Auteur

Cécile Hans

Cécile Hans est journaliste pigiste pour le PHR et l’Est agricole et Viticole.

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Devant la Maison des vins d’Alsace

« Il faut que l’on secoue le vignoble »

Vigne

Publié le 02/07/2020

Lorsqu’un courrier de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) est arrivé dans les boîtes aux lettres des présidents des syndicats viticoles, début juin, les téléphones se sont mis à sonner un peu partout dans le vignoble. Le conseil d’administration de l’association propose de fixer pour le millésime 2020 un rendement à 60 hl/ha pour les blancs et 70 hl/ha pour le crémant. Rapidement, un SMS appelant à la mobilisation circule entre les professionnels. C’est en évoquant ce courrier que Michel Froehlich, vigneron à Ostheim, prend le porte-voix, le jeudi 25 juin : « Le courrier du 5 juin, c’est un coup de massue. 60, c’est impossible ! », s’insurge celui qui se défend d’être le leader de la mobilisation.

« 70 non négociables, sinon on meurt »

« Hier, lors d’une réunion chez ACE Compta, il nous a été exposé qu’avec un prix de 1,70 €/kg et un rendement de 65 hl/ha, 75 % des exploitations du panel étudié ne seraient pas viables. Ce chiffre interpelle », ajoute Patrick Schiffmann, coopérateur de Kaysersberg. C’est Éric Debenath, coopérateur à Soultzmatt, qui lance la revendication : « 70 hl/ha pour les crémants, 5 de VCI (volume complémentaire individuel) et 70 pour les AOC non négociables, sinon on meurt ! Il faut que l’on secoue ce vignoble. On ne peut pas tout mettre sur le dos du Covid-19. » Avec la main tremblante, Matthieu Haag de Scherwiller tient son courrier adressé au président de l’Ava : « Jérôme Bauer nous a écrit pour dire pourquoi il ne viendrait pas à la manif, je lui ai écrit pour lui dire pourquoi j’irai. Notre appellation n’est pas une baignoire où il suffit de couper l’eau pour qu’elle se vide entièrement. Il est utopique de croire que l’on peut créer la pénurie. » Pour lui, la baisse du rendement, c’est la perte de marchés.

Dans la foule, le discours est similaire : « Nous avons conscience qu’il faut faire un effort collectif, nous sommes d’accord pour le faire mais baisser de 25 % les rendements nous semble excessif, appuie Jean-François Bickel, coopérateur à Soultzmatt. Je crois qu’un rendement à 70 hl/ha serait très cohérent par rapport à la situation. La coopération a déjà fait des efforts considérables en accueillant 500 ha de vigne rejetés par les négociants. Sans cela, des viticulteurs se seraient retrouvés à la rue. Il va falloir les payer et trouver des débouchés pour leurs vins. Pour moi, baisser le rendement, cela signifie être moins dans les vignes pour limiter les dépenses (intrants, gasoil…). Cela n’améliorera pas la qualité du vin. De plus, je ne crois pas que le consommateur soit prêt à payer 20 € pour une bouteille de vin d’Alsace. Limiter les rendements touchera aussi les autres acteurs de la filière (revendeurs de machines, fournisseurs, pépinières viticoles…). Ce n’est pas après une telle nouvelle que je vais décider de replanter une parcelle ! ».

« À quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? »

Selon Jean-François Bickel, « le terrain » n’est pas assez consulté, ni entendu : « J’ai l’impression que les décideurs sont déconnectés d’une partie de la réalité de la profession et notamment les 50 % vendus par les coopératives. Mais la problématique ne touche pas seulement les coopérateurs. Même si les récoltants peuvent varier les prix de la bouteille ou stocker, la pérennité de certaines exploitations est en péril. Nous, les coopérateurs, en payerons le prix dès janvier 2021, eux, les récoltants, plus tard. La crise sanitaire est aussi passée par là. On en est conscients mais à quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? ». La question émeut aussi les vignerons indépendants, comme Olivier Berger de Mittelwihr : « Nous n’avons pas tous des problèmes de surstockage, malgré la crise du Covid-19. J’ai l’impression qu’on ne prend pas en compte notre avis ». Pendant ce temps, Valérie Meyer, viticultrice à Ammerschwihr, est la dernière à attraper le porte-voix. Elle appelle à continuer la mobilisation et enjoint les délégués ODG (organismes de défense et de gestion) à voter à une large majorité pour les 70 hl/ha.

Dégâts de corbeaux

Nuée noire sur la plaine de Colmar

Cultures

Publié le 27/05/2020

La présence des corbeaux en milieu agricole n’est pas nouvelle, « mais là, c’est trop », s’émeut Thomas Ritzenthaler, agriculteur de Holtzwihr. Dès l’automne 2019, il dénombre des centaines de corbeaux près des semis de blés. Cette année, le printemps a été marqué par la sécheresse qui a aussi des conséquences pour les animaux qui sont privés d’eau et de repas (vers de terre, insectes…). « Les semis de maïs ont dû être arrosés pour permettre la levée et c’est à ce moment que les corbeaux attaquent : ils poussent la plante et mangent la graine. Nous allons devoir replanter des parcelles de maïs sans avoir la garantie qu’elles soient épargnées. Les cultures sont endommagées de 20 à 30 %. La rentabilité de nos exploitations est mise à mal. Et même si les corbeaux sont considérés comme des nuisibles, il n’y a pas d’indemnisation », regrette l’agriculteur.

Désormais, ceux que l’on appelle nuisibles sont répertoriés par département dans la liste des espèces d’animaux susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). Dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, le corbeau freux et la corneille noire font partie de cette liste. C’est à la charge de chaque département de prouver que cette classification est nécessaire. Ainsi, ils peuvent être détruits à tir entre la date de clôture générale de la chasse et le 31 mars (prolongation possible jusqu’au 10 juin ou 31 juillet avec dérogation préfectorale). Le tir dans les nids de corbeaux freux ou dans les nids de corneilles noires est en principe interdit. Une dérogation peut être accordée par arrêté préfectoral. « Le dortoir des corbeaux se trouve rue du Ladhof (au nord de Colmar), indique Thomas Rizenthaller. Tous les ans, nous demandons à la mairie de Colmar * d’intervenir sur les nids. Mais, cette année, l’arrêté rendu par la préfecture est arrivé juste avant le confinement. Les nids n’ont pu être détruits. C’est un dommage collatéral du confinement », ironise-t-il. Les méthodes pour pallier sont inefficaces : « Ici, les pièges sont cassés ou ouverts par les promeneurs et les corbeaux s’habituent aux effaroucheurs. »

« Dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté »

Cathy Zell, chargée de mission à la ligue de protection des oiseaux (LPO), s’interroge sur l’efficacité des solutions utilisées jusqu’alors : « On ne dit pas qu’il n’y a pas de problème. La période de reproduction est particulière. Elle coïncide avec les semis de maïs. Il faut savoir que le corbeau ne s’attaque pas aux maïs mesurant plus de 10-15 cm. La levée rapide des semis est donc cruciale. L’effarouchement par le tir n’est pas suffisant. Il faut cumuler plusieurs méthodes d’effarouchement. Le piégeage peut être problématique car des espèces menacées peuvent aussi entrer dans les cages », précise-t-elle. Les épouvantails, perturbations visuelles, ballons à hydrogène, peuvent fonctionner lorsqu’ils sont aléatoires et que leur emplacement est changé régulièrement. « Les corvidés sont des animaux intelligents et opportunistes. Ce sont aussi des éboueurs nécessaires à notre monde », précise-t-elle. Ils se nourrissent notamment de charognes, limaces et campagnols. « Les tuer massivement ne résout pas le problème. On pose un pansement sur une fracture. Une solution simple, unique et peu coûteuse n’existe pas. » Pour elle, c’est le modèle qu’il faut repenser : « Dans ce secteur, les corbeaux logent dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté. Les systèmes équilibrés ne sont pas dysfonctionnels. Le développement de la polyculture, les haies favorisent la présence des prédateurs des corbeaux. La présence de buses insécurise les colonies, par exemple. »

Holtzwihr compte environ 50 ha de légumes pleins champ. Marc Zwickert, maraîcher bio, ne constate pas encore de dégâts sur ses parcelles. « Tant que les corbeaux sont dans les maïs, on est tranquilles. Mais, bientôt, ils s’intéresseront aux haricots, lentilles, petits pois… et à toutes les jeunes pousses : salade, chou, fenouil. Ils déterrent la motte, pensant certainement qu’il y a une graine en dessous. Ils peuvent ainsi anéantir toute la production en quelques heures. Chez nous, ce sont surtout les jeunes corbeaux qui viennent se nourrir. Ils cherchent des produits protéiques pour leur croissance. » Marc Zwickert a posé des filets au-dessus des productions à fortes valeurs ajoutées. Or, ils sont fastidieux à installer et lourds mais ils s’envolent aussi facilement en cas de vent fort. « Ce n’est pas la panacée, cela entraîne parfois des maladies à cause de la condensation sous ces filets. » La nuée noire devrait arriver chez lui à partir de juin et jusqu’à juillet. « Désormais il n’y a plus grand-chose à faire », regrette-il. Il espère qu’une indemnisation sera possible pour ceux qui devront replanter des parcelles.

Tout n’est cependant pas encore perdu pour les agriculteurs du secteur, à condition qu’une intervention de la louveterie soit faite « dans les quinze jours », explique Thomas Ritzenthaler. « Les œufs n’ont pas encore éclos, on peut encore détruire les nids. » Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a été alerté de la situation le vendredi 15 mai, lors de sa visite au marché fermier d’Holtzwihr par Thomas Obrecht. Laurent Touvet s’est engagé à faire remonter la situation à la louveterie afin d’enclencher une action rapide.

Brasseries artisanales

Elles se réinventent

Vie professionnelle

Publié le 11/05/2020

Fortement impactées par la fermeture des cafés, hôtels et restaurants (CHR), les brasseries artisanales ont notamment adapté leur mode de conditionnement. « La vente de fût a été stoppée nette, alors qu’elle représente 40 % du volume produit et nous permet une recette fixe annuelle. Et, du fait de l’arrêt de tous les événements culturels et festifs, les tireuses mobiles restent au dépôt », témoigne Barnabé Stoehr. Il a repris la microbrasserie S’Humpaloch en janvier 2018. Installé à Lautenbach, il a produit 200 hl l’année dernière.

De dix caisses par mois à vingt caisses par semaine

Pour autant, il continue à travailler avec son salarié pour répondre à la demande grandissante de bières en bouteilles. « Elles sont distribuées par des agriculteurs et maraîchers qui font de la livraison et du drive, le temps de l’interdiction des marchés, par deux Amap et plusieurs magasins bio. C’est notre particularité : nos bouteilles sont vendues dans un réseau de distribution local, en circuit court. » Ce réseau de distribution est devenu sa force face à la crise. « Par exemple, le maraîcher Les chants de la terre, à Colmar, nous achetait cinq à dix caisses par mois. Aujourd’hui, ce sont vingt caisses par semaine », détaille le brasseur. Il a pu s’approvisionner auprès de son fournisseur habituel, la malterie Eckenstein, à Lahr, en Allemagne, qui commercialise l’orge bio produite dans le Grand Est depuis 2017. Avant le confinement, Barnabé Stoehr avait mis 600 litres de bière de printemps en fût. Il espère pouvoir la faire déguster courant du mois de juin, lors de concerts locaux.

 

 

Christian Artzner a, lui, fait renaître la brasserie familiale Perle en 2009. L’an dernier, 4 500 hl étaient sortis des cuves de la Plaine des bouchers, à Strasbourg. Depuis le début du confinement, la brasserie et ses sept salariés tournent à « 30 % du régime habituel ». « Deux tiers de la production part normalement en fût pour les restaurants et l’événementiel, et un tiers en bouteilles », explique Christian Artzner. Ces dernières sont vendues en supermarché, chez des cavistes et dans des fermes. « Nous avions fait le plein de malt et de houblon avant le confinement donc il n’a pas été nécessaire de solliciter notre réseau d’approvisionnement », dit-il.

« Un virus ne va pas stopper l’une des boissons la plus vieille du monde »

« Ce n’est pas un virus qui va arrêter l’une des boissons la plus ancienne, celle qui accompagne les civilisations depuis 6 000 ans, mais cela porte un gros coup dans notre dynamique. On a seulement dix ans. Nous étions en progression mais nous avions aussi de gros projets de développement qui sont aujourd’hui à l’arrêt », regrette le brasseur strasbourgeois. « En été, nous vendons 30 % de bouteilles, 45 % en CHR et 25 % pour des événements. » L’impatience de la réouverture des restaurants est donc bien présente.

Depuis quatre semaines, les clients peuvent venir se fournir directement à la brasserie, le week-end, après avoir passé commande en ligne par un système de drive. « Nous n’avons pas souhaité nous lancer dans la livraison car ce n’est pas notre métier et nous voulons permettre à nos revendeurs habituels de faire leur travail. » En revanche, ils se sont consacrés à des tâches qu’ils ont moins l’occasion d’accomplir dans le tumulte habituel : brasser l’orge pour la distillerie Hagmeyer à Balbronn et réfléchir à des projets innovants à venir. « Je pense que l’aspect positif qui restera de cette crise est l’attention que le consommateur porte à la production locale. La prise de conscience avait débuté avant mais il devient évident pour tous que l’on doit se soutenir mutuellement et que cette solidarité doit être géographique », conclut-il.

Approvisionnement des supermarchés

Les enseignes s’adaptent à la situation

Vie professionnelle

Publié le 25/04/2020

Comment fonctionne l’approvisionnement en produits frais de votre magasin en temps habituel ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Notre philosophie est de privilégier d’abord les produits français, via notre centrale d’achat nationale, ensuite la production régionale (centrale d’achat régionale) quand elle est disponible. À côté de cela, nous avons des dizaines de fournisseurs locaux, tant agriculteurs qu’entreprises agroalimentaires, avec lesquels nous travaillons en direct. »

Nicolas André, Hyper U : « Le travail avec les producteurs locaux fait partie de notre ADN. Plus de 20 % de notre approvisionnement provient de producteurs locaux avec lesquels nous travaillons directement. »

Michel Biero, Lidl France : « Notre système d’achat est centralisé pour nos 1 500 magasins en France. Depuis une dizaine d’années, nous avons décidé de tout miser sur le « made in France », c’est-à-dire que nous proposons des fruits et légumes français dès que cela est possible en fonction de la saison et des volumes. L’Alsace est un bassin de production important, ce qui nous permet d’avoir en rayon environ deux tiers de produits locaux dans les soixante magasins que compte le territoire. C’est l’une des proportions les plus fortes de France. »

 

 

Qu’est-ce qui a changé depuis le début du confinement en termes d’approvisionnement ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Notre centrale régionale se fait l’écho de producteurs ayant du stock et on se met en contact pour écouler le produit. Lorsqu’ils ont un sur-stock, nous faisons en sorte d’écouler leurs marchandises. Notre magasin est aussi inscrit sur la plateforme www.jaidelesproducteurslocaux.fr. Je ne crois pas qu’un producteur haut-rhinois y soit référencé pour le moment. Mais si cela vous intéresse, mon adresse figure sur ce site pour pouvoir me contacter directement. D’une manière générale, l’enseigne invite les PME à entrer en contact avec nous. Le rayon des fruits et légumes est en forte progression depuis le début du confinement. Nous avons d’ailleurs du mal à nous approvisionner pour certains produits. »

Nicolas André, Hyper U : « L’enseigne a invité les producteurs à se rapprocher du magasin le plus proche de chez eux. Nous avons répondu à l’appel de deux maraîchers, un pépiniériste, un producteur de miel, un autre de viande… Nous travaillions déjà avec le Moulin Peterschmitt de Niederhergheim, pour notre boulangerie. Désormais, nous proposons la vente de sa farine dans le magasin. La dernière opération en date est la vente des tulipes d’un horticulteur. »

Michel Biero, Lidl France : « Le rayon fruits et légumes enregistre une progression de 30 % en moyenne dans nos magasins (+70% certaines semaines). C’est impressionnant. Les pics de consommation sont irrationnels et difficiles à prévoir. On m’appelle tous les jours pour écouler des produits en manque de débouchés. Notre organisation centralisée permet de répondre à certaines demandes. En 24 heures, nous pouvons lancer une campagne publicitaire (journaux et radio) et liquider la marchandise en un week-end. Nous avons, par exemple, vendu soixante palettes de radis de la ferme Maurer à Dorlisheim. »

 

 

Quelle est votre politique en termes de prix ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Le producteur me donne son prix, je ne négocie pas, comme c’est le cas toute l’année. Lorsqu’il y a sur-stock, on vend soit à prix coûtant ou avec une marge réduite. Ensuite, nous affichons « soutien à la production régionale » et nous mettons le produit en valeur à l’entrée du magasin. »

Nicolas André, Hyper U : « Chez U, en temps normal, c’est le responsable du magasin qui fixe les prix. Mais il existe un système de crise qui s’applique à tous : lorsqu’un produit est en surproduction, nous limitons nos marges. C’est ce qui se passe actuellement. Selon les semaines, cette politique s’applique à des produits différents. Les prix d’achat des centrales et des producteurs n’ont pas bougé. »

Michel Biero, Lidl France : « Nous sommes présents en France depuis trente ans, nous avons donc établi des relations de confiance avec nos fournisseurs historiques. En cas de surproduction, on met nos marges au plus bas. L’idée n’est pas de faire de l’argent, mais de vendre le produit afin qu’il ne soit pas jeté. »

 

 

 

Asperges d’Alsace

Goûteuses et solidaires

Cultures

Publié le 20/04/2020

En temps normal, la restauration et les marchés locaux représentent la moitié du réseau de commercialisation des asperges d’Alsace. Face à la crise sanitaire, les producteurs s’adaptent pour que ce mets de choix se retrouve malgré tout sur la table des Alsaciens.

-25 % de surfaces buttées

« Beaucoup de producteurs ont retardé le buttage en espérant être au rendez-vous pour la fin du confinement (initialement prévu le 15 avril, NDLR) », annonce Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Ce dernier ayant été prolongé une première fois de quinze jours, les surfaces buttées ont été réduites de 25 % par rapport à l’an passé. Les producteurs s’attendaient à une saison précoce. Elle a pourtant été ralentie par des températures négatives fin mars, puis accélérée par des températures estivales début avril. Ces conditions météorologiques promettent une asperge goûteuse et tendre. Le prix de vente des premières bottes oscille entre dix et douze euros le kilo, mais devrait baisser au fil de la saison, comme tous les ans. « Malgré une main-d’œuvre plus lente que les équipes habituelles, les asperges ne sont pas vendues plus cher que d’habitude, explique Jean-Charles Jost. L’objectif est de sauvegarder nos entreprises et continuer à répondre à notre devoir : nourrir la population. La grande distribution se dit prête à jouer le jeu. Encore faut-il que ce soit au bon prix. En cela, j’ai bon espoir. »

Une vingtaine de vitrines réfrigérées seront présentes chez des producteurs et dans les magasins partenaires pour bien conserver les asperges. Cela avait été prévu avant la crise et tombe à point nommé. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, tient à contrecarrer certaines informations diffusées récemment : « Les prix de nos fruits et légumes ne flambent pas. En tout cas, pas en Alsace. » Un argument supplémentaire pour continuer à consommer les productions locales de printemps.

 

 

95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement

L’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace compte 46 membres, soit 70 à 80 % de la production alsacienne (1 500 à 2 000 tonnes). « 95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement. Nous sommes une petite région productrice, nous n’ambitionnons pas d’être plus grands », complète Jean-Charles Jost. « Nous avons beaucoup de craintes pour l’agriculture en général. Cette crise impacte l’ensemble de l’économie. Le consommateur a toutes les cartes en main ». Pour soutenir les producteurs, il invite à se rendre à la ferme ou dans les grandes surfaces pour consommer une « asperge solidaire ».

 

 

Covid-19

Des apprentis en entreprise pendant le confinement

Pratique

Publié le 14/04/2020

Le ministère de l’Agriculture, autorité compétente pour les centres de formation d’apprentis agricole (CFAA), prévoit que les stages pourront être poursuivis dans les entreprises pour les élèves de plus de 16 ans, si aucune alternative n’est possible et à condition que toutes les mesures soient prises pour garantir la sécurité sanitaire des apprenants comme de leur entourage.

« Dans la réalité, ce sont plutôt les apprentis majeurs qui ont été gardés dans les entreprises », précise Gilles Cadieu, directeur du CFAA de Rouffach. « Il est utile d’avoir un permis de conduire pour ne pas être plusieurs dans le même véhicule ». Le Haut-Rhin compte 415 apprentis, le Bas-Rhin 403.

Après une première semaine durant laquelle les apprentis ont pu aller en entreprise, le calendrier d’alternance doit désormais être respecté. Ainsi, quand les élèves sont censés être au CFAA, ils doivent suivre les cours et les exercices mis en ligne par leurs professeurs. « Il est important que le contact soit maintenu entre l’élève et l’établissement, pour continuer à avancer dans sa formation », appuie Yannick Nedelec, directeur adjoint du CFAA d’Obernai.

 

 

« Je me sens protégé »

Si certaines entreprises ont cessé leur activité mi-mars, beaucoup rouvrent leurs portent depuis le début du mois. Elles ont donc dû adapter l’accueil des apprentis et l’organisation du travail. En agriculture, l’ouvrage ne manque pas.

Bastien Steiner, 23 ans, étudiant en BTSA viticulture-œnologie, travaille actuellement chez un viticulteur d’Eguisheim qui emploie cinq salariés : « On respecte les gestes barrières, on mange dehors en respectant la distanciation sociale. On fait attention. On nettoie les surfaces touchées dans les véhicules. Personnellement, j’habite seul, je ne crains pas de contaminer quelqu’un ». Sa crainte serait de transmettre le virus à ses collègues qui vivent en famille ou sont plus âgés.

Thibaut Limmacher est en deuxième année de BTSA technico-commercial agrofournitures. Il répond présent au Comptoir agricole de Niederrœdern à son poste d’apprenti magasinier : « Dès le début, la coopérative a été réactive, témoigne-t-il. Les consignes sont claires et à appliquer strictement : masque obligatoire, lingettes désinfectantes, gel hydroalcoolique… Une nouvelle organisation a été mise en place. Le matin est réservé aux agriculteurs venant récupérer leur commande. Un seul à la fois. Ils restent dans leur tracteur pendant que je charge, pour avoir le moins de contact possible. Je me sens protégé. On travaille dans de bonnes conditions ».

D’autres poursuivent leur activité en entreprise depuis chez eux, comme Alexandrine Bonnetier, 20 ans, BTSA technico-commercial agrofournitures à Obernai : « Je continue à passer des commandes pour mes clients mais je ne me rends pas sur le terrain. Cela me rassure parce que nous sommes dans un département très touché par l’épidémie et je connais des personnes malades ou décédées parmi notre clientèle. Je les avais croisées, il y a un mois, avant que tout cela n’arrive ».

Fermeture des établissements de formation agricole

« Il faut être ingénieux et créatifs »

Pratique

Publié le 28/03/2020

Pour continuer à inculquer des connaissances durant le confinement, l’outil de base est l’Environnement numérique de travail (ENT). Les élèves doivent s’y connecter régulièrement pour lire les messages de leurs enseignants. « Les professeurs ont carburé comme des fous pour mettre les cours en ligne. Ils n’arrêtent pas et ça commence à rouler », témoigne Christine Muller, responsable du développement de la formation à distance aux CFA et CFPPA d’Obernai et Erstein. Souvent, il ne s’agit plus simplement d’un exercice ou d’un cours à télécharger. Les outils se multiplient pour assurer la continuité pédagogique. « Le professeur change de posture et devient tuteur. L’élève, lui, devient acteur de sa formation. Et certains trouvent qu’ils travaillent plus qu’en cours ! », poursuit Christine Muller. Certains professeurs ouvrent un tchat pour répondre aux questions de leurs élèves via « moddle », une plateforme d’apprentissage en ligne.

L’outil plébiscité par l’Éducation nationale est « Ma cl@sse virtuelle ». Il permet de se retrouver entre professeur et élèves, soit en se voyant via la webcam, ce qui n’est pas toujours possible si le débit est trop faible, ou au moins en s’entendant grâce au micro, et de partager des documents. « En ce qui me concerne, je fais un partage d’écran et je commente ce que je fais, explique Charlotte Hug, professeur de technologies informatiques et multimédias à Rouffach. C’est possible dans ma discipline, mais pour la dégustation de vins en œnologie, ou la reconnaissance d’adventices en agronomie, cela reste plus complexe », constate la professeur. « Avec la formation à distance, il faut être ingénieux et créatifs, complète Christine Muller. Il s’agit de trouver des astuces pour pallier l’absence de démonstration pratique. La reconnaissance de végétaux peut se faire par vidéo ou avec des photos. Beaucoup de quiz, d’exercices, de tests sont proposés pour s’assurer que les nouvelles connaissances sont acquises. Les jeunes se sont pris en main, je trouve cela impressionnant pour des adolescents ».

 

 

Indispensable connexion

Pour les 140 professeurs de Rouffach et Wintzenheim, autant de classes virtuelles ont été ouvertes. Ils sont donc tous, en principe, en mesure d’assurer un cours à l’heure prévue dans l’emploi habituel des élèves, mais au lieu d’être en face d’eux, ils seront en face de leur écran. Pour l’instant une vingtaine de professeurs utilisent cet outil. Une dizaine va le faire dans les prochains jours, selon les informations récoltées par Charlotte Hug. Dans le Bas-Rhin, qui compte 85 professeurs en établissement de formation agricole, les premières classes virtuelles ont été ouvertes il y a deux ans. Les stagiaires adultes utilisent la plateforme depuis la rentrée.

Cet enseignement à distance laisse certaines questions en suspens : « Les enseignants doivent s’adapter et revoir leur programme pour remettre les cours pratiques à plus tard. Certains considèrent qu’il n’y aura pas de nouveaux apprentissages durant cette période et que ce sera plutôt de la révision, rapporte Charlotte Hug. En outre, la fréquentation de la classe virtuelle est variable : entre six et treize élèves par classe pour l’instant. Mes collègues disent que lorsqu’il s’agit d’élèves qui passent le bac à la fin de l’année, ils sont tous présents ».

L’une des grandes problématiques de ce nouveau mode d’instruction est la surcharge des plateformes qui rend la connexion difficile. En début de semaine dernière, les professeurs principaux ont été invités par le proviseur adjoint à appeler les familles pour examiner comment se déroulent les cours à distance. « Certains peuvent connaître des difficultés pour se connecter : les enfants d’agriculteurs qui aident leurs parents sur l’exploitation, les jeunes situés en zone blanche (sans ou avec une connexion faible à internet) et ceux qui n’ont pas d’ordinateur personnel ou lorsque l’ordinateur de la maison est utilisé par les parents en télétravail », énumère Charlotte Hug. Les élèves alsaciens sont pour la plupart dotés d’un ordinateur personnel grâce au dispositif régional lycée 4.0. Cette aide ne concerne cependant pas les apprentis. Christine Muller rassure : « Même pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur, pas de réseau… On trouve toujours une solution. Personne n’est laissé sur le carreau ».

 

 

Journée technique AB2F Concept

« Les mauvaises herbes sont une lecture du sol »

Technique

Publié le 11/03/2020

Gérard Ducerf est un ancien agriculteur en polyculture élevage originaire du sud du département de la Saône-et-Loire. À la suite d’un grave accident, il abandonne ses charolaises pour revenir à sa première passion : la botanique. Il travaille désormais avec Rémi Geneston, du bureau d’études floristique Abf-biosphère. 7 000 plantes existent en France, environ 80 dans les parcelles agricoles et ils en font l’inventaire en photo, écrivent des livres, animent des conférences.

Lorsqu’il a entamé cette nouvelle vie, Gérard Ducerf a redécouvert un critère « laissé de côté » : la levée de dormance. « Cela permet de résoudre plein de problèmes et de questions que je me posais en tant qu’agriculteur. » Rémi Geneston confirme : « Une plante bio-indicatrice est une plante qui indique quelque chose de biologique autour d’elle. Elle ne pousse pas par hasard. Les mauvaises herbes sont une lecture du sol. » « Si on arrive à déterminer ce qui lève la dormance d’une plante, elle nous indique ce qui se passe dans le sol, le climat, la géologie, poursuit l’ancien agriculteur. Chaque espèce a ses propres critères de levée de dormance. Le premier critère est le choc sur le sol. Ce qui explique que le passage d’un rotavator lève la dormance de milliers de graines. »

Pour comprendre ce phénomène, Gérard Ducerf revient sur la morphologie du sol : « Le sol est la symbiose de différents éléments : minéraux de la roche-mère, de la matière organique et des plantes, animaux, micro-organismes. Quand tout fonctionne bien, les racines peuvent descendre très profondément et aller chercher des éléments jusque dans la roche-mère. Quand il pleut, l’eau amène le sol à saturation. Normalement, si tout fonctionne bien, les excédents d’eau vont s’infiltrer pour alimenter les nappes phréatiques. Pendant les périodes de sécheresse, l’eau prend le chemin inverse. Pour la fertilisation, c’est la même chose. Des bactéries déconstructrices permettent de rendre les nutriments de la roche-mère (phosphore, potasse, le magnésium) utilisables dans les plantes. Ce qui enraye le bon fonctionnement est le climat, la géologie, les pratiques agricoles… Si le dysfonctionnement est grave, on arrive à une anaérobiose : il n’y a plus d’oxygène dans le sol. Les plantes cherchent l’oxygène ailleurs que dans l’air : sur les nitrates, sur l’argile. Une frontière infranchissable composée d’aluminium se constitue entre les racines et la roche-mère. »

« Il n’y a que vous qui pouvez sauver l’humanité »

L’une des conséquences pour Gérard Ducerf est « notre grand problème en agronomie aujourd’hui : la disparition de la matière organique (MO) carbonée du sol ». Il s’adresse aux agriculteurs : « Votre travail est très important. Il n’y a que vous qui pouvez sauver l’humanité. » Rires dans l’auditoire. Sans se laisser distraire, il passe aux résultats d’une étude du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) sur les résidus de pesticides dans le vin, à laquelle il a participé. « Nous avons comparé 500 vins de parcelle avec 5 % de MO et 500 vins de parcelle avec une MO à 1 %. Sur les 500 lots riches en MO, 499 lots n’ont aucun pesticide dans le vin. Dans les parcelles pauvres en MO, il n’y a pas de lot sans pesticides, même en bio. » Sa conclusion : la MO, « c’est une pierre trois coups : fertilité, salubrité, qualité gustative ».

Rémi Geneston cite des exemples de pratiques pour mobiliser la MO dont le domaine Léon Barral à Cabrerolles dans l’Hérault qui a planté des graines enrobées de bouse de vaches pour revégétaliser ses parcelles et arrêter l’érosion du sol. En hiver, des vaches pâturent dans les vignes. « 200 kg/ha améliorent de manière considérable le sol », assure Gérard Ducerf. Enfin, la présence d’arbres dans ou près des parcelles permet aussi cet apport en MO. C’est ce qui est pratiqué en agroforesterie, avec le bocage, le jardin forêt ou la Terra Preta en Amazonie.

La solution de Gérard, pour tenir le sol au frais et pour lutter contre la sécheresse, est le couvert végétal permanent : « Le problème de l’enherbement permanent est plus social qu’agronomique. En attendant que tout le monde ait compris que l’engrais vert idéal est celui qui pousse tout seul, semez-le. Avec un coup de bouse de vache, ça pousse tout seul ! » Pour lui, peu importe qu’il soit fauché ou roulé. Mais il met le doigt sur une autre problématique : « L’échec de l’enherbement permanent en vigne ou en céréale a toujours lieu lorsqu’il y a moins de 3 % de MO ». On est loin de la réalité des sols alsaciens. C’est ce que relève un viticulteur présent, qui considère que le résultat des engrais verts d’aujourd’hui, « ce ne sera peut-être pas pour mes petits-enfants, toujours pas pour mes arrières petits-enfants, mais ensuite, et encore… ».

 

 

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. Canton viticole

Programme commun pour les jeunes viticulteurs alsaciens

Vie professionnelle

Publié le 28/01/2019

« Pour commencer, je vous souhaite à tous une bonne gelée pour 2019 ! » Quentin Blanck, président des Jeunes Agriculteurs du canton viticole depuis un an, entame son rapport moral par une touche d’humour. « 2018 a été une très belle année, nous avons tous eu plaisir à croiser un confrère vigneron pour lui parler de nos exploitations dans la vieille parcelle de sylvaner plantée par le grand-père. Cette vendange était belle tant en quantité qu’en qualité, mais j’ai l’impression que c’est un problème, voire le plus grand problème de notre appellation : avoir des caves pleines et de qualité. Un comble. Pourtant, c’est seulement 3 000 hectolitres de plus que la production du millésime 2016. Étant donné que nous ne nous trouvons pas capables de vendre ce que peut produire notre appellation, on parle déjà de baisse de rendement. Des discours au pessimisme non dissimulé. Pour éviter cela, il faut commencer par la base : restez fermes sur la valeur de nos vins, ne les bradez pas, même si la vente doit être repoussée de quelques semaines. N’oubliez pas que le prix du vrac et le prix du vin sont en corrélation directe. Les efforts faits sur le prix du vin depuis dix ans ne doivent pas être vains. Nous avons un beau défi à relever : vendre aussi bien que l’on sait produire. »

En 2018, les JA ont participé ou organisé quatre événements principaux : le JA’s day 31 mars, l’Afterwork le 30 avril au bar Le Murphy’s à Colmar, l’Opération sourire 19 au 21 mai et la JA’s night le 24 novembre. « Cette année, l’Afterwork se fera avec les JA de Munster », prévient Quentin Blanck. La date reste à définir. « Nous ne participerons plus au JA’s day, car les visiteurs ne se rendent pas à cette manifestation pour acheter du vin. Nous réfléchissons plutôt à notre participation au marché paysan organisé par les JA de Munster ». L’opération Sourire aura lieu du 8 au 10 juin.

« Unir nos forces entre 67 et 68 »

Dans le prolongement des intentions annoncées en 2018, le grand projet pour 2019 est « commun », annonce Nicolas Pernet Clog, président du groupe vin 67. « Dans le Bas-Rhin, les JA fonctionnent différemment. Chaque JA est rattaché à un secteur, donc les agriculteurs et les viticulteurs sont mélangés. À côté de cela, nous avons un « groupe vin ». Ce que l’on cherche à terme, c’est unir nos forces entre le 67 et le 68 pour créer un JA Viti Alsace pour un meilleur fonctionnement et une meilleure visibilité. » Des dates sont prévues pour réunir les jeunes des deux départements : « Le 27 février, le concours de taille se déroulera à Scherwiller. Les JA du canton de Sélestat s’occuperont de la restauration et de la buvette. Une première dans le Bas-Rhin. Le 4 mai, nous organiserons à Dambach-la-Ville, une démonstration de travail du sol. »

Nicolas Pernet Clog cite un autre exemple d’initiative qui pourrait intéresser les JA Viti Alsace, comme le Réseau interrégional international (RI2) : groupement transfrontalier agri-viticole (Alsace, Bade Wurtemberg, Grand-Duché du Luxembourg, Lorraine, Rhénanie-Palatinat, Sarre, Wallonie). « Une première rencontre a eu lieu à Sélestat puis une deuxième à Fribourg sur l’avenir de la Pac qui bénéficie plus aux viticulteurs allemands. » En tant qu’ancien président des JA, Gilles Ehrhart félicite les deux présidents : « Nous avons tous essayé de faire un groupe vin Alsace, ça ne s’est jamais fait auparavant ».

Association des viticulteurs d'Alsace. Vendanges conviviales

Le point sur les dossiers, sécateur à la main

Vigne

Publié le 14/09/2018

« Cette matinée de vendanges conviviales avec les représentants de différentes administrations et des élus permet de faire un point d’étape, annonce Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). Et comme nous savons que le préfet apprécie d’aller sur le terrain, nous joignons l’utile à l’agréable. » En effet, Laurent Touvet est coutumier de ces rencontres : « C’est la troisième fois que je pratique ces vendanges dans le Haut-Rhin, mais je le faisais déjà lors de mon précédent poste en Bourgogne. Il est agréable de prolonger nos contacts tout en apportant notre concours - certes modeste - au travail de la vigne. Nos échanges sont nombreux tout au long de l’année au sujet de la réglementation, du suivi des conditions de production et de travail, des conséquences d’événements climatiques. Au milieu des vignes, on se comprend encore mieux et cela permet aussi à chacun d’expliquer les contraintes de son métier. »

Quelques rangs plus loin, un autre sujet est lancé : « Concernant l’amendement drone, même Hulot (NDLR : Nicolas Hulot, ancien ministre de l’Écologie) était d’accord, ce n’est pas à cause de cela qu’il a démissionné ! » Il s’agit de la voix d’Éric Straumann. Il représente aujourd’hui le député Jacques Cattin : « Comme j’aime le dire, Jacques Cattin est député du vignoble et je suis le député de la capitale des vins d’Alsace ». Il se félicite du travail mené avec lui au Parlement pour faire adopter un amendement visant à autoriser le traitement biologique des vignes par drones. À ce jour, la loi n’est pas encore adoptée.

Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, participe pour la première fois à ces vendanges conviviales : « Il est important pour moi d’être présente compte tenu de la place de la viticulture dans l’économie haut-rhinoise. Cela permet également de faire le point sur le dispositif RSA-vendanges : 95 % des postes de vendangeurs ont été pourvus, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Les viticulteurs sont contents de cet outil qui leur permet d’avoir une main-d’œuvre volontaire et les bénéficiaires sont ravis de pouvoir cumuler les deux. Contrairement aux idées reçues, bon nombre d’entre eux ont envie de travailler. Certains seront peut-être recrutés à l’issue de cette expérience ! La profession souhaite que nous puissions reconduire ce dispositif et il le sera, mais cela est possible uniquement dans un temps limité et un secteur déterminé. » Ces deux dossiers ont été suivis de près par Laurent Touvet : « Nous sommes souvent sur la même longueur d’onde, car nous avons tous le souci de l’intérêt général ». Les échanges se sont poursuivis lors d’un déjeuner traditionnel au domaine à Herrlisheim.

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