Concours régional de labour à Monthois (08)
Les mêmes thématiques et problématiques agricoles qu’en Alsace
Concours régional de labour à Monthois (08)
Vie professionnelle
Publié le 07/09/2018
L’axe Chalons en Champagne-Vouziers-Sedan est, en cette rentrée 2018, un lieu où se tiennent d’importantes manifestations pour l’agriculture du Grand Est : la foire de Chalons du 31 août au 10 septembre, plutôt orientée vers la céréaliculture, la foire agricole de Sedan du 7 au 9 septembre, très tournée vers l’élevage, et le concours régional de labour qui se tenait ce dimanche 2 septembre à Monthois, près de Vouziers. Entre Argonne et plateau champenois, cette petite commune de Monthois se situe sur une zone « mi-Vallage, mi-Champagne », précise Vincent Fleury, le maire de la petite commune. Elle comprend cinq exploitations, trois d’élevage et deux céréalières. Quatre jeunes laboureurs alsaciens, Loïc Fischer et Mathieu Baltzinger en labour en planches, Romain Friess et Mathieu Grienenberger en labour à plat, participaient à cette finale régionale. Entre expositions de matériels anciens et modernes, démonstrations, marché des produits locaux, exposition de broutards et de chevaux de trait, les JA des Ardennes ont proposé un agréable « dimanche à la campagne » aux 3 000 visiteurs. Ils ont servi quelque 1 100 repas.
Une brique de lait Mont lait ardennais
D’envergure régionale mais à consonance locale, ce championnat de labour a été inauguré en présence de l’ensemble des responsables agricoles et politiques départementaux. Ils ont abordé les problématiques agricoles, les mêmes finalement qu’en Alsace, à ceci près que les Ardennes, avec leurs 270 000 habitants, ne bénéficient pas des mêmes potentiels de débouchés pour la consommation locale. Dans les Ardennes, il s’agit de consommer local, souligne Thierry Huet, le président de la FDSEA 08, mais il rappelle aussi que le département, avec ses 260 millions de litres de lait produits, n’en consomme que 20 millions. Certes, il est question de « séduire les consommateurs locaux », indique le sénateur et agriculteur Benoît Huré, avec un projet de brique de lait « Mon lait ardennais ». Le projet concerté entre les enseignes de la distribution et les organisations agricoles est sur les rails, et il ne remet pas en cause les obligations contractuelles de collecte. Mais il s’agit aussi de ne pas se détourner « des productions de masse », ajoute encore le sénateur. Il rappelle que l’exportation agroalimentaire est la 3e source de devises du pays.
Zone intermédiaire : des déconvenues
Dans ce département, comme dans tout le Grand Est, l’un des sujets centraux est « le renouvellement des générations » du secteur agricole, avec un nombre significatif d’installations hors cadre familial et en double activité. Le slogan qui a cours, « Transmettre pour installer », souligné par Benoît Dave, président de la Chambre départementale d’agriculture, traduit le souci unanime de préserver le dynamisme du tissu agricole. D’ailleurs, tout le monde dans les Ardennes déplore qu’une certaine zone de déprise n’ait pas été retenue en zone intermédiaire, afin d’être éligible à des compensations de handicap naturel.
Sur une soixantaine de nouveaux jeunes exploitants que compte ce département en 2017, 39 ont été installés dans le cadre du parcours aidé, indique Guillaume Noizet, le président de JA 08, « un chiffre régulier », note-t-il. Un parcours dont il vante les mérites puisque cinq ans après l’installation, les agriculteurs ayant suivi le parcours aidé sont 15 % plus nombreux que les autres. Ce qui pose toutefois la question du suivi post-installation : « Une journée collective et une demi-journée individuelle pour faire le point permettent aux jeunes de ne pas se retrouver seuls ; 80 jeunes suivent ce dispositif dans les Ardennes. »
Cet accompagnement est généralisé à l’échelle du Grand Est, précise Baptiste Picard, secrétaire général de JA Grand Est. Il a fait part de sa préoccupation concernant certains dossiers de déchéance de la DJA (Dotation aux jeunes agriculteurs), alors même que beaucoup de projets avortent avant même l’installation, observe-t-il, pour de multiples contrariétés administratives, foncières… Néanmoins, s’agissant plus particulièrement du secteur de l’élevage, la Région devrait augmenter ses aides à l’adresse des jeunes installés, a annoncé Pascale Gaillot, vice-présidente du Conseil régional.
Rompre la solitude de l’exploitant
La solitude des exploitants agricoles, ou plutôt l’action collective, était au cœur des thématiques abordées ce dimanche 2 septembre. « Certains pensent que labourer, ça ne se fait plus », a indiqué Pascale Gaillot, en s’appuyant sur les débats qui ont cours au Conseil régional. Au-delà de la problématique du labour, cet événement vise à entretenir des « valeurs primordiales, telles que la simplicité, la rigueur, l’ambition, le travailler ensemble, la bonne ambiance et la convivialité », souligne Thierry Huet. Ce genre de manifestation « permet de reprendre son souffle, autour d’un repas partagé, de se fixer des challenges […], bref, de reprendre des forces », observe Benoît Dave. Il ajoute : « On a besoin des autres, tout simplement. Au quotidien, voir les autres, ça rassure ! Ça permet de se confronter aux mêmes problèmes, ça permet d’aller plus loin » […] et, au final, « d’augmenter la viabilité » de son entreprise.
Plus globalement, les différents interlocuteurs ont dénoncé des « discours démagogiques » contre les agriculteurs. Une autre raison de leur renfermement. « Ce sont les meilleurs ambassadeurs de l’environnement, ce sont eux qui façonnent les paysages, eux qui se forment de plus en plus pour utiliser les produits phytosanitaires. Alors, arrêtons de les stigmatiser », lance Baptiste Picard. Encouragé dans ses propos par le sénateur Huré qui appelle à « ne pas se décourager face à ces groupes de pression » et à « participer à la bataille de l’opinion », face à des « présentations caricaturales de certains groupes de pression sur la façon dont l’agriculture travaille et sur la qualité de l’alimentation. »












