Auteur

Florence Péry

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Frédérique Zeidler, accompagnatrice en montagne

« La marche n’apporte que des bienfaits »

Pratique

Publié le 25/07/2021

Elle a grandi près de Strasbourg, mais c’est dans le massif des Vosges que Frédérique Zeidler s’est établi : « Je suis à un quart d’heure des pistes de ski de Gérardmer. De chez moi, je peux partir en raquette, en VTT ou à pied, selon la saison. On peut tout faire dans les Vosges. » Accompagnatrice en montagne, elle parcourt le massif depuis plus de dix ans avec des adultes de tous âges et de toute condition physique, des enfants, des groupes. Pendant quelques heures ou quelques jours, elle les emmène marcher. À la découverte des paysages vosgiens, de la faune et de la flore, ou pour le plaisir de s’aérer, tout simplement. « Il n’y a pas de contre-indication à la marche, s’amuse Frédérique. Au contraire, elle n’apporte que des bienfaits. Et à moins d’être privé de ses jambes, tout le monde peut marcher. »

Après sept années passées à travailler pour des organisations agricoles, dont le Groupement de défense sanitaire des Vosges, la jeune ingénieure agricole décide de prendre un autre chemin : elle pratique déjà la randonnée et possède un brevet d’accompagnatrice en montagne, préparé sur son temps libre dans l’idée d’en faire un jour une activité à temps partiel. Une rupture conventionnelle et les quelques mois de flottement qui suivent l’amènent à tenter l’aventure à temps plein.

Pour des publics divers

Au départ, Frédérique intervient en renfort de collègues accompagnateurs en montagne pour encadrer des scolaires ou des groupes, aussi bien dans les Vosges que dans d’autres massifs montagneux, voire à l’étranger. Mais elle décide bien vite de développer sa propre clientèle. « J’ai créé mon site internet. Je me suis laissé deux à trois ans et c’est comme ça que j’ai fait mon petit bonhomme de chemin. » Elle se rapproche des offices de tourisme et des propriétaires de gîtes vosgiens, ce qui lui permet, progressivement, de recentrer son activité sur son massif d’adoption.

« Actuellement, je travaille beaucoup à la journée ou à la demi-journée, mais d’une année sur l’autre, les demandes changent. Je peux accompagner des familles avec de jeunes enfants comme des personnes très âgées qui ont du mal à marcher et qui souhaitent juste faire une sortie d’une heure ou deux. » Frédérique accompagne également des classes dans leurs sorties de fin d’année, des centres de vacances, des comités d’entreprises, voire - hors période Covid - des participants à des séminaires, les Vosges offrant toutes les commodités pour ce type de rencontres.

Sorties chamois et bains de forêt

Cette diversité des publics lui permet d’exercer son activité toute l’année : à pied en été, en raquettes en hiver. « Le fil conducteur, c’est la randonnée. Ensuite, je développe des thématiques différentes selon les personnes que j’accompagne. Pour les scolaires, je propose des sorties sur le cycle de l’eau, sur les tourbières… Pour les vacanciers, je prévois des choses un peu plus ludiques, comme des chasses au trésor, des sorties chamois, sur les cascades ou sur les plantes aromatiques et médicinales. » Frédérique propose aussi des « bains de forêt », sortes de déambulations sous les cimes assorties d’ateliers permettant d’exercer ses cinq sens. Elle s’est formée spécialement à cette activité ce qui lui vaut d’être labellisée « Forêt l’effet Vosges », un label du Conseil départemental des Vosges.

Sa parfaite connaissance du territoire, versant vosgien et alsacien, est appréciée : elle la peaufine lors de multiples repérages et sorties effectués tout au long de l’année. Mais pour satisfaire la curiosité de son public, il lui faut pouvoir parler aussi bien du patrimoine local que de la gastronomie ou de la route des Crêtes pendant la Grande guerre. Autant de sujets qui nécessitent « beaucoup d’apprentissage personnel. »

« Certains de mes collègues font des randonnées plus sportives, des trails. Moi, je suis assez polyvalente. Quand j’accompagne un groupe (pas plus de 15 personnes en général), je m’adapte au plus faible. » En hiver, quand les pancartes du Club vosgien disparaissent sous la neige ou que les itinéraires sont noyés dans le brouillard, elle veille particulièrement à la sécurité des personnes qu’elle accompagne. Encore plus s’il s’agit d’une sortie nocturne. « C’est une vraie valeur ajoutée que nous apportons, nous, les accompagnateurs en montagne. En hiver, la vigilance est de mise. Il faut avoir deux cerveaux pour rester concentré à la fois sur l’itinéraire et sur les clients », dit celle qui ne sort jamais sans un équipement minimum composé d’une carte, d’une boussole, d’un altimètre et de plus en plus d’un GPS. Car en montagne, les aléas météo peuvent obliger à tout moment à changer d’itinéraire.

Rendre la montagne accessible à tous

L’accompagnatrice a à cœur de rendre la montagne accessible à tous. Y compris aux personnes handicapées moteur, qu’elle emmène en sortie en joëlette, fauteuil spécialement conçu pour la randonnée, ou en snoëlette, l’équivalent monté sur des skis. Ces sorties nécessitent un repérage préalable et la présence d’au minimum deux personnes par fauteuil, voire trois pour tracter, équilibrer et freiner l’attelage. Frédérique dispose aussi d’une pulka, petit traîneau permettant de tracter des enfants, valides ou handicapés, lors des sorties hivernales. Elle participe régulièrement à l’encadrement de séjours organisés par l’association Handi Cap Évasion : comme en juin, où elle a pris part, pendant une semaine, à une traversée de la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors avec quatre joëlettes. Loin des Vosges mais toujours avec la même philosophie : que le groupe prenne du plaisir.

Serge Fleischer, nouveau président du Civa

« Nous devrons mener des réformes courageuses »

Vigne

Publié le 15/07/2021

Après cinq ans passés à la tête du Civa, Didier Pettermann a cédé son fauteuil de président à Serge Fleischer, vendredi 9 juillet. Directeur de la maison de négoce Arthur Metz à Marlenheim, il accède à cette fonction avec la volonté d’être « un président rassembleur » mais aussi « novateur et réformiste », plutôt que réformateur. Et avec l’ambition de faire progresser l’image des vins d’Alsace en les imposant comme « de grands vins aux yeux du monde entier. » Alors que « des sujets brûlants et nombreux » se posent au vignoble alsacien, il compte n’en éluder aucun. « Il n’y aura aucun tabou, aucune barrière professionnelle », promet Serge Fleischer en rappelant son engagement de longue date au service du collectif (il a passé plus de 20 ans au conseil de direction du Civa). Les vins d’Alsace sont « un trésor commun qui doit rassembler, pas opposer », affirme encore le nouveau président en listant les principaux chantiers auxquels l’interprofession des vins d’Alsace va devoir s’atteler. Le premier est de faire aboutir l’audit de filière Alsace 2030 et de mettre en œuvre ses conclusions pour permettre au vignoble d’affronter la deuxième moitié du XXIe siècle. « Nous devrons mener des réformes courageuses », prédit d’ores et déjà Serge Fleischer. Le second sera la construction de la cité des vins d’Alsace, qui contribuera « à positionner les alsaces dans la cour des grands ». Le troisième consistera à rassembler en un pôle unique basé à Colmar, les organismes de recherche et développement viticole du Grand Est. Pour mener à bien l’ensemble de ces chantiers, sans se disperser, il est primordial d’avoir « le soutien des collègues et amis de l’Ava », fait valoir le nouveau président du Civa.

Alsace 2030 : appel à l’investissement collectif

Dans l’immédiat, il appartiendra à Serge Fleischer et à l’équipe rassemblée autour de Gilles Neusch, directeur du Civa, de déployer le plan stratégique 2021-2024, approuvé lors de cette assemblée générale. L’un de ses principaux axes est de sortir au plus vite le vignoble de la crise conjoncturelle dans laquelle il est plongé. Le Civa s’appuiera pour cela sur des indicateurs économiques précis, qu’il se chargera de collecter et de mettre à disposition des entreprises. Il s’agit d’ « affiner la connaissance des marchés, de mieux connaître les attentes des consommateurs, de cibler tous les circuits de distribution et de reconquérir le consommateur alsacien. Un produit unique pour le monde entier serait une erreur », affirme Serge Fleischer.

Le plan stratégique vise aussi à lever les problématiques structurelles autour de la qualité, de la lisibilité de l’offre, de la gouvernance et du pilotage économique de la filière et de l’innovation. Sur ces différents chapitres, le Civa s’efforcera de mettre en œuvre les conclusions d’Alsace 2030. Serge Fleischer en appelle à l’investissement collectif sur ce projet, qu’il souhaite alimenter par les réflexions des différentes familles professionnelles et des syndicats. Un retour est attendu pour début septembre, afin d’en fixer le contenu et les prochaines échéances. L’accompagnement des entreprises va se poursuivre : le plan stratégique 2021-2024 prévoit de développer le conseil dans des domaines tels que la gestion, la prospection, le marketing, afin de permettre aux entreprises d’être plus performantes sur les marchés. Il s’agira aussi de mieux communiquer et de façon plus dynamique vis-à-vis des adhérents, afin de les impliquer davantage dans les projets collectifs.

Générer plus de valeur

Le Civa ambitionne de générer davantage de valeur économique au sein de la filière : c’est le quatrième axe de son plan stratégique. Il passera notamment par des mesures de régulation de la mise en marché et la création d’un observatoire micro et macroéconomique. L’interprofession continuera à soutenir la recherche et à développer des partenariats avec les acteurs de la recherche et de la formation et s’attachera à mieux organiser la filière. Dans cet esprit, le plan stratégique du Civa prévoit de renforcer l’engagement professionnel des élus et de continuer à améliorer sa propre gouvernance en confiant des missions aux administrateurs stagiaires, dont le nombre sera doublé.

Stratégie

« Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… »

Vigne

Publié le 29/06/2021

Arthur Bohn s’installe sur le domaine familial en 2017 avec deux objectifs : arrêter le vrac et convertir l’exploitation à l’agriculture biologique. Le jeune vigneron, qui fêtera ses 30 ans, en juillet, s’y est initié en se formant par alternance dans une exploitation d’Eichhoffen. Il a découvert la biodynamie dans un domaine néo-zélandais où il a passé plusieurs mois après un bac pro viticulture-œnologie et chez Chapoutier, maison qui l’employait comme tractoriste jusqu’en 2016 sur les coteaux du Schieferberg. Son père Bernard, avec qui Arthur est associé, produit alors 25 000 bouteilles par an, vendues à 90 % à des particuliers. Le reste part sous forme de raisins ou de vrac. S’il continue à vendre du raisin le temps de la conversion, le jeune vigneron est résolu à commercialiser la totalité de la production en bouteilles. Objectif atteint puisque le domaine Bohn vend désormais 45 000 à 50 000 bouteilles par an, un seuil qu’Arthur considère comme « viable ».

Tout en continuant à développer la vente au caveau sur rendez-vous, le vigneron prospecte de nouveaux marchés, comme les cavistes et les restaurateurs français. Il renforce également ses efforts à l’export, portant la part des vins exportés de 5 à 40 % en seulement trois ans. « La présence à des salons professionnels nous a beaucoup aidés mais c’est aussi le résultat d’une accumulation de petites choses : la philosophie de travail à la vigne et en cave, le marketing, l’habillage des bouteilles, une charte graphique qui tient la route… » Surtout, Arthur n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller prospecter. « Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… », dit-il, mentionnant les 40 000 km parcourus chaque année pour écouler ses vins et les cinq tours de France effectués - c’était avant le Covid-19. Convaincu que la présence et la persévérance paient, il livre lui-même beaucoup de ses clients. Une façon d’entretenir le relationnel. « Il faut discuter avec les cavistes, aller manger dans les restaurants avec qui on travaille, rencontrer les importateurs… »

En dehors d’1,5 ha situé en bas de coteaux entre Itterswiller et Epfig, les 9 ha en production sont constitués de coteaux sur des terroirs de grès (Sohlenberg), gréso-volcaniques (Bungertal), ou de schistes (Schieferberg). À la vigne, Arthur et son père pratiquent la sélection massale pour conserver la diversité du matériel végétal provenant des vignes les plus anciennes, celles qui ont plus de 50 ans. « Toutes les parcelles de moins de 10 ans sont replantées en sélection massale issue de pépinière privée », explique le jeune vigneron qui, pour les quatre principaux cépages, sélectionne des pieds de vigueur moyenne, avec des raisins plutôt lâches mais pas tous identiques. « C’est la mixité qui crée de la complexité dans les vins. » Cette diversité se retrouve dans les porte-greffes : en général deux ou trois par parcelle, choisis en fonction de la vigueur du sol et pour résister à la sécheresse.

Arthur et Bernard désherbent le cavaillon en trois passages d’outils à disque émotteur ou à doigts et passent une lame intercep en été. Les vignes sont enherbées naturellement. L’herbe n’est fauchée qu’avant les vendanges : simplement roulée au rolofaca une fois montée en graine. Ainsi, elle joue pleinement son rôle de protection du sol en divisant la température par trois lors des fortes chaleurs. Sa priorité étant de produire des vins de terroir, aptes à la garde, Arthur se satisfait de cet entretien a minima, qui économise du temps et du gasoil tout en maintenant le rendement autour de 50 hl/ha en moyenne. Il cherche à réduire l’usage du soufre et du cuivre au maximum en utilisant des plantes pour aider la vigne à se défendre : saule, ortie, prêle, valériane, pissenlit, sauge et romarin sont pulvérisés à différents stades de la végétation sous forme de tisanes, de décoctions ou de purins. Cette année, il a associé du saule broyé à une décoction de prêle pour favoriser la circulation de la sève au printemps. Il utilisera de la sauge et de l’ortie, dont il connaît le pouvoir antifongique contre l’oïdium et le mildiou, en complément du soufre et du cuivre. Le jeune vigneron s’astreint à arrêter les traitements le plus tôt possible dans la saison pour limiter les résidus sur la vendange.

Sans intrants ni filtration

En cave, Arthur et Bernard travaillent exclusivement avec des levures indigènes et vinifient « au moins 80 % de la récolte sans intrants ni filtration ». « On se laisse tout de même la possibilité de sulfiter légèrement si besoin, précise Arthur qui, dans ce cas, ne dépasse pas les 1 à 2 g/hl. En pratiquant des élevages longs (jusqu’à deux ans, dans l’inox ou le bois), en soutirant au bon moment et en favorisant la décantation par le froid pour les vins qui doivent être mis en bouteilles plus rapidement, ils obtiennent des vins clairs sans filtrer. Cette pratique demande toutefois « un suivi intransigeant : on goûte tous les jours et au moindre doute, on envoie à l’analyse. »

Pour les blancs, Arthur et son père réalisent un pressurage direct de 6 à 8 h. Les jus sont débourbés légèrement après un passage au froid systématique. Les vins de macération - rouges et oranges - sont élaborés à partir de raisins entiers (2/3) et de raisins égrappés (1/3). Un léger piégeage est réalisé les trois premiers jours, suivi d’un remontage quotidien qui n’excède pas 5 % du volume pendant 20 à 35 jours selon les millésimes et les cuvées. La troisième méthode utilisée est plus expérimentale : elle consiste à ajouter à des raisins entiers fraîchement cueillis, du moût issu de raisins pressurés la veille et maintenus en macération avec de la glace carbonique. « Ensuite, on ferme la cuve et on laisse pendant une dizaine de jours sans rien faire à part surveiller et goûter. »

Syndicat ovin du Bas-Rhin

Une transition, en attendant la relève

Élevage

Publié le 14/06/2021

Devenu président par intérim suite à la démission de Stéphane Huchot, Hervé Wendling a profité de l’assemblée générale du syndicat des éleveurs ovins du Bas-Rhin, vendredi 4 juin à Schiltigheim, pour présenter l’équipe de jeunes éleveurs qui devrait prendre les rênes du syndicat à compter de 2022. S’il a accepté d’assurer la transition le temps d’une année, c’est bien parce qu’il existe des jeunes motivés prêts à s’engager pour défendre la profession : Virginie Ebner, Louis Frischinger, Pierre et Yvan Stoffel et Florian Huchot ont déjà intégré le conseil (nous y reviendrons dans une prochaine édition). « Cette nouvelle équipe se partagera les tâches et les dossiers », annonce Hervé Wendling, qui fait part du projet de création d’un syndicat ovin régional pour défendre la filière à l’échelle de l’Alsace. Un projet bien accueilli par les participants à cette assemblée générale.

Dans son rapport d’activité, Simon Maier revient sur l’année 2020 marquée par le confinement et les restrictions liées à la pandémie de Covid-19. Sur le plan de la météo, l’année passée a une nouvelle fois été marquée par la sécheresse, ce qui a impacté la récolte des fourrages. Les éleveurs ont pu heureusement, bénéficier d’aides à l’achat de fourrage et au sursemis accordées par le Conseil départemental du Bas-Rhin. « Nous espérons connaître une année 2021 plus satisfaisante. » Les cours de l’agneau, qui étaient bien orientés en début d’année 2020, ont dévissé sous l’effet du premier confinement qui a coïncidé avec les fêtes de Pâques. Les abattages se sont maintenus grâce à un effort de promotion mais « la catastrophe a été évitée au détriment des prix », constate Simon Maier. Ceux-ci se sont redressés depuis pour atteindre 7,25 €/kg de carcasse fin 2020. Ils se situent actuellement à 7,60 €/kg de carcasse. Le syndicat ovin a profité de la Foire européenne, seule manifestation d’envergure maintenue en 2020, pour faire la promotion de la filière et du métier d’éleveur, ce qui a été très apprécié.

Des atouts et un paradoxe

En attendant que la nouvelle équipe se mette en place, Hervé Wendling énonce quelques-unes des priorités du syndicat : la reconduction de la charte filière ovine, qui associe quatre partenaires (Safer, Chambre d’agriculture, Crédit Mutuel, Agneau terroir d’Alsace) au syndicat ovin, en est une. « Cette charte est très importante pour les jeunes qui veulent s’installer », puisqu’elle leur permet de bénéficier d’un certain nombre de facilités, et de se concentrer sur la production. Trois éleveurs ont pu s’installer grâce à cette charte. Hervé Wendling souhaiterait également pouvoir placer du mouton au lycée agricole d’Obernai « On n’installera pas de jeunes hors cadre familial si on ne montre pas cette production au lycée », affirme-t-il. Car le paradoxe est là : la production ovine a beau avoir de nombreux atouts, elle peine à attirer les candidats. « On a toutes les cartes en main, énonce pourtant Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). Le prix de l’agneau bat des records, on n’en a jamais vendu autant. Le consommateur local l’apprécie, la charte de relance nous donne des possibilités, les éleveurs peuvent bénéficier d’une aide à la génétique, des subventions du plan bâtiments… Il est difficilement compréhensible qu’on n’arrive pas à faire plus de mouton. »

La CAA, qui apporte un appui aux éleveurs par la mise à disposition d’un conseiller à temps plein, est prête à réfléchir au développement de la filière, annonce Laurent Clarys, chef du service élevage. Jean-Luc Beil, responsable du marché agricole au Crédit Mutuel, et Michel Freyss, son homologue au Crédit Agricole Alsace-Vosges, confirment pour leur part qu’ils continueront à accompagner les éleveurs dans leurs projets. Quant à Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, il se félicite de la présence d’une équipe de jeunes motivés dans les rangs du syndicat.

La laine comme isolant

Jean-Philippe Ferry, de la coopérative haut-marnaise Cobevim, dont l’activité appro auprès des éleveurs ovins s’est bien développée depuis quelques années, fait part d’une difficulté à s’approvisionner en matières premières, qui va entraîner un renchérissement des coûts du matériel d’élevage. Le prix de l’aliment est également en forte hausse depuis avril, sous l’effet des restrictions dans les échanges liées à la pandémie. Dans ce contexte, il recommande d’attendre la nouvelle récolte plutôt que de « se précipiter pour signer des contrats ». Il évoque également le problème de la laine, que les éleveurs ne parviennent plus à écouler faute d’acheteurs. Utiliser la laine comme isolant est une possibilité, actuellement en cours de développement en Lorraine, mais les besoins sont réduits : 300 kg de laine suffiraient pour isoler une maison. Peu de chose au regard des stocks accumulés dans les élevages depuis deux ans.

Centre Alsace

Giessen : la colère déborde

Vie professionnelle

Publié le 04/06/2021

Sous l’effet des pluies du mois de mai, le Giessen a débordé à plusieurs reprises, provoquant l’inondation d’une centaine d’hectares de prairies et de cultures en centre Alsace et la colère des agriculteurs concernés. Confrontés aux représentants de l’État, de la communauté de communes de Sélestat et du SDEA (syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace-Moselle), jeudi 27 mai, ceux-ci n’ont pas mâché leurs mots. « Aujourd’hui, tout le monde s’occupe de la gestion des cours d’eau mais personne ne fait rien », déplore Gérard Lorber, président cantonal de la FDSEA, en évoquant les prairies inondées devenues inutilisables. « Ce sont des hectares de fourrage foutus, qu’on ne pourra même pas mettre dans le méthaniseur », dénonce-t-il. Le Giessen a débordé suite à des précipitations de 20 mm tombées dans le Val de Villé. S’il tombe 60 mm, que va-t-il se passer ? s’interroge le responsable syndical. En 1988, a-t-il rappelé, une digue et un déversoir ont été construits pour protéger Ebersheim des crues du Giessen. « Cela a plutôt bien fonctionné pendant un bon bout de temps, mais les cours d’eau, c’est comme les voitures, s’il n’y a pas d’entretien… » Dans ce dossier, le responsable syndical renvoie dos à dos la communauté de communes et le SDEA qui, faute d’entretien suffisant, ont laissé s’accumuler le gravier et les branchages dans le lit du Giessen, provoquant des inondations régulières.

 

 

« Il y a urgence »

Pour Gérard Lorber, la situation est « délicate et grave ». « Lors des réunions sur la passe à poissons, on a expliqué que le Giessen allait déborder à la moindre petite flotte. Mais vous ne comprenez pas le message, s’est énervé un agriculteur, au bord de l’exaspération. Ce qu’on demande, c’est juste un peu d’entretien, un peu de logique ! » « Cela fait des années qu’on le dit et il ne se passe rien », s’indigne un autre. « On fait l’entretien qu’on est en mesure de faire et qu’on a le droit de faire, mais on est bloqué par la législation », se défend Charles Andrea, vice-président de la communauté de communes de Sélestat en charge des cours d’eau, également vice-président du SDEA, reconnaissant l’existence d’un problème récurrent. Le discours ne convainc pas. « Quels travaux ? Même les arbres ne sont pas sortis », réagit l’un des participants, rappelant une précédente réunion organisée dix ans plus tôt au même endroit avec le préfet de l’époque. « Rien n’a été fait. Aujourd’hui, il y a urgence, il n’y a pas besoin d’étude, on voit le problème ! »

« La législation ne nous permet pas de faire l’entretien comme vous le souhaiteriez et comme nous le souhaiterions techniquement, assure de son côté Franck Hufschmitt, directeur de la gestion des bassins-versants au SDEA, rappelant que l’entretien des cours d’eau relève de la responsabilité des propriétaires riverains, selon le Code rural. La logique suivie est celle de l’ « équilibre sédimentaire des cours d’eau ». En vertu de quoi, une partie du déversoir d’Ebersheim a été curée en 2019, mais les sédiments n’ont pas été sortis du lit de la rivière. Ils ont simplement été poussés vers l’aval en raison d’une suspicion de pollution. La présence de plomb ou de mercure, qui sont historiquement présents dans le secteur d’Ebersheim, pose la question de leur destination : s’ils en contiennent trop, ils ne peuvent être réutilisés mais doivent être mis en décharge, ce qui induit un coût autrement plus important. Seule une analyse permet de trancher cette question.

Trouver l’équilibre

À court terme et en signe de « bonne volonté », le SDEA réalisera un nouveau curage avec évacuation des sédiments de 200 m2 sur 100 m de long, ce qui nécessitera une simple déclaration au titre de la loi sur l’eau, annonce Franck Hufschmitt. Au-delà, c’est une autorisation qui est requise, ce qui suppose une enquête publique et des délais nettement plus longs. « À moyen terme, il s’agira de finaliser la réflexion sur la gestion des sédiments dans le Giessen » dans le cadre du Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux). « On va se remettre autour de la table pour voir qu’est-ce qu’on fait des sédiments et quel débit on accepte dans le Giessen. Puis on mettra en place un plan de gestion et on prendra en charge les dégâts. » Le représentant du SDEA veut croire que cette discussion permettra de trouver un équilibre « entre ce qu’on nous demande en termes de qualité écologique des cours d’eau et la situation économique des exploitations ».

Le 27 mai, le dossier de déclaration préalable au lancement des travaux les plus urgents n’était pas encore déposé. « Nous avons préféré nous concerter avec la profession agricole pour nous mettre d’accord sur l’endroit où les travaux seraient les plus utiles », justifie Franck Hufschmitt. Chargé d’instruire le dossier pour le compte du préfet, Christophe Kimmel, chef du pôle Eau et milieux aquatiques à la DDT, précise qu’une fois le dossier déposé, les choses peuvent aller très vite. Gérard Lorber enfonce le clou : « Entre le 1er et le 10 juin, il doit y avoir une machine pour sortir le gravier du Giessen. » Et si les analyses ne sont pas bonnes ? Le curage sera réalisé malgré tout, confirme le représentant de la communauté de communes. Quant au gravier, s’il ne peut pas être réutilisé, il pourra toujours être ramené devant la sous-préfecture de Sélestat, a conclu Jean-Martin Kientz, ancien maire d’Ebersheim.

Stratégie

« Mon but, c’est d’aller vers la réduction des intrants »

Cultures

Publié le 03/06/2021

« J’ai commencé les légumes en 1989. Jusqu’en 1994, je cultivais de l’oignon, de l’échalote, du chou-fleur et de l’ail pour la coopérative Dujour, une filiale du Comptoir agricole. Quand elle a arrêté son activité en 1994, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé voir les GMS. » Christian Ehrhart, 54 ans, a parcouru du chemin depuis : il cultive actuellement 22 ha d’oignons et 24 ha de carottes sur une SAU de 170 ha. Le reste de l’assolement se compose de maïs, blé, blé dur et épeautre. Les surfaces consacrées aux légumes ont régulièrement augmenté mais aujourd’hui, il atteint un plafond. « Il y a une cinquantaine d’hectares où on ne met jamais de légumes car le sol ne le permet pas : soit les parcelles sont inondables, soit elles sont trop petites pour être irriguées », pose l’agriculteur. Sur le reste de la sole, il ne sème oignons et carottes que tous les cinq ans, voire plus, ce qui l’oblige à faire des échanges de parcelles avec des producteurs de pommes de terre ou de chou à choucroute du village ou des alentours. « Avec le changement climatique et les fortes chaleurs, si on revient trop souvent, il y a un risque de développement des champignons, ce qui engendre du tri et des pertes. » C’est une grosse contrainte, reconnaît Christian Ehrhart, qui ne voit pas comment y déroger, sauf à réduire les surfaces dédiées aux légumes, ce qu’il n’envisage pas.

L’alternance des cultures a l’avantage de rompre naturellement le cycle des ravageurs : l’oignon, par exemple, agit comme un insecticide sur la mouche de la carotte. En le choisissant comme précédent et en s’aidant de pièges pour repérer le nombre de mouches présentes dans ses parcelles, Christian Ehrhart réussit le plus souvent à se passer d’insecticide contre ce ravageur. Membre du groupe Dephy légumes d’Alsace, l’agriculteur se fixe pour objectif de traiter le moins possible. « Mon but n’est pas de passer en bio car il faudrait davantage de personnel alors que j’ai déjà du mal à en trouver, mais c’est d’aller vers la réduction des intrants. » Dans cette optique, il a investi l’an dernier dans une bineuse avec caméra pour désherber les cultures mécaniquement. Coût de l’opération : 40 000 €. Il espère que les efforts consentis vont lui permettre de décrocher la certification HVE 3 (haute valeur environnementale) demandée par ses clients. La demande est en cours.

« Dès que ça lève, je ressème »

Christian sème ses 14 variétés d’oignons en trois fois : les variétés de jours courts - environ 3 ha - sont semées fin août-début septembre, elles passent l’hiver aux champs et sont les premières à être récoltées, vers le 15-20 juin. « Elles sont vendues dans la foulée. » Les autres variétés, de précocités différentes, sont semées en février et en mars. Les plus tardives, arrachées en septembre, sont stockées en frigo et vendues jusqu’en mai. En oignon, le problème numéro 1 est la fusariose, qui se développe sous l’effet des fortes chaleurs estivales. Sans moyen de lutte chimique, l’agriculteur niedernois utilise des variétés résistantes et recourt à des champignons antagonistes. L’allongement des rotations (jusqu’à 7/8 ans) fait également partie de l’arsenal de lutte. Pour le mildiou, autre ennemi de l’oignon, il a essayé l’an dernier des variétés résistantes, pour tenir l’objectif du « zéro résidu ».

En carottes, où il a augmenté ses surfaces d’une dizaine d’hectares depuis deux ans, les semis s’échelonnent du mois de février à fin mai-début juin. « Je sème en dix fois. Dès que ça lève, je ressème. » Les derniers semis sont les plus délicats : une trop forte chaleur nuit à la levée. À l’automne, pour assurer une bonne conservation des carottes, une température de récolte assez basse et un sol un peu humide sont nécessaires, mais s’il pleut trop, s’il gèle ou s’il neige, « on n’arrive pas à récolter. C’est notre hantise ». Les primeurs sont récoltées au jour le jour en fonction des commandes. « On récolte, on lave, on conditionne et on expédie aux grandes surfaces. C’est de l’ultra-frais », souligne Christian, qui reçoit les commandes entre 8 h et 13 h et livre dans l’après-midi, pour que les produits soient en rayon dès le lendemain.

À partir de fin octobre-début novembre, 50 % de la récolte est stockée en chambre froide humide entre 0 et 1 °C, ce qui permet d’approvisionner les centrales d’achat et les grossistes tout au long de l’hiver. « Contrairement aux producteurs des Landes ou de la Manche, qui ont des terres sableuses, nous avons des terres limoneuses, qui sont naturellement riches et ne demandent pas d’apport d’engrais à tout bout de champ, précise Christian Ehrhart. Avec un travail du sol approprié, on obtient une très belle carotte. La preuve, on n’en a jamais assez… »

Tracteurs et machines agricoles

Alsatra Agri concessionnaire Deutz-Fahr

Pratique

Publié le 02/06/2021

Jusqu’à l’an dernier, l’entreprise Alsatra comptait deux spécialités : le transport, ainsi que les machines et travaux agricoles. L’entreprise, située à Gottesheim dans le Bas-Rhin, s’est développée de manière simultanée dans ces deux branches ces dernières années, passant de deux salariés en 2016 à une quinzaine aujourd’hui. En 2020, la branche agricole devient Alsatra Agri. Celle-ci réalise des travaux agricoles tels que la moisson, le pressage, l’enrubannage avec deux presses-enrubanneuses et le pressage de balles carrées. En parallèle, l’entreprise vend du matériel agricole. Depuis un mois, elle est devenue concessionnaire de la marque Deutz-Fahr, annonce son responsable, Frédéric Amann, à la tête d’une équipe de sept salariés, dont un vendeur à temps plein. « Nous sommes deux concessionnaires Deutz-Fahr dans le Bas-Rhin : les établissements Burckbuchler desservent l’arrondissement de Wissembourg et nous nous occupons du reste du département. »

 

 

Une équipe disponible 7 jours/7

Passer de simple agent à concessionnaire permet à Alsatra Agri d’acheter le matériel directement chez le constructeur, sans intermédiaire, et de pouvoir faire remonter les remarques des utilisateurs auprès de la marque. Principale qualité d’un concessionnaire : la disponibilité. « Vendre, c’est vite fait, mais il faut être là quand il y a une panne ou que le client rencontre un souci », souligne Frédéric Amann. Chez Alsatra Agri, l’équipe est disponible 7 jours/7. Elle intervient directement chez les agriculteurs grâce à sa camionnette-atelier entièrement équipée. Quatre mécaniciens effectuent les réparations et les mises à jour permettant d’optimiser l’utilisation du matériel. « Et on en cherche encore, précise le responsable de l’entreprise. C’est une denrée rare. »

En tant que concessionnaire Deutz-Fahr, Alsatra Agri vend principalement des tracteurs et des presses à balles rondes. « La gamme de tracteurs Deutz-Fahr est très étendue, elle va de 50 à 350 ch, avec des modèles pour le maraîchage, l’élevage et les grandes cultures. Il y a même une petite gamme pour les communes, détaille Frédéric Amann. Ceux-ci sont fabriqués dans l’usine bavaroise de Lauingen, à 230 km de chez nous, ce qui représente un atout en termes de délais de livraison même si, actuellement, toutes les marques sont confrontées à des retards. » Le constructeur allemand est en train de renouveler sa gamme et des nouveautés sont prévues à la fin de l’année. Alsatra Agri, qui reprend le fichier client de Techniques agricoles (Hohengoeft), assurera l’entretien et les réparations du parc de tracteurs existant, qui est assez conséquent, notamment dans le Kochersberg. « Cela prouve que les utilisateurs étaient satisfaits de la marque », note le responsable de l’entreprise, qui est assisté, pour la vente, de Charles Weber.

 

 

Des ateliers de réflexion jusqu’à cet automne

Préparer la forêt de 2100

Cultures

Publié le 18/05/2021

« La forêt a toujours été un écosystème singulier, un territoire lié à plusieurs enjeux environnementaux. Pour autant, les bouleversements climatiques et les épisodes extrêmes changent la donne et demandent une réflexion plus générale, une réflexion commune », a expliqué Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est en présentant les Assises des forêts et du bois du Grand Est, le 27 avril par visioconférence. Ces assises se dérouleront en novembre prochain. Les stratégies et les orientations qui en découleront « modèleront le visage des forêts du Grand Est dans 50 ou 100 ans », prédit le président de Fibois Grand Est.

Des ateliers seront organisés en amont pour récolter « toutes les contributions, les retours d’expériences, les avis, les controverses » autour de la question : « Quelle forêt voulons-nous en 2100 ? ». Citoyens, usagers ou travailleurs de la forêt, entrepreneurs, collectifs de tous horizons sont invités à se réunir par groupes de 9 à 25 personnes sous l’égide d’un médiateur. Leurs contributions seront ensuite rassemblées et synthétisées pour être présentées lors des assises, résume Mathieu Klein, président de l’association Des hommes et des arbres, chargée de l’ingénierie de ces rencontres. L’objectif est de permettre à une pluralité de regards de s’exprimer.

« Nous nous trouvons à une période charnière avec des attentes sociétales et des urgences sanitaires et climatiques qui placent les forestiers face à des risques jamais expérimentés, des injonctions contradictoires. Ces problèmes d’une complexité inégalée nécessitent des apprentissages avec essais, erreurs et améliorations, ainsi que des choix politiques à arbitrer », justifie Thierry France-Lanord. Pour « faire émerger une forêt partagée », les participants devront « réfléchir au modèle de forêt qu’ils défendent, s’interroger sur les impacts de leurs choix sur les différentes fonctions ou rôles de la forêt, sur les éventuelles compensations ou rééquilibrages nécessaires, sur la manière de rendre leur projet « attractif » ou bénéfique pour tous les acteurs. »

Replantation : quelle stratégie ?

Jean Rottner, président de la Région, et Josiane Chevalier, préfète du Grand Est, s’accordent sur la nécessité de cette réflexion, au moment où « la forêt va mal » et où « la filière a besoin d’un avenir sur la durée », selon le président de la Région Grand Est. Les aspects économiques, techniques, environnementaux, « tout doit être mis sur la table pour pouvoir dégager des priorités », souligne Jean Rottner. L’État, pour sa part, a déjà adopté « une feuille de route pour adapter la forêt au changement climatique, faire une forêt plus résiliente et maintenir les services qu’elle rend », relève Josiane Chevalier en mentionnant les 200 millions d’euros (M€) consacré au volet forestier du plan de relance et l’objectif des 50 millions d’arbres plantés.

Ces réponses sont-elles adaptées à la situation que traverse la forêt du Grand Est aujourd’hui ? Pour Jean Poirot, représentant l’association France Nature Environnement, ce n’est pas tant la forêt qui est malade qu’« un certain type de sylviculture ». Il s’inquiète d’une replantation basée sur le recours aux essences non-autochtones et aux plantations monospécifiques sur des surfaces de plusieurs hectares. S’agissant du changement climatique, « la forêt est capable de s’adapter toute seule si on lui en laisse le temps », estime Jean Poirot, qui préconise de laisser « au minimum 10 % des surfaces forestières en libre évolution ». Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF (Office national des forêts), constate pour sa part que le dépérissement touche toutes les essences, même si l’épicéa est le plus impacté. Le plan de relance ne représente jamais que 0,7 % de la surface forestière du Grand Est, ajoute-t-il. « On ne va pas reconstituer une nouvelle forêt, ce ne serait pas très réaliste, nous n’en avons d’ailleurs pas les moyens. La plus grande partie de la reconstitution va se faire par régénération naturelle », indique Jean-Pierre Renaud, partisan de la diversité des essences et d’un équilibre entre grande faune et écosystème forestier. À l’image de ce qu’ont fait un certain nombre de landers allemands, dont le Bade-Wurtemberg.

 

? Les Assises des Forêts et du Bois, ou cap sur la forêt du Grand Est de 2100 #FranceRelance Josiane Chevalier, préfète...

Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Mardi 27 avril 2021

 

Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH)

« Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie »

Cultures

Publié le 16/05/2021

L’assemblée générale de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH) a eu lieu, lundi 12 avril, par visioconférence. Après un hommage à Étienne Lux, président d’honneur disparu depuis la précédente assemblée générale, Bernard Ingwiller, président de l’AGPH, a dressé le bilan de l’année 2020. Celle-ci a été marquée par un renforcement des surfaces en production au niveau national et l’arrivée de nouveaux groupements de producteurs, qui sont venus consolider les rangs de l’association. Les rendements ont été légèrement inférieurs à la moyenne et les teneurs en alpha ont été variables selon les régions. « Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie », a souligné Bernard Ingwiller, précisant que tous les houblons n’avaient pas été enlevés mais que les prix étaient « globalement stabilisés ». La pandémie a également eu des incidences sur l’organisation des travaux, puisque la main-d’œuvre saisonnière étrangère n’a pas pu circuler librement en 2020 et qu’il a fallu faire appel à la solidarité locale pour trouver des saisonniers aux périodes de pointe. Le président de l’AGPH a remercié tous les partenaires de la filière, en particulier les brasseurs, qui ont contribué à résoudre ce problème.

La filière houblonnière est aujourd’hui confrontée à plusieurs défis. La protection phytosanitaire du houblon en est un. Le nombre de molécules homologuées pour cette culture est restreint, ce qui oblige à coopérer au plan international pour trouver des solutions communes. La recherche variétale, l’adaptation au changement climatique, la modernisation des équipements de cueillette et de séchage sont d’autres défis à relever. Bernard Ingwiller insiste pour que la modernisation aille de pair avec l’aspect économique, « afin de donner une vision d’avenir » aux planteurs de houblon. L’évolution des structures d’exploitation, quant à elle, mérite d’être étudiée de plus près afin de détecter quelles exploitations sont en manque de relève.

Secrétaire général de l’AGPH, Antoine Wuchner a donné les principaux chiffres de la production française. 540 ha étaient en production en 2020, dont 470 ha situés en Alsace, 35 ha dans le Nord, le reste des surfaces étant disséminé dans le reste du territoire. La production s’est élevée à 800 t. Antoine Wuchner constate un engouement fort pour la production locale et une augmentation des surfaces en bio, y compris dans les régions historiques. L’offre reste toutefois inférieure à la demande. L’épidémie de Covid-19 a entraîné un recul de 8 à 9 % du marché de la bière. Les brasseries ont plus ou moins souffert de la situation selon leur mode de commercialisation. La fermeture des cafés, hôtels-restaurants a particulièrement pénalisé certaines d’entre elles. Les microbrasseries ont souffert aussi, même si celles qui vendent en GMS ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

Énormément de porteurs de projet

Le marché du houblon est mondial, a rappelé Antoine Wuchner. La France ne représente même pas 1 % de ce marché. 122 000 t de houblon ont été récoltées en 2020 dans le monde, un chiffre en baisse de presque 6 %. Les prix aussi étaient en baisse par rapport à ceux de 2019, mais la plupart des houblons ont été contractés. Au niveau mondial, la recommandation est à la baisse des surfaces dans certaines variétés. « Les houblonniers alsaciens ont su reconvertir un certain nombre de variétés pour être plus efficaces sur les marchés », se réjouit le secrétaire général de l’AGPH. Toutefois, il faut rester prudent car tout dépendra de la reprise. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, estime pour sa part que la crise sanitaire aura inévitablement un impact sur les stocks, et donc sur les prix, en particulier pour les gros contrats. Il attire l’attention sur la nécessité d’accompagner les exploitations qui se convertissent à l’agriculture biologique.

Du rapport d’activité des régions, on retiendra une grande variabilité dans les quantités produites et les prix payés aux producteurs selon les débouchés. Yvon Pruvost, au nom de la Coophounord, insiste sur la tendance au « consommer local » et sur l’augmentation des surfaces en bio, qui vont atteindre 10 % des surfaces dans le Nord. Dans d’autres groupements, la plupart des producteurs qui se lancent dans la culture du houblon le font en bio. C’est le cas chez Hopen et chez Houblons de France, où « un bon tiers des adhérents sont paysans-brasseurs ». En Normandie, où les surfaces sont encore confidentielles, il existe « énormément de porteurs de projets », selon Benoît Lamy, dont là aussi beaucoup de paysans-brasseurs potentiels.

Bernadette Laugel a rendu compte des activités techniques, en particulier des travaux menés pour la maîtrise des bioagresseurs. Matthieu Luthier a rappelé les grands axes du projet Houblon France 2022, visant à doter l’AGPH de deux têtes, une technique et une syndicale. Un projet de filière a été rédigé, une interprofession du houblon - a été créée et trois commissions ont été mises en place pour réfléchir à différentes thématiques telles que la compétitivité, la communication ou l’animation de la filière houblon.

Rencontre avec les représentants de l’AGPM

« Le maïs, on y tient »

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

« L’Alsace a déjà été très pénalisée lors de la dernière réforme de la Pac », a expliqué Marc Moser, membre du bureau de l’AGPM et président du Comptoir agricole, à Daniel Peyraube et Franck Laborde, respectivement président et secrétaire général de l’association, lors d’une rencontre précédant la manifestation agricole du 30 avril à Strasbourg. Qu’il s’agisse du maïs destiné à l’industrie, à l’alimentation humaine ou du maïs semence, en Alsace, cette culture est le fait d’exploitations de petite taille ou de taille moyenne. « Sans le maïs, on aurait 30 % d’exploitations en moins dans la région », souligne Marc Moser. C’est dire si la réforme de la Pac en cours de négociation représente un enjeu majeur, tant pour l’équilibre des exploitations, qui auraient beaucoup à perdre d’une rotation forcée à la parcelle, que pour celui de la filière dans son ensemble. L’élevage, très présent dans le Grand Est, subirait également cette réforme, puisque le maïs est utilisé comme fourrage pour nourrir les animaux, rappelle Marc Moser.

Jean-Michel Habig, président de la CAC, Richard Baltzinger, trésorier, et Fabien Metz, membre du conseil d’administration de l’AGPM, enfoncent le clou : « Le maïs est une source de valeur ajoutée, c’est une richesse pour l’Alsace. On y tient ! », affirme Jean-Michel Habig avec force, rappelant que la filière maïs alsacienne représente de nombreux emplois et qu’elle serait durement impactée par les mesures de rotation envisagées. Celles-ci représentent une menace pour la souveraineté alimentaire de la France, assure-t-il. Dans le Bas-Rhin, près de 20 000 ha de maïs pourraient disparaître, s’inquiète Fabien Metz, ce qui aurait « des conséquences énormes sur les exploitations ». Le bas-rhinois insiste sur la nécessité de trouver, au niveau national, « une solution pour maintenir la succession des cultures de maïs ». Mais il est bien conscient que « tant qu’on n’avance pas au niveau européen, il est difficile de se positionner au niveau français. »

« Droit dans le mur »

Fraîchement élu vice-président de la Fop (Fédération des producteurs d’oléagineux et protéagineux), Benjamin Lammert vole aussi au secours du maïs. L’impact de la BCAE 8 (qui conditionne les aides à la mise en œuvre de la rotation annuelle à la parcelle) serait « de 12 000 € pour une ferme de 100 ha, soit 1 000 €/mois à cause de cette réforme en dépit du bon sens ». Il se dit contre l’obligation de rotation à la parcelle car c’est « un non-sens économique ». Insérer de nouvelles cultures dans les rotations n’a d’intérêt que si ces cultures offrent des débouchés et des débouchés rémunérateurs, « sinon on va droit dans le mur », estime Benjamin Lammert. De plus, dans un contexte où le foncier est rare, comme en Alsace, faire des cultures moins productives revient à gaspiller des terres, dit-il.

Sur la réforme de la Pac, l’AGPM a réalisé « un travail de fond solide » qui commence à porter ses fruits, indique Daniel Peyraube. Pour le président de l’AGPM, la priorité est à la négociation à l’échelon européen. Dans le cadre de la BCAE 8, l’AGPM cherche à « faire revenir le mulch », qui avait été écarté lors de la dernière réforme de la Pac. Il s’agirait de prendre en compte cette technique, qui consiste en un broyage fin des cannes de maïs et un enfouissement superficiel avant un labour d’hiver. Le semis sous couvert est une autre hypothèse de travail.

En France, où se décide le Plan stratégique national, l’heure est à la définition des éco-schémas et du niveau d’exigence environnementale nécessaire pour y accéder. Pour l’heure, trois voies d’accès sont envisagées, rappelle Franck Laborde : la diversité des assolements, la biodiversité avec un certain pourcentage de SIE (surfaces d’intérêt écologique) non productives et la certification. « Les deux premières voies vont emmener la plus grande partie des exploitations au niveau national », prévoit Franck Laborde. Sur la troisième voie, les associations spécialisées travaillent à « une certification complémentaire dont la base pourrait être le HVE 2 (haute valeur environnementale) amélioré et la certification maïs. »

 

? EN COULISSE aussi les revendications se font entendre ! Au Le Crédit_Agricole, le président et le secrétaire général...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

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