Auteur

Florence Péry

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Commerce

Les salons font leur mue

Vigne

Publié le 16/03/2021

En novembre et décembre derniers, les Vignerons indépendants de France (Vif) ont remplacé leurs salons de Lyon, Reims, Lille et Paris par des éditions virtuelles. L’opération « Le salon dans mon salon », destinée au grand public, n’a pas eu le succès escompté, reconnaît Florence Corre, directrice de la communication des Vif. Sans possibilité de faire déguster leurs vins, les professionnels n’ont pas réussi à attirer de nouveaux clients, comme ils auraient pu le faire sur un « vrai » salon. Si les habitués ont tout de même passé commande pour les fêtes de fin d’année, ils l’ont plutôt fait directement auprès des vignerons sans passer par le site dédié à l’opération. Quant aux drive prévus pour récupérer les commandes dans les villes concernées, trois d’entre eux n’ont pu ouvrir faute d’autorisation préfectorale. Compte tenu de ce maigre bilan, l’organisation n’a qu’une hâte : pouvoir à nouveau accueillir le grand public, comme elle le fait depuis 40 ans dans les plus grandes villes françaises. 

Après une première édition test en mai 2020, le salon virtuel Hopwine, organisé par la start-up bourguignonne du même nom à destination des professionnels, a pris son véritable départ en janvier 2021. Avec une différence de taille par rapport au salon en ligne des Vignerons indépendants : le contact entre viticulteurs et acheteurs potentiels s’y fait certes à distance, sur un stand virtuel hébergé par la plateforme Hopwine, mais la dégustation des vins est bien réelle. L’exposant envoie ses bouteilles avant le salon à la start-up. Celle-ci reconditionne leur contenu en « vinottes », des échantillons de 2 cl, et les expédie après le salon aux visiteurs intéressés, explique Anaïs Laborde, directrice commerciale d’Hopwine. Le reconditionnement se fait sous atmosphère inerte pour préserver la qualité des vins, selon un procédé breveté par Vinovae. Toute la logistique est prise en charge par Hopwine : du reconditionnement à l’expédition des coffrets d’échantillons à travers le monde. 

 

Nous sommes ravis de vous annoncer l'ouverture de la troisième édition de Hopwine ! Venez découvrir nos 100 exposants...

Publiée par Hopwine sur Lundi 15 mars 2021

 

Comme pour tout salon, virtuel ou pas, une bonne partie de la réussite repose sur la fréquentation et sur la qualité des échanges noués entre les professionnels. Hopwine revendique une base de données de 30 000 contacts internationaux. Le salon de février, spécialement dédié aux vins et spiritueux engagés dans une démarche durable, a réuni 4 500 visiteurs, dont les deux tiers étaient des importateurs, des cavistes ou des distributeurs, à 65 % étrangers. Les contacts pris pendant cinq jours ont abouti à l’envoi de plus de 16 000 échantillons dans 39 pays. Deux salons virtuels sont encore inscrits au programme d’Hopwine en mars et avril, après quoi la start-up prévoit une pause, le temps de remettre sa plateforme à plat et d’y développer de nouvelles fonctionnalités. « Notre but initial est de permettre aux viticulteurs de pallier l’absence des salons physiques », souligne Anaïs Laborde. Mais une fois que ceux-ci seront de retour, l’idée est bien de se positionner en complément. « Aller à Wine Paris quand on n’a jamais fait de salon et qu’on n’a pas un panel de contacts très important » peut rebuter certains vignerons. Dans ce cas de figure, passer par un salon virtuel paraît une bonne option pour vaincre les appréhensions et nouer des contacts qualifiés. La directrice commerciale d’Hopwine, qui a longtemps travaillé à l’export, y voit un autre avantage : pouvoir vendre ses vins tout en réduisant les déplacements de prospection, qui coûtent parfois plus qu’ils ne rapportent.

Un coup d’essai prometteur

Séduit par le concept Hopwine, Frédéric Becht a participé au salon virtuel de janvier, comme sept autres domaines alsaciens. Un coup d’essai prometteur pour le viticulteur de Dorlisheim qui, à l’exception d’une expérience à la Wine Fair de Londres, ne fait habituellement aucun salon. « J’ai beaucoup apprécié le stand virtuel, qui est réalisé de manière très pro à partir de textes et de visuels que nous fournissons. Il donne une chouette image de notre domaine.» Il s’est senti « mis sur un pied d’égalité avec les autres exposants » ce qui n’est pas toujours le cas dans un salon physique, où la visibilité des exposants dépend fortement de leur emplacement et des moyens déployés sur le stand.

Frédéric Becht est également satisfait du rapport qualité-prix de la prestation proposée : les frais de participation sont calculés selon le nombre de cuvées et de coffrets d’échantillons réalisés. Pour 35 coffrets de 6 échantillons, il s’est acquitté de 1 899 € HT, ce qui lui semble raisonnable pour pouvoir bénéficier d’une visibilité internationale… sans bouger de chez soi. « La somme engagée comprend tout : la création du stand virtuel, le reconditionnement, l’expédition des échantillons… » Suite à sa participation, il a enregistré une petite trentaine de contacts, dont plusieurs cavistes français, des importateurs étrangers (USA, Canada, Hong-Kong, Australie, Allemagne, Pays-Bas) et des journalistes. Il a échangé par e-mail et par visio avec les visiteurs, a déjà envoyé des échantillons complémentaires à certains d’entre eux. Reste maintenant à concrétiser : pour l’heure, il n’a encore reçu aucune commande ferme, mais il est en négociation très avancée avec un caviste du Sud et fait état de plusieurs contacts « très prometteurs ».

Stratégie

« Ce qui compte, c’est que la clientèle continue à apprécier nos vins »

Vigne

Publié le 10/03/2021

Idéalement placé au bord de la route des vins, sur le ban de Châtenois, mais à la limite de Scherwiller, le domaine Edelweiss fait face aux châteaux de l’Ortenbourg et du Ramstein. Du parking, on aperçoit aussi le Haut-Koenigsbourg. Nadine et Sylvie Blumstein sont aux commandes depuis que leur père, Hubert, a pris sa retraite, il y a dix ans. Les deux sœurs, formées au lycée de Rouffach, s’installent sur l’exploitation familiale en 1998. Nouvelle génération, nouvelles idées : elles souhaitent convertir le domaine au bio mais pas question de passer en force. Il leur faut d’abord convaincre leur père. « La mise en route a tout de même pris quelques années. On manquait de personnel. Et ce n’était pas une demande de nos clients », rappelle Sylvie, la cadette.

Le domaine compte 18 ha, répartis sur les communes de Châtenois, Scherwiller, Dambach-la-Ville et Epfig. Soucieuses de valoriser leur production tout en restant récoltantes à 100 %, les deux sœurs cherchent moins à augmenter leurs surfaces qu’à mettre en valeur certains terroirs : elles acquièrent ainsi 40 ares de grand cru Frankstein à Dambach-la-Ville et 50 ares sur le lieu-dit Hahnenberg à Châtenois. « Nous voulions un grand cru, cela manquait à notre carte, explique Sylvie. Nous avons préféré arracher le pinot noir qui y était planté, alors que nous en manquions, et replanter du pinot gris. » L’aménagement d’une parcelle sur le Hahnenberg répond à la même logique : pouvoir proposer à la clientèle des vins issus d’un « joli terroir » gagné sur un pan de forêt défriché et mis en valeur par quatre viticulteurs locaux. Le domaine Edelweiss exploite aussi des vignes sur le Fronholtz à Epfig et en appellation communale Scherwiller.

Nadine et Mickaël, son mari, arrivé au domaine en 2005, réalisent l’essentiel du travail dans les vignes, aidés d’un salarié et d’un apprenti. Ils testent la taille Poussard pour limiter les maladies du bois. « Cela va à l’encontre de la taille traditionnelle, mais on voit le résultat », affirme Mickaël, qui parle de 500 pieds morts en moins, depuis deux ans, grâce à cette technique. Le domaine Edelweiss travaille le sol mécaniquement. Le buttage et le débuttage sont réalisés grâce à un cadre enjambeur Boisselet. Un outil rotatif fixé dessus permet de travailler sous le rang. Dans l’interrang, Mickaël sème des couverts végétaux, qui sont généralement roulés au rolofaca avant floraison. Il utilise du compost depuis deux ans, l’objectif étant d’en épandre sur 3 à 4 ha tous les ans, par roulement, pour aider la vigne à trouver un meilleur équilibre. « On n’a pas encore trop de recul », avoue le vigneron, même s’il est convaincu que « les vignes qui souffrent ont repris de la vigueur ». Pour les protéger, la famille Blumstein recourt classiquement au cuivre et au soufre, avec pour objectif d’espacer les traitements autant que possible. « Avec l’expérience, on y arrive mais on s’est fait quelques frayeurs au début. » Nadine s’intéresse à la biodynamie et s’apprête à suivre une formation sur le sujet, en vue de dynamiser la vigne avec des préparations de plantes pour qu’elle puisse mieux se défendre.

Un clin d’œil à la drôle d’année

Le domaine Edelweiss dispose de deux pressoirs pneumatiques et d’une cuverie inox constituée en majorité de cuves de 20 à 40 hl permettant de vinifier séparément les moûts issus de sélections parcellaires. Un filtre lenticulaire a été acquis il y a deux ans, afin d’obtenir une filtration plus douce et respectueuse des arômes des vins. Ceux-ci sont vinifiés de manière traditionnelle. Depuis quelques années, l’accent est mis sur la réduction des doses de soufre. « On ne met pratiquement rien à la vendange. Sur vins secs, on arrive à 80 mg de soufre total. » Depuis 2011, le domaine élabore tous les deux ans un vin nature : élevé sans soufre, non filtré, il passe 12 mois en demi-muid de 500 litres d’acacia ou de chêne. Si cette cuvée est pour l’instant l’exception, les sœurs Blumstein ont la volonté d’aller plus loin dans cette direction mais elles comptent le faire progressivement pour ne pas bousculer leur clientèle. En attendant, les vins sont élevés sur lies et soutirés le plus tard possible pour les protéger de l’oxydation tout en limitant la dose de soufre.

« Nos vins ont leur personnalité. Ils ont la réputation d’être digestes, souligne Sylvie. Nous voulons rester dans notre gamme. Ce qui compte, c’est que la clientèle continue à les apprécier. » Les deux sœurs lancent régulièrement de nouvelles cuvées, comme ce riesling Carpe Diem sorti en clin d’œil à la drôle d’année 2020 ou la cuvée Roule ma poule, un assemblage de muscat et de gewurztraminer, lancé en série limitée de 2 000 bouteilles. Ordinairement, 20 % des ventes se font au domaine, 20 à 25 % auprès de la restauration et de quelques cavistes. La famille Blumstein réalise une vingtaine de salons par an et anime 40 à 50 dégustations sur le modèle des réunions Tupperware, dans l’ouest de la France. Autant de débouchés mis à mal par la crise sanitaire. Approché il y a trois ans par la grande distribution, le domaine commercialise aussi ses vins auprès d’une vingtaine de magasins de l’enseigne Auchan, essentiellement dans le Bas-Rhin. L’ouverture de ce nouveau débouché s’est faite sans concession sur les prix, se réjouit Sylvie, qui travaille en direct avec les magasins, sans passer par la centrale d’achat du groupe.

Magazine

« On peut faire de très belles carrières dans le vin »

Vigne

Publié le 02/03/2021

À l’Académie internationale des vins en Alsace (Aiva), février est un mois charnière : les étudiants qui ont commencé leur cursus en septembre - les plus nombreux - sont partis en immersion dans l’entreprise de leur choix, après cinq mois de formation initiale ; les autres s’apprêtent à faire leur rentrée en mars. L’année est particulière, reconnaît Lucas Destouches, qui dirige l’établissement fondé par son père. La crise sanitaire a empêché la venue d’une partie des étudiants étrangers, qui représentaient jusqu’ici 15 à 20 % des effectifs. Elle a aussi obligé l’Aiva à revoir l’organisation pratique des enseignements, et à repousser l’ouverture du restaurant brasserie qui devait ouvrir ses portes sur le site en 2020. Installée dans les locaux de l’ancien siège social d’Adidas, à Landersheim, village situé à 15 km de Saverne, l’Aiva a ouvert ses portes en 2018. Elle a été créée à l’initiative de Dominique Destouches, dirigeant de la société de négoce VPCF (Vins de propriétés et de châteaux de France), implantée près de Saverne. Avec le soutien de l’entrepreneur Marc Rinaldi (domaine Kirrenbourg, Kaysersberg), il a rallié au projet de nombreuses entreprises du monde vitivinicole, bien au-delà de l’Alsace, et des universités, dont celles de Haute-Alsace et de Lorraine.

Du diplôme universitaire de sommelier-caviste au MBA (master of business administration) marketing et commerce international en vin et spiritueux, sept formations post-bac d’une année y sont proposées (lire encadré). Elles ouvrent à un vaste éventail de métiers : sommelier, chef de rayon vin, responsable de caveau, responsable marketing, directeur import-export, directeur des ventes, consultant en vins, responsable logistique… « Le vin offre énormément de possibilités et encore plus avec le développement des spiritueux et des bières. C’est un marché porteur où l’on peut faire de très belles carrières », promet Lucas Destouches. La volonté du fondateur a été « de créer une école où l’on forme des gens de métier », grâce à un cursus professionnalisant qui accorde une large place à la pratique. À l’Aiva, le verre à vin est un instrument de travail couramment utilisé. Durant les quelques mois qu’ils passent sur place, les étudiants dégustent 200 à 350 vins, selon le cursus choisi. Des vins de toutes les régions, de tous les pays, mais aussi des spiritueux et des bières, précise Lucas Destouches. L’école possède plusieurs salles de dégustation, dont les murs s’ornent d’une impressionnante collection de flacons vides, ainsi qu’un bar à bières. « La connaissance du produit, c’est fondamental, quel que soit le métier qu’ils vont exercer plus tard », assure le directeur de l’établissement.

 

 

 

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Publiée par AIVA Académie Internationale des Vins sur Mercredi 27 janvier 2021

 

 

Un magasin pour apprendre

L’Aiva a également ouvert son propre magasin d’application. Ouvert au public, l’Anthocyane - c’est son nom - propose 1 500 références de vins, bières et spiritueux. Justin Levêque, lui-même diplômé de l’Aiva, y forme les étudiants aux différentes facettes du métier de caviste. Grâce aux ateliers qu’il met en place, il les initie aussi bien à la recherche de références, qu’à la négociation de tarifs avec les fournisseurs, à la réception des marchandises, à la gestion des stocks, à la vente et au conseil. Fort des compétences acquises lors de ses expériences professionnelles antérieures et durant sa formation à l’Aiva, il les sensibilise aux qualités requises pour être un bon caviste : « être souriant, serviable, toujours à l’affût des nouveautés » pour tenir compte des évolutions du marché et fidéliser la clientèle. Soucieuse de placer ses recrues « au plus près des réalités du monde professionnel », l’Aiva fait appel, pour la partie pratique des enseignements, à des intervenants du monde vitivinicole possédant pour la plupart une longue expérience dans leur domaine. Les enseignements théoriques - gestion, marketing, management… - sont confiés à des enseignants-chercheurs issus du monde universitaire. La plupart des cursus comprennent un module de professionnalisation incluant visites de vignoble, d’entreprises, et séminaires professionnels. L’immersion en entreprise est la règle : elle est au minimum de 22 semaines et vient conclure les 300 à 600 heures de cours magistraux et de travaux dirigés reçus à l’Aiva. Les étudiants ont même la possibilité de réaliser un projet professionnel durant leur scolarité tout en bénéficiant d’un suivi par l’équipe pédagogique. Une façon pour l’école d’« inculquer la fibre entrepreneuriale » à ses étudiants.

 

 

 

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Publiée par Cave AIVA L'Anthocyane sur Vendredi 19 février 2021

 

 

Arboriculture

Le biocontrôle fait son chemin

Cultures

Publié le 24/02/2021

Les solutions de biocontrôle font leur chemin en arboriculture. « On s’y intéresse depuis quatre ou cinq ans, confirme Philippe Jacques, responsable technique de Verexal. Les firmes phytosanitaires sortent très régulièrement de nouveaux produits de biocontrôle : trois ou quatre tous les ans. Notre travail consiste à faire la distinction entre ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. » Les essais sont menés au verger expérimental d’Alsace (Verexal) à Obernai : les techniciens n’y expérimentent pas tous les produits mais ceux qui donnent les meilleurs résultats parmi ceux déjà testés par les grandes stations d’expérimentation en arboriculture, comme La Morinière en Indre-et-Loire ou d’autres stations du CTIFL.

Les essais menés à Obernai se déclinent selon deux thématiques : les fongicides et les insecticides. Les techniciens se sont intéressés en premier lieu aux produits de biocontrôle à action fongicide, car ce sont les résidus de fongicides que l’on retrouve le plus fréquemment sur les fruits à noyaux ou à pépins. L’objectif : trouver des produits de biocontrôle susceptibles de lutter efficacement contre certaines maladies provoquées par des champignons, en commençant par les maladies de conservation qui sont, selon Philippe Jacques, « une cible historique ». Les essais ont été étendus ensuite à la tavelure, l’oïdium, la moniliose ou la rouille pour les fruits à noyaux, l’anthracnose du cerisier. Les produits de biocontrôle testés sont ceux à base de silice, de soufre, de polysulfure ou de bicarbonate de potasse. « On attend beaucoup des produits à base de bicarbonate de potasse car ils ne sont pas très agressifs sur les fruits et ils peuvent se positionner par temps humide », indique le responsable technique de Verexal.

Les champignons déçoivent

Les solutions à base de micro-organismes (Julietta, Noni, Amylo-X), autrement dit l’utilisation de champignons antagonistes aux champignons indésirables, donnent en revanche des résultats plutôt décevants, selon Philippe Jacques. Ces résultats sont-ils liés aux conditions d’application de ces produits ? Pour le savoir, des essais sont également réalisés pour comparer l’efficacité en conditions d’application standard - avant une pluie contaminante pour prévenir le risque de germination du champignon - avec une application après une pluie contaminante.

Avant d’adopter en 2020 une stratégie fongicide basée en totalité sur des produits de biocontrôle, Verexal l’a expérimentée en 2019 sur mirabelle. Il s’agissait de vérifier que ce fruit, qui présente une sensibilité à plusieurs maladies, pouvait être efficacement protégé sans aucun recours à des fongicides classiques, mais uniquement avec des produits de biocontrôle. « La campagne 2019 a été très intéressante à observer, avec une forte pression fongique, des pluies tombées début août qui ont provoqué l’éclatement des fruits et favorisé des foyers de maladies de conservation », souligne Philippe Jacques. Ce qui fait le malheur des arboriculteurs fait parfois le bonheur des expérimentateurs… En 2020, les conditions ont été bien différentes, ce qui n’a pas permis de confirmer les observations réalisées l’année précédente. Il sera donc nécessaire de refaire des essais en 2021, en vérifiant, sur d’autres fruits que la mirabelle (les pommes, par exemple) que l’efficacité des produits de biocontrôle sur les maladies de conservation est bien conforme aux observations de 2019.

Rappelons que pour les fruits à noyau, le principal « agent » des maladies de conservation est Monilia fructigena. Ce champignon de blessure pénètre dans le fruit, lorsque celui-ci éclate sous l’effet de la pluie. Il pourrit alors sur l’arbre. Si la pluie ne provoque que des microfissures, la pourriture apparaît, lors du stockage en chambre froide. Pour les fruits à pépins, le champignon le plus redouté pour la conservation est Gloeosporium. Naturellement présent sur les branches des arbres, il s’introduit de la même manière que Monilia fructigena : il profite des petites fissures créées par la pluie dans l’épiderme des fruits pour s’y introduire. C’est seulement quand on sort les fruits, en janvier ou en février, que l’on constate les dégâts : des taches de pourriture grosses comme des pièces de 1 € sont visibles et le cœur du fruit est pourri. Ce problème laisse les arboriculteurs en agriculture biologique particulièrement démunis. Pour l’instant, constate Philippe Jacques, les produits de biocontrôle utilisés au plus près de la récolte ne donnent pas des résultats satisfaisants par rapport à cette problématique mais les essais vont se poursuivre en 2021.

Les pommes prennent leur bain

Une alternative, déjà développée dans certains gros bassins de production comme le Val de Loire ou l’Italie, est la thermothérapie. Cette technique consiste à baigner les pommes dans un bain d’eau chaude (70 °C) durant 2 minutes 30 pour détruire le champignon, puis à les faire passer sous un tunnel d’air chaud ventilé pour les ressuyer. Une solution inaccessible aux producteurs alsaciens en raison de son coût. Quant au traitement par l’ozone, qui commence à faire parler de lui, « aucun élément tangible ne permet encore de mesurer son efficacité », relève Philippe Jacques.

Sur d’autres maladies, comme la tavelure, la maladie de la suie, des crottes de mouches ou le Stemphylium, qui affectent les pommes et les poires, « on a des résultats intéressants avec le biocontrôle », note le responsable technique de Verexal qui prévoit de développer son utilisation sur la pomme Natti pour réduire le niveau des résidus de pesticides présents.

Dans la lutte contre les insectes, l’utilisation de plusieurs souches de bacilles et de virus est déjà largement pratiquée depuis une dizaine d’années contre les tordeuses des fruits, capua ou carpocapse notamment. Cette solution fonctionne en agriculture conventionnelle quand la pression est relativement faible. Elle est utilisée à 75 % en agriculture biologique, signale Philippe Jacques, l’essentiel étant de bien alterner les souches sur les différentes générations de tordeuses pour conserver une efficacité. En dehors des bacilles ou des virus, il existe des adjuvants visant à améliorer l’efficacité des insecticides bio. Philippe Jacques cite l’exemple de savons potassiques (type Flipper). Deux nouveaux produits sont attendus prochainement, dans cette catégorie, qu’il faudra tester à leur tour.

Coopérative Solibio

« Notre atout, c'est la fraîcheur »

Pratique

Publié le 15/02/2021

Créée en 2008 à l’initiative des producteurs bio « historiques » et de l’Opaba, avec le soutien de la Région Alsace, Solibio avait pour mission première d’approvisionner la RHD (restauration hors domicile) en produits bios, en particuliers les cantines des lycées. En 2014, la coopérative a élargi son activité à la distribution spécialisée (magasins bios). « Cela a été une source de croissance très importante ces dernières années, relève Mathieu Bon, directeur de Solibio. Depuis 2018, nous sentons une forte accélération de la demande en produits bios et locaux de la part de la distribution. Et cette accélération se ressent aussi actuellement sur la RHD : avec la loi Egalim, tous les établissements publics sont tenus d’atteindre 20 % de produits bios en valeur dans leur approvisionnement ».

Solibio fournit une grande variété de produits à la restauration hors domicile : les fruits et légumes - qui sont le cœur de métier de la coopérative - mais aussi le pain, les viandes, et des produits complémentaires tels que le riz, les pâtes ou les légumineuses. « Nous travaillons avec les maraîchers bios alsaciens, avec deux boulangers - un Bas-Rhinois et un Haut-Rhinois -, un boucher vosgien qui se fournit en viandes d’Alsace et de Lorraine. Les autres produits ne sont pas forcément d’origine locale », détaille Mathieu Bon. Pour les distributeurs spécialisés, l’activité de Solibio est davantage concentrée sur les fruits et légumes. « En Alsace, le bio est bien développé et il y a une vraie propension à consommer local », observe le responsable de Solibio. Suivant cette tendance, les distributeurs bios n’hésitent plus à s’approvisionner en Alsace, et s’appuient sur les produits frais pour développer leur clientèle et leur chiffre d’affaires. Une tendance qui profite aussi à Solibio : la coopérative dépasse les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis deux ans.

L’atout de la fraîcheur

« Notre atout, c’est la fraîcheur, souligne Mathieu Bon. Nous avons une logistique en flux tendu, avec très peu de stock. » Solibio attend les commandes de ses clients pour passer commande auprès des producteurs. Ainsi les marchandises ressortent-elles très rapidement des entrepôts, ce qui minimise les pertes. « C’est ce principe qui garantit à nos clients, et aux clients finaux, une marchandise extra-fraîche : les poireaux sont sortis du champ la veille, les salades sont coupées au dernier moment… » Solibio s’appuie sur la Sapam, grossiste en fruits et légumes sur l’est de la France, membre de la coopérative depuis quelques années, pour optimiser les flux de marchandises. « Les camions de la Sapam livrent nos clients partout en Alsace. Au retour de leurs tournées, ils passent chez certains de nos producteurs, ce qui permet de réduire le nombre de véhicules sur la route. » La Sapam ayant une activité importante sur l’ensemble du territoire alsacien, cette mutualisation fonctionne bien, estime le directeur de Solibio.

Boosté par une conjoncture favorable, Solibio a désormais des projets d’expansion. « Courant 2021, nous allons déménager à l’intérieur du marché gare car nous sommes trop à l’étroit dans nos locaux actuels, annonce Mathieu Bon. Nous allons multiplier par cinq l’espace de stockage, ce qui nous permettra de développer l’activité avec certains de nos clients et d’offrir une meilleure qualité de service. » Solibio entend conserver un fonctionnement en flux tendus pour les produits frais, mais sera en mesure de faire plus de stock sur les produits qui se conservent.

Des prix cohérents avec les coûts de production

Pour son approvisionnement, la coopérative ne rencontre pas de souci particulier, à l’exception de certains produits, comme les produits laitiers. « Cela fait six mois que je recherche activement un fournisseur. La difficulté, c’est de trouver quelqu’un qui produit des volumes suffisants. Nous avons moins de souci avec les légumes car nos producteurs historiques ont étendu leurs surfaces et nous pouvons aussi compter sur des structures plus petites qui se sont récemment converties. Nous avons ainsi pu fournir 50 tonnes supplémentaires assez facilement cette année à de nouveaux clients. »

Chez Solibio, les producteurs décident de leur prix, précise encore Mathieu Bon, qui prône « une rémunération équitable » en contrepartie de standards de production plus élevés. « Nous avons nos producteurs au téléphone au minimum deux fois par semaine pour connaître leurs produits et leurs prix. Ceux-ci sont cohérents avec leurs coûts de production », indique le directeur de la coopérative. Les coûts étant plus élevés que ceux d’autres régions de production, les prix de vente des produits bio d’Alsace sont à l’avenant. « Nous sommes parfois mis en concurrence avec des produits bios venant d’ailleurs. Alors il faut expliquer : qu’ici, la mâche est récoltée à la main, alors que dans la région nantaise, elle l’est à la machine. Heureusement, nous avons la chance d’avoir des clients qui privilégient les produits locaux. »

Epluchleg à Geudertheim

La pomme de terre, c’est leur rayon

Pratique

Publié le 08/02/2021

Longtemps spécialisée dans le négoce de pommes de terre, la famille Hamm s’est lancée dans la quatrième gamme en 1988. Le négoce était en perte de vitesse et l’idée de proposer des pommes de terre épluchées est apparue comme un bon moyen de rebondir. « Nous avons démarré la quatrième gamme grâce aux hôpitaux de Strasbourg, se remémore Martine Hamm. Ils nous ont promis de travailler avec nous, cela nous a donné le courage d’investir. »

L’entreprise, qui se trouve alors dans le village de Geudertheim, se développe. En 2012, elle en sort pour emménager dans la zone artisanale située entre Hoerdt et Geudertheim. « Nous avons un peu modifié la ligne de production, rajouté des éplucheurs, une machine à calibrer, puis un trieur optique qui permet d’écarter les pommes de terre qui ne sont pas bien épluchées. Suite à la demande de nos clients, nous avons investi dans des machines de découpe pour faire des lamelles pour le baeckeoffe, des pommes de terre râpées pour faire des galettes, des petits cubes pour les saucisses de pommes de terre », énumère Martine Hamm. La dernière innovation en date, ce sont les frites fraîches. Epluchleg en a démarré la production pour un grossiste et espère bien la développer avec les restaurateurs, dès que la situation sanitaire permettra la réouverture de leurs établissements.

 

 

Des contrats avec les producteurs

Epluchleg écoule ses produits auprès des traiteurs, des distributeurs de fruits et légumes (Sapam, Terre Azur, Schott), des collectivités et des restaurateurs. Pour garantir ses approvisionnements, l’entreprise contractualise avec des agriculteurs du secteur depuis une dizaine d’années. Elle leur achète toute leur récolte, même en cas de surproduction, à un prix garanti. « Il n’y a pas de surprise. On connaît le prix au départ », indique Martine Hamm. Les cinq producteurs de pommes de terre concernés plantent les variétés demandées par Epluchleg et les cultivent selon le cahier des charges propre à l’entreprise. Ils les récoltent et les stockent à la ferme. « C’est comme cela qu’on peut faire du 100 % local toute l’année. Il y a encore quelques années, on n’utilisait de la pomme de terre alsacienne que d’août à décembre car les producteurs n’avaient pas les capacités de stockage suffisantes. Aujourd’hui, tout le monde est équipé ».

À la demande de ses clients, l’entreprise a ajouté d’autres légumes à sa gamme : carottes, céleris, poireaux notamment. Comme pour les pommes de terre, elle travaille avec des producteurs des environs. Si les carottes et les céleris n’ont pas demandé d’investissement particulier - ils s’épluchent avec la même machine que les pommes de terre - la famille Hamm a acquis une chaîne spécifique pour le poireau : celui-ci est lavé, émincé et ensaché pour être directement utilisé par les clients.

 

L’Alsace dans vos assiettes ?

Publiée par Epluch LEG sur Lundi 24 septembre 2018

 

L’oignon à l’étude

Comme beaucoup d’entreprises dont le sort est lié à celui de la restauration, Epluchleg a enregistré une baisse significative de son chiffre d’affaires en 2020, du fait de la crise sanitaire. Georges et Martine Hamm, qui ont transmis les rênes de l’entreprise à leur gendre Franck et à leurs deux filles, Odette et Élodie, observent la conjoncture d’un œil prudent. Continuer à se diversifier semble essentiel : la frite fraîche d’Alsace, conditionnée crue en sachets de 5 kg avec une DLC (date limite de consommation) de 12 jours est une piste prometteuse, comme en témoigne le bon accueil qui lui a été réservé jusqu’ici. Epluchleg, qui fait par ailleurs de l’achat-revente d’oignons, réfléchit également à l’épluchage et l’éminçage des oignons. Cela nécessiterait d’investir dans une nouvelle machine, relève Martine Hamm, mais la demande est là.

Aller plus loin dans le circuit court, en livrant directement les restaurateurs n’est en revanche pas dans les projets d’Epluchleg. « Nous ne pouvons pas livrer des petites quantités, ce ne serait pas rentable car nous ne pourrions pas répercuter notre marge. C’est pourquoi nous travaillons avec les distributeurs, qui ont une logistique plus adaptée. Cela n’empêche pas certains traiteurs et restaurateurs de venir s’approvisionner directement chez nous, sans intermédiaire. »

 

 

 

 

Cave des hospices de Strasbourg

Une sélection en trois temps

Vigne

Publié le 07/02/2021

Habituellement, la sélection des vins admis à séjourner dans la cave des hospices de Strasbourg réunit une centaine de personnes, dont les membres de la société civile d’intérêt collectif agricole (Sica) et leurs invités. Cette année, pas question de rassembler 100 personnes sur un même site. En raison des contraintes liées à la crise sanitaire, la dégustation a été scindée en trois séances distinctes. La première a eu lieu le 20 janvier à la cave des hospices de Strasbourg, les suivantes à Dambach-la-Ville et à Vœgtlinshoffen, les 21 et 22 janvier. L’objectif de ces séances, a rappelé Xavier Muller, président de la Sica Chais des hospices de Strasbourg depuis quelques mois, était de choisir les vins les plus aptes à un élevage en tonneau. À charge pour les dégustateurs d’apprécier le potentiel d’évolution de ces « bébés vins » non filtrés susceptibles de passer six mois sur lies, bien à l’abri sous les voûtes de la cave historique. « Fin février, la cave doit être pleine », a signalé Xavier Muller, précisant que des dates de vendanges toujours plus précoces obligent à réaliser la mise en bouteilles en juillet. Deux séances sont d’ores et déjà programmées début et fin juillet pour mettre en bouteilles les 762 hl du millésime 2020, provenant de 19 maisons différentes.

Des tonneaux sont libres

Cette année, les volumes sont moins importants que l’an passé, en raison du départ à la retraite d’un vigneron et du retrait de deux maisons de vins, la maison Klipfel, à Barr, et la coopérative Wolfberger. Ces défections libèrent plusieurs tonneaux, soit un peu plus de 200 hl sur les 1 200 hl de capacité de la cave. D’où l’appel lancé par Xavier Muller aux participants présents : « Si vous connaissez des vignerons intéressés pour élever des vins dans ce magnifique endroit, n’hésitez pas à nous les adresser. » L’entrée de nouveaux adhérents se fait par cooptation. À ce jour, la cave des hospices de Strasbourg héberge des vins de toutes les familles professionnelles (vignerons indépendants, négoce, coopération). « C’est un lieu magique qui rassemble la totalité du vignoble, de Cleebourg jusqu’à Thann », se réjouit le président de la Sica, qui met en avant la richesse des échanges au sein de ce collectif, que ce soit lors des dégustations ou des événements liés à la promotion des vins.

Présent à la dégustation de sélection, Michaël Galy, directeur général des hôpitaux universitaires de Strasbourg, a fait part de son attachement à ce « lieu chargé d’histoire » qu’est la cave des hospices de Strasbourg. Celle-ci est très connue du monde hospitalier, comme celles des hôpitaux de Dijon et de Lyon. Précédemment en poste dans d’autres régions viticoles, Michaël Galy, qui a pris ses fonctions en septembre dernier, sera attentif à ce que « cette cave, qui rend service aux viticulteurs, continue à produire une part de rêve », a-t-il promis.

Stratégie

Un pied dans le bio, l’autre dans le conventionnel

Cultures

Publié le 29/01/2021

Originaire de Bischoffsheim, près d’Obernai, Arthur Rieffel reprend l’exploitation céréalière de son oncle et de sa tante, Jean-Jacques et Michelle Herrmann début 2013. L’EARL du Moulin est située à Beinheim, dans le nord-est du Bas-Rhin. Il s’installe seul après un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) passé en Normandie. Eux prennent leur retraite « tout en continuant à donner un coup de main pendant deux ans. » Le jeune agriculteur se retrouve à la tête d’une exploitation « purement céréalière » de 140 ha avec un parcellaire regroupé dans un rayon de 1,5 km autour du village. Un système maïs-blé partiellement irrigué qui a l’avantage d’être « très simple » à conduire, mais qu’il fait progressivement évoluer en y introduisant de nouvelles cultures : du colza et des betteraves (jusqu’en 2019 pour ces dernières). Parallèlement, il construit 400 mètres de cribs, en deux tranches de travaux en 2015 et 2017. De quoi stocker et sécher lui-même ses 1 000 t de maïs sans investir dans un séchoir, qui le rendrait tributaire des fluctuations du prix de l’énergie. « J’ai un collègue qui fait du cribs à Roppenheim. On a décidé de mutualiser les chantiers, le matériel, c’est ce qui m’a permis de me lancer. L’objectif était de réduire les frais de séchage, car c’est le premier poste de charges sur la ferme, et de maintenir la rentabilité du maïs. » Objectif rempli puisqu’il conduit, selon ses calculs, à un gain de marge brute de 200 €/ha. Dans le même temps, Arthur développe l’irrigation : il s’agit de sécuriser le rendement du maïs, qui occupe alors 75 % de ses surfaces et représente sa première source de chiffre d’affaires. Il dispose aujourd’hui de trois enrouleurs et d’un pivot qui lui permettent d’irriguer efficacement la quasi-totalité de ses surfaces en maïs.

Le jeune agriculteur ne se contente pas de revoir l’assolement et de mettre à niveau les moyens techniques : ses stages de lycée et de BTS l’ont conduit dans des exploitations pratiquant le non-labour. Intéressé par cette technique, il décide de l’appliquer chez lui, espérant au passage limiter son temps de travail. « J’ai arrêté de labourer toutes mes surfaces pendant quatre ans. Mais dans un système à dominante de monoculture de maïs irrigué, le non-labour pose des problèmes de structure du sol et surtout de salissement des parcelles », constate Arthur. Ne parvenant pas à maîtriser la prolifération des graminées, il choisit de « repartir sur des bases saines » en labourant à nouveau ses terres à l’automne 2020, bien décidé à retenter l’expérience en mettant, cette fois, toutes les chances de son côté. « La manière dont je m’y suis pris n’était pas la bonne », analyse-t-il. À l’avenir, il envisage d’intercaler des couverts entre deux maïs. La récolte du maïs cribs étant précoce, il a bon espoir d’arriver à les semer dans de bonnes conditions pour permettre une installation satisfaisante à l’automne. « Je vais faire un essai, voir quelles sont les conséquences sur la réserve en eau et sur l’implantation du maïs au printemps ».

Un scénario parmi les trois

Ayant déployé tous les moyens pour maintenir la rentabilité du maïs irrigué, Arthur se penche sur le sort des 43 ha restants, des terres séchantes et non irrigables. « Il fallait trouver le moyen de faire de la marge sur ces terres au potentiel très variable, limité par la réserve en eau. Quand on fait 60 q en blé ou 60-70 q en maïs, il ne reste rien », justifie le jeune céréalier, qui imagine convertir ces surfaces en bio pour mieux valoriser les cultures qui y sont implantées. Une possibilité qu’il étudie avec l’aide de la Chambre d’agriculture Alsace. Chiffres à l’appui, Benoît Gassmann, conseiller grandes cultures, compare ce scénario avec le maintien de l’ensemble des surfaces en agriculture conventionnelle et la conversion totale à l’agriculture biologique. « Parmi ces trois scénarios, j’ai choisi la solution mixte, c’est-à-dire le passage en bio des 43 ha à faible potentiel, car dans mon cas, avec un maïs à bonne valeur ajoutée, c’est la solution qui offre la meilleure marge », décrit Arthur. La baisse de rendement attendue sur le blé - il table sur 35 q à l’issue de la conversion contre une soixantaine de quintaux jusqu’ici - devrait être largement compensée par des prix en moyenne trois fois plus élevés qu’en conventionnel, de l’ordre de 400 à 450 € la tonne. Le temps de travail et l’éventuelle coïncidence des périodes de pointe, qui sont souvent vues comme des freins à la conversion, ont également été étudiés. « Il devrait y avoir plus de travail en été, au moment de l’irrigation du maïs et de la récolte des céréales, prévoit le jeune céréalier. Mais au printemps et à l’automne, cela ne devrait pas fondamentalement changer. » Sur les surfaces désormais dédiées au bio, Arthur a semé cet automne du blé, du triticale et du seigle, ainsi que du colza. Il implantera aussi du soja ce printemps.

Commerce

Cultiver du lien avant de faire du chiffre

Vigne

Publié le 18/01/2021

17 h 30, en ce deuxième jeudi du mois de décembre, la cour du domaine Schoenheitz est plongée dans l’obscurité mais à l’intérieur du caveau, les préparatifs vont bon train. Martine Leray et sa fille Charlotte, du restaurant la Nouvelle auberge à Wihr-au-Val, dressent les assiettes derrière le comptoir. Quentin Gachon, webmaster à l’office de tourisme de la vallée de Munster, installe sa caméra sur un pied et procède aux derniers réglages. L’objectif est dirigé vers la table en bois rectangulaire où sont disposés verres, couverts et serviettes décorées. Une couronne de l’Avent faite de brindilles et de pommes de pin est posée au centre de la table. « On enlève la couronne pour le micro ? », demande Adrien Schoenheitz. Pour cette deuxième dégustation organisée au domaine et retransmise en direct sur Facebook, le vigneron a sélectionné quatre vins. « Si on en met plus, on dépasse la demi-heure », avec le risque de voir l’audience du live s’effriter en cours de route. Faire du chiffre n’est pourtant pas l’objectif premier de cette dégustation filmée : « Il est plutôt de faire du lien, de se faire plaisir et de remplacer les événements qu’on aurait dû avoir s’il n’y avait pas eu le confinement », précisent Adrien Schoenheitz et Aude Olive, chargée de communication du domaine.

Tandis que Martine pose les mini-kougelhopfs sur la table, Clément, le compagnon de Charlotte, s’installe sur un banc à l’écart : il doit veiller au respect du temps, d’un geste de la main. Rendez-vous a été donné aux abonnés Facebook à 18 h. Charlotte, Adrien et Martine prennent place à table. « On a Jean Castex en face de nous ce soir », prévient Aude. Allusion au Premier ministre qui intervient au même moment à la télévision pour présenter l’évolution des mesures de confinement. « Restez orientés vers moi tout en discutant », rappelle Quentin. Chacun prend la parole à tour de rôle pour un test son et le tournage commence. « Bonsoir à tous nos abonnés Facebook. Nous sommes réunis avec Martine et Charlotte Leray, au domaine Schoenheitz, pour un apéritif étoilé autour des accords mets-vins, commence Aude. Avec des vins du domaine Schoenheitz et des mets gastronomiques de la Nouvelle auberge, pour une soirée 100 % Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster. »

Dans le prolongement du premier confinement, le domaine Schoenheitz avait déjà réalisé une série de vidéos postées sur sa page Facebook. Adrien, debout face à la caméra, y présentait quelques-unes des productions du domaine, un verre à la main. Décrire ses vins en 1 à 1 min 30 tout en sachant qu’on peut recommencer la prise ou couper au montage est une chose. Tenir 30 minutes en échangeant à quatre sur des accords mets-vins en est une autre. Il faut interagir avec ses compagnons de table en toute convivialité, « sans se louper » ni monopoliser la parole. Les images étant diffusées en direct sur le réseau social, il n’y a pas de rattrapage possible.

Quelques arômes tertiaires et une jolie complexité

Adrien présente le crémant millésime 2013 du domaine qui a été dégorgé deux semaines plus tôt. Élaboré à partir de pinot auxerrois, il a passé 6,5 ans sur lattes. « C’est un crémant brut avec zéro sucre », précise le vigneron qui débouche la bouteille en apportant des précisions sur le millésime 2013. Il est servi avec un petit kougelhopf salé aux noix et au lard de la vallée. Le crémant apporte « quelques arômes tertiaires et une jolie complexité qui lui permet de tenir face aux noix et au lard », commente Charlotte. Elle apprécie « son côté frais qui réveille les papilles en début de repas ». Martine trouve qu’il irait aussi très bien avec une entrée froide de poisson. « Et pour ceux qui n’aiment pas les bulles ? », relance Aude. Martine suggère un pinot blanc qui apporterait un peu plus de rondeur ; Charlotte, un pinot gris issu du lieu-dit Linsenberg, dont le côté fumé pourrait s’accorder avec le lard du kougelhopf.

Passées les premières minutes de direct, tout le monde a oublié la caméra. À commencer par Adrien, qui ne s’est pas spécialement préparé pour cette dégustation : « Au domaine, je m’occupe des clients professionnels, des restaurateurs et des clients export. Il m’arrive d’accueillir des clients au caveau, j’ai l’habitude d’expliquer la partie technique. » Charlotte, qui a intégré la Nouvelle auberge en tant que sommelière au printemps dernier, a passé une matinée au domaine pour préparer la dégustation et discuter des accords mets-vins avec le vigneron. Martine a consciencieusement fait des fiches, qu’elles ont relues quelques heures auparavant. Elle apprécie les vins de la famille Schoenheitz, qui figurent sur la carte du restaurant depuis 25 ans, et n’a aucun mal à rebondir quand Aude lui demande une alternative au vin proposé ou une astuce de cuisine.

Tandis que Quentin alterne plans larges et plans serrés pour dynamiser la présentation, les accords mets-vins s’enchaînent : la cuvée Audace 2017, un riesling provenant du Linsenberg, apporte sa vivacité au saumon fumé maison de la Nouvelle auberge, chantilly d’huîtres et pain au sarrasin. Un pinot noir Val Saint Grégoire 2018 se marie avec une mousse de betteraves tandis qu’un riesling 2013 élaboré à partir de raisins passerillés trouve à s’accorder avec le foie gras. Du rouge, du blanc, des bulles, résume Aude, qui clôt la dégustation en invitant à découvrir la « très belle vallée de Munster » et le village de Wihr-au-Val.

 

 

Stratégie

« Je veux consacrer plus de temps à mes clients »

Vigne

Publié le 13/01/2021

Au plus fort de son activité, Xavier Muller cultive 26 ha de vignes, dont il vend les raisins à une maison de négoce. « Quelque chose me manquait. Je sentais que je n’allais pas au bout de mon métier », explique le vigneron de Marlenheim. En 2002, il acquiert un ancien moulin sur l’île de la Thomanns Muehle, au bord de la Mossig. Tout en continuant à vendre une partie de sa production sous forme de vrac ou de raisins, il élabore et commercialise ses propres vins. En 2014, son fils aîné, Franck, s’installe à son compte : il lui cède 7 ha. En 2019, nouveau virage : Xavier se défait de 8 ha en location pour se recentrer sur les 11 ha restants. « C’était la dernière limite pour trouver des repreneurs. Aujourd’hui, il est difficile de louer quand on ne sait pas quoi faire du raisin. Ce que le vignoble vit aujourd’hui, on le sentait venir », indique le vigneron. En tant que vendeur de raisins, il connaît bien la stratégie des grands metteurs en marché, qui n’achètent que ce qu’ils peuvent vendre. S’il a réduit sa surface de 8 ha, ce n’est pas parce qu’il souhaite vivre mieux, assure-t-il, mais « pour mieux m’occuper de ce que j’ai et développer la vente en bouteilles. Je veux consacrer plus de temps à mes clients, sans avoir éternellement le nez dans le guidon », dit Xavier, aujourd’hui âgé de 56 ans. Il dirige le domaine avec l’aide de son fils cadet, Pierre, en charge de la partie commerciale, de son épouse, de sa nièce et d’un apprenti.

S’il ne vend pour l’instant qu’aux particuliers, Xavier Muller ne veut se fermer aucune porte : d’où le choix de conduire ses 11 ha selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), très prisé de la grande distribution. Pour autant, il n’opte pas pour le bio, préférant tester différentes techniques sur son domaine plutôt que d’adopter un modèle tête baissée. À la recherche d’une vigne « équilibrée », il utilise très peu d’engrais et depuis quatre ans, il sème du seigle un rang sur deux sur l’ensemble de ses surfaces pour conserver l’humidité du sol. « Nos vignes en coteaux sont très vite en manque d’eau », argumente-t-il. Il estime qu’une vigne qui n’a pas été stressée, ni conduite pour produire le maximum donne un raisin sain, apte à la vinification. Xavier s’efforce de travailler le sol « quand c’est utile » et n’utilise plus de désherbant qu’à faible dose. Il suit de près les essais de son fils aîné, qui a acheté l’an dernier une charrue pour travailler sous le rang. Suite à une formation à la méthode Simonit & Sirch, Franck l’a également sensibilisé aux avantages d’une taille vers l’extérieur du pied, telle qu’il l’avait vue pratiquer sur les arbres fruitiers. En évitant les plaies de taille et les entassements de végétation, Xavier peut se passer d’anti-botrytis depuis quelques années. En plus du soufre et du cuivre, il ne s’interdit pas d’autres produits en fonction de la situation sanitaire.

300 camping-cars à l’année

Les raisins récoltés manuellement sont légèrement macérés et pressurés entiers par cycles de 4 à 8 heures, en fonction de leur état sanitaire. En cave, le vigneron limite le recours aux intrants. Il vinifie toutes ses cuvées à l’identique, sous le contrôle de l’œnologue Paul Borja, qui le conseille depuis qu’il s’est lancé dans la bouteille. Il utilise des levures sélectionnées pour assurer un départ en fermentation sous 48 h. Compte tenu du volume vinifié, de 200 à 250 hl en moyenne, il n’a pas la possibilité de faire des cuvées différentes d’un même cépage, ce qui n’incite pas à prendre des risques. « Si je loupe ma cuvée de riesling ou de gewurztraminer, tout est loupé », dit-il. Pour la même raison, il sulfite ses moûts. Il élève ensuite ses vins sur lies fines.

Pour écouler ses 30 000 bouteilles, Xavier mise notamment sur la vente au caveau. D’avril à octobre, hormis en 2020 à cause du Covid, il reçoit 300 camping-cars sur son domaine. Il accueille aussi des bus, propose des dégustations, des visites du vignoble au printemps et en été, et reçoit des « vendangeurs d’un jour » au moment de la récolte. « C’est le touriste qui nous fait vivre », dit-il. Cette politique d’accueil et de fidélisation de la clientèle lui a permis de sauver la fin de l’année 2020, avec des ventes sur novembre-décembre comparables à celles de l’année précédente. Les vins du domaine sont également vendus via la Ruche qui dit oui de Marlenheim - le domaine accueille les distributions chaque mercredi -, à la cave des Hospices de Strasbourg, où le vigneron élève deux cuvées, et au magasin de producteurs la Nouvelle Douane à Strasbourg, où Xavier assure une permanence par roulement avec quatre autres viticulteurs. La situation du domaine, au cœur de 8 ha de prairies mais pas très éloigné de la ville, laisse entrevoir d’autres possibilités, comme l’aménagement de gîtes, de chambres d’hôtes ou d’une salle de réception à l’étage. Des projets qu’il appartiendra à son fils Pierre, de développer, seul ou avec un investisseur.

 

Notre domaine s'est lancé dans une nouvelle aventure... Le BIB ! Retrouvez dès maintenant, au caveau, les bibs Pinot Noir et Rosé en format 5L pour votre plus grand plaisir gustatif????

Publiée par Domaine Xavier Muller - Marlenheim sur Mercredi 26 août 2020

 

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