Auteur

Florence Péry

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Paroles de manifestants

« Cette réforme ne va pas dans le bon sens »

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

Thomas Wirsum, 29 ans, est en cours d’installation à Nordheim sur un élevage de 360 chèvres laitières. Dans la Pac actuelle, une exploitation comme la sienne, de 25 ha de superficie (50 % de prairies permanentes, 45 % de prairies temporaires) reçoit des aides. « Sur les prairies, ça ne représente pas grand-chose. Et sur les chèvres, elles sont limitées à 400 têtes. N’y sont éligibles que les chèvres qui ont mis bas au moins une fois », explique Thomas. Pourtant, le futur installé ne voit pas comment il pourrait s’en passer. « Il faut que toutes les aides soient maintenues », dit-il. Il s’inquiète également du renchérissement du maïs grain qu’il utilise dans sa ration, si la réforme de la Pac devait s’appliquer en l’état, et du renforcement des critères pour pouvoir toucher les aides directes.

Depuis Mutzig, Jonathan a rejoint ses collègues JA du canton de Molsheim pour participer au cortège. Entrepreneur de travaux agricoles et viticoles, il est venu « par solidarité » avant tout, écœuré par les attaques dont lui et ses copains agriculteurs sont l’objet lorsqu’ils pulvérisent ou épandent dans les champs. Le projet actuel de réforme de la Pac, « cela fera moins de boulot et cela aura des répercussions sur tout le monde agricole et viticole », juge-t-il.

« Avec la rotation, on serait pénalisé »

Pierre Guidat, 19 ans, de Ménil-de-Senones dans les Vosges. Fils d’un éleveur laitier de montagne (45 VL en agriculture biologique depuis 2008), il fait partie de la délégation vosgienne qui compte une cinquantaine de tracteurs. « Ce qui pose problème, c’est que les ICHN (indemnités compensatoires de handicap naturel) ne seraient plus réservées aux zones de montagne, explique-t-il. Si on doit les partager, ça fera mal. » L’impossibilité de rénover les prairies permanentes est un autre motif d’inquiétude pour le jeune vosgien, encore étudiant en BTS à Château-Salins. « La sécheresse et les sangliers font d’énormes dégâts. Depuis l’automne dernier, nous avons dû ressemer 25 ha. Avec cette réforme, nous ne pourrions plus le faire. »

David Mangin, éleveur laitier et allaitant en Gaec à Varmonzey dans la plaine des Vosges. « Cette réforme nous fait peur car elle rend impossible une même culture d’une année sur l’autre. Nous semons du maïs dans des terres sableuses 5 à 6 années de suite parce que dans les terres plus lourdes, ça va moins bien. Avec la rotation, on serait pénalisé, il faudrait y consacrer plus de surfaces pour une récolte équivalente », explique l’agriculteur, qui cultive 40 ha de maïs ensilage et 70 ha de céréales sur une SAU de 300 ha. « Cette réforme ne va pas dans le bon sens. On n’a pas besoin de ça en ce moment. Déjà qu’on a du mal à avoir des prix rémunérateurs. »

Alain Michel, céréalier à La Wantzenau, fait pousser du maïs, du colza et du blé sur 180 ha. « Avec la réforme de la Pac, on va encore perdre des sous, il faudra faire davantage de rotations avec des cultures qui rapportent que dalle alors qu’en face, on a des charges fixes. Heureusement que j’ai installé du photovoltaïque dès 2009… » L’agriculteur comprend d’autant moins l’obligation de rotation à la parcelle qu’avec le maïs, il a la sensation de « traiter beaucoup moins » qu’avec d’autres cultures. « Je traite une seule fois, avec un herbicide, et je n’utilise pas d’insecticide et zéro glyphosate ». Il est surtout inquiet pour ses deux fils de 16 ans : « ils ont la volonté de s’installer, mais quand je vois comment on est considéré aujourd’hui… Quand on sort le pulvé ou l’épandeur, on est traité comme des terroristes. Moi, ça me détruit moralement. »

Christian Wollenschlaeger, céréalier en troisième année de conversion bio à Seltz, pratique déjà la rotation annuelle des cultures sur ses 110 ha, où il sème du maïs, du blé, du triticale/pois, du soja, de l’avoine, de l’orge de brasserie et du tournesol. Même s’il n’est pas concerné par cet aspect de la réforme, il est venu soutenir ses collègues car il ne trouve « pas normal de demander aux agriculteurs de faire des rotations tous les ans alors qu’ils ont investi dans du matériel d’irrigation ». Il considère que « ce sont les éleveurs qui pâtiraient le plus de cette réforme car aujourd’hui, ils implantent le maïs autour de leur ferme pour éviter de traverser les villages, mais avec cette réforme, ce ne sera plus possible et cela fera des charges supplémentaires ».

 

? AU PARLEMENT EUROPEEN, les tracteurs sont toujours plus nombreux alors que l'heure du rassemblement a sonné ! ?...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

? A VOS PANCARTES ? Le message est-il passé avec cette journée d'action ? #MANIF #PAC #PAC2023 #1000TRACTEURS #GRANDEST #sauvetonpaysan #ambitionpacjuste

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

Travailler plus pour gagner moins

Baptiste, 20 ans, de Bainville-sur-Madon en Meurthe-et-Moselle. Il n’est pas fils de paysan, mais il prépare un BTS Acse à Pixérécourt et dans ce cadre-là, il est apprenti dans une ferme laitière (130 VL, 2 robots, 350 ha dont 210 ha de cultures). S’il est venu manifester, c’est « pour ne pas que ce métier devienne impossible », explique Baptiste, qui aimerait bien s’installer. « Supprimer 80 €/ha d’aides, sur un peu plus de 200 ha, c’est énorme. On va nous imposer un pourcentage d’herbe. Mais chez nous, tous les agriculteurs cherchent de la paille. S’il faut encore réduire la part des cultures, il va falloir la faire venir de la Beauce. Déjà qu’on nous accuse de polluer… »

Antoine Clavel, polyculteur-éleveur allaitant à Limey sur un Gaec à trois associés (250 ha, 130 mères charolaises), président des Jeunes agriculteurs de Meurthe-et-Moselle. « Les aides Pac sont importantes pour nous car aujourd’hui, ce sont elles qui nous permettent de dégager un revenu. Cette réforme a pour ambition de verdir la Pac et d’amener une réelle transition écologique. Nous, nous sommes les premiers à vouloir une transition écologique, mais il faut des moyens financiers et humains pour nous accompagner. Or aujourd’hui, on se dirige vers une Pac sanction. C’est pour ça que nous sommes ici : pour dire qu’on ne peut pas changer de pratiques du jour au lendemain, qu’il nous faut du temps et des moyens pour le faire, pas des sanctions. »

« Un coup de sec et on prend un carton »

Jean-Guillaume Hannequin, polyculteur-éleveur près de Verdun et président de la FDSEA de la Meuse, est « là pour dénoncer les écoschémas tels qu’ils sont déclinés actuellement, qui ne prennent pas en compte les zones intermédiaires » où les possibilités d’emblavement sont limitées. En Meuse, expose Jean-Guillaume Hannequin, blé, colza, orge d’hiver et de printemps constituent la base des assolements. Les agriculteurs ont bien essayé le lin protéagineux, le soja, le tournesol, mais la réussite est aléatoire. « Un coup de sec et on prend un carton ». Imposer la diversité des assolements et en faire une condition pour obtenir les aides à l’ha met donc les agriculteurs face à un dilemme impossible. Les engraisseurs qui travaillent en ration sèche, comme c’est souvent le cas en Meuse, seraient également pénalisés par le projet actuel, fait remarquer le président de la FDSEA 55 en dénonçant « un modèle technocratique » inadapté à la polyculture-élevage des zones intermédiaires.

Olivier Sengler, agri-viticulteur à Scherwiller : « Si on n’avait pas les aides Pac, l’alimentation serait plus chère, les gens ne le savent pas », regrette-t-il. Coopérateur chez Wolfberger, il est passé en HVE 3 (haute valeur environnementale) et s’il fait « d’énormes efforts par rapport aux phytos », il estime ne pas pouvoir s’en passer totalement. Les orientations contenues dans cette réforme l’inquiètent. Ce n’est pas tant son avenir qui est en jeu que celui de ses trois enfants : « ils veulent tous reprendre mais je me demande vers quoi je les engage, c’est une grosse angoisse pour moi. »

 

 

Stratégie

Cultiver la confiance avec les négociants

Vigne

Publié le 04/05/2021

Jordane Meyer fait volontiers visiter ses deux caves, où sont logées les cuves qui servent à la vinification. Pas de foudres en bois centenaires, pas d’alignement de cuves en inox dernier cri, mais une majorité de cuves en fibre de verre qui, sans être de la première jeunesse, permettent de travailler dans de bonnes conditions d’hygiène. Ce qui, pour la viticultrice de Rosenwiller, est la base du métier. « Nous avons une capacité de 900 hl, mais nous ne les produisons pas », explique la jeune femme, qui s’est installée en 2019 en EARL avec ses parents, Fabien et Évelyne. Le domaine a fait beaucoup de vrac par le passé. Près des trois-quarts des 10,5 ha en production y sont toujours dédiés, mais les volumes ont baissé au point d’atteindre un plancher ces dernières années. La diminution du rendement autorisé de l’AOC Alsace a contribué à cette évolution. « En fonction des millésimes, 650 hl à 700 hl suffiraient. La cave du haut nous permettrait d’accueillir tout le stock. »

Avant de devenir viticultrice, Jordane s’est d’abord formée à la comptabilité tandis que sa sœur s’engageait dans la sommellerie. « Il paraissait logique que ce soit elle qui reprenne. » Finalement, les projets personnels de sa sœur et l’attachement de Jordane à ses racines et au patrimoine viticole familial ont rebattu les cartes. Elle sait qu’elle peut compter sur ses parents : son père, qui travaille en équipe chez Kronenbourg, est très actif sur le domaine, tout comme sa mère, alors cheffe d’exploitation en titre. Il lui faut tout de même trouver sa place, faire ses preuves et réussir à imposer ses idées, ce qui, reconnaît-elle, n’est pas forcément facile pour une jeune femme qui n’aime pas forcer le passage mais qui revendique sa « part de jeunesse » et son droit à faire ses propres choix. Avant de se lancer, Jordane suit pendant un an les cours des CFPPA de Rouffach et d’Obernai, qui la conduisent à décrocher un BPREA (brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole).

L’encépagement en question

Le parcellaire du domaine se répartit sur les communes de Rosenwiller, Rosheim et Dorlisheim. Il comporte quelques très vieilles parcelles, notamment de sylvaner. « Nous venons d’arracher 50 ares qui dataient d’avant-guerre, expose Jordane. Nous préférerions garder les parcelles anciennes car les terroirs s’y révèlent le mieux, mais dans certains cas, nous sommes obligés d’arracher et de replanter pour faciliter le passage du tracteur. » Toute la difficulté est de savoir quel cépage replanter pour coller à la demande du marché, qui fluctue d’une année sur l’autre. La question de l’encépagement se pose aussi au regard de l’évolution climatique. Sur le lieu-dit Westerberg, une colline calcaire située sur le ban de Rosheim et orientée plein sud, la jeune vigneronne s’interroge sur la pérennité du riesling, qui souffre de plus en plus de la sécheresse. Dans les vignes, dont les trois-quarts sont en coteaux, l’interrang est enherbé naturellement pour éviter l’érosion. Dans les parcelles où le risque d’érosion est moindre, le sol est travaillé mécaniquement un rang sur deux, ce qui n’est pas encore le cas du cavaillon.

Dès sa sortie de BPREA, la jeune viticultrice engage le domaine dans la certification HVE (haute valeur environnementale), quand bien même ses acheteurs ne lui promettent aucune plus-value à la clé. Passer en bio exigerait des investissements qu’elle ne se voit pas engager dans le contexte actuel. Cela nécessiterait également du travail en plus, qu’elle et ses parents ne pourraient absorber sans embaucher. Ce qui n’est pas non plus d’actualité, en dehors d’un saisonnier, qui vient en renfort pour les pointes de travail - plantation, palissage, récolte et occasionnellement pour la taille et la descente des bois. « On essaie de faire nous-mêmes. » Dans ces conditions, Jordane caresse l’espoir plus modeste d’investir dans des cuves en inox thermorégulées, plus faciles à nettoyer que les cuves en fibre de verre. « Ce serait un bon compromis, juge-t-elle. Si les prix remontent, c’est un projet réalisable et qu’on pourra rembourser. Sinon… »

Un peu plus d’un quart de la surface est livré en raisins à deux négociants. Une partie des raisins est vendangée à la main, notamment les pinots noirs livrés en totalité chez Arthur Metz à Marlenheim pour l’élaboration du crémant, une autre est récoltée à la machine. Le domaine suit le planning de récolte fixé par les négociants, mais pour les surfaces destinées au vrac, il peut se permettre d’attendre que le raisin soit à la maturité recherchée. « C’est l’avantage quand on vinifie chez soi », souligne Jordane. La vinification s’effectue sous le contrôle d’un œnologue. Conformément à la demande de la maison Hauller, à qui est destiné le vrac, le domaine produit plutôt des vins secs. « Même si on ne va pas jusqu’à la bouteille, on a quand même la fierté d’arriver jusqu’au bout de la fermentation », se réjouit la vigneronne, qui ne se satisferait pas de ne faire que du raisin. Elle considère la dégustation, et plus globalement la vinification, comme la partie « la plus amusante et la plus passionnante du métier ».

Stratégie

S’organiser pour gagner du temps

Élevage

Publié le 03/05/2021

Pendant sept ans, Louis Steinmetz a conseillé les éleveurs limousins de Midi-Pyrénées et du Grand Est dans l’amélioration génétique de leur troupeau. En 2020, il quitte le herd-book limousin pour prendre la tête de l’élevage familial, guidé par la volonté de « conserver un patrimoine déjà travaillé » par son père Joseph, éleveur-sélectionneur de limousines depuis 40 ans. Il part avec quelques atouts dans son jeu. « Les bâtiments sont super fonctionnels et déjà amortis, le parc matériel est à jour, le fonds de génétique et la clientèle sont là », expose Louis, qui est titulaire d’une licence en génétique animale. Mais il a aussi une contrainte : un parcellaire morcelé et en partie éloigné. Les 122 ha sont répartis en deux sites. En Alsace Bossue, 20 ha de prairies permanentes non mécanisables sur 54 ha accueillent les génisses pleines, celles de l’année et les vaches suitées. Le reste est fauché en foin ou consacré au pâturage tournant. Les gestantes sont rentrées entre le 15 octobre et le 15 novembre, soit 15 jours à trois semaines avant le vêlage pour être vaccinées contre les diarrhées et supplémentées en minéraux (sélénium, magnésium, vitamines A, D et 3E). « Cela se ressent sur l’expulsion et sur la vitalité du veau. » Cette supplémentation compense la moindre consommation d’herbe et sa moindre richesse en oligo-éléments observée depuis quatre ans en raison de la sécheresse. Le jeune éleveur considère qu’elle a également un effet positif sur la santé globale des animaux en hiver. Les vêlages se déroulent du 25 octobre jusqu’à Noël, avec une pointe de 40 veaux en cinq semaines sur les 55 à 60 naissances annuelles. Cette concentration des vêlages permet d’avoir des lots homogènes.

À Berstheim et alentours, où sont situés le reste des pâtures et les terres labourables, ce sont les couples mères/mâles qui sont mis au pâturage l’été. Louis choisit une dizaine de mâles, « les tout meilleurs de l’année », pour les dresser à la corde. « Je les tonds, les alimente tous les jours à la même heure et je les dresse. Ce sont des animaux à forte, voire très forte valeur ajoutée qui font deux à trois fois le prix d’un animal issu d’un système classique », explique Louis. Ces mâles-là exigent « une surveillance journalière ». Certains seront sélectionnés pour la station nationale de Lanaud, près de Limoges. La commission chargée du recrutement fait ses choix en fonction d’une trentaine de critères, dont la morphologie, l’ascendance et le génome de l’animal. Selon les années, la ferme Steinmetz réussit à placer deux à quatre mâles en station. Ils quittent l’élevage vers l’âge de 10 mois et sont vendus aux enchères entre 13 et 14 mois. L’an dernier, deux sont partis à Lanaud. L’un a dépassé 4 000 €. Les mâles non sélectionnés sont vendus comme taureaux reproducteurs à une clientèle locale (Alsace, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Allemagne) ou lors de concours (Agrimax à Metz).

 

Publiée par Louis Steinmetz sur Lundi 8 avril 2019

 

Viser le maximum d’autonomie

Comme les vêlages, la reproduction s’étale sur une courte période. Elle est précédée d’un flushing (apport énergétique) permettant aux femelles d’extérioriser leurs chaleurs. Pour sa première année d’installation, Louis puise dans le catalogue d’Elitest pour trouver des taureaux à vêlage facile et à fort développement musculaire pour ses génisses. Il utilise par ailleurs un taureau d’IA pour éviter la consanguinité. Enfin, il complète la palette des reproducteurs avec deux taureaux achetés à Lanaud, choisis pour leur largeur de bassin, leur fort potentiel de croissance et laitier. Ils doivent donner « des vaches productives, performantes et lourdes ». « L’achat des taureaux, c’est l’investissement principal sur l’exploitation. Toute la complexité du travail de sélection est d’arriver à juger un taureau sur une dizaine de veaux, pour pouvoir réagir rapidement. S’il n’est pas bon, il faut arrêter les dégâts et en trouver un meilleur. » L’expérience acquise au herd-book lui a permis d’avoir un œil aguerri. « Après, ce qui est important, c’est de sortir, de voir les animaux en station, dans les concours pour tenir son œil à jour. »

En matière d’alimentation, l’objectif de Louis est de parvenir à « un maximum d’autonomie ». Il l’est pour toutes les vaches en production et pour les bêtes d’élevage, mais il achète du correcteur pour les animaux à l’engraissement. Il en distribue à raison de « même pas 2 kg/jour/bovin » et y ajoute du minéral (100 g/bête). En septembre dernier, l’éleveur a implanté 5 ha de luzerne. « C’est une plante résistante à la sécheresse, qui ramène le plus de protéines à l’hectare et qui est riche en bêtacarotène, ce qui aide à la reproduction. » La recherche d’autonomie vaut aussi pour le travail : même s’il peut toujours compter sur son père pour l’aider, Louis se fixe pour objectif de travailler au maximum tout seul. C’est dans cet esprit qu’il envisage de s’équiper d’un couloir de contention pour pouvoir peser, vacciner et déparasiter les bovins seul et en toute sécurité. L’acquisition d’un système de surveillance des vêlages devrait aussi lui permettre de dégager du temps pour sa vie personnelle et pour continuer à « grandir professionnellement » sans augmenter la taille de son cheptel ou faire de culture supplémentaire.

Magazine

« J’ai besoin de travailler pour la nature »

Vigne

Publié le 27/04/2021

Haroon Rahimi a choisi pour cadre les vignes de l’abbaye de Marbach, dans le prolongement d’Husseren-les-Châteaux. Assis en tailleur sur un châle coloré provenant de sa région d’origine, il se sent dans son élément dans ce clos entouré d’un mur de grès rose, qui abrite les plants du conservatoire de cépages constitué par l’association Vignes vivantes. 80 variétés anciennes, parmi lesquelles des cépages hybrides, dont les bois ont été rapatriés il y a quelques années du domaine de Vassal, dans l’Hérault. Les membres de l’association, qui étudient leur comportement dans les moindres détails, espèrent en réintroduire quelques-uns dans la région (lire notre édition du 19 mars en page 20). Haroon Rahimi a découvert les lieux grâce à son maître d’apprentissage, Stéphane Bannwarth, vigneron à Obermorschwihr et président de l’association Vignes vivantes, chez qui il se forme depuis août 2020. Il s’est proposé pour en récolter les raisins et les vinifier. Stéphane Bannwarth lui a laissé carte blanche. Au lieu d’une cuvée unique, l’apprenti vinificateur a réalisé trois micro-cuvées - Noah (du nom d’un cépage hybride), Lune rose et H’wwah - à partir de raisins macérés, pressurés, avec un élevage sur lies fines dans des dames-jeannes de 50 l sans ajout de soufre. Pour le jeune homme, qui fêtera ses 24 ans en juin, cette première expérience de vinification est une chance. Il l’a saisie avec une certaine appréhension mais, finalement, le courage l’a emporté sur la peur de mal faire.

Dire que son parcours dans le monde viticole n’était pas tracé d’avance est un euphémisme. Né en Afghanistan, Haroon Rahimi est arrivé à Paris en 2016 comme réfugié. Il s’inscrit en CAP restauration-hôtellerie dans un lycée hôtelier parisien. En journée, il suit les cours. Le soir, il enchaîne les extras pour subvenir à ses besoins. Lorsqu’il entend parler de la Coupe Georges Baptiste, réservée aux professionnels et aux élèves des métiers de salle, il décide d’y participer. En s’y préparant, il tombe sur une proposition d’accord mets-vins : un vin rouge, issu du cépage grenache noir, associé à une viande. « C’est la première fois que je lisais la description d’un vin, ses caractéristiques, sa complexité, sa richesse en bouche. C’était comme de la poésie », raconte-t-il. Sa connaissance des vins est encore théorique, mais la quatrième place décrochée à ce concours l’encourage à aller plus loin. « Vu mon histoire, c’était un bonheur de finir à ce rang-là », se souvient Haroon. En stage dans un bistrot du 14e arrondissement, il s’initie à la dégustation avec le sommelier de l’établissement. Suivent un deuxième, puis un troisième stage dans des restaurants parisiens où il découvre les vins biologiques. Ce qu’il apprend au restaurant, il le complète en dégustant chez lui. C’est l’époque où, ses moyens étant limités, il s’achète une bonne bouteille chez un caviste de Montreuil, qu’il fait durer toute la semaine en la dégustant à petite dose. Sa curiosité est telle qu’en plus de la responsabilité de chef de rang, son maître de stage lui confie celle de conseiller les clients dans le choix des vins.

Entre de bonnes mains

Le jeune homme décide de s’orienter définitivement dans le monde du vin une fois son CAP terminé. Avec sa compagne, il s’installe à Perpignan, où il prépare un Bac pro vigne et vin en alternance. Il apprend énormément au contact de Séverine et Philippe Bourrier, propriétaires du château de l’Ou, situé à Montescot, à 10 km au sud de Perpignan. Le domaine a été l’un des premiers du Roussillon à se convertir à l’agriculture biologique. Il est également connu pour élever certaines de ses cuvées dans des jarres en forme d’œuf. Haroon s’épanouit pleinement dans les vignes. « J’ai besoin de travailler pour la nature. Pour moi, le travail de la vigne est encore plus essentiel que le travail en cave. 80 % d’un bon vin, ce sont des raisins sains obtenus sans produits de synthèse, une vigne en bon état, un sol vivant que l’on travaille au minimum pour ne pas perturber les micro-organismes. » Ce penchant pour la vigne ne l’empêche pas de s’intéresser à la vinification des vins avec le maître de chai du château de l’Ou. « Le contact avec la matière première, les premières vendanges, la sensation quand on pige les raisins… J’étais au paradis », retrace Haroon, considérant que cette expérience a changé sa vie.

Et après le paradis ? Il y a l’Alsace, région d’origine de sa compagne. Décidé à poursuivre ses études au-delà du Bac pro, il opte pour un BTS de viticulture-œnologie par alternance au lycée de Rouffach, et se met à la recherche d’un employeur. Au domaine Laurent Bannwarth à Obermorschwihr, il est entre de bonnes mains : l’entreprise est familiale, engagée dans la biodynamie et elle produit une gamme de vins nature, dont certains ont longuement macéré dans des jarres géorgiennes appelées qvevri. Le jeune homme, déjà sensibilisé aux méthodes de culture et de vinification alternatives et à l’élevage dans des contenants insolites, ne pouvait pas rêver mieux pour étancher sa soif de connaissances.

Viande bovine

Du label rouge d’Alsace et de Lorraine pour les magasins Cora

Élevage

Publié le 22/04/2021

C’est un nouveau pas dans la montée en gamme prévue par les États généraux de l’alimentation. La signature, le 7 avril, d’un accord de partenariat entre le groupe Bigard Charal Socopa et l’union de coopératives Cloé, à laquelle adhère Comptoir agricole élevage, augure d’un développement de la production de viande bovine label rouge en Alsace et en Lorraine. Le groupe Bigard Charal Socopa répond à la demande de l’enseigne Cora. Celle-ci souhaite approvisionner en viande sous signe de qualité les rayons boucherie traditionnelle de 28 de ses grandes surfaces. Un contrat de trois ans a été signé en ce sens portant sur « au moins 1 000 animaux à l’année », indique Franck Lucas, directeur des établissements Charal Metz. Des pourparlers sont également en cours avec d’autres grandes surfaces spécialisées.

« Pour les coopératives, c’est un vrai enjeu de répondre à cette demande », souligne le directeur de Charal Metz. Bruno Colin, président de Cloé et de Cal élevage, confirme : « depuis les États généraux de l’alimentation, les filières cherchent à monter en gamme pour ramener de la rentabilité dans les élevages. Le label rouge est un signe de qualité reconnu pour la qualité intrinsèque des produits et un cahier des charges certifié par l’Inao ». Mais s’il est très bien coté, il ne représente jamais que 3 % des volumes produits par la filière, ce qui fait que peu d’éleveurs bénéficient de la plus-value qui y est associée. La signature d’un contrat avec Cora, enseigne très bien implantée dans le Grand Est (30 magasins), devrait booster les volumes et permettre à davantage d’éleveurs bovins d’être impliqués dans la production de viande label rouge. De fait, souligne Justine Wacht, en charge des filières qualité chez Cloé, avec ce nouveau contrat, 44 nouveaux élevages ont été qualifiés, soit 21 en race charolaise, 17 en limousine et 6 en salers. Ce qui porte le nombre total d’élevages qualifiés pour le label rouge à 204, pour une prévision de 1 300 bovins qualifiés pour la campagne en cours. Soit sept fois plus d’animaux qu’il y a deux ans. Parmi les élevages qualifiés, 20 sont alsaciens. Ils seront une trentaine d’ici peu, selon Romain Gérussi, de Comptoir agricole Élevage.

Un effet boule de neige

« Quand un leader comme Cora s’engage, cela fait boule de neige », veut croire Xavier Lerond, président d’Interbev Grand Est et de Lorca Élevage. Conformément à la lettre de mission confiée par l’interprofession bovine nationale, les représentants d’Interbev Grand Est se sont fixé pour objectif de faire le tour des enseignes de grande distribution pour mettre en avant le label rouge, expliquer à quoi il correspond en termes de qualité, quelles sont les disponibilités, et fournir une PLV (publicité sur le lieu de vente) permettant d’accompagner les magasins dans la promotion de ce signe de qualité. Des discussions sont en cours avec d’autres enseignes que Cora, signale Xavier Lerond, la volonté étant de toujours associer signe de qualité et provenance de proximité.

Cette préoccupation était déjà présente au lancement de l’association Lorraine Qualité viande, il y a plus de 25 ans. Mais une étude de marché, réalisée auprès des consommateurs nancéiens il y a deux ans, a montré que la notoriété de la marque régionale, dans ses différentes déclinaisons calquées sur les anciennes régions, était largement inférieure à celle du label rouge. « En matière de qualité et de proximité, on a dégainé les premiers et on restera longtemps devant, assure le président de l’interprofession bovine régionale. À condition, ajoute-t-il, de « ne pas se louper sur les volumes et sur l’acheminement des animaux ». C’est tout l’intérêt d’une organisation coopérative. « Le planning de production doit être calé sur celui du consommateur. S’associer à plusieurs coopératives permet de fournir le volume demandé toutes les semaines, 52 semaines par an. C’est la force de Cloé », affirme Bruno Colin. Un autre atout est la capacité logistique de l’union de coopératives composée d’une flotte d’environ 15 camions de ramassage et de 3 centres d’allotement en Alsace (Brumath) et en Lorraine.

Entre 4,50 € et 5 € le kilo

Jusqu’ici, l’union de coopératives fournissait essentiellement les boucheries de détail en viande label rouge. En accédant aux rayons traditionnels des grandes surfaces, elle élargit la palette des points de vente capables de valoriser 100 % de la carcasse en label rouge. Même si le débit reste lié à la taille du magasin - certains sont capables d’écouler une carcasse par semaine, d’autres seulement une demi-carcasse - c’est bien le boucher qui, dans les grandes surfaces, valorise l’ensemble des morceaux, garantissant la rémunération du producteur. La plus-value attendue permettra de couvrir les coûts de production, selon les responsables de Cloé, qui font état d’un prix payé au producteur compris « entre 4,50 € et 5 € le kilo selon la race ». À comparer avec les 4 € le kilo payés pour les races à viande hors label rouge.

Circuits courts

Sillon : un magasin de producteurs au cœur d’une zone commerciale

Pratique

Publié le 20/04/2021

« Il fallait un projet agricole dans cette zone commerciale », dit Philippe Boehmler, l’un des cinq associés fondateurs de Sillon, le magasin de producteurs récemment ouvert au cœur de Shopping Promenade, l’extension de la zone commerciale nord de Vendenheim. Ne serait-ce que parce qu’elle a été construite sur des terres agricoles et parce qu’économiquement il aurait été dommage de ne pas prendre part au développement de l’activité dans ce secteur situé au nord de Strasbourg, estime celui qui est aussi éleveur à Forstfeld. C’est pour cette raison qu’il s’est lancé dans l’aventure avec quatre autres associés : l’entreprise d’insertion Les Jardins d’Altaïr, d’Oberhoffen-sur-Moder, Patrick Goettelmann et Tatiana Henius, de la ferme Goettelmann à Meistratzheim et Philippe Mattern, agriculteur à Olwisheim.

25 producteurs associés et un restaurant

Alors que beaucoup de magasins de vente directe sont adossés à une ferme ou implantés au cœur d’une ville, Sillon joue la carte d’une implantation en périphérie de la capitale alsacienne. Les cinq associés ont négocié leur place auprès du groupe Frey, l’aménageur de Shopping Promenade, avec la volonté de rapprocher les consommateurs de mode et de loisirs de l’alimentation paysanne. Les 300 m2 de surface de vente sont complétés par un restaurant de 40 à 50 couverts, avec cuisine ouverte, et par une grande terrasse extérieure. Simplement séparé du magasin par une verrière, le restaurant ouvrira lorsque les conditions sanitaires le permettront. En attendant, le chef et son équipe proposent déjà des galettes de pommes de terre en vente à la rue ou des menus à emporter. Quatre hectares de maraîchage bio destinés à ravitailler le magasin et le restaurant sont situés à proximité, entre l’hypermarché Cora et la jardinerie Issler.

Outre les fondateurs, Sillon rassemble 25 producteurs associés et 5 « dépôts-vendeurs ». Ce sont donc 35 fermes qui fournissent les rayons, pour une offre très large : fruits et légumes, viandes, poissons, fromages et laitages, boissons (vins, bières, eaux-de-vie) et épicerie. Cinq à six producteurs, dont un bio, fournissent le magasin, pour chaque catégorie de produits. Ce qui n’est pas - ou pas suffisamment - disponible chez l’un pouvant l’être chez l’autre, Sillon s’assure donc un maximum de souplesse et de flexibilité dans ses approvisionnements. « La plupart des producteurs viennent d’un rayon de 50 km autour du magasin », précise Philippe Boehmler. Certains pratiquaient déjà la vente directe à la ferme ou en magasin collectif, mais pour d’autres, c’est une première. C’est le cas de la coopérative Les Jardins du Ried, de Hoerdt, qui approvisionne le magasin en fruits et légumes. Lorsque Sillon aura atteint sa vitesse de croisière, Philippe Boehmler table sur 40 à 45 producteurs. Il reste donc des places à prendre.

 

Samedi, c’est jour de marché ! Retrouvez nos producteurs devant le magasin paysan #sillonalsace ! Domaine Martial...

Publiée par Sillon sur Samedi 3 avril 2021

 

Une présence à tour de rôle

Chaque producteur assure une demi-journée de présence au magasin à tour de rôle. Pas pour faire de la vente, mais pour communiquer sur les produits et pouvoir échanger directement avec la clientèle. La communication est également assurée par des interviews de producteurs diffusées sur écran, qui seront renouvelées régulièrement. Quant au travail quotidien de mise en rayon et de vente, « il est géré par une équipe de 20 personnes et nous allons monter à terme à 25 personnes », précise Philippe Boehmler. Une halle située à l’extérieur du magasin permettra d’organiser des animations, les mercredis (avec les enfants), les vendredis (dégustations, accords mets-vins) et samedis (marché).

L’aménagement du magasin, qui a nécessité un investissement de 1,50 M€ et bénéficié d’une subvention de 120 000 € au titre du Feader, a été confié à un architecte spécialisé. « Nous l’avons conçu comme un lieu de vie, agréable, où les gens vont pouvoir passer du temps. Ce sera encore plus vrai une fois que le restaurant sera ouvert. Aujourd’hui, juste faire de la vente directe, ça ne suffit plus. Il faut monter en gamme. L’enjeu est encore plus grand dans une zone comme celle-ci. C’est un bel outil. À nous de le faire tourner », avance résolument Philippe Boehmler. Il y a, estime-t-il, dans la clientèle de Shopping Promenade, un public jeune à conquérir, celui des 20-30 ans qui fréquenteront, dès qu’ils seront ouverts, le bowling, le karting, le laser ou les restaurants situés juste à côté.

 

 

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla)

Quinze ans de proximité récompensés

Cultures

Publié le 13/04/2021

En 2020, l’Ifla aurait dû fêter ses 15 ans d’existence avec un nouveau slogan « Plus près, plus frais, plus vrai » et un nouveau logo en forme de tampon. Une grande manifestation autour des fruits et légumes d’Alsace était programmée en septembre dans le Bas-Rhin mais elle a été annulée, en raison de la crise sanitaire, et ne verra le jour qu’en 2022. L’assemblée générale de l’association, le 25 mars à Schiltigheim, a permis à Pierre Lammert, son président, de revenir sur les mérites d’une consommation locale, gage de développement économique et de création d’emplois pour l’ensemble du territoire. « 2021 a été déclarée année internationale des fruits et légumes par les Nations Unies. Profitons-en pour repenser la manière dont nous produisons et nous consommons les fruits et légumes », a-t-il encouragé.

Légumineuses : « un vrai relais de croissance »

Alors que de nouveaux opérateurs frappent aux portes de l’interprofession, celle-ci poursuit ses actions de soutien à la filière des fruits et légumes d’Alsace. En 2020, elle a répondu à un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse en accompagnant un projet autour des légumineuses. Elle a analysé le marché et étudié l’organisation de la filière depuis la fourniture des semences jusqu’à la commercialisation des légumes secs. Près de 40 ha de légumineuses seront semés cette année, l’objectif étant d’atteindre une production de 80 t (lire notre édition du 26 mars dernier). « C’est une filière qui risque de se développer, à la fois en bio et en conventionnel », estime Pierre Lammert. Nécessitant peu d’intrants, elle contribuera à préserver l’environnement. Les légumineuses constituent en outre « un vrai relais de croissance » pour les fruits et légumes d’Alsace, estime Frédéric Agaud, directeur d’Auchan Illkirch, qui constate un réel intérêt des consommateurs pour les légumes secs. L’Ifla a également accompagné un certain nombre d’entreprises vers la certification HVE (haute valeur environnementale).

L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace ne pourrait fonctionner sans subventions. En 2020, celles-ci représentaient près de 43 % de son budget dont les trois-quarts apportés par la Région Grand Est, qui soutient l’interprofession depuis sa création. La Région apporte aussi son aide aux producteurs de fruits et légumes, via le contrat de filière. Patrick Bastian, président de la commission agricole de la collectivité, en a rappelé les principaux volets. Le prochain contrat est actuellement en cours de négociation. Ce nouveau contrat est une nécessité pour la filière fruits et légumes qui a besoin d’expérimentation et d’innovation, insiste le président de l’Ifla qui compte aussi solliciter la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace (CEA) pour apporter sa contribution au développement des fruits et légumes d’Alsace. Les producteurs devraient également pouvoir bénéficier des fonds européens prévus dans le cadre du Feader Relance, annonce Patrick Bastian.

 

Les légumes secs d'Alsace font leur bout de chemin ??. Vous en pensez quoi d'une filière cultivée en Alsace? ?

Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Mercredi 24 mars 2021

 

Communication : pour sortir d’un mauvais pas

Les actions de communication ont été nombreuses en 2020, même si la crise sanitaire a obligé à annuler la plupart des lancements de produits, au profit de campagnes presse, radio et sur les réseaux sociaux, a indiqué Yannick Wir. À plusieurs reprises, la mobilisation des distributeurs et des consommateurs de la région a permis aux producteurs alsaciens de sortir d’un mauvais pas. La saison des asperges, dont le démarrage a coïncidé avec le premier confinement, s’est finalement déroulée correctement, même si certaines parcelles n’ont pas pu être récoltées faute de main-d’œuvre, a confirmé Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. La récolte de chou à choucroute, freinée par le deuxième confinement, a bénéficié d’un rebond, après un appel aux consommateurs qui a permis de vider les cuves des choucroutiers et de finir la récolte. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le travail de communication qui a permis de sauver la situation. L’interprofession a par ailleurs reconduit son concours d’étalage. Il a mobilisé cette année encore de nombreux points de vente et créé une émulation profitable à toute la filière, a rappelé Sarah Guntz, en charge de son organisation.

Élevage ovin

Cultures dérobées : c’est tout bénéfice

Élevage

Publié le 05/04/2021

Titulaire d’un bac pro en agroéquipement, Joffrey Frauel s’est lancé dans la production ovine en janvier 2020. Un projet qu’il est parvenu à concrétiser en quelques mois grâce au soutien de Jean-Pierre Saulet Moes, conseiller ovin à la Chambre d’agriculture Alsace, qu’il a rencontré en septembre 2019. « Nous avons défini un projet en tenant compte des contraintes de surfaces et de bâtiment », explique Jean-Pierre Saulet Moes. Le jeune éleveur a déjà utilisé une partie des 30 ha de céréales qu’il tient de son père, double-actif, pour remettre en place des prairies à base de luzerne qui serviront à nourrir les ovins. De plus, il dispose d’un vieux poulailler inoccupé, qui peut être converti en bergerie moyennant quelques aménagements. Compte tenu des contraintes, le potentiel est estimé à 250 brebis.

À peine le projet est-il discuté qu’une opportunité se présente : celle d’acheter 100 brebis à un éleveur qui cesse son activité. Pas question de la laisser passer : Joffrey se dépêche d’aménager l’ancien poulailler pour accueillir ses premières brebis. Il ouvre le pignon afin d’améliorer l’aération du bâtiment et de faciliter la manutention lors de l’affouragement et de la sortie du fumier. Il s’équipe d’auges multiservices, de barrières, de canalisations et d’abreuvoirs. Soit 20 000 € d’investissement, allégés par une aide obtenue dans le cadre du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE). À leur arrivée en janvier 2020, Joffrey sépare ses brebis en deux lots : un premier lot est mis en lutte tout de suite, pour un agnelage en mai, l’autre sera mis en lutte à l’automne.

Des stocks consommés avant l’heure

Compte tenu de ce démarrage sur les chapeaux de roues, le jeune éleveur n’a que peu de stocks d’avance pour nourrir sa troupe. « Avec les prairies déjà implantées, je comptais profiter de la pousse de printemps mais vu la sécheresse, c’est passé ric-rac. Heureusement que j’avais déjà pu rentrer du fourrage début mars », se remémore Joffrey. Avec 100 brebis en bergerie jusqu’au 15 octobre, les stocks de l’hiver 2020/21 sont consommés avant l’heure. Il faut trouver des alternatives. Faire pâturer les brebis hors exploitation est une des solutions envisagées dès le départ. Le jeune éleveur propose à un collègue céréalier, Romain Koehren, agriculteur à Kriegsheim, de semer des espèces fourragères sur une partie de ses terres. Si le colza fourrager subit l’impact de la sécheresse, avec une production trois fois moindre qu’espérée, les 15 ha de ray-grass italien (RGI) vont lui sauver la mise. « Pouvoir laisser les brebis dehors cet hiver, ça a été un gain énorme et ça m’a soulagé d’un grand poids », reconnaît Joffrey.

Le premier lot, sorti de bergerie le 15 octobre, pâture le colza fourrager jusqu’à début décembre. Joffrey le transfère ensuite sur la parcelle de RGI, dont 7 ha ont été coupés début novembre pour faire de l’enrubanné. À l’exception d’une semaine, où le jeune éleveur a rentré ses brebis pour cause de grand froid, elles passent tout l’hiver en pâture. Le deuxième lot est sorti début février sur la surface qui a été récoltée en novembre. « Maintenant, les 50 premières brebis sont pleines et vont agneler d’ici 10 à 15 jours (N.D.L.R. : fin mars). Elles ont pu bénéficier d’une préparation à l’herbe, elles ont repris de l’état, elles sont belles », commente Jean-Pierre Saulet Moes. Quant au second lot, qui a agnelé en octobre et novembre, il se refait une santé à l’herbe et sera remis en lutte début avril.

« Un échange de bons procédés »

Joffrey, qui a depuis complété sa troupe avec deux lots d’agnelles, estime avoir eu la chance de trouver un agriculteur prêt à lui mettre des parcelles à disposition. Tout le monde n’est pas sensible à l’intérêt d’implanter une culture dérobée pour y faire pâturer des animaux. Et pourtant, les avantages sont nombreux et bénéficient aux deux parties, celui qui prête sa parcelle et celui qui implante la culture. En l’occurrence, Joffrey a fourni la semence et Romain, qui est aussi entrepreneur de travaux agricoles et réalisait déjà les travaux de grandes cultures de l’EARL Frauel, a réalisé le semis. « C’est un échange de bons procédés. Joffrey a réussi à nourrir son troupeau pendant l’hiver et en contrepartie, son collègue récupère de la matière organique, améliore son sol et il évite d’avoir un sol nu pendant l’hiver. » Sans compter l’effet sur la culture suivante : le piétinement des moutons est connu pour réduire la population de limaces. Jean-Pierre Saulet Moes y voit aussi un avantage en termes de bilan carbone : sans l’apport des cultures dérobées, le jeune éleveur aurait dû acheter de l’aliment du commerce.

L’implantation de dérobées à des fins de pâturage n’est pas possible partout. « Ici, on avait la chance d’avoir un terrain sablonneux, filtrant. C’est idéal pour les animaux, ils n’ont jamais été dans la gadoue. Aujourd’hui, la parcelle est verte comme un terrain de foot, elle n’est pas défoncée ». Autre condition de réussite : il faut que l’éleveur et le céréalier se mettent d’accord sur les espèces à implanter. « Une moutarde n’a aucun intérêt pour des moutons, ils ne la mangent pas, constate le conseiller ovin. La phacélie, c’est pareil. Idéalement, il faut une graminée, un peu de légumineuses et on peut ajouter une troisième espèce, un radis chinois, par exemple. Il faut quand même faire attention au coût, on cherche un rapport qualité-prix correct. »

Le résultat pas toujours garanti

Une fois ces précautions prises, la réussite n’est pas toujours garantie. « Une année sur trois, ça ne marche pas car les conditions d’implantation sont limites. Il faut en être conscient, on reste tributaire de la météo à l’automne, précise Jean-Pierre Saulet Moes. Derrière une céréale, il faudrait implanter dans les 10 jours qui suivent la récolte pour bénéficier de l’humidité du sol et espérer un coup d’eau pour le démarrage. »

Romain Koehren a semé le colza derrière un blé. « J’étais de toute façon obligé d’avoir des SIE (surface d’intérêt écologique) pour la Pac », dit-il. Il a implanté le RGI sur une parcelle de pommes de terre, qui avait été récoltée au 15 août. Le semis a eu lieu une quinzaine de jours après, soit tout début septembre, sur un sol ameubli par l’arrachage. « J’ai semé en direct au semoir et j’ai irrigué une bande un peu plus séchante pour que ça lève, mais pas la totalité de la parcelle », précise-t-il. Il s’agit d’une première expérience pour lui qui, jusqu’alors, implantait un engrais vert après pomme de terre et le détruisait à l’automne.

Diversification

En avant les légumes secs !

Cultures

Publié le 28/03/2021

Alors que la production de légumineuses pour l’alimentation du bétail est entrée dans les mœurs, celle de légumes secs destinés à l’alimentation humaine est encore anecdotique en Alsace. Peut-être plus pour très longtemps. Cinq agriculteurs bas-rhinois se lancent cette année dans la culture des lentilles vertes, lentilles corail, pois chiches, quinoa et haricots rouges. 38 ha vont être semés prochainement, l’objectif étant de récolter 80 tonnes de légumes secs à l’issue d’un cycle de 90 à 120 jours. Cédric Steinlé, agriculteur à Plobsheim, a eu l’idée de se lancer dans cette production l’an dernier, suite à une récolte de maïs 2019 catastrophique dans des terres non irriguées. Il a implanté 1 ha de lentilles, 1 ha de pois chiches et 1 ha de quinoa en 2020 et s’apprête à passer à 8 ha au total cette année. Il voit dans ces cultures de nombreux avantages. Les légumineuses (famille dont seul le quinoa ne fait pas partie) ne nécessitent presque pas d’intrants, en particulier pas d’engrais azotés, très peu de potasse et de phosphore, et peu voire pas de produits phytosanitaires. De plus, elles améliorent les rotations et sont peu gourmandes en eau, ce qui en fait des cultures tout à fait dans l’air du temps. Sur le plan nutritionnel, les légumineuses sont à la fois source de protéines, de fibres, de minéraux et de vitamines B et ne contiennent pas de gluten. Leur faible teneur en graisses et leur indice glycémique bas en font des alliés pour la santé.

 

Les légumes secs d'Alsace font leur bout de chemin ??. Vous en pensez quoi d'une filière cultivée en Alsace? ?

Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Mercredi 24 mars 2021

 

Olivier Hiss, agriculteur à Eschau, s’est lui aussi laissé tenter par la culture des légumes secs. Il sèmera pois chiches, lentilles et quinoa ce printemps dans l’objectif de diversifier son assolement, constitué essentiellement de maïs, blé et betteraves sur 65 ha. S’il peut compter sur le retour d’expérience de son collègue et sur les informations glanées ici et là, il est conscient que cette année sera « une année de découverte ». Il ne choisira pas des terres trop lourdes, utilisera son semoir à céréales pour semer les graines et pense se limiter à un désherbage après semis, éventuellement complété par un binage. Avec les autres agriculteurs impliqués dans cette micro-filière (trois sont en conventionnel, deux en bio), il envisage d’investir dans une faucheuse-andaineuse pour couper les tiges, avant de les faire sécher et de récolter les graines à la moissonneuse-batteuse. Il restera alors à les trier et à les ensacher pour pouvoir les commercialiser.

Un marché à prendre

Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), croit au développement de ces cultures. « Les Français consomment 1 kg de légumineuses par an, c’est deux fois moins que les Européens et quatre fois moins que la consommation mondiale », dit-il. Planète Légumes, la station de recherche du Grand Est, mène des essais depuis deux ans pour trouver les variétés adaptées au contexte pédoclimatique alsacien. L’Ifla, de son côté, a conçu des emballages mettant en avant l’origine alsacienne et mené des enquêtes en magasin pour savoir quel prix les consommateurs alsaciens étaient prêts à payer pour des lentilles ou des pois chiches produits localement. Résultat : 5 à 20 % plus cher que pour des produits importés. « Il y a un marché à prendre », affirme Pierre Lammert en rappelant qu’en France, 50 % des légumineuses destinées à la consommation humaine sont importés.

« Quand une idée germe, il faut l’accompagner », fait valoir de son côté Paul Schiellein, au nom de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). C’est précisément ce que fait la CAA, qui est aux côtés des agriculteurs pour leur permettre de s’adapter et d’évoluer vers des productions de qualité. La diversification va de pair avec la souveraineté alimentaire, ajoute l’élu. La collectivité européenne d’Alsace (CEA) est sensible à cette dimension, rappelle son président, Frédéric Bierry. Elle œuvre depuis plusieurs années à la promotion d’une alimentation saine et équilibrée dans les cantines scolaires des collèges et d’un approvisionnement en produits de qualité d’origine locale. Différentes actions sont menées dans ce sens en partenariat avec la CAA et l’Ifla. La formation des chefs des restaurants scolaires de collège, dans le cadre des dispositifs « Mangeons sain, jetons moins » et « Plaisir à la cantine », en est une illustration.

La sensibilisation aux vertus des légumineuses a trouvé un écho très favorable auprès des cantines scolaires : dans le cadre de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, qui avait lieu du 22 au 26 mars, 29 collèges alsaciens ont ainsi décidé de les mettre au menu. Ils ont passé commande de 550 kg de lentilles et 320 kg de pois chiches à la plateforme Appro Alsace. En parallèle, des volontaires en service civique de la CEA ont proposé aux collégiens des animations sur le thème des pesticides, de l’autonomie alimentaire et des légumineuses.

Interprofession des volailles de chair (Anvol)

Répercuter la hausse des prix de l'aliment

Élevage

Publié le 19/03/2021

Malgré les craintes liées à l’impact de la crise sanitaire, la consommation française de volailles est restée quasiment stable en 2020 à 1,88 million de tonnes (Mt). C’est ce qui ressort du bilan dressé le 9 mars par l’Anvol, l’interprofession des volailles de chair, présidée par le bas-rhinois Jean-Michel Schaeffer. Cette relative stabilité, qui fait suite à cinq années de hausse continue de la consommation, cache des disparités selon les circuits de vente et les espèces : les ventes en magasin ont augmenté de plus de 9 %, ce qui a permis de compenser la baisse des volumes écoulés en restauration. La consommation de volailles à domicile n’a pas profité à toutes les espèces : c’est le poulet qui sort grand gagnant, avec des ventes en hausse de 12,3 % qui lui permettent d’atteindre le « score » de 7 volailles consommées sur 10. Les petites espèces - pintades, canards, cailles et pigeons -, qui sont plutôt utilisées en restauration, ont été bien plus à la peine. Les producteurs de volailles ont adapté leurs mises en place à cette situation inédite : en 2020, elles sont restées stables pour le poulet et la dinde, mais ont reculé de respectivement 12 et 13 % pour les canards et les pintades. D’où des baisses de chiffre d’affaires comprises entre 25 et 30 %. L’interprofession, qui a fait appel aux pouvoirs publics, a réussi à décrocher une enveloppe de 3 millions d’euros (M€) dont le déblocage se fait attendre. L’argent devrait arriver au second semestre, prévoit Anne Richard, la directrice de l’Anvol, soulignant que les accouveurs, eux, ne recevront pas d’aide spécifique.

« Une nécessité absolue »

En ce début d’année 2021, un autre sujet préoccupe l’interprofession des volailles de chair : c’est l’explosion des coûts de production, liée à la hausse des cours des matières premières. L’alimentation représente 60 à 65 % du coût de revient des volailles. Or, les prix du blé, du maïs et des protéines connaissent une flambée mondiale, qui s’explique par la faiblesse du dollar, la forte demande de la Chine, le recul de la production et la spéculation qu’elle entraîne. Cette flambée a été rapide et brutale, souligne Jean-Michel Schaeffer. L’impact sur le coût de production de la viande de poulet ou de dinde est de l’ordre de 9 %. L’idéal serait de pouvoir répercuter cette augmentation sur les prix de vente finaux : mais les négociations avec la grande distribution n’ont permis d’obtenir qu’une revalorisation de 6 % sur la période janvier-mars, regrette Jean-Michel Schaeffer. L’ajustement des prix est « une nécessité absolue » pour la filière volailles qui est « l’une des seules filières animales en France où la contractualisation est aussi poussée ». Le prix de reprise des volailles étant indexé sur le coût de l’alimentation, elle perdrait entre 350 et 400 M€ si les distributeurs n’accédaient pas à cette demande. Dans le cas contraire, elle se traduirait par une hausse d’environ 40 cts sur une barquette de 300 g d’escalope de poulet et 12 à 15 cts sur une barquette de cuisses.

Autre sujet de préoccupation, l’influenza aviaire. L’épizootie a touché plusieurs zones du Sud-Ouest, en particulier des élevages de canards, mais les conséquences s’étendent à toute la filière volailles de chair, souligne Bernard Tauzia, représentant des labels avicoles français (Synalaf). En effet, la présence de foyers dans les élevages a fait perdre à la France son statut de pays indemne d’influenza aviaire, conduisant certains pays à stopper leurs achats de volailles et de génétique. C’est ce qui s’était déjà passé en 2015 avec la Chine, souligne Louis Perrault, président du syndicat national des accouveurs. Or, la réouverture des marchés peut prendre plusieurs années. 

Influenza aviaire : se protéger

Les précédentes épizooties d’influenza aviaire avaient coûté respectivement 441 M€ et 583 M€ à la filière, et les aides reçues n’avaient compensé que très partiellement les pertes. La répétition des épisodes - trois crises en cinq ans - oblige à réfléchir aux mesures à mettre en place pour éviter la diffusion de ce virus très contagieux (H5N8). Faudra-t-il mettre fin à l’élevage en plein air, qui constitue « l’ADN » des filières avicoles ? Le débat est en réflexion, essentiellement dans la filière palmipèdes. « Nous sommes entrés dans un contexte sanitaire de plus en plus instable qui déstabilise nos filières, reconnaît Jean-Michel Schaeffer. Notre volonté est de continuer à élever en plein air, mais il faut qu’on s’adapte et quand il y a des périodes à risque, qu’on ait la capacité de protéger nos animaux en les abritant. »

En 2020, les importations de poulets en France ont reculé, tout en restant à « un niveau très conséquent » : 41 % de la consommation de poulet, contre 44 % en 2019, chiffre Paul Lopez, président de la fédération des industries avicoles. Qu’adviendra-t-il si l’accord commercial signé en 2019 par l’Union européenne et les pays du Mercosur entre en application ? Il prévoit une augmentation de 180 000 tonnes des importations dans l’UE, soit 6 millions de poulets par semaine, provenant essentiellement du Brésil. Une ratification de cet accord et une mise en application auraient des conséquences très dommageables pour la filière avicole française, estime l’Anvol. « Aujourd’hui, un filet de poulet sur quatre consommés dans l’UE provient de pays tiers et il s’agirait encore d’augmenter les volumes » avec des produits qui ne respectent pas les mêmes exigences. Au contraire, l’organisation a pour ambition de reconquérir une partie du marché français, en particulier dans la restauration hors domicile (RHD). Elle milite d’ailleurs pour un développement de la mention d’origine dans tous les secteurs de la restauration pour les produits crus et transformés. Le logo « volaille française » doit être partout, martèle Paul Lopez. Le décret qui devrait rendre obligatoire la mention d’origine en RHD est attendu pour ce printemps, précise Anne Richard, directrice d’Anvol.

Maintenir les élevages familiaux

Cette volonté de reconquérir le marché français tout en répondant aux attentes sociétales, qui constitue « un vrai défi », est clairement affichée dans le plan Ambition Anvol 2025. La filière avicole s’y est fixé six grands objectifs : il s’agit d’abord de couvrir tous les segments de marché, du poulet standard aux produits sous signe de qualité, de permettre à 50 % des volailles d’accéder à la lumière naturelle et d’amener 100 % des élevages à s’engager dans l’amélioration des pratiques grâce au déploiement de deux applications. Ce plan prévoit également un engagement croissant dans une alimentation sûre et durable, la réduction des antibiotiques de 60 % en 15 ans et le maintien des élevages familiaux tels qu’ils existent en France, soit des unités de trois à quatre bâtiments de 16 000 poulets en label, de 50 000 poulets en élevage standard. Sur certains des objectifs, le plan a déjà porté ses fruits puisque la baisse du recours aux antibiotiques pour soigner les volailles est déjà effective cinq ans avant l'échéance, selon l’Anvol, leur utilisation comme facteur de croissance étant interdite par la réglementation.

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