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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Ouverture de la saison des alliacées

Une ferme modèle pour le lancement des alliacées

Cultures

Publié le 13/06/2017

Ça y est. L’ail, l’échalote et les oignons ont leur événement à eux. Une quinzaine de professionnels ont participé à la première journée de lancement des alliacées, vendredi 9 juin. Les responsables de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), d’Alsace Qualité et de la distribution ont découvert l’exploitation de Jean-François Vierling, à Schnersheim. La première ferme homologuée « agriculture raisonnée » en Alsace.

Depuis 2004 la certification récompense les efforts du producteur pour respecter un cahier des charges exigeant. Pour notre hôte, le plus important c’est de « respecter la qualité intrinsèque du légume. » En d’autres termes, cultiver le plus naturellement possible. Cela passe ici par le paillage plastique. Pour voir les bienfaits de ce système, rien de mieux que de juger sur pièce.

Des bénéfices du paillage plastique

Direction la parcelle d’échalotes. Sa grande fierté. À l’extérieur du village il a planté 15 hectares de plants sur plastique. Premier point positif, l’économie d’eau. Le plastique retient l’humidité et la chaleur. « Ça donne le même effet que si on court avec un K-way », illustre le maître des lieux. Résultat, plus besoin d’irriguer ! Un avantage considérable dans une région régulièrement sujette aux sécheresses.

Et ce n’est pas tout. Le film plastique protège les pousses des projections de terres et empêche l’apparition de mauvaises herbes. « Cela réduit le développement de bactéries et d’insectes », précise le producteur. D’où l’absence de traitement insecticide et herbicide. Et Jean-François Vierling d’ajouter : « On traite une seule fois, avec une substance de croissance ».

Enfin, tous les plants achetés sont certifiés « sains ». Un investissement de près de 200 000 € par an. Pour notre guide, le jeu en vaut la chandelle. « Nous avons réduit de 80 % les produits phytosanitaires » utilisés sur l’exploitation. Mais cette solution comporte bien des inconvénients, non ? « Quand le vent se lève, les bâches se gonflent et les échalotes glissent en dessous, concède le producteur. Cette année on a passé dix jours à replacer les plantes correctement. » Bilan, certains légumes souffrent de légers retards de développement. Pas de quoi démotiver le propriétaire, pour qui cette technique est la meilleure.

Un tracteur customisé

Retour à la ferme. Là, celui qui a aussi fondé la marque Les arômes d’Alsace expose une autre innovation. Son tracteur customisé. Il a adapté une arracheuse de poireaux pour la récolte de l’ail. Mathieu, un des dix employés de l’entreprise, fait la démonstration. Le fonctionnement est le même que pour les poireaux. Seule différence, l’équipe de la ferme a installé une scie hydraulique afin de couper les feuilles avant l’arrachage. « Cela facilite le travail des personnes en charge du nettoyage (retirer les feuilles et les racines), et constitue un gain de temps », détaille le patron.

Il n’a pas comptabilisé les heures de travail économisées. Mais Mathieu, lui, a fini sa rangée en une trentaine de minutes sur son tracteur modifié. D’ailleurs on pourrait même retrouver les bâches du champ d’échalotes dans cet engin. Jean-François Vierling a en effet suivi le parcours du plastique usagé. « Il est expédié en Chine pour être retraité, et nous revient sous forme de pièces pour l’automobile. » Rien ne se perd, tout se transforme !

Conférence vin et numérique

Sauver la filière grâce aux nouvelles technologies de communication

Vigne

Publié le 20/05/2017

« En 2025, la France ne sera plus sur le podium mondial de production et de consommation de vins, » commence Nadia Lelandais. Le constat de cette experte en stratégie est glaçant. Il lance en tout cas les débats, ce jeudi 4 mai, l’École de Management de Strasbourg (EM). Des spécialistes de la commercialisation des vins français s’étaient réunis pour réfléchir aux solutions qui nous éviteront le naufrage. D’après eux, l’industrie vinicole doit se tourner vers de nouvelles techniques de marketing et de vente. Il y va de sa survie !

Un contexte global en mouvement

L’économie viticole française est en train de couler. La consommation domestique est en chute libre et les nouveaux marchés seront difficiles à séduire. C’est ce qui ressort d’une étude dirigée par Nadia Lelandais, intervenante professionnelle à l’EM. « En 30 ans, la consommation annuelle de vin des Français est passée de 80 à 30 litres par personne. » En parallèle, de nouveaux marchés émergent de par le monde. Selon la spécialiste, « d’ici dix ans, on comptera 90 millions de consommateurs réguliers aux États-Unis, sans compter la Chine qui progresse très vite ! »

Dès lors, comment séduire ces publics porteurs ? Ultra-connectés, ils consomment moins mais exigent de la qualité et plus d’information sur les produits qu’ils achètent. Arnaud Tarry, fondateur d’une start-up de vente de vins en ligne, détaille les nouveaux usages. « Aujourd’hui on observe une tendance forte vers les circuits courts, la vente en ligne et sur smartphone, ainsi qu’une diminution des intermédiaires (la fameuse ubérisation des services). » Si l’industrie du vin veut sauver sa peau, elle doit s’adapter aux pratiques du XXIe siècle.

Des initiatives… peu nombreuses

Arnaud Tarry l’a bien compris. Wine Cluster, son tout nouveau site web, propose de mettre en relation le consommateur directement avec le vigneron. Afin d’éliminer des intermédiaires et de créer une relation plus authentique, de proximité. On vous l’a dit, l’ubérisation est en marche ! Toujours dans le domaine de l’authenticité, le site sommelierparticulier.com va plus loin. Mathieu Lasne-Villoing, son cofondateur, se présente au public de l’amphithéâtre. « On propose à nos clients des conseils téléphoniques personnalisés de la part de sommeliers reconnus. » Puisque la dégustation de vins en ligne n’existe pas encore, autant se faire conseiller par des pro. Comme au restaurant en somme.

Pourtant, ces initiatives sont trop peu nombreuses. Selon le patron de Wine Cluster, il y aurait « seulement 70 projets innovants en France ». Ridicule, comparé aux milliers de start-up dédiées à la gastronomie et aux sorties qui voient le jour tous les ans. Autre comparaison non moins alarmante, les sommes investies. « Ici, personne ne se lance dans des innovations car la marge sur les vins est faible, explique Mathieu Lasne-Villoing. Aux États-Unis, un projet de plateforme de vente en ligne vient de recueillir près de 80 millions d’euros ! » Et c’est bien là que le bât blesse. La France se fait distancer par des concurrents plus réactifs. Il va falloir écoper, et vite !

Trois ans pour réagir

Arnaud Tarry donne trois ans à l’industrie vinicole pour se mettre à niveau. Passé ce délai, il sera trop tard… « Les pays qui investissent massivement dans les nouvelles techniques de communication et de vente vont mettre en place des plateformes où se concentreront les marchés émergents, anticipe-t-il. Ne comptez pas sur eux pour vous inviter à participer. » Éviter que se créent des monopoles du commerce en ligne. Ne pas devenir inaudible et surtout invisible. Voila les vrais défis qui se posent aux professionnels du vin.

Un retard insurmontable ? Pas selon Nadia Lelandais. Pour elle, la solution passera par la mutualisation des moyens. « Il faut se réunir et réfléchir ensemble à des projets innovants, afin de créer un écosystème favorable aux inventions », argumente-t-elle. Producteurs, chercheurs, institutions, fournisseurs… L’ensemble des maillons de la chaîne doit travailler main dans la main. Et à ce sujet, il y a des raisons d’être optimiste. « La filière est déjà organisée collectivement, via les associations de viticulteurs et les interprofessions », relève cette fine connaisseuse du monde des vins.

Un atout capital, à condition d’être disposé à mettre des sous sur la table. Pour Arnaud Tarry, l’équation est simple. « Aujourd’hui il faut investir quelques dizaines de milliers d’euros, l’an prochain ce sera plusieurs centaines de milliers et dans deux ans, des millions. Passé 2020, ça ne servira plus à rien de s’affoler car notre retard sera devenu irrattrapable. »

Alors, investir ou mourir ? Il va falloir se décider rapidement. Le compte à rebours a commencé…

Salon des vins d’Alsace de Molsheim

De l’activité malgré la pluie

Vigne

Publié le 15/05/2017

Après le gel, la pluie. Décidément, les aléas climatiques ne lâchent pas les vignerons alsaciens. La 77édition de la foire de Molsheim s’est ouverte sous un ciel maussade. Mais le salon des vins s’était mis à l’abri, au premier étage de l’Hôtel de la Monnaie. Cet événement a été l’occasion de se retrouver entre vignerons et passionnés, et d’exposer au public certaines réalités de la filière.

« On a été rappelé à l’ordre par dame Nature », constate Jérôme Bauer dans son discours de bienvenue. Le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) estime que 3 000 hectares de vignes sont touchés. Soit 20 % du vignoble ! Pire, 1 500 ha seraient complètement « foutus ». « Il va falloir faire preuve de souplesse et de solidarité », lance Henri Kaes, président du syndicat viticole de Molsheim. Mais selon les deux responsables, cela ne suffira pas sur le long terme.

Volumes complémentaires individuels contre gel et grêle

Leur salut pourrait passer par les volumes complémentaires individuels (VCI). Cette mesure vise à compenser les baisses de productions grâce à des réserves constituées en amont. En effet, elle donne le droit au viticulteur de créer un stock quand la récolte est bonne. Ce surplus est alors utilisé pour compenser les années difficiles, lorsque des aléas climatiques viennent perturber la production, comme cette année. Problème, les VCI sont ouverts aux vins blancs tranquilles, mais pas aux crémants !

Les deux millésimes étant produits sur les mêmes surfaces, on craint un déséquilibre dangereux. « Si on adopte les VCI pour les blancs tranquilles, on risque de siphonner la production de crémant », prévient Frédéric Bach, directeur de l’AVA. Les responsables de l’association ne veulent pas voir leurs confrères délaisser les vins effervescents pour se concentrer sur les surplus de blancs tranquilles.

Revendications syndicales

L’heure est donc à la revendication. Promis pour 2016, le décret étendant les VCI aux mousseux est resté lettre morte. « Depuis janvier, plus rien, silence radio, regrette Frédéric Bach. Avec le gel de ces dernières semaines, le sujet est redevenu d’actualité. » Le directeur espère que la mesure sera finalement promulguée cette année. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite. « Pour constituer des volumes complémentaires, encore faut-il que le climat nous laisse produire un bon millésime ! »

Le point météo fini, les responsables ont poussé un ultime coup de gueule avant de passer aux réjouissances. « La simplification administrative, ça ne peut pas durer », commence Jérôme Bauer. Selon lui, cette politique pousse l’administration à déléguer toujours plus de tâches aux producteurs. D’où un accroissement de la charge de travail et une perte d’identité des viticulteurs. « On n’est plus des gens de la terre mais des gens du papier », lance le président. Preuve que de nombreux professionnels partagent son opinion, une ovation vient clore son intervention.

L’œnotourisme à l’honneur

Après ces sujets difficiles, les orateurs ont laissé place à Mathilde Fleith, reine des vins d’Alsace. Après le traditionnel couper de ruban, sa majesté a concédé être fan de riesling et s’est lancée à la découverte des 208 crus présentés ce lundi. Très vite, dans la salle agrémentée d’une exposition du club photo de Bischoffsheim, le public se presse autour des tables. Henri Kaes, le principal organisateur, s’attend à « voir pas mal de touristes qui viennent spécialement visiter le salon ».

Car il s’agit bien d’un événement touristique avant tout. En témoigne la présence de Marie-Reine Fischer, première vice-présidente de l’Agence d’attractivité d’Alsace (entité chargée de la promotion de la région à l’étranger). Elle souligne l’importance des vins dans le rayonnement de notre territoire. Et pour preuve, une trentaine de passionnés allemands avait fait le déplacement. Membres d’une confrérie basée à Bingen am Rhein, près de Mayence, ils ont fait l’ouverture du salon. À leur tête, rien de moins qu’un ancien président de l’association des œnologues allemands. Tous les ans, son groupe explore une région viticole de l’hexagone. Cette année, c’est l’Alsace qui a remporté leurs faveurs. Dans un très bon français, l’expert explique retrouver des similitudes entre les vins alsaciens et ceux d’outre-Rhin.

D’après Henri Kaes, le salon est avant tout un moment convivial entre producteurs et passionnés. « Les gens viennent apprécier des vins, pas forcément dans l’optique de les acheter. » Une dégustation sans obligation d’achat qui a fait mouche en ce 1er mai. Près de 750 visiteurs ont défilé à la Monnaie. Une affluence en hausse, malgré le temps !

Caisse d’assurance-accidents agricole du Bas-Rhin

Mettre le paquet sur la prévention

Vie professionnelle

Publié le 15/05/2017

Mieux vaut prévenir que guérir. Ce mot d’ordre s’impose à la Caisse d’assurance-accidents agricole (CAAA) du Bas-Rhin. Vendredi 5 mai, délégués et responsables de la caisse se sont retrouvés en assemblée générale à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Si le bilan financier et humain de 2016 est encourageant, la gravité des accidents reste préoccupante. La structure se dirige donc vers un renforcement des programmes de prévention.

Un bilan en demi-teinte

« Après deux années de hausse, 2016 connaît une baisse importante du nombre d’accidents », annonce Denis Ramspacher, président de la CAAA. Avec 1 230 dossiers instruits l’année dernière contre 1 333 en 2015, la tendance est bonne. Autre élément de satisfaction, « la diminution concerne autant les salariés que les non-salariés ». Avec une baisse respective de 45 et 48 dossiers sur l’année, les deux catégories progressent de manière symétrique. La diminution générale est complétée par 10 dossiers en moins chez les élèves des lycées agricoles.

Pourtant, toute la situation n’est pas au beau fixe. La gravité des incidents de santé vient entacher les bons chiffres de 2016. Le président, qui dirigeait sa première assemblée générale, le concède. « On peut regretter la gravité en hausse des accidents chez les non-salariés. » Cela se traduit par deux décès sur le lieu de travail et huit amputations.

Sensibiliser les professionnels

Mais pour le patron de la caisse, cette hausse ne doit pas être une fatalité. « Les huit incidents ayant entraîné l’amputation sont tous liés à la manipulation d’appareils en marche et devraient donc être faciles à éviter. » Pire, un tiers des blessures seraient liées à l’utilisation de machines et d’outils. Les actions de prévention apparaissent plus que jamais primordiales.

S’il s’avère impossible d’éradiquer totalement les imprévus, la marge de progression reste conséquente. Le directeur de la CAAA 67, Pascal Jan, a tout de même souligné les efforts qui ont été faits l’année dernière. Il a rappelé que la caisse a participé à près de 70 événements de sensibilisation. Ces formations en sécurité ont concerné pas moins de 1 200 personnes. Le budget alloué à ces séances a quasiment doublé entre 2015 et 2016, s’établissant à 48 000 €.

Côté aides financières, la caisse a octroyé plus de 100 000 € aux agriculteurs pour l’acquisition de matériel de sécurité. Près de 1 000 combinaisons de protection phytosanitaire, 600 filtres anti-poussières ou encore 100 protections auditives ont ainsi été achetés avec la bénédiction de la CAAA. Autre élément central dans la stratégie de la caisse, la sensibilisation des jeunes. Ainsi, plus de 220 heures de cours ont été données dans les différents lycées agricoles.

Ces efforts ont donc payé en partie, poussant le nombre d’accidents à la baisse. Mais n’ont pas été suffisamment efficaces pour lutter contre leur gravité. Forts de ce constat, les responsables de la CAAA 67 ont décidé de redoubler d’effort cette année.

Robot de traite Lely Astronaut

Améliorer sa production et sa qualité de vie

Élevage

Publié le 09/05/2017

Des vaches qui vont à la traite toutes seules, un bras mécanique qui s’active autour d’elles, deux robots qui sillonnent l’étable. L’exploitation d’Alain Dollinger peut sembler futuriste au premier coup d’œil. Et pour cause, depuis décembre 2015, l’agriculteur de Morschwiller a de nouveaux employés. Des automates ! Comme chez son voisin, Hubert Kandel, le passage au robot de traite Astronaut (modèle A4) est une réussite, tant niveau production que qualité de vie.

Un processus automatisé de A à Z

Alain Dollinger nous fait la visite guidée, en s’attardant sur un moment crucial… la traite ! La vache, attirée par deux rations de nourriture (dont un complément alimentaire), se place dans le box prévu à cet effet. Ici, le concept I-flow prend tout son sens. Le bovin entre et sort en ligne droite. Ce qui lui évite des contorsions et virages serrés comme dans les premiers modèles de l’Astronaut. Selon Lely, les bêtes s’adaptent plus facilement à la machine. Ce que confirme l’exploitant, « les génisses ont besoin de deux semaines d’adaptation, après ça va tout seul ! »

Une fois dans le box, la magie opère. Les portes se verrouillent. La mangeoire se remplit automatiquement et la vache s’alimente tout au long de l’opération. Le bras mécanique peut alors entrer en action. Il vient se placer sous le pis et stimule les mamelles avec une brosse. Les manchons se fixent, la mulsion peut commencer. Le lait extrait file directement dans un caisson où il est analysé en direct, puis stocké. Le bras finit son œuvre avec un trempage des mamelles, avant de se retirer pour être nettoyé par rinçage à l’eau chaude.

Un meilleur contrôle de l’activité du troupeau

À aucun moment notre guide n’a eu besoin d’intervenir. Mieux, les informations collectées pendant la traite sont compilées et croisées pour lui. Permettant ainsi un suivi très précis de chaque vache. Perte de poids, chaleurs, rumination, rythme de passage en traite, quantités produites, taux de protéines, de matière grasse et de cellules par litre de lait… Le nombre de données qui apparaissent sur l’ordinateur de l’éleveur est impressionnant. « Je peux ainsi détecter très vite si quelque chose ne va pas. »

Et donc réagir en conséquence ! « Avant, je détectais les maladies à l’œil, ça pouvait prendre deux trois jours, » explique l’agriculteur. Un délai qui imposait souvent le recours aux médicaments. Désormais, Alain Dollinger est bien plus réactif. Le résultat est sans appel. En un an et demi, la quantité de médicaments utilisée dans son exploitation (hors traitement du tarissement) a été divisée par trois !

L’homme, ce donneur d’ordres

Pour autant, pas question de supprimer totalement la présence de l’homme. Les deux voisins sont catégoriques. L’agriculteur doit rester au centre de l’activité de sa ferme. C’est lui le donneur d’ordres, il peut agir sur toutes les fonctions des robots. « L’éleveur reste celui qui connaît le mieux ses bêtes, insiste Hubert Kandel. Il ne faut jamais perdre le contact visuel avec nos vaches, ça reste le meilleur moyen de détecter un problème. »

Côté production, ils soulignent une légère augmentation. « Nous sommes passés de 10 000 l/vache/an, à 10 790 l », confirme Alain Dollinger. Chez son collègue, la hausse est similaire. « Les vaches sont moins stressées, elles vont à la traite quand elles le veulent, trois-quatre fois par jour », commente l’éleveur. Un environnement forcément propice à de meilleurs résultats. Toutefois, les deux professionnels ont choisi l’Astronaut pour une autre raison : un allégement de la charge de travail.

Se simplifier la vie

Outre la machine de traite, Alain Dollinger a acheté deux autres robots. Un pousse-fourrage et un aspirateur de lisier. Grâce à des capteurs, ils évoluent de manière 100 % autonome, sur des chemins préétablis. L’exploitant n’a plus besoin de ratisser lui-même le fourrage, ni de nettoyer les sols. Un énorme gain de temps. Aujourd’hui, avec l’aide des trois robots, il « consacre à peine une heure par jour à la traite, contre cinq auparavant. » Soit quasiment 28 h hebdomadaires économisées !

Les deux exploitants se déclarent très satisfaits de leur investissement. En plus d’économiser de l’argent sur la main-d’œuvre, le temps dégagé est investi dans d’autres tâches ou projets. Pour Hubert Kandel, c’est ça le progrès. « On ne cherche pas à produire plus, énonce-t-il. Mais on peut encore faire des économies d’argent et de temps. » Objectif atteint avec cette évolution.

« Il faut vivre avec son temps »

Chez les Dollinger, même son de cloche. « Il n’y a rien à dire, ça simplifie le travail et notre qualité de vie s’améliore. » Sans oublier les jeunes générations. « Il faut vivre avec son temps, de moins en moins de gens sont prêts à travailler aussi dur que ma génération ». Les jeunes veulent un meilleur rythme de vie. Alain Dollinger se prend même à imaginer une exploitation dernier cri. Où l’éleveur, grâce au temps dégagé par les robots, « pourrait se diversifier avec un second travail, peut-être moins physique. »

Si nous n’en sommes pas encore là, il y a fort à parier que l’offre de Lely plaira aux jeunes. Et si cela peut en (re) motiver certains à se lancer dans le métier, tant mieux !

Lycée agricole d’Obernai

Des mesures concrètes pour mieux utiliser les produits phytosanitaires

Technique

Publié le 02/05/2017

Sensibiliser la nouvelle génération. C’est le credo du lycée agricole d’Obernai qui organisait une journée dédiée aux produits phytosanitaires, mardi 28 mars. Protection, réglementation, conséquences sur la santé, différents aspects liés à leur utilisation ont été abordés en petits groupes. Grégory Lemercier, technicien à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), a notamment décortiqué les mesures concrètes à mettre en œuvre pour limiter les risques d’exposition aux produits de traitement.

« La première cause de pollution vient du débordement de la cuve au remplissage », commence le conseiller grandes cultures. Et pour cause, dans une étude récente, 30 % des agriculteurs interrogés ont déclaré avoir déjà rencontré ce problème. Pour le contrer, la CAA incite à installer des dalles en béton équipées de systèmes d’évacuation et de traitement des eaux. Une solution pragmatique pour limiter la contamination des sols.

Protéger les canalisations

De la même manière, le technicien encourage l’installation de systèmes de protection du réseau d’alimentation en eau. « Lors du remplissage, il y a un risque de retour des produits phytosanitaires dans les canalisations, comme un retour de flamme », précise-t-il.

Pollution des sols et des tuyaux, la note peut s’avérer salée pour l’agriculteur. Mais malgré ces lourdes conséquences, peu d’exploitants sont équipés de matériel de protection. Potence, cuve tampon ou clapet anti-retour, ce ne sont pourtant pas les solutions qui manquent. Il semblerait que l’effort à fournir se trouve plutôt au niveau de la communication.

Reprendre les bases

La séance s’est ensuite concentrée sur les zones de stockage. Grégory Lemercier a énuméré les caractéristiques du parfait local phytosanitaire. Éloigné des habitations, celui-ci doit avoir une taille adaptée. « Pas trop petit pour qu’on puisse manipuler les produits, pas trop grand pour ne pas le prendre pour un débarras », ironise le professeur d’un jour.

Les éléments doivent être clairement identifiés et stockés séparément sur les étagères. Le matériel entreposé ne doit servir qu’à l’utilisation des produits phytosanitaires et des mélanges. À l’extérieur, un point d’eau pour se rincer en cas d’exposition et un extincteur à poudre pour lutter contre un début d’incendie sont de rigueur.

Des conseils évidents ? Basiques ? Certes, mais toujours nécessaires. Près du quart des élèves présents ont reconnu avoir déjà manipulé des produits phytosanitaires à main nue… Pour l’intervenant, si le temps où l’on entreposait ces produits « à la cave, à côté des patates » est révolu, les mentalités doivent encore évoluer. Et c’est bien l’objectif du lycée d’Obernai.

Assemblée générale de la race montbéliarde du Bas-Rhin

De bons résultats génétiques et des nouveautés

Élevage

Publié le 02/05/2017

« Une année qu’on aimerait oublier rapidement. » Voilà comment Jean-Marie Schoenel, président du Syndicat de la race montbéliarde du Bas-Rhin, a résumé 2016 en début d’assemblée générale, mercredi 15 mars. Fourrage de mauvaise qualité, retards dans le versement des aides Pac, la saison n’a pas été très bonne. Mais Luc Voidey, directeur d’Élitest, était arrivé avec de bonnes nouvelles, de quoi remonter le moral des exploitants.

Bon bilan génétique des accouplements

Il a commencé par présenter les résultats de l’année dernière : 130 donneuses, 400 embryons et 5 lots constitués par an, pour un résultat très positif. « Le bilan génétique des accouplements a été très bon, explique-t-il. Chez les femelles, on retrouve des caractéristiques très proches des mâles. » Depuis juillet 2016, 84 embryons de la station donneuse de Ceyzeriat, dans l’Ain, ont été posés en Alsace. Alors que la pose se fait en frais dans le Haut-Rhin, la distance contraint les techniciens d’Umotest (groupe de dix coopératives dont fait partie Élitest) à utiliser des embryons congelés dans le Bas-Rhin. Là aussi, le résultat est au rendez-vous : « On atteint un taux de plus de 55 % de gestation, soit la moyenne Umotest », se réjouit le responsable de la coopérative. Avec en moyenne 135 points d’Index de synthèse unique (ISU) pour les femelles testées, la campagne 2016 est un bon cru.

Des actions Umotest

Luc Voidey a aussi annoncé que les génotypages de veaux seront désormais pris en charge par Umotest. Les femelles seront facturées 400 € aux éleveurs et les meilleures d’entre elles pourront être placées en station donneuse. Elles rentreront à l’âge de 9 mois et seront restituées à 30 mois. Cela permettra au propriétaire de passer du statut de receveur à celui de donneur. Pour les mâles, deux situations possibles. Si le taureau possède de bonnes caractéristiques, Umotest proposera une indemnité de 250 à 350 € afin de le faire entrer en station. Si la bête est destinée à la production de viande, l’éleveur recevra 100 € de compensation.

Élitest baisse le prix des inséminations artificielles

Par ailleurs, Élitest a baissé son prix d’insémination artificielle. Ce geste commercial part du constat de l’absence d’activité cyclique et des venues en chaleur tardives, probablement à cause de la faible qualité du fourrage. Cette opération dure jusqu'au 30 avril.

En attendant des jours meilleurs, il semblerait donc que les membres du syndicat puissent compter sur le soutien des inséminateurs.

Maisons Familiales et Rurales

De l’enseignement, oui, mais dans l’ère du temps !

Vie professionnelle

Publié le 01/05/2017

Alternance, service civique, Erasmus… Les MFR sont à la pointe en matière de nouvelles formules pédagogiques. La réunion plénière de l’association, le 7 avril à Strasbourg, a permis de mettre en lumière leur utilité.

« La mobilité fait partie de notre ADN », pointe Daniel Gillet, le directeur régional des MFR. Effectivement, ce groupement de centres de formation aux métiers agricoles et ruraux est un pionnier des cursus en alternance. Et pas n’importe lesquels. « Nos apprentis effectuent leurs stages auprès de différents patrons ».

À raison d’une entreprise par trimestre ou semestre, les étudiants élargissent leurs connaissances de leur environnement professionnel. Une aubaine au moment d’entrer sur le marché du travail. Près de 75 % des élèves qui se lancent dans la vie active après le bac trouvent un emploi au cours de l’année. Avec un BTS en poche, cette part grimpe à 85 % !

L’Europe, ce tremplin

Pourtant l’association ne s’arrête pas là. Visiter différentes entreprises, c’est bien, mais dans un monde globalisé, cela ne suffit plus. Flexibilité, adaptabilité et ouverture d’esprit sont les maîtres mots chez les employeurs d’aujourd’hui. C’est là que l’Europe entre en jeu ! Via le programme Erasmus +, les alternants peuvent se former à l’étranger pour des périodes allant de trois semaines à un an.

« Ils acquièrent des savoirs professionnels propres aux pays visités, estime Claude Hugo, président de la fédération Grand Est. C’est toujours bien de voir ce qu’il se fait ailleurs » et cela renforce la citoyenneté européenne. En 2016, 250 élèves de tous niveaux ont séjourné aux quatre coins du continent.

« Ils reviennent plus matures »

Ces échanges visent aussi à favoriser la débrouillardise. Tout ce qu’implique un déménagement en terre inconnue est à la charge des volontaires au départ. Dénicher une entreprise et un logement, remplir les formulaires administratifs, « ils organisent tout de A à Z », explique Daniel Gillet.

Pas question pour autant de lâcher ces jeunes gens en pleine nature. En plus des bourses Erasmus, ils bénéficient de l’appui des encadrants de leurs centres de formation. Un soutien dont ils n’auront bientôt plus besoin tant les apprentis « reviennent transformés, bien plus matures », selon le directeur.

Des alternatives pour les casaniers

Évidemment, tout le monde ne peut pas s’expatrier si facilement. Éloignement, coût, logistique, le défi s’avère parfois trop grand à relever. Les MFR proposent donc des alternatives plus accessibles. Un programme a ainsi été aménagé afin que les jeunes puissent s’essayer à de nouvelles activités, tout en réfléchissant à leur projet professionnel.

« On leur donne la possibilité de prendre une année sabbatique afin de faire un service civique », détaille Daniel Gillet. Les étudiants travaillent alors au sein d’une association de leur choix. Un moyen de se familiariser à des réalités jusqu’ici peu connues.

Pas une année perdue

Mais est-ce vraiment utile ? Absolument, selon le responsable pour qui cette expérience se révèle très formatrice. « Elle permet de s’affirmer et de voir autre chose. » Un bol d’air bienvenu. Surtout avant de commencer le marathon que sont les études supérieures et la recherche d’un emploi.

Car si les méthodes d’enseignement ont changé, l’objectif final reste le même : trouver un travail. Et avec toutes ces options, les MFR s’adaptent aux réalités de la jeunesse et de la vie active !

Crédit Agricole Alsace Vosges

Et si notre salut passait par la solidarité internationale ?

Pratique

Publié le 30/04/2017

« Je vous demande d’accueillir par une ovation le plus jeune membre de l’Académie française ! » Jean-Christophe Rufin a eu droit à une entrée de star au palais des congrès de Strasbourg. L’ancien vice-président de Médecins Sans Frontières apparaissait en clôture de la rencontre annuelle du Crédit Agricole, le 13 avril. Sur scène, il a donné une leçon d’histoire de l’action humanitaire. Pour lui, la solidarité entre les États serait garante de notre sécurité et prospérité.

Le développement, rempart contre les extrémismes

« Il faut que les gens comprennent que le développement ailleurs est vecteur de sécurité chez nous. » Le conférencier part d’un constat simple. La violence, la corruption et le terrorisme se nourrissent de la pauvreté, du manque d’éducation et de la désorganisation d’un territoire. Dès lors, aider un pays à se développer relève de l’acte de résistance.

Du moins, c’est le meilleur moyen, à terme, d’assurer notre sécurité. L’expert a notamment rappelé que l’écrasante majorité d’organisations criminelles et terroristes se trouve dans des zones sous-développées. Cela ne date pas d’aujourd’hui. « La différence, c’est qu’avant, les guerres étaient ou paraissaient lointaines. Désormais, les conflits ont des répercussions jusqu’à l’intérieur de nos frontières. »

« Les malheurs des réfugiés ont fait irruption dans nos rues »

Puis est venu le moment d’aborder la crise des migrants. Pour cet ancien ambassadeur de France au Sénégal, les Français ne voient plus l’intérêt de soutenir des populations lointaines. « Les malheurs des réfugiés ont fait irruption dans notre quotidien, dans nos rues. Beaucoup de gens se demandent pourquoi aller aider ailleurs alors qu’en bas de chez eux il y a déjà des tentes de migrants. »

D’après Jean-Christophe Rufin, il est primordial de traiter le problème à la racine. Et là encore, le développement est la clé. Les millions de personnes qui sont arrivées en Europe au péril de leur vie ne l’ont pas fait de gaieté de cœur ! Elles sont venues chercher la paix, un environnement stable, bref une vie meilleure. Pourquoi donc ne pas tout mettre en œuvre pour que ces gens n’aient pas à quitter leurs terres ?

Bien sûr, la solidarité internationale n’est pas une recette miracle contre tous les maux du pays. Mais elle pourrait grandement aider à résoudre nos problèmes. Encore faut-il que les responsables politiques et l’opinion publique se saisissent du sujet. Il en va de l’avenir de tous et partout. Car, qu’on le veuille ou non, le futur de nos enfants est intimement lié à celui des populations en difficulté.

Service de remplacement

Un ami qui vous veut du bien

Pratique

Publié le 29/04/2017

Comment assurer les travaux de la ferme en cas de pépin ? Le service de remplacement a des solutions… parfois méconnues. Son bureau se réunissait mercredi 12 avril à Schiltigheim. Et tous ses membres se sont accordés sur la nécessité de rendre plus visibles les nombreux services proposés.

Un imprévu, ça arrive toujours au mauvais moment. On tombe malade, ou on tombe tout court, et nous voici dans l’impossibilité de travailler. Dans ces cas-là, le service de remplacement propose de dépêcher un agent pour prendre la relève. Si la MSA prend en charge une grande partie de ce dépannage, cela se limite aux 20 premiers jours.

Développer les contrats avec Groupama

Et après ? Groupama Grand Est, partenaire du service de remplacement, propose un contrat spécifique qui prolonge cette prise en charge à 180 jours. Une énorme différence… pour presque rien ! « La cotisation est de 177 € par an, soit à peine une journée de remplacement », précise Julien Jacob, vice-président du service de remplacement du Bas-Rhin.

Petit bémol, seuls 20 adhérents sur les 345 que compte l’organisation ont signé ce contrat. Pour le responsable de l’assurance, présent ce mercredi, ce n’est pas faute de proposer : « Mais même les jeunes, qui bénéficient de réductions, préfèrent les contrats à indemnité journalière. » Une vision à court terme qui peut s’avérer dommageable en cas d’incapacité de travail de plusieurs semaines…

La souffrance psychologique prise en compte

Autre sujet, autre mesure. La dépression et le burn-out, cet état d’épuisement professionnel, font l’objet d’un traitement spécial. La MSA a débloqué une enveloppe couvrant jusqu’à 35 dossiers pour 2017. Preuve que cette souffrance invisible commence à être sérieusement prise en compte. Ici aussi, la communication s’avère primordiale car « il est difficile de détecter ce type de problèmes, selon Thomas Gillig, président du service de remplacement du Bas-Rhin. Les exploitants se confient difficilement, il faut faire connaître ce dispositif. » Car il pourrait sauver des vies.

Le programme dédié au burn-out prévoit ainsi un soutien financier pour prendre une semaine de répit. « Nous avons eu de très bons retours depuis janvier, précise Julien Jacob. Des gens qui ont pu se retrouver avec leur famille, faire le point pour mieux repartir. » Les salariés et agents du service de remplacement ont également reçu une formation aux problèmes psychologiques. Une manière d’apporter un soutien moral, en complément de l’appui matériel offert jusqu’à présent.

Une aide aux vacances quasi inutilisée

Partir en vacances, un doux rêve pour de nombreux agriculteurs. Vraiment ? La MSA prévoit une aide aux congés dans son Passeport JA. Ce chéquier, d’une valeur de 2 000 €, est délivré à tous les jeunes exploitants qui s’installent dans le département. Il délivre notamment 500 € pour solliciter un suppléant au service de remplacement.

Là encore, le dispositif souffre d’un manque de visibilité. « En moyenne, à peine un quart des montants alloués sont utilisés », regrette un responsable de la MSA. Et Marylin Chardonnet, responsable administrative du service de remplacement, d’ajouter « de nombreux jeunes ne répondent pas à nos envois. »

Si la communication et la sensibilisation des exploitants semblent être un axe de développement important, Thomas Gillig note des progrès. « On s’aperçoit que les gens sont réceptifs à nos relances et aux actions de communication. C’est là dessus que nous devons continuer à travailler. » En espérant que la prise de conscience se poursuive.

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