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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Un bon coup de pinot

Pratique

Publié le 10/05/2018

La bière brune et le pinot noir ont remplacé l’aquarelle et la gouache sur sa palette. Laurent Bessot a abandonné les enduits classiques il y a une dizaine d’années. Il s’est lancé pour fêter la nouvelle stout de son frère, brasseur à Villé. « Je trouvais que c’était un cadeau sympa. » Quelques années plus tard, des amis vignerons l’encouragent à dessiner avec du vin. Miracle, les tons rouges et rosés s’accommodent bien au jaune-brun de la bière.

La technique correspond tout à fait au personnage. « Le vignoble, c’est ma marque de fabrique », concède cet amateur de vin. Ainsi, toutes ses planches incluent au moins une référence à l’alcool des coteaux. Ici une voiture tire-bouchon, là une famille de bouchons de liège. D’ailleurs, ses fans le reconnaissent surtout grâce à cette particularité. « Souvent on m’appelle « l’homme aux bouchons » », sourit l’Epfigeois.

Mais comment s’y prend-on pour peindre avec une boisson alcoolisée ? Rien de bien sorcier. Il faut cuire le liquide pour éliminer toute l’eau. « On le réduit aux trois-quarts afin de ne conserver que le pigment », explique ce pâtissier de profession. Le tour est joué. Ne reste plus qu’à tremper son pinceau et se lancer sur la toile. Pour obtenir des nuances de couleurs, Laurent applique différentes couches de liquide. D’ailleurs, les vins rouges donnent-ils tous la même couleur ? « Certains sont plus sombres, d’autres presque violets », mais impossible de le prédire avant cuisson, selon l’artiste.

Au fait, pourquoi a-t-il choisi le pinot noir et pas un autre cépage ? « Je ne bois que du blanc sec, ça permet d’équilibrer », pouffe-t-il.

Assemblée générale du syndicat ovin 67

Technique, Pac, prix : triptyque pour un revenu décent

Élevage

Publié le 13/04/2018

La Pac est-elle encore le bon outil pour assurer un revenu aux éleveurs ? La question lance le débat de la réunion plénière du syndicat ovin bas-rhinois. « L’aide européenne doit gommer les disparités de compétitivité entre les régions », soutient Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine et invitée d’honneur vendredi 6 avril.

Mais la nouvelle carte des zones défavorisées et le classement de l’aide ovine comme illégale par la commission européenne créent un trou. « À ce jour il nous manque 623 M€ d’aides », selon la syndicaliste. Un manque à gagner qui pénaliserait une filière déjà en difficulté. Cependant, l’éleveuse auvergnate ne souhaite pas quémander des dons à l’UE. « La Pac doit être un levier de croissance, pas un RSA. » Elle doit permettre aux paysans de se moderniser, d’améliorer leur productivité. Non pas les entraîner dans une forme de dépendance passive.

Car « on peut parler de Pac tant qu’on veut, mais le boucher, lui, veut de la qualité », tranche Sébastien Stoessel, président du service élevage à la Chambre d'agriculture. C’est là qu’arrive la deuxième piste de réflexion pour un salaire plus élevé. Les éleveurs doivent mettre les bouchées doubles sur la technique selon le responsable. Ainsi, le plan génétique de l’Organisme de sélection ovine nord est étendu à l’Alsace cette année. De plus, le plan bâtiment « est une des plus grandes réussites de la Région », se félicite Patrick Bastian, président de la commission agricole à la Région.

Les restrictions budgétaires se ressentent sur le niveau d’accompagnement des agriculteurs. Ainsi, en 15 ans, le Grand Est a perdu 3,5 équivalents temps pleins de techniciens spécialisés ovins selon Jean-Pierre Saulet-Moës, l’animateur régional.

« Nous, on a affaire au client en direct »

Enfin, la discussion a dérivé sur l’établissement des prix. Sujet ô combien crucial. Jacqueline Balzer, présidente de la fédération des bouchers charcutiers traiteurs d’Alsace, a d’emblée annoncé la couleur. « Les États généraux de l’alimentation vous ont fait rêver, mais ce ne sera pas si simple, prévient-elle. Si les prix s’envolent, c’est la fin de la boucherie artisanale. » Toute en franchise, elle a énuméré les contraintes de sa profession.

La difficulté d’embaucher d’abord. Avec la reprise économique, les candidats se font plus rares. Les salaires peuvent vite grimper jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires dans certains cas. Ensuite, la patronne des bouchers a reconnu que ses clients étaient trop habitués aux prix de supermarché. Dès lors, difficile de leur faire accepter le prix juste. « Nous, on a affaire avec le client en direct », rappelle-t-elle. Une manière de montrer aux agriculteurs qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir des prix bas.

Malgré son discours offensif, la responsable a reçu un accueil plutôt compréhensif, voire positif de la vingtaine d’éleveurs présents. Elle a d’ailleurs tenu à conclure sur une note positive : « Nous soutenons l’élevage, évidemment. Et j’espère que vous nous avez retirés de la problématique dans le conflit avec la grande distribution. » Sourires dans l’assistance. Encore une fois, éleveurs et commerçants artisanaux se retrouvent dans le même camp.

Justice

Abattoir de Goxwiller : nouveau sursis et nouvelle piste

Vie professionnelle

Publié le 13/03/2018

« Le navire n’est pas coulé. » MSainsard, avocate de la coopérative des Fermes avicoles d’Alsace réunies, se réjouit de la décision du tribunal de Saverne. L’organisation gestionnaire de l’abattoir de Goxwiller vient d’obtenir un délai supplémentaire de trois mois pour assurer l’avenir du site et des dix salariés. En grande difficulté financière, l’entreprise n’est plus maître de son destin depuis le 9 juin 2017 et son placement en redressement judiciaire. En janvier, les magistrats savernois avaient déjà prolongé de deux mois la période d’observation.

Mais pourquoi ce deuxième répit ? Car la situation s’est décantée depuis le début de l’année. Les pistes évoquées en janvier par Georges Kuntz se confirment. Vendredi les coopérateurs sont venus « avec des arguments », selon leur président. La piste d’une filière canard d’Alsace se précise. L’objectif serait de créer une chaîne de production 100 % alsacienne. Les partisans de cette option tablent aussi sur les difficultés des élevages du Sud Ouest, souvent affectés par des foyers de grippe aviaires. Ainsi ces derniers jours, 11 200 canards ont été abattus en Vendée.

Un créneau à prendre donc. Surtout que des clients potentiels réclament depuis longtemps une filière locale. Les foies gras Feyel-Artzner ou encore les Étoiles d’Alsace (un collectif de restaurants gastronomiques) ont dès le départ montré un intérêt pour cette matière première alsacienne. « L’abattoir n’est pas une fin en soi, précise MSainsard. C’est un maillon indispensable de la chaîne de production que nous essayons de mettre en place. »

Caution institutionnelle

Par ailleurs, les coopérateurs bénéficient désormais d’alliés de poids. Après avoir œuvré en coulisse ces derniers mois, la Chambre d'agriculture et l’Agence de développement d’Alsace affichent maintenant leur soutien aux éleveurs. Une caution institutionnelle bienvenue dans l’optique de nouveaux partenariats et contrats. Ainsi, le grossiste Soprolux, le magasin de producteurs Hop’la et l’Union des restaurateurs alsaciens seraient sur les rangs. Le ciel s’éclaircit enfin au-dessus de Goxwiller.

Pourtant, la semaine avait commencé sous de mauvais auspices. Lundi 5 mars, MWeil, l’administrateur judiciaire en charge du dossier, a en effet remis des conclusions assez pessimistes sur la situation. Le scénario de la mise en liquidation judiciaire se profile. Mais vendredi, sa plaidoirie demeure clémente. Dans la semaine, de nouveaux éléments ont infléchi la position du juriste. Pour MSainsard, l’attitude de ses clients a aussi joué un rôle important. Ainsi, ils se sont tous rendus à l’audience de vendredi. Une surprise pour cette avocate habituée aux salles désertes et aux clients absents. « On voit que les coopérateurs se sont battus. »

Brasseurs de France

« Profession Brasseur » : club des brasseries artisanales

Vie professionnelle

Publié le 12/03/2018

Maxime Costilhes reçoit à l’abri de la foule dans le salon VIP de Brasseurs de France au salon de l’agriculture. « Nous devons assumer notre place parmi les grands pays producteurs de bière », pose d’emblée le délégué général du syndicat. Pour cela, il travaille depuis deux ans à l’élaboration de la première marque collective de bières françaises. Chose faite mi-février, avec le lancement de « Profession brasseur. »

Concrètement, les brasseurs pourront accoler à leurs bouteilles le logo de la marque. Un hexagone doré floqué de la silhouette blanche d’une cuve de brasserie. Signe d’une qualité partagée avec des dizaines de confrères. Le label commercial doit assurer au consommateur la qualité du breuvage et asseoir la notoriété des brasseries membres. « L’idée est d’orienter l’acheteur grâce à une étiquette gage d’excellence », explique le jeune responsable, chemise bleu ciel déboutonnée sur le haut.

Une sélection ardue

D’accord, mais comment évalue-t-il la qualité du produit ? Grâce à un épais cahier des charges. Chaque candidat devra passer un audit auprès de l’organisme Certipaq. Traçabilité des matières premières, matériel de production, analyse du produit fini. Près de 420 critères entrent en jeu. Exigeant, le syndicat ? Ce n’est pas fini.

Parmi les prétendants, seuls les professionnels sont admis. Le brasseur doit être propriétaire de son établissement. Et les marques de bières doivent être la propriété de la brasserie. « Afin d’éviter la sous-traitance », explique Maxime Costilhes. En plus, trois ans d’ancienneté dans le métier sont requis. À défaut d’une telle expérience, le postulant passera un test d’aptitude. Un « titre de brasseur » officialisé par le syndicat dans les prochains mois. Au final, le processus de certification peut prendre plusieurs mois, entre l’audit et le diplôme.

Un vrai parcours du combattant pour les petites entreprises. Cela ne risque-t-il pas de mettre sur la touche les microbrasseries qui s’ouvrent à un rythme effréné ? « Nous n’excluons personne, le but n’est pas de fermer la profession, se défend le porte-voix de l’organisme. Seulement, nous voulons que le brasseur soit responsable de la fabrication de A à Z. » Condition sine qua non au succès de la marque auprès des clients.

50 candidats en une semaine

Pour l’heure, les grosses écuries n’ont pas montré un vif intérêt pour la démarche. « Les grands groupes n’ont pas besoin d’une marque collective pour vendre, ils ont déjà un nom identifié », avance Maxime Costilhes. Chez les petits producteurs, en revanche, ça se bouscule au portillon. En une semaine, l’organisme a reçu plus de cinquante candidatures.

Trois ont d’ores et déjà passé les épreuves de sélection. Parmi elles, la Grenouille Assoiffée de Vahl-lès-Bénestroff, en Moselle. « Nos clients connaissent la qualité de nos produits, expliquent Caroline Ernst et Jean-Marc Lichtle, les patrons. D’autres pourront bientôt l’identifier grâce au logo « Profession Brasseur ». »

La marque devrait donc devenir un club de petites brasseries qui s’exportent souvent mal en dehors de leur région. Un cercle aux grandes ambitions. Les tenants du projet espèrent toucher entre 8 et 10 % des 1 100 brasseries françaises.

13e ovinpiades des jeunes bergers

Un Alsacien franc-comtois sur le podium

Élevage

Publié le 09/03/2018

Le règlement des Ovinpiades des jeunes bergers est pourtant clair. Deux candidats par région. Pourtant, trois jeunes alsaciens ont participé à la finale de la compétition, en ouverture du Salon de l’agriculture. Tricherie ? Plutôt hasard des affectations scolaires. En effet, Yvan Stoffel et Florian Huchot, du lycée d’Obernai, ont concouru sous les couleurs alsaciennes. Louis Frischinger, originaire du Haut-Rhin, a défendu la bannière de Franche-Comté, la région où il étudie.

Une coïncidence payante. En effet, Louis ramène les lauriers avec sa deuxième place. Yvan termine 13et Florian 15e. « C’est une belle surprise, a réagi le jeune lauréat à l’annonce des résultats. Je pensais finir dans les dix premiers, mais deuxième c’est incroyable. » Un résultat qui montre aussi les progrès accomplis. En 2016, pour sa première participation à Paris, Louis avait fini à la septième place.

Au total, 38 jeunes venus de toute la France ont manipulé brebis, béliers et agneaux sur le ring principal du pavillon élevage. Les participants se sont mesurés à travers deux épreuves théoriques et six ateliers pratiques. Tri des brebis, évaluation de l’état corporel, génétique, parage des onglons… Des tâches inhérentes à l’élevage ovin.

En parallèle, une Ovinpiades entre pays européens (Belgique, Irlande) et une compétition par équipe se sont déroulées au Salon de l’agriculture. Une manière ludique de promouvoir une activité en perte de vitesse sur le plan national et international.

Salon international de l’agriculture 2018

La grand-messe des mondes agricoles

Vie professionnelle

Publié le 02/03/2018

Un ministre, verre de cidre à la main en compagnie d’un banc de pêcheurs. Une vache encadrée d’un service de sécurité au milieu d’une nuée d’appareils photo. Des touristes, casques de réalités virtuelles sur la tête, en pleine découverte des contrées inconnues. Autant de scènes insolites dont seul le salon de l’agriculture a le secret. Du 24 février au 4 mars, le Parc des expositions de Paris devient le centre névralgique du monde agricole. Une immense réunion de famille. Avec ses retrouvailles, ses débats et ses disputes.

« Le salon, c’est le moment où on se retrouve entre copains de toutes les régions. » Qu’importent les deux jours de voyage depuis les Pyrénées. Christophe et ses moutons ont débarqué vendredi matin, veille de l’ouverture. En arrière-plan, des stands encore à moitié montés. En fond sonore, des chants basques. Il reste du travail pour accueillir les milliers de visiteurs du lendemain, mais la plupart des animaux sont déjà installés dans leurs boxes. Les éleveurs peuvent se relâcher.

Au rayon Montbéliarde, l’apéritif a commencé depuis quelques heures déjà. L’ambiance détendue ne masque pourtant pas l’enjeu de ce weekend. Le concours de dimanche doit désigner les meilleures bêtes de la race. « Un titre est une reconnaissance incroyable », confirme Jean-Marie Schoenel, de l’ESAT du Sonnenhof à Bischwiller. Une récompense honorifique et pécuniaire. Qui dit vache médaillée dit meilleur prix de vente de la descendance. Même calcul pour les vins et les produits du Concours général agricole.

Une arène politique

Eh oui ! N’en déplaise aux romantiques, le salon est aussi une machine à sous géante. Surtout pour les centaines de boutiques, restaurants et artisans qui peuplent les sept pavillons. Le café à 4 €, la peluche souvenir à 15 €. Multipliés par les 600 000 visiteurs attendus cette année, pas de doute, l’événement rapporte gros. « Il ne faut pas se mentir, on vient ici avant tout pour vendre », sanctionne, réaliste, un artisan breton.

Loin des rings où défilent vaches et cochons, le salon constitue aussi une arène politique. Passage obligé pour les élus de la République et leurs opposants. Les premiers, désireux de soigner leur électorat, les seconds, attachés à pointer les incohérences de leurs adversaires. Cas d’école : le duel Macron-Wauquiez. Au président qui affirmait samedi connaître « les attentes, les angoisses et les souffrances sur le terrain », le patron des Républicains a répondu qu’Emmanuel Macron « ne comprend pas le monde agricole et le méprise », lors de sa visite mardi matin.

Au milieu de la mêlée, les syndicats agricoles font entendre leurs voix. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, multiplie les plateaux télé et radio dans les différents halls. La Coordination rurale défile tous les jours dans les allées, pancartes hostiles à l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur brandies bien haut. La Confédération paysanne organise des tables rondes, avec José Bové en invité de marque mardi après-midi.

Concert médiatique

Mais un autre sommet se joue en coulisses. Dans l’atmosphère feutrée des salons privés et espaces VIP, cette fois. Ces lieux au centre des stands où l’on n’entre qu’en y étant invité. Là, entreprises, organismes professionnels et responsables politiques discutent et négocient. Contrats, partenariats, futures lois et réglementations, chacun avance ses pions. Des kilos de lobbying en costume cravate.

Puis vient le temps des annonces aux médias présents en masse. Pour cela, une armée d’attachés de presse et autres responsables de la communication partent à la chasse aux journalistes. Ici un partenariat à immortaliser, là une innovation à ne pas manquer. C’est à celui qui attirera le plus d’attention médiatique. À ce titre, le salon est un incroyable accélérateur de projet.

Surtout pour les acteurs peu connus et les nouveaux venus, comme les start-up de l’AgTech (pour agriculture et technologie). « C’est l’occasion de mettre un gros coup de projecteur sur nos actions », confirme un jeune entrepreneur dans les nouvelles technologies. Ainsi, le collectif de start-up la Ferme digitale a vu le jour sur le salon 2016. Deux ans après, ses adhérents ont réservé l’annonce de la date d’un sommet de l’AgTech aux journalistes présents sur leur stand.

Tout ce petit monde de professionnels s’affaire sous les yeux d’une foule de visiteurs. À des lieux de se douter de tout ce qui se trame sur scène et derrière le rideau. Des centaines de milliers d’amateurs venus manger, boire, s’informer et se ravir de spécialités régionales. Car sans eux, la grande famille agricole ne serait pas au complet.

Sia. Esat du Sonnenhof

La montbéliarde fait la java à Paris

Élevage

Publié le 02/03/2018

Ils observent en connaisseurs deux montbéliardes stationnées le long d’une allée du Salon international de l’agriculture, samedi midi. Alexandre Hermann et Emmanuel Lambert les connaissent bien. Logique. Ils travaillent dans l’élevage de l’Esat du Sonnenhof, à Bischwiller. L’exploitation emploie des personnes handicapées mentales afin d’aider à leur insertion sociale. Et elle permet à ces deux résidents de visiter le Salon pour la première fois.

« C’est vrai qu’on ne serait jamais venus tout seuls », reconnaît Alexandre entre deux bouchées de suprême de poulet commandé dans un restaurant du hall principal. Les deux hommes sont pourtant autonomes. Ils louent leurs propres appartements, Alexandre conduit une voiture sans permis et il vient même en vacances à Paris chez sa grand-mère. Toujours accompagné de sa sœur. Mais un tel voyage implique trop de stress et de logistique à prendre en compte.

Alors ce week-end, Jean-Michel Leininger joue les chaperons. Ce moniteur de l’atelier menuiserie de l’Esat vient au Salon après des années d’absence. À peine débarqués à la gare de l’Est, les trois hommes ont sauté dans le premier métro à destination du Parc des expositions. Sans même passer par leur hôtel. « On voyage léger », sourit Jean-Michel.

Tout sourire sur le podium

Son rôle ? Guider les deux résidents à travers la marée parisienne et s’assurer que tout le monde revient à bon port. « On ne se quitte pas sinon ça va vraiment devenir compliqué. » Leur priorité pendant ces deux jours ? Voir les animaux bien sûr. En plus, dimanche matin, Haïda et Java, les deux vaches de l’Esat, passent sur le ring principal du Concours général agricole. Ils sont venus en supporters.

Les équipes du centre sont habituées à ces voyages. Les moniteurs essayent d’amener des résidents à chaque concours. Paris en 2015 et 2016, Épinal l’année dernière. « La participation des bêtes valorise beaucoup le travail des résidents qui s’en occupent toute l’année », se réjouit Véronique Littner, monitrice ultra-polyvalente qui assiste Jean-Marie Schoenel et ses deux montbéliardes. En cas de victoire le lendemain, ce serait une apothéose.

Bingo ! À 13 h 20, Java monte sur la première marche du podium. Elle vient de remporter les titres de championne jeune et meilleure mamelle jeune. À ses côtés, Jean-Marie, sa famille, Véronique… Ainsi qu’Alexandre et Emmanuel, tout sourire, médailles à la main. Ému, Jean-Marie Schoenel réserve un mot pour « tous ceux qui sont restés à maison et qui s’occupent des vaches avec les moniteurs. » L’Esat, c’est avant tout un travail d’équipe.

Région Grand Est

Une journée très politique

Vie professionnelle

Publié le 02/03/2018

« C’est un moment politique aussi, bien sûr. » Jean Rottner ne s’y trompe pas. Le salon permet avant tout d’exposer les gros sujets du moment. Le Parc des expositions de Paris se transforme d’ailleurs en grand village politique et médiatique. Image parfaite, le numéro un du Grand Est vient de se télescoper avec son homologue de la région Auvergne-Rhône-Alpes et président de parti, Laurent Wauquiez.

Accolade, échange de banalités devant les caméras. Pas un mot sur la polémique entourant les propos de l’Auvergnat devant des étudiants de l’École de management de Lyon. Jean Rottner n’est pas là pour ça. Et puis, il n’a « pas besoin de venir ici pour parler à Laurent Wauquiez. » Épisode terminé.

Le plan loup sur la table

Place aux sujets du moment. Le plan loup par exemple. Présenté le 19 février par le gouvernement, il hérisse le poil du monde agricole. La nouvelle réglementation prévoit d’atteindre une population totale de 500 loups, contre 360 aujourd’hui. De plus, le plan prévoit d’indexer le nombre d’abattage de loup sur la croissance de l’espèce, mais n’abolit pas les plafonds autorisés, comme le demandaient les éleveurs.

« Je suis dépité de voir que des agriculteurs pensent à arrêter à cause du loup », compatit Jean Rottner. Mais il est surtout en colère car la gestion des tirs de loups incombe désormais aux Régions. En effet, les décisions seront prises au niveau régional afin de mieux répondre aux réalités du terrain. Mais le président de la grande région y voit une autre raison. « On nous refile la patate chaude. »

En outre, la politique agricole internationale s’est imposée dans les discussions. Via le ministre wallon de l’agriculture, invité de cette journée inaugurale. Sur l’accord entre l’UE et le Mercosur, l’élu marque sa différence. « Au nom de la défense de l’automobile et de ses AOP/IGP, je crains que la France ne soit plus laxiste sur la nécessité de protéger les éleveurs de bovins viande », s’inquiète René Collin. Avant de revenir à un sujet plus consensuel.

La coopération entre régions frontalières. « Nous avons récemment signé un accord avec le Grand Est et la Rhénanie-Palatinat, explique le ministre. Nous avons l’objectif d’améliorer l’économie entre ces régions, de manière circulaire. » Au sujet de la Pac, le responsable estime que l’agriculture ne doit pas devenir un sujet accessoire des autres politiques. « Il doit y avoir un budget suffisant pour la cohésion des territoires, mais aussi pour l’agriculture. »

« L’Alsace peut apprendre »

Retour à un sujet local. L’éternelle question de la place de l’Alsace dans le Grand Est a déboulé assez vite sur la table. En même temps, tous les ingrédients étaient réunis pour aborder le sujet. Un Premier ministre, un président de région et le préfet en charge de mener la concertation sur l’avenir de l’Alsace (Jean-Luc Marx) réunis pendant deux jours dans un périmètre d’un kilomètre carré. Sans compter l’absence des présidents du Bas-Rhin et du Haut-Rhin qui n’ont pas souhaité s’associer à cette journée.

Malgré tous ces signes prémonitoires, Jean Rottner le nie. Non, aucun rendez-vous n’est prévu pour discuter du sujet. « L’Alsace peut s’exprimer, mais elle ne le fait pas en dehors de la région, lâche-t-il, fidèle à sa position. Ce n’est pas huit départements plus deux, mais dix ensemble. »

L’élu préfère surtout mettre en avant les possibilités de coopération entre les territoires. « L’Alsace peut apprendre de l’expérience champenoise au sujet de l’accès au marché international, commente-t-il. La Champagne, elle, peut prendre exemple sur les territoires alsaciens en ce qui concerne le tourisme rural. »

Et Rottner de se féliciter de voir les deux territoires travailler ensemble au sein de l’Inra sur le secteur viticole. Un cas de figure qui offre une image plus séduisante de la région.

Journée Grand Est

La région en mode salon

Vie professionnelle

Publié le 02/03/2018

« Face aux troubles, il faut être aux côtés des agriculteurs. » Jean Rottner, le président de la Région Grand Est, a multiplié les gestes en direction des producteurs régionaux mardi 27 février au salon de l’agriculture. Accompagné d’une trentaine de responsables syndicaux, politiques et même d’un ministre étranger, il a arpenté les stands estampillés Grand Est.

Après la signature d’une convention avec l’Organisme de sélection ovine nord, la délégation a serré les mains des éleveurs bovins. Toute une matinée dans le pavillon élevage où le Conseil régional a investi cette année. En effet, la collectivité a monté une mezzanine au-dessus du chalet thématique sur la race vosgienne. « La concrétisation de deux années d’approche entre les anciennes régions », selon Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture. Une première donc.

Avec bizutage en prime. En effet, une secrétaire d’État a eu la bonne idée de recevoir des responsables d’autres régions au même endroit et en même temps que le point presse prévu par l’équipe Rottner. Las, les élus se sont retranchés dans le restaurant d’à côté pour s’adresser aux médias. Un restaurant « fait en bois des Vosges », tout de même.

« Mettre en avant l’excellence du Grand Est »

« Nous sommes la première région agricole de France », a souligné le chef de l’exécutif régional. À ce titre, le Grand Est se doit d’être innovant, de tenir son rang. Pour cela, Jean Rottner a rappelé que sa collectivité subventionne la recherche et les initiatives créatrices de richesses. « Nous pouvons être fiers de ce qu’on fait dans notre région », a conclu le président.

Puis vers 11 h 30, la flopée d’officiels s’est dirigée vers le hall 3 et l’espace Grand Est. 80 exposants régionaux distribués sur 1 000 m2 d’allées et de stands. Au centre de cet îlot, un carré dédié à la promotion touristique de la région. « Un espace revu et réfléchi pour que chaque territoire soit bien représenté », a commenté le patron de la Région depuis son pupitre. Dans son dos, vignes, châteaux et forêts défilent sur un grand écran.

« Le salon est une opportunité de mettre en avant l’excellence du Grand Est », a renchéri le numéro un de la Chambre d'agriculture. Un point de vue partagé par René Collin, ministre de l'Agriculture de Wallonie, en Belgique. « Que seraient nos régions, qui n’ont pas le soleil comme témoin quotidien, sans tous ces efforts sur leur image touristique ? », a-t-il interrogé, lyrique.

À partir de là, la journée de la délégation s’est apparentée à un marathon culinaire. De bistrot en restaurant, de boutique en artisan. Passage obligé de toute journée inaugurale qui se respecte.

Lycée agricole d’Obernai

Ode à la haie

Cultures

Publié le 20/02/2018

« La haie n’est pas une carte postale, c’est un paysage qui bouge et qui produit. » Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture, vante les mérites des lignes d’arbres et d’arbustes auprès d’une centaine de lycéens d’Obernai, jeudi 8 février. Le spécialiste des Vosges du Nord détaille les bénéfices économiques, écologiques et sociétaux des haies champêtres.

1. Des végétaux qui rapportent

L’agroforesterie s’avère rentable d’après l’expert. Ce système associe les arbres aux cultures ou à l’élevage et fournit du bois à l’exploitant. Les bûches coupées lors de l’entretien de la haie peuvent être revendues à des ébénistes ou des menuisiers. Le paysan fera aussi des économies grâce au bois énergie, destiné au chauffage. Exit les factures de gaz ou de fioul.

Par ailleurs, les haies attirent sous leurs branches un grand nombre d’animaux et d’insectes. Véritables auxiliaires de l’agriculteur. Les oiseaux vont ainsi chasser les plus petits nuisibles. « La mésange mange jusqu’à 24 insectes par minute », brandit Claude Hoh. Les mammifères comme le renard ou la fouine s’attaquent aux taupes, sauterelles et autres limaces. La chauve-souris se repaît de pyrales du maïs. Près de 3 000 papillons par jour. De plus, les ultrasons émis par les petits vampires perturbent le vol de la pyrale. « On a constaté 50 % de pyrales en moins dans les champs fréquentés par des chauves-souris. »

Rien que ça ? C’est sans compter sur les carabes, araignées et coccinelles qui pullulent entre les arbres et raffolent des pucerons. À la fin de ces batailles naturelles, un gagnant : l’agriculteur. Car il utilisera moins de produits phytosanitaires pour lutter contre les nuisibles.

Enfin, les haies boostent les rendements. En effet, les arbustes attirent des insectes pollinisateurs comme les abeilles. Celles-ci ne se cantonnent pas au périmètre boisé et colonisent peu à peu le champ. Cela engendre une meilleure fructification et production de grain.

Plus étonnant, les rangs végétaux influent sur la production des vaches laitières. Par temps mauvais, elles vont s’abriter du vent et du froid au milieu des arbres. Au contraire, sous de grosses chaleurs elles vont y chercher l’ombre et le frais. Des conditions plus douces qui jouent sur l’organisme des bovins et améliorent la production de lait.

2. La haie, bénéfique pour l’environnement

Diminution de l’épandage de produits phytosanitaires, retour de la biodiversité, sol plus riche, moins d’érosion… Difficile de dénombrer tous les avantages de la haie pour l’environnement. Claude Hoh a par exemple évoqué les corridors écologiques. Dans un système de bocage, les haies jouent le rôle de « réseau routier qui facilite le déplacement des animaux. » Un élément essentiel de la fameuse trame verte dont l’Alsace est une région pionnière.

Les haies sont également de vrais pièges à dioxyde de carbone (CO2), un des principaux gaz à effet de serre. 1 km d’arbres et arbustes stockerait ainsi entre 11 et 37 t de CO2 par an. De plus, les exploitations consomment moins d’énergies fossiles grâce aux bûches débitées. Ainsi, avec 450 m de haies coupées, le paysan obtient jusqu’à 15 t de matière sèche à brûler. Soit 12 t de CO2 économisé par rapport à un chauffage au fioul.

3. Les voisins disent « merci »

Les clôtures végétales adoucissent les mœurs. De nombreux agriculteurs (pour ne pas dire tous) ont déjà expérimenté les disputes de voisinage. Résidents mécontents des odeurs d’élevage ou de la pulvérisation de produits de traitement, agriculteurs bios « pollués » par les champs en culture conventionnelle… Les raisons de se quereller ne manquent jamais.

Là-dessus la haie coupe-vent a une vraie carte à jouer. Elle maintient la lame de vent en hauteur. Les odeurs passent donc au-dessus des têtes des riverains. Les produits de traitement traversent peu les rangs denses d’arbustes et de buissons.

Enfin, un réseau de bocage entretient le paysage. Il empêche l’érosion, favorise la biodiversité, limite les espaces déserts, protège les réseaux routiers contre le gel et la neige. Autant de services qui favorisent l’économie locale et le tourisme.

Banco donc ? Oui, mais il ne s’agit pas de planter des arbres tous azimuts. « Planter une haie correctement demande de la réflexion », avertit l’agent forestier. Pour cela, la Chambre d'agriculture et des associations comme Haies vives d’Alsace se proposent d’accompagner les agriculteurs, des plans aux travaux d’installation des haies.

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