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David Lefebvre

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La FDSEA et les JA interpellent les députés LREM du Bas-Rhin

Des paroles… et des actes

Vie professionnelle

Publié le 23/02/2018

La réunion demandée samedi matin par les agriculteurs de la FDSEA et des JA du Bas-Rhin avec les députés La République en marche (LREM) du Bas-Rhin avait valeur de test. Ils avaient besoin de vérifier que les députés de la nouvelle majorité présidentielle leur prêtent une oreille attentive. Et lors de la conclusion de l’entrevue, tous affichaient leur satisfaction : « Cette réunion est la preuve que vous vous souciez de l’agriculture », a souligné Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.

Mais, soulèvent-ils, l’écart ne cesse de grandir entre les discours d’intention du président Macron et les actes. En particulier sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018.

Rendez-vous était donc donné à la permanence de la députée Martine Wonner à Wiwersheim samedi 17 février. Où une bonne trentaine d’agriculteurs emmenés par leurs représentants syndicaux et professionnels - Franck Sander, Thomas Gillig, Véronique Klein, Denis Ramspacher, Gérard Lorber -, ont été accueillis par les députés LREM du département : Martine Wonner, Sylvain Waserman, Vincent Thiébaut, Thierry Michels et Bruno Studer.

La perte des avancées obtenues sous le gouvernement Valls

Les agriculteurs avaient obtenu du précédent gouvernement Vals quelques avancées pour faire converger le niveau de leurs charges sociales, liées au coût du travail, vers celui de leurs homologues européens. Il y avait le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et un allégement de 7 points des cotisations maladie. Ceci afin de réduire tant que faire se peut les importantes distorsions de concurrence sur les coûts de main-d’œuvre entre l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, et la France. Des distorsions d’autant plus fortes sur les filières de production où le coût du travail et les charges sociales afférentes impactent fortement le prix de revient. Il en va notamment dans le Bas-Rhin des multiples cultures spécialisées et maraîchères : houblon, tabac, asperges, fraises, légumes, etc.

En proposant de supprimer le CICE et d’augmenter la CSG (Contribution sociale généralisée), avec la contrepartie d’abaisser les niveaux de cotisations sociales, le gouvernement a mis le feu aux poudres. Car pour l’agriculture, le compte n’y est pas. Le projet de loi sur le financement de la sécurité sociale leur est très défavorable. « Concrètement, le dispositif travailleur occasionnel soulageait le montant des cotisations, le CICE nous permettait 7 points de réduction. Comme on avait déjà abaissé les cotisations, il n’y a que peu ou pas de contreparties à attendre », explique Joseph Behr, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. Grosso modo, « le coût horaire est à 1,5 fois plus cher en France qu’en Allemagne. Il faudrait une contrepartie à la suppression du CICE pour le secteur agricole », martèle le directeur.

Mercosur : des accords qui sacrifient l’élevage français

Plusieurs autres sujets de grandes inquiétudes ont été évoqués. Les négociations en cours sur le Mercosur : il ne s’agirait pas que le gouvernement sacrifie l’élevage, la sécurité alimentaire et la filière bioéthanol sur l’autel des accords Mercosur, par des importations massives de viande issues d’élevages industriels sud-américains et d’éthanol brésilien.

Et s’agissant des États généraux de l’alimentation, là encore les discours laissent place à une réalité moins réjouissante. « Les distributeurs ont vite oublié » les engagements de la charte de bonne conduite, à en juger « les promotions scandaleuses, les erreurs et fraudes à l’étiquetage trop nombreuses… » Alors que les agriculteurs sont soumis à une charge de contrôles extrêmement lourde, qu’en est-il du contrôle de l’étiquetage, interrogent Thomas Gillig, président des JA, et Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA).

Accompagner et soutenir les transitions

Ce jeudi, les Jeunes Agriculteurs devaient être accueillis par Emmanuel Macron pour porter des messages forts « et factuels », ajoute Franck Sander : « Ne cédez pas au lobbying de la grande distribution. Regardez ce qu’ils sont devenus en moins de cinq ans et regardez ce que nous sommes devenus. » Des messages également aux sujets des phytosanitaires, craignant que la France ne soit en décalage par rapport à ses homologues européens. Et enfin, des messages positifs pour dire « que les agriculteurs sont prêts à relever les défis des transitions », précise Franck Sander. Mais encore faut-il qu’ils soient accompagnés et soutenus dans ces transitions, a souligné Véronique Klein, vice-présidente de la CAA.

Speed tasting des œnologues d’Alsace

Une occasion de dégustation objective

Vigne

Publié le 21/02/2018

Une dégustation à l’aveugle très opportune pour permettre à chaque œnologue alsacien de bien situer les vins dont il est co-géniteur et son travail dans l’univers des vins d’Alsace. Et qui offre un véritable scan de l’appellation et du millésime sur le plan technique notamment. « Nous avons ce soir les vins de quatre négoces, quatre caves coopératives et de huit viticulteurs, à parts égales issus du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, essentiellement des vins génériques, de manière à avoir une vue précise sur le millésime », indique Carole Keller, présidente de l’Union des œnologues d’Alsace. Un millésime marqué par « un hiver froid et sec, des gelées assez dramatiques, une floraison précoce et un été caniculaire qui ont avancé les vendanges ».

S’affranchir des « a priori »

Organisé par l’Union des œnologues d’Alsace, le speed tasting se déroulait le 1er février dans la salle de dégustation de la Maison des vins d’Alsace à Colmar. Le caractère de cette dégustation « à l’aveugle » mélangeant des vins bios, non bios, issus de toutes les familles permet de s’affranchir des « a priori » et « des jugements par rapport au style de vinification », souligne pour sa part Cécile Gresser, œnologue à Andlau. Pour encore plus d’objectivité, cette dégustation pourrait s’étendre à l’avenir aux vins rhénans et mosellans, ou autrichiens, toujours à l’aveugle, suggère Carole Keller. La question est aussi peut-être d’ouvrir l’événement aux vignerons qui souhaiteraient venir faire déguster leurs vins dans ce panorama global des vins d’Alsace : ce qui serait une occasion d’objectivité technique, et non pas hédonique.

Ce speed tasting s’inscrit dans la continuité de la présentation du millésime, manifestation publique qui se tenait il y a quelques années, et qui offrait une tribune exceptionnelle de mise en avant du tout jeune millésime, pas encore enflaconné, explique Francis Klee. Une occasion également « de faire connaître la profession d’œnologue dont l’objectif est d’élaborer des vins pour le meilleur du vignoble alsacien », souligne Carole Keller, dont le propos est de défendre la place du rôle des œnologues dans la filière.

« Tout est arrivé en même temps »

De l’avis de Carole Keller, les vendanges du millésime 2017 « étaient techniquement difficiles à maîtriser pour préserver la qualité car tout est arrivé en même temps. La difficulté était de vinifier en conservant les authenticités de terroirs, de cépages », résume la présidente. Cependant, les raisins de ce millésime avaient la caractéristique qualitative de présenter des maturités phénoliques, aromatiques et technologiques bien synchrones, explique Sylvain Kamm, œnologue chez Bestheim. Des maturités parfois même très ou trop avancées pour les crémants, ajoute Cécile Gresser. Mais il en ressortira des crémants de terroir extraordinaires, selon Sylvain Kamm. Point confirmé dans la dégustation avec une cuvée de Wolfberger 100 % chardonnay exceptionnelle, appelée à être élevée cinq ans sur lattes, indique l’œnologue Jérôme Keller. De même pour un vin de base rosé de la maison Arthur Metz bien apprécié. Du côté des AOP cépages, un sylvaner Steinstuck et un pinot blanc Strangenberg Bestheim ont fait la quasi-unanimité. Un riesling Arthur Metz et un autre d’André Gruss, ainsi qu’un riesling grand cru du Domaine des Marroniers à Andlau ont séduit les dégustateurs.

Pinots noirs : moins d’extraction et pureté des arômes

S’agissant des pinots noirs, deux vins, l’un du domaine Bernard Scherb, l’autre du domaine Schneider à Eguisheim, ont été remarqués : « C’est un millésime favorable aux pinots noirs, il ne fallait pas exagérer sur l’extraction », observe Carole Keller. La carte à jouer des alsaces rouges pour se démarquer de la Bourgogne consiste, selon elle, à obtenir des « arômes les plus purs et à moins surextraire en cuvaison ». Stéphane Grapp, vigneron à Hunawihr, confirme : « Nous recherchons globalement les extractions avant fermentation », explique-t-il, de manière à jouer davantage sur le fruit que sur des charpentes et éviter éventuellement des goûts de marc. Lesquels viennent facilement lors d’extractions tardives en fermentation sous l’effet des solubilisations de matière phénolique par l’alcool et la chaleur.

Vinification au feeling

Côté sylvaners, c’est une cuvée Bestheim, 100 % Westhalten Steinstuck vieilles vignes, explique Sylvain Kamm, qui a emporté l’adhésion. Westhalten : un immense terroir à sylvaner qui a la même génétique géologique que le grand cru Zotzenberg. Et que Sylvain Kamm conduit « au feeling » avec un sulfitage extrêmement léger, un débourbage léger, un séjour sur lies prolongé jusqu’en juin.

La table de la vingtaine de pinot gris, « très homogène » aux dires des dégustateurs, a permis d’identifier deux vins d’exception, l’un de Michel Ginglinger « tout en délicatesse », et l’autre d’André Gruss, sec, construit sur la charpente et la puissance. Des différences de styles en conjonction avec les terroirs d’Eguisheim, marno-gréseux pour le premier, et des sols argileux et profonds pour le second.

Enfin, chez les gewurztraminers, un vin de Michel Ginglinger a été fort apprécié, tandis qu’une sélection de grains nobles du domaine Cattin, présentée par Corinne Pérez, concluait de fort belle manière la dégustation.

L’Académie internationale du vin en Alsace à Landersheim

Une chance pour l’Alsace et son vignoble

Vigne

Publié le 16/02/2018

Ils sont trois protagonistes en réalité à porter ce projet, très soutenu par les collectivités territoriales. Le premier, Dominique Destouches a, par sa discrétion et son pragmatisme, su s’attirer la confiance de la grande distribution, pour laquelle il vend 7,5 millions de cols bon an mal an avec son entreprise VPCF fondée il y a plus de 25 ans. Le deuxième, l’homme d’affaires Marc Rinaldi investit dans le vignoble alsacien, et a jusqu’à présent réalisé tous ses projets annoncés : il a fondé le domaine Kirrenbourg, il a catalysé le groupe de vignerons d’excellence Alsace crus et terroirs, et il a initié le salon Millésimes Alsace… Et le troisième, Chengqing Sun est actionnaire dans plusieurs universités en Corée, à Londres, en Chine, et « a constitué un réseau qui se pique pour les vins français, il faut donc aller très vite avant qu’ils n’aillent vers d’autres horizons », observe Dominique Destouches…

Une centaine d’étudiants dès septembre

À sept mois de son ouverture, le projet d’Académie internationale du vin (AIVA) à Landersheim en Alsace, sur l’ancien site du siège d’Adidas, est donc bien sur les rails. Depuis le départ effectif d’Adidas de son siège de Landersheim, il est désormais acté que le site accueillera dès la prochaine rentrée une première promotion d’une centaine d’étudiants, auxquels s’ajouteront en février une trentaine de Chinois, dans cette école d’envergure internationale, dédiée aux métiers du vin.

Six formations diplômantes, de niveaux bac + 1 à bac + 5, y seront dispensées en cycles annuels de 400 à 800 heures et autant d’heures de stages en entreprise. Certaines en un an : deux licences pro « GD vins & spiritueux », « Commercialisation hors domicile », un diplôme « Production, gestion et reprise de domaine viticole », et un diplôme universitaire de sommellerie conduit en partenariat avec l’association des chefs étoilés d’Alsace. Une formation en deux ans : un master de commerce international. Et des cours d’initiation à la dégustation et accords gastronomiques.

Les cours seront assurés à 50 % par des universitaires et à 50 % par des professionnels. Même si les diplômes obtenus seront reconnus par l’État, Dominique Destouches et Marc Rinaldi insistent sur le caractère professionnalisant des formations : « C’est une fabrique de métiers dans les différentes strates de la filière, ce n’est pas une fabrique de diplômes ».

« L’œnologie c’est bien, mais ça ne suffit pas »

Des métiers, dont les protagonistes entrevoient d’importants changements dans les années à venir. « VPCF travaille avec 200 paysans vignerons des régions de France. 30 % d’entre eux sont âgés et sans repreneur. Le métier est devenu réellement plus compliqué », soulève Dominique Destouches. « S’agissant des connaissances techniques, on n’a rien à leur apprendre, ajoute Marc Rinaldi. Par contre, l’enseignement sur la manière de vendre, la manière de gérer l’entreprise et de déterminer un tarif par rapport aux coûts de production réels est une nécessité. »

« L’œnologie c’est bien, mais ça ne suffit pas car le vin, c’est devenu beaucoup plus… On le voit sur les salons, tout est plus beau par exemple chez les Espagnols ou les Portugais parce qu’ils y mettent les moyens », observe Dominique Destouches. « Mais pour réussir, il faut avoir les moyens, donc il faut que le vin soit rentable, et donc il faut un prix de revient, donc dégager une marge », complète Marc Rinaldi. Et c’est là que le bât blesse : en amont comme en aval de la filière vinicole aussi, il y a une nécessité impérieuse d’apporter les compétences tertiaires aux métiers du vin face à « des consommateurs de plus en plus exigeants et avertis », souligne Dominique Destouches.

Investir dans l’humain

Ça tombe bien, le secteur de la grande distribution est lui aussi en profonds questionnements face à l’arrivée des géants de l’e-commerce. Face à la digitalisation galopante type Amazon, une des stratégies pourrait bien être d’investir dans l’humain, d’humaniser davantage encore le commerce en grande surface.

Conséquence directe, explique Dominique Destouches, les grandes enseignes investissent massivement dans l’humain, pour transformer leur rayon boisson en caveau, avec un sommelier caviste. Un créneau vins et spiritueux stratégique pour les enseignes. Elles doivent recruter ou former leurs chefs de rayon afin qu’ils acquièrent le profil d’un véritable caviste, sachant donc conseiller, gérer, constituer une offre, bref un homme, une femme, du vin doté donc d’une véritable culture vinique complète, doublée d’une certaine motivation.

« On va au-delà du rayon boisson, c’est carrément un caveau. Il faut un manager formé à la gestion du personnel, la rentabilité, la gestion des stocks, la constitution des gammes… Observez chez Leclerc Rivétoile, Leclerc Geispolsheim, Cora Mundolsheim, Intermarché Oberhausbergen ou Super U Wolfisheim, Super U Brunstatt, Leclerc Montbéliard, Intermarché Volgelsheim. Des magasins étaient avant-gardistes comme Super U Truchtersheim, avec un sommelier. De même dans le Doubs. On va donc apporter des formations en collaboration avec ces magasins, qui prendront des apprentis. Aujourd’hui, ces magasins sont prêts à investir dans l’humain, sa formation. »

Des retours pour l’Alsace et son vignoble

Une telle école dédiée aux métiers du vin aurait pu voir le jour n’importe où, mais c’est à Landersheim qu’elle verra le jour, peut-être un peu trop à l’écart du vignoble, objectent certains. D’une part, les stages en entreprise prendront une part importante des cursus, rappelle Dominique Destouches. D’autre part, « c’est peut-être bien de se situer un peu à la périphérie du vignoble », souligne l’entrepreneur qui apprécie d’agir dans la discrétion, comme d’ailleurs ses partenaires de la grande distribution.

Les entrepreneurs espèrent et s’attendent néanmoins à des retombées positives aussi pour l’ensemble du terroir alsacien et des vins d’Alsace, avec ces étudiants qui deviendront autant d’ambassadeurs des vins d’Alsace.

Interview de Gabriel Lépousez, neurophysiologiste à l’Institut Pasteur

Le cerveau face à l’amertume du vin

Vigne

Publié le 14/02/2018

EAV-PHR : Contrairement à l’acidité ou la sucrosité, nous serions capables d’identifier gustativement de nombreuses amertumes ?

Gabriel Lépousez : L’homme dispose de 25 récepteurs distincts pour détecter la saveur amère, alors que les autres saveurs n’ont chacune recours qu’à un seul type de récepteur. Notre palette de détection de l’amer, ou plutôt des amers, est donc particulièrement riche et nuancée. Ce nombre relativement important de récepteurs permet de détecter une grande diversité de composés amers, d’origine et de nature chimique très variées - ceux-ci peuvent être des peptides, des amines, des esters, des lactones, des cétones, des polyphénols, des alcaloïdes, des ions métalliques, etc., d’origines végétales ou fermentaires. Près de 700 composés amers ont été répertoriés aujourd’hui.

EAV-PHR : D’où nous vient cette capacité à détecter les amertumes ?

GL : Du point de vue évolutif, le perfectionnement de cette capacité à détecter la saveur amère chez les mammifères pourrait être une adaptation protectrice pour reconnaître et éviter rapidement des substances toxiques, notamment celles que les plantes synthétisent pour se protéger des prédateurs.

EAV-PHR : Par quels organes détectons-nous les amertumes ?

GL : La plupart de nos perceptions se passe dans la bouche, au niveau des papilles gustatives. Là, chaque cellule gustative peut exprimer plusieurs récepteurs et un composé amer va donc activer une combinaison de cellules gustatives. Il est important de noter qu’il n’existe pas de topographie particulière des saveurs sur la langue ; les récepteurs à l’amer sont répartis sur l’ensemble de la langue sans biais spatial significatif. Notons que des récepteurs à l’amertume sont aussi exprimés dans l’appareil digestif, notamment dans l’estomac, et participent à la modulation de la digestion.

EAV-PHR : Tout le monde est-il capable de détecter la même palette d’amertumes ?

GL : La perception de l’amertume est très variable selon les dégustateurs et plusieurs paramètres concourent à cette variabilité. Le premier est d’ordre génétique. Chacun des 25 gènes codant pour les récepteurs de l’amertume possède plusieurs variants génétiques dans la population (on connaît aujourd’hui 150 variants différents pour les 25 récepteurs). Chaque variant d’un récepteur présente des seuils de réponse différents, ce qui se manifeste par des seuils de perception différents chez les individus. Un autre paramètre important de la variabilité est l’âge. En effet, les seuils de perception et d’acceptation de l’amertume chez l’enfant et l’adulte sont bien différents. On ne connaît pas encore le mécanisme à l’origine de cette évolution avec l’âge, mais des changements au niveau de la composition de la salive pourraient y participer. D’autres paramètres modulent la composition de la salive (prise alimentaire, acides) et pourraient indirectement influencer la perception de l’amertume.

EAV-PHR : Devons-nous réapprendre à apprécier les amertumes ?

GL : Le chemin qui mène au plaisir de l’amertume est initiatique. Dans notre cerveau, la saveur de l’amertume est par défaut une saveur aversive induisant une réponse de rejet, voire de nausée. Cette réponse est tout à fait innée et prédéterminée : un bébé de quelques jours goûtant une substance amère pour la première fois montrera immédiatement une réaction de dégoût. Face à cette réponse innée et automatique, notre cerveau doit donc réapprendre que l’amertume n’est pas une source de danger et que les composés amers peuvent aussi être associés à certains aliments plaisants, source de plaisir, voire bénéfiques pour notre santé. De par sa facette aversive et sa longueur en bouche, l’amertume va aussi donner une forme d’intensité et d’amplitude gustatives qui apporte une complémentarité intéressante à d’autres saveurs aussi bien dans le vin qu’en gastronomie.

EAV-PHR : Comment pouvons-nous caractériser les amertumes dans le vin ?

GL : Notre seuil de détection pour cette saveur est très bas : nous y sommes de 100 à 1 000 fois plus sensibles qu’aux autres saveurs. Pour décrire l’amertume du vin ou d’un composé amer, l’analyse sensorielle se penche avant tout sur le seuil de perception de cette amertume et sur son niveau d’intensité dans le vin. En plus de l’intensité de l’amertume, il y a une autre caractéristique de cette saveur qui mérite d’être prise en compte : son développement dans le temps, sa temporalité. Les analyses temps-intensité ou de dominance temporelle des sensations montrent que l’amertume est une saveur très lente et progressive, qui est détectée plus tard que les autres sensations gustatives. Il s’agit souvent de la sensation gustative la plus dominante en fin de bouche, pendant la phase de rétro-olfaction. Au final, cette dimension temporelle de l’amertume associée à sa dimension d’intensité permet de distinguer différents composés amers et de mieux analyser les profils d’amertume du vin.

EAV-PHR : Comment les différentes saveurs du vin interagissent-elles sur la perception des amertumes ?

GL : Dans notre environnement gustatif, un composé amer n’arrive jamais seul, mais est toujours associé à d’autres saveurs et à des arômes. À l’inverse, l’amertume va diminuer l’intensité de la saveur « sucré ». En plus de ces interactions entre saveurs, certains arômes peuvent devenir pour le cerveau des indicateurs d’une amertume à venir. Ils vont préparer notre cerveau, le mettre dans un schéma d’anticipation et de prédiction, pour mieux détecter l’amertume. Ainsi, une solution contenant un composé amer sera perçue comme davantage amère si on y ajoute une odeur évoquant l’amertume. Inversement, elle sera perçue comme moins amère si on y ajoute une odeur évoquant le sucré. En conclusion, le contexte sensoriel de dégustation de l’amertume est primordial pour déterminer son seuil de perception et d’acceptation.

Concours général agricole. Dégustation de sélection

En route pour Paris

Vigne

Publié le 11/02/2018

2017 est un millésime qui réserve de belles surprises. Et la dégustation de sélection pour le 127e Concours général agricole, qui se tenait lundi 5 février au Parc des expositions de Colmar, n’a pas contredit cette tendance qui se dessine à travers les multiples dégustations en ce début d’année. Un millésime de qualité, mais faible en volumes, et qui a tout de même permis de présenter 715 échantillons, soumis à l’appréciation de 120 dégustateurs.

Cette présélection, organisée par la Chambre d’agriculture, l’Association des viticulteurs d’Alsace et les services du ministère de l’Agriculture, vise essentiellement à écarter les vins présentant des imperfections gustatives fortes. Étant donné la jeunesse des vins, dont certains viennent tout juste d’être soutirés, sulfités et filtrés, les dégustateurs se sont montrés parfois magnanimes. D’autant que les vins présentent globalement de beaux potentiels. Au final, 429 vins d’Alsace pourront concourir à Paris. Par rapport aux 715 vins inscrits, le ratio témoigne d’une qualité moyenne pour le vignoble, bien supérieure aux millésimes précédents.

Union des vignerons d’Alsace (Univa)

Ambitions et défis pour valoriser l’image

Vigne

Publié le 08/02/2018

Globalement, c’est un changement de braquet qualitatif qui se profile pour la maison Arthur Metz, dont les annonces n’ont pas manqué de piment pour les apporteurs de raisin. L’assemblée générale de l’Union des vignerons d’Alsace (Univa) se tenait à Epfig vendredi 2 février, devant un parterre de près de 500 convives, accueillis par Marc Marckert, le vice-président, et Christian Kohser, le président. L’Univa couvre quelque 1 000 hectares de vignes dont les raisins sont livrés à la maison Arthur Metz ; 75 % des surfaces sont exploitées par des apporteurs totaux.

Administration des vendanges

2017 voit l’arrivée de Stéphanie Karmann, pour des tâches administratives très ardues et délicates : faire concorder les surfaces, les tickets de pesée et au final les déclarations de récolte. Soit « un travail de saisie et de vérification, pour chaque surface, chaque cépage, les édels repli, remodifier la déclaration de récolte », détaille Stéphanie Karmann. Un lourd travail, sous la surveillance rapprochée du président, en raison du morcellement des parcelles, des multiples cépages et affectations aux appellations, propices aux erreurs. Mais pas que… « Je prends l’engagement de nommer ici en assemblée générale ceux qui auront modifié leurs surfaces entre les engagements (avenants) de surface le 15 mai et la déclaration de récolte », indique Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz. Christian Kohser a rappelé pour sa part à chaque adhérent la nécessité de vérifier les poids livrés, les degrés, le type de vendange, de bottiche, de mode de récolte, de mode de transport… Pour 2018, la date butoir de la déclaration de récolte est fixée au 25 novembre, soit 15 jours avant la limite officielle.

Planification aux vendangeoirs et prise de rendez-vous

Autre travail d’envergure, les prises de rendez-vous au vendangeoir : un « système qui devra encore être amélioré pour éviter les attentes devant le vendangeoir », juge Christian Kohser. « Satisfaire l’un, ne doit pas pénaliser l’ensemble », résume pour sa part l’œnologue responsable, Nicolas Secondé.

Les plannings de vendanges doivent coller à l’évolution de la maturité. Selon la capacité maximale des vendangeoirs, dépendante de la vendange manuelle ou mécanique, et selon la destination des vendanges, on va définir les rendez-vous d’apport et « on va même va jusqu’à définir un ordre de chargement des pressoirs et d’utilisation des quais, précise Nicolas Secondé. Tous les temps sont pris en compte dans cette planification, le chargement, le pressurage, le déchargement, le nettoyage… Chaque dysfonctionnement génère du temps de monopolisation des quais… » D’où une planification en amont exigeante. Qui inclura par ailleurs un réseau de maturité plus dynamique.

Pour Christian Kohser, la double limitation des bottiches à 75 cm et 100 kg, ainsi que les plafonds d’apports journaliers - qui semblent convenir - ont limité les engorgements. Quelques points de détail restent à améliorer notamment sur le plan de la communication d’Arthur Metz avec les producteurs. Il note l’intérêt des e-mails de confirmation d’édition de tickets de pesée.

Logiciel Agréo et site internet

Jugé obsolète, le site internet devrait être refondu pour le 15 août. « Il y aura des onglets vendanges par vendangeoir, un onglet « spécialités » pour les vieilles vignes, le bio et le pinot noir, les résultats de maturité, les courriers téléchargeables, prévendanges, postvendanges, etc. Et des liens utiles aux déclarations dématérialisées », indique Stéphanie Karmann. « On veut le planning de vendanges sur le site internet », explique de son côté Christian Kohser.

Mais l’enjeu principal, c’est le logiciel Agréo que devront utiliser tous les adhérents en 2019, pour « fiabiliser la traçabilité ». Dès lors, il ne sera plus possible de modifier les surfaces engagées sous contrat et la déclaration de vendange, souligne Serge Fleischer. « Nous sommes de plus en plus contraints de démontrer, lors d’audits, de quelles parcelles proviennent les raisins qui ont permis de faire le vin », introduit Roxanne Hardy. Elle appelle d’ores et déjà « à bien vérifier la concordance entre son CVI, les références cadastrales des parcelles et l’aire d’appellation ».

Agréo est une plateforme d’échanges d’informations agronomiques accessibles par internet, pour le contrôle qualité, la gestion de la traçabilité des raisins et pour le pilotage de la production des raisins par rapport aux itinéraires techniques dédiés. Agréo permettra de suivre les traitements, la fertilisation, autant pour Arthur Metz que pour le viticulteur. Les 24 membres du comité de l’Univa seront les premiers à le tester. « C’est un formidable outil d’aide à la décision ou pour analyser ses coûts d’exploitation », ajoute Serge Fleischer.

Produits phytosanitaires : anticiper plutôt que subir

Sujet « sous pression médiatique » : les relations avec les riverains et les nuisances générées par les traitements. « Nous sommes contraints de devoir protéger les vignes, mais nous sommes très surveillés, insiste Christian Kohser. Respectez les bonnes pratiques, il faut agir en bon sens. Il en va de l’image du vignoble, ainsi que de nos relations commerciales avec les riverains qui sont nos premiers consommateurs ». « Il y a eu une affaire Lactalis, ajoute-t-il. Nous avons déjà un déficit commercial d’image (NDLR : les vins d’Alsace en général), il ne s’agirait qu’elle soit ternie » de surcroît.

Pour Serge Fleischer, il s’agit « d’aller de l’avant pour éviter que d’autres nous imposent des règles inadaptées à nos méthodes de production ». Si Agréo est « une étape non négociable », « nous avons à court terme des exigences importantes sur les intrants. Il y a des documentaires à charge sur les résidus dans les bouteilles et on a du mal ensuite à se justifier, même si le procès intenté est mauvais. » Le directeur d’Arthur Metz formule le vœu de supprimer le désherbage partiel ou total et de revenir au travail du sol massif et collectif. « Je suis conscient que c’est un pavé dans la mare. Autant prendre les devants sur la réglementation. »

Au final, la maison de Marlenheim affirme des ambitions qualitatives fortes (lire en encadré). « Nous allons regarder de plus en plus le rendement parcellaire et non pas le rendement d’exploitation. Et ce rendement parcellaire sera de plus en plus un levier de rémunération des raisins. Et ceci par rapport aux objectifs qualitatifs que nous aurons décidés ensemble », explique Serge Fleischer.

Gilles Neusch : « Décloisonner la réflexion »

Vigne

Publié le 02/02/2018

Réponse de Gilles Neusch : « La demande n’a plus rien à voir avec celle d’il y a quelques années. On le ressent sur les marchés. Les vins d’Alsace ne se vendent plus de la même façon. Les clients changent de réseau et de mode d’approvisionnement, de consommation, soit parce qu’ils le souhaitent, soit parce que ça leur est imposé », ajoute-t-il en faisant allusion aux postures politiques sur la dénormalisation de la consommation de vin. « C’est problématique et ça a un impact considérable sur la façon de consommer les vins en général et les vins d’Alsace en particulier ! »

Mais au-delà, la globalisation des échanges modifie les habitudes d’achat : « Autrefois, les vins se vendaient sur la route des vins, les gens venaient en voiture pour se constituer une cave. Désormais, c’est tout aussi facile - et peut être aussi rapide, d’acheter du vin sur internet à l’autre bout du monde. »

Gilles Neusch souligne le besoin impérieux pour la filière « d’innover dans ses modes de commercialisation. Mais nous ne trouverons pas les réponses seuls entre acteurs majeurs de la filière. La solution réside dans une réflexion plus globale qui peut être menée avec l’ensemble des maillons de la chaîne. Chacun, de la production à la consommation, en passant par la distribution, peut s’y retrouver. On va mettre des moyens interprofessionnels pour ouvrir ce champ de réflexion et d’innovation pour décloisonner la réflexion. »

Rendez-vous au Hackathon, du 16 au 18 février

Ça tombe bien, cette réflexion est en préparation dans le vignoble avec l’association InVinoTech et l’événement Hackathon*, du 16 au 18 février prochains au château Kiener à Colmar. Toutes les parties prenantes de la filière sont invitées à y participer. « Nous avons une démarche de construction de l’avenir en essayant d’imaginer ensemble des solutions à des problématiques communes. L’idée est de sortir de notre seul cadre viticolo-viticole alsacien et d’oser entendre des choses qui ne font pas forcément plaisir, avoir l’écho des producteurs, des vinificateurs, de tous les maillons de la chaîne : distribution, logistique, fournisseurs de matières sèches, et plus loin encore : l’université, les start-up en technique, marketing ou distribution, énumère Gilles Neusch. Tout ce monde autour d’une même table réfléchira à des défis posés en commun, lors d’un hackathon qui durera 54 h. On cogitera sur des défis lancés par des viticulteurs, des restaurateurs. Ce genre de défis, on ne peut pas les régler seuls entre opérateurs de la filière. Il faut tout le monde autour de la table. » Au final, prévoit le directeur du Civa, « il y aura peut-être des solutions, dans l’innovation, le numérique, le financement, les technologies, les collaborations… Mon ambition à moi, c’est d’avoir une meilleure valorisation des vins d’Alsace parce qu’ils le méritent », conclut-il.

Réunion technique

AB2F réaffirme l’intérêt des solutions alternatives

Vigne

Publié le 30/01/2018

Après la reprise il y a 15 ans, des établissements Lucien Schroeter, avant-gardiste dans la prescription de produits de protection pour la viticulture et l’arboriculture biologiques, l’équipe AB2F n’a cessé de s’affirmer sur ce marché de l’agrofourniture et vitifourniture bio. En aval de la chaîne, la demande connaît une croissance à deux chiffres. Les techniciens d’AB2F tiennent donc à leur image de marque porteuse. Et c’est au Petit Wettolsheim, chez Annick Buecher, qu’ils ont proposé une après-midi technique, avec à l’étage, une multitude de fabricants de solutions pour la protection biologique, la fertilisation biologique et la stimulation des fonctions biologiques de défense, protection et nutrition des vignes.

Et dans la salle de conférence, AB2F a fait appel au chercheur Christophe Bertsch qui présente l’état d’avancée des travaux de son équipe, financés notamment dans le cadre du Plan national dépérissement. Des solutions, soit par greffe de bois de variété du genre Vitis histocompatibles avec Vitis vinifera, mais résistantes aux maladies, « comme on le fait pour le phylloxera », soit par injection dans la souche de produits - à bon profil écotoxicologique de préférence - permettant « un curetage chimique » des bois morts de la souche. Cet amadou à l’origine de la fameuse expression des feuilles tigrées de l’esca, signe avant-coureur de l’apoplexie de la souche, par la sécrétion de gommes qui obstruent les canaux de sève.

Si les espoirs de solution sont de mise, grâce aux travaux de cette équipe, Christophe Bertsch aime à rappeler qu’en 1921, René Lafon, avait déjà bien cerné la problématique des maladies du bois, dans son ouvrage culte La taille Guyot-Poussart dans les Charentes. Ce qui fait dire à Christophe Bertsch, reprenant une citation du prix Nobel de médecine Charles Nicolle (1866-1936) : « Ce qui est nouveau, ce n’est pas la survenue d’une maladie antérieurement inconnue, c’est cette survenue au sein d’un monde qui se croyait définitivement aseptisé, protégé et tranquille ». À méditer !

Association Vignes Vivantes

L’ère du partage des savoirs et des acquis

Vie professionnelle

Publié le 25/01/2018

Pour sa première assemblée de l’année, Vignes Vivantes a rempli la salle du Civa, preuve du dynamisme de l’association, avec ses multiples facettes agronomiques, ampélographiques, mécaniques…

Vignes Vivantes termine une année 2017 extrêmement bien remplie, avec son stagiaire agronome Sylvain Perrot-Minot, lequel va reprendre le laboratoire BRDA d’Yves Hérody. Son mémoire d’études, intitulé « Dynamique des matières organiques du sol et engrais verts, cas de partage de savoirs vignerons chez Vignes Vivantes », aborde l’aspect sociétal des partages de savoirs entre les vignerons de l’association. Si cette notion des savoirs « ascensionnels » est dans l’air du temps, Vignes Vivantes a été précurseur en la matière puisque l’association a été créée en 1997 ! Sylvain Perrot-Minot, compétent en informatique, a scellé les bases d’une plateforme internet de cartographies en open source, où l’on peut conjuguer et consulter sur une même carte en ligne les informations cadastrales, géologiques, agronomiques, pédologiques. Ce qui en ferait un outil extraordinaire à l’usage des vignerons pour communiquer sur les terroirs, tracer la viticulture, comprendre les terroirs, partager les savoirs… La question est désormais posée aux vignerons de Vignes Vivantes s’ils souhaitent faire partager au plus grand nombre les milliers de données pédogéologiques accumulées pendant plus de 20 années d’analyses.

C’est aussi la notion de partage qui est mise à profit avec les plateformes partagées de compostage biodynamique, sur deux sites en 2017. Une approche collective destinée à remédier à la problématique de l’insuffisance des matières organiques en monoculture de vigne. Attention, Vignes Vivantes n’a pas le statut d’agrofournisseur. Aux vignerons donc de trouver à s’organiser. Mais un logiciel d’évaluation du coût développé sur tableur par Matthieu Deiss permet d’estimer le prix de revient du compost élaboré et épandu à 50 €/t, une somme modique comparée aux amendements du marché. Toujours s’agissant des matières organiques, Vignes Vivantes a décroché en 2016 le label GIEE (Groupement d’intérêt économique environnemental) pour ses projets engrais verts. 11 exploitations sont mises en réseau pour tester différents mélanges d’engrais verts, sur différentes pédogéologies et selon différentes techniques de semis à différentes dates. « Cela n’empêche pas qu’il faut respecter les bases de l’agronomie, chauler, et fertiliser le semis », a souligné l’animatrice Isabelle Kuntzmann. Les effets sur la vigueur et les teneurs en sucres fermentescibles des sols seront mesurés, en lien avec les différents types de couverts. Des conseils seront prodigués en tenant notamment compte des cycles de l’azote et des éléments minéraux restitués, de la qualité de l’exploration racinaire des différents couverts…

Enfin, Vignes Vivantes, c’est également un groupe de vignerons affiliés à l’association Atelier paysans pour concevoir et réaliser des outils de viticulture  spécifiques, tels que les étoiles de « Boudibinage » ou des semoirs de semis direct. Les vignerons ont aussi mis en place un conservatoire ampélographique à Marbach.

Agronomie

Des solutions pour traiter tout en diminuant le tassement des sols

Vigne

Publié le 24/01/2018

L’effet du tassement de ces bandes de roulement lié au trafic des tracteurs a été bien évalué s’agissant des composantes agronomiques physiques, biologiques et chimiques des sols : sous le passage des roues, les sols perdent leur porosité, la terre se compacte, limitant l’exploration racinaire. La mobilité des éléments nutritifs diminue en raison de l’absence d’oxygène dans la zone compactée et de la baisse de la biomasse microbienne qui en résulte.

Par contre, l’impact global des deux zones de tassement aux environs de la bande de roulement n’a pas été évalué s’agissant de la physiologie et de la qualité sanitaire de la vigne et, in fine, de la qualité gustative des raisins et du vin.

Cependant, un nombre croissant de vignerons souhaite, quand cela est possible, diminuer le trafic à la parcelle et/ou trouver des solutions alternatives aux roues à carcasses radiales. La difficulté reste de conserver malgré tout l’adhérence nécessaire.

Parmi les engins qui circulent dans les vignes, le pulvérisateur est probablement le plus impactant sur le tassement des sols. Non seulement à cause du poids embarqué du pulvérisateur plein, mais aussi parce qu’il faut traiter parfois, ou souvent, sans tenir compte de l’état de surface des sols viticoles, pas forcément ressuyés, comme, par exemple, durant le printemps 2016.

Au quad et avec des pneus basse pression

Plusieurs vignerons en bio réfléchissent à trouver une alternative consistant à améliorer la protection de couverture, tout en diminuant le tassement des sols. Une idée qui ressort consiste à traiter au quad avec un Solo tracté et monté sur pneus basse pression.

À Châtenois, le vigneron Étienne Goettelmann utilise pour sa part un petit engin autrichien Lederer, automoteur de 14 CV, quatre roues motrices, à très bas centre de gravité, 150 l, avec une turbine Solo : « Ça grimpe partout ! », commente-t-il. L’engin est équipé d’une pompe électrique auto-amorçante. Les commandes ont été rassemblées à l’avant. « Je suis arrivé à 1 kg de cuivre métal/ha/an en 2017. Je tiens compte de la température, du vent et de l’hygrométrie. En 2016, j’étais à 3,5 kg/ha/an ». L’année à mildiou, faut-il le rappeler…

D’autres vignerons ont la même démarche, comme Thomas Frick à Pfaffenheim, ou encore Daniel Hirsinger à Ingersheim, deux jeunes vignerons qui ont opté pour un Solo tracté par un quad, permettant d’assurer une couverture efficace en limitant le tassement du sol grâce aux pneus basse pression.

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