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David Lefebvre

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Observatoire financier de la filière vin du Crédit Agricole SA

La segmentation de l’offre en question

Vigne

Publié le 20/02/2017

Le Crédit Agricole dispose d’un observatoire économique des entreprises agroalimentaires qui se fonde sur les documents comptables des entreprises. Lors d’une conférence vendredi 10 février à la maison des vins d’Alsace, il a proposé une analyse économique de la filière viticole française dans le contexte mondial et un focus sur l’Alsace, avec Philippe Chapuis, directeur agroalimentaire, et Sophie Caron, tous deux experts de la filière vin pour Crédit Agricole SA.

« Nos pertes de marchés sont patentes de notre production », explique Philippe Chapuis. « Il y a 20 ans, les vins français pesaient 34 % des volumes mondiaux échangés, désormais on est à 13 %. » Si on pèse en valeur encore 27 % des échanges mondiaux de vins, nous noterons qu’en 2016, et ce pour la première fois, le montant total des exportations de vins tranquilles français a baissé. Nos exportations, en valeur, se sont élevées à 11,2 milliards d’euros, essentiellement portées par les spiritueux et les effervescents. Si on défalque nos importations pour satisfaire notre marché intérieur, notre excédent commercial de la filière atteint 10,5 Md€. « C’est le deuxième poste derrière l’aéronautique », ajoute Sophie Caron. Les experts de la filière vigne de Crédit Agricole SA relèvent plusieurs points inquiétants s’agissant des vins tranquilles d’entrée et cœur de gamme, car les bourgognes, bordeaux, cognacs et champagnes représentent le gros de la valeur des exportations.

VSIG : la vocation exportatrice de l’Espagne

Tandis qu’à l’exportation, « on vend très bien le premium, il faudrait aussi marketer les produits de gamme inférieure, si on veut durablement maintenir des niveaux de vie élevés à nos viticulteurs », affirme Philippe Chapuis. Les VSIG (vins sans indications géographiques, ex. vins de table) français se font damer le pion par les vins d’Espagne, à vocation de plus en plus exportatrice. L’Espagne qui d’ailleurs n’apparaît même « pas dans le top 10 de la consommation de vin par tête d’habitant, bien qu’elle soit dans le trio de tête des pays producteurs », soulève Sophie Caron. Ainsi l’Espagne détient 72 % de parts de marché des vins (soit 8 millions d’hectolitres (Mhl)) importés par la France et 39 % en valeur. « Notre offre en VSIG est structurellement déficitaire pour répondre aux besoins du marché intérieur. Notre consommation nationale a besoin des importations », explique Philippe Chapuis. « Il nous manque une vraie filière de VSIG en France, nous avons une filière de déclassement », ajoute Sophie Caron.

Le boom des effervescents

Quant aux effervescents, les perspectives sont bonnes. « On assiste à un boom de la consommation, sur un marché à forte saisonnalité. » Entre 2003 et 2014, on est passé de 11,8 Mhl à 17,6 Mhl. Si la France reste le premier pays exportateur avec 23 % de parts de marché en volumes, l’Italie avec ses proseccos et l’Espagne avec ses cavas, connaissent de meilleures croissances, tandis que la France stagne. « Là encore, on se fait attaquer sur nos marchés », commente Sophie Caron, la Champagne faisant exception. Même si elle observe une stagnation en 2016, elle détient toujours à elle seule 55 % des parts de marchés d’exportation en valeur.

Le marché du vin est très atomisé

Si les échanges de vins sont mondiaux avec un litre de vin sur deux qui est exporté, le marché n’est pas véritablement mondial, fait remarquer Philippe Chapuis. Explications : le marché du vin est très atomisé, avec des acteurs locaux. Si l’on regarde du côté non pas des nations, mais des acteurs de la filière dans le monde, la France n’est pas aux premières loges. Arrive en tête l’Américain Gallo, qui a une stratégie mondiale en passant des accords avec des distributeurs, puis l’Australien Constellation Brand, propriétaire de Mondavi (par ailleurs brasseur).

Néanmoins, citons en France, Castel, par ailleurs premier acteur de la bière en Afrique, Carrefour, Grands Chais de France, Vinadéis (Ex. val d’Orbieu). Citons ensuite Boisset, Advini (fusion de Laroche en Bourgogne et Jeanjean dans le Bordelais). Nouvel acteur, Invivo Wine, a l’ambition de fédérer les coopératives sur les marchés d’exportation, à l’image de l’Italien Cantina Riunite & CIV, 5e acteur mondial, qui fédère 25 coopératives. Caractéristique des groupes vinicoles français : leur rentabilité est globalement bien inférieure aux étrangers. À titre d’exemple, le chiffre d’affaires de Vinadéis de 310 millions d’euros (M€), est inférieur à l’excédent brut dégagé par le groupe allemand Henkel, premier acteur mondial en effervescent, qui s’élève à 400 M€.

Le speed tasting des œnologues

Un millésime qui s’en tire bien !

Vigne

Publié le 12/02/2017

Plusieurs objectifs : bien cerner les caractéristiques du millésime dans les différentes gammes des AOC cépage, avoir une dégustation et une discussion par rapport aux choix de techniques de vinification entrepris lors du millésime.

« Après les matières riches de 2015, nous avons des vins plus légers, moins alcooleux, plus aériens », a introduit Carole Lefebvre. Un « millésime d’assembleur » pour reconstruire des cuvées harmonieuses, observe Nicolas Secondé, l’œnologue de la maison Arthur Metz. « Un grand millésime en sylvaner », souligne Jean-Nicolas Haeffelin, œnologue du domaine viticole de la ville de Colmar. Des pinots blancs globalement équilibrés, vifs, selon Francis Klee. Des rieslings parfois fluets, d’autres puissants, liés aux terroirs et aux rendements plus ou moins maîtrisés, mais des vins vifs et citronnés, remarque Stéphane Grappe. Concernant les gewurztraminers, « on tire bien notre épingle du jeu », a résumé Laurence Schatz, œnologue de la maison Ehrhart. Et, « un état sanitaire parfait et une maturité phénolique atteinte pour les pinots noirs », estime Alain Schmitt, œnologue de la maison de bouchons Diam.

Ferme-auberge des Hauts-Bois à Ranrupt

Les Hazemann font déguster de la viande bio de salers sélectionnées

Élevage

Publié le 11/02/2017

L’assemblée générale des éleveurs de race salers se tenait lundi 6 février chez Évelyne Hazemann à Ranrupt, en présence de Sébastien Stoessel, président du service élevage, Nicolas Fady, président du Syndicat des éleveurs alsaciens de la race salers, des techniciens venus tout droit du Cantal, Pierre Laceppe, technicien au herd-book, de Vincent Gaillard, de l’ULC, entreprise de sélection de la race salers à Aurillac, du président du herd-book salers, M. Duffayet, et du vice-président, Géraud Trin.

45 reproductrices, vente directe et ferme-auberge

Nous reviendrons ultérieurement sur la partie statutaire, mais voici un petit descriptif du schéma de sélection de cet élevage de salers dans cette ferme-auberge des Hauts-Bois, située dans un havre de verdure, au pied du Champ du Feu, sur le versant ouest du massif, où Éveline et son époux, Michel, accueillent sur rendez-vous les agrotouristes.

L’exploitation de la ferme-auberge compte 45 reproductrices salers, quelques highlands, pour une SAU de 110 hectares. Pour en arriver là, Évelyne et Michel Hazemann sont allés chercher des reproductrices en Auvergne en 2006. Coup dur ! Ils perdent subitement 22 vaches, frappées de fièvre et d’atrophie des poumons, maladie jusqu’alors inconnue sur le massif vosgien. Ils trouvent finalement le traitement approprié et l’épreuve ne les entrave pas dans leur volonté de poursuivre avec cette race mixte, réputée pour sa qualité bouchère, et sa facilité à vêler.

Aujourd’hui, tandis que quelques femelles sont écoulées en vente directe, les mâles sont vendus dans la plaine d’Alsace, via le Comptoir agricole, comme broutard à l’âge de 10 mois pour l’engraissement. Quant au reste des femelles, il est destiné au renouvellement du cheptel. La viande salers bio, dont le persillé est particulièrement apprécié des amateurs, peut être dégustée sur place à la ferme-auberge. Éveline Hazemann accueille sur rendez-vous.

« Améliorer la base de l’élevage »

Évelyne et Michel Hazemann ont fait le choix d’améliorer les performances de leur élevage avec un reproducteur sélectionné au Domaine du Fau, berceau de la race, à Saint Bonnet de Salers dans le Cantal. « Dans cet élevage, on travaille à la sélection de vaches plutôt épaisses sur le dessus, dont les morceaux sont recherchés en boucherie », introduit le technicien, Pierre Laccepe.

Le taureau du cheptel est un fils d’Halley. « Né en mai 2015, il possède un bon GMQ avec 305 kg à 210 jours. Il va améliorer la base de l’élevage. Bien pointé, avec de grosses épaules, mais pas très soudées, il possède néanmoins un bon développement, noté 7 à 8, un bon bassin, de bons aplombs. » Pierre Laccepe l'a conseillé à l’élevage Hazemann en raison notamment de sa bonne profondeur et bonne largeur de poitrine, conférant une bonne aptitude à valoriser les fourrages grossiers. En bio, les Hazemann nourrissent 100 % de leur cheptel en foin, regain et enrubanné. « Nous travaillons beaucoup à sélectionner des taureaux calmes, c’est un caractère important, vu que les cheptels s’agrandissent », ajoute Pierre Laccepe.

Avoir des garanties de fiabilité sur les performances

Pour compléter leur sélection, Éveline et Michel Hazemann ont également recours à l’insémination, avec des reproducteurs tels Icare. Sont également proposés au herd-book des taureaux comme Baron ou Beguin : « Ils font partie des taureaux qui améliorent la race et offrent des garanties de fiabilité sur les performances des produits à venir. Baron est un taureau complet, avec de bons indices de croissance et un bon développement musculaire. Beguin, c’est le taureau qui apporte le plus de lait sur les filles qui produisent », explique Vincent Gaillard.

Journée technique Vitisphère Alsace

Mildiou : ne pas se louper sur le premier traitement

Vigne

Publié le 10/02/2017

La question de la physiologie des mises en réserve de la vigne peut contribuer à expliquer pas mal de comportements vis-à-vis des maladies que sont le mildiou, l’oïdium et peut-être même les maladies du bois. Pour y voir plus clair, l’équipe Vitisphère Alsace proposait le 18 janvier une journée de réflexion sur ce sujet.

Les attaques sur le feuillage, par exemple de mildiou, pénalisent la photosynthèse, et entravent ensuite la maturation, décrit Philippe Kuntzmann. Pour comprendre l’intensité des attaques de ce millésime, il faut bien comprendre le cycle de ce parasite phytophage « proche de l’algue », fortement dépendant de la température et de l’humidité.

La contamination primaire, germination des oospores, se fait dès que la température atteint 11 °C et qu’il y a de l’eau. La durée d’incubation dans la vigne peut alors être de six jours au minimum. « Une bonne curativité de traitement systémique ne doit pas dépasser 30 % du temps d’incubation. » En d’autres termes, le vigneron a 48 heures pour intervenir après la première contamination si l’incubation est très rapide. « D’où l’intérêt de bien raisonner la lutte au démarrage. »

Attention, le mildiou contamine et sporule par la face inférieure des feuilles uniquement. Donc le premier traitement de contact doit être bien positionné, tandis qu’un produit systémique « migre de la face supérieure vers la face inférieure et dans toute la plante ».

Une fois la plante contaminée, les choses peuvent aller très vite ! La durée des germinations des conidies est de 16 h à 6 °C, mais elle est de 10 minutes à 20 °C. « Ce qui importe à ce stade, c’est la durée d’humectation. Une pluie qui sèche rapidement ne fait pas sporuler les taches. Mais une pluie de fin de journée et dont l’humidité est conservée la nuit provoque des sporulations. »

Une année précoce en mildiou

Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise dès le débourrement de la vigne. Il faut cependant la trilogie : 11 °C pendant 3 à 4 h, présence d’eau plutôt stagnante et un végétal réceptif, soit des feuilles avec des stomates, rappelle Philippe Kuntzmann.

« Officiellement, la position alsacienne a toujours été d’attendre les premiers foyers primaires et de confirmer leur présence pour déclencher les traitements. En 2015 et 2016, nous avons conseillé d’intervenir au plus tard à la date de sortie des foyers primaires, aussi bien en bio qu’en conventionnel, explique le responsable technique Vitisphère Alsace. Et en bio, c’est encore plus important car on ne peut pas compter sur des produits de rattrapage. »

Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise au débourrement, il importait donc d’intervenir dès le stade de réceptivité de la vigne, soit les premières feuilles avec stomates. Au stade 3-4 feuilles ? « Tout va dépendre des conditions météorologiques à partir de ce débourrement. En 2013, il a fait ensuite très frais. Ce qu’il faut c’est intervenir au bon moment ! »

L’année a cependant été délicate pour les interventions : « On supposait d’après les modèles qu’il y avait de grosses contaminations primaires. Mais les données météorologiques n’étaient pas très bonnes et il y a des risques de ne pas avoir de fenêtre pour traiter et ce d’autant que les conditions réglementaires de traitement deviennent restrictives. »

Enfin, plusieurs précautions ont été rappelées : alterner les molécules curatives et systémiques en raison des résistances, adapter la dose au feuillage surtout en début de traitement. En cas de conditions fraîches et humides, on peut observer une plus grande sensibilité des inflorescences qui restent plus humides… « Un autre élément important, c’est la qualité de pulvérisation. Et la qualité de couverture en fin de saison, pour garantir la bonne photosynthèse pour une bonne mise en réserve. » Enfin, Philippe Kuntzmann rappelle la question de la « préventivité vieillissante » des traitements : « Au bout de 10 jours, l’efficacité est de 0 %, le cymoxanil est dégradé à 5 jours dans la plante, le fosétyl assure la protection à 14 jours. Il faut donc considérer le grammage de fosétyl par hectare. »

Université des grands vins

La minéralité des chenins d'Anjou

Vigne

Publié le 03/02/2017

Pour cette première session de l'année ligérienne, l’Université des grands vins abordait la question des terroirs angevins sous l’angle, une fois n’est pas coutume, du cépage. Mais pas n’importe lequel ! Le chenin. « Un cépage exigeant comme le riesling. C’est un cépage de minéralité. Il est sensible au stress hydrique. Il oblige à gérer la charge. Cousin génétique du savagnin et du gewurtz, mais de caractères phénotypiques très différents, le chenin est cependant un cépage de pellicule fine,  sensible au botrytis et à toute les autres maladies d’ailleurs », explique Eric Morgat.

Si bien que sous l’impulsion des exigences de productivité au siècle dernier, le chenin a laissé la place aux cépages massifiés que sont le sauvignon, le chardonnay ou le cabernet. Sans disposer de chiffres précis, ses surfaces ont été plus que divisées par deux. Et c’est notamment à l'initiative de vigneron comme Patrick Baudouin, dont deux vins ont été dégustés dans la soirée, qu’il a été réintroduit, pour pianoter sur ces terres de contraste angevines, à la conjonction de deux grands ensembles géologiques que sont le Bassin parisien et le Massif armoricain.

A l’ouest d'Angers, dans l’Anjou noir, certains vignerons vouent une passion immodérée à l’adéquation chenin – schistes. Vigneron sacerdotal, Éric Morgat n’a pas hésité à abandonner son vignoble familial pour en reconstituer un autre afin de se consacrer

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Tout excès sanctionne la qualité

Bien qu’on se situe à une centaine de km de l’océan, les pluviométries sont faibles, de l’ordre de 600 mm. «Ici, les vignes ont les feuilles en Bretagne et les racines en Roussillon», résume Éric Morgat. Avec le chenin, sensible au stress hydrique, les vignerons doivent en conséquence conduire une viticulture au fil du rasoir, d'autant qu'on se situe souvent sur des sols squelettiques. Tout excès de rendement, de fertilisant, d’expression de vigueur foliaire, sanctionnent immédiatement la qualité en réprimant le niveau de maturité physiologique.   

« Nous avons une densité entre 4000 et 6000 pieds/ha. Avec 20 % d’ensoleillement en moins qu’en Alsace, nous avons le souci de bien ventiler les souches, surtout en fin de cycle. La gestion de la sensiblité au stress hydrique nous impose de préserver la qualité biologique de nos sols et à gérer leur couverture herbeuse », résume Eric Morgat.

« En cas d’excès de charge, le chenin, de cycle végétatif long, part immanquablement en pourriture avant de murir», explique Claude Papin, « surtout au moment de l’arrivée des grandes marées océaniques », ajoute Eric Morgat.

On comprend par ailleurs que l’obtention des grands liquoreux ligérien ne souffre d’aucun compromis viticole sur les rendements, et qu’une maturité aboutie des baies est la condition sine qua non pour que le botrytis noble s’installe quand les brouillards océaniques de ces grandes marées inondent les vallées du Layon et de l’Aubance.

Quart de chaume : 3 passages en 7 semaines

Pour illustrer le propos, Claude Papin a apporté un Quart de chaume du Château de Pierre Bise, millésime 2011.

 

«Nous avions accumulé une année de déficit de précipitations : dès le 10 octobre nous avions 25° d'alcool potentiel par passerillage, nous avons récolté 1/3 des raisins. 10 jours plus tard, sous la sécheresse la vigne reprend l'eau des raisins. Nous récoltons 15 % de la parcelle. Puis, nous avons attendu 5 semaines, fin novembre, pour récolter les raisins au même degré potentiel, mais avec du botrytis à flétrissement. Une vendange effectuée en 3 passages sur 7 semaines. Quart de Chaume est une anomalie, un endroit peu ventilé, là où le botrytis s'installe le plus lentement. C'est le microcosme de la douceur angevine.»

Chenin : il a du génie à table

«Avec la réintroduction du chenin, il a fallu réinventer l'élaboration, la fermentation, la malo, l'élevage en barrique, explique Eric Morgat, se réapproprier le cépage, dont il re-cultive 37 variantes massales. Le Chenin n’a pas de version fruit, il est utilisé en bulles, en sec, en liquoreux, sa version variétale est limitée, donc il va exprimer le terroir». «Il a du génie à table», écrit Eric Morgat. «Sur les grès siliceux, il confère de la puissance et de l'acidité, sur les terres pauvres de rhyolite, il présente une certaine austérité, et sur les schistes de l’ordovicien, il exprime de la tendreté et du volume», explique Claude Papin. Mais comment révéler ces expressions car le chenin aurait une fâcheuse tendance à se refermer dans sa prime jeunesse : «Il faut lui donner le temps de s’éloigner du variétal. Nous visons des doses de S02 plus faibles, et mettons en bouteille le plus tard possible», explique Éric Morgat. «Faire simple ne veut pas dire simpliste», lance le vigneron, soucieux de ne pas élaborer «des vins envahissants».

Passage en revue de quelques terroirs : la cuvée Effusion de Patrick Baudouin est un chenin sur poudingues, cendres volcaniques, et schistes. Sa cuvée Les gats est également issue d'une parcelle pierreuse de schistes durs, et de sables du cénomanien de la rive gauche du Layon. Dégustée également au cours de la soirée, La coulée de serrant de Nicolas Joly et le prolongement de ce terroir, la Roche aux moines du château de Pierre Bise et la cuvée Fidès d'Eric Morgat, le terroir volcanique de Savennières.

De ce coté droit de la Loire, on est sur le contrefort du Massif armoricain, constitué de géologie primaire faite ici de schistes de l'ordivicien, bande de spilite et grès sur le haut en appui sur de vieilles cheminées de rhyolite», explique Claude Papin. Des vins tintés d'une certaine «austérité moniacale», décrit Claude Papin, «froids, sérieux, il faut apprendre à les aimer». Chaque parcelle a son équilibre amer et acide, fait remarquer Eric Morgat.

 

Viti.com

Matières organiques : quelle action sur la pédologie ?

Vigne

Publié le 20/01/2017

Les froideurs de l’hiver n’ont pas entaché le dynamisme des techniciens viticoles de Viti.com qui proposaient deux matinées consacrées à la description de profils pédologiques, la semaine dernière à Andlau et à Marlenheim. L’occasion pour les vignerons d’assister à une description commentée par Philippe Kuntzmann, responsable technique du groupement Vitisphère Alsace, des différentes fertilités qui doivent guider l’action des viticulteurs dans leur approche agronomique : la fertilité biologique, la fertilité physique et la fertilité chimique. Dispositions des racines, pH des sols, compactage, activité biologique, l’idée était de présenter aux vignerons comment fonctionne la nutrition des racines de la vigne dans un horizon pédologique.

Les vignerons pouvaient ensuite découvrir l’offre en amendements organiques proposée par Viti.com, des maisons Huon avec le Bochevo, et Comef avec le Combipost, globalement à base de différents fumiers, composts et conditionnés sous forme de pellets.

Patrimoine des terroirs

Commercialisation-distribution en commun et managée, une réussite

Vigne

Publié le 19/01/2017

En 2017, l’association Patrimoine des terroirs lance son premier salon itinérant chez Dominique Frey à Dambach-la-Ville. Il aura lieu le 28 janvier. La trentaine de vignerons de cette association tiendra donc salon sur le domaine, où déjà une cinquantaine de professionnels de la restauration et du vin ont réservé, et même des importateurs asiatiques.

Patrimoine des terroirs a été créée par Céline Malfait et Alain Vautherot, deux amateurs de vin, qui ont lancé en 2006 l’idée de réunir différents vignerons de France, autour d’un même projet de mise en commun de commercialisation, représentation et distribution des vins, selon une stratégie marketing et un modèle économique imaginés par Céline. Si le projet a connu quelques difficultés pour réussir à agréger des vignerons qui n’ont pas toujours des objectifs similaires, depuis 2010, l’association Patrimoine des terroirs a véritablement pris son envol désormais.

La charte qui régit l’association pose des valeurs de terroir, des pratiques environnementales qualitatives pas forcément labellisées bios, et s’adresse à des vignerons récoltants-manipulants. Mais après « un début un peu compliqué pour coordonner l’action, car certains étaient en attente de résultats rapides », explique Dominique Frey, aujourd’hui l’association réunit 30 vignerons de 11 régions viticoles, et propose « une gamme qui ne se fait pas concurrence », précisent de concert Alain et Céline.

Un énorme potentiel de développement

Le vigneron a un interlocuteur unique, Alain ou Céline. Il expédie ses vins sur la plateforme commune. De là repartent les commandes groupées et panachées de bouteilles. Ce qui représente un atout logistique considérable, « aussi efficace que ce que propose un négociant », explique le duo. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont pas les cavistes ou les restaurateurs français qui ont jusqu’à présent profité de ce service unique d’être approvisionné sur la base d’une carte de 30 domaines viticoles de 11 régions différentes.

Le succès vient notamment de l’étranger : en 2016, l’association a commercialisé 220 000 bouteilles, soit une progression de 156 % par rapport à 2014. Dont 80 % d’exportation en volume, mais 45 % en nombre de commandes. Du panachage de gros volumes pour l’export et du panachage de petits volumes en métropole ou en Europe, pour résumer. Ce qui prouve par ailleurs qu’il y a dans cette association un énorme potentiel de développement, tant sur le marché intérieur, avec des acheteurs qui n’ont pas encore pris conscience de l’intérêt du service logistique, que sur le marché export en croissance organique.

Selon Céline Malfait, c’est « la politique commerciale adaptée, bien définie et bien ciblée sur les vins de terroirs de vigneron indépendant », qui explique cette réussite. « Il n’y a pas de vins de marque. »

L’association est également présente et représentée par ses vignerons sur les différents salons européens Prowein, Vinexpo, Vinisud : « Nos frais sont mutualisés. Cela nous permet d’y avoir une certaine visibilité en étant présents sans payer plein pot, explique Dominique Frey. Chacun se rend selon ses compétences, sur l’un des salons. Nous, nous parlons allemand, et donc c’est Prowein. »

Céline Abidon, nouvelle ingénieure de l’IFV

De Dephy en défis

Vigne

Publié le 18/01/2017

Colmarienne d’origine, habitant aujourd’hui à Westhalten, Céline Abidon a d’abord effectué un bac Sciences et techniques des produits agroalimentaires, puis un BTS Viticulture Œnologie, une licence Sciences de la vigne, puis une formation d’ingénieur à l’Isara de Lyon, en alternant avec un apprentissage à la Chambre d’agriculture. La conseillère viticulture de la Chambre d’agriculture a donc quelque peu évolué en prenant la suite de Philippe Kuntzmann, puis de Marie Goutesoulard au poste d’ingénieur à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) en viticulture sur le site de Colmar, au côté toujours d’Éric Meistermann, pour la partie œnologie.

« Je voulais faire évoluer mes fonctions. Je suis globalement très attirée par les plantes. Et je souhaitais approfondir scientifiquement certains sujets », indique Céline. Non pas que le poste de conseillère en viticulture de la Chambre ne lui plaisait plus : « Nous avons énormément de sujets de traiter. Le boulot est extrêmement intéressant et enrichissant au contact des viticulteurs. Et ce, d’autant que nous avons des profils très variés, avec autant des viticulteurs en biodynamie et en bio que des viticulteurs qui ont des stratégies plus conventionnelles. Sans parti pris, nous avons le souci d’agir dans l’intérêt de tous et de rendre des services adaptés. » Mais guidée par sa volonté d’approfondir scientifiquement des sujets avec un rythme de travail où l’on consacre davantage de temps sur les dossiers, Céline Abidon a donc saisi l’opportunité du départ de Marie Goutesoulard, pour intégrer l’IFV.

À la Chambre d’agriculture, Céline Abidon avait notamment en charge l’animation du groupe Dephy Ferme, une dizaine d’exploitations viticoles qui, dans le cadre du plan national Écophyto, produisent des références afin d’améliorer et de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Animation qui consiste notamment à mettre en place des protocoles de réduction de produits phytosanitaires en jouant sur plusieurs leviers tels que la qualité de pulvérisation ou les stratégies phytosanitaires, en gardant toutefois à l’esprit les objectifs économiques des différentes exploitations. Avec sa pression en mildiou, 2016 était à ce sujet une année de test des limites des stratégies de réduction de doses. Céline Abidon arrive à l’IFV avec une solide expérience de terrain au contact des viticulteurs, notamment par les réunions bout de parcelle, la co-rédaction du Bulletin de santé du végétal qui effectue un constat brut de la situation, et du bulletin De vignes en caves sur les préconisations.

Winetwork, une mine d’informations

La page « Chambre » se tourne, et d’autres défis s’annoncent désormais pour l’ingénieure. Elle termine le projet Winetwork (véritablement à consulter sur internet) qui est une plateforme européenne de mise en commun de données techniques sur la flavescence dorée et les maladies du bois, et plus globalement sur les bonnes pratiques viticoles. Avec cette nouvelle approche qui consiste à prendre en compte les savoirs ascendants, c’est-à-dire ceux acquis par « la base », les praticiens que sont les vignerons. Sauf que ces données sont présentées sous le prisme scientifique par des experts. Le site Winetwork contient une mine d’informations écrites et audiovisuelles qui donne d’ailleurs l’occasion de voir ce qui se fait ailleurs en Europe.

Autre gros dossier, le plan national dépérissement, dont l’objectif ambitieux vise à réunir l’ensemble des forces vives de la viticulture au niveau national pour trouver des solutions à ces nouvelles maladies à dépérissement, dont les maladies du bois (MDB). Le vignoble dispose sur ce point de données de bases liées à l’observatoire des maladies du bois, qui mettent la puce à l’oreille : « Dans l’observatoire, il y a des parcelles qui comptent 1 à 2 % de ceps malades, contre parfois 35 à 40 % et pour les mêmes cépages et mêmes tranches d’âge. Ce sont souvent les mêmes viticulteurs que l’on retrouve en particulier pour les parcelles les moins touchées. » Dans la multiplicité des pratiques viticoles alsaciennes, il y en a, selon Céline Abidon, certaines qui favorisent ou limitent l’expression des maladies. « On a déjà exploité les résultats de manière statistique, ce qui avait d’ailleurs permis à Philippe Kuntzmann d’identifier que les parcelles récoltées plus tardivement étaient plus touchées par les MDB. »

« Pousser les études »

« Avec un statisticien stagiaire 6 mois sur un projet de 3 ans, l’idée consisterait donc à pousser les études », explique Céline Abidon. Qui souhaite par ailleurs, toujours dans le cadre du plan dépérissement, et de l’observatoire des maladies du bois « s’inspirer de la méthodologie de Winetwork pour identifier des parcelles d’essais, des pratiques agronomiques et mettre en commun les données », dans un projet piloté par l’Université de Haute Alsace et réunissant les partenaires locaux, Chambre d'agriculture, Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Association des viticulteurs d'Alsace, IFV. Toujours concernant les maladies du bois, Marie Goutesoulard avait mis en place un essai de curetage des bois morts faisant d’ailleurs passer la mortalité de 15 à 8 % entre le témoin et l’essai en 2016. Les analyses du ∆C13* devraient apporter un éclairage sur l’intérêt du curetage pour soulager la vigne des contraintes hydriques subies post-véraison.

La flavescence dorée est un autre dossier qui impose à l’IFV d’être en veille et d’anticiper en cas de prolifération du phytoplasme. Celle qui était animatrice des fermes Dephy craint que cette « maladie extrêmement grave » ne fasse perdre les bénéfices environnementaux acquis au prix d’efforts considérables sur la réduction des phytosanitaires. Il s’agit donc de former les viticulteurs : « Ils doivent se sentir concernés ». Une session sera d’ailleurs dédiée au sujet le 26 janvier à Ostheim. Chacun est invité à y participer.

Guide Hachette

À l’aveugle mais en toute transparence

Vigne

Publié le 16/01/2017

Il reste de loin, le guide de référence de la France du vin, avec ses 85 000 exemplaires imprimés. Une véritable institution. Le Guide Hachette se maintient, très loin devant les autres guides, en tête des ventes. Une raison à cela : les dégustations se déroulent à l’aveugle, mais en toute transparence. Quand d’autres éditeurs de guides déclarent effectuer aussi les dégustations de notation à l’aveugle, le Guide Hachette du vin, lui, permet aux amateurs de constater que les dégustations dans les différents vignobles de France, se font véritablement à l’aveugle. Un choix de la transparence qui explique cette réussite. Sur les différences sessions de sélection et de notation : pas de buveur d’étiquette, chacun est confronté à sa propre objectivité, et impossible pour lui de voir qui se cache derrière la bouteille.

Les sessions de dégustation se déroulaient la semaine dernière à la Maison des vins d’Alsace, toujours animées par Stéphane Rosa. Lequel devait ensuite se rendre en Champagne, au lycée d’Avize, pour passer en revue pas moins de 4 500 champagnes…

Si le caractère « à l’aveugle » reste le fondement de la sélection de ce guide, il n’en est pas moins exposé aux imperfections et aux aléas de la dégustation. Avec entre 20 et 30 vins par jury, chaque juré doit déployer des efforts de concentration en fin de dégustation. Une quantité de vins à déguster qui affecte la qualité des jugements.

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