Le retraitement des résidus et des dépassements
Une question d’image pour la filière
Le retraitement des résidus et des dépassements
Vigne
Publié le 28/09/2018
Le vignoble alsacien s’est pour l’heure réservé à émettre des pronostics de volumes, étant donné l’amplitude des aléas climatiques et leur imprévisibilité croissante. Des vignerons ont été surpris cette année par l’abondance en raisins, une générosité de la nature qui n’avait plus été remarquée depuis bien longtemps. Que faire de ces excédents de raisins, les DPLC (dépassement de plafond limite de classement en appellation) ?
Le vignoble s’est doté d’outils de régulation pour faire face à ces aléas de volumes : les rendements butoirs qui permettent de compenser les pertes sur une parcelle par les excédents d’une autre parcelle dans une limite de 20 hl/ha supplémentaires. En outre, l’exploitation viticole peut désormais stocker des VCI (volumes complémentaires individuels), ce qui permet d’augmenter le volume réglementaire maximal moyen vendangé d’une exploitation, mais il ne concerne pas les cépages nobles.
À l’heure où les questions environnementales peuvent largement interférer dans l’acte de consommation du vin, la question du retraitement le plus vertueux possible des excédents de raisins à la parcelle est posée. Et ce d’autant que l’interprofession investit massivement dans l’image « verte » des vins d’Alsace.
Outre, les outils réglementaires, la profession dispose à proximité de la distillerie Romann à Sigolsheim. Entrée dans le giron du groupe coopératif GrapSud (60 M€ de chiffres d’affaires, 220 salariés), la distillerie « s’est mise en capacité d’absorber la totalité des coproduits de la viticulture et donc les DPLC », indique le responsable de site Erwin Brouard. Depuis 2009, « nous avons massivement investi de sorte que rien ne se perd, tout se transforme ». Les marcs sont valorisés en biocarburant, acide tartrique, pulpes de raisins séchées broyées pour l’alimentation animale ; de l’huile est extraite des pépins ainsi que des polyphénols pour les marchés de la « nutraceutique ». Quant aux lies, « on en extrait des huiles essentielles comme fixateurs d’arômes ». Enfin, les DPLC sont quant à eux distillés pour en extraire de l’eau-de-vie à destination du marché des brandy et des extraits de vins utilisés comme fond de sauce. En bout de chaîne, les vinasses, résidus liquides de cette chaîne de valorisation, constituent une matière organique à méthaniser ou à épandre comme amendement des cultures. Autant de valorisations qui font des coproduits de la viticulture une ressource importante en biosourcing des industries.
Rien ne se perd, tout se transforme
« Nous fonctionnons en 5-8, 7 jours sur 7. À plein, nous avons une capacité de distillation liquide de 1 500 hl/jour. Et nous disposons de 40 000 hl de stockage liquide », indique Erwin Brouard. Globalement ces dernières années, ce sont plutôt entre 13 000 et 18 000 t de marcs qui ont été traitées, « alors que la distillerie est capable d’en absorber jusqu’à 30 000 t, soit la totalité du vignoble alsacien ». Cette surcapacité du site industriel pose à la question de sa rentabilité, ce qui avait occasionné des tensions avec la profession. Mais la distillerie a consenti ces dernières années des millions d’euros d’investissements pour valoriser tout ce qui peut l’être. « Notre vision est que la distillerie doit s’équilibrer avec l’ensemble de ses valorisations. C’est un outil au service de la viticulture », résume Erwin Brouard.
Reste que la distillerie, tout comme d’ailleurs les méthaniseurs, n’est réglementairement pas habilitée à retraiter les raisins entiers. Ils doivent donc être préalablement vendangés, pressés et fermentés. Se pose donc la question pour le vigneron ou l’opérateur vinicole de la rentabilité de ces opérations pour des excédents de raisin qui n’ont pas de finalité sous vins d’appellation. La distillerie propose pour cette campagne de payer 50 € le degré par hl d’alcool pur, « soit 500 € pour 100 hl de DPLC, c’est ce que nous pouvons proposer afin d’atteindre cet équilibre global attendu de nos valorisations », indique Erwin Brouard.
S’ajoute la question du coût de la logistique de collecte : « Pour les marcs de raisin, on ne fait plus payer la transformation. Le viticulteur perçoit une aide France AgriMer au transport, aide dont nous avons la charge de rétrocession. » Quant aux lies, et autres DPLC, la distillerie assure à ses frais la collecte selon un système de regroupement géré en bonne intelligence avec les présidents de syndicats viticoles. « C’est un service gratuit. »












