis plus de trente ans et passionné de cuisine. Ils ont fait connaissance au printemps 2020, lorsque Jean-François Hayer, qui visitait le nouveau site de production du groupe Colin, est tombé en arrêt devant la collection d’épices de l’entreprise : 1 000 épices exposées sur un mur de 15 mètres de long. Le résultat de 25 années de « promenades » à travers le monde, à la rencontre des producteurs d’épices de tous les continents. Et l’une des facettes de l’entreprise de Mittelhausen, spécialisée dans les « ingrédients culinaires » à destination des industries agroalimentaires et des professionnels de la restauration.

Pourquoi ne pas mettre ces épices à la portée du grand public ? L’idée, formulée par Jean-François Hayer, a été reprise au vol par Éric Colin. Quelques mois ont suffi aux deux hommes pour trouver un emplacement, dans une rue piétonne au cœur de Strasbourg, et donner corps à ce projet. La boutique Georges Colin, qui tient son nom du père d’Éric Colin, un jeune homme de 78 ans, a ouvert ses portes début décembre. Ce ne sont pas les 1 000 épices de la collection initiale qui sont proposées à la vente, mais une sélection de 200 épices, mélanges d’épices, graines, piments, plantes aromatiques que les deux hommes ont choisies en fonction de leurs goûts respectifs. « On aurait pu mettre 50 poivres mais nous n’avons pas voulu être trop élitistes, indique Éric Colin. De toute façon, c’est une gamme qui est appelée à évoluer dans le temps. »

Safran d’Alsace et poivre de Kampot

Poivre rouge de Kampot, poivre long du Népal, piment cheveu d’ange, graines de fenugrec, cumin noir, baies de sumac, sésame blanc, aneth, coriandre, thym d’Alep… Rangées dans des boîtes cylindriques selon un code couleur propre à chaque famille de produits, les 200 références sont vendues en vrac dans des sachets en papier kraft refermables ou dans des boîtes métal réutilisables. Des mélanges d’épices et des sels épicés originaux complètent l’assortiment, ainsi que des coffrets cadeaux (épices à dessert, poivres d’exception, Noël en Alsace).

30 % des produits proposés dans la boutique Georges Colin sont issus de la culture biologique et 5 à 6 % sont de provenance locale. Les deux entrepreneurs privilégient l’origine locale ou française quand elle est possible : c’est le cas pour le safran d’Alsace, l’amarante noire du Loiret, l’ail du Sud-Ouest ou le piment d’Espelette. Pour le reste, ils s’approvisionnent auprès de filières locales un peu partout dans le monde, la recherche du savoir-faire et de l’excellence leur servant de boussole. L’expérience acquise par Colin dans ce domaine depuis 25 ans est précieuse : l’entreprise a en effet contribué au développement de certaines filières, comme celle du poivre de Kampot, qui fait vivre à ce jour 25 agriculteurs cambodgiens.

À l’intérieur de la boutique, un atelier de mouture à façon permettra de répondre à des demandes particulières. Éric Colin et Jean-François Hayer souhaitent aussi développer le conseil. Ils envisagent de proposer des formations sur place, en lien avec des chefs. Ils ont également lancé, en parallèle, un site internet où l’on peut commander toute la gamme vendue à la boutique de Strasbourg.

 

Retour en septembre dernier lorsque j'ai assisté à la récolte du Safran chez un producteur en Alsace. ?? Attention, elle...

Publiée par Georges Colin sur Dimanche 27 décembre 2020

 

Cuma des irrigants de Batzendorf et environs

La pose des conduites est en cours

Cultures

Publié le 28/12/2020

Chaque mardi matin, depuis le 15 septembre, qu’il pleuve ou qu’il vente, une réunion de chantier se tient à la mairie de Batzendorf, village proche de Haguenau. Elle se prolonge généralement sur le terrain, à la gravière communale, point de départ du futur réseau d’irrigation qui ravitaillera en eau 21 exploitations à compter de la saison prochaine. Pascal Fuchs, président de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, et Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), font le point sur l’avancement des travaux avec le maître d’œuvre, Franck Falcou, du bureau d’études lyonnais CA Eau, spécialisé dans l’irrigation. Il s’agit de passer en revue les aspects techniques et financiers au fur et à mesure de la progression du chantier.

Le projet a mis du temps à se concrétiser. « On travaille dessus depuis 2017 », souligne Patrice Denis qui met en avant sa complexité réglementaire et la lourdeur inhérente à un projet collectif de cette dimension. Il consiste à pomper l’eau dans une gravière alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau, grâce à une station de pompage flottante. Celle-ci enverra l’eau dans une station de reprise alimentant les 19 kilomètres de réseau. La pose des canalisations est en cours : « L’entreprise Pontiggia pose le réseau principal. Il devrait être achevé avant Noël », précise Pascal Fuchs, présent pratiquement tous les jours sur le terrain. Pour les canalisations secondaires, ce sont les exploitants qui se chargent eux-mêmes de l’opération. La date limite est fixée au mois d’avril, de manière à pouvoir installer la station de pompage et commencer à irriguer les cultures qui en ont besoin fin avril-début mai.

Pas plus de 200 000 m3/an

Les 21 exploitants impliqués ont acheté un « droit d’eau » correspondant à leurs besoins. Le prélèvement total ne dépassera pas 200 000 m3/an, pour une ressource estimée à plus de 350 000 m3/an. « Le réseau comporte 17 bornes. Sur chaque sortie, on limitera la pression et le débit », précise Patrice Denis. Le principe étant qu’une seule machine fonctionne au même moment sur chaque borne, les agriculteurs devront s’arranger entre eux pour irriguer à tour de rôle. « Il n’y a pas eu de concertation au niveau de l’assolement mais, à l’avenir, en fonction du climat, l’assolement rentrera en ligne de compte », prévoit le conseiller irrigation.

Qu’ils produisent des asperges, du houblon, des petits fruits ou du maïs fourrage, les 21 membres de la Cuma ont tous besoin d’eau. « Nous sommes dans une zone d’agriculture diversifiée, avec des terres sableuses, très légères, qui ne retiennent pas l’eau », expose Pascal Fuchs. Arnaud Ohlmann, agriculteur à Ohlungen, cultive des pommes de terre, des pissenlits et s’est lancé cette année dans la patate douce, qu’il livre aux GMS. « J’ai commencé par 4 ha et je compte augmenter la surface l’an prochain car la demande est là », témoigne-t-il. Mais les patates douces, qui remplacent désormais le tabac dans son exploitation, « ont absolument besoin d’être irriguées. » Or, le Jägerbuchel, petit cours d’eau qui traverse Ohlungen, fournit de moins en moins d’eau.

Partant de ce constat, l’agriculteur a fait cette année un échange de parcelles avec un collègue pour pouvoir implanter la moitié de sa surface de patates douces à Obermodern, au bord de la Moder. Désormais, il attend avec beaucoup d’impatience la mise en service du réseau d’irrigation à partir de la gravière de Batzendorf.

Un revenu pour l’avenir

Florent Schneider, maraîcher à Wintershouse (1 ha d’asperges, 1 ha de cultures maraîchères diverses, 40 ares de framboises), n’est pas moins impatient. Ces dernières années, la sécheresse estivale a provoqué le dépérissement de ses cultures et une baisse de rendement difficile à supporter pour une petite exploitation comme la sienne, dont la production est vendue en direct à la ferme et sur les marchés. Jusqu’alors, il trouvait la parade en implantant les cultures maraîchères dans les « bonnes terres », situées de l’autre côté du village : celles-ci ayant une meilleure capacité de rétention d’eau, elles étaient moins affectées par la sécheresse. Mais la parade a ses limites : sur ces terres-là, à l’automne, la récolte s’avère souvent compliquée.

« Avec ce projet, on va pouvoir assurer un rendement », se réjouissent les deux agriculteurs. Arnaud Ohlmann, qui dispose de 35 ha de SAU, pense qu’il pourra également améliorer ses rotations en exploitant davantage les terres sablonneuses. À un peu plus long terme, les deux membres de la Cuma y voient un gage de pérennité pour les exploitations du secteur. « J’ai un fils de 15 ans qui étudie à Obernai. S’il veut reprendre, cela passe par un projet comme celui-là qui lui assure une récolte et un revenu », souligne Arnaud Ohlmann. Pascal Fuchs approuve : dans les 21 exploitations membres de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, cinq installations sont susceptibles de se concrétiser grâce à la sécurité qu’offre l’irrigation.

Sangliers

Moins de dégâts qu’en 2019, mais tout de même

Pratique

Publié le 22/12/2020

Installé à Lingolsheim, en limite des bans de Geispolsheim et de Holtzheim, Laurent Fischer se trouve « dans un secteur très touché » par les dégâts de sangliers. « À Illkirch, c’est encore pire. Depuis que la réserve naturelle a été créée*, le tir est interdit. Et ce sera pareil dans la réserve de La Robertsau-La Wantzenau, qui vient d’être actée », prédit-il. Responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin depuis 2012, il a vu la situation se détériorer d’année en année. « Il y a sept, huit ans, les dégâts concernaient essentiellement le maïs, dans le Ried nord et sud, et en Alsace Bossue. On comptabilisait entre 600 et 700 ha de dégâts par an. Quand on atteignait 1 000 ha, c’était un pic. Mais, depuis trois ans, c’est presque devenu la norme. Cette année, on est à 1 200 ha de dégâts », décrit-il, précisant que la situation est encore pire dans le Haut-Rhin et en Moselle (lire l'encadré).

En 2019, dans le Bas-Rhin, plus de la moitié des surfaces ravagées par les sangliers se concentraient sur les prairies. « Cette année, c’est plutôt le maïs qui est touché - les sangliers ont profité du confinement des chasseurs au moment des semis - et les dégâts sur blé augmentent, ce qui nous inquiète. » Les dégâts sur prairies restent à un niveau préoccupant, en particulier sur le massif vosgien, où le relief et la proximité de la forêt rendent les parcelles difficiles à protéger. « En plaine, on peut mettre des clôtures mais, en montagne, c’est beaucoup plus fastidieux et souvent inefficace », indique Laurent Fischer. Dans le Haut-Rhin, où plus de 1 600 ha ont été endommagés par les sangliers cette année, Alexandre Bosserelle, directeur du Fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers (Fids) mentionne une explosion des dégâts sur maïs en plaine et un recul sur prairies.

Travailler davantage avec les forestiers

Comment lutter contre ce fléau ? « Il faut qu’on travaille davantage avec les acteurs de la forêt, estime Laurent Fischer. On partage les mêmes problématiques de dégâts de gibier. Les sangliers se déplacent de la forêt aux champs. Il faut qu’on se mette d’accord sur les moyens à mettre en place, sur une stratégie cohérente qui préserve les cultures et la forêt. »

Face à la surpopulation de sangliers, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur les chasseurs. « Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le Ried nord et sud, où les chasseurs sont très bien organisés », estime le responsable syndical, qui plaide pour des actions communes aux locataires de plusieurs lots de chasse qui permettraient une régulation à plus grande échelle. Autre proposition de Laurent Fischer : que les chasseurs, qui sont confrontés à un problème de renouvellement des générations, intègrent des jeunes chasseurs dans leurs rangs. « Tout le monde serait gagnant : le jeune, qui tire des sangliers et réduit les dégâts dans les cultures, et le chasseur qui allège sa facture. »

Opération « SOS dégâts »

Une idée que le Fids du Bas-Rhin cherche à promouvoir via la mise en relation de chasseurs volontaires et de locataires de chasse qui peinent à remplir leurs obligations de régulation. L’opération, baptisée « SOS dégâts », a démarré par un premier appel auprès des locataires de chasse, indique Pierre Criqui, président du Fids du Bas-Rhin. L’objectif est de parvenir à mobiliser suffisamment de chasseurs prêts à sortir la nuit pendant la période sensible des semis de maïs, au printemps.

Rappelons que 12 % du montant des locations de chasse sont versés au Fids pour indemniser les dégâts de sangliers. Si les dégâts explosent dans un secteur donné, celui-ci demande une rallonge aux locataires de chasse concernés, ce qui peut se traduire par des surcoûts de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cela ne résout pourtant pas le problème des « chasses business » qui font du tort à l’agriculture en laissant pulluler le gibier. « Les communes doivent être beaucoup plus vigilantes dans l’attribution des lots de chasse, affirme Laurent Fischer. Aux prochaines adjudications, les tarifs ne seront plus du tout les mêmes : il y a de moins en moins de chasseurs et il est de plus en plus compliqué de chasser. Il y a des chances pour que les chasses où il y a beaucoup de dégâts ne trouvent pas preneur. Si les communes n’intègrent pas cela, ça va faire mal. »

Débat sur la nouvelle Pac

Convergence des aides : « On a déjà donné ! »

Vie professionnelle

Publié le 08/12/2020

Paul Fritsch, représentant la Coordination rurale, s’interroge sur le caractère « commun » de cette nouvelle Pac et appelle à une convergence des normes sanitaires et environnementales dans l’Union européenne. En revanche, il n’est pas question de convergence sur les aides pour Pascal Wittmann : « On a déjà donné et bien donné, lors des précédentes réformes », lance le président de la FDSEA du Haut-Rhin. « Plus on mettra de temps pour converger, mieux ce sera », estime son homologue bas-rhinois Franck Sander, rappelant qu’historiquement, les aides à l’hectare sont plus élevées en Alsace, en raison de l’importance de la diversification.

Pascal Wittmann se déclare également « farouchement opposé à la rotation à la parcelle » qui pénaliserait les éleveurs alsaciens et réduirait la part du maïs dans l’assolement à moins de 50 %. Ce choix constituerait une remise en cause de l’équilibre économique des petites structures, affirme le président de la FDSEA du Haut-Rhin. Tout se joue dans les mesures d’équivalence proposées. Thomas Obrecht rappelle qu’à la dernière réforme de la Pac, la certification maïs avait permis aux exploitations spécialisées de bénéficier de l’intégralité des aides Pac au titre du verdissement. Les mesures d’équivalence actuellement envisagées ne sont pas adaptées au contexte alsacien, estime l’élu haut-rhinois qui plaide pour « des propositions fortes et réalistes », comme l’intégration d’un pourcentage de cultures mellifères, le mulching renforcé ou la prise en compte du sous-semis dans le maïs de plantes captant l’azote.

Pour des éco-régimes accessibles à tous

La réforme de la Pac, dont l’un des enjeux est de préserver la souveraineté alimentaire de l’UE, doit allier enjeux climatiques et soutien à la compétitivité des exploitations, estime pour sa part Fabien Metz. Il plaide pour un premier pilier fort et un deuxième pilier permettant d’investir dans l’innovation. Les éco-régimes devraient y contribuer. Fabien Metz est favorable à un accompagnement dans la mise en œuvre d’actions qui répondent aux attentes de la société, mais il réclame en parallèle « une équité par rapport aux produits importés ». « Il est important qu’on puisse intégrer les spécificités de l’agriculture alsacienne dans la Pac 2023 et celles du maïs dans le plan stratégique national », juge encore l’élu bas-rhinois.

Franck Sander craint que la future Pac, à travers le deuxième pilier, n’ouvre la voie à des distorsions de concurrence entre régions et qu’elle ne favorise un modèle agricole plutôt qu’un autre. Il insiste pour que les éco-régimes soient accessibles à tous. « La Pac et les aides représentent la part la plus importante du revenu de l’agriculteur. Chaque fois qu’on y touche, on touche au revenu de l’agriculteur », rappelle-t-il. Il réclame « une vraie politique d’investissement » et regrette que la gestion des risques climatiques n’ait pas été suffisamment intégrée dans le projet. En matière sanitaire comme en matière climatique, il est essentiel « de lisser le risque sur nos exploitations », juge Franck Sander.

À propos de la Pac, Patrick Bastian, élu régional à la tête de la commission agriculture et forêt, réclame ardemment une simplification. « Il faut clarifier les choses sur le deuxième pilier. » Il estime qu’il faut se pencher dès maintenant sur l’après-transition et commencer à travailler sur la déclinaison régionale du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE) pour mettre en avant les spécificités alsaciennes. Dans la nouvelle Pac, tout le Grand Est sera classé région prioritaire pour l’accès au Feder (Fonds européen de développement régional) et au FSE (Fonds social européen). L’Alsace aura donc accès à ces fonds, à l’égal de la Champagne et de la Lorraine déjà classées prioritaires précédemment, selon Patrick Bastian.

 

 

 

?‍???‍? [SESSION] La session de la Chambre d'agriculture Alsace, se tient cet après midi en présentiel (avec les gestes...

Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Vendredi 27 novembre 2020

 

 

Ce 6 décembre sur Arte

Vol au-dessus d’un nid de cigognes

Pratique

Publié le 06/12/2020

Tourné ce printemps, le dernier film documentaire du réalisateur Jean-Luc Nachbauer est consacré à la réintroduction des cigognes blanches en Alsace. Au début des années 1970, il restait si peu de couples de reproducteurs dans la région que l’oiseau emblème de l’Alsace a bien failli disparaître. Un programme de réintroduction a été lancé, avec l’installation de 200 cigognes provenant de différents pays du Maghreb dans une vingtaine d’enclos répartis du Nord au sud de l’Alsace. Les oiseaux ont été sédentarisés pendant trois ans, afin de leur faire perdre l’envie de migrer, les accidents de migration étant l’un des points noirs pour la survie de la cigogne blanche.

Une réintroduction trop bien réussie ?

Quarante ans après les premières réintroductions, les cigognes blanches sont revenues en nombre dans le ciel alsacien. Dans les villes et les villages, elles font leur nid, générant parfois des nuisances ou des dangers pour la sécurité des habitants. On recense plus de 1 000 nids en Alsace aujourd’hui, rapporte Jean-Luc Nachbauer. Le sauvetage aurait-il « trop bien réussi » ? C’est ce que le réalisateur a cherché à comprendre en allant à la rencontre de différents personnages : Gérard Wey, un « Storckapapa » de la première heure, des maires plus ou moins satisfaits de l’installation de l’échassier dans leur commune, un agriculteur qui exploite des prairies en zone inondable très prisées par les cigognes, un artisan fabriquant des nids « sécurisés ».

Entre les différents témoignages, le documentaire donne à voir le gouffre qui peut exister entre l’image de la gentille cigogne véhiculée par la culture populaire et la réalité, celle qui conduit parfois des cigognes adultes à jeter leur progéniture hors du nid, par manque de nourriture ou lorsque le cigogneau est trop chétif… Le réalisateur évoque aussi le bouleversement de l’instinct migratoire de la cigogne induit par la sédentarisation de l’espèce, qui trouve désormais à se nourrir dans les décharges publiques. Inévitable revers de la médaille ? La question se dessine en creux au fil du film.

Les imprévus du tournage

Le tournage ayant débuté au début du premier confinement, ce printemps, Jean-Luc Nachbauer a dû faire face à quantité de difficultés pour le mener jusqu’à son terme. Il a d’abord fallu convaincre les deux préfectures du bien-fondé de tourner un film animalier en pleine épidémie. Et faire avec les aléas liés au sujet lui-même : malgré tout l’intérêt qu’il leur portait, les cigognes n’ont pas songé à avertir le réalisateur de leur prochain départ d’Alsace, ce qui fait qu’il a failli manquer le moment de la migration… Les contraintes sanitaires et les restrictions de déplacement ont également pesé sur les conditions de tournage. Le résultat, toutefois, ne s’en ressent pas. En témoignent les très belles images, que l’on doit à Clément Nachbauer, le fils du réalisateur.

Chambre d'agriculture Alsace

L’actualité s’invite dans les débats

Vie professionnelle

Publié le 05/12/2020

Le seuil de déclenchement pour le contrôle des structures, actuellement fixé à 144 ha pour l’Alsace, pourrait être abaissé à 61 ha. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s’oppose à cette proposition et réclame le maintien du seuil actuel. Il n’est pas le seul : ces 144 ha, « on y tient mordicus », martèle Laurent Fischer, tandis que Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, Didier Pettermann, président du Civa, et Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, défendent une position similaire.

Des discussions sont en cours pour réviser le classement en zone vulnérable aux nitrates. Une grande partie de l’Alsace Bossue, une partie du Sundgau et du Piémont pourraient y être intégrés, ce qui obligerait les éleveurs de ces zones à investir lourdement pour accroître leurs installations de stockage des effluents. Le président de la FDSEA du Bas-Rhin souhaite que la profession agricole soit associée plus étroitement aux prélèvements d’échantillons d’eau pour qu’en cas de dépassement des limites, le problème puisse être réglé individuellement plutôt que de soumettre l’ensemble du bassin à des contraintes renforcées. Si l’extension de la zone vulnérable venait à être actée, certains agriculteurs abandonneraient tout simplement l’élevage, prédisent Franck Sander et Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin.

Remettre les canaux d’irrigation en état

Dans les années 1950, suite à l’endiguement du Rhin, la nappe phréatique s’est affaissée de 5 à 7 m. L’État s’est engagé à mettre en place des canaux d’irrigation, ce qui a permis d’apporter de l’eau dans le grand Ried. Or, aujourd’hui, faute d’entretien, ces ouvrages ne sont plus en bon état de fonctionnement : le débit atteint péniblement les 18 m3/seconde contre 25 m3/seconde autorisés. Face à cette situation, Thomas Obrecht demande qu’EDF et l’État respectent leurs engagements en remettant en état les canaux d’irrigation et en les entretenant afin de pérenniser l’activité agricole. Une demande reprise dans la motion relative à la gestion de l’eau en plaine d’Alsace, adoptée par les élus durant la session.

Toujours à propos d’eau, alors que Daniel Starck appelle à des solutions permettant à l’eau de rester dans le sol, Gérard Lorber plaide pour le stockage de l’eau dans les secteurs qui n’ont pas accès à la nappe. « Il faudra que l’administration facilite ces projets », dit-il. À la lueur des derniers comités sécheresse, Fabien Metz demande quant à lui la mise en place d’études économiques avant de décider de nouvelles mesures sur l’usage de l’eau.

Jérémy Pflieger, coprésident des JA du Haut-Rhin, rappelle que l’irrigation est essentielle pour le renouvellement des générations, en plaine comme en montagne. Il s’inquiète de l’accentuation de la pression foncière dans le département. « Au rythme où ça va, je pense qu’on va perdre notre agriculture périurbaine », se désole-t-il. Or la perte de terres agricoles se traduira inévitablement par une perte de la valeur ajoutée.

 

 

 

 

La proximité comme critère

Le local a le vent en poupe : Mario Troestler s’en réjouit puisque la production locale est favorable à l’emploi des salariés agricoles, qu’il représente à la CAA. Il demande que la proximité soit un critère davantage pris en compte dans les appels d’offres car « l’éloignement est de plus en plus perçu comme une aberration économique, écologique et sociale ». Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, se réjouit lui aussi de l’engouement pour la production locale mais aimerait qu’il se traduise par des prix rémunérateurs.

Julien Koegler dénonce les retards dans le versement du solde de la DJA (dotation jeune agriculteur). Jean-Michel Schaeffer évoque la situation de la filière avicole, qui subit un double confinement : celui des volailles en raison de l’influenza aviaire et celui des consommateurs avec la Covid-19. La fermeture des restaurants va faire perdre plusieurs millions d’euros. Pour limiter les dégâts, une campagne de communication nationale est prévue pour les fêtes, afin d’encourager la consommation locale et de saison.

Les stations d’expérimentation ont été oubliées du plan de relance gouvernemental. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, s’en est ému devant la préfète Josiane Chevalier. « Les stations d’expérimentation ne pourront accompagner les agriculteurs dans la voie de la transition écologique qu’avec des soutiens appropriés », déclare-t-il. Véronique Klein, quant à elle, appelle à intégrer la forêt dans le plan de relance. Elle s’inquiète du bradage du lait biologique et des distorsions de concurrence observées dans le secteur des fruits et légumes. « L’agriculture biologique est une réponse aux différents enjeux. Ensemble, il faut qu’on la défende », affirme la vice-présidente de la CAA.

Des battues, et vite !

Les dégâts de gibier sont très importants dans les deux départements fait remarquer Laurent Fischer, qui parle d’une véritable catastrophe. Les battues administratives décidées avec l’administration n’ont toujours pas eu lieu. « Il les faut au plus vite. Nous ne pouvons plus accepter ce retard », déclare-t-il. Autre appel lancé à la préfète : celui de Didier Braun demandant que la centaine de dossiers recalés lors du dernier comité technique du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations) soient honorés. 48 millions d’euros d’investissements sont prévus dans le cadre de ce plan. L’aide de 20 % attendue de l’État conditionne la réussite des projets, insiste-t-il.

Jacky Wolff, au nom des métiers du paysage, se demande si les aides à l’apprentissage accordées par l’État suite à l’épidémie de Covid-19 seront reconduites. Claude Gretter fait part des problèmes rencontrés par les entrepreneurs de travaux agricoles dans la traversée des villages. Ange Loing évoque les blocages administratifs rencontrés dans les dossiers d’amélioration pastorale.

 

 

 

La réforme de la politique agricole et ses enjeux pour l’agriculture alsacienne au cœur de la session de la Chambre...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 27 novembre 2020

 

Choucroute d’Alsace

Les stocks s’accumulent

Cultures

Publié le 30/11/2020

« On déplore une accumulation de stocks de choucroute dans les cuves qui sont quasi pleines chez de nombreux choucroutiers, rapportent l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois organisations de la filière choucroute d’Alsace. La récolte des choux à choucroute, qui a débuté en août, ne pourra pas se terminer si les ventes n’augmentent pas très rapidement. Les conséquences seront catastrophiques pour les producteurs. Si la météo le permet (ni gel, ni pluie), nous estimons qu’il reste entre trois et quatre semaines pour pouvoir effectuer la récolte. » Passé ce délai, les professionnels considèrent que plusieurs milliers de tonnes de choux risquent d’être broyés aux champs, faute de débouché.

Le syndicat des choucroutiers d’Alsace, celui des producteurs de choux à choucroute d’Alsace et l’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace estiment que la commercialisation est actuellement réduite de moitié en raison de la fermeture des restaurants, du ralentissement de la restauration collective, et de l’absence de festivités. Face à cette situation, les trois organisations et l’Ifla lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace. Elles espèrent ainsi apporter une bouffée d’oxygène aux producteurs de la région.

 

Publiée par La Choucroute d'Alsace IGP sur Mardi 17 novembre 2020

 

Des charges supplémentaires pour les fabricants

Gérant de la choucrouterie Meyer-Wagner à Krautergersheim, Jean-Luc Meyer tempère : « Les entreprises les plus impactées sont celles qui fournissent la restauration commerciale car celle-ci est à l’arrêt à cause du Covid-19. Mais il y a d’autres secteurs de la restauration qui continuent de tourner : les établissements médico-sociaux, les maisons de retraite… Les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises sont moins fréquentés, à cause de la distanciation sociale, mais ils ne sont pas totalement à l’arrêt. » Quant aux grandes et moyennes surfaces (GMS), aux fabricants de plats cuisinés et aux conserveurs, ils poursuivent leur activité, selon Jean-Luc Meyer.

La fermeture des restaurants en cette période de reconfinement a tout de même tendance à dérégler une mécanique bien huilée, qui commence au champ, dès la récolte des choux. « Les choucroutiers remplissent les cuves, ils font fermenter le chou, ils vident les cuves et c’est reparti pour un cycle », résume Jean-Luc Meyer, qui réalise deux à trois cycles de production dans une saison afin de transformer 8 000 t de choux à choucroute. Ceux-ci lui sont livrés par une quinzaine d’agriculteurs avec qui il est lié par contrat.

« Lorsque les ventes ralentissent, on se retrouve avec des stocks et c’est là que ça coince. On est obligé de décaler des approvisionnements et ça rallonge la campagne », décrit le professionnel, qui s’approvisionne dans un rayon de 15 kilomètres autour de Krautergersheim. Ce rallongement de la campagne va entraîner des charges supplémentaires pour les fabricants, dont les équipes vont devoir rester en place plus longtemps. Des charges dont les professionnels se passeraient volontiers, alors que la choucroute est un produit « très mal valorisé » en dépit des efforts réalisés pour répondre aux attentes sociétales.

 

??‍♂️C’est mon péché mignon absolu !!! Difficile de lui résister ! ??? Il y a toujours une bonne raison pour manger une...

Publiée par Choucrouterie Meyer-Wagner sur Jeudi 19 novembre 2020

 

Tant qu’il n’y a pas de gelée

« D’habitude, on finit la récolte aux alentours du 20 novembre. Là, ça traîne en longueur », témoigne pour sa part Mathieu Schenkbecher, vice-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Pour rentrer la totalité de ses 10 ha, il lui faudra sans doute un mois de plus. « Tant qu’il n’y a pas de gelée, ça va, mais s’il y a deux ou trois jours de gel, on l’aura dans l’os car on n’a pas de moyen de stockage. »

Le jeune agriculteur de Meistratzheim, qui travaille avec trois choucrouteries différentes, regrette que la crise sanitaire vienne enrayer la dynamique engagée par la filière. Celle-ci a débouché sur l’obtention d’une IGP (indication géographique protégée) choucroute d’Alsace voici deux ans. Les producteurs de choux à choucroute espèrent bien que l’appel à consommer de la choucroute d’Alsace sera entendu, afin de remettre les ventes - et les prix - sur la bonne pente.

Un plan de communication est d’ores et déjà lancé pour dynamiser les achats de choucroute d’Alsace en GMS, dans les boucheries-charcuteries, les sociétés de restauration, dans les magasins de vente à la ferme. Ce plan, concocté par l’Ifla et ses partenaires, comprend notamment des publications dans les quotidiens régionaux et la mise en place d’affiches dans les points de vente.

Afdi 68

À la recherche d’un système alimentaire plus durable

Vie professionnelle

Publié le 29/11/2020

La ville de Fès, au Maroc, compte 1,2 million d’habitants, qu’il faut nourrir quotidiennement. Située dans la plaine fertile du Saiss, proche des montagnes du Moyen Atlas et du Rif, elle peut compter sur les agriculteurs de l’arrière-pays pour fournir les denrées agricoles nécessaires au ravitaillement de sa population. Le plan Maroc vert, lancé par le royaume en 2008, a permis de développer la production agricole. Mais l’usage accru des engrais, des produits phytosanitaires et l’insuffisante maîtrise des techniques agricoles ont eu des effets néfastes sur l’environnement. Le problème de l’eau s’amplifie d’année en année au point que « si rien n’est fait, 60 % du territoire marocain sera désertique à l’horizon 2030 ».

La projection*-débat organisée le 17 novembre par l’Afdi 68 (Agriculteurs français et développement international) au lycée agricole d’Obernai avait de quoi susciter les réflexions des élèves de terminale et de BTS présents, dont certains se destinent à devenir agriculteur ou à travailler dans le milieu agricole. C’était d’ailleurs l’objectif de cette matinée, selon Laura Grandmougin, animatrice de l’association haut-rhinoise, à l’initiative de la rencontre avec Simone Hentz, enseignante au lycée agricole. Réfléchir au « modèle » agricole et alimentaire développé de l’autre côté de la Méditerranée, à ses limites, aux moyens à mettre en œuvre pour qu’il réponde aux attentes sociétales, c’est aussi permettre à ces futurs professionnels de se questionner sur le modèle agricole et alimentaire français dans lequel ils sont appelés à évoluer.

 

 

Un partenariat avec les collectivités

L’approvisionnement en produits issus d’une agriculture durable et locale est une préoccupation qui existe aussi de ce côté-ci de la Méditerranée. La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg en ont fait un axe de leur politique en signant, en 2010, un partenariat avec la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et l’Opaba (Bio Grand Est aujourd’hui). Aude Forget, responsable de l’équipe circuits courts à la CAA, a donné les grandes lignes de ce partenariat, qui va être renouvelé à compter de l’an prochain. Les quatre enjeux poursuivis jusqu’à présent étaient de préserver les 12 000 ha de surfaces et plus de 400 exploitations agricoles présentes sur le territoire de l’Eurométropole, d’accompagner les changements de pratiques vers une agriculture plus durable, de développer les circuits de proximité et de renforcer les liens entre agriculteurs et citadins.

Les collectivités ont actionné différents leviers pour y parvenir. Elles ont notamment œuvré pour le développement de débouchés pérennes pour les agriculteurs : le Jardin de Marthe à la Robertsau, le magasin de producteurs La Nouvelle Douane à Strasbourg n’auraient pu voir le jour si la Ville ne s’était pas appuyée sur son patrimoine immobilier, souligne Aude Forget. La mise à disposition du domaine public pour la distribution de paniers et la tenue de marchés alimentaires est une autre façon de soutenir les agriculteurs locaux : une centaine d’entre eux en bénéficie, dont certains venant bien au-delà des limites de l’Eurométropole.

Les collectivités impliquées dans le partenariat ont également misé sur la commande publique pour favoriser l’approvisionnement bio et local des restaurants scolaires. Cela représente 200 tonnes de produits bio de provenance majoritairement locale écoulées annuellement via les restaurants collectifs de la Ville de Strasbourg.

Sur le foncier aussi, la Ville a engagé des actions : en signant par exemple des baux ruraux à clause environnementale avec des agriculteurs (124 ha) et en s’efforçant de maintenir des zones agricoles malgré l’urbanisation. C’est ainsi que dans le Plan local d’urbanisme, 850 ha ont été reclassés en zone A ou N. La Ville dispose également d’un droit de préemption dans les zones de captage, droit non activé pour l’instant. Le partenariat avec les collectivités a également permis de financer différentes études, notamment un état des lieux de la production agricole sur le territoire qui a servi aux projets d’implantation de magasins de producteurs. Il a aussi débouché sur plusieurs actions de communication visant à resserrer les liens entre producteurs et consommateurs de l’Eurométropole comme le Tour des fermes ou l’opération Fermes en ville.

Le contact avec les agriculteurs

Depuis la mise en œuvre du partenariat, 250 agriculteurs de l’Eurométropole ont été audités. « Ce contact avec chaque agriculteur est très important car il permet de suivre leurs projets, leurs intérêts », souligne Aude Forget. La responsable de l’équipe circuits courts mentionne également les efforts de sensibilisation au bio réalisés : ils ont permis de passer de 50 ha à 290 ha cultivés selon ce mode de production. Quant au nombre de fermes pratiquant la vente directe, il est passé de 20 à 37 en l’espace de dix ans. Et ce n’est pas fini : plusieurs nouveaux magasins de producteurs vont voir le jour d’ici deux ans sur le territoire de l’Eurométropole, comme celui de la zone commerciale de Vendenheim, et celui de l’ancienne manufacture des tabacs à Strasbourg.

Coordinatrice de ce dernier projet, Juliette Oberlé en a rappelé la philosophie : réunir en un même lieu, dans un bâtiment du XIXe siècle du quartier de la Krutenau, un magasin de producteurs, une épicerie vrac et un pôle restauration. Le tout avec un approvisionnement 100 % bio et local. S’y ajoutera à terme un espace d’animations citoyennes de 60 m2 où se dérouleront des conférences, des formations, des ateliers autour de la transition écologique et alimentaire, précise Juliette Oberlé.

Ce projet, porté par un collectif de 42 personnes et fortement soutenu par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, a démarré en 2016 pour une ouverture probable courant 2022. Il repose sur une gouvernance partagée, souligne Juliette Oberlé. Une quinzaine de producteurs bio sont déjà parties prenantes, l’objectif étant d’arriver à 20 ou 25 producteurs à l’ouverture. Un travail de prospection est en cours, notamment pour trouver des producteurs prêts à fournir des produits laitiers ou certains produits de niche. L’objectif est de proposer une gamme suffisamment étoffée pour que le magasin soit attractif, précise la coordinatrice. Tout en restant dans un rayon d’approvisionnement de 30 km autour de Strasbourg.

 

*Le film projeté, « Le système alimentaire de la ville de Fès », fait partie de la sélection du festival Alimenterre :

 

 

Diagnostic Cap’2ER

Mesurer l’empreinte carbone pour mieux la réduire

Élevage

Publié le 26/11/2020

La France vise la neutralité carbone d’ici 2050. Troisième émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec 19 % des émissions, derrière le transport (27 %) et l’industrie (21 %), le secteur agricole est concerné par cet enjeu. L’élevage tout particulièrement. La filière laitière s’est fixé pour objectif de réduire l’empreinte carbone des exploitations de 20 % d’ici 2025. Dans cette optique, la Chambre d’agriculture Alsace propose aux éleveurs qui le souhaitent d’évaluer l’empreinte carbone de leur exploitation à partir d’un diagnostic Cap’2ER (Calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). Ce diagnostic repose sur le calcul de la différence entre les émissions de GES et le stockage de carbone sur l’exploitation.

« Cet outil n’est pas complètement nouveau, relève Mathilde Aresi, chargée de mission sur l’adaptation au changement climatique à la CAA. Mais jusqu’à présent, il était plutôt utilisé dans l’Ouest - Pays de la Loire et Bretagne notamment - et en Lorraine. » Voyant que le diagnostic Cap’2ER pouvait constituer un outil de pilotage des exploitations liant performances techniques, économiques et environnementales, la CAA a décidé de le déployer dans la région. Le premier diagnostic de ce type a été réalisé ce printemps chez Frédéric et Philippe Bernhard, éleveurs laitiers à Woerth, dans le nord du Bas-Rhin.

Dix élevages pour commencer

« Dans un premier temps, on cherche à utiliser l’outil dans des fermes représentatives de l’élevage alsacien, de manière à avoir des références propres à la région car celles-ci n’existent pas pour l’instant », précise Mathilde Aresi. Dix élevages ont ainsi été ciblés pour 2020, dont sept laitiers et trois allaitants. L’élevage Bernhard est représentatif d’un système herbe-maïs, avec une utilisation d’herbe plus importante que la moyenne alsacienne : pour nourrir leurs 300 animaux, dont 145 vaches laitières simmental, Frédéric et Philippe Bernhard exploitent 110 ha, dont 65 ha de prairies, pour 37 ha de maïs et 8 ha d’orge, et achètent 10 ha d’herbe sur pied.

Le diagnostic de l’exploitation a commencé par la collecte des données : celle-ci ayant démarré au beau milieu du premier confinement, il a fallu procéder par visioconférence pour recueillir les données auprès des éleveurs, tout en se familiarisant avec le logiciel. « Il y a énormément de données à rentrer, indique Mathilde Aresi. Et parfois, il faut comprendre ce qu’il y a derrière : par exemple, pour renseigner le taux de perte des veaux, il faut se référer au cahier des charges de l’outil pour savoir si c’est le taux de perte à la naissance, à 8 jours, à un mois… C’est indispensable si on veut rentrer le bon paramètre. »

Les données collectées concernent à la fois le troupeau, le logement des animaux et les effluents, les surfaces de l’exploitation et leur utilisation, l’alimentation des animaux et l’énergie. Le plus compliqué, estime Mathilde Aresi, a été de recueillir les informations relatives à l’alimentation car avec un troupeau de 300 bovins comportant des animaux de finalité et d’âge différents, le nombre de paramètres à renseigner était important… Même exhaustivité pour les données de fertilisation : il a fallu distinguer entre les surfaces fauchées, les surfaces pâturées, les surfaces fauchées ET pâturées. « C’est un outil qui permet une approche globale avec en sortie des indicateurs très fins. Cela nécessite donc des données très précises en entrée », justifie la conseillère, qui a aussi pris le temps de recenser tous les éléments de biodiversité présents sur les surfaces.

Un plan d’actions sur cinq ans

L’introduction de toutes ces données permet d’établir un bilan du fonctionnement de l’exploitation, thème par thème. Et débouche sur la détermination de la fameuse « empreinte carbone », exprimée par litre de lait. « La moyenne évaluée par le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière est de 1,03 kg équivalent CO2 par litre de lait, indique Mathilde Aresi. Mais c’est un chiffre à replacer dans son contexte car il faut aussi prendre en compte toutes les contributions positives sur la biodiversité comme le maintien des prairies, les performances nourricières de l’élevage, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’il contribue à nourrir. »

Le diagnostic Cap’2ER constitue une sorte de photographie de l’empreinte carbone d’une exploitation à l’instant T, précise la chargée de mission, mais il ne s’agit pas d’en rester là. Au contraire, le but est d’aboutir à la mise au point d’un plan d’actions sur cinq ans permettant de réduire les émissions de GES ou de stocker davantage de carbone, voire de jouer sur ces deux aspects à la fois. « L’outil nous permet de faire une simulation sur certains leviers, par exemple sur l’autonomie protéique. En baissant les achats de concentrés, on touche un poste important en termes d’empreinte carbone », souligne Mathilde Aresi. Autres leviers possibles : la gestion du troupeau (avancer l’âge au vêlage pour réduire le temps où les animaux sont improductifs), la fertilisation azotée des surfaces, la consommation d’énergie. « Pris individuellement, chaque levier permet d’améliorer l’impact sur l’empreinte carbone de 1 à 4 %, ce qui n’est pas très important, mais l’objectif est d’actionner tous les leviers pour arriver au top. »

Des indicateurs permettront d’apprécier, au bout de deux ans, si l’exploitation est en bonne voie par rapport aux objectifs poursuivis. « Derrière chaque levier, on aura une expertise. Par exemple, si on décide de revoir l’alimentation du troupeau, un conseiller spécialisé dans ce domaine interviendra », souligne la conseillère, insistant sur le fait que le diagnostic carbone n’a pas vocation à rester au fond d’un tiroir.

Améliorer l’efficacité de son élevage

« C’est une nouvelle approche du fonctionnement de l’exploitation », constate Philippe Bernhard, qui considère le diagnostic Cap’2ER comme un moyen d’améliorer l’efficacité de son élevage. « Il y a un lien entre efficacité carbone et efficacité économique », renchérit son frère. En améliorant l’une, on améliore très souvent l’autre, confirme Mathilde Aresi. La performance carbone, ajoute-t-elle, est beaucoup plus liée à l’efficacité du fonctionnement de l’exploitation qu’à un système donné. « On peut avoir une bonne empreinte carbone en système intensif comme en système extensif. Ou l’inverse. »

Sans attendre les résultats complets du diagnostic, Frédéric et Philippe Bernhard ont déjà commencé à produire plus de protéines sur leur exploitation. Eux qui cultivent des méteils depuis deux ans ont entrepris de semer de la luzerne cet été, afin d’augmenter le stockage de carbone dans les sols. Améliorer le rendement des prairies constitue une autre option possible, à condition de produire beaucoup de fourrage avec peu d’intrants.

Parallèlement au diagnostic Cap’2ER proposé par la CAA, les frères Bernhard ont commencé à travailler sur le pâturage avec le concours de PâtureSens, dans l’optique de produire du lait de pâturage destiné à la laiterie Alsace Lait. Il s’agit d’exploiter les prairies de manière plus intensive qu’actuellement. « On jouerait sur les émissions liées au stockage des effluents car les bouses laissées sur les prairies émettent moins de GES que du lisier stocké dans une fosse. Cela nous permettrait aussi de réduire les émissions liées à l'alimentation et de baisser le coût alimentaire sur la période de pâturage », soulignent les deux éleveurs.

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