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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Antenne de la Chambre d'agriculture d’Alsace à Haguenau

Une fusion pour plus de proximité

Vie professionnelle

Publié le 27/04/2017

Une vraie pendaison de crémaillère, avec discours, tour du propriétaire et apéritif. Lundi 24 avril, une soixantaine de personnes ont participé à l’inauguration des nouveaux locaux de l’antenne de la Chambre d'agriculture en Alsace du Nord. Installée au Centre d’animation, d’information et relais économique (Caire), pôle de développement économique de la ville de Haguenau, cette Adar remaniée se veut plus proche des agriculteurs et des institutions.

Un bouleversement nécessaire

Ce déménagement est la partie émergée de l’iceberg. Certes, les nouveaux bureaux répondent à une remise aux normes d’accueil du public (les anciens locaux de la ferme Stangen n’étant plus adaptés). Mais ils signent aussi et surtout la fusion entre l’Adar du Nord et celle des Deux Pays. Selon Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, c’est un « véritable bouleversement… » dans l’intérêt des agriculteurs ! Pour lui, les productions locales sont si variées qu'« il faut des équipes pluridisciplinaires plus importantes. »

Un besoin auquel seul un regroupement des annexes pouvait répondre. Ainsi, la succursale de Haguenau a vu ses effectifs augmenter et se diversifier. « Désormais nous avons deux économistes, quatre techniciens sur le végétal, l’eau et l’agriculture, un expert forêt et un administrateur en charge des relations avec les collectivités », énumère Christian Schott, président de l’antenne.

Respecter les spécificités locales

Alors, qu’advient-il de l’Adar des Deux Pays ? Elle est en partie absorbée par celle du Nord. Exit le siège de Bouxwiller, ses agents étant rapatriés à Haguenau. Mais hors de question d’oublier les particularismes locaux ! La permanence de Drulingen est maintenue et des actions ponctuelles seront toujours organisées en Alsace Bossue. Simplification oui, mais sans laisser de côté les exploitants de la défunte antenne.

Coller aux nouvelles administrations

Cette réorganisation ne relève cependant pas seulement de la politique interne. En témoigne la présence de deux députés et de nombreux élus locaux, ce lundi midi. La nouvelle antenne coïncide en bien des points avec la toute jeune communauté d’agglomération de Haguenau (CAH). Toutes deux sont entrées en fonction au 1er janvier. Et elles siègent dans la même ville.

Une convergence assumée par la Chambre d'agriculture d’Alsace. « On constate que les collectivités montent en compétence, explique Jean-Pierre Bastian. L’idée c’est de rester au plus près des décideurs locaux. » Institutions et administrations locales voient en effet leur champ d’action s’élargir à la faveur de la réforme territoriale de 2015. Le quatrième pôle urbain d’Alsace va ainsi chapeauter de nouveaux dossiers cruciaux pour le monde agricole.

Gestion des sols, urbanisme et développement économique en sont des exemples. Et à n’en pas douter, d’autres compétences viendront s’ajouter, à la faveur de futures réformes du fameux millefeuille administratif. Côté élus, on applaudit la réorganisation des deux Adar. Le député Frédéric Reiss a même félicité « les responsables agricoles qui ont bien compris les bénéfices de travailler main dans la main avec l’administration. »

Mais pour Jean-Paul Bastian, le plus important reste à faire. Après les longues négociations et débats internes au sujet de cette fusion, « il ne faut pas louper le départ. » Sans oublier que le credo ici, c’est toujours plus de proximité !

Démonstration de charrue à disques

Niess élargit sa gamme

Technique

Publié le 20/04/2017

Les deux Espagnols présents jeudi 30 mars se sont sentis à la maison sous le soleil d’Obernai. Mais loin de faire du tourisme, les représentants du constructeur espagnol Agromet étaient venus présenter leur charrue à disques pour le compte de Niess. Un élargissement de gamme qui répond à une évolution des usages dans les vignobles.

L’Okuflex GL8-1R est une nouveauté en Alsace. Luis Millas, agent commercial pour la France, explique que les disques permettent un travail de la terre plus doux. « Avec cet outil, on ne laboure pas, on creuse entre 12 et 6 cm de profondeur », précise-t-il.

Répondre à la tendance du bio

Qui dit moins profond, dit moins de ruissellement. Donc « on perd peu de matière organique quand il pleut ». Résultat, l’engrais n’est plus si indispensable, et les viticulteurs peuvent diminuer les doses. « Ça répond tout à fait à l’augmentation de la consommation en bio », insiste le vendeur.

Il va même plus loin. « On peut enlever quatre des huit disques et faire un passage superficiel pour aérer la terre. » Côté caractéristiques, la charrue pèse 500 kg, et offre une largeur de travail allant de 0,90 à 1,30 mètre, l’idéal dans les rangs étroits. Le réglage hydraulique permet de l’adapter rapidement à des vignes de dimensions différentes.

L’Okuflex a un autre avantage, elle est rapide. « On travaille à 8 km/h, deux fois plus vite qu’avec un engin classique, donc on consomme moins de carburant ! », vante le commercial. Niveau transport sur route, pas de problème puisque le châssis mesure 83 cm de largeur en position fermée.

Une demande en augmentation

Luis Millas avoue avoir essuyé de grandes réticences de la part des agriculteurs français et espagnols. « Au début, on nous prenait pour des fous car nous ne voulions pas creuser à 50 cm ! Mais les mentalités ont bien changé ces dernières années. »

Selon Olivier Meintzer et Gérard Jacquat, les responsables de Niess, cette acquisition était devenue indispensable. « On a une vraie demande pour ce type d’engins, mais jusqu’à présent nous ne le proposions pas », explique le premier. Et son collègue d’ajouter : « Notre fournisseur actuel n’a pas cet outil, du coup nous sommes allés le chercher en Espagne ».

Des deux côtés de la frontière, on confirme que cette collaboration est le fruit de longues discussions. « Ce n’est pas le genre de chose qui se fait du jour au lendemain, note Olivier Meintzer. On discute avec Agromet depuis deux ans déjà. » Il faut dire que la tendance vers ce type de machine est assez récente en Alsace. Mais à voir l’intérêt porté par la quinzaine de vignerons présents ce jour-là, nul doute qu’elle ne peut que s’accentuer.

Verger expérimental d’Alsace

La station diversifie son activité

Cultures

Publié le 15/04/2017

L’année 2016 a été marquée par une grande diversité dans les actions du Verger expérimental d’Alsace (Verexal). La station expérimentale avait donné rendez-vous aux adhérents dans ses locaux d’Obernai, mercredi 29 mars. L’assemblée générale a permis de relever les faits marquants des douze derniers mois.

Plus de coopération européenne

Le verger s’est internationalisé via un partenariat avec l’Allemagne et la Suisse. En association avec les régions frontalières de ces deux pays, le Verexal essaie de trouver des solutions pour venir à bout de la drosophile et de la sharka. Suivi des contaminations, piégeage, insecticides, produits alternatifs et méthodes de détection, tous les aspects de la lutte sont abordés conjointement.

« C’est un projet très motivant, surtout avec les collègues allemands et suisses qui sont plutôt calés dans ce domaine », explique Hervé Bentz, le responsable de station. En Alsace, les parcelles de Westhoffen et de Sigolsheim ont intégré le projet. Cette initiative intervient dans le cadre du programme européen Interreg, qui vise à renforcer la coopération entre les régions d’Europe.

Un magasin qui prend de l’ampleur

« L’essence de Verexal c’est la recherche », insiste son président, Pierre Barth. Mais vu les résultats de son magasin, dont les chiffres sont en constante augmentation, il était impossible de ne pas en parler. Installé au rez-de-chaussée du bâtiment, il propose légumes et fruits de saison, ainsi que des produits transformés. Tout ce qui n’est pas produit au verger provient de producteurs bios et de circuits courts.

Environ 470 clients y font leurs courses chaque semaine. Le panier moyen atteint les 12 €, soit 3 € de plus que l’année dernière. Surtout, « les clients identifient clairement le magasin comme un point de vente de produits locaux », selon l’étude économique menée par Hervé Bentz.

Autrement dit, le magasin affirme sa notoriété, alors même qu’il est excentré, dans la zone industrielle nord d’Obernai. Une réussite d’autant plus grande que les dirigeants du verger expérimental n’ont pas fait de la communication sur le sujet une priorité. « La progression s’est faite par le bouche-à-oreille », détaillent les participants à l’étude.

Incertitudes et projets

Malgré ces bonnes nouvelles, l’équipe de la station navigue à vue. La refonte de la Région Alsace dans le Grand Est laisse planer le doute quant aux dotations réelles pour 2017. Le maire d’Obernai, Bernard Fischer, a néanmoins assuré les membres de l’association de son soutien.

En dépit de ces incertitudes, l’organisation souhaite aller de l’avant. Ainsi, l’extension du bâtiment de stockage, attendue depuis des années, est prévue pour 2017. Cette fois-ci c’est la bonne !

Maraîchers réunis de Sélestat

Une coopérative qui grandit

Cultures

Publié le 08/04/2017

Nouvelles têtes, ouverture d’un magasin, territoire plus grand, 2016 n’a pas été de tout repos pour les Maraîchers réunis de Sélestat (MRS). Leur réunion plénière, mardi 21 mars à Ebersheim, a pris la forme d’une petite rétrospective d’une année riche en nouveautés. Normal au vu des bons résultats de la coopérative.

« Vu le printemps qu’on a eu, on s’en sort bien », confiait une employée de la coopérative au début de la séance. Et c’est bien cela que les comptables ont tenu à mettre en avant. Malgré une diminution de la production, la coopérative maintient la tête hors de l’eau. « La gestion impeccable de votre structure vous a permis de surmonter cette campagne difficile, et d’envisager l’avenir sereinement », a même conclu le commissaire aux comptes. Un bilan plutôt positif qui permet de lancer de nouveaux projets. Car la coopérative voit grand.

Cœur Paysan, ouvert fin 2016, a forcément monopolisé une bonne partie de l’attention. Le magasin de producteurs, approvisionné entre autres par les MRS, a fait l’objet d’un point d’étape. S’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, les objectifs financiers sont globalement respectés. Mais pour Denis Digel, président du groupement de producteurs, le plus important est ailleurs. « Cette enseigne réunit 35 agriculteurs, 8 employés et des centaines de clients autour de valeurs communes ». Pensés durant le printemps 2016, les travaux n’ont commencé qu’en octobre, pour une ouverture deux mois plus tard. Un tour de force, tant au niveau humain que matériel. Pour le responsable, c’est bien la preuve qu’un réel engouement est né autour du projet.

Un territoire plus grand et de nouveaux visages

Signe d’une structure qui s’agrandit, les participants ont décidé d’étendre leur circonscription territoriale. Dès cette année, l’organisation s’étendra sur l’ensemble de l’Alsace, à l’exception des extrêmes Nord et Sud. Cela ouvrira la voie à de nouvelles adhésions des quatre coins de la région. Une opération d’autant plus pertinente qu’un nouveau projet de circuits courts est dans les cartons. En effet, les agriculteurs se sont impliqués dans la restructuration de la zone commerciale de Vendenheim, au nord de Strasbourg. Un bâtiment comprenant un commerce de producteurs et un restaurant alimenté par ces derniers verra le jour en 2019. Si les maraîchers réunis ne sont pas les meneurs de cette entreprise, ils y participeront.

La coopérative a aussi enregistré deux nouvelles arrivées en 2016. Claudia, en premier lieu, a rejoint l’équipe administrative. « Nos clients (grossistes, centrales d’achats, NDLR) nous délèguent de plus en plus de tâches administratives, explique son patron. Il fallait renforcer notre pôle administratif pour être plus réactifs. » Côté membres, le jeune Marc Hamm est monté à bord. Une excellente nouvelle pour la coopérative, qui cherche, comme beaucoup d’autres organisations agricoles, à assurer sa pérennité. Une année 2017 prometteuse donc, à condition que la météo soit au rendez-vous.

Planète Légumes

Structurer la filière au sein de la nouvelle région

Cultures

Publié le 05/03/2017

20 ans que Planète Légumes expérimente de nouvelles techniques et conseille ses quelque 500 adhérents. L’assemblée générale qui s’est tenue mardi 21 février à Schiltigheim a permis de dresser un bilan des actions de l’an passé et de se projeter dans l’avenir. 2016 a été marquée par une vaste réorganisation des entités régionales, liée à la naissance de la région Grand Est. Loin de voir ces changements d’une manière négative et peu constructive, l’organisation a repoussé les frontières de l’Alsace et est « désormais associée à la Chambre régionale d’agriculture », a annoncé son président, Pierre Lammert.

Ce rapprochement intervient au même moment que la création d’Univers fruits et légumes du Grand Est. Cette entité nouvelle vise à regrouper l’ensemble des exploitants de la région afin de fédérer les actions et renforcer le poids de la représentation ainsi que du lobbying auprès des pouvoirs publics. Disposant de conseillers sur l’ensemble du territoire, en Lorraine et en Champagne, Planète Légumes occupe l’espace et est déterminée à exister au sein de cette grande région. Pour Fabien Digel, directeur, « c’était un rendez-vous à ne pas manquer et je crois que nous avons répondu présents ».

« Nous ne sommes pas suffisamment structurés pour postuler à certaines subventions et mobiliser des fonds de l’Union européenne. Plus de synergie nous apporterait plus de poids et donc plus d’attention de la part des instances dirigeantes au niveau de l’Europe », explique le président. Le contrat de filière signé en 2016 renforce aussi des objectifs tels que l’accompagnement du développement agricole, l’aide à l’installation de nouveaux producteurs, le développement du bio ou encore la volonté d’asseoir la filière au niveau national et continental.

Des assises et des jeunes pousses

Début février, plus de 120 participants se sont réunis à Strasbourg pour les premières assises de la filière. Les activités se sont articulées autour d’ateliers thématiques qui avaient pour but de définir un plan d’action commun à tout le secteur des fruits et légumes pour la politique régionale. Les thèmes de compétitivité, proximité et qualité étaient au centre des débats. « Ce fut aussi une belle occasion de se retrouver et réunir des professionnels qui ne se connaissent pas toujours alors qu’ils ont beaucoup en commun », se réjouit Pierre Lammert.

L’année 2016 marque aussi la naissance des Jeunes Pousses, un groupe de jeunes producteurs affilié à Planète Légumes. « Cela leur permet de s’entraider, partager leurs expériences ; c’est un groupe qui vit vraiment bien », expose Lilian Boullard, un des deux techniciens référents qui guident le groupe dans ses démarches et activités.

Deux figures de l’organisation ont décidé de passer la main après de nombreuses années de bons et loyaux services. Jacky Baur, représentant de la filière chou à choucroute dans le conseil d’administration, et Dominique Lux, pour la filière asperge, seront remplacés respectivement par Benoît Hindermeyer. et Olivier Holveck.

En fin de séance, le président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, Jean-Luc Pelletier, est venu saluer « la qualité d’expertise de Planète Légumes et des échanges engagés entre la Chambre et l’organisation ».

Accord Union européenne-Canada

Ceta : menace ou opportunité ?

Pratique

Publié le 02/03/2017

Mercredi 15 février, alors qu’une centaine de manifestants ralentissaient l’entrée au Parlement européen, les eurodéputés s’apprêtaient à débattre d’un accord qualifié d’historique, tant par ses partisans que ses détracteurs. Peu après midi, l’Accord économique commercial global (AECG ou Ceta), entre le Canada et l’Union européenne (UE) était adopté par 408 voix pour, 254 contre et 33 abstentions. Le Ceta vise avant tout à dynamiser les échanges entre les deux parties, via une suppression quasi-totale des droits de douane et une harmonisation des normes à tous les niveaux. Une part importante du contenu de ce partenariat, dont le volet agricole, sera mise en application dès les mois de mars et avril.

Un texte qui ne fait pas l’unanimité

La portée historique de cet accord vient de sa profondeur d’action inédite. Il touche des domaines aussi divers que l’agriculture, la mobilité professionnelle, les marchés publics, le secteur culturel hors audiovisuel, ou encore l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi qu’une majorité de représentants des partis libéraux et sociaux démocrates européens considèrent le Ceta comme un modèle pour les partenariats futurs ; tandis que l’extrême gauche et les militants altermondialistes voient en cet accord un cheval de Troie du libéralisme nord-américain en Europe. L’extrême droite européenne juge quant à elle qu’il constitue un « coup sérieux porté aux nations d’Europe », selon Marine Le Pen, qui s’est exprimée lors des débats précédant le vote.

Si les positions semblent verrouillées, de nombreuses nuances et divergences apparaissent au sein même des blocs politiques. Le Parti Populaire Européen (PPE), groupe le plus important du Parlement constitué de la droite traditionnelle et libérale, a voté à une écrasante majorité pour. Mais six des vingt eurodéputés Les Républicains (LR), membres du PPE, se sont abstenus. De manière générale, une poignée d’États se démarquent par leur opposition au traité. La France, avec 48 voix contre, 16 pour et 8 abstentions, est la plus hostile au Ceta, accompagnée de l’Autriche, des Pays-Bas et de la Grèce, où l’opinion publique a fortement pesé sur les votes.

La filière bovine en première ligne

Le vote français s’explique en partie par les craintes concernant certaines filières agricoles. Ainsi, l’eurodéputée Anne Sander (LR) s’est abstenue après correction de vote. Interrogée sur sa décision, elle explique que « si le Ceta peut avoir des effets positifs sur l’industrie viticole et fromagère, il y a encore trop d’incertitudes concernant la filière bovine ». Des zones d’ombre qui portent notamment sur les conséquences réelles de l’arrivée en masse de viande bovine et porcine canadienne sur le marché européen. Les quotas d’importation seront progressivement relevés au cours des sept prochaines années pour atteindre environ 60 000 tonnes de bœuf (contre 7 640 t aujourd’hui) et 75 000 t de porc (contre 12 500 t actuellement).

Les promoteurs du projet font valoir que ces volumes ne représenteront que 0,6 % et 0,4 % de la production européenne. Mais Interbev indique que « les Canadiens exportent principalement des morceaux à forte valeur ajoutée ». Dès lors, le contingent canadien atteindrait 16,2 % des 400 000 t de viande équivalente produite en Europe chaque année. Faisant écho à ce constat, la FNSEA a reconnu dans un communiqué le caractère « ambitieux et progressiste » de l’accord, mais a appelé à ne pas voter l’accord sans « l’apport des garanties nécessaires » pour l’élevage.

Même son de cloche chez Yannick Jadot, représentant Europe Écologie-Les Verts, qui estime que « les producteurs français vont subir une concurrence déloyale de la part de leurs homologues canadiens, avec l’arrivée de pièces nobles 25 à 30 % moins cher ». Le traité laisse néanmoins la possibilité à l’UE d’activer une clause de sauvegarde réduisant les quotas canadiens de manière temporaire en cas de déséquilibrage soudain du marché d’un produit agricole.

Des incertitudes au plan sanitaire

Au niveau sanitaire, la viande issue de bœufs élevés aux hormones de croissance ou de porcs traités à la ractopamine est exclue de l’accord et toujours interdite de commercialisation en Europe. Le Canada devra donc s’équiper de lignes de production conformes aux normes européennes. Mais la Fédération nationale bovine (FNB) critique cette situation. Pour elle, l’accord ne prévoit « aucune garantie sur les contrôles prévus par le Canada, concernant l’interdiction des activateurs de croissance et des hormones dans la production ».

Malgré les propos rassurants de la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, qui dernièrement a répété à l’envi que « les standards sanitaires ne changeront pas », des doutes ont été émis sur la qualité de l’alimentation du bétail. Les éleveurs canadiens utilisent en effet de nombreux additifs et produits génétiquement modifiés interdits en Europe, et l’accord ne cite pas clairement de système de contrôle. Pour les opposants, ce flou pourrait être la porte ouverte à l’introduction de produits non réglementaires ne respectant pas les normes établies au niveau de l’UE.

145 IGP européennes reconnues outre-Atlantique

Une des avancées saluées par la majorité des acteurs du secteur agricole est la reconnaissance officielle de 145 Indications géographiques protégées (IGP) européennes. Parmi elles, 42 appellations françaises dont 28 fromages. Cette mesure permet de sanctuariser certains produits à forte valeur ajoutée. Elle introduit une importante avancée : la vente d’imitations de produits IGP au Canada est désormais interdite, tandis qu’il est toujours défendu d’importer des contrefaçons en Europe. Les producteurs concernés devraient constater une nette amélioration du paysage commercial avec le Canada.

L’industrie fromagère devrait tirer les plus gros profits de ce volet, car il est couplé à une augmentation des quotas d’exportation de fromages de haute qualité, qui passeront de 2 950 t à 18 500 t par an. Les négociateurs de l’UE ont réussi à établir un nouveau marché créé par l’appel d’air consécutif à l’interdiction de mise en vente au Canada des produits concernés. Un progrès que certains qualifient même d’exploit tant les pays nord-américains sont frileux à autoriser l’importation d’aliments non pasteurisés, pour raisons sanitaires.

Un point noir apparaît tout de même lorsqu’on prend en compte la totalité des IGP européennes. Les appellations reconnues dans le Ceta représentent moins de 10 % des 1 510 IGP reconnues par les instances de l’UE en 2016. La France quant à elle compte environ 126 produits IGP (hors vins et liqueurs), dont 42 sont désormais protégées. Les vins ne rentrent pas dans les négociations, un accord bilatéral UE-Canada signé en 2003 a officialisé la protection de 488 vins et 57 spiritueux. Le déséquilibre entre le nombre de produits préservés en Europe et ceux concernés par le traité s’explique par le fait que le Canada n’a souhaité protéger aucun de ses produits, limitant de ce fait la marge de manœuvre des émissaires européens.

Un futur incertain

Si l’accord a franchi une étape importante mercredi 15 février, son avenir n’en est pas moins incertain. Les 38 parlements nationaux et régionaux de l’UE vont devoir le ratifier avant que son application ne devienne définitive. Théoriquement, si une seule assemblée prononce un refus, le Ceta devra être enterré. Mais le plus probable serait une renégociation locale et limitée afin de remporter une majorité de voix au sein de ladite assemblée, comme l’ont fait les Pays-Bas en 2016 pour l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine. Un second vote pourrait également être organisé, à l’image de l’Irlande en 2009 lors de la ratification du traité de Lisbonne.

Ce qui est sûr, c’est que ce processus prendra plusieurs années, d’autant plus que de nombreux pays européens, tels que la France, les Pays-Bas ou encore l’Allemagne, entrent en période électorale. Il paraît peu probable que les responsables politiques de ces pays, en course pour une réélection ou fraîchement élus, souhaitent s’atteler immédiatement à la ratification d’un traité qui a très mauvaise presse auprès de l’opinion publique.

Dans l’immédiat, les syndicats agricoles européens appellent Bruxelles à prendre ses responsabilités. Tandis que la FNB demande dans un communiqué des compensations hors budget agricole, le Copa-Cogeca, qui regroupe syndicats majoritaires et coopératives agricoles de l’UE, et qui avait soutenu l’accord, prévient qu’il restera « vigilant, spécialement vis-à-vis de l’accès accru au marché de l’UE pour le bœuf et le porc canadiens ».

Alsacienne de restauration

Le made in Alsace s’impose dans la restauration collective

Pratique

Publié le 22/02/2017

Toujours plus de local dans nos assiettes. C’est l’une des évolutions les plus fortes de ces quinze dernières années dans le comportement alimentaire des consommateurs. Un changement qui oblige l’industrie de la restauration à s’adapter à la nouvelle demande. C’est ainsi que l’Alsacienne de restauration a lancé « I’m d’Alsace », une campagne de communication à l’intention des consommateurs, le 7 février à Strasbourg.

100 % de knacks d’Alsace

Présentée sous forme d’un logo qui apparaîtra à proximité des menus, cette campagne est destinée à informer et rappeler aux clients les engagements pris pour soutenir la filière agroalimentaire locale. « L’idée est de sensibiliser nos convives sur les démarches que nous avons engagées depuis plusieurs années », indique Sabine Fabbro, responsable marketing de l’entreprise. Le restaurateur revendique 100 % de knacks, cervelas et kassler élaborés avec du porc élevé et abattu en Alsace. Il en va de même pour le poulet, tandis qu’en saison, 100 % des carottes et pommes de terre fraîches utilisées sont récoltées en Alsace.

Cette opération entre dans une dynamique plus large qui se résume en dix grands engagements de la part de l’entreprise. Parmi ces commandements, quatre sont dédiés au soutien à l’agriculture régionale et à la protection de l’environnement. La responsabilité sociale est aussi un thème récurrent dans sa politique. En 2013, elle s’est associée avec la mission locale de Schiltigheim et IMS Alsace pour lancer un programme de promotion de l’égalité des chances. En 2011, elle signait la charte de la diversité en entreprise, un texte mettant en avant l’égalité hommes/femmes ou l’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap.

L’initiative « I’m d’Alsace » s'inscrit dans une tendance de fond et permettra de sensibiliser les milliers de clients de l’Alsacienne de restauration aux enjeux du consommer local.

Remise des diplômes des moniteurs arboricoles

La pratique au cœur de la formation

Cultures

Publié le 22/02/2017

C’est en forgeant que l’on devient forgeron. Cette expression pourrait se décliner selon différentes activités, et notamment l’arboriculture. En décembre dernier, 27 prétendants ont reçu leur diplôme de moniteurs arboricoles, consécration d’une formation organisée sur deux ans par la Fédération des producteurs de fruits du Bas-Rhin. Durant 40 samedis, les apprentis moniteurs ont renforcé leurs connaissances théoriques et pratiques.

Tailler tout type d’arbre

« Les compétences pratiques d’un moniteur comprennent trois grands champs d’action », expliquent Guy Dieu et Étienne Binnert, respectivement président du comité technique à la fédération, et secrétaire général de la fédération. C’est avant tout un conseiller qui guide les propriétaires de vergers familiaux dans leurs choix de variétés de fruits, ou lors de conférences et cours de taille. Le second champ d’action vient de sa capacité à tailler et conduire l’arbre selon sa forme : « un moniteur doit savoir tailler absolument tout type d’arbre », insiste Guy Dieu. Il doit aussi pouvoir donner des cours de reconnaissance des parasites et maladies.

Pour s’assurer de la capacité de leurs étudiants à assurer correctement leurs futures missions, les organisateurs avaient préparé un examen particulièrement approfondi. Parmi les différentes épreuves, les candidats ont dû identifier cinq variétés de pommes, reconnaître 15 bois différents, tailler cinq arbres en axe vertical (ou Pillar) et un prunier en gobelet, effectuer un greffage et un écussonnage.

Les épreuves, comme l’ensemble de la formation, étaient encadrées par des moniteurs arboricoles actifs, parmi les quelque 160 que compte le département du Bas-Rhin. Guy Dieu et Étienne Binnert tiennent à remercier particulièrement les encadrants bénévoles Francis Fuchs, Alfred Georger, Patrick Kuntzler, Gerard Muller, Eugène Walter, ainsi que leurs remplaçants Bernard Brion et Hubert Piersen.

Niess Agriculture. Marché aux affaires et de l’occasion

De nombreux visiteurs et de bons résultats

Technique

Publié le 20/02/2017

Près d’un millier de personnes ont visité le site de Niess Agriculture à Marlenheim, du 10 au 12 février, à l’occasion du premier marché aux affaires et de l’occasion. Cet événement, destiné à dynamiser les ventes, a mobilisé les équipes des cinq bases de l’entreprise. Pour Olivier Meintzer, directeur commercial chez Niess Agriculture, et Christian Kieffer, responsable d’Agrimat, l’opération est un succès : « Sur le weekend, on a accueilli environ 1 000 personnes, et l’activité a été assez soutenue, surtout sur le secteur de l’occasion ».

Des ventes diversifiées

Grand motif de satisfaction pour Olivier Meintzer, les ventes ont été diversifiées. « Nous avons pu finaliser des bons de commandes sur des tracteurs, des charrues ; mais aussi sur l’espace vert, plus axé vers les particuliers », explique-t-il. Si la loi Macron instaurant une déduction fiscale à hauteur de 40 % a encouragé les ventes de neuf en 2016, la crise agricole reste prégnante. « Aujourd’hui, l’occasion est clairement la meilleure alternative pour nos clients », confirme le directeur commercial.

Une tondeuse géante

Dans ce contexte, les équipes de Niess Agriculture et d’Agrimat multiplient les actions visant à stimuler l’activité. Ainsi, après deux premiers événements (en janvier et le week-end dernier), les deux firmes seront présentes à Paris durant le Salon international du machinisme agricole (Sima), et préparent d’autres rendez-vous pour le premier semestre 2017. Ces journées sont aussi l’occasion de se rapprocher des clients et de les fidéliser. Ainsi, il n’était pas question que d'investissements ce week-end : la petite restauration et la buvette étaient assurées par les Jeunes Agriculteurs du canton de Wasselonne, tandis qu’une démonstration de scies combinées était organisée dans la section dédiée aux espaces verts. Par ailleurs, le président Manfred Niess a présenté sa toute dernière création : une tondeuse géante installée à l’entrée du site.

Tarifs et financements spécifiques

Les bons résultats de ce week-end pourraient bien se prolonger dans les prochaines semaines, avec la possibilité pour les clients de profiter des tarifs spéciaux et le financement spécifique (trois ans à taux zéro) mis en place pour le marché aux affaires.

Chou à choucroute

Une nouvelle année difficile

Cultures

Publié le 12/02/2017

Le président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute tire la sonnette d’alarme. L’organisation, réunie le mardi 7 février, tire un bilan assez sombre de l’année 2016, et dresse les contours de ce qui ressemble à un plan de sauvetage de la filière. « Après la sécheresse de 2015, nous espérions remonter la pente, mais les inondations du printemps ont complètement noyé les champs », déplore Laurent Heitz, président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute. Alors que l’ensemble des pertes de production s’élèvent à 20 %, soit moins qu’en 2015, la situation semble tout aussi délicate. Laurent Heitz estime un rendement à environ 60 à 70 t/ha en moyenne, en deçà des 80 t/ha nécessaires pour couvrir les frais, sans parler d’atteindre la rentabilité.

Anticipant ces mauvais chiffres, des négociations ont été menées dès septembre avec la grande distribution, entraînant une revalorisation de la tonne de choux à 80 €, contre 75 € l’année dernière (prix indicatifs du syndicat). « Ils ont compris que dans les années difficiles, c’est primordial de soutenir les producteurs, et ils ont joué le jeu », indique le responsable syndical. Il en profite pour rappeler que la choucroute étant un produit d’appel, il s’agit d’un des légumes d’hiver les moins chers du marché.

En parallèle, les producteurs sont très actifs dans les démarches pour l’obtention du label IGP. Celui-ci devrait protéger la production, notamment vis-à-vis de la concurrence étrangère, bien qu’elle soit minime selon Laurent Heitz. Surtout, « l’obtention d’un tel label stimulerait la consommation et donc redynamiserait notre activité », ajoute-t-il. Mais le chou à choucroute a besoin d’un fort rebond des prix pour assurer son avenir. « Il faudra atteindre au moins les 100 €/t dans les 4 à 5 ans si nous voulons maintenir la filière », confirme Laurent Heitz.

Car les sources de la crise sont bien connues et ne découlent pas seulement des aléas climatiques. Cette culture, très sensible aux changements météorologiques, nécessite une attention constante, d’importants investissements en équipements spécialisés, quatre mois de récolte, pour un prix de vente parfois dérisoire. Autant de contraintes qui rebutent les jeunes exploitants à se lancer dans le chou à choucroute, et qui poussent certains agriculteurs à se tourner vers des cultures céréalières. « En 20 ans, nous sommes passés d’environ 120 producteurs à 50, et avons perdu pas moins de 100 ha de surface exploitée », déplore le président du syndicat.

C’est donc un véritable appel à tous les acteurs de la filière qui est lancé, pour soutenir la production la plus emblématique d’Alsace.

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