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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Bières de Noël

La mousse, une activité qui se renouvelle

Pratique

Publié le 16/11/2017

Élus, milieux économiques et culturels, le tout Strasbourg s’est pressé sous les ors de l’Hôtel de Ville lundi soir. L’objet de toutes les convoitises ? La mousse de la nativité bien sûr ! Une dizaine de brasseries ont présenté leurs boissons servies dans les bars et restaurants jusqu’à la fin de l’année. Alain Fontanel a souligné que l’événement a toujours représenté le vrai top départ de la saison de Noël, et non, comme le voudrait la croyance populaire, l’arrivée (mouvementée cette année) du grand sapin sur la place Kléber. Pour le premier adjoint au maire, la bière participe au rayonnement de l’Alsace dans le monde.

Une plateforme internet vient d’ailleurs de voir le jour. Lancé par le Syndicat des brasseurs d’Alsace, le site présente l’industrie brassicole, du champ de houblon au restaurant. L’objectif ? Encourager les touristes à visiter les brasseries de la région. Et là, pas de discrimination entre les gros et les petits. « On représente tout le monde de la même manière, même les brasseries non-adhérentes au syndicat », insiste Éric Trossat, le président de l’organisation.

Conserver la première place

Ses principales doléances, un soutien accru de la Région et du Département. Si l’Alsace est aujourd’hui la première région productrice de bière du pays, elle doit faire face à la concurrence venue du nord. « Xavier Bertrand, président des Hauts de France, soutient le secteur sur de grands événements et pour l’exportation, on espère que le Grand Est va nous suivre », dans les efforts pour conserver la première place.

Le patron des brasseurs a aussi annoncé le retour de l’association sur la place publique. Cette année, l’équipe s’est concentrée sur le site internet, mais dès 2018 un événement du même style que la fête Au gré des bières de 2016 sera organisé. Mais on ne peut pas en dire plus, le sujet est top secret ! Petite confidence du responsable, tout de même, l’événement devrait avoir lieu en juin à l’extérieur de la grande île de Strasbourg.

Concours d’étalage

Quand les fruits et légumes s’exposent en magasin

Pratique

Publié le 14/11/2017

« Beaucoup ont appelé pour avoir les résultats avant l’heure », s’amuse Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). C’est dire si l’attente est forte autour du concours d’étalage 2017. Alors, la cérémonie de remise des prix a fait le plein, mercredi 8 novembre à la Maison de la Région de Strasbourg. La dernière semaine de septembre, des jurys composés de membres de l’interprofession ont sillonné l’Alsace pour dénicher la perle de l’année parmi les 61 magasins en compétition.

Des tracteurs dans les allées, des bannières alsaciennes sur les présentoirs, des sculptures en pain. Les participants ont redoublé d’imagination. Et pas de place pour l’amateurisme. Chaque magasin est jugé sur des critères bien précis. Impression générale, regroupement des produits par famille, information du consommateur, ou encore fraîcheur des aliments ont été passés au crible. Les points de vente, regroupés par catégories selon leur taille, étaient aussi appelés à augmenter les références de produits alsaciens.

Cette année, la restauration collective est entrée dans la danse. La société Sodexo, gérante de restaurants d’entreprise, a mis en lice six de ses établissements. Une manière de souligner le fait que même avec des budgets serrés (environ 1,40 € par repas), il est toujours possible de proposer des produits alsaciens.

Circuit court

Obernai : un partenariat entre le lycée agricole et le Leclerc bouleverse les pratiques

Élevage

Publié le 10/11/2017

Ils se sont côtoyés pendant des années sans se douter du potentiel que renfermait leur voisinage. Jusqu’à la visite, l’an dernier, du directeur du supermarché Leclerc d’Obernai au lycée agricole situé juste en face. Le déclic. D’un côté de l’avenue de l’Europe, une grande surface désireuse de vendre du local. De l’autre, l’élevage bovin de l’établissement scolaire en mal de rentabilité. Hop, le magasin se fournira chez le voisin. Ce circuit de proximité est devenu effectif en septembre et bouleverse le fonctionnement de l’exploitation.

Premier challenge pour les équipes de l’école, le contrat porte sur de la viande maturée destinée au rayon tradition. Une catégorie supérieure au « libre-service », les barquettes dans le jargon commercial. Habitués à livrer un produit plus basique à leur client habituel, la coopérative Cloé, les élèves ont dû adapter l’alimentation des taurillons gascons. Avec un menu quatre étoiles ! Des rations de lin ont été testées depuis le début de l’année. Cette graine « apporte beaucoup d’énergie et provoque le gras interstitiel (qui fait la qualité de la viande) », explique Freddy Merkling, le directeur du site. Jusque-là, tout va bien.

Retrouver l’équilibre économique

Avec un kilo de tradition rémunéré 4,30 €, les comptes de l’exploitation retrouveraient un équilibre perdu depuis quelques années. « On a connu des périodes difficiles, avec des prix bas et des charges élevées », reconnaît le responsable. Alors la perspective d’un tarif fixe négocié à l’année a de quoi séduire. Une offre consentie afin de nouer une relation de confiance, selon le distributeur. « Il n’y a pas eu de grosses négociations sur les prix, précise David Jambois, maître boucher et cheville ouvrière de l’accord pour Leclerc. On a calculé le seuil de rentabilité de l’exploitation et on s’est calé dessus. » Laurent Leclercq, son directeur, a fait de l’approvisionnement local une priorité et un argument de vente.

Pourtant, une deuxième exigence du magasin perturbe ce beau tableau. Les carcasses ne doivent pas dépasser les 450 kg, afin de faciliter la découpe. Problème, les gascons sont des animaux tardifs. Ils mettent plus de temps à fabriquer le fameux gras interstitiel, gage de qualité. Le responsable d’élevage est pris entre deux feux. Quand ses taurillons atteignent un niveau de finition satisfaisant, ils sont déjà trop gros ! À l’inverse, quand ils gardent la ligne et restent sous les 450 kg, la qualité n’est pas optimale. Exit le tradition donc, et retour au libre-service payé 4,20 € le kilo. Pour l’instant du moins.

Car Freddy Merkling prépare la contre-attaque. Dès décembre, un lot d’aubracs va être testé. « L’aubrac est la race française la plus précoce. Elle arrivera peut-être à maturation sans prendre trop de poids », espère ce passionné. Les nouvelles venues pourraient résoudre un autre problème. David Jambois a en effet constaté que la viande livrée a tendance à noircir une fois sous plastique. Niveau sanitaire et gustatif, cela ne change rien. Pour l’esthétique on repassera. Un souci dû au stress durant les 2 h 30 de transport vers l’abattoir de Mirecourt (Vosges), d’après l’éleveur. « Jusqu’à présent nous n’avions pas eu de mauvais retours car Cloé envoie les bêtes à Holtzheim », à 30 minutes de route. Les aubracs résisteront-elles mieux au mal des transports ? Freddy veut le croire, cette race a la réputation d’être calme.

Modifier le calendrier pour répondre aux commandes

Alimentation, prix, race… Au chapitre des chamboulements on note aussi la cadence de livraison qui s’accélère. Avant, l’atelier recevait 204 bovins en trois fois, en octobre, novembre, décembre, et les vendait groupés un an plus tard. Simple, efficace. Désormais, le client commande une ou deux bêtes tous les quinze jours environ. Les équipes de l’élevage doivent donc lisser leurs arrivages sur l’année pour pouvoir satisfaire la demande à chaque instant. Un changement qui ne se fait pas du jour au lendemain. Les lots présents doivent d’abord être écoulés et les dates de livraison décalées petit à petit afin de ne pas créer de « trous ». D'ici 2019, le rythme devrait être calé, à raison d’un lot de 68 têtes tous les quatre mois.

Et l’été ? Là encore, le personnel de l’exploitation doit s’adapter. Quand les élèves profitent de vacances méritées, les affaires tournent comme d’habitude au Leclerc. Les fonctionnaires cherchent donc des solutions pour manipuler le troupeau en toute sécurité à deux ou trois. « On va installer un tourniquet afin de réguler le passage des animaux lors de la pesée », explique le responsable du site.

Décidément, ces derniers mois tiennent plus de la révolution que de la rentrée scolaire. « Tout a changé, la demande est complètement différente », résume le patron qui ne cache pas son excitation. Un peu comme un mathématicien devant une équation à six inconnues. Pour l’avenir, il se prend à rêver d’expansion. « Il y a un Leclerc à Erstein et le lycée a une antenne là-bas », sourit-il. Et cette fois, les discussions ne débuteront pas par hasard.

Pomme de terre, chou et pomme

Point d’étape des récoltes : des situations mitigées

Cultures

Publié le 05/11/2017

Des pommes de terre bradées, un chou qui a souffert de la pluie, et des pommes gelées. Les représentants des trois productions ont partagé leurs inquiétudes avec la presse, à la table de Benoît Fuchs, à l’initiative de l’interprofession des fruits et légumes et du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT). Si les agriculteurs font face à des problèmes différents selon leur production, ils espèrent tous un bon prix pour sauver la saison.

Dans le salon du Gavroche, Frédéric Kiehl se félicite d’avoir agrandi son entrepôt de Duppigheim l’an dernier. Et pour cause, la production de patates a explosé cette année. Conséquence directe, les prix dégringolent. Le président de l’association pour la promotion de la pomme de terre en Alsace avance un prix en baisse de moitié par rapport à 2016. Pas défaitiste pour autant, il attend avec impatience que les productions du Nord de la France soient écoulées. « Aujourd’hui on inonde le marché car certains producteurs ne peuvent pas stocker, explique-t-il. On espère une remontée des prix d’ici fin novembre. »

Optimiste, le CNIPT l’est aussi. « Il n’y a pas de raison de paniquer, rassure Carole Blandin, responsable communication de l’organisation. La pomme de terre a de nombreux débouchés à l’export, les cours vont remonter. » En attendant cette embellie, le CNIPT planche sur un outil pour éviter la crise de nerfs dans les années à venir. Il s’agira d’un indice interne à la profession, pour indiquer les prix moyens pratiqués. « Dès 2018, les producteurs pourront se situer par rapport au marché français », détaille la responsable. Le but ? Que les agriculteurs aient toutes les cartes en main pour établir leurs prix… et se rassurer par rapport au voisin.

Côté chou, l’humeur change d’un terroir à l’autre. « La campagne est très hétérogène cette année », constate Laurent Heitz, président du syndicat des producteurs de chou à choucroute basé à Geispolsheim. S’il a été épargné par la pluie cet été, ses collègues de Meistratzheim ont beaucoup souffert. À mi-récolte, l’élu prédit déjà que les cuves ne feront pas le plein. Mais les prix ne s’envoleront pas pour autant. La vente de chou à choucroute contractualisée, les prix sont déjà fixés. « Au moins, on sait qu’ils ne se casseront pas la figure en cours de route », ajoute le responsable.

Niveau volumes, les pommiers ont le plus souffert. « On a perdu près de 40 % de la production par rapport à l’an dernier », estime Pierre Barth, responsable fruits à la FRSEA. En cause, le gel de printemps qui a beaucoup affecté les vergers haut-rhinois. Là encore, les prix vont être déterminants pour donner une note définitive à la campagne 2017. À l’inverse des pommes de terre, la pomme voit son cours grimper. Plus 20 % au détail et jusqu’à 50 % d’augmentation pour l’industrie (les fruits invendables aux particuliers). Mais le responsable syndical reste prudent, « la hausse de l’industrie ne compensera pas la perte due aux pommes non-produites. »

Étoiles d’Alsace

Formule jeunes : la gastronomie pour tous

Pratique

Publié le 03/11/2017

Ne dites pas apéritif dînatoire, mais afterwork festif. Mission séduction de la jeune clientèle pour les Étoiles d’Alsace, la semaine dernière à Strasbourg. Les meilleurs chefs de la région ont donné le top de la Formule jeunes 2017, proposant des menus à petits prix, à coups de musique électro, d’amuse-bouches quatre étoiles et de bon vin. Après le succès de l’afterwork de l’an dernier, l’association de restaurateurs était attendue au tournant.

Au final, plus de 400 fêtards ont pris part à cette soirée branchée. « Nous affichions complet à peine 24 heures après l’ouverture des réservations. » Michel Husser, fraîchement élu président des Étoiles d’Alsace, affichait un large sourire, quelques minutes avant l’ouverture des portes. L’événement a drainé son lot de jeunes cadres dynamiques entre la salle de réception et les jardins du Haras. La plupart ont eu vent de la fête sur les réseaux sociaux. « Des amis m’ont parlé de la soirée de l’an dernier et m’ont recommandé de venir, raconte Justine, une petite rousse qui débute dans la médecine. Je me suis tenue à l’affût sur Facebook pour cette édition. »

De l’étoilé à partir de 42 €

Praliné de foie gras, huître pochée, origami de betterave et anguille. Les mets servis aux tables de la vingtaine de cuisiniers présents donnent un avant-goût des menus proposés en Formule jeunes. Des cuistots qui se sont prêtés à fond au jeu de la proximité. On pouvait ainsi causer avec les grandes toques locales autour d’un pinot noir et d’un cake aux olives. Normal pour une promotion qui veut inciter les jeunes à pousser la porte de restaurants reconnus.

Mais l’argument choc reste bien sûr le prix. Pour 42, 79 ou 109 € on peut s’offrir un repas tout compris à trois ou quatre plats dans une des meilleures maisons alsaciennes. Une manière de démonter l’idée bien implantée chez les jeunes selon laquelle un restaurant gastronomique coûte toujours très (trop) cher. « Les jeunes sont notre clientèle d’avenir, c’est essentiel d’aller vers ce public, » confirme Michel Husser, par ailleurs chef au Cerf à Marlenheim.

Les Jeunes vignerons s’invitent à la fête

Pour couronner le tout, les cuistots sont venus avec une surprise dans leur hotte. Deux partenariats avec les Jeunes vignerons indépendants et une dizaine d’artisans (boulangers, bouchers…) viennent étoffer les offres classiques de l’association. En clair, les restaurants participants à la Formule jeunes vont désormais proposer des vins issus des Jeunes vignerons indépendants d’Alsace. « On va essayer d’en proposer au moins deux par menu », espère le président de l’association.

« L’idée est de se faire connaître au sein de restaurants déjà reconnus », affirme Denis Hebinger, cheville ouvrière de ce partenariat pour le syndicat viticole. Un accord qui coule de source selon le vigneron. Si l’initiative est venue de la base des Jeunes vignerons, les chefs l’ont reçue avec bienveillance. « Nous partageons les valeurs de qualité, d’authenticité, de fidélité à notre région et son terroir, » appuie le patron des Étoiles d’Alsace.

Un peu plus discret, le mariage avec une dizaine d’artisans marque un changement dans l’utilisation de l’offre. À l’issue d’un repas Formule jeunes, les convives recevront un bon de réduction valable chez des maîtres artisans de la région. Et quelle ristourne ! Pas moins de 20 % offerts chez la dizaine de partenaires.

Un argument supplémentaire pour attirer encore plus de jeunes gourmets, et battre le record des 12 000 repas servis dans le cadre de ce programme l’an dernier. D’ici là, un deuxième afterwork est prévu le 16 novembre, au Koifhus de Colmar. Avis aux amateurs !

Highland cattle de Weiterswiller

Le troupeau reprend du poil de la bête

Élevage

Publié le 26/10/2017

Le mois d’octobre sourit à Pierre Fieffel. Vendredi 6, Noiraud, un highland cattle, est venu au monde sous la pluie. Dans quelques jours, un de ses taureaux part pour un élevage à Vallon-en-Sully, dans l’Allier. En retour, une génisse s’installera à Weiterswiller afin de renouveler le sang. Enfin, l’exploitant se remet à vendre de la viande, après six ans d’arrêt.

Une longue sieste ? Pas aussi agréable. Pierre Fieffel revient de loin. En 2011, une altercation avec des chasseurs l’envoie à l’hôpital. Durant son hospitalisation, ses 35 vaches écossaises aux longues cornes se volatilisent, ainsi que ses lamas et tout le matériel. « Près de 80 000 € de pertes », estime l’agriculteur. Trois ans plus tard, poussé par son entourage, il décide de retourner à sa passion. Il achète un taureau, Hermann, à l’élevage Alphonse Christophe de Walscheid, et une vache, Surprise, à la maison Hertzog de Mackwiller.

Une tonne de taureau

Depuis, la famille ne cesse de s’agrandir. Chaque année, un veau ou une velle voit le jour. Et Hermann, la fierté de Pierre Fieffel, ne cesse de grossir. Jusqu’à atteindre plus d’une tonne aujourd’hui ! Son cheptel passe le plus clair de son temps en extérieur, grâce au système pastoral. Des propriétaires lui confient des terrains à défricher avec ses vaches. « C’est une race qui mange tout, même les ronces, s’exclame l’agriculteur. Et elle peut très bien vivre sur des terrains marécageux. » Il en tire aussi du fromage, du fumier, du répulsif grâce aux poils… Et désormais de la viande. Mais attention, lui, il n’abat pas ses animaux, il les envoie à l’élevage partenaire dans l’Allier. « J’ai trop de sympathie pour mes vaches, elles ont fait beaucoup pour moi », explique, presque ému, l’exploitant.

S’il peut se permettre de tels états d’âme, c’est grâce à son statut de pluriactif. Quand il n’est pas auprès de ses bovins, il travaille sur des fermes dans tout le Bas-Rhin. « Parfois je fais plus d’une heure trente de voiture pour aller au travail », insiste-t-il. Pas de quoi effrayer cet ancien chauffeur de poids lourds qui est tombé amoureux de la race écossaise en sillonnant les routes du Royaume-Uni.

D’ailleurs la route, il la prend souvent avec ses bêtes. Marchés de producteurs, fêtes de villages, événements d’entreprise et même happening dans un restaurant étoilé. Le plus écossais des éleveurs alsaciens ne manque pas une occasion de faire connaître ses bêtes. Dernière nouveauté en date, des bandes réfléchissantes collées aux longues cornes des vaches. « À l’entrée de Weiterswiller les gens roulent trop vite, constate l’exploitant. Alors je fais de la sécurité routière avec mes animaux ! » Pour éradiquer le problème, il réfléchit même à vêtir ses bêtes de pull-overs estampillés « gendarmerie ». « Il y avait la police montée, maintenant il y aura la gendarmerie bovine », s’esclaffe l’agriculteur.

Pomme de terre, chou et pomme

Point d'étape des récoltes : des situations mitigées

Cultures

Publié le 25/10/2017

Des pommes de terre bradées, un chou qui a souffert de la pluie et des pommes gelées. Les représentants des trois productions ont partagé leurs inquiétudes avec la presse, à la table de Benoît Fuchs, à l'initiative de l'interprofession des fruits et légumes (Interfel), et du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT). Si les agriculteurs font face à des problèmes différents selon leur production, ils espèrent tous un bon prix pour sauver la saison.

Dans le salon du Gavroche, Frédéric Kiehl se félicite d'avoir agrandi son entrepôt de Duppigheim l'an dernier. Et pour cause, la production de patates a explosé cette année. Conséquence directe, les prix dégringolent. Le président de l'association pour la promotion de la pomme de terre en Alsace avance un prix en baisse de moitié par rapport à 2016. Pas défaitiste pour autant, il attend avec impatience que les productions du nord de la France soient écoulées. « Aujourd'hui on inonde le marché car certains producteurs ne peuvent pas stocker, explique-t-il. On espère une remontée des prix d'ici fin novembre. »

Optimiste, le CNIPT l'est aussi. « Il n'y a pas de raison de paniquer, rassure Carole Blandin, responsable communication de l'organisation. La pomme de terre a de nombreux débouchés à l'export, les cours vont remonter. » En attendant cette embellie, le CNIPT planche sur un outil pour éviter la crise de nerf dans les années à venir. Il s'agira d'un indice interne à la profession, pour indiquer les prix moyens pratiqués. « Dès 2018, les producteurs pourront se situer par rapport au marché français », détaille la responsable. Le but ? Que les agriculteurs aient toutes les cartes en main pour établir leurs prix... et se rassurer par rapport au voisin.

Moins de volumes pour la pomme, mais de meilleurs prix 

Côté chou, l'humeur change d'une terroir à l'autre. « La campagne est très hétérogène cette année », constate Laurent Heitz, président du syndicat des producteurs de chou à choucroute basé à Geispolsheim. S'il a été épargné par la pluie cet été, ses collègues de Meistratzheim ont beaucoup souffert. À mi-récolte, l'élu prédit déjà que les cuves ne feront pas le plein. Mais les prix ne s'envoleront pas pour autant. La vente de chou à choucroute contractualisée, les prix sont déjà fixés. « Au moins, on sait qu'ils ne casseront pas la figure en cours de route », ajoute le responsable.

Niveau volumes, les pommiers ont le plus souffert. « On a perdu près de 40 % de la production par rapport à l'an dernier », estime Pierre Barth, responsable fruits à la FRSEA. En cause, le gel de printemps qui a beaucoup affecté les vergers haut-rhinois. Là encore, les prix vont être déterminants pour donner une note définitive à la campagne 2017. À l'inverse des pommes de terre, la pomme voit son cours grimper. Plus 20 % au détail et jusqu'à 50 % d'augmentation pour l'industrie (les fruits invendables aux particuliers). Mais le responsable syndical reste prudent, « la hausse de l'industrie ne compensera pas la perte due aux pommes non produites. »

Zoom sur une élève méritante

Une apprentie sur deux rives

Vie professionnelle

Publié le 13/07/2017

Sept heures de cours par jour ? Très peu pour Léa Geissler. À sa sortie du lycée, en 2015, cette originaire de Dessenheim ne veut pas suivre un cursus classique. Elle se lance alors à la chasse au contrat d'alternance, dans le domaine de la gestion de l'eau. Un parcours du combattant qui finit par payer.

« J'ai envoyé des dizaines de CV autour de chez moi et plus loin, sans résultat », se dépite-t-elle. Son salut viendra d'Allemagne. Un récent partenariat entre le CFA d'Obernai et des entreprises allemandes lui permet d'intégrer la station de traitement des eaux de Breisach-Grezhausen, voisine de Neuf-Brisach.

Pénurie d'alternants en Allemagne

Car les employeurs allemands ont de grosses difficultés à trouver des prétendants à l'alternance. À l'inverse de leurs homologues français qui croulent sous les demandes de jeunes motivés. La française a donc ôté une épine du pied à Michael Hacker, son patron. « En général on met des mois à trouver un alternant », confirme-t-il.

Il se dit « très fier » de voir son apprentie recevoir le prix d'élève méritante. D'autant plus que la jeune fille est la première française à travailler à la station d'épuration. Dans une entreprise composée à presque 100 % d'hommes, « Léa a apporté une certaine diversité et nous a beaucoup appris. » 

Une formule bénéfique pour tous

Un sentiment partagé par l'intéressée. Quand elle débarque à Breisach, à 18 ans, elle a un bon niveau d'Allemand, mais est « loin de le parler couramment. » Problématique pour travailler ? Pas du tout selon la jeune femme. « Ils m'ont très bien accueillie, et j'ai beaucoup progressé. » Modeste, elle refuse d'assumer son niveau bilingue.

Mais une bonne atmosphère de travail ne fait pas tout. Les compétences techniques qu'elle a acquises au cours des deux ans de BTS vont lui servir dans sa vie professionnelle. Et elle garde l'impression d'avoir appris plus de connaissances pratiques que ses camarades en France. À l'inverse, son chef a particulièrement apprécié l'enseignement fourni par le CFA. Des cours « généraux » qui forment les alternants de manière plus complète qu'outre-Rhin.

Renouveler l'expérience

Seul regret du manager allemand ? Léa a décliné son offre de prolonger pour une troisième année son contrat. Pourtant l'expérience a convaincu. Michael Hacker va embaucher un nouvel alternant dès l'année prochaine. Didier Helmstetter, chargé de développer les programmes transfrontaliers auprès du CFA, confie vouloir multiplier les contrats dans les années à venir. Il vient même de conclure un partenariat avec une école allemande. Désormais, les étudiants français pourront étendre leurs études d'un an et ainsi obtenir l'équivalent du BTS en Allemagne.

Léa, quant à elle, va mettre à profit son expérience pour « voir autre chose. » Normal à 20 ans. Retourner en Allemagne ? Pas une priorité. Pourtant, elle s'empresse de préciser qu'elle « ne se ferme aucune porte pour autant. » Après tout, les voyages ne forment-ils pas la jeunesse ?

Fabrique à bretzels Boehli

Gundershoffen : à la découverte des bretzels Boehli

Pratique

Publié le 06/07/2017

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la bretzel. L’usine Boehli de Gundershoffen s’est agrandie l’an dernier, avec deux nouvelles lignes de production. L’occasion pour le fabricant de biscuits de remplacer son vieux magasin d’usine par un espace d’accueil plus recherché. Depuis le mercredi 28 juin, les visiteurs défilent dans un petit musée dédié à la bretzel. Suivez le guide, Raphaël Wurtz, directeur de l’usine.

On commence par une fresque sur l’histoire du biscuit. De sa première apparition documentée, il y a 1 400 ans, à son développement moderne. Les hypothèses sur sa naissance varient selon les sources. Certains lui attribuent une origine celte. D’autres dressent un parallèle entre la forme de la pâte et les bras croisés des moines à l’heure de la prière.

Symbole de l’Alsace

Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde pour dire que la bretzel est vite devenue un symbole. Emblème de la corporation des boulangers d’Alsace, elle s’impose par la suite comme une caractéristique indissociable de l’Alsace. Au même titre que le vin ou la choucroute !

Place à l’histoire de la maison. Le visiteur ébahi déambule devant une petite reconstitution de la boulangerie du maître Marcel Boehli. Boulanger de son état de 1935 à 1952, année de fondation de sa première usine. Ustensiles d’époque et petite biographie donnent une idée des réalités du métier au milieu du siècle passé.

On s’attaque ensuite à l’histoire moderne de la société. Son rachat en 1998 par Édouard Meckert. Son expansion à l’international. « On est connu partout dans le monde, notamment en Australie et au Koweit », confirme Raphaël Wurtz. Et l’explosion de son chiffre d’affaires, passé de 3 à 11,5 millions d’euros (M€) en 20 ans.

Un tunnel pour tout savoir

Dernière étape et pas des moindres, le processus de fabrication. On touche du doigt les matières premières (farine de blé, huile de tournesol, eau, sel, levure de boulanger et malt) exposées sur une table. Puis, le visiteur se familiarise avec les différents métiers présents dans l’usine. Des écrans et panneaux expliquent le rôle de chacun dans la confection des bretzels et des sticks.

Suivez la fabrication en vidéo :

Pour finir, l’attraction phare du musée. Le tunnel à bretzels. Dans ce passage, les amateurs d’apéritifs salés peuvent observer la ligne de production, à travers de grandes baies vitrées. Moules, tapis roulants et autres fours sont ainsi à portée de main. Des écrans et panneaux donnent les informations de base pour comprendre le processus.

La visite se termine bien entendu à la toute nouvelle boutique et au bar. Bière et bretzel ont toujours fait bon ménage !

Assises de la vente directe

Nouveaux modes de consommation : aubaine et défi pour les producteurs

Vie professionnelle

Publié le 15/06/2017

Tous les voyants sont au vert pour la vente directe. Les assises régionales organisées le 8 juin à Strasbourg ont décortiqué les changements dans les modes de consommation et les moyens d’y répondre au mieux.

Bertrand Oudin, consultant lyonnais et animateur de la séance d’introduction, explique le besoin de proximité des clients. L’urbanisation galopante « a éloigné le consommateur du monde rural, expose-t-il. Les gens souhaitent recréer un lien avec la campagne. » La perte de repères et de cohésion sociale ravive la nécessité de nouer des relations fortes. « Les gens veulent une proximité géographique et relationnelle », déduit l’expert en insistant sur ce dernier mot.

Une crise économique bénéfique ?

Paradoxalement, la crise économique aurait des conséquences positives sur la vente directe. Elle a ravivé une certaine forme de solidarité. Ou du moins, une conscience collective. Selon une enquête de l’institut Ipsos (2014), 97 % des Français estimaient qu’acheter local favorisait l’économie de leur région. Une manière d’acheter responsable.

Autre point positif, le concept de décroissance perd en popularité. Une étude très récente de Greenflex montre que seulement 14 % des Français souhaitent réduire leur consommation en général. Un pourcentage en forte diminution puisqu’ils étaient 21,5 % en 2012. Dans le même temps, toujours plus de sondés estiment que les produits locaux ou labellisés sont synonymes de consommation responsable.

Le local, cette valeur sûre

De la même manière, les clients tiennent de plus en plus compte du respect de l’environnement dans leurs achats. Cette valeur dite « culturelle » ou « écologique » devient d’ailleurs un élément essentiel de la communication, dans tous les secteurs. Voitures moins polluantes, écotourisme et bien entendu produits alimentaires de qualité. Sans colorants ni conservateurs évidemment !

Là dessus, les producteurs partent avec un avantage certain sur la concurrence. Dans l’étude Ipsos, 46 % des sondés se déclaraient rassurés de la qualité d’un produit quand celui-ci est vendu directement par le producteur. Selon une enquête du Credoc (2015), les termes « proximité, » « local » et « producteur » deviennent des qualificatifs récurrents pour désigner un bon produit. Pas de doute, les paysans sont dans le cœur des consommateurs.

Aller vers le consommateur

Cependant, cela ne suffit pas. « Les gens cherchent une relation authentique, mais ils n’oublient pas les aspects pratiques », prévient le spécialiste du jour. Autrement dit, simplifier la vie du client devient primordial. Les courses sont de plus en plus vécues comme des corvées. D’après l’Insee, entre 1986 et 2010, la part des Français considérant le shopping alimentaire comme une tâche ingrate a doublé. Passant de 10 à 20 %.

Pour que l’idylle perdure, il faut donc s’adapter aux nouvelles pratiques. Par exemple, l’essor du m-commerce (achats sur smartphone) implique le développement de nouvelles offres digitales. Vente directe et terroir riment désormais avec technologie. Le modèle click & collect, mode de distribution qui permet de commander sur internet avant de retirer en magasin, a le vent en poupe. En témoignent les nombreux drives fermiers sortis de terre depuis cinq ans.

Mais ce n’est pas tout. Les livraisons en point de retrait se multiplient un peu partout en France. De même que les paniers à retirer en gare. Fruits de partenariats entre des producteurs et la SNCF, ils mettent littéralement les produits sur le chemin des voyageurs. Dernière innovation en date ? Les casiers urbains. Ces boîtes fonctionnent comme des distributeurs automatiques. À ceci près qu’au lieu d’acheter des snacks ou des sodas, on retire des produits fermiers. Pour la relation authentique on repassera, mais niveau pratique le système est imparable.

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