Paroles de manifestants
« Cette réforme ne va pas dans le bon sens »
Paroles de manifestants
Vie professionnelle
Publié le 05/05/2021
Thomas Wirsum, 29 ans, est en cours d’installation à Nordheim sur un élevage de 360 chèvres laitières. Dans la Pac actuelle, une exploitation comme la sienne, de 25 ha de superficie (50 % de prairies permanentes, 45 % de prairies temporaires) reçoit des aides. « Sur les prairies, ça ne représente pas grand-chose. Et sur les chèvres, elles sont limitées à 400 têtes. N’y sont éligibles que les chèvres qui ont mis bas au moins une fois », explique Thomas. Pourtant, le futur installé ne voit pas comment il pourrait s’en passer. « Il faut que toutes les aides soient maintenues », dit-il. Il s’inquiète également du renchérissement du maïs grain qu’il utilise dans sa ration, si la réforme de la Pac devait s’appliquer en l’état, et du renforcement des critères pour pouvoir toucher les aides directes.
Depuis Mutzig, Jonathan a rejoint ses collègues JA du canton de Molsheim pour participer au cortège. Entrepreneur de travaux agricoles et viticoles, il est venu « par solidarité » avant tout, écœuré par les attaques dont lui et ses copains agriculteurs sont l’objet lorsqu’ils pulvérisent ou épandent dans les champs. Le projet actuel de réforme de la Pac, « cela fera moins de boulot et cela aura des répercussions sur tout le monde agricole et viticole », juge-t-il.
« Avec la rotation, on serait pénalisé »
Pierre Guidat, 19 ans, de Ménil-de-Senones dans les Vosges. Fils d’un éleveur laitier de montagne (45 VL en agriculture biologique depuis 2008), il fait partie de la délégation vosgienne qui compte une cinquantaine de tracteurs. « Ce qui pose problème, c’est que les ICHN (indemnités compensatoires de handicap naturel) ne seraient plus réservées aux zones de montagne, explique-t-il. Si on doit les partager, ça fera mal. » L’impossibilité de rénover les prairies permanentes est un autre motif d’inquiétude pour le jeune vosgien, encore étudiant en BTS à Château-Salins. « La sécheresse et les sangliers font d’énormes dégâts. Depuis l’automne dernier, nous avons dû ressemer 25 ha. Avec cette réforme, nous ne pourrions plus le faire. »
David Mangin, éleveur laitier et allaitant en Gaec à Varmonzey dans la plaine des Vosges. « Cette réforme nous fait peur car elle rend impossible une même culture d’une année sur l’autre. Nous semons du maïs dans des terres sableuses 5 à 6 années de suite parce que dans les terres plus lourdes, ça va moins bien. Avec la rotation, on serait pénalisé, il faudrait y consacrer plus de surfaces pour une récolte équivalente », explique l’agriculteur, qui cultive 40 ha de maïs ensilage et 70 ha de céréales sur une SAU de 300 ha. « Cette réforme ne va pas dans le bon sens. On n’a pas besoin de ça en ce moment. Déjà qu’on a du mal à avoir des prix rémunérateurs. »
Alain Michel, céréalier à La Wantzenau, fait pousser du maïs, du colza et du blé sur 180 ha. « Avec la réforme de la Pac, on va encore perdre des sous, il faudra faire davantage de rotations avec des cultures qui rapportent que dalle alors qu’en face, on a des charges fixes. Heureusement que j’ai installé du photovoltaïque dès 2009… » L’agriculteur comprend d’autant moins l’obligation de rotation à la parcelle qu’avec le maïs, il a la sensation de « traiter beaucoup moins » qu’avec d’autres cultures. « Je traite une seule fois, avec un herbicide, et je n’utilise pas d’insecticide et zéro glyphosate ». Il est surtout inquiet pour ses deux fils de 16 ans : « ils ont la volonté de s’installer, mais quand je vois comment on est considéré aujourd’hui… Quand on sort le pulvé ou l’épandeur, on est traité comme des terroristes. Moi, ça me détruit moralement. »
Christian Wollenschlaeger, céréalier en troisième année de conversion bio à Seltz, pratique déjà la rotation annuelle des cultures sur ses 110 ha, où il sème du maïs, du blé, du triticale/pois, du soja, de l’avoine, de l’orge de brasserie et du tournesol. Même s’il n’est pas concerné par cet aspect de la réforme, il est venu soutenir ses collègues car il ne trouve « pas normal de demander aux agriculteurs de faire des rotations tous les ans alors qu’ils ont investi dans du matériel d’irrigation ». Il considère que « ce sont les éleveurs qui pâtiraient le plus de cette réforme car aujourd’hui, ils implantent le maïs autour de leur ferme pour éviter de traverser les villages, mais avec cette réforme, ce ne sera plus possible et cela fera des charges supplémentaires ».
? AU PARLEMENT EUROPEEN, les tracteurs sont toujours plus nombreux alors que l'heure du rassemblement a sonné ! ?...
Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021
? A VOS PANCARTES ? Le message est-il passé avec cette journée d'action ? #MANIF #PAC #PAC2023 #1000TRACTEURS #GRANDEST #sauvetonpaysan #ambitionpacjuste
Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021
Travailler plus pour gagner moins
Baptiste, 20 ans, de Bainville-sur-Madon en Meurthe-et-Moselle. Il n’est pas fils de paysan, mais il prépare un BTS Acse à Pixérécourt et dans ce cadre-là, il est apprenti dans une ferme laitière (130 VL, 2 robots, 350 ha dont 210 ha de cultures). S’il est venu manifester, c’est « pour ne pas que ce métier devienne impossible », explique Baptiste, qui aimerait bien s’installer. « Supprimer 80 €/ha d’aides, sur un peu plus de 200 ha, c’est énorme. On va nous imposer un pourcentage d’herbe. Mais chez nous, tous les agriculteurs cherchent de la paille. S’il faut encore réduire la part des cultures, il va falloir la faire venir de la Beauce. Déjà qu’on nous accuse de polluer… »
Antoine Clavel, polyculteur-éleveur allaitant à Limey sur un Gaec à trois associés (250 ha, 130 mères charolaises), président des Jeunes agriculteurs de Meurthe-et-Moselle. « Les aides Pac sont importantes pour nous car aujourd’hui, ce sont elles qui nous permettent de dégager un revenu. Cette réforme a pour ambition de verdir la Pac et d’amener une réelle transition écologique. Nous, nous sommes les premiers à vouloir une transition écologique, mais il faut des moyens financiers et humains pour nous accompagner. Or aujourd’hui, on se dirige vers une Pac sanction. C’est pour ça que nous sommes ici : pour dire qu’on ne peut pas changer de pratiques du jour au lendemain, qu’il nous faut du temps et des moyens pour le faire, pas des sanctions. »
« Un coup de sec et on prend un carton »
Jean-Guillaume Hannequin, polyculteur-éleveur près de Verdun et président de la FDSEA de la Meuse, est « là pour dénoncer les écoschémas tels qu’ils sont déclinés actuellement, qui ne prennent pas en compte les zones intermédiaires » où les possibilités d’emblavement sont limitées. En Meuse, expose Jean-Guillaume Hannequin, blé, colza, orge d’hiver et de printemps constituent la base des assolements. Les agriculteurs ont bien essayé le lin protéagineux, le soja, le tournesol, mais la réussite est aléatoire. « Un coup de sec et on prend un carton ». Imposer la diversité des assolements et en faire une condition pour obtenir les aides à l’ha met donc les agriculteurs face à un dilemme impossible. Les engraisseurs qui travaillent en ration sèche, comme c’est souvent le cas en Meuse, seraient également pénalisés par le projet actuel, fait remarquer le président de la FDSEA 55 en dénonçant « un modèle technocratique » inadapté à la polyculture-élevage des zones intermédiaires.
Olivier Sengler, agri-viticulteur à Scherwiller : « Si on n’avait pas les aides Pac, l’alimentation serait plus chère, les gens ne le savent pas », regrette-t-il. Coopérateur chez Wolfberger, il est passé en HVE 3 (haute valeur environnementale) et s’il fait « d’énormes efforts par rapport aux phytos », il estime ne pas pouvoir s’en passer totalement. Les orientations contenues dans cette réforme l’inquiètent. Ce n’est pas tant son avenir qui est en jeu que celui de ses trois enfants : « ils veulent tous reprendre mais je me demande vers quoi je les engage, c’est une grosse angoisse pour moi. »












