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David Lefebvre

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Concours régional de labour à Monthois (08)

Les mêmes thématiques et problématiques agricoles qu’en Alsace

Vie professionnelle

Publié le 07/09/2018

L’axe Chalons en Champagne-Vouziers-Sedan est, en cette rentrée 2018, un lieu où se tiennent d’importantes manifestations pour l’agriculture du Grand Est : la foire de Chalons du 31 août au 10 septembre, plutôt orientée vers la céréaliculture, la foire agricole de Sedan du 7 au 9 septembre, très tournée vers l’élevage, et le concours régional de labour qui se tenait ce dimanche 2 septembre à Monthois, près de Vouziers. Entre Argonne et plateau champenois, cette petite commune de Monthois se situe sur une zone « mi-Vallage, mi-Champagne », précise Vincent Fleury, le maire de la petite commune. Elle comprend cinq exploitations, trois d’élevage et deux céréalières. Quatre jeunes laboureurs alsaciens, Loïc Fischer et Mathieu Baltzinger en labour en planches, Romain Friess et Mathieu Grienenberger en labour à plat, participaient à cette finale régionale. Entre expositions de matériels anciens et modernes, démonstrations, marché des produits locaux, exposition de broutards et de chevaux de trait, les JA des Ardennes ont proposé un agréable « dimanche à la campagne » aux 3 000 visiteurs. Ils ont servi quelque 1 100 repas.

Une brique de lait Mont lait ardennais

D’envergure régionale mais à consonance locale, ce championnat de labour a été inauguré en présence de l’ensemble des responsables agricoles et politiques départementaux. Ils ont abordé les problématiques agricoles, les mêmes finalement qu’en Alsace, à ceci près que les Ardennes, avec leurs 270 000 habitants, ne bénéficient pas des mêmes potentiels de débouchés pour la consommation locale. Dans les Ardennes, il s’agit de consommer local, souligne Thierry Huet, le président de la FDSEA 08, mais il rappelle aussi que le département, avec ses 260 millions de litres de lait produits, n’en consomme que 20 millions. Certes, il est question de « séduire les consommateurs locaux », indique le sénateur et agriculteur Benoît Huré, avec un projet de brique de lait « Mon lait ardennais ». Le projet concerté entre les enseignes de la distribution et les organisations agricoles est sur les rails, et il ne remet pas en cause les obligations contractuelles de collecte. Mais il s’agit aussi de ne pas se détourner « des productions de masse », ajoute encore le sénateur. Il rappelle que l’exportation agroalimentaire est la 3e source de devises du pays.

Zone intermédiaire : des déconvenues

Dans ce département, comme dans tout le Grand Est, l’un des sujets centraux est « le renouvellement des générations » du secteur agricole, avec un nombre significatif d’installations hors cadre familial et en double activité. Le slogan qui a cours, « Transmettre pour installer », souligné par Benoît Dave, président de la Chambre départementale d’agriculture, traduit le souci unanime de préserver le dynamisme du tissu agricole. D’ailleurs, tout le monde dans les Ardennes déplore qu’une certaine zone de déprise n’ait pas été retenue en zone intermédiaire, afin d’être éligible à des compensations de handicap naturel.

Sur une soixantaine de nouveaux jeunes exploitants que compte ce département en 2017, 39 ont été installés dans le cadre du parcours aidé, indique Guillaume Noizet, le président de JA 08, « un chiffre régulier », note-t-il. Un parcours dont il vante les mérites puisque cinq ans après l’installation, les agriculteurs ayant suivi le parcours aidé sont 15 % plus nombreux que les autres. Ce qui pose toutefois la question du suivi post-installation : « Une journée collective et une demi-journée individuelle pour faire le point permettent aux jeunes de ne pas se retrouver seuls ; 80 jeunes suivent ce dispositif dans les Ardennes. »

Cet accompagnement est généralisé à l’échelle du Grand Est, précise Baptiste Picard, secrétaire général de JA Grand Est. Il a fait part de sa préoccupation concernant certains dossiers de déchéance de la DJA (Dotation aux jeunes agriculteurs), alors même que beaucoup de projets avortent avant même l’installation, observe-t-il, pour de multiples contrariétés administratives, foncières… Néanmoins, s’agissant plus particulièrement du secteur de l’élevage, la Région devrait augmenter ses aides à l’adresse des jeunes installés, a annoncé Pascale Gaillot, vice-présidente du Conseil régional.

Rompre la solitude de l’exploitant

La solitude des exploitants agricoles, ou plutôt l’action collective, était au cœur des thématiques abordées ce dimanche 2 septembre. « Certains pensent que labourer, ça ne se fait plus », a indiqué Pascale Gaillot, en s’appuyant sur les débats qui ont cours au Conseil régional. Au-delà de la problématique du labour, cet événement vise à entretenir des « valeurs primordiales, telles que la simplicité, la rigueur, l’ambition, le travailler ensemble, la bonne ambiance et la convivialité », souligne Thierry Huet. Ce genre de manifestation « permet de reprendre son souffle, autour d’un repas partagé, de se fixer des challenges […], bref, de reprendre des forces », observe Benoît Dave. Il ajoute : « On a besoin des autres, tout simplement. Au quotidien, voir les autres, ça rassure ! Ça permet de se confronter aux mêmes problèmes, ça permet d’aller plus loin » […] et, au final, « d’augmenter la viabilité » de son entreprise.

Plus globalement, les différents interlocuteurs ont dénoncé des « discours démagogiques » contre les agriculteurs. Une autre raison de leur renfermement. « Ce sont les meilleurs ambassadeurs de l’environnement, ce sont eux qui façonnent les paysages, eux qui se forment de plus en plus pour utiliser les produits phytosanitaires. Alors, arrêtons de les stigmatiser », lance Baptiste Picard. Encouragé dans ses propos par le sénateur Huré qui appelle à « ne pas se décourager face à ces groupes de pression » et à « participer à la bataille de l’opinion », face à des « présentations caricaturales de certains groupes de pression sur la façon dont l’agriculture travaille et sur la qualité de l’alimentation. »

Palmarès

Beau doublé bas-rhinois avec Loïc Fischer et Romain Friess

Vie professionnelle

Publié le 07/09/2018

Labour en planche
1er Loïc Fischer (Bas-Rhin) ; 2e Pierrick Herbe (Vosges) ; 3e Mathieu Baltzinger (Haut-Rhin) ; 4e Justin Duval (Meurthe-et-Moselle) ; 5e Marc Terver (Moselle) ; 6e Josué Magisson (Meuse).

Meilleure ouverture : Marc Terver

Meilleure dérayure finale : Loïc Fischer

Labour à plat
1er Romain Friess (Bas-Rhin) ; 2e Aurélien Cornet (Ardennes) ; 3e Victor Duchaux (Moselle) ; 4e Mathieu Grienenberger (Haut-Rhin) ; 5e Johan Olry (Meurthe-et-Moselle) ; 6e Loïc Devresse (Meuse) ; 7e Maxime Binot (Vosges).

Meilleure ouverture : Romain Friess

Meilleure dérayure finale : Romain Friess

Maturités du millésime 2018

La ligne 2003 mais plus d’acidité

Vigne

Publié le 29/08/2018

Les données techniques interprofessionnelles en ligne permettent de comparer les maturités des millésimes. Elles recueillent les analyses de 150 parcelles, ce qui donne une tendance globale pour chaque cépage, qu’il est possible de décliner plus localement à l’échelle des communes, avec le « réseau maturité partenaires ».

2003 avait été le millésime de la plus importante canicule connue depuis que les données météorologiques sont enregistrées. Une canicule en août qui faisait suite à un printemps extrêmement sec. Inversement, 2018 se singularise par un printemps bien arrosé, mais avec des épisodes pluvieux de plus en plus denses spatialement et temporellement. Et en conséquence, des secteurs soumis à une sécheresse intense. L’écart-type des maturités par cépage selon les communes et les terroirs par rapport à la moyenne régionale est donc de plus en plus important. Comme en témoignent cette année, les données de maturité du réseau des partenaires interprofessionnels, en ligne sur le site technique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa).

Prenons l’exemple du pinot gris le 23 août : 9,6° (d’alcool potentiel au 20 août) à Châtenois, 12,2° à Sigolsheim, et 11,25° à Wolxheim, 11,63° à Bergbieten, 12,13° à Pfaffenheim et 12,31° à Eguisheim, soit presque 3° d’alcool potentiel d’écart.

Si, à une époque, les avancées de maturité pouvaient être corrélées à la latitude avec globalement le sud du vignoble en avance sur le nord, il n’en est rien cette année : les facteurs stress hydrique, charge en raisins et agronomie ont fait leur œuvre. Les secteurs plus arides apparaissent plus en retard : 7,58° pour du riesling à Châtenois, 7,92° à Colmar, 9,66° à Hattstatt, 7,86° à Dambach-la-Ville, 10,19° à Mittelbergheim, 10,07° à Ammerschwihr et 10,8° à Wintzenheim, 7,58° sur une parcelle à Scherwiller et 9,26° sur une autre à Bergheim. Soit 3° d’écart.

Plus homogènes, les pinots noirs s’affichent entre 10,3° et 11,7° et les pinots blancs entre 9° et 10,2°. Côté anthocyanes et polyphénols totaux du pinot noir, les données ne permettent pas de remonter à 2003. Mais il y a moins de couleur qu’en 2015, les teneurs sont équivalentes à 2017 et légèrement supérieures à 2016.

Qu’en est-il du gewurztraminer ? 11,4° à Guebwiller, 11,1° à Heiligenstein, 11,6° à Rosheim, 12,03° à Dambach-la-Ville, 10,2° à Eguisheim, 12,7° à Molsheim, 9,8° à Wintzenheim. Là aussi, près de 3° d’écart.

L’acidité est la clé de la fraîcheur du millésime et de la qualité sanitaire des fermentations. Les courbes de combustion et dilution des acides à mesure que la maturité avance, indiquent que les gewurztraminers pourraient présenter un peu plus d’acidité qu’en 2003. Quant aux rieslings et sylvaners, ils sont clairement mieux lotis en acides tartrique et malique que ceux de 2003 avec 1 g/l de plus (en équivalent sulfurique). Les pinots blancs en revanche sont sur la même ligne que 2003, de même que les pinots noirs. La bonne nouvelle vient du rapport tartrique/malique qui, à ce stade, se situe autour de 20-25 % de malique et 75-80 % de tartrique. Ce qui signifie que l’acidité va bien résister à l’avancée de la maturité. Mais ce qui signifie aussi que la vigne n’aura pas beaucoup de réserve énergétique pour accumuler les sucres. L’une des voies d’accumulation en cas de stress hydrique est le flétrissement, qui présente l’inconvénient de concentrer autant les sucres que les substances immatures, dont la présence gustative est renforcée par les sulfites.

Brasserie L’Alcolyte à Blienschwiller

Brasseurs et expérimentateurs

Technique

Publié le 16/08/2018

Non sans un brin d’humour en rapport à l’orthodoxie rigoriste des instances de prévention en addictologie, ils ont appelé leurs bières « La notoire », « L’anonyme » et « La chronique », avec, au bas de chaque étiquette, un commentaire narquois, invitant à la dégustation modérée mais dans l’esprit du bien vivre ensemble : « La rousse de la fortune », « Assieds-toi on n’est pas pressé », « Toujours en retard sauf pour ma blonde »… Et, pour couronner le tout, leur microbrasserie en micro-entreprise s’appelle L’Alcolyte.

Micro… plus tout à fait ! Cela fait 3 ans que Jérémy Wolfrom d’Itterswiller, salarié viticole, et Pierre Freyermuth de Blienschwiller, étudiant à l’École de management à Strasbourg et à Neoma (ex ESC Reims), se sont lancés dans la brasserie, sur un simple pari entre copains. Et le succès de l’entreprise des deux amis d’enfance est déjà au rendez-vous. Si bien qu’ils cherchent un local pour rassembler toutes leurs activités, de brassage, élevage, et conditionnement. Ils brassent par batch de 200 litres « des bières légères, bien houblonnées à cru, peu chargées, et d’une grande buvabilité » : « On essaie de faire des trucs jeunes et modernes ».

Pour l’heure, faute de boutique, les bières de l’Alcolyte sont diffusées sur des points de vente, une dizaine en tout, des restaurants et des bars locaux, des points de vente à la ferme, et ils proposent aussi des fûts. La nouveauté, c’est la pils « Esprit de pils » pour l’été. Mais c’est la blanche, « L’anonyme » qui était proposée à la foire. Viendront prochainement une kriek à la cerise fraîche, une bière en barrique…

Mercredi 1eaoût, les deux jeunes microbrasseurs se sont lancés dans une expérience de brassage de tritordeum, une céréale issue du croisement entre du blé dur et une orge chilienne, qui résiste bien au stress hydrique. Les deux brasseurs découvrent cette nouveauté, mais ses promoteurs tentent de lancer une filière en France. Avis donc aux agriculteurs, et aux transformateurs potentiels de cette farine et de ce malt d’un nouveau genre !

Plan dépérissement, projet Eureka en Alsace

Des résultats et des espoirs

Vigne

Publié le 16/08/2018

« Curatif ou préventif, bio ou pas bio : mon propos c’est avant tout de trouver une solution », lance Christophe Bertsch. Il y aurait bien eu l’arséniate de soude, mais « il faut oublier car c’est trop toxique », poursuit le chercheur. En Alsace, c’est le projet Eureka qui a été retenu dans le cadre du plan national dépérissement. Ce projet pilote cinq thématiques.

Une première approche curative consiste à trouver une substance phytopharmaceutique, naturelle ou de synthèse qui serait introduite dans le tronc, ayant en quelque sorte un effet de « curetage chimique » de l’amadou, cette matière spongieuse dont la cohorte de champignons cause l’apoplexie de la vigne par embolie des vaisseaux de sève. Cette substance serait injectée par endothérapie dans la tête de saule du plant.

L’idée est donc aussi de réduire préventivement cette production potentielle d’amadou. C’est la deuxième thématique du projet Eureka. Et pour cela, l’une des solutions serait de trouver des bois résistants que l’on grefferait en remplacement du tronc qui est le réservoir des champignons pathogènes. L’équipe de Christophe Bertsch a procédé à l’identification de bois résistants, parmi lesquels un Vitis sylvestris de la vallée rhénane, déjà décrit d’ailleurs en son temps par l’ampélographe alsacien Chrétien Oberlin (1813-1916). Les chercheurs du laboratoire ont d’ailleurs commencé à comprendre que la capacité de résistance de ce V. sylvestris se situe - comme souvent dans les plantes - dans la rapidité d’activation de ses gènes de défenses naturelles face à la progression du pathogène : douze heures pour V. sylvestris, contre trois jours pour le gewurztraminer. « Nos vignes, ce sont des formules 1 pour les arômes, mais comme les chiens de race, elles ne savent pas se défendre », illustre Christophe Bertsch. Les pépiniéristes pourraient donc à terme proposer des plants racinés double greffés, mais pour l’heure, les chercheurs font du greffage en place de greffons de nos cépages sur V. sylvestris, lui-même greffé sur porte-greffe classique…

Avec autant de greffes, mieux vaut s’assurer d’une bonne continuité vasculaire des vaisseaux de sève. C’est le troisième volet du projet Eureka, piloté par Arthur Froehly. Il compare actuellement quatre greffes : anglaise, oméga, F2-Hébinger et le greffage sur place, avec des parcelles d’essais de riesling clone 49 sur SO4, une combinaison assez répandue… Les coupes et la surface de vascularisation donnent l’avantage à certaines greffes, avantage qu’il faudra confirmer…

À la frontière entre le préventif et le curatif, sont apparues grâce notamment aux formations du Sicavac à Sancerre et à son technicien missionnaire François Dal, les techniques de curetage, regreffage… Tel un dentiste sur une dent cariée, le vigneron décape le bois mort, non pas à la roulette mais à la tronçonneuse. Mais si la charpente est morte, souvent la partie porte-greffe est encore vivante. On regreffe dessus un greffon sur place pour profiter du capital temps d’enracinement. Ces travaux sont fastidieux. Arthur Froehly apportera des éléments de réponse technico-économiques à ces nouvelles solutions.

Quinze années après sa création, l’observatoire régional des maladies du bois (30 viticulteurs, avec chacun une parcelle de gewurztraminer, une d’auxerrois et une de riesling, et 300 pieds notés dans chaque parcelle) constitue une masse de données. Même si certains paramètres manquent, comme l’effet clonal : « On n’a pas de diversité suffisante ». En l’état, ces données pourraient renseigner sur le rôle des multiples facteurs en cause, parmi les pratiques culturales, les typologies de parcelles, de type d’exploitation… « On observe pour un même cépage et même âge, qu’on a des parcelles à 3 % et d’autres à 30 % de pieds malades. On a donc un effet des pratiques », introduit Céline Abidon de l’IFV. C’est Solène Malblanc, étudiante en dernière année d’ingénieur à l’École supérieure d’agricultures d’Angers, qui effectue ce travail d’analyses statistiques où l’on entrevoit déjà quelques informations : la sensibilité de certains cépages, l’unité de sols avec des terres lourdes moins affectées, le gradient de contrainte hydrique et, plus surprenant, la distance d’interrang. Restera encore à vérifier ces observations statistiques par des mesures sur le terrain. D’ailleurs, ces résultats viennent confirmer ou infirmer certains ressentis sur le terrain. Par exemple, chaque année de rendements élevés engendre l’année suivante de la mortalité. Autre questionnement : pour l’heure, il reste à démontrer l’effet agrégation spatiale de pieds morts dans une parcelle.

Œnologie, conférence d’AEB Group

Malolactique : la cofermentation pour une meilleure protection bactérienne

Vigne

Publié le 16/08/2018

Pour la fermentation malo-lactique, on connaissait la co-inoculation, voici désormais la co-fermentation. En co-inoculation, les souches sélectionnées de bactéries lactiques sont introduites en début de fermentation alcoolique, elles se mettent en « stand-by » le temps que les levures accomplissent leur œuvre, puis prennent le relais pour métaboliser l’acide malique en acide lactique. Mais voici donc la cofermentation, un phénomène souvent observé naturellement chez les vignerons où la fermentation lactique se déroule en même temps que la fermentation.

Ce que propose désormais le groupe AEB avec son levain Armonia, c’est de maîtriser ce phénomène. La conférence était assurée par Arnaud Immélé, l’œnologue qui avait mis au point Primaflora, une technique de protection des jus avec un complexe de levures non-saccharomycès et de saccharomyces en remplacement du sulfitage, directement sur la vendange. Là, on va plus loin avec aussi une protection de bactéries sélectionnées de souche oenococcus oeni, toujours donc dans un schéma de vinification sans adjonction de sulfites à la vendange et sous le pressoir et avec « bioprotection des jus ».

Parce que le sulfitage des jus est aujourd’hui bien identifié par une frange toujours plus importante de consommateurs, et affecte la buvabilité des vins par les amertumes extraites et solubilisées, de plus en plus de vinificateurs cherchent à trouver des alternatives aux sulfites ajoutés à la vendange ou au moût.

Or, avec les températures élevées des vendanges de plus en plus précoces - en cela, 2018 sera un cas d’école -, « l’on s’achemine vers de plus en plus de problèmes bactériens », fait remarquer Arnaud Immélé. Mais en général, là où prolifèrent les bactéries, les levures ont du mal à s’implanter, que ce soit d’ailleurs des souches sélectionnées ou pas. La conséquence, c’est des fermentations levuriennes difficiles, des piqûres… Il fallait donc trouver aussi une solution à cette question bactérienne. D’autant que si les souches naturelles de levures, exceptées les brettanomycès, causent globalement « peu de dégâts aromatiques » souligne Arnaud Immélé, les bactéries peuvent en revanche conférer des goûts marqués, la piqûre acétique, la tourne, la graisse, avec des substances à forte empreinte gustative : diacétyles, acides butyriques, les acides de la série acétique. Et aussi des amines biogènes, substances allergisantes. Notons cependant qu’une étude financée par l’Europe a davantage incriminé dans ce dossier l’azote assimilable que les souches de bactéries.

La souche cofermentaire sélectionnée présente la particularité de produire peu de diacétyle, peu d’amines biogènes même en présence d’azote assimilable ajouté ou endogène, et peu de cétones qui combinent le soufre. Dans ce schéma, il faut donc prévoir de diminuer le sulfitage à la mise en bouteille. L’Armonia s’intègre donc dans un process bien défini où le vin peut séjourner sur des lies, sans risques de déviation.

Maladies du bois

Cernées par la recherche alsacienne, vont-elles capituler ?

Vigne

Publié le 16/08/2018

Excepté l’arséniate de soude, interdit, il n’existe pas encore de solutions tangibles contre les maladies du bois. Mais on s’en approche très sérieusement. Réunies dans un comité technique, toutes les forces R&D agronomique du vignoble - du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, de l’Association des viticulteurs d’Alsace, de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et de la Chambre d’agriculture - travaillent activement de concert pour comprendre ce dépérissement des ceps et trouver des solutions. Ainsi se met en place une recherche d’un nouveau genre, dans une approche plus sociologique, co-constructive, transversale, et moins compartimentée. Les structures formant ce comité technique sont désormais rassemblées au Biopôle Adrien Zeller.

« En 1980, les maladies du bois n’existaient pas, aujourd’hui, on replante par milliers », explique Yvan Engel, vigneron et président de cette commission. Il rappelle que les pertes d’exploitation liées aux dépérissements seraient évaluées au plan national à 1 milliard d’euros, « soit deux fois le chiffre d’affaires du vignoble alsacien, voire plus », précise-t-il. Et 30 millions d’euros de perte pour le vignoble d’Alsace, précise Christophe Bertsch, directeur du Laboratoire vigne biotechnologies et environnement du Biopôle. C’est ce chercheur qui dirigera le comité qui concentre les forces vives de la recherche alsacienne.

Le tronc, « un bioréacteur à champignons »

Les vignobles ont déjà connu bien des crises sanitaires : l’oïdium, le mildiou, le phylloxera… Pour chacune, des solutions « phytopharmaceutiques » ou biologiques ont été trouvées, rappelle Christophe Bertsch. Face au phylloxera notamment, le greffage sur porte-greffe ne constitue-t-il pas une parade biologique ? Christophe Bertsch appelle les vignerons à « enlever [leurs] œillères » pour aborder les maladies du bois. Car elles n’ont pas le comportement classique des autres maladies cryptogamiques. Les agents pathogènes étant situés dans le tronc du cep, « véritable bioréacteur à champignons lignicoles », toutes les approches de traitement classiques sont inefficaces.

Déjà au début du XXe siècle, Pierre Viala (1859-1936) décrit l’esca avec des dessins tout à fait caractéristiques d’Henri Boisgontier. Vers 1921, René Lafon, un ingénieur agricole, dresse une monographie sur les maladies du bois, particulièrement avant-gardiste. C’est François Dal qui exhume au début des années 2000 toutes les préconisations de tailles non mutilantes et de respect des flux de sève, déjà décrites par René Lafon à propos d’une taille charentaise proposée par le vigneron charentais Eugène Poussard. Mais la taille n’est pas le seul moyen de lutte. Frédéric Schwaerzler, conseiller technique de la Chambre d’agriculture d’Alsace, dresse un inventaire des pratiques visant à limiter l’expression de l’apoplexie (lire en encadré).

Le plan national dépérissement

Avec une gouvernance inédite État-FranceAgriMer-interprofessions, le plan national dépérissement se penche beaucoup sur les maladies du bois. Il regroupe les acteurs concernés : Chambres d’agriculture, IFV, filière pépinière, Inra, universités, État. Ce plan s’appuie sur quatre fondamentaux : « Il remet le viticulteur au cœur de la lutte, il vise à relancer la production d’un matériel végétal de qualité et en quantité, il centralise au plan national l’observatoire des maladies du bois, et il promeut une R&D co-construite. » Quatre facteurs de dépérissement sont observés : biologique, stress environnementaux, stress culturaux et l’environnement sociotechnique, afin d’étudier s’il n’existe pas de fracture technique en viticulture, coresponsable des dépérissements, énumère Héloïse Mahé, chargée de mission pour le plan national dépérissement. Elle rappelle que chaque vigneron peut consulter le site www.plan-deperissement-vigne.fr. Particulièrement interactif, c’est une mine d’informations pour le viticulteur.

Baehrel Agri

Gamme 3700, des nouveaux « Massey » pour la viticulture

Technique

Publié le 08/08/2018

Dans la foulée du succès de la série MF 3600, Massey Ferguson a voulu étendre sa gamme de tracteurs viti-arbo avec les 3700, quatre puissances de 3707 à 3710, de 75 à 105 ch, une série propulsée par un 4 cylindres common rail. C’est la version spécialisée MF 3709 V qui est exposée à la foire aux vins. Les composants du bloc-moteur ont été redessinés pour plus de compacité. Ce qui permet à Massey Ferguson de proposer un tracteur relooké et rabaissé, conférant plus de visibilité à son chauffeur.

Quatre possibilités de transmissions sont disponibles : avec inverseur mécanique 12/12, ou 24/24 HI/low ou speedshift électro hydraulique, ou une boîte 24/12 électro hydraulique powershuttle ou speedshift. Sur ces deux dernières options, le conducteur bénéficie de 8 rapports sans pédale d’embrayage avec une commande centralisée au joystic (en version Efficient).

En version vigneron, le 3700 mesure 1 m de large. Ses capacités hydrauliques pour les engins animés sont plus qu’honorables. En option, deux pompes ou trois pompes pour un débit max de 93 l/min pour le relevage arrière et les distributeurs.

Le poste de pilotage a été revisité pour plus de confort. La cabine peut être proposée en version semi-plateforme. L’ensemble des commandes est rassemblé sur une console. Pour tourner plus court en fourrière, le 3700 peut disposer d’un système de désaccouplement automatique des roues motrices en fonction de l’angle de braquage. L’éclairage a été également revu pour plus de lumière la nuit.

Enfin, le 3700 est également proposé en version F comme fruitier, GE pour surbaissé, WF pour fruitier large des zones de polyculture en pente. Il admet donc aussi un chargeur frontal, un relevage avant avec prise de force.

Soirée des Jeunes CAC Ampélys

« Pour être plus forts demain, ensemble ! »

Technique

Publié le 08/08/2018

Ils sont viticulteurs, récoltants-manipulants ou coopérateurs, agriculteurs céréaliers de la plaine d’Alsace, agriculteurs polyculteurs-éleveurs du Sundgau, arboriculteurs, maraîchers, en filière biologique ou conventionnelle, installés à temps complet ou en pluriactivité… Mais vendredi soir, ils étaient surtout coopérateurs dans l’âme, adhérents de CAC Ampélys. Et c’est toute cette diversité et richesse humaine que la grande coopérative haut-rhinoise veut mettre à profit pour écrire son avenir.

Anticiper

Car « c’est par votre esprit de jeunes que nous arrivons à imaginer de nouvelles choses, votre esprit critique et d’ouverture, votre dynamisme que nous pourrons anticiper », leur a lancé Jean-Michel Habig, président de la coopérative, et agriculteur céréalier à Ensisheim. « J’espère beaucoup de vous, a poursuivi le président, car c’est par vous que demain nous existerons. » Le jeune président invite ses adhérents à prendre part aux débats internes sans crainte : « Soyez moteur, dites ce que vous pensez. Même si tout n’est pas juste, il y a toujours une part de vérité. Même si ça prend du temps pour que vos propos se réalisent, dites-vous que vous aurez apporté une pierre à l’édifice. C’est sur vous que nous comptons. »

Enrichissement mutuel

Car le monde agricole doit relever bien des défis : le plus imminent est « la séparation entre la vente et le conseil en produits phytosanitaires. Ça va changer les pratiques », prévient Jean-Marc Schacherer, directeur de la CAC. La valeur coopérative, rappelle-t-il, par la mise en commun, les échanges, l’enrichissement mutuel, permet d’amener des solutions. Et d’abord de réfléchir ensemble à ce que sera « l’agriculture de demain dans le Haut-Rhin », pour l’accompagner « au mieux dans les services et les conseils ».

Prévenir et mutualiser les risques

La qualité de services : c’est d’ailleurs l’un des principaux souhaits des jeunes adhérents, invités à s'exprimer chacun leur tour sur leurs attentes. Pour les uns, le groupe permet de mutualiser les risques en rapport aux essais mis en place pour envisager de nouvelles solutions agronomiques. Bon nombre des jeunes adhérents disent leurs inquiétudes face aux pressions sociétales. L’action de groupe permet soit de mieux y résister quand ces pressions sont déraisonnables, soit d’entrevoir des solutions, sur la base d’expérimentations mises en commun. Si la qualité des conseils techniques, des analyses, des essais arrivent en tête, au-delà, ce sont surtout les valeurs humaines que les jeunes adhérents de CAC Ampélys souhaitent cultiver : « Échanger, s’enrichir mutuellement, transmettre, développer le relationnel humain, avancer ensemble, être acteur en technique et se démarquer, prévenir et mutualiser les risques et savoir en tirer les enseignements », a-t-on souvent entendu.

Bientôt en Ukraine

Les jeunes adhérents devraient incessamment se retrouver en Ukraine pour un voyage d’étude, histoire d’ouvrir leurs horizons. Mais dans l’immédiat, les jeunes viticulteurs du groupe avaient apporté chacun un de leur vin, qu’ils ont présenté : une cuvée Black papillon de Wolfberger, un crémant prestige de Wolfberger, un riesling Brand 2013 de la cave de Turckheim, un rouge de Saint Hippolyte 2013 du domaine Koeberlé et un autre pinot noir du domaine Freudenreich à Eguisheim.

Pour Élodie Richard, responsable marketing à la CAC et également en charge de l’animation des Jeunes Agriculteurs Coopérateurs, et Jean-Michel North, responsable d’Ampelys, artisans de l’alchimie de cette soirée, il s’agit aussi de préparer la coopérative à l’agriculture de demain. Car « vous en serez les administrateurs », leur ont rappelé le président et Christian Dietschy, administrateur, et président de la commission jeunes de la CAC.

Déphy Tour. Flux de cuivre dans l’environnement

Le cuivre s’accumule dans les premiers centimètres du sol

Vigne

Publié le 03/08/2018

Lors du Déphy Tour, qui s’est tenu le 19 juillet sur l’exploitation viticole du lycée de Rouffach (lire aussi en page 25 du n° 30), Sylvain Payraudeau, enseignant chercheur à l’Engees, a présenté les résultats d’une étude supposant un important dispositif installé sur des parcelles du lycée viticole : le projet Plateforme alsacienne du cuivre d’origine viticole (Pacov), dont l’objet est d’étudier le comportement du cuivre d’origine viticole dans les sols et les eaux.

« Quel est le poids de l’utilisation du cuivre depuis des décennies ? », interroge Sylvain Payraudeau. Plusieurs fosses ont été creusées à 2 m de profondeur dans les parcelles. Et dans la forêt, de manière à « quantifier la signature de base naturelle en cuivre car toute géologie produit plus ou moins de cuivre ». Ce bruit de fond correspond à 10 mg de cuivre naturel métallique par kilo de sol.

Le cuivre très complexé, peu lessivé

Dans les parcelles, grâce aux profils, « on s’est aperçu que le cuivre est accumulé dans les 10 - 15 premiers centimètres du sol, puis il y a un décrochage et l’on retrouve la teneur naturelle du cuivre jusqu’à 2 m de profondeur, cette même teneur que l’on retrouve aussi dans la forêt », décrit Sylvain Payraudeau. Dans les 10-15 premiers centimètres de sol, les quantités se situent entre 70 et 230 mg/kg de sol, soit de 7 à 23 fois plus que ce qu’on devrait retrouver naturellement. « C’est le résultat de dizaines d’années d'application de cuivre. »

L’étude s’est intéressée au devenir du cuivre appliqué chaque année, c’est-à-dire connaître ce qui part dessous, et ce qui part en surface par ruissellement et érosion. « Toutes les semaines, on a mesuré en continu les flux. On en a fait un bilan ». En définitive, « très peu de cuivre s’échappe. Car une fois appliqué, il se complexe très vite aux composés du sol. Et très peu lessive. Moins de 0,1 % du cuivre appliqué lessive, même avec des orages très violents », explique le chercheur. Moins de 1 % du cuivre appliqué s’échappe de la parcelle par ruissellement. Tandis qu’on en retrouve de 0,3 à 0,4 % dans l’herbe et les feuilles. Du coup : 99 % du cuivre appliqué se retrouve dans les quelques centimètres superficiels de sol

Réduire l’érosion pour limiter les flux de cuivre

« C’est une bonne nouvelle pour les eaux, quoique… », poursuit Sylvain Payraudeau : « Ce qui sort est de trois à cinq fois plus que ce qui commence à impacter la qualité naturelle d’une rivière. Mais ceci ne veut pas dire qu’on flingue les poissons », tempère-t-il au regard des autres pollutions diffuses. « C’est très peu mais c’est un début de perturbation de la biodiversité. » Toutefois, sur le site de Rouffach, grâce aux bassins de rétention des eaux d’orage qui collectent les eaux de ruissellement, « il n’y a pas de flux de cuivre vers l’écosystème aquatique ». En réalité, 99 % de cette fraction déjà infinitésimale du cuivre de ruissellement part de la parcelle en étant accrochée à des particules de sols. « Ce qui signifie que, quand on règle la question de l’érosion des sols, on règle celle des flux de cuivre. » Une bonne nouvelle pour les vignerons qui prêtent attention au fonctionnement et la qualité de leurs sols et limitent par conséquent l’érosion.

La question centrale se pose donc pour les quelques premiers centimètres de sol qui concentrent l’accumulation de cuivre année après année. « Des chercheurs travaillent à connaître à l’échelle de 10 - 50 - 100 ans, à partir de quelle quantité de cuivre il y aura un impact sur la vie du sol ». Et sur sa capacité à minéraliser. Quelques données commencent à sortir sur la base de « dopage artificiel de sols au cuivre ». Les chercheurs étudient en particulier l’effet du cuivre sur la diversité des communautés bactériennes, impliquées dans la fertilité des sols.

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