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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Pour de meilleures relations commerciales

Vie professionnelle

Publié le 09/02/2018

Inverser la formation des prix. C’est le deuxième point de la charte signée le 14 novembre entre les syndicats agricoles et la grande distribution dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Il invite les signataires à mieux tenir compte des coûts de production des agriculteurs dans l’établissement du prix de vente en rayon. Un principe qui doit assurer aux paysans un revenu décent. Finie la casse des prix ?

« Non. » Réponse sans appel d’Olivier De Bohan, vice-président de Coop de France, à la tribune de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, lundi 5 février. Trois mois après la ratification de l’accord, tous les professionnels dressent un même constat. Les enseignes de grande distribution (GMS) ne jouent pas le jeu. « Certaines vont jusqu’à délocaliser les lieux de négociation pour échapper aux nouvelles règles », lâche exaspéré celui qui est aussi président de Cristal Union.

Pire. La GMS demanderait des baisses de 2 à 8 % sur de nombreux produits. Les négociations commerciales débutées en novembre sont si difficiles que Christiane Lambert a tapé du poing sur la table. Les agriculteurs ont beau brandir la charte d’engagement, « les distributeurs disent qu’ils s’assoient dessus », a déploré la présidente de la FNSEA lors de ses vœux à la presse, le 9 janvier.

Mettre fin à la guerre des prix bas

Mais comment obliger la GMS à respecter ses engagements ? À la tribune de Kurtzenhouse, Marie-Thérèse Bonneau demande un cadre légal contraignant. « Il faut des règles et des pénalités pour ceux qui ne les respectent pas », défend la vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait. Légiférer donc.

Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, a présenté son projet de loi au Conseil des ministres du 31 janvier. Le texte devrait relever le seuil de revente à perte de 10 %. Soit le prix d’achat du produit plus les coûts logistiques. Il devrait aussi limiter les promotions à 34 % de la valeur d’origine du produit, et 25 % du volume annuel. Des mesures destinées à mettre fin à la guerre des prix bas que se livrent les géants de la distribution et dont les agriculteurs font les frais.

Un problème européen

Pourtant, la GMS ne porte qu’une partie des responsabilités, selon Michel Dantin, eurodéputé spécialiste des questions agricoles. « Mes équipes ont détecté plus de 41 modes de concurrence déloyale en Europe », explique-t-il devant les adhérents du syndicat bas-rhinois. Pour l’élu, il s’agit là d’un problème européen. Et les États généraux de l’alimentation n’ont apporté qu’une partie de la solution, car trop centrés sur la France.

Il se tourne aussi vers l’Europe pour trouver des solutions. Il a par exemple salué l’accord européen sur le règlement Omnibus. Le texte modifie certaines doctrines financières, notamment en matière agricole. Ainsi, il augmente la flexibilité de répartition de la valeur par rapport aux contrats commerciaux signés en début d’année. En d’autres termes, les bonnes années, les agriculteurs pourront demander à recevoir une partie des marges supplémentaires dégagées par la distribution.

De plus, depuis le 1er janvier, les organisations de producteurs sont considérées comme un outil économique. Elles peuvent intervenir sur tous les aspects d’une relation commerciale. Tarifs, planification, condition de livraison… Les agriculteurs sont invités à se rassembler pour peser plus lourd dans la balance.

Pour Marie-Thérèse Bonneau, les paysans font surtout face à un problème de fond. Les acheteurs, industriels comme particuliers, ne respectent pas la valeur de leur travail. « Il reste un mois de négociations commerciales, à nous de mettre la pression pour faire reconnaître notre travail. »

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin

Redonner des couleurs à l’agriculture française

Vie professionnelle

Publié le 09/02/2018

« Notre agriculture a plein d’atouts, mais l’environnement actuel ne nous permet pas de les exprimer. » Voici en résumé le constat de Franck Sander sur la situation du monde agricole. Devant 500 adhérents réunis pour l’assemblée générale de la FDSEA 67, son président a avancé des propositions pour soigner les maux de la paysannerie hexagonale. Son leitmotiv ? Améliorer la compétitivité des exploitations françaises pour obtenir un prix décent. Et in fine, vivre de son travail.

Là encore, un état des lieux sévère. Sur les dix dernières années, « la valeur ajoutée alimentaire a progressé dans tous les pays européens, sauf un : la France. » L’élu oppose ainsi des hausses de valeur de 2 à 20 % dans l’Union européenne (UE), à une baisse de 14 % pour les produits tricolores. Un manque de compétitivité fatal sur un marché mondialisé.

La faute à qui ? Aux normes et plus généralement à l’administration française. Une bureaucratie accusée d’aller plus loin que ce que prévoient les directives européennes. Dernier exemple en date, le glyphosate. Alors que le Parlement européen a voté pour une reconduction de cinq ans, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé à ses services de plancher sur une interdiction d’ici trois ans. Cette tendance à « vouloir laver plus blanc que blanc » plomberait la compétitivité de l’agriculture et l’empêcherait d’avancer.

Plus vert, plus cher

Deuxième cheval de bataille, les prix. Ou plutôt le juste prix. Les États généraux de l’alimentation ont acté (sur le papier), l’inversion de la formation du prix. À l’avenir les tarifs se baseront sur les coûts de production des exploitants et augmenteront à chaque étape de la chaîne jusqu’à l’arrivée en rayon. Ce dispositif doit (sur le papier toujours) empêcher la grande distribution d’imposer des tarifs trop bas aux paysans. « Chacun pourra comprendre qu’il n’est pas possible de vendre en dessous de son coût de production », a asséné Franck Sander.

Pourtant, les centrales de distribution ne sont pas les seules coupables. Les consommateurs eux-mêmes doivent accepter de « payer le prix de leurs exigences. Car produire des œufs en plein air coûte plus cher qu’en batterie. » Cela passe par toujours plus de communication à destination du grand public, selon le responsable syndical. Les agriculteurs doivent continuer à vanter leur métier et leurs savoir-faire. Surtout lorsqu’ils adoptent des techniques plus respectueuses de l’environnement et du bien-être animal.

Mercredi 31 janvier, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a présenté au Conseil des ministres un projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le monde agricole. Un texte censé officialiser les conclusions des États généraux de l’alimentation. Autant dire que les responsables agricoles surveillent le sujet. « Nous attendons beaucoup de la loi pour faire en sorte que le prix payé aux agriculteurs ne soit plus la variable d’ajustement », confirme Franck Sander.

Bâtiments d’élevage

Contre les odeurs, plantez des haies

Élevage

Publié le 01/02/2018

Attention, ça pousse ! D’ici deux ou trois ans, les bâtiments d’élevage de Sébastien Haug auront disparu des abords de Witternheim. L’éleveur de cochons n’envisage pas de déménager, mais il a planté une haie autour de son terrain, en décembre. Cet aménagement doit cacher les murs disgracieux et freiner l’odeur qui dérange le voisinage. Un problème bien connu de nombreux agriculteurs alsaciens.

Installés à quelques centaines de mètres du village, les 2 000 porcs de la ferme Haug font jaser. « On nous a beaucoup critiqués parce qu’on ne faisait rien pour le paysage, ni contre les odeurs », explique Sébastien, à la tête de l’affaire familiale depuis 2010. Si bien que la mairie a décidé de limiter l’extension de l’élevage dans le nouveau plan local d’urbanisme. Dans la crainte de se retrouver bloqué, le paysan passe un accord avec l’édile. Il recevra l’autorisation de construire un troisième bâtiment s’il plante des haies.

Chose faite le 19 décembre dernier. Au total, près de 400 mètres d’arbres et arbustes sont plantés. « Le rang va maintenir la lame de vent en hauteur, commente Jacques Detemple, président de l’association Haies vives d’Alsace, qui a conseillé l’agriculteur. L’odeur devrait passer au-dessus des maisons. » Petit hic, une haie maintient le vent en altitude sur cent mètres. Passée cette distance, le vent retombe avec les odeurs dans son sillage. « Pour être efficace au maximum, il faudrait une haie tous les cent mètres », constate l’expert. Mais Sébastien Haug ne peut pas planter des arbres sur des terrains qui ne lui appartiennent pas.

Services maximum, entretien minime

Selon les deux hommes, la rangée installée en décembre devrait tout de même atténuer l’odeur. Pour Sébastien, cette solution est idéale. L’entretien de ses nouveaux arbres s’avère minime. « Passer un coup de sécateur une fois par an et remettre les protections grillagées autour des arbres de temps en temps », résume Jacques Detemple. Le propriétaire a reçu une subvention de la Région Grand Est pour financer les plans et études des sols effectués par Haies vives d’Alsace. Au final, l’achat des plants et leur installation par le chantier d’insertion SAVA lui ont coûté 6 500 €.

Selon l’associatif, ses protégés présentent de très nombreux avantages cachés. « On utilise les haies comme perchoirs pour rapaces, pour lutter contre l’érosion et même contre le ruissellement, avance-t-il. Ici, on va observer un retour de la biodiversité. Les arbrisseaux vont attirer les passereaux ; la chouette chevêche nichera dans les plus grands arbres. » Ces oiseaux devraient se nourrir d'insectes, dont des nuisibles.

De fiers services que commencent à s’arracher agriculteurs et collectivités dans toute l’Alsace. Haies vives intervient par exemple à Ungersheim, Laubach, ou encore Strasbourg. « Nous avons même commencé une concertation entre de nombreux agriculteurs pour limiter le ruissellement dans une vallée vosgienne. » Les haies n’ont pas fini de faire parler d’elles.

Opaba

Resserrer les liens avec ses partenaires

Vie professionnelle

Publié le 10/01/2018

Préparer une conversion bio, un vrai casse-tête pour les agriculteurs qui se lancent sans l’aide de spécialistes. Et pourtant, « un tiers des producteurs en conversion bio ne sont pas passés par le pôle conversion en 2016 », remarque Julie Gall, animatrice à l’Opaba. Un âpre constat pour l’organisme dédié à la promotion de la bio en Alsace. D’autant plus que sur ces onze paysans, neuf ont déclaré avoir rencontré des difficultés dans leur démarche. Alors, pour cueillir le maximum de fermiers égarés, l’Opaba veut affiner son maillage local.

C’est pourquoi elle a invité tous ses alliés de terrain à Schiltigheim, mardi 12 décembre. Municipalités, syndicats, industriels et organismes certificateurs sont venus en apprendre plus sur ce pôle conversion. Les intervenants ont vanté l’action de l’organisation, chiffres à l’appui. Toujours plus de fermes rejoignent le mouvement. Record même pour 2017, avec 80 exploitations supplémentaires. Les surfaces agricoles bios sont passées de 11 438 ha en 2007 à 24 360 ha cette année.

Objectif 33 660 ha bios en 2020

Mais l’organisation doit appuyer sur l’accélérateur si elle veut atteindre son objectif de 33 660 ha bios d'ici 2020. Un horizon ambitieux que nuance le président, Julien Scharsch. « Les résultats des productions animales sont très bons, mais sur certaines cultures, on ne remplira pas tout à fait nos objectifs. » Quoi qu’il en soit, cette opération séduction a aussi incité les partenaires à partager leurs réflexions.

Les réseaux sociaux se sont ainsi invités dans les débats. Une participante a par exemple suggéré d’utiliser Twitter et Facebook de manière plus intensive. Une remarque qui a fait mouche. Véronique Klein, référente bio de la Chambre d'agriculture Grand Est, a réagi en son sens. « C’est vrai qu’on a pris un peu de retard, mais il faut s’y mettre, c’est sur les rails. » Reste à savoir si les paysans qui échappent à la vigilance du pôle bio utilisent Twitter tous les jours.

Lipsheim

Il faut sauver le séchoir à tabac

Pratique

Publié le 08/01/2018

Le séchoir à tabac se dresse, branlant, dans le centre-ville de Lipsheim. Inutilisé depuis 1958, trop cher à entretenir, l’édifice à colombage tombe en ruine. « Je ne pense pas qu’il tiendrait dix ans de plus », lâche Jean-Marc Weber, le propriétaire. Une planche de bois gît dans la ruelle voisine. La structure de trois étages est devenue un danger public. Condamné à la démolition, il vient pourtant de sauver sa peau. Vendredi 15 décembre, l’Écomusée d’Alsace et la Fondation du patrimoine ont lancé une souscription pour déménager le bâtiment vers le village-musée haut-rhinois.

Une opération complexe du fait de l’état de la grange. « Près de 20 % des bois sont à refaire », illustre Dominique Tomasini, secrétaire de l’association Patrimoine et Emploi, en charge des travaux. Et cela a un coût. Environ 75 000 €. La fondation pour la préservation du patrimoine s’est engagée à financer presque la moitié de la somme. Reste à collecter 40 000 € auprès des particuliers et d’entreprises mécènes. Ambitieux. « On a de bons espoirs d’atteindre nos objectifs courant 2018, assure Pierre Goetz, délégué régional de la fondation. En douze ans d’activité en Alsace et 400 projets soutenus, je n’ai pas souvenir d’un seul échec dans nos souscriptions. »

Le bâtiment a frôlé la démolition

D’ailleurs, le chantier est d’ores et déjà programmé pour début avril. Une besogne estimée à trois mois de travail. « On remontera le bâtiment en mai et juin à l’Écomusée devant les visiteurs », se réjouit Dominique Tomasini. Mais au fait, pourquoi l’Écomusée d’Alsace ?

Tout commence en 2012. À bout d’idées pour sauvegarder son bien familial, Jean-Marc Weber se résout à demander l’autorisation de le démolir. Refus de la mairie. « Le séchoir est situé à moins de 500 m du Jeu de quille, classé monument historique, expose Jean-Pierre Raynaud, premier adjoint au maire de Lipsheim. Les Bâtiments de France se sont opposés à sa démolition. » Mais pas à son déplacement.

En 2014, le propriétaire entre en contact avec l’Écomusée d’Alsace. Miracle, le village traditionnel ne dispose pas de séchoir à feuilles de tabac. Marché conclu. La bâtisse voyagera jusque dans le Haut-Rhin. Une opération exceptionnelle. « Notre collection est complète, signale Éric Jacob, directeur du musée en plein air. Nous n’avons pas déplacé de bâtiment aussi grand depuis vingt ans. » L’emplacement final n’est pas encore défini, mais le responsable se félicite déjà des possibilités offertes par le nouveau venu.

Une maison alsacienne disparaît chaque jour

« Nous sécherons notre petite production de tabac sur place et nous installerons un séchoir à houblon au rez-de-chaussée. » Les bénévoles du musée vont aussi agencer un parcours pédagogique sur l’histoire et les techniques de culture du tabac dans la région. Presque un travail de mémoire face à la baisse du nombre de cultivateurs et la mécanisation du séchage. Mais les séchoirs sont loin d’être les seuls menacés par la décrépitude.

Une maison alsacienne serait détruite chaque jour, d’après des rumeurs qui courent dans le milieu de la protection du patrimoine. « Et l’Écomusée n’a pas vocation à accueillir tous les bâtiments menacés », prévient son directeur. Le patrimoine alsacien se meurt. Éric Jacob tire la sonnette d’alarme. « Il faut trouver des solutions pour maintenir les édifices historiques là où ils ont été érigés. » Sous peine de les voir disparaître. Un sort que Jean-Marc Weber a réussi à éviter à son séchoir, témoin d’un siècle d’histoire familiale. « Cela m’aurait fait mal au cœur de le détruire, confie-t-il un brin ému. Je lui souhaite de vivre encore 50 ou 100 ans au moins. »

Grandes cultures

Constituer une filière bio viable

Cultures

Publié le 01/12/2017

Qui veut d’une filière céréalière bio ? Les moulins alsaciens. Car si la demande de farines bios explose, les producteurs d’Alsace ne sont pas assez structurés pour répondre aux exigences des transformateurs. Conséquence, ils passent à côté d’un marché juteux. L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) a tenté de remédier à ce problème via une table ronde entre tous les acteurs de la chaîne de production, au moulin Kircher, mi-novembre.

Les produits d’épicerie arrivent à la quatrième place des aliments bios les plus consommés en France. De quoi attirer les convoitises pour la production de pains et autres huiles. D’autant plus qu’au premier semestre de cette année, la consommation bio totale a bondi de 20 %. Pourtant, en Alsace, les moulins ont du mal à trouver des fournisseurs. En cause, l’absence de filière céréales bio capable de fournir des grains de qualité et en quantité. Si bien que les transformateurs vont voir ailleurs. En Lorraine ou plus loin.

« On a réappris à trier »

À Ebersheim, Jean Kircher transforme 1 000 tonnes de farine bio par an. Le patron de la minoterie se fournit depuis des années chez Probiolor, une coopérative basée sur l’autre versant des Vosges. L’avantage par rapport à des contrats passés en direct avec les agriculteurs ? Qualité et régularité. « Au sein de notre coopérative, on a réappris à trier, car il garantit un grain de qualité », explique Claude Choux, président du groupement. De plus, les agriculteurs associés dépassent des obstacles logistiques insurmontables pour des paysans isolés.

La clé, les fermes relais. Des exploitations spécialisées dans un domaine à côté de leurs activités habituelles. Triage, stockage, elles servent de vrais points d’appui à la coopérative, disséminées partout sur son territoire. « Notre plus gros client commande 6 000 t par an, hors de question de gérer ce flux avec 10 t par ci, 15 t par là, démontre le coopérateur. De plus, il s’agit d’effectuer des livraisons de qualité égale. » Chaque chargement qui part doit être le plus proche possible du suivant.

Et cette qualité de service importe beaucoup à Jean Kircher. « Ici, nous pouvons nettoyer le grain, afin d’éliminer les dernières impuretés, mais pas le trier », remarque le chef d’entreprise. De ce fait, il repère tout de suite les arrivages de moins bonne qualité. « Quand on nettoie deux, trois fois et que le résultat n’est toujours pas satisfaisant, on a l’impression de s’être fait avoir. »

Autre avantage d’une filière structurée, se décharger des soucis commerciaux. « Quand on passe en bio, il faut savoir anticiper, explique Danaé Girard, de l’Opaba. Cet été, j’ai reçu une dizaine d’appels de producteurs sur leurs moissonneuses-batteuses qui me demandaient où ils pourraient vendre leur récolte ! » Trop tard, évidemment. L’Opaba a bien édité des fascicules avec les contacts des collecteurs et transformateurs, mais cela ne suffit pas.

Le sol alsacien, un don empoisonné ?

Tout pousse vers la construction d’une filière. Dès lors, quels sont les freins à une telle organisation ? Ils seraient principalement culturels, selon Claude Choux. « L’Alsace a un si bon terroir que les exploitants ne sentent pas la nécessité de s’organiser. Quand c’est facile, on ne se pose pas de question. » Et le Lorrain d’ajouter avec une pointe de malice : « Mais les mauvaises années, c’est la panique totale et je suis inondé d’appels d’agriculteurs alsaciens ».

Un écueil plus préoccupant se cache du côté des consommateurs. Selon Jean Kircher, les transformateurs comme lui veulent augmenter leur production bio, mais il ne sait pas s’il trouverait preneur pour de plus gros volumes. « Aujourd’hui, mes clients achètent mes produits bios car ils sont bons, parce que c’est du Kircher. Pas parce qu’ils sont bios. » Pour le meunier, il faut convaincre les gens de payer quelques centimes de plus pour manger bio. Pour ce faire, le minotier va commercialiser un pain 100 % bio et alsacien. Une manière d’introduire le bio via un autre argument en plein boom. Le manger local.

Anciens exploitants

Un budget 2018 dangereux pour les retraités

Vie professionnelle

Publié le 24/11/2017

Le conseil départemental des anciens exploitants agricoles a été dominé par les débats sur le budget 2018. La réunion a eu pour objectif d’expliquer les tenants et aboutissants du chaotique projet de loi de finances 2018, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, en attente du vote du Sénat. Et ses conséquences concrètes sur les retraités.

Philippe Wolff, ancien directeur adjoint de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin, s’y est collé. Pour lui, l’augmentation de la Contribution sociale généralisée (CSG), compensée par la diminution d’autres prélèvements, doit profiter à tout le monde… sauf aux retraités ! En effet, cet impôt calculé sur le revenu fiscal de référence va augmenter de 1,7 % en 2018. Le taux prélevé passera ainsi de 6,6 à 8,3 %. Mais il ne devait pas être compensé en totalité. Car en parallèle, les salariés vont bénéficier de la suppression des cotisations chômage et maladie. Taxes que les retraités ne payent pas.

Suppression de la taxe d’habitation

Principal motif de consolation, la suppression progressive de la taxe d’habitation. L’année prochaine, elle devrait baisser de 30 %, puis 65 % en 2019 et disparaître complètement en 2020. Enfin, Philippe Wolff a souligné la prolongation du crédit d’impôt transition énergétique. Mais les taux de prise en compte baissent là aussi. De moitié pour être précis. Ainsi, des volets roulants, pris en charge à hauteur de 30 % jusqu’en septembre 2017, ne sont remboursés qu’à 15 % jusqu’en décembre 2018. Pour Philippe Wolff, il serait judicieux d’investir maintenant, avant que ce crédit d’impôt soit définitivement enterré.

Niveau sous, la Cour des Comptes a remis son rapport annuel en début d’année. Et les anciens exploitants ont fait leur apparition au milieu des 1 300 pages du document. Une mention dont se serait bien passé Paul Schiellein, président de la SDAE 67. En effet, par souci d’économies, l’institution préconise de supprimer les collèges d’anciens exploitants au sein des Chambres d’agriculture, à partir de 2019. Une mesure jugée inutile par le responsable syndical. « Avec trois ou quatre représentants à la Chambre, je ne vois pas bien de quelle économie on parle. »

Car si les économies seraient symboliques, leurs conséquences seraient dramatiques pour les anciens exploitants. « La Chambre d'agriculture est le seul interlocuteur officiel dans les négociations avec l’État », a rappelé Philippe Wolff. Une disparition des agriculteurs retraités dans les instances régionales équivaudrait donc à les écarter des discussions avec le gouvernement. Afin d’empêcher une telle mesure, le conseil a adopté une motion à l’unanimité (voir ci-contre). Cette déclaration sera présentée en séance plénière de la Chambre d'agriculture en décembre.

Pour une meilleure répartition des richesses

Enfin, un invité de marque a donné sa vision de l’environnement économique mondial. Jean-Marie Sander, ancien président du Crédit Agricole, s’est d’abord félicité du budget 2018, un budget globalement « pro-européen et pro-entreprises ». Il a aussi attiré l’attention de l’assistance sur les taux d’emprunt très bas. Une bonne période pour investir dans l’immobilier, à la condition d’être prudent et de choisir le type de produit qui nous correspond.

Selon lui, l’économie mondiale affronte différents périls. Le risque politique d’abord, avec la montée des extrêmes un peu partout en Europe et la crise migratoire. Puis vient le risque écologique. Le réchauffement climatique entraîne ainsi de fortes variations météorologiques, qui impliquent des récoltes très variables, et donc des cours des produits agricoles en dents de scie. La gestion de l’eau douce sera aussi au cœur de la géopolitique de demain. Jean-Marie Sander arrive à une conclusion implacable. Une meilleure répartition des richesses est indispensable à un avenir plus serein. Et l’homme d’affaires de prendre l’exemple de la France. « On ne peut pas laisser 9 millions de personnes sur le bord de la route au profit des 1 % les plus riches ! » Reste à espérer que son vœu soit entendu.

Nouvelle Douane

Un nouveau directeur et des projets

Pratique

Publié le 20/11/2017

Finie la période de décollage. Après trois ans d’activité, la Nouvelle Douane a stabilisé ses comptes et se lance dans de nouveaux chantiers… Commerciaux cette fois. Pour orchestrer ces nouveautés, un directeur fraîchement débarqué. Johan Legroux, ex-responsable de la restauration au magasin Ikea de Strasbourg, a pris ses fonctions courant octobre.

Avec une feuille de route bien précise. Philippe Boehmler, éleveur et président de la société gérante du négoce, souhaite ainsi renforcer le service de livraison et nouer des partenariats avec des entreprises touristiques. En 2016, le point de vente a ouvert un coin petite restauration. Désormais, l’entreprise veut apporter les repas directement chez les consommateurs ou sur leurs lieux de travail. « On espère lancer la livraison de plateaux-repas au printemps 2018 », déclare Johan Legroux.

Se mettre au web

Même délai pour la mise en place de l’achat en ligne. Un élément qui freine le développement de l’entreprise. Certes, on peut déjà se faire livrer ses courses, mais le système reste beaucoup plus compliqué que chez les enseignes de grande distribution. Ici, on doit faire ses achats en magasin avant 14 h, puis signaler une heure de livraison et enfin régler un montant de 10 € à l’entreprise de coursiers à vélo. Demain, l’équipe de la Nouvelle Douane veut un site web sur lequel le client fait ses achats, paie et renseigne son adresse et ses disponibilités pour recevoir son caddie.

Enfin, le supermarché souhaite acter des partenariats avec des entreprises du tourisme. Hôtels, restaurants, appart’hôtels, le nouveau directeur a multiplié les contacts depuis son arrivée. « On voudrait proposer des kits de bienvenue et des offres, pour inciter les visiteurs à pousser nos portes », explique le responsable. S’il se refuse de donner trop de détails, secret des affaires oblige, il assure être sur le point de signer un accord avec une chaîne d’appartements locatifs.

Un nouveau cuistot

Une initiative encensée par Paul Meyer, adjoint au maire de Strasbourg en charge du commerce. Cet élu engagé pour les commerces de proximité - il s’est notamment opposé à l’extension de la zone commerciale de Vendenheim - a souligné l’importance d’apporter des produits locaux partout, centre-ville compris. Après une saillie sur le tourisme de masse qui n’apporterait selon lui pas beaucoup de richesses, il a appelé à consommer autrement et à se recentrer sur le patrimoine (culinaire) alsacien.

Si l’affaire se permet de monter des projets si ambitieux, c’est qu’elle connaît un franc succès depuis trois ans. « 95 % de nos clients sont porteurs de la carte fidélité et 30 % ont moins de 35 ans », se réjouit le directeur. Si bien que toutes les semaines, l’équipe reçoit plusieurs candidatures de fermiers souhaitant rejoindre l’aventure. Un succès qui a poussé la direction à embaucher un cuisinier le mois dernier. Son rôle ? Proposer de nouveaux plats en petite restauration et préparer le passage aux plateaux-repas.

Les producteurs-actionnaires veulent aussi accroître leur rayonnement. Pour ça, ils prévoient de participer à des événements culinaires dans la capitale régionale.

Conversion

Le Langfeld ne connaît pas la crise… grâce au bio

Élevage

Publié le 17/11/2017

Sylvain et son oncle ont le sourire. Ils combinent rentabilité et confort de vie dans leur exploitation. Pourtant Sylvain se souvient d’une époque pas si éloignée où son oncle vivotait sans salaire correct, malgré des journées à n’en plus finir. C’était avant le virage pris par les deux associés de Sarrewerden en 2010. Cette année-là, ils décident de se convertir en bio et enchaînent avec une salle de traite.

Jusque-là, la ferme pratique une agriculture conventionnelle. Henri travaille seul sur l’exploitation familiale, perchée au sommet d’un col près de Sarre-Union. Il possède une cinquantaine de vaches allaitantes et vingt laitières. Pas besoin de plus, selon lui. « Avec nos vingt vaches on atteignait le quota, pourquoi produire davantage ? » Pourtant l’exploitant ne sort pas un salaire décent, victime de la crise agricole comme beaucoup d’autres.

« On n’a presque plus de charges »

Le rayon de soleil vient en mai 2010. Unicoolait, le client historique, cherche alors à augmenter ses volumes de lait bio. La firme prospecte parmi ses fournisseurs, à la recherche de producteurs susceptibles de se convertir. Elle invite Henri et Sylvain, qui a rejoint l’exploitation quelques mois plus tôt, à faire le grand saut.

« Au début, nous n’étions pas intéressés, avoue l’aîné. Mais on a vite changé d’avis et deux semaines plus tard on signait pour la bio. » Pourquoi un tel revirement ? Les deux compères se rendent comptent que la conversion ne devrait pas révolutionner leur manière de faire. « On utilisait déjà peu d’intrants et on pratique depuis toujours le pâturage. » Le passage en bio se fait donc en douceur.

Les résultats se font sentir dès la première année. Si le prix de vente du lait est un peu plus élevé, ce sont surtout les économies dégagées qui égayent le bilan comptable. « C’est simple, on n’a presque plus de charges », résume Sylvain. Et ce grand gaillard d’énumérer les postes sur lesquels la ferme dépense moins. « On n’utilise plus de produits, les tracteurs sont beaucoup plus souvent à l’arrêt et les vaches se chargent de la fauche ! »

Dans ces conditions, les propriétaires décident de développer l’activité laitière. Un changement stratégique qui voit passer le cheptel de 20 à 56 vaches aujourd’hui. Deux tiers de holsteins, le reste en croisées. En parallèle, la production bondit de 90 000 litres en 2007, à 400 000 en 2015. Le tout accompagné de bons résultats au Contrôle laitier : 6 700 kg de lait par vache, un rang moyen de lactation de 3, et 1 025 kg de concentrés/vache/an… Le niveau de cellules, à 221 000, satisfait aussi les éleveurs.

Vitesse de croisière

Et ce n’est pas fini ! Outre l’embellie économique, la qualité de vie de toute la famille s’est améliorée. La salle de traite installée en 2010 a raccourci de manière radicale le temps consacré à cette tâche. « On consacre deux-trois heures par jour à la traite, pas plus », confie Sylvain. Même lorsqu’il faut aller chercher les bêtes au pré ? Affirmatif répond Henri. « La plupart du temps, elles viennent d’elles-mêmes devant le bâtiment. Je ne descends au parc qu’une trentaine de fois par an. »

Si bien qu’aujourd’hui, l’oncle s’occupe seul des laitières. Inimaginable avant l’arrivée de la traite automatisée. Dès lors, pourquoi ne pas viser plus haut et agrandir le troupeau ? Pas intéressant, selon l’exploitant. « Nos pâturages et la salle de traite ne peuvent pas prendre en charge beaucoup plus de bêtes, et on ne gagnerait pas grand-chose en plus », poursuit-il. Travailler pour gagner autant en clair.

« On a une affaire qui roule, là on a atteint notre vitesse de croisière. » Et ça fait du bien à entendre.

Région Grand Est

L’agriculture en force

Vie professionnelle

Publié le 16/11/2017

Un jeu de chaises musicales géant à la Région. Le 20 octobre, Jean Rottner est élu à la tête du Grand Est. L’ex-maire de Mulhouse crée alors une vice-présidence à l’agroalimentaire et à la bioéconomie qu’il confie à Philippe Mangin, en charge de l’agriculture jusque-là. Pascale Gaillot, alors cheffe de la commission agricole, profite de cet appel d’air et prend les rennes de la vice-présidence à l’agriculture et à la ruralité. Enfin, Patrick Bastian lui succède aux manettes de la commission agricole.

Ouf ! Plus qu’un simple changement d’organigramme, cette nouvelle donne confère un poids plus important aux agriculteurs, selon les élus. Avec déjà de premières victoires. Patrick Bastian a ainsi annoncé une hausse du budget de l’agriculture pour 2018. La somme allouée devrait ainsi passer de 19 à 21 millions d’euros (M€). « Il faut ajouter à cela les aides européennes qui augmentent de manière proportionnelle, confie-t-il en marge d’une réunion à Strasbourg. Au final, on dépassera les 40 M€ pour l’année prochaine. » Si cette annonce doit encore être confirmée par un vote en séance plénière le 21 décembre, elle constitue déjà un tour de force pour celui qui a pris ses fonctions en pleines négociations sur le budget.

Haro sur les minimis

Et ce n’est pas tout ! L’aide régionale à l’installation du centre de conditionnement d’œufs Bureland, à Brumath, est sur le point de se concrétiser. Un dossier qui tient à cœur à l’élu alsacien. Des contacts ont été pris l’an dernier, mais un obstacle administratif a empêché le déblocage des finances. « On a trouvé une solution en avril et la subvention devrait être soumise au vote de l’assemblée en décembre », annonce le conseiller régional.

Enfin, l’éleveur de Zehnacker compte accélérer l’arrivée des fonds de soutien aux vergers endommagés par le gel de printemps. « Le plan de calamité sera reconnu début décembre, à ce moment-là nous pourrons faire les dossiers et débloquer l’argent au plus vite. » Mais quand ? Pas avant 2018. Le responsable regrette ces délais de traitement et, pour les raccourcir, il propose de faire sauter la règle des minimis. Il s’agit d’une règle européenne qui plafonne les avances de trésorerie à 15 000 € par exploitation, en l’absence de plan calamité. En passant outre cette règle, la Région pourrait ainsi dédommager les agriculteurs avant d’être remboursée par l’État, plus lent dans la gestion des crises.

Un trio complémentaire

Mais le nouveau patron de la commission agricole tient à rendre à César ce qui appartient à César. Selon lui, ces avancées sont le fruit d’un travail d’équipe. « Le trio que nous formions avec Pascale Gaillot et Philippe Mangin a bien fonctionné et continuera », assure-t-il. Voire se renforcera, à en croire la nouvelle vice-présidente. « On est tous les trois issus du milieu agricole, ça crée une certaine proximité, note cette Ardennaise. Ce sont des appels quotidiens, des réunions très régulières. » Une complémentarité qui va jusqu’à la géographie puisque les trois élus représentent les anciennes régions du Grand Est.

Une répartition sur le territoire que le triumvirat compte bien utiliser. Les conseillers vont bientôt sillonner les départements et sonder les OPA. « Nous expliquerons l’action de la Région et collecterons les attentes des organisations professionnelles », décrit ainsi Pascale Gaillot. Une enquête satisfaction géante en somme.

L’investissement, clé de voûte du budget

Pour l’avenir, le trinôme veut investir en masse. Recherche, aides à la rénovation des vergers, soutien aux plans d’irrigation, les projets sont dans les tuyaux. Avec un mot-clé, les investissements partagés. La recherche agricole, secteur transversal s’il en est, sera financée à partir de différents budgets. Comme celui du commerce, de l’innovation ou pourquoi pas du rayonnement international. Et pour ça, Pascale Gaillot veille au grain. « En tant que vice-présidente, mon rôle est aussi de vérifier la cohérence de l’action des commissions vis-à-vis de l’agriculture. » Et de trouver des financements partout où c’est possible !

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