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David Lefebvre

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Ancienne manufacture de tabac à Strasbourg

Un nouveau magasin de producteurs bio avec restauration

Pratique

Publié le 20/10/2017

Un groupe de producteurs en agrobiologie travaille actuellement d’arrache-pied au montage d’un projet de magasin de producteurs bios sur Strasbourg. Il se situera au sein du complexe rénové de l’ancienne manufacture de tabac, quartier de la Krutenau. Les travaux de rénovation débuteront au deuxième semestre 2018. L’ancienne manufacture est propriété de la SERS, un établissement public local qui a pour vocation d’améliorer l’habitat à Strasbourg. Le projet des agriculteurs devrait occuper 1 100 m2 des 10 000 m2 de l’ancienne manufacture laissés vacants depuis 2008. Pour le reste, un complexe se formera autour d’un pôle de géosciences, une auberge de jeunesse, des start-up, l’école des arts, et constituera ainsi véritable creuset culturel, scientifique, dans lequel le projet des agriculteurs trouvera toute sa place.

Une fondation pour amorcer le projet

C’est la fondation strasbourgeoise Terra Symbiosis* qui a été retenue par l’équipe municipale d’Alain Fontanel pour chapeauter le projet. Elle finance la coordination et le montage du projet. « En 2015, la fondation a souhaité émettre l’idée de créer un magasin de producteurs bios et locaux afin d’avoir une vitrine sur Strasbourg de ce qui se fait en Alsace », explique Léa Rudolph, coordinatrice du projet pour la fondation. « Avec de la vente directe, une offre de restauration, avec surtout une forte dimension de sensibilisation aux questions agricoles, et pédagogique qui implique les associations locales », poursuit la coordinatrice. « Les tenants du projet de la manufacture ont souhaité que ce soit profitable à toute la manufacture et pas seulement à l’agriculture biologique », précise Danaé Girard, également chargée du projet pour l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba).

La fondation a également fait appel à Elsa Batot, chargée d’étude au Centre de gestion agricole Cegar, qui intervient pour la « mise en place du fonctionnement, l’agencement, les règles d’hygiène, le règlement intérieur du magasin, bref l’organisation juridique et collective, inhérentes à un point de vente d’agriculteurs ». Le Cegar a ouvert un service de conseils et d’accompagnement de collectifs d’agriculteurs qui veulent développer de la vente directe.

Un groupe soudé par des valeurs communes

Cependant, un tel projet de magasin de vente directe se mûrit longtemps à l’avance et se devait de tabler sur un « noyau dur » de producteurs. « Le relationnel est important, il fallait que les producteurs se connaissent bien avant et que nous ayons un groupe soudé par des valeurs communes, qui souhaite communiquer dans un esprit de pédagogie et de sensibilisation à l’écocitoyenneté », explique Léa Rudolph.

Si le modèle économique de ce magasin est celui emprunté classiquement par tous les magasins collectifs de vente directe de l’agriculteur vers le consommateur, tel que Hop’la ou Cœur Paysan, ce magasin aura la particularité de proposer du 100 % bio, mais avec une forte orientation pédagogique, et une restauration sur place pour la valorisation des produits locaux. 70 % du chiffre d’affaires devront être réalisés avec les produits des fermes. « L’idée est que les producteurs soient présents et acteurs de leur magasin avec des permanences assurées, selon le principe classique des magasins de vente directe. Il y aura un lien fort avec les restaurateurs qui devront utiliser les produits des fermes. Une épicerie complétera l’offre qui n’est pas accessible en local », explique Danaé Girard. « Les restaurateurs devront se situer dans la cohérence du projet et ne proposer que des plats de saison et valorisant l’offre paysanne du lieu. »

Le groupe retenu est celui de l’Amap Mafermebio, emmené par Vincent Schotter, producteur bio à Ittlenheim dans le Kochersberg. « On s’est regroupé à huit, il y a trois ans, pour proposer une offre diversifiée en Amap. On s’est choisi par connaissance et par affinité. Il ne s’agit donc pas d’un projet économique d’intérêts juxtaposés de producteurs, ce sont avant tout des valeurs humaines juxtaposées avec de l’économique derrière », explique l’agriculteur. Le groupe a plutôt fait le choix des jeunes agriculteurs, plutôt que d’acteurs du marché de la bio bien implantés qui auraient souhaité ajouter un énième réseau de distribution à leur commercialisation. « Dans ce groupe, il était important que les agriculteurs se choisissent entre eux pour la cohésion. Dans ces collectifs, le liant est déterminant. »

Les feux en Californie

Californian tragedy

Vigne

Publié le 19/10/2017

Nous avons contacté Sébastian Erggelet pour nous livrer son témoignage de la situation de la Californie actuellement en proie aux flammes d’un gigantesque incendie qui affecte plus particulièrement la zone viticole du nord de San Francisco. Il travaille actuellement dans une winerie de Napa.

 

« Le feu a commencé dimanche 9 octobre. Il y avait des vents violents. Nous n’avions reçu aucune pluie depuis cinq mois », témoigne Sébastian. Lundi et mardi, la situation a d’autant plus empiré que « nous étions sans électricité et donc sans aucune communication, ni par téléphone, ni par internet ». Coupée du monde, la population a été durant deux jours plongée dans l’inquiétude voyant de surcroît les feux sur les collines cerner la ville de Napa. « Nous avons vécu une situation chaotique. » Mercredi 11 octobre, « l’électricité a été rétablie, et on a retrouvé les communications. On a commencé à voir des canadairs, des hélicoptères. Et les feux ont commencé à être maîtrisés. L’air était devenu irrespirable », ajoute Sébastian.

En date du 16 octobre, la Nasa a fait le point sur une situation encore critique sur le front des incendies avec toujours des problèmes majeurs de feux de forêt autour des régions de Napa et de Sonoma Valley. Sans compter les feux plus au Nord autour du Mont Sainte Hélène et d’Oakmont, qui ont fait 22 morts, et détruits 3 947 habitations. Des pluies étaient enfin annoncées pour cette fin de semaine, levant l’état d’urgence. Mais avec plus de 50 morts, une centaine de portés disparus, 100 000 ha brûlés et 5 700 structures d’habitations détruites, la Californie fait face à l’une de ses plus grandes tragédies de son histoire. À Santa Rosa, dans le comté de Sonoma, 40 000 des 175 000 habitants ont été évacuées. La ville totalise 2 834 habitations, commerces et autres bâtiments détruits.

« Les vignobles ont joué le rôle de pare-feu », explique Sébastian Erggelet. L’impact global sur la production aura une portée psychologique. Sur les quelque 1 200 établissements vinicoles des comtés de Mendocino, Napa et Sonoma, qui représentent environ 12 % de la production globale de raisins de Californie (85 % de la production de vin des États-Unis), 90 % des raisins dans la vallée de Napa et dans le comté de Sonoma, et 75 % dans le comté de Mendocino, ont été vendangés avant le début des feux, indique Karissa Kruse, présidente de la Sonoma Grape Growers. Parmi la trentaine de wineries détruites, on compte cependant quelques noms emblématiques comme Signarello, William Hill estate, Château Saint Jean…

Sergey Tsoller, réalisateur d’un film-documentaire dans le vignoble alsacien

L’invisible, tout un paradoxe

Vigne

Publié le 13/10/2017

Originaire d’Orenbourg en Oural du Sud, aux confins des steppes du Kazakhstan, Sergey Tsoller est arrivé en France il y a 12 ans, à l’âge de 21 ans. « J’étais réalisateur radio, et j’étudiais le français. » Il s’installe en Alsace, étudie à la faculté de Mulhouse et rapidement se consacre à l’image. Il y a quatre ans, Olivier Pépin, de l’agence de communication Greencub, lui confie la réalisation d’un film promotionnel pour l’interprofession sur les grands crus d’Alsace*. On perçoit alors la patte esthétique du jeune réalisateur, qui propose des images dynamiques, où les quatre éléments en mouvement - l’air, l’eau, le feu, la roche mère -, sont le fil conducteur des grands crus d’Alsace : « J’avais fait des rencontres, pris des repères, j’avais de la matière ».

Saisi par la majesté des grands crus, il laisse mûrir en lui l’idée d’approfondir le sujet et de revenir sur les lieux de ses premiers tournages, guidé en cela par Vincent Bullière « qui inspire le film par sa sensibilité », indique Sergey : « Depuis des siècles, les gens se sont échinés à construire des monastères, des chapelles, à planter des vignes en certains lieux. Pourquoi ces lieux ? Il se passe des choses au-delà du perceptible et du sensible. Je voulais exprimer une vision des choses par des rencontres, et dans un décor exceptionnel. »

Toujours avec Greencub, Sergey met « un an pour préparer, écrire, trouver les financements », puis pour filmer le vignoble et ses vignerons, en plusieurs sessions au cours du printemps, de l’été et de l’automne 2016.

Projection gratuite le 18 octobre

Le thème de l’invisible a de quoi surprendre. Il est commenté par les vignerons et visionné sous trois angles : le lieu, l’âme du vin et la personnalité de l’auteur des vins. « Je ne voulais pas faire un film militant, engagé », souligne Sergey. « L’opinion ferme des portes de la compréhension et de l’écoute », estime-t-il.

Ce film, plutôt « contemplatif », a été réalisé de façon intuitive tant pour le casting des vignerons que pour l’image. Avec un choix assumé de « flou en mouvement de caméra, de son qui sature, d’imperfection de l’image : le vigneron qui se gratte, le fil du micro qui se balade… Techniquement, ça ne se garderait pas ! » Une façon pour lui d’exprimer « l’humilité devant le caractère de ce que tu captes ». Comme « le vigneron qui cherche à conserver l’authenticité de son vin », Sergey assume ses choix mais cultive un paradoxe. Car on le décrit comme étant observateur, très méticuleux sur la lumière, minutieux lors de ses prises de vues.

D’Hubert Haussherr à Séverine Schlumberger, d’André Ostertag à Catherine Faller, chaque vigneron exprime cependant un propos commun : « Sur des paramètres industriels, on oublie l’âme du vin, et la connexion au lieu, résume Sergey. Le travail familial sur un terroir, c’est une réalité tangible. Et ce n’est que dans ces conditions de dimension humaine qu’on peut cultiver quelque chose de vivant qui fait rêver, qui exprime la force du lieu et la personnalité du vigneron ».

« L’Invisible » n’a pas pour l’heure de distributeur en salle. Une projection gratuite au festival 7 jours pour le 7e art de Colmar, est programmée le 18 octobre au Méga CGR. « On va organiser des projections-dégustations au cas pas cas, exploitant de salle par exploitant, et participer à des festivals. » Le film est téléchargeable sur le site http://www.linvisible-lefilm.com.

Sergey formule le vœu que les vignerons sauront se projeter au-delà du propos des figurants ou de ceux qui n’ont pas figuré faute de temps (la VO dure 2 h 30). D’ailleurs, il travaille à la réalisation d’une version en alsacien.

SDEA, filière boues d’épuration

La station d’épuration du Rosenmeer, vitrine technologique

Pratique

Publié le 11/10/2017

Joseph Ehrhardt, gérant de la station d’épuration (Step) du Rosenmeer à Rosheim, met un point d’honneur à entretenir le paysage des abords de la station et la propreté du site, ce qui en fait une vitrine pour le SDEA. Mais le propos, samedi 30 septembre, se voulait surtout technique avec l’inauguration d’un nouveau processus d’extraction des boues des eaux usées par centrifugation. Auparavant, le processus consistait en une filtration. Il sort de la Step du Rosenmeer 1 300 tonnes de boues brutes par an, lesquelles sont ensuite compostées avant d’être épandues sur les terres agricoles, selon un plan d’épandage très normé, en particulier en matière d’ETM (éléments trace métalliques).

La Step du Rosenmeer est dimensionnée pour retraiter les eaux usées de 11 000 à 16 000 habitants. Un bassin tampon d’une capacité de 3 000 m3 est prévu en cas de forte pluviométrie d’orage. Les eaux usées collectées sont d’abord passées au dégrillage pour extraire les déchets, puis désablées et déshuilées. Une fois débarrassée de ses particules fines, solides, ses déchets flottants et ses huiles et autres solvants (rejetés accidentellement par les foyers), l’eau est mise à fermenter en voie aérobie dans un immense réacteur biologique où les bactéries assimilent la pollution dissoute, explique Alain Rauscher, chef de projet pour le SDEA. C’est à ce moment-là que les bactéries s’agglomèrent pour former des flocs et une forme de boue qu’il va falloir séparer.

En amont, les solutions pour contrôler tous les types de rejets depuis l’évier de la ménagère dans les égouts n’existent pas. La seule manière consiste à responsabiliser et sensibiliser le citoyen qui sait aujourd’hui qu’il doit emmener à la déchetterie tous ses déchets liquides chimiques : peintures, solvants, huiles, etc. « Nous faisons des journées de l’eau », précise Alain Rauscher. En aval, les stations d’épurations sont soumises en revanche à des contrôles périodiques fréquents des eaux qu’elles rejettent en matière d’ETM, PCB, pyralènes, HAP, AOX et autres acronymes désignant des molécules toxiques et/ou difficilement dégradables. « Nous avons une analyse d’eau par semaine et une fois par mois en trois points du ruisseau où les eaux sont rejetées, plus de l’autocontrôle », explique Alain Rauscher.

Pour l’heure, le citoyen doit être sensibilisé au fait que les stations n’épurent pas totalement toutes les molécules dans les eaux usées collectées dans les égouts des villes et des villages. Certaines molécules, telles que les résidus médicamenteux, les nanoparticules, certains dérivés hydrocarbonés, ou halocarbonés passent au travers des mailles d’un filet d’épuration qui cependant se resserre sous l’impulsion de normes de rejets de plus en plus draconiennes. Dans un monde idéal, les produits chimiques et autres matériaux devraient être mis sur le marché en intégrant un processus de dégradabilité en station d’épuration. « Pour l’heure, ils n’ont pas de traitements spécifiques, et il n’y a pas d’obligation de résultat, mais certaines stations passent l’eau sur charbon actif », explique Alain Rauscher. La limitation des rejets récalcitrants des Step dans l’environnement repose sur la responsabilisation du citoyen. Ce que s’efforce de faire le SDEA.

Kirsch d’Alsace, framboise d’Alsace, quetsch d’Alsace, mirabelle d’Alsace et whisky d’Alsace

Cinq eaux-de-vie sous indication géographique pour protéger les distillateurs

Vigne

Publié le 03/10/2017

À peine s’est-il constitué en 2013, que le Syndicat des distillateurs d’Alsace s’est engagé dans un processus de demande de reconnaissance de ses eaux-de-vie en indication géographique. Une manière pour les distillateurs alsaciens d’affirmer leur identité régionale, mais surtout de permettre aux consommateurs de bien discerner les spiritueux élaborés par les distillateurs alsaciens des autres eaux-de-vie vendues en Alsace dans divers circuits de vente, mais qui n’ont pas été élaborées en Alsace.

« Nous avons souhaité mettre en place le label IGP pour protéger notre savoir-faire », a précisé Yves Lehmann, distillateur à Obernai. Avec la réputation de savoir-faire dont jouissent les distillateurs alsaciens, certains seraient tentés d’apposer l’estampille régionale, quand bien même l’eau-de-vie proviendrait de contrées lointaines… Car en matière d’étiquetage et de commercialisation des eaux-de-vie, une certaine confusion pourrait régner. Désormais, pour revendiquer les cinq IG citées, il faudra adhérer au Syndicat des distillateurs et surtout respecter le cahier des charges que les distillateurs ont défini et qui est désormais reconnu par l’Inao et de fait, par le ministère de l’Agriculture qui a publié en 2015 au bulletin officiel ces cahiers des charges.

Reste l’ultime étape de la reconnaissance européenne de ces cinq indications géographiques, qui est semble-t-il en bonne voie, explique Olivier Russeil, responsable du centre Inao Nord Est. Plus précisément, si les fruits à distiller de variétés bien précises peuvent venir d’autres régions, uniquement sous forme fraîche, les cinq eaux-de-vie dont il est question doivent avoir rigoureusement été distillées en Alsace par l’une des neuf distilleries adhérentes au syndicat*.

Le whisky d’Alsace IG : une évidence

Les quatre premières eaux-de-vie, à base de quetsches, cerises à kirsch, mirabelles et framboises s’appuient sur une histoire relativement bien ancrée dans la tradition agricole et gastronomique alsacienne, explique notamment Willy Hagmeyer. Curnonsky avait par exemple vanté en 1933 la mirabelle d’Alsace. Le whisky d’Alsace, dernière née des IG, pourrait en revanche prêter à questionnement quant à son rapport aux traditions gastronomiques locales. Pourtant, explique Yannick Hepp, l’élaboration du whisky en Alsace est apparue comme une évidence, depuis qu’un certain Gilbert Holl, brasseur à Riquewihr s’est essayé en 2000 à la distillation du moût de malt d’orge. Pourquoi ?

« La distillation et la brasserie, les deux activités sur lesquelles s’appuient les élaborateurs de whisky, occupent une place prépondérante dans l’économie régionale. » Et ce avec une ressource locale spécifique : les eaux pures du massif vosgien participent à la signature minérale des eaux-de-vie. Avec de l’eau locale, du moût de malt d’orge brassé localement, une distillation et un élevage locaux, le syndicat des distillateurs a finalement obtenu le sésame de l’IG. Et ce, d’autant plus facilement que les distillateurs se sont imposé un cahier des charges assez drastique, qualitativement ambitieux, interdisant des assemblages de diverses provenances, et des pratiques telles que la coloration ou l’édulcoration du whisky. Pas de blend, pas de pur malt, le consommateur ne trouvera que du whisky d’Alsace sous forme single malt, après que l’eau-de-vie de malt d’orge a maturé au minimum trois années dans des fûts de chêne.

Dans ce cadre hautement prescrit, chaque distillateur y trouve son compte pour affirmer sa patte. Et au final, le consommateur semble séduit. Il n’y a pour l’heure pas de chiffres officiels sur les quantités produites. Mais, à titre d’exemple, Yannick Hepp a démarré son activité de distillation des eaux-de-vie de malt, issues de la brasserie Uberach, en 2007, au terme d’une année catastrophique en fruit se remémore-t-il. Il avait alors distillé trois fûts. Ce sont désormais 620 fûts qui vieillissent dans ses caves.

Tech & Bio

Améliorer la nutritivité des protéagineux par toastage

Élevage

Publié le 01/10/2017

À l’état natif et parce qu’elles jouent un rôle de stockage de protéines ou d’acides aminés, les graines protéagineuses comportent des substances dont la fonction est de préserver leurs réserves protéiques et donc de s’opposer à leur digestibilité. Ingérées à l’état brut, les graines de soja, pois, lupin, féveroles ne sont donc pas totalement bien digérées par les ruminants ou les monogastriques. Des facteurs dits antinutritionnels et des mécanismes limitant le potentiel nutritif des protéagineux sont relativement bien identifiés.

En alimentation animale, la digestion de ces graines protéagineuses est confrontée à deux problèmes. Pour une partie de ses protéines, la graine contient des inhibiteurs d’enzyme digestive appelés facteurs anti-trypsiques et lectines, qui sont des glycoprotéines. Agglutinées, elles protègent les réserves protéiques des enzymes digestives. Et inversement, pour une autre partie des réserves protéiques de la graine appelées les globulines, elles sont trop digérées dans le rumen pour être assimilées dans l’intestin des ruminants.

Pour augmenter la digestibilité intestinale des protéagineux et par conséquent améliorer l’autonomie protéique des exploitations agricoles, plusieurs techniques ont été étudiées : l’extrusion des graines soumises à haute pression et température, procédé que l’on retrouve avec les tourteaux, leur germination, la torréfaction (chaleur sèche et longue) et le toastage (chaleur sèche et courte).

Le traitement thermique à haute température durant un court instant présente le double intérêt de dégrader les facteurs antinutritionnels et de remanier au plan moléculaire les protéines, les rendant moins digestibles dans le rumen et mieux assimilables dans l’intestin, ce que les nutritionnistes appellent le N bypass. Attention cependant de ne pas chauffer trop la graine au risque de compromettre également la digestibilité intestinale des protéines.

Le toasteur mobile Mecmar présenté au salon Tech & Bio, se compose d’un brûleur qui chauffe l’air autour de 280 °C, les grains, acheminés par une vis sans fin, passent de manière continue sur un tapis et sont chauffés pendant 20 à 60 s et ressortent à 120 °C.

Un intérêt naissant

Plusieurs groupes d’agriculteurs en France s’intéressent de près à cette technique. Cinq toasteurs sont en service pour des élevages bovins lait, en engraissement et en canard prêt à gaver. En Vendée, sept éleveurs du groupe Grapea-Civam (Groupe de recherche pour une agriculture paysanne économe et autonome) ont finalement opté pour le toastage. Entre 500 kg à 40 tonnes par exploitation, soit un total de 250 t sont toastées. Ils ont préféré ce procédé plutôt que l’extrusion, jugée coûteuse, et techniquement délicate. Ils ont complété leur investissement par un système de refroidissement en continu.

Assez répandu en Italie, explique Philippe Olivier de Secopalm, une société gersoise de conseil en nutrition animale, le toastage commence tout juste à intéresser les éleveurs français. Dans le Gers, 17 adhérents d’une Cuma traitent 1 500 t de graines. L’investissement, évalué à 80 000 € (remorque comprise), donne un prix de revient du toastage estimé à 10 €/t. Dans le Morbihan, Joël Guégan, a créé Protéa Thermic et propose la prestation avec son unité mobile de toastage. En Normandie, Michel Dumont, un éleveur qui l’a testé, a évalué le gain nutritif comme suit : sa ration est composée de 9 kg de maïs, 5,5 kg de luzerne, 3 kg d’ensilage d’herbe, 3 kg de féverole et 0,5 kg de lupin. Il compte diminuer la proportion de féverole de 3 à 2,3 kg. Notant au passage que le toastage élimine de l’humidité résiduelle, améliore la conservation des graines, leur appétence et élimine les toxines. Il faut compter 40 000 € pour une machine de débit 1 t/h.

Siat Braun à Urmatt. Pellets

L’efficience énergétique comme modèle économique

Pratique

Publié le 01/10/2017

« Depuis que nous sommes dans l’entreprise nous ne distribuons pas de bénéfices, tous sont réinvestis, explique Paul Siat. Tous les sept ans, ce sont l’équivalent de huit mois de chiffre d’affaires qui sont ainsi réinvestis. » C’est avec cette approche financière authentiquement rhénane, basée sur des capitaux familiaux et où les bénéfices sont intégralement réinvestis dans l’outil industriel, que la famille Siat a, en une décennie, adapté le modèle économique de sa scierie pour répondre aux défis du réchauffement climatique.

La scierie Siat tire de son activité de sciage de bois pour le bâtiment trois principales énergies renouvelables : des pellets à partir de la sciure, de l’électricité cogénérée à partir de la combustion d’écorces fraîches, et de la chaleur tirée de la vapeur de combustion des écorces. La condensation de cette importante quantité de vapeur, produit de la chaleur qui permet d’accélérer le séchage des bois de charpente, et de la sciure avant pelletisation. « Pour rentabiliser l’installation, il fallait d’une part avoir un bon rendement énergétique et d’autre part savoir valoriser la chaleur cogénérée », explique Paul Siat, qui dirige l’entreprise avec ses deux frères et son neveu. Au total, ce sont pas moins de 80 millions d’euros (M€) qui ont été investis en moins d’une décennie, dont 45 M€ dans les énergies renouvelables.

Sur les 120 M€ de chiffre d’affaires, 7 M€ par an proviennent de la vente d’électricité cogénérée à partir de la combustion des écorces et 20 % sont dégagés à partir de la vente de pellets combustible. Auparavant la sciure était destinée à la pelletisation en Allemagne et à l’industrie des panneaux de particules, dont la ressource se fonde désormais essentiellement sur du bois recyclé : « Le basculement a été compliqué au départ ». Il n’y a donc pas pour l’heure d’inquiétude sur la ressource en pellets, affirme Paul Siat : « Avec l’isolation des maisons, le pellet constitue une vraie alternative pour un chauffage sobre, les Français l’ont bien compris, car il s’agit d’une énergie renouvelable qui est, qui plus est, un coproduit de sciage, et c’est la calorie la moins chère comparée aux autres énergies. » En cinq ans, Siat Braun est devenu « un acteur significatif du marché des pellets avec 120 000 tonnes par an, dans un marché national d’1 million de tonnes ». Le séchage préliminaire de la sciure avec de la « chaleur verte » lui permet de produire un pellet particulièrement performant en combustion dans les foyers familiaux.

MarchéBus des paysans producteurs

Un modèle économique qui reste à stabiliser

Pratique

Publié le 30/09/2017

L’idée de départ se voulait environnementale et dynamisante des territoires ruraux. Partant du principe que le consommateur rechigne à prendre sa voiture pour s’approvisionner de ferme en ferme, l’association des producteurs bios d’Alsace du Nord a proposé le schéma inverse : le MarchéBus, un bus de produits fermiers façon épicerie ambulante, donne rendez-vous en des endroits précis chaque semaine.

Un an après, Daniel Starck, membre de l’association, dresse un bilan mitigé de ce MarchéBus, car son modèle économique où le service, non pas de livraison à domicile, mais que l’on qualifierait de marché de proximité, n’est pas rentable. « On va devoir revoir notre offre et trouver des sources de rentabilité », explique l’agriculteur de Seebach, spécialisé pour sa part dans le pain à base de variétés locales de céréales.

Toujours est-il que le MarchéBus continue de sillonner les routes d’Alsace du Nord tandis que les agriculteurs communiquent sur les valeurs qui les animent. Vendredi 22 septembre, l’un d’eux, Thomas Rosenfelder, donnait rendez-vous à Wœrth sur son point de vente local. Sur ses 70 hectares, il élève des poulets, cultive des céréales et des légumes de plein champ et sous serre. Il écoule sa production dans son magasin, au MarchéBus et à la coopérative la Cigogne à Weyersheim.

Il avait invité les clients de son magasin à venir visiter les serres. Question d’une cliente devant une planche de salades sous bâches : « N’y a-t-il pas des risques avec le bisphénol ? » L’agriculture biologique, comme tous les autres systèmes de production agricole, se fonde sur un équilibre entre ce qui est plutôt bénéfique et plutôt néfaste à l’environnement, mais également au porte-monnaie de la ménagère… Réponse de l’agriculteur : « Si je n’utilise pas de bâches, je vais devoir désherber à la main », avec toutes les conséquences qui s’ensuivent en termes de temps consacré, de coût… Mais en l’occurrence, les bâches en plastique souple ne contiennent pas de bisphénol.

La visite de l’atelier de maraîchage se poursuivait par celui de l’atelier de poulets bios. L’association des producteurs donnait ensuite rendez-vous sur le parking du cinéma Mégarex à Haguenau pour une dégustation et un nouvel échange entre producteurs et consommateurs, avant un ciné-débat en soirée.

Domaine Fritz-Schmitt à Ottrott

Vendangeurs de la cuvée de la reine des vins d’Alsace

Vigne

Publié le 26/09/2017

Les vendanges amicales sur le domaine Fritz-Schmitt vendredi 22 octobre revêtaient un double intérêt : celui de célébrer la cuvée de la reine des vins d’Alsace qui se prépare avec le millésime 2017, et de rappeler que l’opération Vendangeur d’un jour continue en ces vendanges 2017. Une vingtaine de convives étaient accueillis par Justine Schmitt, son frère, Antoine, et ses parents, Bernard et Catherine Schmitt.

30 vignerons indépendants ont accueilli cette année en Alsace des œnotouristes, désireux de vivre durant une demi-journée l’ambiance amicale et festive des vendanges manuelles. Pour mettre en rapport les vignerons organisateurs et les œnotouristes, l’opération s’appuie sur les offices de tourisme du vignoble alsacien. L’un d’entre eux, celui de la Communauté de communes des Portes de Rosheim, est présidé par Claude Deybach, également maire d’Ottrott, qui s’est félicité d’avoir parmi ses administrés ottrottois la reine des vins d’Alsace.

La vendange de rouges terminée, Bernard Schmitt a fait visiter le chai du domaine aux convives et livré quelques explications sur la vinification du rouge d’Ottrott, l’une des 13 appellations communales du vignoble alsacien. Pratique vraiment singulière et fastidieuse dans l’univers des vins d’Alsace, ici à Ottrott, les pinots noirs sont encuvés et macérés dans de grands foudres. Après ouverture de la porte du foudre « au cric », le décuvage s’effectue manuellement.

Place ensuite à la dégustation, sans que les invités aient chacun à leur tour, félicité la nouvelle reine des vins d’Alsace. Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, a pour sa part rappelé le rôle important d’ambassadrices des vins d’Alsace que jouent la reine des vins et ses deux dauphines. Philippe Meyer, vice-président du Conseil départemental, et maire de la commune voisine de Bœrsch, se disait impressionné par le parcours de la reine des vins élue parmi 27 candidates sur des critères qui exigent une bonne connaissance du vignoble. Quant à Pierre Bernhard, président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace, il a surtout félicité la famille Schmitt pour les efforts qu’elle consent en matière de qualité d’accueil œnotouristique.

Témoignage Jean-Paul Simonnot

La passion de l’agronomie bio

Technique

Publié le 25/09/2017

Jean-Paul Simonnot s’installe en 1983 sur sa ferme familiale à Montépreux dans la Marne sur 80 hectares. Il intègre le Centre d’études techniques agricoles (Ceta) local, et travaille sur les charges de mécanisation. Elles révèlent que le labour coûte cher. Il passe en TCS en 1992 avec un Semexact Horsch, et obtient la même productivité. « On s’est ensuite attaqué aux intrants. On a acheté une station mobile de semence. Puis avec Bernard Demaine, on s’est inscrit dans une démarche de réduction de dose de phytosanitaires, et en ultra-bas volumes. On a réduit de 50 % les phytosanitaires. »

Mais dans les années 2001, Jean-Paul Simonnot voulait aller plus loin que les TCS. « Les cours agricoles n’étaient pas satisfaisants. J’avais les stress, les cours, les parasites, sortir le pulvérisateur. Je pensais arrêter le métier. » Il profite des CTE pour convertir partiellement son exploitation à l’agriculture biologique. Soit 60 ha en 2001. Mais conserve ses quotas de betteraves. « J’ai planté des haies pour éviter les dérives sur mes parcelles. »

« On savait produire, mais pas vendre »

En 2006-2007, « on savait produire, mais pas vendre. Le marché n’était pas organisé. Le blé meunier à 220 € ne couvrait pas nos charges. » Les producteurs bios de Champagne-Ardenne se sont organisés pour centraliser l’offre. « Une coopérative, CercaBio, a été créée. Les cours sont remontés, puis Vivescia et Soufflet se sont mis à acheter. »

En 2007, Jean-Paul Simonnot profite du plan d’abandon des quotas betteraviers, suite à l’ouverture des frontières au marché du sucre. « J’ai mis en place du chanvre, plante très rustique, qui s’intègre parfaitement dans l’assolement. »

L’assolement est aujourd’hui composé d’un quart de luzerne, un peu moins d’un quart de blé, d’avoine destinée aux floconneurs, du lentillon sec de Champagne en association avec le seigle - le mélange est récolté en août, puis séparé par triage optique -, du chanvre haut de 2 mètres, qui s’intercale en milieu de rotation et qui a faculté d’étouffer l’herbe, du blé meunier de printemps de variété autrichienne - car il alterne les cultures d’hiver et de printemps -, et des contrats de semence blé-orge-avoine-pois. « Mon problème n° 1 c’est l’herbe », résume Jean-Paul Simonnot.

« L’agronomie reprend tout son sens »

« On n’a pas le droit à l’erreur, l’agronomie reprend tout son sens. On travaille sur l’aspect technique avec les Chambres d’agriculture. Il faut être à plusieurs ; progresser ensemble et partager aussi les échecs, témoigne-t-il. Avec le bio, j’ai dû ressortir la charrue à cause du repiquage des vulpins sortie d’hiver, cela dit, un coup de charrue tous les dix ans ce n’est pas grave. » L’exploitation Simonnot travaille beaucoup sur les techniques sous couvert : pour implanter une luzerne dans un triticale ou de l’orge de printemps en mars avec une herse étrille derrière. « On implante la luzerne au DPS 12. L’idéal est de retirer la paille à cause des problèmes de souris. On implante aussi des couverts de trèfle avec plus ou moins de succès, ce qui peut nous fournir 60 à 70 unités d’azote pour la culture suivante. »

L’exploitation travaille aussi sur des associations type orge d’hiver-pois d’hiver qui lui donne 4 tonnes par hectare de mélange : « Je fournis des élevages de poules pondeuses bios locaux en féveroles, triticale, orges pois, et je récupère les fumiers ».

Depuis qu’elle est passée en bio, l’exploitation a créé l’équivalent d’un ETP pour le désherbage manuel : il faut lutter contre le chardon, la folle avoine et le rumex. « Nous sommes sept à huit entre mai et juin pour le désherbage manuel : soit 700 heures, dont 200 h pour de l’œillette alimentaire dont on extrait de l’huile. Je compte sur une bineuse guidée par caméra qui laisse 2,5 cm de chaque côté du rayon pour rentabiliser cette culture onéreuse au désherbage. »

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