Auteur

Cécile Hans

Cécile Hans est journaliste pigiste pour le PHR et l’Est agricole et Viticole.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Le p’tit marché du parc agricole

Une nouveauté fraîche et locale chez les concessionnaires

Pratique

Publié le 07/08/2018

« Le p’tit marché du parc agricole est une nouvelle animation lancée par le comité des exposants du parc agricole. Réunis au mois de janvier, ils ont eu la volonté de faire changer d’avis ceux qui disent qu’il ne se passe rien de neuf au parc agricole, rappelle Libertad Galli, chef du service commercial au Paysan du Haut-Rhin et à l’Est Agricole et Viticole et membre du comité. En parallèle, nous souhaitions attirer plus de monde le samedi. Et le samedi, c’est jour de marché. C’est aussi une journée familiale avec un concert qui leur est dédié à 17 h ».

Un partage entre exposant et producteur invité

Ceux ne sont pas des stands supplémentaires, mais des producteurs invités au sein des stands : « Tous les exposants du parc vendent du matériel qui servira ensuite à produire du vin, du jus de fruits, confitures, pesto, lentilles… Ainsi, les exposants invités sont des fermiers utilisant du matériel vendu ici et qui ont la possibilité de faire découvrir leurs productions lors de la foire aux vins. Les concessionnaires accueillent des producteurs pratiquant la vente directe, exception faite des viticulteurs qui ont leur espace de l’autre côté de la foire », précise-t-elle.

Daniel Dettling, producteur de fruits à Westhoffen fait découvrir ses jus sur le stand Ampélys : « C’est un partenaire de notre exploitation depuis de nombreuses années, il a voulu donner une vitrine à ce que nous faisons ensemble. C’est une expérience plaisante, qui dynamise le parc et apporte un plus et qui, je l’espère, va monter en puissance ». Ce samedi, le stand Ampélys accueillera la Maison Moine située à Rasey dans les Vosges. Elle propose de nombreuses déclinaisons autour de la rhubarbe et notamment du vin de rhubarbe. Jean Michel North, responsable du marché des cultures spéciales ajoute : « Notre souhait est de permettre à plusieurs producteurs de se faire connaître ».

Marie-Catherine Sutter, de l’EARL Sutter située à Petit Landau, est invitée par Agrivalor. Elle propose des légumes secs, pâtes et huiles et se réjouit d’être présente pour cet événement central qu’est la foire aux vins : « Les visiteurs sont curieux, ils s’intéressent à ce qu’on fait, c’est valorisant ».

Chez le concessionnaire ACS, Christian Rederstorff fait découvrir les yaourts « A Güeter ». La particularité de cette dégustation : « les yaourts ne sont pas proposés à la vente, car notre objectif est la vente en supermarché, mais cela nous permet de faire découvrir nos produits ». On pourra encore les déguster ce samedi, comme les confitures Christine Ferber sur le stand de Stevial ou les glaces Les délices de la ferme (Osenbach) chez Trompeter, ou encore les fruits, jus et miels de La Pommeraie de Sigolsheim sur le stand Thorr.

Stand commun Chambre d'agriculture Alsace, Groupama Grand Est, Mutualité sociale agricole d’Alsace, l’Est Agricole et Viticole et Paysan du Haut-Rhin

Bouge, joue, apprécie

Pratique

Publié le 06/08/2018

« Nous profitons de l’arrivée de la MSA sur le stand pour orienter notre thème vers la santé », annonce Charlène Jouan, assistante commerciale pour le Paysan du Haut-Rhin et l’Est Agricole et Viticole. « La prévention est un sujet primordial pour nous, ajoute Julie Jochum, chargée de la communication de la MSA. Les partenaires du stand nous attendaient sur ce sujet. Nous apportons donc nos outils pédagogiques pour cet événement agricole et festif ». Des activités autour du monde du cirque sont proposées aux enfants. « C’est une animation que nous avions déjà expérimentée lors du salon Saveurs et Soleil d’Automne à Sélestat. Elle montre que l’on peut bouger autrement et pas seulement en pratiquant une activité purement sportive ». Bien plus que d’apporter une expertise, la première participation de la MSA à la Foire aux vins délivre un message pour Marie-Eve Schnoebelen, chargée de mission dématérialisation : « C’est un moment privilégié pour se rapprocher de nos adhérents, montrer qu’on est présent et qu’on les accompagne ».

Le concours de dessins invite les enfants à représenter l’activité physique et l’équilibre alimentaire. Il y aura dix gagnants par catégorie. Les trois premiers sélectionnés de chaque tranche d’âge remporteront un vélo. Le traditionnel jeu-concours pour les adultes pose la question : Quel est le légume le plus produit dans le Grand Est ? Les lots gagnants sont des paniers garnis « Bienvenue à la ferme » et des entrées à Europa Park pour deux personnes.

Pour permettre aux adultes de bouger eux aussi, un baby-foot géant est à disposition durant les dix jours : « C’est à la fois un clin d’œil au thème de la foire, en écho au flipper de l’affiche, et une allusion marquée au football en cette année de coupe du monde », souligne Charlène Jouan. Pour ce qui est de « bien manger », un aperçu est donné tous les soirs de 16 h à 19 h avec des dégustations de produits médaillés du concours général agricole.

Esprit Bambou

Une plante zen par l’allure et l’entretien

Technique

Publié le 05/08/2018

Marc Huber Steinmetz, gérant de la SCEA Bambou d’Alsace et d’Esprit Bambou, est spécialisé dans la variété Fargésia, des bambous dont les rhizomes ne sont pas envahissants, dits non-traçants. Il existe une centaine de variétés de bambous dans le monde. Bambou d’Alsace produit une quinzaine de variétés non traçantes et une quarantaine de variétés traçantes. Elle produit 8 000 à 10 000 bambous par an en méthode traditionnelle, c’est-à-dire, par multiplication des pots par séparation des rhizomes en janvier-février. La pépinière s’étend sur 60 ares dont 1 500 m2 de serres. 2,5 ha sont utilisés pour la plantation en pleine terre. Ils sont commercialisés de 30 à 200 € en fonction de la taille et de l’âge de la plante et du contenant.

Adapté à l’Alsace

« Le bambou constitue un mur végétal intéressant car il est dense, il pousse rapidement, remarque Marc Huber Steinmetz. C’est la plante qui détient le record de croissance et il est persistant toute l’année. C’est une graminée capable de monter à 8-9 m pour certains en deux à trois ans seulement, mais attention, les bambous géants sont forcément traçants. Nous trouvons toujours des solutions selon l’environnement, la situation, le besoin : brise-vue, brise-vent, se protéger d’une route fréquentée… Mes clients sont des particuliers, mais aussi les paysagistes du Grand Est, les architectes, les jardiniers et les communes. Ils souhaitent un résultat immédiat. Le bambou permet cela. Il demande peu d’entretien. Un arrosage régulier suffit. Il n’acidifie pas les sols. Il tient aussi bien dans les jardinières pour les terrasses et balcons et permet de créer tout de suite de l'intimité dans des espaces extérieurs. Le bambou s’acclimate bien à l’Alsace car c’est une plante rustique. Elle tient les bonnes chaleurs, jusqu’à 35 °C en étant arrosée, et jusqu’à - 25 °C en hiver ».

Vinea

Une alternative au méchage pour la désinfection des barriques

Technique

Publié le 03/08/2018

Imaginée et conçue par la société R-tech Œnologie, située à Levernois en Bourgogne, UV-Clean est une solution de désinfection des foudres et barriques en bois. Elle est déjà utilisée depuis plus de cinq ans dans les domaines bourguignons et bordelais. « Ce dispositif est intéressant au vu de l’augmentation du nombre de barriques en Alsace depuis dix ans, constate Pascal Wagner, gérant de la société Vinea. La technique actuelle du méchage au soufre a deux inconvénients principaux : l’ajout à long terme de dioxyde de soufre (SO2) dans le vin et son utilisation n’est pas agréable pour le viticulteur. UV-Clean s’emploie avec la même périodicité que le méchage, soit selon l’environnement de la cave et son humidité. Pour le tartre, le principe est le même que pour le méchage, il est nécessaire de l’enlever pour désinfecter. L’avantage principal de cet appareil est sa facilité d’utilisation ».

La canne est équipée d’une minuterie, ce qui permet de la mettre en marche sans risque pour les yeux. Branchée sur une prise classique, la canne permet de détruire les bactéries pathogènes, notamment les Bretts (Brettanomycès, levures de contamination les plus actives). Le temps minimum de son action est de dix minutes. Lorsque l’opération est achevée, l’appareil s’arrête, la minuterie sonne et l’on peut retirer la canne de la barrique en toute sécurité. « Pour les foudres à partir de 40 hectolitres environ, il faut utiliser une deuxième canne simultanément, précise Pascal Wagner : l’une passée par le haut, l’autre par le bas, car la lumière doit atteindre la totalité du bois ». Le dispositif est vendu 810 euros HT. Un coût qui n’est pas rédhibitoire selon le gérant qui rappelle que R-tech Œnologie est la seule à commercialiser ce produit : « Les retours des viticulteurs venus découvrir cette technologie sur le parc agricole de la Foire aux vins sont bons. Je pense qu’après l’avoir essayé, beaucoup l’adopteront ».

Planète Légumes

Salades, tomates, melons et désherbage à l’essai

Cultures

Publié le 28/07/2018

Il y a 35 jours, 50 variétés de salades ont été plantées sur une parcelle à l’est de Colmar. Quatre types de salades ont été choisis : batavia, laitue, feuille de chêne blond et feuille de chêne rouge. « Il a beaucoup plu avant l’installation mais quasiment plus depuis, cela a causé un souci au niveau de l’irrigation, avec des températures frôlant toujours les 30 °C », prévient Johanna Bodendorfer, conseillère en techniques alternatives et biologiques. L’observation des résultats en termes de poids, volume, résistance des côtes, développement du cœur, taille du trognon… débute avec les batavias. En la matière et pour cet essai, Henri Beyer, conseiller en production de légumes en Lorraine, plébiscite la BVP15232 de Vilmorin : « une batavia régulière et homogène ». La référence pour ce type de salade, en raison de sa haute résistante, reste la Olana de Enza Laden. « Elle garde une belle présentation pour ce créneau, malgré des résultats hétérogènes ». Le technicien craint même d’y voir apparaître un peu de rhizoctone. La référence en termes de résistance pour la feuille de chêne blond est la Kisheri de Rijk Zwaan (RZ). Sur cet essai, l’une d’elles pèse 550 g. Pour la laitue, Henri Beyer conseille des variétés au vert vif. Celles dont la couleur tire vers le bleu ne sont pas adaptées à la demande actuelle des consommateurs. « Une laitue mangée par les limaces est souvent un signe de bon niveau gustatif », ajoute-t-il. Pour cet essai, c’est le cas de la Mamarina de RZ. Le tour de la parcelle s’achève avec les feuilles de chêne rouges. Réputée pour sa résistance, la Stelix de Enza Laden n’a pas fait ses preuves ici : la salade est cassante et son poids menu (300 g). Macaï de RZ semble tirer son épingle du jeu sur cette parcelle avec plus de volume, de hauteur, de poids et un trognon saillant.

« Au moins dix fois plus cher que le glyphosate »

Direction le sud de Colmar, près du hangar de la SARL Burgaentzlen où se déroule l’essai concernant le désherbage alternatif. Cette parcelle de 4 300 m2 cultivée en courgette est découpée par des interrangs de 70 cm sur 170, soit 43 % de la parcelle. Lilian Boullard, conseiller en produits maraîchers, annonce que l’essai a débuté le 4 juin : « Il est mené en parallèle de l’interdiction annoncée du glyphosate. Nous cherchons des solutions valables pour l’avenir ». La question du coût reste prépondérante : « Pour avoir un début de résultat, il faut compter au moins dix fois plus cher que le glyphosate ». L’interrang témoin a été traité une fois au glyphosate le 9 juillet avec 5 l/ha et affiche un coût de 21,50 €. La première alternative testée est le vinaigre blanc. Avec 80 l/ha de vinaigre pur appliqué en quatre passages pour un montant de 111 €, le résultat est très mitigé. Lilian Boullard suggère l’ajout de sel, tout en mettant en garde : « On ignore la toxicité du chlorure de sodium sur la parcelle ». « L’utilisation de l’acide pélargonique ou Beloukha (son nom commercial) entraînerait des dangers faibles pour le consommateur et le producteur. Seize litres par hectare sont appliqués lors d’un passage toutes les trois semaines. Pour quatre passages effectués sur cet essai, le coût est de 450 €. C’est ce qui fonctionne le mieux ». Reste que cette solution de biocontrôle n’est pas encore homologuée. Cette homologation pourrait survenir dans les années à venir.

Huile essentielle, trèfle, gazon ou occultation plastique

L’huile essentielle (Essen’ciel) appliquée à raison de 30 l/ha avec quatre passages pour un coût de 1 135 € révèle une faible efficacité. Un interrang a été semé à la volée par 20 g/m2 de trèfle nain. En comptant un passage de tondeuse toutes les cinq semaines, le prix est de 589 €. « L’occultation est bonne, mais on risque de voir augmenter la population de campagnols et de souris sur la parcelle ». Plus loin, c’est du gazon vivier (fr70) qui a été semé à la volée (40 g/m2) pour un coût de 808 €. Il nécessite le même entretien par tonte et peut causer des problèmes d’humidité, et donc de maladies. L’option de l’occultation plastique est également étudiée. La toile plastique (20 microns, non microperforée) affiche un coût de 137 €/ha avec 10 % de chute. La toile hors sol coûte 1 000 €/ha mais il est possible de l’utiliser durant cinq ans. « Le problème posé par ces solutions est la manutention à l’utilisation », souligne le technicien. La solution mécanique que constitue le robot Oz, de Naïo Technologies, est présentée par la société Thierart Agri. Pour le désherbage, un passage toutes les trois semaines est nécessaire. « Il peut servir à biner, mais aussi pour la récolte avec la possibilité de tracter une remorque de 300 kg et de mettre 80 kg dessus ».

Maud Launoy, étudiante en deuxième année de DUT Génie biologique et stagiaire à Planète Légumes, présente la troisième année de l’essai sur le greffage de tomates avec trois variétés de greffons (Élégance, Paola et Gloriette) greffés sur Maxifort en simple ou double tête. Les résultats sont très variables en termes de poids, vigueur, carence et qualité gustative selon le greffon. Johanna Bodendorfer détaille les résultats des essais de variétés de tomates rondes bios. Ces deux essais ont été réalisés sur l’exploitation voisine « Les Chants de la Terre ». Tous les résultats seront compilés dans le prochain bulletin d’information de Planète Légumes. Le dernier essai dévoilé a été mené dans le Bas-Rhin, à la ferme Wilt à Saessolsheim. Il s’agit d’une production de 23 variétés de melons charentais en plein champ, plantés le 23 avril. Avec une production moyenne de 3,5 melons par pied, cette culture intéresse de plus en plus d’agriculteurs alsaciens. Deux voire trois hectares seraient actuellement cultivés en Alsace, les producteurs tentant l’expérience se limitant souvent à une dizaine d’ares pour le moment.

Ampélys

L’avenir des traitements de la vigne en démo

Vigne

Publié le 07/07/2018

L’opération Opti-Pulvé « marque une pause dans le travail des viticulteurs dans cette année précoce et intense avec une végétation exubérante à gérer », remarque Emmanuel Kippelen, animateur des ventes de la CAC. Se revendiquant d’un groupe « vendeur de solutions avant d’être vendeur de produits », il souhaite que les techniques de traitement soient abordées dans un cadre convivial. Une centaine de participants ont répondu à l’appel.

Du nouveau en confusion sexuelle

Au titre des nouveautés, la société De Sangosse présente une technique de confusion sexuelle par vaporisateur ou « puffer » : « C’est un nouveau système de diffusion de la phéromone qui fonctionne de 17 h à 5 h du matin. Il s’active toutes les quinze minutes, expose Guillaume Druart, responsable technique et marketing. Il dispose également d’une fonction « retard » qui permet de l’installer lors d’autres travaux de la vigne et de le faire seulement fonctionner lorsque l’activité des papillons est effective. En moyenne, trois « puffer » sont nécessaires par hectare. Un technicien vient sur place pour récolter les informations relatives à la parcelle et la société fournit un plan de pose. Ensuite, le viticulteur installe le dispositif le plus haut possible, sur le dernier fil et vers l’inter-rang. Il est utilisé en viticulture depuis trois ans ». Il est certifié pour l’eudémis et en attente de certification d'ici 2020 pour la cochylis.

Syngenta présente le service Qualidrop en insistant sur l’importance de la dérive. Marc Alavoine, ingénieur conseil agriculture durable explique comment la qualité de pulvérisation peut être contrôlée : « De l’argile blanche mélangée avec de l’eau est pulvérisée sur deux plaques noires de la même hauteur que les vignes pour matérialiser la pulvérisation de la bouillie selon le réglage des buses. Ainsi, nous pourrons observer s’il est nécessaire de fermer ou resserrer les buses pour que le produit soit appliqué dans la végétation, et non pas en dehors, et ainsi limiter les pertes par dérive ».

Le drone : futur OAD du viticulteur ?

Arnaud Sohler, créateur de la jeune société Aéro Vision spécialisée dans les drones agricoles et l’expérimentation, intervient pour la CAC afin de larguer des billes de trichogrammes dans les champs de maïs. Il a réalisé cette opération sur 750 ha en deux semaines. « Dans ce domaine, les agriculteurs ont une longueur d’avance sur les viticulteurs », explique-t-il. Son drone, un mutirotor de 10 kg, peut également recueillir des données pour déterminer l’état de santé de la vigne. Il relève les indices de végétation de la vigne, de l’enherbement et détecte les pieds manquants. Grâce à un partenariat avec l’Inra d’Avignon, il prévoit de diagnostiquer - dans un futur proche - les maladies telles que le mildiou et l’oïdium, mais plus difficilement la flavescence. Dans un futur plus lointain, il souhaite proposer de l’épandange et de la pulvérisation par drone. « La technologie existe, mais la réglementation nous bloque, alors qu’elle est déjà utilisée en Suisse sur des parcelles dont l’accès est complexe ».

Quatrième salon Millésimes Alsace

L’émotion du vin pour séduire les professionnels

Vigne

Publié le 14/06/2018

Le nouveau logo des vins d’Alsace, devenus simplement VA, a été dévoilé le second jour du salon professionnel des grands vins d’Alsace (lire en page 21). « Le vignoble alsacien ne représente pas grand-chose en termes de production, mais énormément par ses particularités, remarque Thierry Fritsch, œnologue au Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Ces dernières semaines, nous avons développé trois axes dans notre communication. Le premier rappelle que l’ensemble des terroirs se trouvent en Alsace. Deuxièmement, 90 % de la production se fait en vin blanc, on veut en être une référence. Enfin, il faut souligner que derrière chaque bouteille, il y a une famille, des hommes. »

Pour illustrer ce nouveau positionnement aux professionnels de l’importation, de la distribution, de la restauration et de la sommellerie, trois vignerons ont été choisis comme témoins. « J’ai voulu que trois professionnels spécialistes dans leur domaine partagent leur vécu. Je crois que l’émotion est passée », résume Thierry Fritsch.

« Le réchauffement climatique est une bénédiction pour l’Alsace »

Maurice Barthelme, du domaine Albert Mann à Wettolsheim, travaille sur 150 îlots de production différents : « La particularité de l’Alsace c’est que sur 100 km de long et 8 km de large, on trouve pratiquement tout ce qu’il y a sur la planète ». 13 entités géologiques sont recensées. Mais il n’y a pas que la géologie qui détermine les itinéraires techniques : « Quand j’étais plus jeune, on vendangeait plus tard avec parfois des rendements très faibles, notamment dans les années 1980. Actuellement, on arrive à faire des choses extraordinaires, notamment des pinots noirs que l’on n’aurait pas pu faire il y a 20 ans. » La météo y est pour beaucoup, selon Maurice Barthelme : « Le réchauffement climatique est une bénédiction pour l’Alsace. Je ne crains pas l’évolution parce qu’on a les possibilités agronomiques de la contrecarrer, mais la précocité, car le vignoble est plus sensible au gel. »

Ces éléments le rendent très positif quant au positionnement de l’Alsace sur le marché : « C’est notre tour. C’était déjà le cas au Moyen-Âge. On exportait alors deux fois plus de vin qu’actuellement. » Si la mode est en faveur du vignoble alsacien, il reste prudent : « Fin des années 1990, il était impossible de vendre un riesling aux États-Unis. Tout le monde voulait du chardonnay charpenté, on ne savait pas trop si c’était le charpentier qui faisait le vin ! Il faut s’inscrire dans la durée et expérimenter. Si on plante une vigne, c’est pour 50 ans. Si j’avais arraché les plants de riesling à l’époque, je ne pourrais pas répondre à l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui. »

« Ce n’est pas compliqué, c’est complexe »

Olivier Humbrecht, du domaine Zind-Humbrecht à Turckheim, qui propose 98 références à la vente est aussi responsable de la gestion des grands crus en Alsace. Thierry Fritsch lui demande comment il explique les Appellations d’origine protégées (AOP) à ses clients. « La notion de grands terroirs est ancienne dans notre région. Ce serait un crime de mélanger un Furstentum et un Schlossberg. Le mélange serait peut-être un bon vin, mais on perdrait toute la personnalité du lieu. Si on produit autant de vin différent c’est qu’on veut garder ce respect. Ce n’est pas compliqué, c’est complexe. Pour moi, une grande bouteille de vin doit indiquer d’où vient le vin, où il a été produit, pour que vous puissiez aller sur le terrain voir le travail de la personne. Ainsi, l’étiquette est la transmission de cette histoire, de ce travail, de cette peine. C’est une promesse qui devrait faire rêver. C’est aussi un contrat que l’on passe avec les gens qui achètent la bouteille. »

En Alsace, il y a une classification des grands crus. Une classification des premiers crus est en train de se mettre en place pour laquelle il faudra entre trois et quatre ans. « Il ne faut pas être pressé et bien la faire. La priorité est de se donner de la peine pour faire un grand vin. Cela passe par des sacrifices. Nos grands crus rouges seront produits avec 30 % de rendement de moins que les grands crus bourguignons en 2017. On a mis en place une réglementation de production qui est peut-être l’une des plus sévères au monde. On a tous les outils pour faire de très grands vins. Maintenant il faut savoir transformer la magie que nous avons dans nos terroirs pour la mettre dans une bouteille. Cela passe par autre chose que par la législation. L’Alsace a la capacité de le faire. »

« L’âme d’un lieu c’est l’âme d’un vin »

Inspiré par le film de Sergey Tsoller, André Ostertag, du domaine Ostertag à Epfig, est appelé à parler de l’invisible du vin. Pour lui, c’est l’essentiel du métier de vigneron. « Il y a des vins produits de technologies et des vins produits d’art, d’homme et de lieu. La différence est dans la vibration de la matière, ce qui nous touche de manière irrationnelle. Les grands terroirs sont de hauts lieux vibratoires, la plupart ont été révélés par des moines cisterciens. C’est pourquoi, s’il n’y a pas d’homme pour le révéler, il n’y a pas de terroir. L’Alsace est une terre spirituelle et humaniste. L’âme d’un lieu c’est l’âme d’un vin. »

Pour lui, le défi pour le vignoble alsacien est « le passage de témoin d’une génération à l’autre. Les jeunes ont des rêves nouveaux, il ne faut pas les freiner. » Pour preuve, une phrase qui a fait sourire les 250 participants à la conférence : « Je suis catholique, mais je pense faire des vins de protestants. Mon fils se dit bouddhiste, on peut se demander quel vin il fera ! »

Barrage agricole de Breisach

La prise en main des crues du Rhin

Pratique

Publié le 05/06/2018

Le barrage agricole de Breisach a été réalisé par l’Allemagne en 1965. Il appartient au Land de Bade-Wurtemberg qui assure l’ensemble des opérations d’aménagement, d’entretien et d’exploitation. Toutefois, l’utilisation du barrage pour la rétention des crues du Rhin est un projet transfrontalier qui engage les deux pays. Les différents aménagements du fleuve réalisés à partir du XIXe siècle ont permis de développer la navigation, de protéger les populations, les habitations ainsi que les terres cultivables des inondations, d’assurer la production électrique. Mais ils ont également eu pour effet l’augmentation du débit de pointe des crues et une exposition aux inondations plus importante des populations situées à l’aval du Rhin (du côté Allemand, au nord de Strasbourg).

« L’objectif est de pouvoir utiliser le barrage de Breisach en tant que retenue d’eau afin d’écrêter les crues du Rhin, expose Marc Lebeau, responsable de l’unité fonctionnelle pour les projets transfrontaliers chez Voies navigables de France (VNF). Jusqu’à présent, c’est le Rhin qui décidait de sa hauteur. Une nouvelle hauteur de retenue d’eau a été décidée, dans le prolongement des premiers accords entre la France et l’Allemagne de 1982. Demain, ce ne sera plus le Rhin qui sera responsable de la hauteur de la retenue du barrage, mais l’homme. Ceci nous permettra d’intervenir à meilleur escient. » Ainsi, 270 millions de m3 d’eau sur le Rhin supérieur entre Bâle et Worms pourront être retenus.

En d’autres termes, le barrage agricole Breisach retiendra, pour une crue donnée, plus d’eau qu’auparavant. Côté allemand, cela se concrétise par la mise en place de prises d’eau sur le Rhin pour diriger l’eau vers le polder au sud de Breisach. 77,6 % du volume de rétention sera stocké sur le territoire allemand. Côté français, outre l’eau stockée sur la retenue du barrage, l’île du Rhin, à quelques kilomètres au sud du barrage, sera inondée plus souvent, mais toujours pour des crues importantes du fleuve. Les deux côtés du Rhin mettent en place des solutions correctrices pour supprimer les risques de remontées d’eau dans les sous-sols des communes riveraines en limitant les remontées d’eau phréatique. La principale mesure consiste à mettre en place des puits de pompage destinés à rabattre le niveau de la nappe phréatique. En France, 19 puits de pompages seront mis en place : 10 à Vogelgrun et 9 à Geiswasser. Ces pompes permettront d’éviter l’arrivée d’eau dans 62 caves à Vogelgrun et dans 6 sous-sols de Geiswasser. L’eau pompée sera refoulée principalement dans le Grand Canal d’Alsace.

Ces nouvelles installations permettront d’éviter les dégâts causés par les crues dites bicentenalles, survenant en moyenne tous les 200 ans. La dernière date de mai 1999 à Bâle. Quatre puits de pompage seront mis à l’essai en automne 2018. L’installation des 19 pompes et des réseaux d’évacuation des eaux pompées débutera fin 2019-début 2020. Le nouveau réglage du barrage de Breisach permettant de retenir plus d’eau sera testé lorsque les installations des deux côtés du Rhin seront opérationnelles (pas avant 2022). Le coût du projet est estimé, pour la partie des interventions en France, à une vingtaine de millions d’euros, supportée par le Land de Bade-Wurtemberg qui met à disposition de la France les sommes nécessaires aux aménagements sur la rive française.

Wine management

Le vin oui, mais mis en scène

Vigne

Publié le 04/06/2018

Avec 10 millions d’adeptes en France en 2016, l’œnotourisme est en croissance constante depuis 2009, de 4 % par an. « En Europe, l’œnotourisme croît entre 7 et 12 % par an, précise Isabelle Hess-Misslin, diplômée en 2017 du master 2 Management du tourisme de l’École de management (EM) Strasbourg. Le contexte est favorable au développement de cette activité. Cependant, la France a un certain retard à combler. Nous sommes deuxième producteur mondial et deuxième consommateur, alors que la Californie, quatrième producteur mondial, accueille deux fois plus d’œnotouristes que la France. »

Ludovic Hauller, responsable du développement commercial dans le domaine familial de Dambach-la-Ville, était six mois en Californie pour son stage de fin d’étude. Il a œuvré au Castello di Amorosa, château inspiré du XIIIe siècle, mais construit en 2007 et accueillant 2 000 visiteurs par jour. « Les clients ne sont pas forcément des amateurs de vin. Ils paient 20 dollars ($) pour une visite avec dégustation de cinq vins. L’entrée de gamme est à 25 $ et le best-seller est un vin de type lambrusco à 7° d’alcool, vendu 35 $. » Si tous ces éléments ne sont pas adaptables à l’Alsace, Ludovic Hauller s’est cependant inspiré de cette expérience pour organiser des événements.

« S’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités »

Anne-Céline Lamberger, diplômée 2017 du Master international Wine Management and Tourism de l’EM Strasbourg et conseillère caviste chez Klipfel à Barr, était en Afrique du Sud dont le vignoble de 1 330 hectares est sept fois plus petit que celui de la France mais propose des « offres surprenantes ». Les domaines s’ouvrent aux visiteurs à travers des winerise : « Élégants et exclusifs, ils ont pour caractéristiques de toujours allier vin et gastronomie, car la législation oblige à servir des repas chauds ». L’art est souvent associé à ces caves avec expositions et galeries. Et l’aspect environnemental est mis en avant à travers des safaris dans le vignoble.

Le Dr Coralie Haller, enseignante-chercheure à l’EM Strasbourg, responsable du Master 2 Management du tourisme, porteuse de la chaire Vin et tourisme de l’EM Strasbourg, évoque sa visite dans le Wine Wonder Land, du réalisateur Francis Ford Coppola en Californie, qu’elle surnomme le Walt Disney du vin. « Il se caractérise par une winery mise en scène avec des éléments de films où l’on vend des goodies (produits dérivés) et de l’autre côté un resort (hôtel avec piscine, etc.), indique celle qui a également vécu quatre ans en Australie. Il n’y a pas qu’un seul œnotourisme étranger, ni un seul mode de consommation mondiale. L’approche globale n’est pas intéressante, mais l’on peut s’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités. »

Une recherche d’authenticité

Les particularités du vignoble alsacien ont été analysées dans le mémoire de recherche mené l’an dernier par Isabelle Hess-Misslin : « L’Alsace est la troisième destination œnotouristique de France, derrière le Bordelais et la Champagne. L’étude repose sur deux panels : les experts viticoles et touristiques entendus en entretiens et les visiteurs sondés à travers un questionnaire trilingue. Elle permet de constater que la découverte du vin est une raison secondaire à la visite. La première volonté est la découverte de villages authentiques et de paysages. Pourtant, les répondants professionnels considèrent que l’aspect principal de l’offre œnotouristique doit être la connaissance des vins d’Alsace. Pour les visiteurs, c’est la dimension esthétique qui prime. 91 % d’entre eux veulent profiter d’un environnement agréable et vivre un moment convivial. Ils souhaitent apprendre à déguster le vin et des accords mets vins et connaître le domaine. Ils ne sont plus dans la recherche d’expériences extraordinaires, mais d’authenticité. »

Sans connaître ces données, le domaine C & Y Zeyssolff à Gertwiller a fait évoluer son offre en ce sens. Céline Zeyssolff rappelle que le domaine, créé en 1574, a été repris par son époux en 1997. Alors, la clientèle était à 80 % constituée de restaurateurs. En 2005 naît la première boutique, Au Péché vigneron : « Elle est boostée par notre implantation géographique, en face de la biscuiterie Fortwenger ». En 2008, elle est complétée par un salon de thé. En 2015, l’ensemble est repensé. Le salon de thé devient un bar à manger de 20 places ; la boutique un « lieu d’échange, ouvert à tous, à la fois culturel et émotionnel. Elle met en éveil les cinq sens avec de la musique, des supports vidéo et bien sûr la dégustation ». Parallèlement, cinq gîtes ont été ouverts au fil des ans.

À Vœgtlinshoffen, la Maison Cattin a puisé son inspiration à l’étranger. « La douzième génération est la première à être allé voir ce qui se fait ailleurs en viticulture et en œnotourisme », déclare Anaïs Cattin, responsable export et œnotourisme. Le résultat est le Belvédère, un lieu à la fois bar à vin, espace de vente, de visite et de dégustation ouvert tous les jours de 10 h à 19 h, des visites de la vigne à vélo et en gyropodes Segway, mais surtout des événements inspirés des winedinners. Le prochain est une soirée accord mets et vins aux saveurs thaïlandaises, en juin ce sera une soirée « art et vins » avec ventes aux enchères de street art.

Les initiatives étrangères ont également inspiré Ludovic Hauller. « Depuis 2005, avec mon frère Guillaume, nous avons développé les bouchons en verre Vino Lock, des cuvées spéciales et plus récemment des bouteilles sérigraphiées. » Au titre des événements passés et amenés à se renouveler annuellement, Ludovic et Guillaume ont imaginé deux soirées rassemblant 400 personnes chacune : l’Après-ski du vignoble et l’Olejito Beach Party. La dernière nouveauté est le Wine Truck ou camion de Léon. Il ira bientôt à la rencontre des clients et sera présent lors de la prochaine foire aux vins de Colmar.

L’Alsace : terre d’expérience des vins blancs d’exception

Isabelle Hess-Misslin dresse le bilan et les pistes de développement de l’œnotourisme en Alsace. Elle propose de transformer la destination vignoble d’Alsace en « Terre d’expérience des vins blancs d’exception ». « Il faut accompagner les entreprises vinicoles dans ces démarches à travers les organismes professionnels viticoles ou touristiques. » La réflexion est menée actuellement par le réseau d’acteurs de la filière vin InVinotech.

L’œnotourisme est un défi encore plus grand pour les petites structures : « Il faut inventer de nouvelles compétences pour délester les petites entreprises de certaines visites-dégustations, par exemple ». Enfin, « il faut unir l’identité alsacienne autour d’une image forte à travers la refondation en cours du site route des vins d’Alsace ». Isabelle Hess-Misslin suggère également la création d’une cité de l’expérience des vins d’Alsace. « Cela se fait en Bourgogne, alors pourquoi pas chez nous », conclut-elle.

ResDur2

Plantation de treize variétés résistantes

Vigne

Publié le 10/05/2018

La plantation de neuf variétés à raisins noirs et quatre à raisins blancs, avec en moyenne 250 pieds pour chacune, est une nouvelle étape dans le processus d’innovation variétale initié par le Centre de Colmar de l’Inra dans le cadre du programme ResDur (résistance durable). « Elle vise à étudier les comportements de nouvelles variétés résistantes dans des conditions réelles du vignoble alsacien, déclare Frédérique Pelsy, présidente du Centre de Colmar, domaine expérimental du Centre Grand Est Colmar. Initié il y a une vingtaine d’années dans l’indifférence générale, le programme ResDur a été pionnier pour créer de nouvelles variétés résistantes. Il a pu être mené grâce à des équipements dédiés installés sur le Centre de Colmar avec le soutien des plans État-Région. 18 ans plus tard, en ce début d’année, les premières variétés ont été inscrites au catalogue officiel. Certes, tous les freins ne sont pas encore levés pour l’utilisation de ces variétés, en particulier les freins réglementaires, mais une évolution de la réglementation européenne est envisagée pour accepter l’utilisation de caractères de résistance de vignes sauvages dans les vignes cultivées. »

Un à trois traitements nécessaires

Alors qu’en moyenne, la vigne est traitée quinze fois contre le mildiou et l’oïdium, les variétés ResDur ne nécessitent qu’un à trois traitements. « Elles sont une solution parmi les plus efficaces que peut proposer la recherche pour atteindre les objectifs de la transition écologique en viticulture. » Dans le contexte actuel, le programme ResDur de création de vignes à résistances polygéniques au mildiou et à l’oïdium prend tout son sens.

« Résistantes et qualitatives, ces variétés sont des ambassadrices du programme national de création et de diffusion de l’innovation variétale qui vient d’être lancé par le plan de la filière. En effet, suite aux États généraux de l’alimentation, un plan vin a pour ambition de maintenir la France en position de leader en matière d’exportation. Il vise à sécuriser davantage la santé et la sécurité des travailleurs de la vigne et de la cave en particulier quant à leur exposition aux produits phytosanitaires. Une des ambitions de ce plan est la réduction de la dépendance aux produits phytosanitaires en viticulture, il affiche comme objectif la certification HVE (haute valeur environnementale) de 50 % des exploitations viticoles à l’horizon 2025. Par ailleurs, la France se veut exemplaire pour retirer du marché toutes les matières actives à risque. Ainsi, sur les 164 molécules utilisées en viticulture, seules 24 resteraient si on appliquait rigoureusement les contraintes réglementaires. Nous sommes dans un cadre extrêmement contraint. Ainsi, le cuivre, à présent reconnu comme toxique pour la santé, est lui aussi sur la sellette. Mais compte tenu de l’absence d’alternative à son utilisation, son interdiction a été reportée d’un an en 2019. »

Une vingtaine d’autres parcelles expérimentales en France

« Cette parcelle représente l’étape ultime du schéma de sélection avant la présentation pour l’inscription au catalogue, annonce Christophe Schneider, technicien de recherche à l’Inra. Elle entrera en production en 2020 et l’on pourra commencer à goûter les vins d’ici quatre ans. Cette deuxième série de croisement est différente par ses sources. Les plants du programme ResDur1 n’avaient que des sources nord-américaines. Les plants de ResDur2 ont des sources de résistance asiatique, intégrée par hybridations successives. »

Grâce à un partenariat avec l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), une vingtaine d’autres parcelles sont ainsi plantées en France, conduites avec le moins d’intrants possible. Les mesures de valeurs agronomiques, technologiques et environnementales permettront de faire la carte d’identité de la valeur culturale et de qualité du vin des variétés. Cela permet de constituer un dossier d’inscription pour le Comité technique permanent pour la sélection (CTPS) qui sera présenté en 2021. « On considère qu’il faut 1 000 pépins pour arriver à une variété inscrite au catalogue. Le programme ResDur a obtenu 17 000 pépins qui, on l’espère, vont aboutir à l’inscription d’une trentaine de variétés d'ici 2024, comme cela est le cas pour artaban, floreal, vidoc et voltis (lire en encadré) commercialisé depuis 2018 par l’IFV. »

Un temps de recherche divisé par deux

Le directeur de recherche, Didier Merdinoglu, retrace le parcours de ce programme. « L’idée a germé en 1998 et sa mise en œuvre a commencé en 2000, bien avant le Grenelle de l’environnement et le premier plan Écophyto. Dès le début, il a été conçu pour conjuguer la recherche fondamentale et l’innovation. Les recherches fondamentales ont eu pour but de comprendre les fondements génétiques de la résistance de la vigne à deux maladies : le mildiou et l’oïdium, celles qui mobilisent le plus de traitements phytosanitaires. Dans une première phase, on a cherché à identifier et à caractériser les ressources génétiques : où trouver la résistance, car toutes les variétés traditionnelles ne le sont pas, elles sont sensibles à ces deux maladies. On l’a trouvée dans des vignes sauvages d’origine nord-américaines et asiatiques. Au total, le programme ResDur est une somme d’innovations avec ce résultat : la création de quatre variétés en 16 ans, alors qu’avant cela nécessitait le double de temps. »

Les chercheurs ne comptent pas en rester là. Ils prévoient un partenariat avec l’IFV et une dizaine de comités interprofessionnels (le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace dans notre région) pour lancer un programme ResDur pour le développement de variétés à typicité régionale. Leur inscription au catalogue est prévue pour 2030. Dans un futur plus lointain, ils envisagent de créer des variétés adaptées aux évolutions du climat.

Les vidéos