Auteur
Image

DL

David Lefebvre

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Le retraitement des résidus et des dépassements

Une question d’image pour la filière

Vigne

Publié le 28/09/2018

Le vignoble alsacien s’est pour l’heure réservé à émettre des pronostics de volumes, étant donné l’amplitude des aléas climatiques et leur imprévisibilité croissante. Des vignerons ont été surpris cette année par l’abondance en raisins, une générosité de la nature qui n’avait plus été remarquée depuis bien longtemps. Que faire de ces excédents de raisins, les DPLC (dépassement de plafond limite de classement en appellation) ?

Le vignoble s’est doté d’outils de régulation pour faire face à ces aléas de volumes : les rendements butoirs qui permettent de compenser les pertes sur une parcelle par les excédents d’une autre parcelle dans une limite de 20 hl/ha supplémentaires. En outre, l’exploitation viticole peut désormais stocker des VCI (volumes complémentaires individuels), ce qui permet d’augmenter le volume réglementaire maximal moyen vendangé d’une exploitation, mais il ne concerne pas les cépages nobles.

À l’heure où les questions environnementales peuvent largement interférer dans l’acte de consommation du vin, la question du retraitement le plus vertueux possible des excédents de raisins à la parcelle est posée. Et ce d’autant que l’interprofession investit massivement dans l’image « verte » des vins d’Alsace.

Outre, les outils réglementaires, la profession dispose à proximité de la distillerie Romann à Sigolsheim. Entrée dans le giron du groupe coopératif GrapSud (60 M€ de chiffres d’affaires, 220 salariés), la distillerie « s’est mise en capacité d’absorber la totalité des coproduits de la viticulture et donc les DPLC », indique le responsable de site Erwin Brouard. Depuis 2009, « nous avons massivement investi de sorte que rien ne se perd, tout se transforme ». Les marcs sont valorisés en biocarburant, acide tartrique, pulpes de raisins séchées broyées pour l’alimentation animale ; de l’huile est extraite des pépins ainsi que des polyphénols pour les marchés de la « nutraceutique ». Quant aux lies, « on en extrait des huiles essentielles comme fixateurs d’arômes ». Enfin, les DPLC sont quant à eux distillés pour en extraire de l’eau-de-vie à destination du marché des brandy et des extraits de vins utilisés comme fond de sauce. En bout de chaîne, les vinasses, résidus liquides de cette chaîne de valorisation, constituent une matière organique à méthaniser ou à épandre comme amendement des cultures. Autant de valorisations qui font des coproduits de la viticulture une ressource importante en biosourcing des industries.

Rien ne se perd, tout se transforme

« Nous fonctionnons en 5-8, 7 jours sur 7. À plein, nous avons une capacité de distillation liquide de 1 500 hl/jour. Et nous disposons de 40 000 hl de stockage liquide », indique Erwin Brouard. Globalement ces dernières années, ce sont plutôt entre 13 000 et 18 000 t de marcs qui ont été traitées, « alors que la distillerie est capable d’en absorber jusqu’à 30 000 t, soit la totalité du vignoble alsacien ». Cette surcapacité du site industriel pose à la question de sa rentabilité, ce qui avait occasionné des tensions avec la profession. Mais la distillerie a consenti ces dernières années des millions d’euros d’investissements pour valoriser tout ce qui peut l’être. « Notre vision est que la distillerie doit s’équilibrer avec l’ensemble de ses valorisations. C’est un outil au service de la viticulture », résume Erwin Brouard.

Reste que la distillerie, tout comme d’ailleurs les méthaniseurs, n’est réglementairement pas habilitée à retraiter les raisins entiers. Ils doivent donc être préalablement vendangés, pressés et fermentés. Se pose donc la question pour le vigneron ou l’opérateur vinicole de la rentabilité de ces opérations pour des excédents de raisin qui n’ont pas de finalité sous vins d’appellation. La distillerie propose pour cette campagne de payer 50 € le degré par hl d’alcool pur, « soit 500 € pour 100 hl de DPLC, c’est ce que nous pouvons proposer afin d’atteindre cet équilibre global attendu de nos valorisations », indique Erwin Brouard.

S’ajoute la question du coût de la logistique de collecte : « Pour les marcs de raisin, on ne fait plus payer la transformation. Le viticulteur perçoit une aide France AgriMer au transport, aide dont nous avons la charge de rétrocession. » Quant aux lies, et autres DPLC, la distillerie assure à ses frais la collecte selon un système de regroupement géré en bonne intelligence avec les présidents de syndicats viticoles. « C’est un service gratuit. »

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace

Vrac, volumes, VCI, irrigation…

Vigne

Publié le 26/09/2018

Difficile à mi-parcours d’établir un bilan du millésime 2018, mais le président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, a souhaité inviter la presse pour aborder quelques points d’actualité professionnelle.

Le vignoble alsacien est resté prudent sur les estimations de récolte. D’abord évaluée à « un peu plus de 1 million d’hectolitres (Mhl) » selon un communiqué du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, s’est pour sa part prononcé en juillet sur 1,172 Mhl. Mais la réalité des volumes n’est pour l’heure pas connue : « La canicule est passée par là, et d’ici quinze jours, il va y avoir des phénomènes de concentration si le beau temps se maintient », explique le président du Synvira.

S’ajoutent d’autres incertitudes : le rendement de pressurage, les pieds manquants et quelques zones en situation de sécheresse, dont certaines ont toutefois repris des couleurs à la faveur des dernières pluies. « L’essentiel des beaux terroirs ne devrait rentrer qu’à partir de la semaine prochaine. » En cas de dépassement des maximas, les vignerons peuvent cette année stocker des VCI (Volumes complémentaires individuels) soit 5 hl de volumes supplémentaires, valable en crémant, et alsaces blancs sauf les gewurtz, riesling, pinot gris et rouges qui ne sont pas concernés.

Irrigation ou arrosage qualitatif

Désormais la question de l’irrigation se pose sérieusement au vignoble alsacien. Pierre Bernhard opte pour « arrosage qualitatif », une sémantique adaptée à la diversité des opinions qui caractérise les vignerons indépendants. Un arrosage qu’il juge cependant nécessaire également pour sauver des jeunes plants. « Pour, contre, on devrait avoir une proportion d’opinions de l’ordre de 45/55 chez les vignerons indépendants. »

Pour Pierre Bernhard, l’irrigation doit être abordée comme une solution parmi d’autres : le matériel végétal, les porte-greffe et cépages, les pratiques agronomiques, l’effeuillage, la régulation de la charge. « Notre objectif c’est la qualité, mais des zones vont au-devant de problèmes à cause du climat. Comment gère-t-on ces zones ? […] Clairement, on ne peut pas dire aujourd’hui à un vigneron qu’il ne cultivera plus la vigne ici ou là », explique le président du Synvira. Et au-delà de l’irrigation, c’est avant tout la question du type de viticulture vers laquelle le vignoble alsacien veut s’engager qui est posée. « Que voulons-nous faire de notre viticulture ? »

Une biodiversité de vignerons

Et dans le vignoble alsacien, la diversité des philosophies et des approches est grande. Entre des vignerons enclins à laisser s’exprimer les composantes naturelles du lieu et des vignerons plutôt interventionnistes qui souhaitent maîtriser leur élaboration à la vigne et dans le vin. De même en aval de la production, certains défendent un type de vin, d’autres revendiquent la diversité des types, considérant que l’identité gustative ne réside pas dans les sucres résiduels, les arômes ou l’acidité.

C’est au titre de la défense de cette diversité d’approches que Pierre Bernhard est allé, dimanche dernier, soutenir le Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, sommé par le contrôle interne de l’ODG de faucher l’enherbement de ses vignes au nom de leur mise en conformité avec le cahier des charges de viticulture en appellation.

« Il y aura toujours du vrac »

La question du vrac a aussi beaucoup occupé les esprits : « Les vignerons indépendants ont cessé de croire que les négociants allaient résoudre le problème du vrac », résume Pierre Bernhard. Le vrac n’est d’ailleurs pas une problématique inhérente aux seuls vignerons indépendants, fait-il remarquer : « Tout vigneron aura toujours une part de vrac à vendre, tout comme d’ailleurs les négociants ou les caves coopératives. » Pour le président du Synvira, le problème vient du déséquilibre entre la capacité de mise en marché de la filière des vins d’Alsace, actuellement de 940 000 hl/an, et son potentiel de production, de l’ordre de 1,2 Mhl, en chiffre rond. « Il faut reprendre des marchés et ne pas se « bouffer le nez… »

S’ajoutent à « cette réelle problématique » de mise en marché, les difficultés d’image que rencontrent les vins d’Alsace : « Aujourd’hui, vendre du vin d’Alsace n’est pas la chose la plus facile à faire ! » Dans un contexte de « baisse des ventes au caveau et ce, malgré les efforts consentis en œnotourisme et en qualité d’accueil au caveau ». Enfin, « les exploitations grossissent car malheureusement des vignerons jettent l’éponge et décident de vendre des raisins », énumère Pierre Bernhard.

Plus d’accompagnement à la commercialisation

Qu’à cela ne tienne, les vignerons indépendants annoncent des changements au Synvira : « On a besoin de plus de soutien d’accompagnement en marketing, pour le positionnement prix, ou encore pour le montage de dossier d’aide à l’export », explique le président. Le Synvira devrait donc à terme recruter des profils moins administratifs et plus à même de délivrer des conseils pour aider au commerce et au marketing des vins d’Alsace. Mais il faudrait aussi que la filière s’arme davantage avec des formations plus performantes en anglais, ajoute-t-il. Les vignerons indépendants devraient donc incessamment bénéficier de « plus d’accompagnement pour attaquer des marchés exports ».

BiObernai, conférence de Guillaume Corpard, mouvement végan

Abêtissant !

Élevage

Publié le 20/09/2018

Guillaume Corpard était l’invité de cette édition 2018 de BiObernai, le salon bio à Obernai, pour animer la conférence inaugurale. Selon la volonté des organisateurs, BiObernai alterne les thématiques selon la règle « une année, un sujet consensuel, et une année un sujet qui fâche », explique Maurice Meyer. Et cette année, les âmes sensibles pouvaient s’abstenir.

Avec globalement, un auditoire plutôt bien prédisposé et sensibilisé à la cause de la souffrance animale, le conférencier militant végan n’a pas eu à s’employer pour contrer des avis opposés, d’autant qu’on ne les a pas laissés s’exprimer lors de cette conférence. Mais au-delà du propos sur le bien-être animal, c’est dans la conférence de Guillaume Corpard alternant entre violences psychologiques, humour, sophismes et morale, que la méthode pour conquérir ses ouailles interpelle.

La technique de communication orale éprouvée dissimule une réalité d’endoctrinement à laquelle doit faire face le monde agricole, les éleveurs en particulier. Car derrière le sourire d’un conférencier, il y a des militants déterminés à en découdre avec les agriculteurs, radicalisés et aux facultés de discernement et d’analyse critique altérées par des sophismes, des raccourcis et des messages subliminaux. Par exemple, en enchaînant les images, l’exposé assimile sans nuances les élevages agricoles traditionnels aux dérives en abattage industriel, et à la maltraitance sadique d’animaux domestiques.

Bien souvent, face à des manipulations de masse, c’est le sens de l’histoire qui permet à chacun de revenir à la réalité et à la raison, souvent malheureusement après que l’histoire a fait son œuvre.

Une conférence en quatre actes.

Acte 1, story-telling, l’émotion prend le pouvoir

« J’avais une poule, mon animal de compagnie depuis ma plus tendre enfance, et je mangeais un poulet-frite. » Après son histoire, le conférencier plonge son auditoire dans un malaise psychologique à coups d’images et de vidéos chocs de souffrance animale, d’abattage en abattoir, de systèmes sur-concentrationnaires, de dérives… Images dont l’agriculteur éleveur se passerait bien, lui aussi, pour poursuivre paisiblement son activité, sa passion.

… Émotion, danger, prise de pouvoir, fondés sur des constats partagés, mais où seules les dérives sont exposées… Et où bien sûr, le rôle de l’animal dans la construction des civilisations est éludé : le façonneur de bocage, le constructeur de cathédrale, l’ouvreur de paysage en montagne ou le transporteur d’hommes…

Acte 2 : le sophisme environnemental

L’exposé enchaîne sur l’ensemble des maux causés à la planète par l’alimentation animale : bilan carbone de l’alimentation carnée, gaz à effets de serre, sur-pêche, déforestation. Là aussi, Guillaume Corpard ne manque malheureusement pas de références. Mais, encore sous le coup de l’émotion, l’auditoire est amené à penser que le véganisme serait la solution à tous les problèmes.

Le véganisme améliorerait le bilan carbone : aucune remarque n’émane du public par exemple lorsque Guillaume Corpard présente sur fond de slide, des fruits exotiques, ananas, avocat, de la « nourriture-avion » dont le bilan carbone est tout aussi, sinon plus contestable que certains modes d’élevage. Exit d’ailleurs les problématiques de transport, de pollution au plastique, de persistants chimiques : la problématique environnementale focalise les attentions - décérébrées par l’émotion - sur la nourriture animale.

Acte 3 : après le malaise et la culpabilité, il faut contenter « le moi »

Une fois passées la peur, l’inquiétude, la violence, avec des photos il faut bien le dire peu ragoûtantes, dont chacun est conduit à penser que c’est la règle générale, place au contentement, à la satisfaction de son moi profond. Très soucieux de sa santé, le consommateur bio est d’ailleurs plutôt bien prédisposé à entendre ces argumentaires.

C’est le lait qui est dans le viseur de Guillaume Corpard. Non seulement il serait inutile, quelles que soient ses formes, en fromage ou naturel. Mais il serait source de problèmes osseux, d’allergies… Aucune réaction de la salle et pourtant : est-ce bien le lait qui est en cause ou nos modes de vie trop sédentaires, nos équilibres alimentaires ? Et une approche un peu plus critique pourrait inviter à questionner : le lait est-il plus utile ou inutile que la carotte ou que la salade ?

Acte 4 : le soulagement, la morale

Conclusion. Monsieur Corpard rêve d’un monde meilleur où l’homme n’est plus considéré dans le règne animal au sommet de la pyramide de l’évolution. Est-ce parce que certains hommes se considèrent au sommet de cette évolution qu’ils se comportent mal avec les animaux ? Cependant, l’homme est tout de même le seul à être capable de décider de ce qu’il mange et est donc invité à devenir végan pour sauver la planète.

Fin de la conférence : les esprits subjugués par le conférencier applaudissent. Monsieur Corpard dit son inquiétude à propos des taux de suicide chez les agriculteurs. Pourtant, à l’écouter, pas sûr que ses propos rassurent les agriculteurs…

Maturité du millésime

La re-concentration à l’œuvre

Vigne

Publié le 20/09/2018

Les services techniques du vignoble, coordonnés par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ont publié les résultats d’analyse de maturité du 13 septembre, 5e contrôle. Ils portent sur un peu plus d’une centaine de parcelles, dont 27 de riesling, 25 de gewurztraminer et 12 de pinot gris. Et seulement 4 de pinot noir, car à ce stade des vendanges, beaucoup ont été vendangées. Mais l’analyse de ces quatre parcelles apporte un enseignement notoire : à 13,6° de TAP (titre alcoolique potentiel), la teneur en anthocyanes augmente singulièrement à près de 900 mg/kg, contre par exemple 650 mg/kg en 2017. Cette teneur élevée traduit le phénomène de re-concentration des baies actuellement à l’œuvre dans le vignoble à la faveur des journées anormalement chaudes de cette arrière-saison. Conséquence, ce sont les degrés de tous les cépages qui atteignent des sommets : 13,5° pour le pinot gris, 13,3° pour le gewurztraminer, 13,6° pour le pinot noir, 12,9° pour le muscat et l’auxerrois.

La concentration s’exerce également sur les acides. Si l’acidité est supérieure à 2003, avec des pH également bien plus faibles et donc bien plus de fraîcheur, l’Union des œnologues a néanmoins demandé au Crinao une dérogation d’acidification, car l’acidité des jus « sous le pressoir apparaît plus faible que celle au contrôle maturité ». En cause l’extraction du potassium qui fait chuter l’acidité et qui se remarque cette année au débourbage avec beaucoup de dépôts de tartre. Conséquence : les fermentations présentent une fragilité sanitaire avec une propension aux fermentations bactériennes, les piqûres lactiques notamment. Mais l’état sanitaire excellent a incité les grands opérateurs du vignoble à repousser quelque peu les vendanges des cépages nobles, au risque de devoir gérer des excès d’alcool/sucres.

Arvalis - Institut du végétal

Une application dédiée à la surveillance

Cultures

Publié le 18/09/2018

L’Inra utilise déjà ce type de surveillance participative via une application élaborée pour d’autres ravageurs comme la punaise diabolique, la pyrale du buis, le frelon asiatique, ou encore la chenille processionnaire. « C’est cette carrosserie informatique que nous allons adapter à la chrysomèle. La photo des captures sur le piège doit permettre à la fois de comptabiliser et valider l’opération, d’archiver, de géo-référencer et de dater les captures avec, à l’autre bout du réseau, un entomologiste qui confirme l’information », décrit Jean Baptiste Thibord. Cette application repose sur une évaluation du risque global, et à l’échelle de la parcelle : « Actuellement, cette évaluation est déléguée aux conseillers techniques, d’où une information globale sur le niveau de chrysomèles. Mais, à l’échelle de la parcelle, ce risque ne peut être évalué que sur la base de mesures in situ », poursuit-il. D’où l’idée de développer un mode de surveillance participative, qui impliquera donc les agriculteurs. Ces derniers effectueront eux-mêmes la surveillance, et partageront ensuite leurs comptages via l’application. Précision : à l’échelle de la parcelle, il s’agit d’utiliser des pièges englués de couleur jaune et sans phéromone attractive à longue distance.

« Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui effectueront la pose et le piégeage, guidés par un tutoriel disponible en ligne sur l’application. Le partage d’informations entre parcelles environnantes améliorera la performance des conseils techniques », poursuit Jean-Baptiste Thibord. L’application accompagnera les agriculteurs dans l’identification des insectes. Et, en retour, ils recevront des préconisations individualisées. Pour l’heure, Arvalis sonde le terrain et évalue avec quel niveau d’implication les maïsiculteurs sont prêts à se consacrer à la surveillance participative du ravageur. « Car l’efficacité et la fiabilité de cette surveillance reposent sur le nombre de données collectées, donc sur la motivation des agriculteurs et l’aspect participatif du partage des données », conclu Jean-Baptiste Thibord.

Chrysomèle des racines du maïs

Des solutions en gestation

Cultures

Publié le 18/09/2018

La recherche agronomique franco-allemande travaille de concert pour apporter des solutions au problème de la chrysomèle. Car l’expansion de l’insecte sur l’ensemble du territoire, notamment le sud du Bade-Wurtemberg, est avérée. « Il va falloir envisager de nouvelles méthodes de lutte », explique un agriculteur allemand. « Une première étape visait l’éradication, avec des périmètres de lutte obligatoire, ce qui n’a pas enrayé la propagation, et a pu occasionner des tensions avec les riverains », observe Christian Schneider, vice-président de l’association générale des producteurs de maïs (AGPM). Pour l’heure, côté Alsace, la lutte n’est plus obligatoire, mais « au-delà d’un certain nombre de piégeages, un protocole basé sur la rotation est mis en place ».

Pièges à chrysomèles

Attention à leur efficacité

Cultures

Publié le 18/09/2018

Diabrotica, c’est l’autre nom scientifique de la chrysomèle, qui fait partie de la même famille que le doryphore, et qui s’attaque aussi au miscanthus, indique Raphaël Maurath. « Il n’y a qu’une génération par an. Les larves résistent à des températures de - 15 à - 18 °C. L’émergence des adultes a lieu en juillet. Ils ont besoin de 100 jours pour se développer », rappelle-t-il. À ce jour, il n’y a pas de dégâts visuels observés sur les maïs, même si, autour du 9 août, jusqu’à plus de mille insectes par piège étaient capturés durant la semaine. Par la suite, les captures sont redescendues : « On en est à 6-8 par semaine ». Par contre, comme les larves rongent les racines, c’est donc au niveau de l’efficience de la fertilisation, que des effets peuvent être observés.

Dans son travail de recherche, Raphaël Maurath vérifie que les piégeages sont bien représentatifs des populations à la parcelle : « Attention, certains types de pièges avec des disperseurs de phéromones mâle et femelle n’ont rien capturé », observe Raphaël Maurath. D’où des interrogations sur leur fiabilité. Il incite donc à la prudence sur les observations. Il teste aussi l’efficacité de différentes stratégies de lutte, notamment avec des nématodes (lire ci-dessous).

Chrysomèle. Lutte biologique

Un nématode efficace

Cultures

Publié le 18/09/2018

E-nema GmbH est une entreprise allemande spécialisée dans les nématodes parasoïdes et qui propose un nématode affichant de 65 à 80 % d’efficacité contre la chrysomèle, selon Bart Vandenbossche. Injecté dans le sol sur la ligne de semis, en conditions humides, et plutôt à l’abri du rayonnement solaire, car ils y sont sensibles, ils parasitent les larves de chrysomèles, lesquelles libèrent à leur tour 2 000 nouvelles larves de nématodes. Il faut injecter 2 milliards de nématodes par hectare, lesquels se présentent sous forme d’une poudre sur support de terre de diatomée à réhydrater. La dose de Dianem est diluée dans 200 litres d’eau, puis injectée au moyen de systèmes prévus à cet effet. Selon E-nema, ces nématodes seraient spécifiques de diabrotica et en tout cas plus spécifiques que les insecticides, ils n’attaquent pas les lombrics et se réactivent par hydratation. Il faut compter 100 €/ha contre 45 €/ha pour un insecticide.

Cette technique est testée depuis 2012 au Landskreis Breisgau Hochschwartzwald. Une fois le Dianem injecté dans le sol, un test de viabilité des nématodes est possible, avec des vers témoins de couleur jaune qui changent de couleur lorsqu’ils sont parasités par le nématode. Selon Raphaël Maurath, la rotation reste cependant la meilleure parade à la chrysomèle.

Tour d’horizon des crémants à l’échelle nationale

Un marché en pleine effervescence

Vigne

Publié le 14/09/2018

C’est au Chai parisien, nouveau caviste branché du 9e arrondissement, que se tenait le 5 septembre dernier une présentation des crémants des huit appellations détentrices. L’occasion de faire un point d’actualité avec un tour d’horizon région par région. Il en ressort que le secteur des crémants continue de progresser significativement, tant d’ailleurs sur le marché intérieur qu’à l’exportation, à l’exception des crémants d’Alsace impactés par un manque de disponibilités ces dernières années, explique le directeur de la Fédération nationale des élaborateurs de crémant, Olivier Sohler. Mais les chiffres de début 2018 indiquent que les ventes repartent à la hausse, ajoute-t-il. Les crémants d’Alsace devraient donc renouer avec la croissance, à l’instar de toutes les autres régions viticoles productrices qui sont sur des progressions à deux chiffres. En Bourgogne, 2 800 hectares ont été engagés pour ce millésime, contre 2 500 ha en 2017. 37 % des crémants y sont exportés. Ils pèsent un peu plus de 10 % en volumes des bourgognes.

Bordeaux passe subitement de 800 ha élaborés en 2017 à 1 200 ha en 2018. Un engouement porté par la volonté des opérateurs de s’offrir un complément de gamme avec de la bulle, mais également par les promesses de valorisation que constitue le crémant et par l’arrivée de nouveaux gros opérateurs sur le marché. Après un printemps pluvieux qui a causé une pression en mildiou jamais connue jusqu’alors de mémoire de vigneron bordelais, les vendanges ont débuté le 20 août par le sémillon. Suivront le merlot pour les rosés qui pèsent tout de même la moitié de l’appellation crémant de Bordeaux, et le carbernet franc pour les blancs de noir. Vraisemblablement, le record de 63 000 hl en 2016 sera largement dépassé. Un volume qui dépassera même peut-être les 111 000 hl du Jura en 2011. Franck Vichet, président de la fédération nationale, s’attend tout de même pour sa région à de beaux volumes, après les seulement 20 000 hl de 2017, de quoi regonfler les trésoreries jurassiennes à sec.

Loire : 50 % de crémants exportés

Après l’Alsace et ses 300 000 hl espérés, la Loire est l’autre poids lourd des régions de crémant. Avec 16 millions de cols élaborés en 2017, la Loire a fait un bond de 34 % en 5 ans, avec cette singularité : elle exporte plus de 50 % de ses crémants, notamment sur le marché allemand.

Dynamique, la Savoie l’est aussi en affirmant ses ambitions. À peine est-elle arrivée dans le giron des appellations à crémant, qu’elle envisage rapidement de doubler sa production confidentielle, il est de vrai, de 2 000 à 4 000 hl. Ceci en raison de « gros faiseurs » qui lorgnent désormais sur ce marché porté par les typicités de la jacquère en bulle, assemblée au minimum à 40 %. Le débat en 2019 sera cependant orienté par une étude de marché interprofessionnelle. L’objectif étant d’éviter des replis et de dédier plus sérieusement des parcelles à cette production.

Enfin, le crémant est aussi élaboré à Die et à Limoux où il s’intègre parfaitement aux côtés d’autres vins à bulles, respectivement la clairette et la blanquette, mais dans des volumes plutôt confidentiels.

Vers les 100 millions de cols

Avec un peu plus de 80 millions de cols, les crémants de France devraient rapidement atteindre la barre fatidique et symbolique des 100 millions, estime Olivier Sohler. Fatidique parce qu’à ces volumes mis en marché, l’approche marketing change d’échelle. Et se pose désormais fortement la question de segmenter et de hiérarchiser l’offre en crémants. Plusieurs tentatives ont déja eu lieu ou sont en cours : la marque Émotion, l’excellence du crémant d’Alsace, les segments Éminent et Grand Éminent en Bourgogne.

Pour trouver des sources d’inspirations, une délégation de producteurs-élaborateurs de la fédération s’est rendue cet été en Catalogne pour découvrir l’appellation Cava qui pèse 250 millions de cols, proche des 330 millions de cols champenois, avec cependant un géant local, Freixenet, qui élabore à lui seul plus de 100 millions de cols. Là, les représentants ont visité entre autres les maisons Juve y Camps et Gramona.

Le temps : un produit œnologique inimitable

En Catalogne, on pratique allègrement le vieillissement sur lattes avec des vins de plus de 10 ans d’âge et même beaucoup plus avec le vieillissement en cuve selon la méthode solera pour le dosage au dégorgement. Et comme le temps a un effet œnologique qu’aucun autre produit n’arrive à reproduire, les cavas atteignent des valeurs de mise en marché insoupçonnées. « Quelle ne fut pas notre surprise de voir des vins souvent vendus à plus de 13 €, excepté peut-être pour Freixenet », témoigne Olivier Sohler, une marque que l’on retrouve tout de même aux alentours de 5-7 €/col sur les linéaires européens. Les producteurs de cava ont déjà segmenté leur offre avec les réserves et grandes réserves. L’engagement sur des élevages longs nécessite cependant des disponibilités et de l’investissement, et également peut-être une fiscalité adaptée sur les stocks…

GCO - Urbanisme

Paré pour les grandes manœuvres

Pratique

Publié le 11/09/2018

Le Comité départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques (Coderst) était le dernier comité consultatif à se pencher sur le volet environnemental du GCO. Après avoir recueilli, dans le cadre de la procédure, les avis d’Arcos-Vinci et de la Sanef, les deux concessionnaires du futur tronçon autoroutier, le préfet Jean-Luc Marx a signé l’arrêté autorisant donc le démarrage des chantiers de construction. « L’ensemble des décisions qui devaient être prises pour l’ouverture du chantier, l’ont été. » Plus rien ne s’y oppose donc, à l’exception peut-être des ZAD (zones à défendre) mise en place par les opposants. D’où un appel du préfet, vendredi 31 août, invitant les zadistes à quitter les lieux, avant que tronçonneuses et bulldozers n’entrent en action.

Devant la presse, le préfet a rappelé le contexte administratif dans lequel s’inscrit ce GCO. En 2008, il est déclaré d’utilité publique (DUP), « une phase capitale et essentielle, c’est le socle du dossier ». Dix années après, la DUP atteignait la limite de validité. « Soit on accompagnait son extinction, soit on la prorogeait. » En janvier 2018, le Conseil d’État, passant outre l’avis du CNPN (Conseil national de protection de la nature), a confirmé l’utilité publique et a prorogé la DUP, moyennant des mesures suffisantes pour compenser l’impact de l’autoroute sur les zones naturelles.

Le sujet de l’eau et des espèces protégées est tout particulièrement observé selon des « procédures sophistiquées, riches, pour aller au fond des choses », insiste le préfet. Un comité de suivi des engagements de l’État, avec deux sous-commissions, l’une sur l’eau, l’autre sur les espèces protégées, a été mis en place.

Les prescriptions touchent particulièrement la traversée de la Bruche avec un viaduc « pour réduire les impacts », et la question du grand hamster. Le ratio de mesures compensatoires est de 2,4 ha pour compenser un hectare qui sera touché. Le dossier intègre par ailleurs des prescriptions, pour « identifier les hectares nécessaires qui compenseront l’artificialisation liée à la construction de l’axe autoroutier ».

Les inondations de 2018 avec 50 communes placées en état de catastrophe naturelle dans le Bas-Rhin ont mis en exergue la nécessité de réévaluer le risque inondation : « Il fallait revoir certaines prescriptions et prendre en compte l’événement centennal et pas seulement décennal, et faire en sorte que les ouvrages soient à l’abri des inondations », explique le préfet.

C’est aussi le contexte économique qui accélère le dossier : « La métropole gagne 2 500 habitants de plus par an. Et en dix ans, le parc automobile français a crû de 4 millions d’unités », explique Jean-Luc Marx. Mais « le contournement n’est qu’un élément, certes indispensable, de la solution aux embouteillages. » Il implique plusieurs autres projets : le TSPO (Transport en site propre ouest) vers Marlenheim, la VLIO (Voie de liaison intercommunale Ouest) et un équipement qui n’avait pas été prévu : la connexion du GCO à l’aéroport d’Entzheim, avec l’ambition d’y établir un parking relais dont le rôle sera également de servir les transports en commun multimodaux. L’avènement du GCO sera également l’occasion de requalifier l’A35 en boulevard urbain. L’objectif est de reconstruire la ville sur la ville, et donc de densifier l’occupation. Et, par conséquent, de réduire l’artificialisation des terres.

À cette fin, le préfet a annoncé la création d’un Atelier des territoires : « Aux frais de l’État, une équipe pluridisciplinaire viendra appuyer les démarches des collectivités locales confrontées à des problèmes d’aménagement complexes. Ce n’est pas que Strasbourg accuse un retard coupable en termes de mobilité douce », a tempéré le préfet, mais le fait est que « l’agglomération n’a pas pris la recette du contournement à un moment où d’autres collectivités l’ont réalisé comme Reims, Lyon, Bordeaux », plus accessibles. Cet atelier « doit permettre à la métropole de poursuivre son développement et de jouer son rôle de capitale européenne ».

Les vidéos