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David Lefebvre

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Le Synvira à la foire aux vins d’Alsace

Les vins géo, mais surtout logiques

Vigne

Publié le 07/08/2017

« On a mis un point d’honneur à vous parler de terroir. On ne parle pas de cépage. Donc on a classifié nos vins en fonction de nos géologies », introduit Pierre Bernhard, le président du Synvira. Dans le hall 4 de la Foire aux vins d’Alsace, le stand du Synvira propose des dégustations qui sortent du cadre classique des cépages. Qui ne sont certes pas totalement ignorés, et qui s’ajoutent à l’information. Mais le point essentiel mis en avant, c’est l’origine géologique du vin. Sur le comptoir de dégustation, 13 formations géologiques sont recensées (*). Et les vins proposés sont classifiés en fonction de ces géologies, et non pas en fonction des cépages.

La géologue et vigneronne Yannick Mignot a présenté la richesse et la diversité des terroirs, expliquant cette diversité, en reprenant les travaux du géologue Claude Sittler. Car, constate la géologue, « tout le monde s’intéresse à la géologie des vignobles » ; cette notion n’est plus réservée aujourd’hui à une minorité d’initiés.

Pour conclure cette présentation didactique, Pierre Bernhard a livré son sentiment sur le beau millésime à venir : « Malgré les baisses de volumes annoncées, on est sur un millésime de qualité, de beaux raisins, une belle végétation. […] Pas forcément en volumes, mais qualitativement très beau », a insisté le président, à 5 semaines de la récolte. « Si on a un peu de pluie, on arrivera à quelque chose de très intéressant ce qui permettra d’exprimer toute cette richesse des terroirs alsaciens. »

Aujourd’hui, « de nombreux vignerons veulent élaborer des vins de terroirs et font des efforts en conséquence », a poursuivi le président du Synvira qui constate que les vignerons indépendants « ont l’ambition de pratiquer de plus en plus le terroir ».

Prix de l’innovation 2017 : Carraro Tony 9800 SR

Le tracteur spécialisé de l’année a du sang alsacien

Pratique

Publié le 31/07/2017

Pour sa 5e édition, le prix de l’innovation EAV/PHR a dû départager 10 concurrents. Ce millésime a fait la part belle aux tracteurs avec pas moins de 5 tracteurs en compétition sur les 10 innovations présentées qui tracent les tendances du moment : amélioration de la stabilité des engins, préservation des sols, sécurité des utilisateurs, limitation des intrants… Ce prix est décerné en partenariat avec la Chambre d'agriculture d’Alsace, la fédération des Cuma, l’Union des Œnologues et le Parc-expo.

Et pour rendre hommage au génie inventif de l’hydraulique en mécanique d’Étienne Berger, le jury du prix de l’innovation a fait du tracteur Carraro Tony 9800 SR, le lauréat de l’édition 2017. Car Étienne Berger aime bien inventer à heures ses perdues (mais il n’en a pas beaucoup) des solutions pour la viticulture. Bien que petite, l’entreprise BMA qu’il gère avec son fils Stéphane, est pourtant à l’origine d’innovations qui impulsent le sens de l’histoire en mécanique viticole.

L’exemple type est ce dernier tracteur Carraro Tony 9800 SR, à variation continue avec inverseur hydrostatique, distingué par la presse spécialisée Tractor of the year 2017, dans la gamme des « tracteurs spécialisés » : un tracteur articulé à transmission hydrostatique moteur-boîte et poste réversible.

Le poste réversible, c’est Étienne Berger qui l’a mis au point en 1989 avec Carraro. Et la transmission hydrostatique moteur-boîte, c’est aussi Étienne Berger qui l’a relancée en étroite collaboration en 2010 pour la souplesse qu’elle confère, et la fluidité des rapports même dans les pentes les plus raides. La particularité de cette transmission, c’est que le groupe hydrostatique entraîne une boîte avec 4 gammes. Mais la dernière innovation Carraro, c’est le passage des gammes qui est désormais électrique sur le Tony 9800 SR, explique Stéphane Berger. La conséquence, c’est la sensation d’une boîte 100 % vario, sans embrayage, avec « une grande souplesse de rapport de couple et un couple maximum à chaque changement de rapport ». Les prises hydrauliques (4 double effet et 1 simple effet) se commandent au Joystick JMC de façon proportionnelle. Il s’agit là encore d’une amélioration technique héritée de la collaboration Berger-Carraro. Quant au relevage, sa suspension oléopneumatique à boule d’azote, régule les à-coups à charge.

Ce Tony est équipé d’un moteur Yanmar turbo, tier 4, en attendant un 10900 de 100 CV, qui devrait sortir en octobre. Et un tracteur rigide en 2018, car le Tony 9800 SR est articulé avec un châssis oscillant sur 15°. À noter aussi la gestion du couple prise de force, un frein de sécurité multidisques à sec « négatif », c’est-à-dire auto-déclenchant en cas de sécurité, et une cabine pressurisée catégorie 4 (la plus haute) à vision panoramique exceptionnelle, disent des vignerons.

Pour toutes ces raisons, le jury de prix de l’innovation n’a pas hésité à décerner les plus hautes notes à ce nouveau tracteur, bijou de technologie hydraulique, le tout en largeur minimale de 1,02 m !

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa)

Les conditions d’un millésime d’anthologie sont réunies

Vigne

Publié le 26/07/2017

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a fait procéder, en lien avec l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), la Chambre d’agriculture d’Alsace et l’EPLEFPA, aux prélèvements pour les prévisions de récolte 2017. Cette évaluation quantitative s’appuie sur les travaux de modélisation établis par l’Inra de Colmar : elle se base cette année sur un réseau de 200 parcelles représentatives de l’encépagement, des spécificités pédoclimatiques alsaciennes et de l’état sanitaire du vignoble.

À l’instar d’autres vignobles français, l’Alsace connaîtra une petite quantité de récolte en 2017. L’ensemble des cépages et l’ensemble des régions viticoles alsaciennes sont touchés, mais de façon plus marquée, les secteurs les plus précoces et ceux victimes des épisodes gélifs des 20-21 avril derniers, qui avaient occasionné une gelée noire impactant environ 4 500 hectares du vignoble. Cela se constate aujourd’hui à travers un faible nombre de grappes par souche, du fait principalement de la destruction des rameaux primaires.

L’estimation de récolte s’élève pour l’heure à 855 000 hectolitres. Ce chiffre peut cependant encore évoluer en fonction des conditions météorologiques à venir, mais également au vu des conditions exceptionnelles de ce printemps qui peuvent biaiser le modèle d’estimation. Dont la robustesse est basée sur le scénario climatique moyen, précise le Civa.

L’autre explication à cette petite quantité de récolte est attribuée aux fortes précipitations du printemps 2016, qui ont compromis l’initiation florale (qui rappelons-le se réalise l’année n - 1, au moment de la floraison, et qui est fortement dépendante de la température et la luminosité, très déficitaire lors de ce printemps 2016). Toujours en 2016, une vendange particulièrement étalée et une chute des feuilles précoces n’ont pas permis une accumulation de réserve optimale pour les vignes, précise le Civa. S’ajoutent enfin les maladies du bois rendant non productif 14 % du vignoble en moyenne, sans compter les complants ou autres pieds manquants (source : Observatoire des maladies du bois IFV).

1947-2017, millésimes d’anthologie

Après un mois de janvier 2017 froid et sec, les conditions climatiques enregistrées sont douces et battent au passage certains records de chaleur. Le débourrement est précoce (6 avril en moyenne sur le vignoble). Après l’épisode de gel, les vignes se développent correctement amenant une floraison observée le 6 juin 2017. La floraison a été rapide, de l’ordre d’une semaine. À noter que pendant la période de développement végétatif, une période plus fraîche a occasionné du filage et de la coulure.

Au niveau protection du vignoble, le printemps chaud et sec n’a pas permis au mildiou et à l’oïdium de s’installer dans les vignes. Début juillet, le vignoble est sain. Un facteur de satisfaction en perspective pour ce millésime… Ce contexte troublant fait d’ailleurs penser certains anciens vignerons au millésime de 1947, connu pour avoir été le millésime du siècle…

Du point de vue des marchés, heureusement que le millésime 2016, satisfaisant en volume et surtout d’une excellente qualité, a permis de reconstituer partiellement les stocks de bon nombre d’opérateurs alsaciens et de maintenir les vins d’Alsace sur un maximum de marchés, tant en France qu’à l’export.

Avec ce contexte 2017, l’Alsace n’aura donc pas profité longuement des bénéfices du millésime passé. Le niveau de stock théorique actuel, croisé avec le niveau prévisionnel de cette récolte, nécessitera une analyse fine de certaines opportunités commerciales pour pouvoir répondre aux demandes de l’ensemble des marchés. Mais pour rester pragmatique et selon un vieil adage vigneron, rappelons-nous que « ne pourra être réellement quantifié ce millésime que quand il sera rentré dans les caves ».

La vigne est une liane

Physiologie du rognage ou du tressage selon l’approche goethéenne

Vigne

Publié le 24/07/2017

L’apex de la vigne est un lieu physiologique particulier où les cellules du végétal se divisent, se multiplient et se différencient. Parallèlement à cette multiplication cellulaire, se déroulent des phénomènes hormonaux qui contrôlent la croissance et la phénologie de la plante.

Pris sous un angle de vision goethéenne, l’apex de la vigne joue un rôle fondamental dans l’expression de cette plante qui est une liane, et dont le rôle est d’aller vers les autres plantes ou vers un quelconque support et donc d’échanger avec son milieu. Par ce comportement de liane, l’apex de la vigne serait capable de s’imprégner de toutes les données climatiques et du milieu. Et de s’imprégner d’informations pour adapter sa croissance, réagir aux agresseurs. D’ailleurs, la vigne est une plante phyto-sociale par excellence : « Sa fleur est plutôt discrète, elle n’attire pas à elle, comme d’autres fleurs, mais elle va plutôt vers les autres plantes, portée par la liane », font observer les botanistes goethéens.

Alors, supprimer l’apex au rognage cause-t-il des désordres physiologiques dans la plante ? Assurément oui, car les vignerons qui pratiquent le rognage savent que ça développe les entre-cœurs, épaissit le plan de palissage, et rend l’accès aux raisins plus difficile sous l’épaisseur foliaire. Mais qu’en est-il de la chimie plus fine de la plante ? Qu’en est-il des phénomènes de défenses naturelles et de la phénologie ?

Préserver les apex donnerait une maturation plus aboutie

Œnologue et biologiste de formation, Daniel Thulièvre qui gère 55 ha de viticulture du Château de Passavant, sur les bords du Layon en Anjou, explique sa vision de l’enroulement qu’il pratique depuis 2000, dans une conférence qu’il a donnée aux journées de viticulture biodynamique. Selon ce chef de culture, les bénéfices physiologiques à attendre de l’enroulement sont supérieurs aux coûts du temps consacré à enrouler les cimes.

Pour comprendre, il faut reprendre la croissance de la vigne : « Chaque bourgeon dispose d’une certaine marge de réserves, indépendamment de son rameau, mais dépendante du nombre de bourgeons, qu’on va laisser à la taille », introduit Daniel Thulièvre. « Jusqu’au huitième étage de feuilles, les bourgeons qui ont démarré établissent leur développement sur la base du préformé, dépendant de l’année précédente. Jusqu’à ce stade, la vigne est très peu dépendante des variations climatiques, car sa croissance repose sur le bourgeon et sur ses organes préformés », fait-il observer.

Mais à la floraison, s’opère un changement radical de la croissance dans la vigne. À partir de ce stade, « les organes sont néoformés. Dès lors, on peut penser que la plante assume son rôle d’échange avec l’extérieur ». Tant d’ailleurs dans la partie aérienne, que la partie souterraine : « À la floraison, c’est le début de l’exploration racinaire par les radicelles ». Selon l’approche goethéenne, l’apex jouerait un rôle essentiel dans le contrôle de la croissance des rameaux et des racines, et dans les stades phénologiques. « D’ailleurs, quand la vigne pousse, à chaque stade phénologique - floraison, nouaison, véraison - l’apex ne pousse pas et se recourbe, puis se redresse », fait observer Daniel Thulièvre. Préserver les apex donnerait une maturation plus aboutie : « Lorsque la vigne arrive au bout de son cycle de photosynthèse, elle oriente toutes ses réserves vers le fruit. À ce stade, même les vieilles feuilles de la base ont un rôle de transfert de leurs réserves vers le fruit. J’observe que les cuticules des baies sont plus dures quand on préserve les apex. »

Mémoire végétative

Au-delà de l’aspect phénologique, « l’apex est en quelque sorte l’organe qui permet à la vigne de s’adapter à son environnement et aux variations de milieu ». C’est par l’apex que la vigne acquiert selon lui une mémoire végétative, qui lui permet de mieux réagir aux variations de son environnement, tant dans la régulation des croissances en fonction des variations du climat, que dans la synthèse des défenses naturelles face aux agresseurs. Ainsi, selon la vision goethéenne, l’apex serait l’organe qui permet à la vigne d’orienter ses métabolismes en fonction des données du milieu et du climat : « L’apex serait donc le siège ou centre de contrôle de messagers pour la synthèse de phyto-alexines », poursuit le viticulteur.

D’où l’intérêt de tresser les vignes, « en respectant le besoin de prospection de la vigne. La première année, on observe une réaction exubérante, puis la vigne adapte sa croissance ».

Couverts des vignes

Un projet de semences d’essences autochtones à Westhalten

Vigne

Publié le 24/07/2017

A priori, tout vigneron rêverait de transformer ses vignes en un immense parc à fleurs mellifères, mais en conservant bien sûr leur fonction première qui est de produire du raisin à bon vin d’Alsace. De l’idée à sa réalisation, il y a un long chemin que les vignerons de Westhalten, avec Alsace Nature et le GIEE Repère ont entrepris, sur la même base de méthode Repère que celle employée au sein du groupe de vignerons sur le sujet de la piloselle sur le rang de vigne. Une méthode où les savoirs et les connaissances sont mutualisés entre les praticiens que sont les vignerons et les scientifiques de l’Institut national de recherche agronomique.

Fort de leur succès avec la piloselle, ils se sont attelés à cette idée que la diversité botanique du site classé Natura 2000 du Bollenberg, tout proche, pourrait recoloniser leurs vignes. Du moins certaines plantes dont les graines pourraient être semées dans les vignes à la manière d’autres semis de couverts. Ils se développent actuellement dans le vignoble alsacien pour relancer la dynamique des sols.

Il a donc fallu dans un premier temps co-concevoir le projet et réunir les compétences idoines : un semencier soucieux de développer des semences locales, des scientifiques agronomes, les vignerons motivés, mais également les botanistes et responsables du Conservatoire des sites alsaciens. « L’idée est d’enherber sans pollution génétique, mais en respectant certaines exigences viticoles de productivité de la vigne », explique le semencier Bernard Heitz, des semences Nungesser à Erstein, partenaire du projet.

Lever des obstacles

Mais au préalable, il a fallu lever certains obstacles. Convaincre le Conservatoire des sites alsaciens que ce projet n’allait pas exercer de prédation botanique à l’égard d’un site réputé écologiquement sensible. Ce fut chose faite après 18 mois de réflexion. Et c’est finalement Gaëlle Grandet, botaniste du Conservatoire des sites alsaciens, qui est allée prélever des graines sur la lande, « à partir desquelles on fait de la multiplication sur six ans », explique Bernard Heitz, qui a vu tout l’intérêt de prélever « des semences d’essences locales, d’espèces non améliorées, non sélectionnées ». Les graines sont alors triées, multipliées en serre, puis les jeunes plants sont repiqués : « 70 000 plants cet automne ont poussé, entre 50 000 à 60 000 seront replantés », ajoute le semencier qui, pour ce faire, s’est associé à des agriculteurs de la région disposant de serres. « Dans les plantations de fétuques, centaurées, lotier corniculé, œillet des Chartreux, anthyllide vulnéraire, on revoit des abeilles charpentières et des espèces de sauterelles qu’on ne voyait plus », note avec optimisme le semencier.

Restait à lever les obstacles réglementaires en matière de production de semences, extrêmement cadrée et normée. « On ouvre une voie réglementaire », explique Bernard Heitz, dont l’entreprise est la seule à avoir obtenu une dérogation par décret ministériel pour produire certaines semences locales de koelerie et de brome. Le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences) regarderait de près cette expérimentation d’un nouveau type.

Des questions se posent

Parallèlement à ce projet de multiplication de semences, l’Inra accompagne les viticulteurs, et réciproquement, pour mettre en place les plans expérimentaux dans les vignes : « Les questions arrivent au fur et à mesure, explique Jean Masson de l’Inra. Quelle espèce choisir ? Comment les produire ? Les mettre en place ? Puis viendront d’autres questions, par exemple sur la stabilité des couverts. Et on a un projet de recherche à l’Inra de Dijon qui va se greffer, sur la phytosociologie des plantes. Comment l’équilibre de ces plantes va-il se stabiliser en fonction des pratiques ? » Quant aux viticulteurs, ils souhaitent que ces espèces locales réintroduites ne soient pas concurrentes de la vigne, notamment en période de stress hydrique.

Pour l’heure, le projet est soutenu par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), l’Agence de l’eau, l’Inra, la Région, le Syndicat viticole de Westhalten et le CFPPA. Les fonds consacrés restent encore marginaux par rapport aux coûts de multiplication des graines, soulève Bernard Heitz. Mais « avec la caution de l’Inra, c’est différent que si on le faisait chez soi tout seul ». Et Jean Masson espère décrocher une bourse de thèse spécifique aux incubations dans les entreprises pour répondre aux questions scientifiques posées par le projet du GIEE de Westhalten.

Pique-nique entre vignerons chez Sylvie Spielmann

L’œnothèque : la base pour comprendre un terroir

Vigne

Publié le 12/07/2017

Cela fait quatre ans que le Synvira, sous la présidence de Pierre Bernhard, organise son pique-nique entre vignerons chez un vigneron qui fait découvrir son exploitation. Une façon de ressouder les liens entre vignerons, d’accueillir les nouveaux venus ; et ils sont 70 cette année à avoir répondu présent. C’est Sylvie Spielmann qui accueillait l’événement. Elle et son compagnon, le vigneron bourguignon Jean-Claude Rateau, ne ménagent pas leurs efforts pour valoriser les terroirs locaux. Le syndicat viticole de Bergheim dispose de deux grands crus, l’Altenberg et le Kanzlerberg, et compte revendiquer pas moins de 11 premiers crus. La soirée a commencé par une petite visite du vignoble autour du Kanzlerberg, terroir gypseux où la famille Spielmann exploitait d’ailleurs une carrière pour en extraire ce matériau de base au stuc rhénan, entre autres. Puis visite de la cave où, là, les convives ont été particulièrement surpris de découvrir l’œnothèque que la vigneronne s’est confectionnée en 32 millésimes vinifiés : un véritable outil pour comprendre chaque terroir.

Forestiers d’Alsace

La sylviculture du pin sylvestre en forêt de Haguenau

Cultures

Publié le 06/07/2017

Cette journée consacrée au pin sylvestre était organisée par le Centre national de la propriété forestière, et par la coopérative forestière Cosylval, représentée par Véronique Mertz, technicienne Cosylval, ainsi que par l’Association forestière des Vosges du Nord, représentée par Jean Braud et Maren Baumeister. Elle se déroulait dans la forêt du château de la Walck en périphérie de Haguenau, un ensemble de 226 hectares d’un seul tenant.

La plaine de Haguenau est recouverte d’alluvions sableuses plus ou moins fines, transportées par les rivières vosgiennes qui alimentent le Rhin, la Lauter, la Moder, la Sauer et la Zorn. Au nord et au sud, elles sont recouvertes de limons éoliens et de lœss, comme en Outre-Forêt ou dans le Kochersberg. Des zones fertiles, tandis que le massif de Haguenau, avec ses sols d’alluvions acides, sableux, l’est moins. Quelques poches d’argiles forment un plancher imperméable, à l’origine de nappes perchées, introduit Maren Baumeister.

180 hectares régénérés

La forêt couvre 46 % de la surface de la communauté d’agglomérations de Haguenau, et génère un environnement socio-économique important : 140 entreprises du bois, 870 emplois, scieurs, menuisiers, transformateurs, transporteurs, résume Claude Hoh, de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Trois essences principales résident sur ces sols squelettiques : le pin sylvestre, le chêne sessile et pédonculé.

Au siècle dernier, la forêt de la Walck a connu deux déboires : la mitraille pendant la Libération, et l’ouragan Lothar en 1999 qui a décimé 180 des 220 ha. Dès lors, les sylviculteurs ont engagé une reconstitution en trois volets : sortir les chablis abattus, préserver là où des hêtres étaient déjà installés en sous-bois, et plutôt que de reprendre à blanc, ils ont opté pour la régénération naturelle, qui donne à ce stade des perchis. Aujourd’hui, cette forêt dispose donc de 180 ha régénérés, résume Véronique Mertz. Dans certains endroits, les pins ont totalement disparu. Mais globalement, le repeuplement naturel d’après-tempête mixe les essences.

Le pin sylvestre tolère tous les climats et types de sols, acides, secs, engorgés, etc. Simplement, il ne supporte pas le calcaire. Il est donc intéressant dans les sols peu fertiles. Sa production atteint 4 m3/ha/an. L’écotype de Haguenau trouve cependant en ce lieu une vigueur particulière, dont le caractère a été diffusé en Sologne et dans le Centre. Il y a donc eu des sécheries qui faisaient vivre beaucoup de sylviculteurs : « Les pommes de pin étaient payées au kg. Puis les graines étaient mises en pépinière. Il y a eu une véritable économie qui s’était greffée autour… », explique Véronique Mertz.

Conduite et valorisation

La difficulté de la régénération réside dans le matelas d’aiguilles accumulées, rendant difficile la reprise. S’ajoute à cela de la végétation concurrentielle comme la myrtille ou la fougère aigle, ce qui nécessite de dégager les semis. De plus, le pin a besoin de lumière. Une fois le peuplement installé, il faut « dépresser », c’est-à-dire diminuer la densité à 2 500 tiges/ha. Une autre école préfère préserver la densité pour limiter la branchaison et avoir de petits nœuds par la suite.

« En ce qui me concerne, je plante en 2 x 2 m, du pin en godets qui offrent une pousse plus rapide, et un bon taux de reprise, indique Véronique Mertz. Il faut ensuite bien gérer le dégagement les premières années. » Des outils tels que des râteaux scarificateur, montés sur mini-pelle permettent de travailler sur des layons, suffisent à arracher les rhizomes de fougères.

La valorisation : en première qualité, il faut compter de 60 à 130 €/m3 bord de route, le bois de fermette est destiné aux montants de fenêtre, puis le second choix de 35 à 45 €/m3, puis de 18 à 24 €/m3 pour les bois de palette, et enfin 8 à 9 €/m3 pour la trituration. Sur le principe, lors du dépressage, les prélèvements des moins beaux bois sont destinés à l’industrie et aux palettes. À chaque intervention tous les 6 à 8 ans, la qualité du bois progresse, indique Véronique Mertz qui identifie une autre source de valorisation en Allemagne, où les troncs débités en 3 m ne doivent pas dépasser 1 cm de décroissance par mètre et une branchaison inférieure à 3 cm.

ŒnoFrance, collage DiWine

Présentation des essais 2016

Vigne

Publié le 04/07/2017

En 2016, les laboratoires ŒnoFrance avaient exhumé cette problématique des résidus de métaux dans les vins. Rappelant que s’ils ne sont pas en concentration toxique, les quelques milligrammes ou dixièmes de mg de cuivre, fer, ou de zinc, peuvent cependant affecter considérablement les qualités organoleptiques des vins, diminuer les arômes, par des mécanismes d’oxydo-réduction relativement bien élucidés. Tel était le thème des conférences de Christophe Morge, responsable R&D chez ŒnoFrance, et de Maria Nikolantonaki, maître de conférences en œnologie à l’Université de Bourgogne.

Pour le cuivre résiduel, l’état des lieux sur 1 400 échantillons des vendanges 2016 montre sans surprise des teneurs oscillant entre 0,3 et 3 mg/l. En particulier, sur les moûts à crémant en Alsace, puisqu’ils n’ont pas été lessivés par les pluies de vendanges. En suisse, sur 130 échantillons, 95 dépassent 6,5 mg/l ou plus, en raison d’une pratique consistant à appliquer du sulfate de cuivre très tardivement… La peur de la drosophile et de ses effets serait en cause. Des doses qui, même après la précipitation et l’élimination naturelle de la majeure partie du cuivre - jusqu’à 89 % -, laissent une fraction résiduelle importante, capable d’entraver la fermentation malolactique. Quant au fer, il n’a pas pour source les traitements, mais il provient par exemple de la rouille des fils de palissage secoués lors de vendanges mécaniques. Attention aux vendanges entières qui reviennent d’ailleurs au goût du jour : les rafles peuvent être particulièrement pourvoyeuses de cuivre résiduel.

Les collages au DiWine éliminent donc ces métaux résiduels. Ils donnent l’occasion de voir l’impact œnologique des métaux résiduels. Les essais montrent que le cuivre peut être à l’origine de l’allongement de la latence des fermentations et des fins de fermentation. Le cuivre altère la santé des levures. Il réduit également significativement les arômes thiolés typiques de certains cépages comme le sauvignon blanc, ou le vermentino blanc. Et par effet conjugué, en diminuant les produits d’oxydation que sont les aldéhydes (éthanal), le DiWIne permet d’envisager de réduire les doses de sulfites. Enfin, les métaux résiduels seraient en cause dans les phénomènes de vieillissements prématurés en bouteille.

Pour confirmer leurs résultats, les laboratoires ŒnoFrance ont confié à la société Twistaroma de Colmar, le soin de doser la teneur en arômes de certains vins, avec la fameuse méthode du barreau magnétique qui adsorbe certaines molécules. Effectivement, les collages au DiWine modifient certaines teneurs de certains arômes terpéniques.

Journée découverte chez Manfred et Friedrich Wenz à Ottenheim

Une nouvelle approche dans la recherche des processus d’humification

Vigne

Publié le 27/06/2017

Bien connus dans l’univers de l’agriculture de conservation des sols, Manfred Wenz et son fils Friedrich ont fait de leur petite exploitation céréalière, un grand champ d’expérimentation en techniques culturales simplifiées, depuis plus de 40 ans. Ils sont aujourd’hui des consultants en agronomie connus et reconnus dans le monde entier. Leur objectif : arriver à une auto-fertilité des terres tout en visant une productivité maximale. Les 12 et 13 juin derniers, une soixantaine d’agriculteurs et de viticulteurs de toute la France suivaient un stage de découverte et compréhension de l’approche agronomique des Wenz. Un stage organisé par l’agriculteur-formateur Ulrich Schreïer qui, avec sa société Ecodyn, propose divers matériels pour l’agriculture biologique, biodynamique et de conservation.

Il y a 15 ans, nous nous étions rendus avec L’Est Agricole et Viticole en reportage chez les Wenz. À l’époque, Manfred avait développé une technique de semis sur billons, type butte à pomme de terre. Mais dans une approche de permaculture où le billon constitue en quelque sorte un mini-andain de compostage du mulch d’intercultures. Il s’inspirait à l’époque d’une technique de maraîchage en planches permacoles, développées par Hans Kémink dans les années 1980. Lui et son fils Friedrich imaginaient alors pouvoir transférer cette approche à la céréaliculture, où le billon enferme la biomasse d’interculture broyée appelée à devenir du compost. Manfred Wenz alternait des prairies temporaires et des céréales en rotation.

Si la gestion des adventices s’est avérée une réussite avec cette approche de mini-compostage sous billon, estime Friedrich Wenz, elle n’a en revanche pas permis d’entretenir la matière humique, support de la fertilité, déclare-t-il. Pour analyser et apprécier la fertilité de leurs sols, les Wenz ont, en parallèle, développé depuis 15 ans, des méthodes analytiques de terrain pour permettre d’évaluer la réponse de la pousse de la culture à la fertilité du sol*.

Suite à l’appauvrissement des sols malgré toutes les précautions agronomiques, ils ont donc abandonné la technique des micro-billons. Et font désormais appel aux pratiques de compost liquide (compost tea), développés notamment par l’Australienne Elaine Ingham, professeure d’agronomie, présidente de l’ONG Soil Food Web, et autres préparats fermentaires, développés par la recherche biodynamique. Ces études* suggèrent que l’acide humique a un effet direct sur la croissance des plantes, notamment des racines, par la voie hormonale des auxines. Et que ces acides humiques sont synthétisés par certains champignons et bactéries du sol : le complexe EM (efficant microbioly), mis en évidence par Teruo Higa, un agronome japonais.

Chez les Wenz, les fondamentaux restent les mêmes : les techniques sont toujours sans labour, ils pratiquent la rotation, donc pas de monoculture, ils sèment sous couvert des engrais verts multi-espèces. Des engrais verts implantés par exemple sous le maïs et qui vont produire de la biomasse à l’automne une fois le maïs récolté. Par principe, la terre n’est ainsi jamais laissée nue et exposée au rayonnement solaire. Mais la question posée est : comment faire en sorte que cette biomasse sous les couverts serve de façon optimale à reconstituer le stock humique des sols ?

Le rapport bactérie/champignon d’un sol

Leur nouvelle approche repose sur cette observation biologique comparée des populations de bactéries et de champignons de différents sols. Pour simplifier :

  • un sol cultivé de monoculture contient 10 fois plus de bactéries que de champignons ;
  • un sol de vigne contient de 2 à 5 fois plus de bactéries que de champignons ;
  • un sol de prairie contient autant de bactéries que de champignons ;
  • alors qu’une forêt de feuillus contient de 5 à 100 fois plus de champignons que de bactéries.
  • et cela peut atteindre 1 000 fois plus de champignons que de bactéries pour une forêt native.

L’idée des Wenz vise à trouver un milieu favorable au développement de micro-organismes qui jouent un rôle dans la fertilité et dans l’humification, comme les bactéries fixatrices d’azote azotobacter ou les mycorhizes. Ce milieu a été défini par plusieurs scientifiques comme Louis-Claude Vincent en France, et les lois bioélectroniques, ou Teruo Higa au Japon, qui propose le complexe EM.

Mais la biologie d’un sol cultivé n’est pas celle d’une forêt, même en agroforesterie où l’on tente de se rapprocher des conditions pédologiques forestières pour favoriser les micro-organismes humificateurs.

Et donc les Wenz, reprenant la méthode fermentaire d’Elaine Ingham, partent du principe qu’il faut régulièrement apporter à ces sols cultivés des ferments pour compenser la dynamique minéralisatrice à l’œuvre dans les sols cultivés. Les principes utilisés sont ceux bien connus des vignerons qui font fermenter leurs vins : pied de cuve en conditions favorables puis ensemencement en apportant au milieu de culture les nutriments nécessaires à la prolifération des champignons. Sauf que chez les Wenz, le pied de cuve, ce sont les micro-organismes géophiles décrits par Elaine Ingham ou par Teruo Higa, et mis en fermentation selon la technique de compost tea*, l’ensemencement n’est pas dans une cuve, mais dans la parcelle par un système de dispersion que nous allons décrire. Quant au support de fermentation, là ce n’est pas le jus de raisin, mais c’est le couvert détruit par mulchage avec de nombreuses précautions.

Comme en œnologie

Détruit à un stade encore relativement jeune et avant floraison, le couvert contient comme le moût de raisin, beaucoup de sucres fermentescibles, et c’est un milieu nutritif très riche. On peut à ce sujet relire les écrits de l’agriculteur Joseph Pousset dans l’Orne. « À ce stade, le couvert peut apporter jusqu’à 2 tonnes par hectare de sucres fermentescibles », selon la quantité de biomasse produite. Ces sucres sont issus de la photosynthèse, contenus non seulement dans la sève, mais également dans l’environnement proche de la rhizosphère par exsudation racinaire.

L’idée va donc consister à broyer le couvert en « vert » au moyen d’un rotavator de manière à scalper également les quelques centimètres superficiels de terre. Les volets du rotavator sont ouverts de manière à bien aérer le mulch éjecté. Et en même temps, ce mulch est ensemencé au moyen d’une pompe doseuse de ferments. Le couvert doit être multi-espèces de manière à apporter les différents éléments de base, carbone, azote, soufre, c’est donc un mélange de graminées, légumineuses, crucifères… Friedrich Wenz préconise des graminées à pousse lente qui ont la caractéristique de développer plutôt leur système racinaire que l’appareil aérien. C’est une caractéristique des graminées les moins concurrentielles de la culture en place. Donc pas de ray-grass par exemple. Le passage au rotavator doit être extrêmement précautionneux, avec un tarage de la profondeur précis et régulier, de manière à veiller qu’il n’y ait pas d’effet de pianotage de l’attelage.

Une fois le mulch ensemencé, « la décomposition est très rapide », témoigne Friedrich Wenz, « en 7 à 15 jours ». Elle passe par une phase « acétique ». La couleur, la texture et l’odeur du sol changent, explique-t-il : « Il devient colloïdal. » Comme toute fermentation, il y a une température minimale à respecter de 6 °C. C’est pourquoi, le processus se déroule mieux sur les sols réchauffés à l’automne que froids du printemps. Attention également au taux d’humidité qui ne doit pas être trop élevé.

La technique préconisée par Manfred Wenz est testée depuis deux ans par un vigneron alsacien, Patrick Meyer à Nothalten. Pour l’heure, les couverts d’interrangs ont particulièrement réussi, témoignant d’une belle fertilité des sols. Le vigneron de Nothalten applique également ses fermentations sur la ligne de semis.

Marathon du Vignoble d'Alsace

C’est ce week-end dans le vignoble de Molsheim

Vigne

Publié le 21/06/2017

La formule est désormais bien rodée au succès. La 13e édition du Marathon du Vignoble d'Alsace, se déroule ces 24 & 25 juin dans le vignoble de Molsheim. Au depart de Cora Dorlisheim, le parcours sera bien entendu jalonné de ravitaillements sportifs mais aussi de 12 stands de dégustations gastro-viniques ! Les viticulteurs et fins gourmets de la région de Molsheim concoctent plusieurs ravitaillements "gastro-viniques" tout au long du 10 km, du semi-marathon et du marathon. Et feront ainsi découvrir les spécialités alsaciennes comme le kougelhopf ou la tarte flambée agrémenté d’un verre de vin d’Alsace correspondant au meilleur accord met / vin ! Cette  course désormais mythique, à vivre et à courir entre les vignes, à travers Le Marathon du Vignoble d’Alsace est certifié par la Fédération Française d’Athlétisme (FFA). Avec le soutien de l’Adot Bas-Rhin France (pour le don d’organe) et de la chorale « Ô joie de chanter » de Molsheim, cette aventure festive proposera également sa spätzle party le Samedi 24 juin. Plusieurs milliers de marathoniens sont attendus.

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